Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Professeur transgenre
 
Une fois encore la "grande presse", si l’on peut dire, se signale par un monument de désinformation et d’indignation vertueuse à sens unique. Que s’est-il donc passé ? On nous raconte qu’un professeur de collège de Seine-et-Marne a été victime d’insultes sur les réseaux sociaux à la suite de sa décision de "changer de sexe", disent certains, ou de "changer de genre", disent d’autres. La direction de l’établissement soutient l’enseignant transexuel (ou transgenre) et se fend d’une lettre quasi comminatoire aux parents d’élèves, les contraignant à accepter le choix du professeur en question. L’émoi est à son comble. La secrétaire d’État Marlène Schiappa intervient vigoureusement en faveur de la "victime" et saisit la DILCRAH, une délégation interministérielle chargée, entre autres, de la lutte contre le racisme et l’homophobie.
 
Où se situe la désinformation dans tout ça ? D’abord, il apparaît que le professeur en question n’a pas changé de sexe. Il n’a subi aucune opération. Il souhaite seulement s’habiller en femme et être désormais appelé "Madame la professeure". Ensuite, personne ne s’interroge sur l’opportunité d’effectuer un tel changement en cours d’année scolaire devant des élèves de 12 à 13 ans qui connaissent ce monsieur comme leur "professeur" de Français. Qu’il veuille changer d’apparence, où même de réalité, est un problème qui le concerne. Il est libre. Le dénoncer nommément et l’insulter sur les réseaux sociaux est condamnable. Mais n’aurait-il pas été plus sage d’attendre la fin de l’année scolaire, voire de changer d’établissement pour exercer son métier là où il n’est pas connu comme "Monsieur Untel" ? Car, dans cette affaire, qui pense à l’éventuel impact sur des préadolescents d’une décison aussi importante qu’une mutation transgenre ou transexuelle ? Ce n’est pas anodin. La pire désinformation est là : voudra-t-on nous faire croire qu’il n’y a pas de conséquences à imposer un tel choix aux enfants (et à leurs parents) ? Et quand je dis "imposer", le mot est faible, car les interventions de la direction du collège et de la secrétaire d’État sont d’une violence idéologique hallucinante. Toute forme de contestation est interdite avec une sévérité dictatoriale. Le mensonge idéologique doit rentrer de force dans toutes les têtes. La réalité biologique est niée. Pourtant, même s’il adopte les codes sociaux d’une apparence féminine, notamment des codes vestimentaires, ce monsieur reste un homme. Les discours idéologiques n’y changeront rien. Voilà où en sont la prétendue "Éducation nationale", son gouvernement de tutelle et la presse aux ordres : déni de réalité et mensonge obligatoire, avec à leur service tout l’arsenal répressif dont ils disposent.
 
En de telles heures de décadence et d’inversion des valeurs, il est urgent d’insister sur un indispensable retour au réel pour appréhender justement de tels évènements, et ne pas se fourvoyer dans des spirales idéologiques qui ne mèneront notre civilisation qu’à l’abîme. Les islamistes doivent se frotter les mains en voyant la civilisation européenne se suicider ainsi sous la conduite de ses speudo-élites. Ils savent aussi, grâce à l’actualité récente, qu’il y a moins de risques à jouer de l’AK 47 dans les rues de Marseille qu’à déraper sur un compte Twitter à propos d’une personne transgenre. La leçon ne sera pas perdue. Nous n’avons pas fini d’en assumer les conséquences.

Envoyé par l'auteur, 25 mai 2018                                                                 
 
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Macron, grand perdant des élections en Italie
 
CHRONIQUE - L'Allemagne ne paiera pas pour les "folies" du nouveau gouvernement transalpin. Du coup, les projets français de réforme de l'Europe s'effondrent.
 
Cela ne pouvait pas durer éternellement. Tout au long de l'année 2017, Emmanuel Macron avait bénéficié d'une chance insolente : à l'intérieur, pour se faire élire ; à l'extérieur, les médias internationaux le consacraient "patron" de l'Europe, seul interlocuteur de Trump et de Poutine, tandis que les Anglais quittaient l'Union et que les Allemands ne parvenaient pas à former un gouvernement. Ce temps-là est révolu. Les élections italiennes ont sonné le glas du règne de l'empereur Macron. Les Allemands rient sous cape. Ils ont désormais une excuse en or pour enterrer les projets de réforme du Français. C'était déjà leur intention avant que la Ligue et M5S ne prennent le pouvoir en Italie. Macron l'avait très bien compris : "Réveillez-vous, la France a changé !" avait-il lancé à ses interlocuteurs germaniques. Sous-entendu : la France a accompli les réformes économiques et sociales que vous réclamiez ; à votre tour de bouger !
 
Le désaccord entre Français et Allemands n'est pas neuf, mais il est fondamental. La zone euro souffre d'un défaut de fabrication originel : dans toute zone unifiée monétairement, la région la plus productive, en l'occurrence l'Allemagne et les pays du Nord, attire les capitaux et la valeur ajoutée. Pour rééquilibrer, il faut un budget qui redistribue de l'argent vers les régions déshéritées. C'est ce que fait Paris avec la Creuse ou la Corse ; l'Italie du Nord avec le Mezzogiorno. C'est ce que réclame Macron pour la zone euro. Mais l'Allemagne dit : "Nein." Elle ne paiera pas. Et elle paiera encore moins depuis qu'elle peut se cacher derrière les "folies" du nouveau gouvernement italien. Macron est désarmé puisqu'il refuse par principe d'utiliser la seule arme qui ébranlerait les Allemands : le départ de l'euro et le retour aux monnaies nationales qui verrait un mark surévalué gêner les exportations allemandes… Fin du premier round.
 
Le second concerne l'immigration. C'est encore une fois les Allemands qui ont mis le feu au lac, avec l'ouverture aux migrants décidée par Merkel en 2015. Mais la France avait ouvert le bal avec l'intervention en Libye qui, en exécutant Kadhafi, avait fait sauter le verrou qui fermait la porte des côtes italiennes aux migrants africains. Entre 2016 et 2017, 350 000 migrants sont entrés en Italie. On comprend que les Italiens (du Nord) aient voté pour la Ligue de Matteo Salvini qui promet de renvoyer 500 000 clandestins.
Mais le futur ministre de l'Intérieur italien croisera alors le fer avec des juges européens dont la jurisprudence a rendu quasi impossible tout renvoi de clandestins. Le Hongrois Orbán et les Polonais, qui avaient été tancés par Merkel et Macron pour leur refus d'accueillir des migrants "musulmans", ont reçu un allié de poids. Fin du second round. Macron K.-O. Merkel reste sur le ring, groggy mais debout, pour défendre le modèle européen des sociétés libérales, ouvertes et multiculturalistes, de plus en plus rejeté par les peuples d'Europe. Debout, mais avec comme seuls alliés les Pays-Bas et la Finlande. Est-ce vraiment mieux ?

Paru dans Le Figaro Magazine, 25 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Palestine et ses ennemis

"On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles" - De Gaulle : conférence de presse du 22 XI 1967

 
Texte pour la 6ème conférence internationale sur la Palestine organisée par New Horizon et IRIB du 12 au 18 mai 2018 à Mashad
 
Conjoncture générale
Pour l’observateur attentif des relations internationales, il est clair que nous assistons à la fin du monde unipolaire dirigé par les Etats-Unis depuis l’effondrement de l’URSS, avec l’apparition de nouvelles puissances émergentes ou ré-émergentes qui définissent un monde multipolaire, ou apolaire, ce qui revient au même.
Cet enfantement d’un monde nouveau se fait dans d’horribles douleurs du fait du refus par la puissance dominante d’accepter cette réalité, utilisant tous les moyens les plus abominables pour tenter de pérenniser son influence. Pourtant ce monde nouveau est inéluctable scientifiquement : la géographie, la démographie et la physique s’associent pour en apporter la démonstration.
Face aux tentatives dilatoires et criminelles des Etats-Unis et de ses fidèles "alliés occidentaux", au point d’en être féaux, d’empêcher le cours de l’Histoire, inversant les valeurs morales et mentant de façon éhontée, vulgaire, illogique et paradoxale sur leurs véritables intentions, nous avons la chance d’avoir en face une alliance, parfois formelle, parfois informelle et conjoncturelle, de nations qui font preuve de raison et de modestie pour répondre à la coercition immodérée du camp occidental.
 
Les BRICS s’organisent de plus en plus pour proposer un monde nouveau fait de coopération entre les états pour le développement et pour résoudre les inévitables conflits d’intérêts par la négociation et non par la guerre. L’avenir de l’humanité est là comme le disait le Général de Gaulle aux universitaires mexicains en 1966 :
 
"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."
 
La caractéristique de cet affrontement est la brutalité et la vulgarité du camp occidental, face à la modération - et souvent la subtilité - du camp qui s’oppose désormais résolument mais raisonnablement à lui et à sa négation des valeurs humaines universelles.
C’est dans cette conjoncture générale qu’il faut replacer la situation en Palestine où l’Etat créé après bien des hésitations des membres par une résolution de l’ONU en 1947 se comporte depuis en dominateur et conquérant, refusant toutes les résolutions de l’instance qui l’a créé. Son comportement envers les Palestiniens qui vivent sur leurs terres ancestrales est d’une sauvagerie seulement rendue possible par le soutien sans retenue de leur tuteur américain.
Non content de nier les droits des Palestiniens et de s’en prendre à ses voisins arabes qui contestent son arrogance, soutenu par les monarchies dictatoriales du Golfe persique liées aux Etats-Unis, Israël, atteint d’une hubris (démesure) incommensurable, s’attaque aux Perses, accusés de vouloir acquérir la bombe atomique dont il détient lui, illégalement, des centaines de têtes.
Allié ouvertement à l’Arabie Séoudite, Israël, sachant bien qu’il est incapable de battre militairement l’Iran ou le Hezbollah libanais, veut amener l’Occident, avec les Etats-Unis en tête à faire la guerre à ceux qui combattent en première ligne le terrorisme issu d’un sunnisme dévoyé à dessein et entretenu par les services américains, occidentaux, séoudiens et les monarchies autoritaires du Golfe, sans oublier la Turquie qui a changé plusieurs fois de position grâce à l’influence russe déterminante pour lui indiquer où étaient ses intérêts.
 
Avenir du monde
Devant les échecs de plus en plus marqués de la stratégie suicidaire de l’Occident sous la conduite des Etats-Unis, on peut espérer que ses dirigeants prennent conscience que leur intérêt est désormais de sortir de cette spirale de guerres perdues au Moyen-Orient et d’envisager une coopération avec le reste du monde qui constitue l’immense majorité de la population du globe et également maintenant de sa puissance économique et même bientôt militaire.
Et de lutter enfin sérieusement contre le terrorisme qui menace tout le monde.
Les déclarations de Donald Trump tout au long de sa campagne et son court discours initial après sa victoire contre toutes les forces établies en Amérique, montrent qu’il a vu et compris ces changements et qu’il voulait y remédier, même si sa dénonciation de l’Iran comme menace à la paix mondiale était, et est, une obsession récurrente erronée et sans doute inspirée par ses amis israéliens. D’où ses déclarations tonitruantes contre l’accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 entériné par une décision de l’ONU et donc de la communauté internationale, qu’il promet de déchirer.
Mais, depuis qu’il a été intronisé le Président de la première puissance mondiale est en lutte contre des complots multiples de forces obscures domestiques qui ne veulent pas accepter ses vues pragmatiques et le contraignent à poursuivre une politique brutale conforme à leur vision du monde. Il semble qu’il soit sur le point de se dégager de ces pressions après les divulgations récentes des activités criminelles et complotistes au plus haut niveau de l’administration, de ceux qui, parmi les Démocrates et au sein même des Républicains, veulent l’empêcher d’exercer son pouvoir comme il le souhaite.
S’il y parvient, nous pouvons espérer que ses liens avec la communauté juive l’amènent à suivre les conseils de la majorité des juifs américains qui déplorent l’influence néfaste de l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee) dans son soutien unilatéral aux gouvernements extrémistes d’Israël qui dénient les droits élémentaires des Palestiniens et les considèrent comme des hommes qu’on peut tuer impunément. Ces Juifs raisonnables estiment que l’intérêt des Etats-Unis, comme celui des Juifs en général, est dans une solution respectable des droits palestiniens à un état et la fin du régime d’apartheid que pratique Israël.
 
Dans un monde plus raisonnable tel que le propose les puissances qui contestent la vision américaine actuelle, les conflits d’intérêts doivent être réglés par la négociation et non par la guerre, en reconnaissant les prétentions légitimes des protagonistes. Ainsi en est-il du conflit qui ensanglante le Moyen-Orient depuis la création d’un état qui ne conçoit son existence qu’en guerre permanente contre ses voisins arabes, grâce à un soutien américain total obtenu par le financement de groupes de pression qui lui ont aussi apporté les compromissions d’Arabes trahissant délibérément leurs frères.

Envoyé par l'auteur, paru sur Geopolitiqua.ru, 24 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Les bombardements de Syrie font craindre une orwellisation du monde  
 
Pour ceux qui ont suivi de près les événements du Proche-Orient au cours des dernières années, il fait peu de doute que la prétendue attaque à l’arme chimique dans le faubourg de la Ghouta à Damas (8 avril 2018) soit n’a pas eu lieu (il est si facile de trafiquer des photos et de leur faire faire le tour du monde), soit est une action "sous faux pavillon" fomentée par le dernier carré des djihadistes qui se trouvaient dans ce faubourg, aujourd’hui entièrement reconquis par l’ armée syrienne.
 
Un prétexte douteux
Il en avait été de même le 21 août 2013 : au  même endroit, le gouvernement syrien avait été accusé d’avoir utilisé des armes chimiques, or une étude indépendante du MIT (1) et une autre, selon de méthodes différentes, de Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, (OIAC, en anglais OPCW), basée à  La Haye (2), avaient démontré que l’attaque, bien réelle celle-là, ne pouvait pas venir des forces gouvernementales, ce qui conduisait à imaginer qu’il s’agissait d’une action d’Al Nosra, aidé par des forces spéciales occidentales (3). On se souvient pourtant du tollé que cette attaque avait suscité, le monde occidental en son entier ayant pointé un doigt accusateur vers Assad : Hollande demandait une intervention immédiate de l’OTAN et, à son grand regret, ne fut pas suivi par Obama (4). La célèbre juge internationale Carla Da Ponte avait également démenti qu’une autre attaque chimique près d’Alep soit venue de Damas. Doutes aussi sur l’opération récente de Khan Cheikhoun (4 avril 2017) (5).
Dans une interview à Newsweek (6) du 8 février 2018, le général James Mattis, pourtant considéré comme un faucon, a vendu la mèche en disant que le Pentagone n’avait jamais eu de preuves certaines que le régime de Bachar el- Assad ait tenté d’empoisonner son peuple à l’arme chimique.
Au demeurant, la seule source de la dernière attaque, ce sont les Casques blancs organisation prétendue humanitaire qui n’est que la doublure de groupes islamistes ; un film avait été réalisé à Hollywood sur cette organisation : mus par un reste de bons sens, les distributeurs ont refusé de le projeter en France.
 
Qui peut dire d’ailleurs l’intérêt que le président Bachar el-Assad et son mentor russe qui le surveille de près auraient pu trouver à utiliser des armes prohibées, peu efficaces et au retentissement symbolique fortement négatif au moment précis où ils venaient de gagner la bataille de Damas ?
De toutes les façons, il aurait fallu attendre l’expertise de l’OIAC pour se prononcer, ce qu’on s’est bien gardé de faire. Elle vient seulement de commencer.
Fâcheusement, les attaques sous faux pavillon sont devenues monnaie courante au cours des dernières années surtout, il faut bien le dire, de la part des Occidentaux. Déjà, le prétexte des bombardements du Vietnam du Nord avait été l’attaque d’un bâtiment de l’U.S. Navy dans le Golfe du Tonkin attribuée à Hanoï, dont on sait aujourd’hui qu’elle était un montage américain. La guerre de Yougoslavie a commencé par une opération de désinformation transformant l’escarmouche de Rajak entre l’armée yougoslave et les forces rebelles du Kosovo (15 janvier 1999) en génocide.  Plus récemment, la deuxième guerre d’Irak est partie de l’accusation des Etats-Unis à l’encontre de Saddam Hussein d’utiliser des armes chimiques et bactériologiques et d’avoir un programme nucléaire, ce qui s’est avéré faux.
 
Salisbury 
Les événements qui se sont produits à Salisbury (Royaume-Uni ) le 4 mars 2018 et qui ont contribué à mettre l’opinion occidentale en condition sont, eux, rocambolesques.
On nous a dit qu’un espion russe, Sergueï Skripal, passé à l’Ouest en 2010 et retiré depuis lors aurait été, avec sa fille, victime d’une attaque chimique de la part de la Russie de Poutine, cela "en plein territoire britannique". Il faut préciser que ces deux personnes ne sont pas mortes, ce qui devrait jeter quelques doutes sur l’efficacité du FSB (ex-KGB). Trouvées sans connaissance dans un jardin public, elles ont été emmenées à l’hôpital où elles se sont remises au bout de quelques jours. On fantasme sur une arme secrète qui ne ferait effet que quelque temps après l’injection. Devinette qui circule : quelle est l’arme biologique redoutable qui ne fait d’effet qu’après quelques heures, mortelle si on ne réagit pas mais dont on se sort vite si on se soigne à temps ? Réponse : une omelette aux champignons (Amanita phalloïdes) ! Que Theresa May et Boris Johnson aient engagé leur crédibilité sur une histoire aussi ridicule en dit long sur le déclin de la classe politique britannique. Macron, lui, a d’abord fait mine de se poser des questions pour se rallier sans preuves au bout de 24 heures à la thèse britannique de la culpabilité de Poutine. Là aussi, pourquoi Poutine aurait-il pris le risque de faire assassiner (sans y parvenir) un comparse de troisième ordre à quelques jours de sa réélection triomphale (18 avril) au risque de gâcher la fête ?
 
Des "frappes" de comédie ?
Irréels les prétextes, irréelles aussi les "frappes" occidentales de représailles. 103 fusées projetées sur la Syrie qui ne touchent que des bâtiments désaffectés et ne font aucune victime. Et ces projectiles ne sont pas des pétards : une fusée Tomahawk représente 500 kg de charge. Les sites tenus par les Russes ont été soigneusement évités. Les laboratoires et entrepôts prétendus chimiques visés, étaient aussi fantasmés que l’attaque au gaz de la Ghouta. Du mauvais cinéma.
Les contributions britannique et anglaise à l’attaque ont été faibles : à peine une vingtaine de vecteurs. La France en revendique douze, mais les Russes prétendent ne les avoir pas vus. Ils affirment en outre que l’armée syrienne, pourtant dépourvue des anti-missiles dernier cri, S 300 et S 400, aurait intercepté 71 des 103 vecteurs. Tout laisse supposer que les prétendues représailles ont été organisée en accord avec la Russie, ce qui en un sens est plutôt rassurant.
 
Vérité et liberté
Il reste que l’ensemble de l’épisode, du début à la fin, repose sur des mensonges. Sans doute les hommes politiques de premier plan ne sont-ils pas dupes (du moins on l’espère), mais ils s’en ont que mieux menti aux opinions occidentales, persuadées aujourd’hui que Bachar el Assad a utilisé des armes chimiques et que les Alliés l’ont, pour cela, lourdement sanctionné.
Cette dramatisation tient autant de la démonologie que de la démagogie ; en construisant une image monstrueuse du président syrien qui n’est ni meilleur ni pire que les autres dictateurs de la région, les dirigeants, en France en particulier, se donnent le beau rôle, celui du chevalier blanc qui punit le méchant. Infantile !
Singulière déchéance pour ce qu’on appelait naguère le monde libre, où il était acquis que la liberté et la vérité allaient de pair, le mensonge étant tenu alors pour le propre des régimes totalitaires. Le plus grave dans cette affaire est que nous assistons à une véritable orwellisation du monde occidental ; les  mots n’y ont plus de sens : "la guerre c’est la paix" ; que les puissants bombardent un petit pays, voilà un acte hautement moral. L’Empire ne tient que parce qu’une guerre obscure se poursuit indéfiniment quelque part à ses confins.
Par rapport aux idéaux qui semblaient devoir triompher en 1945 et à la longue guerre froide que se sont faite le camp de la liberté et celui du totalitarisme soviétique, c’est à une véritable inversion de signes que nous assistons.
Tout cela est grave : comme leurs enfant accros des jeux vidéos, les dirigeants occidentaux vivent désormais dans un monde virtuel – nous disons occidentaux car il semble bien que Poutine et ses proches aient, eux, gardé le sens du réel et la tête froide.
Certes par derrière la scène, les arrangements entre les états-majors américain et russe pour éviter tout affrontement direct montrent que, quelque part, un certain réalisme demeure – peut-être grâce à Trump. Mais pourquoi toute cette mascarade ?
Pourquoi aussi courir de tels risques ? Les grandes catastrophes arrivent par la perte du sens du réel. Or ceux qui semblent ainsi vivre dans l’irréalité ou au moins les contre-vérités, ne sont pas n’importe qui : ce sont les dirigeants de la principale puissance mondiale et de leurs deux principaux alliés, pas moins : autant dire qu’ils ont, plus que quiconque, barre sur le monde dans lequel nous vivons.
Et c’est bien ce qui rend le monde actuel éminemment dangereux et même inquiétant : cette déraison qui touche les dirigeants des principaux pays occidentaux, jusqu’où nous mènera-t-elle ?
 
(1) Massachussetts Institute of Technology 
(2) Cette étude de l’OIAC n’a pas été publiée, et pour cause ; elle a cependant fuité par l’agence de presse du Vatican
(3) Selon l’ambassadeur de Syrie aux Nations-Unies, des Français auraient aidé à cette manipulation.
(4) C’est surtout le refus du Parlement britannique qui a bloqué l’attaque. Cette fois il n’a pas été consulté, ce qui est sans précédent depuis la Magna carta (1215).
(5) D’autres opérations semblent avoir été faussement imputées à Bachar el Assad : ainsi l’assassinat de Rafik Hariri (2005)
(6)
http://www.newsweek.com/now-mattis-admits-there-was-no-evidence-assad-using-poison-gas-his-people-801542
Envoyé par l'auteur, 25 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
COREE : Kim et Trump, rencontre à Singapour ?         
 
La rencontre est donc prévue le 12 Juin à Singapour. Mais la fin mai assombrit le ciel : les diplomates ont pourtant bien travaillé. Monsieur Kim et monsieur Trump devraient se révéler plus raisonnables qu'ils ne le paraissent. Alors que monsieur Kim affiche devant les médias le "démantèlement" de ses installations nucléaires opérationnelles tout en tempêtant contre l'omni présence militaire américaine près de chez lui, monsieur Trump envisage de remettre une fois de plus le rendez-vous. De chaque côté, l'esprit de provocation demeure.
Toutefois, dans ce jeu à 2 rôles, en fait, ils sont 4 : la Corée du Sud pèse de toute son influence et la Chine de Monsieur Xi garde un rôle prépondérant. On peut aussi élargir la conversation au Japon - aux premières loges du danger en cas d'échec - à toute la zone du Pacifique nord, et cette fois la Russie de Vladimir Poutine ne manque pas d'être un influent médiateur.
 
Le choix de Singapour comme lieu de rencontre est solidement pesé : hautement sécurisé, il plaît aux 2 premiers rôles. Kim Jong-Un y a séjourné lorsqu'il n'était qu'héritier. L'endroit est suffisamment luxueux pour être apprécié des 2 parties, capable d'accueillir les suites nombreuses, les intervenants, leur sécurité, les gens d'information du monde entier. L'Ambassade américaine est un véritable fortin, en face du Jardin botanique. Singapour est aussi un "bloc bancaire" (expression d'un éditorialiste australien) très important , au Top 4 des places financières mondiales, où nos héros ont d'importants placements, une bonne part de leurs petits magots publics et privés. Singapour est une des clefs du grand commerce maritime international, point de départ de la fameuse ceinture dorée qui passe par Suez et Panama.
La symbolique est donc forte. A cela s'ajoute l'influence de la Chine continentale sur la Cité-Etat, à 85 % chinoise par sa population, ses mœurs et son exemplarité au sein des différentes communautés d'Asie. Les Occidentaux – surtout Australiens et Nord Américains – y ont de puissants intérêts.
 
Ce n'estpas seulement un éventuel pacifisme qui prévaut dans cette rencontre originale ;  c'est l'intérêt économique et financier : pour les uns, au Sud, il faut préserver ce qui existe, pour les autres, au Nord, il faut conquérir sa place dans le cœur des nantis. Pour la Chine de Monsieur Xi, il s'agit de sécuriser son projet de développement à horizon 2050, notamment en mer de Chine, et qu'il ne soit en rien entravé. Le principe majeur sera très confucéen : celui de la réalité. Mais à l'abri des bonnes influences stellaires. En Asie le ciel n'est jamais loin, même si l'excentrique commerçant de la Blanche Maison aime provoquer et pense surtout à son tiroir-caisse.
 
Singapour se situe aussi, désormais, dans l'orbite chinoise, et dans celle japonaise. Elle est la charnière de ces 2 mondes antagonistes, pour lesquels le contentieux est si ancien et encore pesant. Singapour a tout à y gagner aussi, se protège ainsi d'un étouffant bouclier chinois, et reste ouverte aux stratégies occidentales. Ce faisant, elle affiche son aide à ses deux plus proches concurrents (Corée Sud et Japon) tout en s'assurant de leur continue collaboration. En moins de 30 ans la Ville-Etat est devenue une sorte de mini "laboratoire" pour l'avenir tant sur le plan technologique et financier que politique. A la fois fragile et fort, son équilibre dans la durée peut dépendre, en partie, des résultats de la rencontre du 12 Juin.
 
Le président Trump (et son entourage) affiche une stratégie d'usure : on joue les gentils et puis, brusquement, on verrouille ; c'est en quelque sorte à celui qui mentira le mieux.  Il serait étonnant que Mr Kim annihile en un jour une puissance nucléaire qui a mis 40 ans à être construite au prix de sacrifices sociaux et économiques monstrueux. Où est la cachette ? Et il maintiendra son mécontentement tant que la puissance militaire US dans sa zone d''influence n'aura pas baissé de plusieurs degrés. Les exercices militaires accomplis conjointement par Séoul et Washington sont une sérieuse épine. Il serait étonnant que monsieur Trump renonce subitement au verrouillage de cette zone, et à ses propres menaces, juste pour faire plaisir aux deux Corées… Jeu de dupes, leurre médiatique ? Ou peut-être intentions inavouées de part et d'autre. La diplomatie de surface cache le plus souvent la diplomatie réelle ou son absence.
 
Par ailleurs, en apparence, monsieur Trump n'applique pas à l'égard de l'Iran le même apparent bon vouloir diplomatique que celui finalement adopté à l'égard de la Corée du Nord ; pourtant il s'agit des mêmes griefs : fabriquer en douce du nucléaire militaire sans respecter les besogneux arrangements négociés avec ses prédécesseurs (Clinton et Obama), avoir la tentation d'agresser ses alliés, ne pas respecter les promesses successives et empocher les dollars généreusement distribués. Sans doute l'enjeu asiatique est-il plus clair, car il s'agit de maitriser une position jusqu'à présent nettement dominante. L'enjeu du Moyen Orient est d'une complexité tellement profonde, islamique, dans un enchevêtrement si confus d'a priori historiques, religieux, claniques, que la Maison Blanche ne domine pas vraiment, et où il faut jouer aussi avec l'Europe (qui est peut-être le vrai ennemi à abattre dans la zone ?)
 
Enfin, la rencontre programmée du 12 Juin peut être– en filigrane – pour tous les riverains du Pacifique, l'occasion de tenter de relancer le grand Traité commercial TransPacifique conclu en 2015, qui satisfaisait tout le monde et que Donald Trump raya d'un trait de plume à peine installé. Il s'agit d'un autre sujet que le problème coréen, mais voilà une bonne occasion d'en parler, car un tel rendez-vous ne se reproduira peut-être pas. Mais il ne faut pas anticiper : l'annulation pure et simple, l'impasse, ne sont pas loin. Il serait alors certain que Chine et Russie reprendraient la main (la Russie n'était pas partie au TransPacific) et ce pourrait être alors le début d'une sorte de "bye bye commercial à l'Amérique isolationniste".
 
Pour l'heure, il s'agit d'éliminer le conflit sur le nucléaire et de régler l'antagonisme coréen né de part et d'autre du 38ème parallèle. Le but ultime peut être à long terme un traité de paix véritable entre les deux Corées, assorti de l'humanisation des relations. Ce serait bel et bon.
La diplomatie est l'art des petits pas.

Envoyé par l'auteur, 24 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Sur la question des migrants. Macron aux Bernardins
 
 
TEXTE DU PRESIDENT
Sur les migrants, on nous reproche parfois de ne pas accueillir avec assez de générosité ni de douceur, de laisser s’installer des cas préoccupants dans les centres de rétention ou de refouler les mineurs isolés. On nous accuse même de laisser prospérer des violences policières.
Mais à dire vrai, que sommes-nous en train de faire ? Nous tentons dans l’urgence de mettre un terme à des situations dont nous avons hérité et qui se développent à cause de l’absence de règles, de leur mauvaise application, ou de leur mauvaise qualité – et je pense ici aux délais de traitement administratif mais aussi aux conditions d’octroi des titres de réfugiés.
Notre travail, celui que conduit chaque jour le ministre d’Etat, est de sortir du flou juridique des gens qui s’y égarent et qui espèrent en vain, qui tentent de reconstruire quelque chose ici, puis sont expulsés, cependant que d’autres, qui pourraient faire leur vie chez nous, souffrent de conditions d’accueil dégradées dans des centres débordés.
 
C’est la conciliation du droit et de l’humanité que nous tentons. Le Pape a donné un nom à cet équilibre, il l’a appelé "prudence", faisant de cette vertu aristotélicienne celle du gouvernant, confronté bien sûr à la nécessité humaine d’accueillir mais également à celle politique et juridique d’héberger et d’intégrer. C’est le cap de cet humanisme réaliste que j’ai fixé. Il y aura toujours des situations difficiles. Il y aura parfois des situations inacceptables et il nous faudra à chaque fois ensemble tout faire pour les résoudre.
Mais je n’oublie pas non plus que nous portons aussi la responsabilité de territoires souvent difficiles où ces réfugiés arrivent. Nous savons que les afflux de populations nouvelles plongent la population locale dans l’incertitude, la poussent vers des options politiques extrêmes, déclenchent souvent un repli qui tient du réflexe de protection. Une forme d’angoisse quotidienne se fait jour qui crée comme une concurrence des misères.
 
Notre exigence est justement dans une tension éthique permanente de tenir ces principes, celui d’un humanisme qui est le nôtre et de ne rien renoncer en particulier pour protéger les réfugiés, c’est notre devoir moral et c’est inscrit dans notre Constitution ; nous engager clairement pour que l’ordre républicain soit maintenu et que cette protection des plus faibles ne signifie pas pour autant l’anomie et l’absence de discernement car il y a aussi des règles qu’il faudra faire valoir et pour que des places soient trouvées, comme c’était dit tout à l’heure, dans les centres d’hébergement, ou dans les situations les plus difficiles, il faut aussi accepter que prenant notre part de cette misère, nous ne pouvons pas la prendre tout entière sans distinction des situations et il nous faut aussi tenir la cohésion nationale du pays où parfois d’aucuns ne parlent plus de cette générosité que nous évoquons ce soir mais ne veulent voir que la part effrayante de l’autre, et nourrissent ce geste pour porter plus loin leur projet.
 
C’est bien parce que nous avons à tenir ces principes, parfois contradictoires, dans une tension constante, que j’ai voulu que nous portions cet humanisme réaliste et que je l’assume pleinement devant vous.
Là où nous avons besoin de votre sagesse c'est pour partout tenir ce discours d'humanisme réaliste, c'est pour conduire à l'engagement de celles et ceux qui pourront nous aider et c'est d'éviter les discours du pire, la montée des peurs qui continueront de se nourrir de cette part de nous car les flux massifs dont vous avez parlé que j'évoquais à l'instant ne se tariront pas d'ici demain, ils sont le fruit de grands déséquilibres du monde.
Et qu'il s'agisse des conflits politiques, qu'il s'agisse de la misère économique et sociale ou des défis climatiques, ils continueront à alimenter dans les années et les décennies qui viennent des grandes migrations auxquelles nous serons confrontés et il nous faudra continuer à tenir inlassablement ce cap, à constamment tenter de tenir nos principes au réel et je ne cèderai en la matière ni aux facilités des uns ni aux facilités des autres. Car ce serait manquer à ma mission
.

 
COMMENTAIRE
Un discours moral et juridique qui fait abstraction du problème politique international
Peu critiquable en ce qu’il dit, ce passage du discours l’est à cause de ce qu’il ne dit pas. D’une part, il en reste à un exposé de principes fort admissibles et consensuels, alors que le sujet est plutôt leur application – et on n'a pas vraiment l'impression que ce problème soit au nombre de ses principales préoccupations ; d’autre part, et surtout, il fait abstraction de nos responsabilités internationales. C’est ce second point que je voudrais développer.  
Nul ne peut soupçonner le président Macron de ne pas donner toute son importance à l’international, à la participation de la France au gouvernement du monde. Et il le fait bien mieux que ses prédécesseurs.
Il faut approuver aussi le président de ne pas être dans la réaction immédiate à l’urgence médiatique. Il a une vision de long terme. C’est assez rare pour ne pas être salué.
Mais il amalgame trop deux choses différentes : immigration et migrations.
L’immigration ne date pas d’hier, mais les migrants ne sont pas les émigrés. Beaucoup d’immigrés illégaux veulent, c’est vrai, se faire passer pour des réfugiés. Mais si tant de réfugiés affluent quand même en Europe, venus d’Afrique et du Proche-Orient, c’est parce que le président Sarkozy a plongé dans le chaos la Libye, donc le Sahel, et parce que nous participons à une politique qui a prolongé jusqu’à aujourd’hui la guerre en Syrie. Au moins la France, grâce au président Chirac, n’est-elle pas responsable du chaos en Irak.    
Le phénomène de l’immigration a des causes "politiques", "économiques" ou "climatiques" "durables" "dans les années et les décennies à venir". Mais il est trompeur de le confondre avec le phénomène des migrants, qui a pour cause beaucoup plus spécifique la politique hégémonique de l’Amérique avec ses guerres sans fin au Proche-Orient.    
Concernant l’islamisme, il est indubitable qu’il ne serait pas un problème d’une telle importance, si les Occidentaux n’avaient constamment soutenu le parrain du salafisme mondial, à savoir l’Arabie Saoudite. Que si leur invocation des motifs humanitaires en Syrie était authentique, les dirigeants se soucieraient autant des atrocités saoudiennes au Yémen, ou des conditions de vie épouvantables des émigrés pakistanais ou philippins dans les pays du Golfe. Que l’islamisme militaire est né en Afghanistan, monté par Washington et financé par Ryad contre la présence soviétique. Et qu’il n’a jamais été désarmé depuis.    
Ces migrants réfugiés font peur à une grande part de l’opinion parce qu’ils sont en grande majorité musulmans et réputés à tort ou à raison islamistes. Mais les islamistes ne seraient que peu de choses sans leurs patrons. De plus, au-delà des clichés, quelle est aujourd’hui la situation réelle de l’islam dans le monde ? Nous ne voulons entendre que des histoires qui nous conviennent, alors que la seule chose véritablement utile serait la vérité objective.
 
Un rapport de forces est un rapport de forces
Pour défendre ou excuser le président Macron, on répondra que son discours si abstrait est le seul que nos dirigeants puissent aujourd’hui tenir. A la politique impériale des USA, nous nous associons moins par atlantisme doctrinaire (car il est évident à peu près à tous que les USA ont perdu le sens de la mesure), mais faute de pouvoir nous en détacher sans dommages. A la puissance des USA s’ajoute la dépendance de notre économie à l’égard du pétrole et celle de notre budget à l’égard des capitaux des monarchies pétrolières, peut-être aussi la crainte de subversions qui pourraient être suscitées chez nous.
Un rapport de forces est un rapport de forces. Que peut-on faire d’autre, nous les Européens, sinon nous conduire en alliés complaisants, mais malgré tout encore libres, moyennant quoi avec nous on garderait les formes, nous conserverions de l’influence, des marges de manœuvre, et nous obtiendrions aussi une part du gâteau ?
Avant de juger trop vite des actions comme la participation de la France aux bombardements du 13 avril 2018, mesurer à la fois ce rapport de force et l’utilité de donner un gage à Washington avant la visite du président Macron aux USA, lui qui ne désespérait pas de convaincre son homologue américain.   
 
L’heure de vérité du président Macron
L’excuse précédente était assez valable jusqu’à la dénonciation du traité avec l’Iran par le président Trump. Mais cette action change vraiment la donne. Y a-t-il encore quelque chose comme un droit international, un respect de la parole donnée, des traités,  ou est-ce que la volonté capricieuse de l’hégémon doit désormais servir de loi ? Washington ne traite plus les Européens en alliés, mais en sujets. La question est de savoir si nous acceptons de devenir des sujets. Jeudi 17 mai, au sommet UE-Balkans à Sofia, la réponse était clairement non.  
Outre notre dignité, notre souveraineté, nos intérêts, il s’agit surtout de notre sécurité. Savoir si nous nous laisserons entraîner dans une politique qui ne conduit à rien d’autre qu’à la guerre mondiale, dans le cas où la Chine et la Russie ne se soumettraient pas et n’accepteraient pas d’être gouvernées à terme par des représentants en accord avec l’hégémon.
Comment résister sans subir de terribles sanctions, ni sans procéder de fait à un renversement des alliances, qui ne se justifie pas non plus ? Et faire des Européens les arbitres de la situation ? Cela demande des trésors de courage et de diplomatie.   
C’est donc aujourd’hui l’heure de vérité du président Macron. Comme l’écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque [1130 a 1] : "archê andra deixei", "le pouvoir révèlera l’homme".
Paru sur www.henrihude.fr, 20 mai 2018
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Les défis du voyage de Macron en Russie
 
Le chef d'État français rencontrera son homologue russe les 24 et 25 mai à Saint-Pétersbourg. Les complexes dossiers ukrainien, iranien et syrien seront au menu.
 
Même si elles sont anciennes, les relations entre grandes nations ont besoin d'être nourries de rencontres régulières au sommet. C'est le sens du voyage d'Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg les 24 et 25 mai prochains, qui répond à la visite de Vladimir Poutine du 29 mai 2017 à Versailles, laquelle célébrait 300 ans de relations diplomatiques entre la France et la Russie. Les deux présidents vont pouvoir renforcer le Dialogue de Trianon, qui lance des ponts culturels et universitaires entre les deux nations. Mais améliorer les relations politiques et économiques sera beaucoup plus difficile, tant sont nombreux les obstacles obstruant la voie d'un rapprochement franco-russe.

Stratégiquement, l'objectif à long terme des Français devrait être clair : garder les Russes en Europe, ne pas les précipiter vers l'Asie, afin de constituer un bloc capable de parler d'égal à égal avec les Chinois, dont les tendances hégémoniques ne cessent de s'affirmer. La Chine vient de montrer doublement sa puissance. Le 18 mai 2018, elle a fait atterrir des avions H-6K (bombardiers à long rayon d'action) sur un îlot des Paracels, qu'elle a accaparé en mer de Chine méridionale, et où elle a construit un aérodrome militaire. De là, ses bombardiers stratégiques peuvent désormais atteindre le nord de l'Australie ou l'île américaine de Guam. Deuxième signe de l'omnipotence chinoise, les États-Unis ont annoncé le 20 mai qu'ils suspendaient leurs mesures tarifaires punitives à l'égard de Pékin, confiants que les Chinois allaient augmenter leurs importations américaines - au détriment des Européens, cela va sans dire.
À long terme, la Chine inquiète les Russes, propriétaires d'une Sibérie quasi dépeuplée. Mais, à court et moyen terme, ils apprécient cette amie forte et fiable - si différente de l'Europe -, qui montre cohésion et indépendance, qui est leur premier partenaire commercial, qui ne leur fait pas la morale, et qui ne leur inflige pas de sanctions.

Trois sujets politiques principaux sont au menu du sommet Macron-Poutine : l'Ukraine, l'Iran et la Syrie.
Au Donbass, Moscou a accepté le principe d'un déploiement de Casques bleus de l'ONU, sur la ligne de cessez-le-feu séparant l'armée ukrainienne des séparatistes pro-russes. Berlin et Paris ont salué le geste. Mais les Russes ne vont pas permettre aux Casques bleus de se déployer sur la frontière russo-ukrainienne, tant que l'Ukraine n'aura pas voté une loi donnant une pleine autonomie culturelle et linguistique à la région du Donbass, assortie d'une amnistie générale pour les combattants séparatistes. Or, à Kiev, théâtre actuel d'une surenchère nationaliste, il n'y aura aucune initiative politique avant l'élection présidentielle de mars 2019. Mais si le Kremlin faisait un geste concret allant vers le rétablissement de la souveraineté de Kiev sur le Donbass, les Français pourraient encourager, dès juillet 2018, une suspension des sanctions de l'Union européenne contre la Russie.
Les Russes ne supportent pas l'idée d'une entrée de l'Ukraine dans l'Otan. Pourquoi l'Allemagne et la France n'inscriraient-elles pas dans le marbre leur veto d'avril 2008 d'une adhésion de l'Ukraine à l'Otan ? Pourquoi ce pays ne deviendrait-il pas neutre militairement, à l'instar de l'Autriche ? Le sommet Macron-Poutine ne débloquera pas la situation en Ukraine. Mais rien n'empêche les deux présidents de préparer l'avenir !
Sur le dossier iranien, Russes et Français s'accorderont sur la nécessité de maintenir l'accord nucléaire du 14 juillet 2015, dont les Américains se sont retirés unilatéralement. À court terme, les grandes sociétés françaises obéiront au diktat américain, car leurs échanges avec les États-Unis sont incomparablement supérieurs avec ceux qu'elles ont avec l'Iran. Mais Macron pourra aussi exposer à Poutine l'idée des Européens de faire financer le commerce avec l'Iran, en euros, par la BEI (Banque européenne d'investissement), institution à l'abri des représailles américaines.
C'est sur le dossier syrien que le président français aura avec son homologue russe la position la plus difficile. Depuis qu'elle a fermé son ambassade à Damas en mars 2012, la France a disparu du jeu. Elle n'a comme allié sur place que les Kurdes du Rojava (bande nord de la Syrie), courageux adversaires de Daech. Or l'Amérique a déjà abandonné ces progressistes à l'armée turque dans le canton d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie. Respectée par tous les États, la Russie est devenue la puissance "pivotale" du Moyen-Orient. Les Israéliens viennent de lui demander de prévenir une guerre avec les Iraniens en Syrie. Recevant Bachar el-Assad à Sotchi le 17 mai 2018, Poutine a donc prôné un prompt départ de "toutes les troupes étrangères" de Syrie.
Au Congrès de Vienne, Talleyrand avait déjà noté qu'on pouvait être le meilleur négociateur du monde, les rapports de force sur le terrain finissaient toujours par se rappeler à vous…

Paru dans Le Figaro, 22 mai 2018
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Lire la presse est dangereux pour votre santé financière
 
Si j’en crois la presse française, l’économie en Grande-Bretagne va mal, très mal et cela serait dû à la décision de quitter ce havre de paix et de croissance que serait l’Europe, admirablement gérée par nos chères élites technocratiques comme chacun le sait. Nos médias expliquent ainsi que la croissance du PIB en Grande-Bretagne serait en train de s’effondrer. Il est vrai que les chiffres du dernier trimestre n’ont pas été bons. Ce que l’on ne vous dit pas, c’est que cet "effondrement" vient de la quasi-stagnation des dépenses de l’Etat depuis que les conservateurs sont revenus au pouvoir.
Admettons que 50 % du PIB dans un pays soit d’origine étatique et 50 % viennent du secteur privé. Si le secteur étatique cesse de croitre, la moyenne des deux va baisser. Celui qui pense que cette baisse est une mauvaise nouvelle croit sans doute que l’Union Soviétique a été un immense succès…  De fait, depuis le retour des Conservateurs, le poids de l’Etat dans l’économie britannique a déjà baissé de 4 points de PIB, ce qui ne s’est jamais produit en France, mais est habituel quand la droite est au pouvoir en Grande-Bretagne.
 
Comment les conservateurs arrivent-ils à ce résultat miraculeux ? En faisant baisser les effectifs de la fonction publique à chaque fois quand ils sont élus, ce qui est socialement insupportable et ne peut amener qu’à une dépression comme chacun devrait le savoir.
Les conservateurs (ces monstres), à partir de 2009, ont viré 1 million de fonctionnaires ou assimilés (les effectifs de la fonction publique passent de 6.4 millions à 5.4 millions en quelques années, échelle de droite) et la loi dite de Charles Gave se vérifie une fois de plus : pour chaque fonctionnaire qui disparaît, trois emplois au moins sont créés par le secteur privé, les emplois du secteur privé passant de 21.5 millions à 24.5 millions pendant la même période.
Notons de plus qu’il n’y a jamais eu autant de Britanniques au travail, 71% de la population contre 61 % en France et que le nombre d’emplois créés au Royaume-Uni a été plus de deux fois supérieur au nombre d’emplois créés en France depuis 2010…
 
Et comme la croissance du secteur privé est bonne, voilà qui favorise les rentrées fiscales… Et comme le maintien sous contrôle des dépenses de l’Etat reste très fort, à terme, le pays revient à l’équilibre budgétaire. En fait, d’après des chiffres préliminaires, il n’est pas impossible que le budget britannique repasse en excèdent dès 2018. Personne n’en parle en France…
Hors zone Euro, rien à signaler. En fait, la plus grosse partie du déficit extérieur vient de la zone euro, frappée de stagnation depuis au moins 10 ans et donc incapables d’importer des produits anglais… alors que les britanniques importaient joyeusement des produits européens.
La Grande- Bretagne va bien et continuera à aller de mieux en mieux puisque les emplois sont de vrais emplois créés par le secteur marchand…
Et donc certainement, la bourse de Londres doit être au plus haut par rapport à la bourse de Paris ….
Pas du tout ! Rarement la Grande-Bretagne a-t-elle été aussi bon marché par rapport à la France…

Paru sur institutdeslibertes.org, 14 mai 2018
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
"La France en guerre laisse l'ennemi en paix"
 
CHRONIQUE - Observer Emmanuel Macron cautionner la stratégie de provocation du djihadisme palestinien et taire l'inspiration coranique de Khamzat Azimov, l'assaillant de l'attentat au couteau commis à Paris, fait douter de sa capacité de résistance à l'islamiste en guerre.
 
Celui qui tue au nom d'Allah sait attendrir et culpabiliser l'humaniste benêt qu'il combat. Il lui suffit d'exposer sa communauté en victime : ce statut vaut protection chez les belles âmes. Emmanuel Macron est de celles-là, quand il redoute de nommer l'idéologie islamiste qui excite les égorgeurs. Réagissant à l'attentat au couteau commis samedi soir à Paris (quartier de l'Opéra) par un djihadiste français d'origine tchétchène (un mort, quatre blessés), le chef de l'État s'est contenté en effet de dénoncer un "terroriste". Il a aussi assuré, dans un tweet envoyé depuis sa villégiature de Brégançon (Var) : "La France ne cède pas un pouce aux ennemis de la liberté." Les grands mots cachent souvent des faiblesses. De fait, lundi, Macron a aussi tenu Israël pour seul responsable des 60 morts palestiniens tombés ce jour-là à Gaza sous les balles de son armée. Le Hamas a dû apprécier la condamnation. Ce mouvement terroriste islamiste veut qu'Israël disparaisse de la carte.
Observer le chef de l'État cautionner la stratégie de provocation du djihadisme palestinien et taire l'inspiration coranique de Khamzat Azimov, qui a tué Ronan, 29 ans, fait douter de sa capacité de résistance à l'islamiste en guerre. Macron n'ignore rien du jeu du Hamas, qui tient Gaza sous sa botte. Lundi, prétextant du 70e anniversaire d'Israël et de l'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem, ce bras armé de l'Iran a encouragé les foules, adolescents en première ligne, à cisailler les clôtures de séparation avec les premiers kibboutz et à franchir la frontière défendue par l'armée israélienne. Les tirs à balles réelles ont été les réponses, préalablement annoncées, aux tentatives d'invasions. L'encouragement islamiste à braver la mort est assorti de subventions versées par le Hamas : 3000 dollars pour la famille d'un "martyr", 500 dollars pour un blessé grave, 200 pour un blessé léger. Comme le rappelle Jeannette Bougrab auFigaro : "La France doit comprendre qu'elle se trouve face à un ennemi qui divinise la mort."
 
Le fanatique qui accepte de mourir à Gaza pour tenter de tuer l'image d'Israël, à défaut de tuer un Israélien, est semblable à celui qui se sacrifie en France pour justifier son djihad. C'est pourquoi l'État hébreu, confronté au Hamas, préfigure ce qui pourrait s'installer en France demain. Notre pays est déjà la cible prioritaire du terrorisme déclenché en Europe par l'islam conquérant. Depuis 2015, 247 personnes ont été tuées en France lors d'attentats commis par des islamistes. L'intifada des couteaux n'est plus réservée à Israël. Outre Ronan, tué samedi, les victimes françaises deviennent nombreuses, depuis la décapitation du chef d'entreprise Hervé Cornara en juin 2015. À Magnanville, un couple de policiers (Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider) a été poignardé sous les yeux de leur enfant de 3 ans. Le père Hamel a été égorgé dans son église. À Marseille, gare Saint-Charles, Laura et Maurane ont été lardées de coups. Ces crimes se poursuivront tant que la République laissera l'ennemi en paix.
 
Il est trop commode de désigner Israël et les États-Unis de Donald Trump comme les fauteurs de troubles. L'émotion devant les images ne doit pas faire oublier la perversité de ceux qui poussent une foule sous les feux d'une armée. D'autant que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par les États-Unis n'est que la confirmation d'une évidence vieille de 3000 ans : une mémoire que le narratif islamique tente d'effacer avec l'appui de l'ONU ou de l'Unesco. La protection d'un pays en guerre ne peut s'exonérer du recours à la force quand des assauts tentent de provoquer l'intrusion, fût-elle désarmée. La Marche du retour, mise en scène médiatique qui a servi de prétexte au Hamas pour tenter de pénétrer en territoire israélien, a fait comprendre que ce mouvement refusait la solution de deux États séparés. Les près de 60 morts palestiniens (dont 50 combattants du Hamas) et les 2500 blessés sont évidemment de trop. Mais qui a incité à ce drame sinon la stratégie victimaire ?

Paru dans Le Figaro, 18 mai 2018
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Si tu veux la paix, prépare la guerre
 
Cet essai procède d'une double réflexion, celle de l'officier "homme de guerre" et celle du chrétien porteur d'une vision de l'homme et de la société conforme à celle de l'Eglise pour tenter de mieux comprendre les conflits actuels et les moyens de parvenir à une paix durable.

Les points clés sont les suivants :
1/ ce livre aborde la question de la guerre d'un point de vue politique et philosophique à partir d'une interrogation concrète : pourquoi 30 années d'interventions militaires occidentales nous ont-elles conduit dans une telle impasse ? Pourquoi ce va et vient permanent entre bellicisme et pacifisme que l'on peut observer depuis deux siècles dans nos sociétés ?
2/ les transformations de la guerre, du combat classique au terrorisme, et surtout leurs origines et leurs conséquences sont analysées : pourquoi sommes-nous revenus à la guerre totale alors que nous prônons la paix universelle depuis deux siècles ? Quels sont les devoirs du politique dans la préparation et la conduite de la guerre ? Quels doivent être les rapports entre le politique et le militaire dans une démocratie ?
3/ Peut-on encore parler de guerre juste ? le message et l'expérience de l'Eglise ont-ils quelque chose à nous apporter à ce sujet ? En quoi les principes de la guerre juste sont-ils radicalement différents de la vision manichéenne qui prévaut actuellement ? Peut-on redonner une valeur opératoire à des principes datant du Moyen-âge ?

Envoyé par l'auteur, 17 mai 2018


préfacé par le sénateur Bernard Seillier et publié aux éditions Viaromana.








 
   

 
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version