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Déjà vaincus ?
 
 A entendre certains commentateurs, dont Pierre Manent, nous serions déjà soumis au monde islamique, vaincus dans un combat qui pourtant nous a coûté bien moins de morts qu’une journée du 1er conflit mondial.
L’Islam du Proche et du Moyen-Orient aurait décidé de nous faire payer les accords Sykes-Picot de 1916, par lesquels Français et Britanniques se partageaient les dépouilles de l’Empire ottoman. Ces accords procédaient pourtant d’une connaissance précise du monde arabe : dès l’origine, la dissension, "fitna", fut la caractéristique du monde musulman islamisé.
Les Arabes sunnites ont toujours rêvé d’un Etat musulman, oubliant leur histoire depuis les origines. Car l’histoire du monde sunnite, c’est la lutte incessante entre Arabes, Turcs et Perses pour l’hégémonie entre la Mecque, Damas, Bagdad, le Caire, Riyad, Istanbul, Téhéran. S’y ajoutent les conflits récurrents entre Sunnites et Chiites, entre majorité sunnite et minorités : Chrétiens, Kurdes, Azéris, Alaouites etc. Nous avons chez nous le même conflit entre ceux qui souhaitent la mondialisation ou la communauté européenne, ceux qui refusent les frontières (no Borders de Calais), et ceux qui tiennent à leur chez soi. Trop de nos dirigeants oublient Jaurès : il  constatait il y a un siècle que la patrie est souvent le seul bien des plus démunis. Car les Palestiniens veulent un Etat palestinien, comme la majorité des Libanais veut un Etat libanais, et je ne vois pas quel Etat du Golfe accepterait de se fondre dans un conglomérat arabe où ses revenus disparaîtraient…
 
Cela dit, il existe deux courants politiques dans l’entité sunnite. Le premier, centré sur l’Arabie saoudite, gardienne actuelle des lieux saints, prônant une lecture littérale du Coran et des textes fondateur ; le second, centré sur la Turquie (qui n’est pas arabe, rappelons-le), la Syrie et l’Irak, a subi l’influence des Français et des Soviétiques : ces trois pays ont élaboré des doctrines républicaines et laïques, qui se sont traduites par le kémalisme et les partis Baas syrien et irakien.
 
A la suite du premier conflit afghan, mené contre les Soviétiques par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, nous assistons au retour du courant musulman intégriste prêché par les religieux saoudiens, c’est à dire le wahabisme, une lecture rigoriste des textes fondateurs - Coran, Sîra, hadiths - d’où découlent  le salafisme, les Frères musulmans, Al Qaïda, Daech, etc.
Le résultat, c’est d’une part la lutte contre l’Iran, qui voudrait rassembler en une seule entité les Chiites séparés et brimés dans les Etats Sunnites. C’est d’autre part la volonté turque d’être un modèle du monde musulman et de réunir les turcophones. C’est ensuite Daech qui, à la différence d’Al Qaïda, a voulu se constituer une base étatique d’où rassembler en un seul califat les Musulmans du monde entier. C’est enfin les problèmes de l’Arabie saoudite, qui ne peut supporter la volonté iranienne de rassembler les Chiites, qui ne peut admettre la prétention de Daech de recréer un califat et qui voit avec réticence les visées turques...
 
Daech, sigle du califat installé sur les parties sunnites de la Syrie et de l’Irak, c’est la synthèse entre le totalitarisme irakien de Saddam Hussein et le wahabisme, le mélange de la terreur et du juridisme hanbalite -l’école la plus sectaire de l’Islam- C’est simultanément un Etat en devenir, une centre de propagande efficace, et un militarisme terroriste. Mesurant mal les capacités de réactions des Occidentaux, Daech a lancé des cellules terroristes en France, en Belgique, en Allemagne, en Turquie.
Face à un monde musulman divisé comme il l’est, notre combat est donc loin d’être perdu. Surtout, l’Arabie saoudite s’est empêtrée dans un conflit yéménite où elle a plus à perdre qu’à gagner. La Turquie, voulant à la fois écraser les Kurdes, Bachar el Assad et Daech est en passe de tout rater.
 
L’intervention russe en Syrie a changé la donne : les Etats-Unis ont gardé de mauvais souvenirs de leur conflit en Afghanistan ; en période électorale ils sont tétanisés. Et les différentes factions de l’opposition syrienne, divisée entre républicains et islamistes de tous poils, n’a jamais pu s’unir, et reste incapable de vaincre sans le soutien massif des Américains, Occidentaux, Saoudiens et Turcs, de plus en plus mesuré.
Les Russes ont parfaitement su jouer leurs cartes politiques, tactiques et stratégiques : ils se présentent en défenseurs des minorités, et surtout des chrétiens ; ils veulent éviter en Syrie le chaos libyen. Leurs actions militaires furent lancées alors que les Syriens de tous bords sont épuisés par près de cinq années de guerre civile, et que les soutiens des opposants syriens réalisent qu’ils se sont fourvoyés.
 
Pour nous, la situation est délicate. Notre pays s’est fait gloire, depuis 1905, d’avoir supprimé toute référence à Dieu. Nous sommes donc très mal placés pour lutter contre l’islamisme, qui mène justement un combat au nom d’Allah.
Les droits de l’homme ne peuvent constituer un substitut de transcendance : comment pourraient-ils préexister à l’homme ? Ils sont fatalement contingents et ils ne peuvent que se fracasser face à la puissance militaire russe ou à la puissance financière saoudienne. Puisque nous changeons de ministre des affaires étrangères, au moins faisons preuve de réalisme, sinon de machiavélisme. Nous avons des intérêts au Proche et au Moyen-Orient, défendons-les. Appuyons-nous sur les minorités, religieuses ou pas. Toutes les religions ont eu leur phase guerrière : cessons de proclamer que l’Islam est une religion de paix. Le soufisme, qui est la voie pacifique de l’Islam, n’est pratiqué que par moins de 5% des Musulmans, les autres le considèrent comme une déviance. Cessons de confondre racisme et islamophobie. Comment peut-on être contre les religions chrétiennes en France et tolérant face aux interprétations les plus folles de l’Islam ?
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La fin des illusions en Syrie et ailleurs ?
 
Depuis 2011, en France surtout, nous avons cru que les manifestations en Tunisie, en Libye, en Egypte, en Syrie etc. annonçaient une ère nouvelle. Les illusions américaines d’un "Moyen-Orient démocratique", nous les avions faites nôtres. Nous étions confortés dans nos rêves par la fuite de Ben Ali, puis de Moubarak, et l’élimination de Kadhafi. Et nous avons cru que l’aide de l’Arabie saoudite, de la Turquie, et les velléités américaines suffiraient à abattre Bachar el Assad. Nous n’avions rien compris à la solidité du régime de Damas, ni à ce que voulaient les contestataires de Ben Ali, de Moubarak, de Bachar el Assad. Et nous n’imaginions pas la capacité de nuisance des salafistes et frères musulmans stipendiés par l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe. Surtout, nous n’avions pas organisé la succession de Kadhafi et ni prévu la pagaïe qui s’est installée en Libye. La solidité du régime alaouite, les volontés russes et iraniennes de contrer le terrorisme sunnite et de ne pas laisser s’installer un nouvel abcès au Proche-Orient nous ont complètement échappé.
 
Très rapidement, le Président Obama a compris quel chaos provoquerait une intervention occidentale dans cette région, et il a décidé de laisser les Russes et les Iraniens se charger de basses besognes.
Aujourd’hui, la coalition menée par les Russes et les Iraniens est en passe de contrôler la frontière entre la Turquie et la Syrie, donc de couper l’aide que recevaient abondamment les adversaires d’Assad. Simultanément, la Syrie utile va être sécurisée. Ultérieurement, le reste de la Syrie sera libérée.
 
La France a paradoxalement gâché toutes ses cartes en Syrie, en ne soutenant ni le gouvernement de Bachar el Assad, ni ses adversaires, qui sont d’ailleurs ceux que nous combattons au Sahel africain.
Rêver que les droits de l’homme puissent régner sur la planète, c’est un vœu pieux. Mais les dures réalités sont là : il y a de très rares occasions en politique ou en stratégie permettant de choisir entre le Bien et le Mal. Il est beaucoup plus simple de défendre ses intérêts. Il aurait fallu choisir clairement entre une Syrie sous la coupe du califat de Daech ou sous l’égide des Russes et des Iraniens….Pouvons-nous être fiers de notre politique étrangère ?
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Opération SENTINELLE : Halte à la casse de l’Armée de Terre !
 
Jamais sans doute depuis la professionnalisation des Armées une opération n’aura été aussi préjudiciable pour l’Armée de Terre que l’actuelle opération SENTINELLE déclenchée dans la foulée des attentats du 13 novembre dernier et qui sauf invraisemblable sursaut de lucidité va se poursuivre.
Après ces attaques meurtrières, j’ai salué comme l’immense majorité des français, le recours à l’état d’urgence et le renforcement des mesures de sécurité. Le déploiement des forces armées et tout particulièrement de l’Armée de Terre répondait à une compréhensible logique d’urgence dans un contexte d’ubiquité du danger. Les menaces n’ont pas disparues mais l’urgence est devenue constance et la place de l’Armée n’est plus à patrouiller incongrument par six dans les lieux publics  FAMAS en sautoir et casque à la ceinture.
Je ne peux que constater qu’après chaque nouvel attentat, il a été demandé aux Armées de déployer toujours plus de militaires dans les grandes villes. Les forces armées ont vécu toutes les gradations du Plan VIGIPIRATE avant de passer au dispositif SENTINELLE.
VIGIPIRATE restait absorbable sans conséquence majeure pour la bonne santé opérationnelle de l’Armée de terre, SENTINELLE est destructrice.
 
SENTINELLE est destructrice parce cette opération "consomme" des femmes et des hommes qui devraient se former, s’entraîner ou se reposer avant un nouvel engagement. Rogner sur un de ces aspects consubstantiel au maintien en condition d’un soldat et à la capacité opérationnelle d’une unité, c’est scier le pied du tabouret. Quel que soit l’aspect sauvegardé ou sacrifié la bombe est à retardement avec des effets qui peuvent être dévastateurs. Sur le terrain d’abord où nos théâtres d’engagement notamment africain exigent un haut degré de préparation individuel et la maitrise de savoir-faire collectifs compliqués. Une faiblesse dans ce registre, c’est au mieux être incapable d’audace tactique et au pire accepter les pertes humaines. Sur le potentiel humain ensuite avec le non renouvellement du premier contrat ou le départ anticipé de jeunes cadres confrontés à l’impossibilité de conjuguer vie professionnelle et vie sociale ou familiale. Les chefs militaires et j’ai été de ceux-là,  ont toujours eu beaucoup de pudeur à insister sur la nécessité de garantir des phases de détente et de récupération et pourtant je sais aussi par expérience qu’elles conditionnent le bon moral d’une troupe, facteur multiplicateur d’efficacité ou à contrario élément fondateur du renoncement ou de la révolte.
 
SENTINELLE est aussi destructrice parce qu’elle renvoie à nos compatriotes une idée faussée de ce qu’est un soldat professionnel et ce que sont ses savoir-faire individuels et collectifs. En plagiant les modes d’action des forces de sécurité, défense statique des édifices ou présence mobile, ils sont réduits à un rôle de supplétifs avec qui plus est des équipements et un armement inadaptés. C’est utiliser une voiture de sport en refusant de passer la seconde vitesse. Dans un contexte sécuritaire dégradé avec des moyens adaptés et complémentaires à ceux des policiers et des gendarmes, les forces armées sont un recours et leur présence dissuasive est rassurante. Mais quand la vie a repris son cours normal et que ce sont les bouchons en direction des stations de sports d’hiver qui occupent la une de l’actualité, qu’apporte réellement ce déploiement ostensible de militaires au cœur de nos villes ? Hier, ces soldats étaient remerciés, aujourd’hui ils laissent indifférents, je crains que demain le quidam leur reproche de ne servir à rien. 
 
SENTINELLE est enfin et surtout un énorme piège pour l’Armée de Terre qui a obtenu en contrepartie de cette mission un arrêt temporaire de la déflation de ses effectifs et l’autorisation de recruter. Ce nécessaire ajustement au regard du contrat opérationnel défini par le Libre Blanc de 2013 et les engagements voulus par le Président de la République est aujourd’hui perçu par l’opinion publique, sous l’effet conjugué des médias et des portes paroles ministériels, comme un privilège qui place cette Armée en position d’obligé. C’est pour elle et ses chefs, le grand écart entre l’excellence que requiert l’engagement à l’extérieur et l’indispensable solidarité nationale. A tout prendre cette même Armée de Terre risque d’y perdre sa crédibilité.
 
Les centres de recrutement sont parait – ils submergés de demandes de recrutement. L’occurrence de la guerre attire le soldat. Faut-il s’en réjouir ? Faut-il y voir un précautionneux pressentiment ou une vraie résilience dont nos décideurs seraient bien aise de s’inspirer ? Pour ma part, sans exclure la nécessaire voire indispensable réflexion sur la continuité entre défense et sécurité : Garde nationale, réserve opérationnelle ou autre formule qui demandera des moyens, de l’argent et du temps, j’estime qu’aujourd’hui, la place des cadres et des soldats, aviateurs et marins de nos armées professionnelles est à l’instruction dans les cantonnements, en formation dans les écoles et centres spécialisés, à l’entrainement dans les camps de manœuvre ou à la mer, au repos pour profiter d’une aération auxquels ils ont droit ou en projection sur les exigeants théâtres d’opération mais certainement pas à arpenter dans ces conditions le bitume de nos cités.
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Coup dur pour l’antiterrorisme : ce que la France va perdre à ne pas réorganiser ses services de renseignement
 
La France ne fera pas sa révolution du renseignement comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l'avaient fait après 2001. Le 14 janvier dernier, le président de la République l'a confirmé lors du Conseil national du renseignement, dont le contenu est resté secret. Des mesurettes, mais rien de révolutionnaire.
Pourtant, une telle réforme est vitale.
 
Quelles sont les grandes décisions prises par F. Hollande dans le cadre de l'amélioration du renseignement et pourquoi sont-elles trop limitées ?
Pour l'instant, il n'y a eu que des effets d'annonce suite aux attentats de janvier 2015. Certes, le recrutement et la formation de nouveaux membres des services prendront du temps. Toutefois, trop peu a été fait pour corriger les effets pervers de la réforme du renseignement intérieur de 2008.
 
Hollande a renoncé à réorganiser le renseignement français alors qu'on ne compte plus les experts qui pensent que c'est une solution dont on ne peut pas se passer. En quoi cette réforme de fond est-elle vitale ? Pourtant les moyens actuels ne sont-ils pas nettement insuffisants et la machine trop bureaucratisée ?
Comparé à ses alliés occidentaux, la France souffre toujours d'un problème de sous-effectif en matière de renseignement. Nos moyens humains et notre budget sont inférieurs à ceux des Britanniques, des Allemands, des Américains et des Israéliens. La Grande-Bretagne a plus de 20 000 personnes qui travaillent dans le renseignement, elles sont plus de 18 000 en Allemagne alors qu’on en compte seulement 14 000 chez les Français, soit autant qu'en Israël. Mais comparé à notre population et à notre responsabilité sur le plan international, ce chiffre place les services français à un rang secondaire. Les Allemands qui n’ont pas nos implications internationales, ont plus d'effectifs que nous et Israël, qui compte moins de 9 millions d'habitants, a les mêmes effectifs que nous.
Sur le fond, il n’y a pas d'urgence criante à améliorer le renseignement extérieur parce que la lutte anti-terroriste qui est globale, se mène en priorité sur le territoire national où ont lieu les attentats. La nature du terrorisme auquel nous sommes confrontés est domestique, notamment puisqu'il est en partie issu de nos banlieues. Notre renseignement extérieur fonctionne globalement bien, la DGSE sert à neutraliser les menaces en menant des actions préemptives tandis que le rôle de la DRM est de fournir du renseignement pour assurer le succès de nos interventions militaires. Quant au renseignement intérieur, les réformes de 2008 montrent leurs limites. Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation entre les mains de la DGSI qui fonctionne avec une culture héritée de la DST, très cloisonnée et surtout adaptée pour lutter contre l’espionnage et contre un terrorisme étranger, de nature étatique (Iran et Syrie au cours des années 1980), mais pas contre un terrorisme des banlieues.

Il faudrait s’inspirer de deux modèles : celui des services de sécurité allemands (BFV) ou de la DRPP, la direction du renseignement de la préfecture de Paris dans les deux cas, c'est le terrain qui commande. Il faut sortir du centralisme de la DGSI et passer à une démarche bottom-up en redonnant de l’importance au service de renseignement territorial, à savoir les anciens RG. Puis, il faut améliorer la formation dispensée dans tous les services car elle est aujourd'hui insuffisante. Il faut aussi accroitre globalement les effectifs des forces de sécurité (police, gendarmerie, douanes et administration pénitentiaire) pour lutter contre la menace terroriste, notamment ceux de la police judiciaire chargée des investigations et des enquêtes et de la sécurité militaire (DPSD). Ensuite, il faut rétablir les contrôles aux frontières pour gêner la mobilité des terroristes et en éliminer tous les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France. Enfin, il faut développer la cyber-sécurité pour protéger les systèmes d’information mais aussi le cyberrenseignement.
Nous avons besoin de bons experts, capables de créer des avatars pour infiltrer les forums sur internet et les réseaux sociaux, et non pas uniquement pour surveiller des sites islamistes. A titre de comparaison, Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils vont recruter 2 000 personnes de plus rien que dans le cyber-sécurité et le cyber-renseignement alors que leur communauté du renseignement est déjà 50% plus nombreuse que la nôtre.
Il faut bien sûr renforcer la coopération interne entre les services, c'est-à-dire entre la police, la gendarmerie, la sécurité militaire, les douanes, etc. et il est nécessaire de veiller à diminuer le dédain de la DGSI à l’encontre des autres administrations. En dépit de sa qualité, ce service a trop tendance à se croire seul compétent et à mépriser toutes les informations qui émanent d’ailleurs. Résultat : on a eu l’affaire Merah.
Une nouvelle approche de la coopération internationale, en rétablissant des échanges efficaces avec les services syriens, russes, irakiens et égyptiens est également indispensable. C’est une condition importante pour lutter efficacement contre le terrorisme. Et inversement, il faut remettre en question nos rapports avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme islamiste. Cela signifie donc revoir notre politique étrangère.
 
Une réforme de fond du renseignement intérieur est absolument vitale. D’autre part, une autre mesure doit être prise qui n’est pas liée à la lutte anti-terroriste. Je pense qu'il est temps de créer un grand service de protection du patrimoine pour éviter de nouvelles déroutes comme l’affaire Alstom, à savoir le pillage et le rachat de nos industries stratégiques par les étrangers. Aujourd’hui nous sommes ultra-polarisés sur la lutte antiterroriste, qui est bien sur la priorité numéro 1, mais cela ne nous met pas à l’abri de l’agressivité de nos adversaires, comme les Russes et les Chinois tout autant de nos propres alliés comme les Américains qui sont bien plus agressifs. On l’a vu avec l'affaire Snowden. Ils n’hésitent pas à utiliser l’application extraterritoriale du droit américain pour nous déstabiliser, racheter nos entreprises et nous priver de notre autonomie stratégique. Ce rôle devrait revenir à la DPSD. Aujourd’hui, la DGSI a beaucoup trop de missions dans son escarcelle.
 
Doit-on créer une cellule anti-terroriste à part entière et largement dotée ?
Non, l’UCLAT existe déjà et remplit ce rôle. De même, il est inutile d’évoquer la création d’un service européen de coordination si le personnel ne suit pas, si l’efficacité de chaque service n’est pas au rendez-vous. L’addition d'impuissance ne fait pas la puissance. Il faut d’abord améliorer le travail de terrain. Ce qu'il faut, c’est mener à bien quelques réformes et non inventer un nouveau service.
 
Quels modèles à l'étranger faudrait-il prendre en exemple ?
Il n’y a pas de modèle à suivre. Chaque pays a une organisation qui est adaptée à sa géographie, à son histoire et à ses institutions. Les références que j’ai citées ne sont que des comparaisons. Ce qui fonctionne bien en Angleterre ou en Allemagne n'est pas nécessairement adapté à la France dont les traditions administratives et le système juridique sont différents. Toutefois l'observation de la manière dont travaillent les autres est toujours instructive. Les Etats-Unis ont créé un ministère de la sécurité intérieure après les attentats du 11 septembre, parce qu'il n'en avaient pas mais pas de nouveau service ex-nihilo. Les Russes et les Chinois non plus.
 
Mais la France ne souffre-t-elle pas d'un manque d'effectifs à l'inverse d'autres pays ? N'y a-t-il pas un seuil de personnel à partir duquel le renseignement serait efficace ?
Le rapport coût/efficacité du renseignement français n'est pas mauvais. Mais le système peut encore être amélioré. C'est une question de méthode de travail. Si en amont, on parvient à mieux cibler les gens sur internet et sur les réseaux sociaux, on n'aura pas besoin d'envoyer une équipe de 20 personnes sur le terrain pour des filatures. S’il n’y a aucun profilage avant, on va envoyer en effet, beaucoup trop d’effectif pour suivre une seule personne.
En revanche, il faut redire, sans rentrer dans les détails que la France est sous-dotée en matière d’effectifs par rapport à ses alliés. Contrairement à ce qu'un récent rapport parlementaire, qui comprend de nombreuses erreurs, avance.
 
La France s'est construite sur le contre-espionnage, comment s'est-elle retrouvée dans cette situation, à la traîne ?
Ce n’est pas tout à fait juste. La France n’est pas en retard. Comme les autres pays, la France a construit son service de contre-espionnage dans le contexte de la Guerre Froide contre les Soviétiques et comme les Américains et les Anglais, nous sommes passés ensuite à la lutte contre le terrorisme. D’ailleurs, la France a été le premier pays à basculer du contre-espionnage au contre-terrorisme. La DST a développé la lutte contre le terrorisme bien avant les alliés, dès les années 1960. Elle était alors en avance. Le problème c’est que les autres pays se sont adaptés de façon efficace à partir de 2001, les Américains et les Anglais ont augmenté leurs effectifs et leurs budgets de 50 à 70%, ce que nous n’avons pas fait en France. Jusqu’en 2001, nous étions en avance sur eux, et maintenant nous sommes passés derrière.
Toutefois ne nous berçons pas d’illusion, quels que soient les effectifs de renseignements, il y aura toujours des attentats terroristes. L'exemple d'Israël est frappant. 14 000 personnes y travaillent dans le renseignement, le même effectif que chez nous, pour une population 8 fois inférieure par rapport à la France, et les Israéliens subissent toujours des attaques. Si on multipliait les effectifs de police et de sécurité par 8, pour avoir la même proportion qu'eux, nous arriverons à une communauté française du renseignement de 112 000 personnes, mais l'on n’empêcherait pas davantage toutes les attaques terroristes. D’ailleurs ne rêvons pas : nos moyens budgétaires et l'absence de volonté gouvernementale ne nous permettrons jamais ne serait que de doubler nos effectifs
 
En conclusion, les pistes de réformes du renseignement pour améliorer la lutte antiterroriste proposées par Eric Dénécé :
1. Inverser la logique de notre dispositif en accroissant la décentralisation.
Le système actuel souffre d’une trop grande centralisation par la DGSI.
La culture héritée de la DST est appropriée pour lutter contre un terrorisme international étranger, mais pas pour celui des banlieues.
Revoir la réforme de 2008 (intégrer le SCRT) ;
2. Améliorer la formation dispensée dans tous les services : insuffisante, trop courte ;
3. Accroître les effectifs, qui demeurent insuffisants au regard de la menace ;
Renseignement : comparaison UK, RFA, Israël
Mais aussi police judiciaire (instructions), gendarmerie, douanes, administration pénitentiaire, etc.
4. Développer le cyber-renseignement et la cyber-sécurité ;
Les Britanniques viennent d’annoncer qu’ils allaient recruter 2000 personnes supplémentaires
5. Renforcer encore la coopération interne ;
Police, gendarmerie, DPSD, douanes, pénitentiaire, DGSE, DRM
Veiller à atténuer le dédain manifesté par la DGSI à l’égard des autres services
6. Modifier la coopération internationale ;
Importance des échanges avec la Syrie, l’Irak, la Russie, l’Egypte
Revoir nos liens avec Turquie, Arabie Saoudite, Qatar, etc.
7. Il est temps de créer un vrai service de protection du patrimoine économique afin de nous prémunir contre les actions de rachat de nos entreprises stratégiques par nos alliés et laisser la DGSI se concentrer sur l’antiterrorisme ;
8. Rétablir les contrôles aux frontières pour maîtriser notre territoire et gêner la mobilité de terroristes ;
9. Éliminer les pôles de diffusion de l’idéologie islamiste en France : mosquées, librairies, associations, médias…

Paru sur Atlantico, 5 février 2016
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"Sur le volet sécuritaire, Schengen est déjà mort"
 
Professeur à l’université Paris-Sorbonne Sorbonne, président de la revue Population Avenir, le géographe Gérard-François Dumont formule une analyse critique sur les manquements de la construction européenne. Pour ce spécialiste de l’Europe, la cacophonie qui règne dans l’UE face à la crise migratoire n’est pas une surprise. Le volet sécuritaire de l’espace Schengen n’a jamais fonctionné, dit-il. Et les mesures que les dirigeants sortent à la hâte de leur chapeau ne peuvent que souligner l’impasse dans laquelle ils se trouvent.
 
La crise migratoire a réveillé les tensions dans l’UE. Pourquoi n’arrive-t-on pas à s’entendre ?
Chaque Etat en effet joue sa propre partition, avec des gouvernements à la parole libérée, tenant souvent des propos violents les uns envers les autres. Parmi les idées violentes envisagées dans ce climat de désarroi, il y a notamment celle d’exclure le maillon faible de l’espace Schengen chargé de surveiller les frontières extérieures, la Grèce en l’occurrence.
Mais ce qui arrive aujourd’hui n’a absolument rien d’étonnant. Il faut se souvenir que Schengen s’est construit sur la volonté de libéraliser la circulation en Europe, dans une perspective de gains économiques, mais la condition sine qua non pour que le système fonctionne a été totalement négligée : la surveillance des frontières extérieures communes de cet espace libéralisé n’a jamais été assurée. Par l’élargissement de Schengen, des Etats se sont vus confier cette tâche alors qu’on savait pertinemment qu’ils n’avaient pas les moyens de le faire. L’Italie, la Grèce, se sont ainsi retrouvées dans une situation intenable. Pour remédier à cette faiblesse, on a ensuite créé Frontex, mais cela n’a fait qu’engendrer des conflits de compétences en Méditerranée. Et il n’y a pas que les frontières extérieures qui sont en faillite : on a bien vu à travers les attentats de Paris, à quel point le système d’échange d’informations est déficient. Bref, sur le volet sécuritaire, cela fait longtemps que Schengen est mort.
 
Angela Merkel et la Commission européenne travaillent dur pour essayer de mettre sur pied une politique migratoire commune. Ont-elles encore une chance d’y parvenir ?
Je crains que non ! On voit bien qu’aucun des piliers de cette politique ne fonctionne, le projet était mort-né dès le départ. Pour prendre un des éléments de ce plan, la répartition des migrants selon des quotas par pays ne peut tout simplement pas s’appliquer parce qu’on oublie la dimension humaine de cette crise. Les personnes qui veulent se rendre en Europe visent des pays précis, parce qu’ils y ont de la famille ou parce qu’ils savent que tel ou tel pays bénéficie d’une législation qui sera plus ou moins favorable à leur avenir. Ce n’est pas un hasard si, sur les 160 000 réfugiés de Grèce et d’Italie censés être répartis en Europe, selon l’accord trouvé au terme de beaucoup d’efforts, seuls un peu plus de 300 l’ont été à ce jour. On ne peut pas contingenter les aspirations des gens, on ne peut pas traiter les personnes comme des marchandises.
La Commission européenne compte maintenant sur la Turquie pour jouer les gardiens de sa frontière…
C’est là aussi un échec assuré. Croit-on vraiment qu’en donnant 3 milliards d’euros supplémentaires à la Turquie, un partenaire bien peu fiable, le flux migratoire va s’arrêter ? On ferait mieux de donner directement cet argent au HCR ! Ce qui est grave, c’est que ces plans sont à l’image d’une Europe qui nage en pleine incohérence, qui renie les principes qui l’ont fondée. On ne peut pas d’un côté donner 3 milliards d’euros au régime liberticide turc, et faire la morale à la Pologne pour ses écarts démocratiques.
 
Ce qu’il faut, c’est élargir la vision, sortir de l’esprit Schengen, corriger le diagnostic.
On aide la Turquie, soit, mais pourquoi les instances européennes n’ont-elles jamais organisé une conférence avec la Jordanie et le Liban ?
Paru dans La Tribune de Genève, janvier 2016
Dernier livre : Géopolitique de l’Europe. De l’Atlantique à l’Oural, éditions PUF, de Gérard-François Dumont et Pierre Verluise
Publié dans Avec l'Europe
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Concrètement

"Concrètement" est le mantra de tout bon journaliste lors d’une interview d’un politique ou d’un économiste. "Oui mais concrètement que proposez-vous ? ", "Oui mais concrètement qu’est-ce que cela veut dire ?", "Concrètement que faudrait-il faire ?".
Les médias veulent du concret comme les politiques veulent de l’efficacité.
Ils se retrouvent pour se contenter de l’apparence en ne se jugeant qu’à l’aune de l’audimat pour les uns, des sondages pour les autres. L’impression, le sentiment, l’affect du peuple est ce qu’ils travaillent et ce qui les fait vivre. Tout est dans la réaction immédiate qui est supposée plaire. Il faut plaire et donc faire croire.
L’image de l’arbre a déjà été prise ici mais elle revient sans cesse à l’esprit. Les voir tous s’agiter avec leurs pulvérisateurs de peinture verte et de brillance artificielle pour faire croire que les feuilles sont vertes et l’arbre en bonne santé, est dérisoire devant la réalité des faits. Les meilleurs renoncent même à espérer comme Michel Onfray qui dit "Le bateau coule, restez élégant. Mourez debout…" ou comme Charles Sannat dont je vous conseille la lecture sur www.insolentiae.com et qui écrit "Préparez-vous, il est déjà trop tard". Personne n’analyse réellement la maladie de l’arbre à partir de ses racines malades qui donne son tronc gâté et ses branches malsaines voire pourries.
 
Concrètement trois racines sont malades dans notre société :
La première racine malade est la notion de richesse qui n’est plus simplement ce que le groupe juge beau et bon mais un avoir qui fait confondre la production et la richesse comme si toute production était forcément belle et bonne.
La seconde racine malade est la monnaie qui reste chez beaucoup le substitut du troc alors qu’elle n’est que l’étalon de la richesse, unanimement reconnu comme tel par le groupe parce qu’elle est stockage d’énergie humaine vécue comme belle et bonne par le groupe qui l’a émise.
La troisième racine malade est notre facilité à confondre problème et solution. Les normes sont-elles un problème ou une solution ? L’immigration est-elle un problème ou une solution ? La mécanisation est-elle un problème ou une solution ? La dette est-elle un problème ou une solution ? L’Europe est-elle un problème ou une solution ? La croissance est-elle un problème ou une solution ?
 
Concrètement ces trois racines malades alimentent conjointement et pourrissent ensemble un tronc complètement gâté qui remplace systématiquement le travail par la machine ou par la dette au plus grand plaisir des populations à qui l’on fait croire que le système est possible. Les populations au pluriel car la population autochtone n’est pas la seule éblouie et l’ensemble de la Terre regarde avec envie ce pays de Cocagne où il n’est pas nécessaire de travailler pour manger, être logé et être soigné. Personne ne se pose plus la question "Qui paye ?" puisque les machines et la dette cachent la réalité et montent inexorablement toutes les deux vers des sommets toujours dépassés
 
Concrètement la branche économique est évidemment la plus touchée par la sève qui n’est que du venin. Les entreprises fabriquent des productions avec les machines et la dette et l’on dépense beaucoup d’argent en publicité et en commerciaux pour faire croire que la production est belle et bonne et qu’il faut être un imbécile pour ne pas en avoir envie, pour ne pas voir cette beauté et cette utilité, pour ne pas voir une richesse dans cette production. La population est de moins en moins utile à la fabrication des prétendues richesses et on peut lui donner des week-ends, des vacances, des RTT, des 35 heures, des arrêts-maladie que ni les machines ni la dette ne demandent. On a même inventé un temps sans rougir le ministère du temps libre qui ne nous a même pas fait pleurer. Mais on a besoin de la population pour consommer et on se sert à nouveau de la dette pour que les productions soient toutes reconnues comme richesses en étant achetées grâce à l’emprunt. Ainsi va l’immobilier des particuliers et la mécanisation des entreprises. Mais les banques qui ont prêté de l’argent qu’elles n’avaient pas, veulent récupérer leur argent "pour détruire cette fausse monnaie" comme elles disent. Or personne ne peut rembourser puisque les Etats, les entreprises et les ménages sont tous surendettés. Le rêve de la création de richesses futures se heurte à la réalité de la montée du chacun pour soi où les particuliers imitent par la fraude les entreprises et les Etats qui veulent les ponctionner par la ruse. Mario Draghi a beau tenter de sauver les banques par son "no limit" à la planche à billet, chacun sait que le système va exploser et que les peuples devront payer la note.
 
Concrètement la branche éducation n’est pas mieux lotie car le seul travail qui y est admis est celui de la mémoire. Tout le reste doit être fait par les machines et par la dette avec entre autres la nouvelle coqueluche qu’est la numérisation. Non filtrée par l’expérience qui ne s’apprend pas dans les livres, la connaissance triée par le ministère donne des jeunes gens merveilleusement diplômés et totalement inaptes à être utiles. Les classes pilotes qui regroupaient les meilleurs élèves et les meilleurs professeurs pour faire l’ensemble du programme le matin et faire l’expérience de la vie l’après-midi, ont été supprimées pour élitisme. Et si on ne laissait que le matin à l’éducation nationale en la faisant récupérer son vrai nom d’instruction publique à l’école et à l’université pour donner l’après-midi au grand air à l’armée qui pourrait confronter les adolescents à des réalités simples ?
 
Je ne parle pas de la branche politique où des fonctionnaires qui n’ont jamais été confrontés à la vie, ne pensent concrètement qu’à plaire à l’immédiateté de l’affect du peuple en compliquant tout au lieu de tout apurer.
Concrètement ne serait-il pas plus judicieux de commencer par soigner les racines malades ? Mais là on leur en demande peut-être un peu trop.
www.surlasociete.com, 31 janvier 2016
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Hollande, Ponce Pilate de l’état de droit
 
C'est une affaire exemplaire. Mais pas de ce que l’on dit. Pas d’une justice qui aurait "dysfonctionné" ni d’une violence insoutenable faite aux femmes qui serait occultée par une société complice des bourreaux. La grâce récemment accordée par François Hollande est exemplaire des mœurs de notre République où l’inspiration monarchique d’origine est abâtardie par l’insoutenable pression médiatique et associative.
Jacqueline Sauvage avait été condamnée à deux reprises par des cours d’assises, mélange de jurys populaires et de magistrats professionnels, qui avaient refusé la thèse de la légitime défense. La justice avait été rude, mais c’était la justice. Ce fameux Etat de droit dont se gargarisent nos bonnes consciences. Mais l’Etat de droit doit se soumettre à leurs présupposés idéologiques. Sinon, il subit un formidable blitzkrieg médiatique. La presse, locale puis nationale, reconstruit une histoire qui n’a plus rien à voir avec ce qui se dégageait du dossier : un mari, monstre parfait, et une épouse - et deux filles - victimes absolues. La victime devient coupable et la coupable devient victime.
 
Les lobbys féministes sont à la manœuvre. Elles ont un objectif majeur : faire oublier les agressions de Cologne où ces dames se sont révélées plus soucieuses de défendre l’image de l’islam que l’intégrité des femmes allemandes. Il s’agit aussi de remettre le catéchisme féministe sur ses pieds avec un homme coupable par essence - mais seulement s’il est un homme blanc ! - et une femme victime par nature.
En face, il y a un Président qui ne songe qu’à sa réélection. Qui veut se donner le beau rôle auprès de l’électorat féminin. Qui ne veut pas non plus briser une décision de justice. Pose au modéré. Ménage la chèvre et le chou. N’accorde pas une grâce, mais une "remise gracieuse". Jacqueline Sauvage sera libérée, mais sa condamnation sera maintenue dans son casier judiciaire. Hollande se croit encore au temps des motions nègre-blanc du PS !
Mais, en attendant, il a donné une victoire idéologique au lobby féministe, sans se salir les mains. A elles de poursuivre le travail. Elles le font d’enthousiasme en proposant une nouvelle "avancée" législative avec cette "légitime défense différée" qui donnerait à toute femme un "droit de tuer" son mari, qu’elle accuserait de violence passée. Hollande avait agi de même avec le mariage pour tous. Il accordait le mariage aux couples de même sexe, en sachant très bien que l’adoption et la PMA suivraient. Mais il affirmait le contraire.
Pour cette opération tactique, il peut compter sur les habituels "idiots utiles" à droite, mais aussi à gauche, qui soignent leur profil médiatique au nom de la "libération des femmes". Cette alliance des cyniques et des hystériques, des manipulateurs et des professionnels de la compassion, a encore montré sa redoutable efficacité.

Paru dans Le Figaro Magazine, 5 février 2016
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La colère américaine, leçon pour la France
 
Deux mandats de Barack Obama, adulé des sermonnaires, ont mis les Américains dans une colère rageuse. Pour avoir conforté la tyrannie du politiquement correct, le président des États-Unis suscite en retour un rejet du discours policé. Comme en Europe, les citoyens ont entrepris de s’émanciper des "élites" populicides. Elles sont la cible, à gauche, du démocrate Bernie Sanders, qui a talonné Hillary Clinton, lundi, dans la primaire de l’Iowa. Chez les républicains, Donald Trump est la figure médiatique qui s’est imposée, à coups de blasphèmes euphoriques contre le catéchisme droit-de-l’hommiste : un prêchi-prêcha dans lequel Obama se sera surpassé. La fierté américaine s’affirme en contrepoint. Un même phénomène apparaît dans la France trop longtemps humiliée.
Il est trop tôt pour se réjouir d’une défaite de la pensée automatique, récitée par la plupart des dirigeants occidentaux. L’issue de l’élection américaine, en novembre, clarifiera la révolte. Reste la spectaculaire insurrection de l’opinion. Les antisystème attirent la lumière. Ce phénomène parle à ceux qui, en France, appellent la société civile à la rescousse de la classe politique déconsidérée. Certes, Trump ridiculise cette dynamique avec ses frasques de démagogue mussolinien. Son échec, lundi, face à l’évangéliste Ted Cruz, signe sans doute les limites du défoulement populaire. Mario Rubio, républicain plus mesuré, le suit de près et consolide ses chances. Le milliardaire n’en reste pas moins le phénomène outrancier d’une exaspération.
 
Il est une première leçon à tirer de la campagne américaine, qui précède l’élection française sur un même énervement collectif : l’irénisme attise la provocation, et dans les deux cas les résultats sont détestables. L’angélisme d’Obama marchant sur les eaux est aussi insupportable que la vulgarité de Trump sautant dans les flaques. Les États-Unis ont été affaiblis aux yeux du monde, par l’indécision d’un Nobel de la paix incapable ne serait-ce que de mâter les 30 000 à 50 000 guerriers de l’État islamique. Mais son exact contraire, fan de John Wayne et de la politique du poing dans la gueule, n’est pas plus rassurant pour la sécurité du monde. À moins que Trump ne s’assagisse, il est improbable que les Américains confient leur destin à un clown.
Là est d’ailleurs la limite d’une société civile désireuse de rependre son destin en mains, mais qui reste novice dans la conduite d’un État de plus en plus complexe. Les démocraties d’apparence que sont devenus la plupart des régimes occidentaux qui partagent le même effroi absurde devant le "populisme", doivent s’ouvrir aux gens qu’elles ne représentent plus. Cet impératif se pose aux Américains comme aux Français. Or il ne peut se régler idéalement que par une étroite collaboration entre les "élites" et les citoyens, et non par l’élimination des unes au profit des autres. De ce point de vue, François Fillon semble avoir trouvé une formule heureuse, en associant la société civile à la définition de son projet gouvernemental. En tout cas, c’est une révolution démocratique qu’il s’agit de maîtriser, pour éviter le pire.

Paru dans Le Figaro, 5 février 2016
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Une victoire du bon sens contre l’art conceptuel dit "contemporain"
 
Une victoire du bon sens est de nos jours une chose suffisamment rare pour qu’elle mérite, non seulement quelques échos, mais encore que l’on s’attarde un peu sur ses tenants et ses aboutissants.
 
L’église d’Anzy-le-Duc, en Bourgogne, est un chef d’œuvre de l’art roman, conservé dans un merveilleux écrin de verdure et d’architecture. Elle abrite le tombeau de Saint Hugues. Ses vitraux, du 19e siècle, n’offrent pas d’intérêt artistique majeur. On notera toutefois que le vitrail central du chœur est hautement symbolique puisqu’il représente la Sainte-Croix et le Sacré-Cœur. Ils ont été restaurés récemment, ne menacent pas ruine et ne constituent aucun danger. L’ensemble de l’église, et notamment les fresques, appelle toutefois d’importantes et couteuses restaurations.
 
Un mécène (il entend rester anonyme) a proposé de financer la restauration complète de l’édifice, pourvu qu’on le laissât changer à sa guise la totalité des vitraux. Rien que ça. C’est déjà une forme de chantage assez stupéfiante, mais passons… Il confia la conception des nouveaux vitraux à un artiste dit "contemporain", Gérard Fromanger, qui prépara donc un projet. Ce projet fut soumis à l’approbation des autorités locales, municipalité, association des Amis de l’église, Direction régionale des affaires culturelles, etc. : accords unanimes de toutes ces instances en faveur de l’artiste. Une voie royale, si j’ose dire, semblait s’ouvrir devant lui. Dans l’enthousiasme général, on avait seulement oublié de demander l’avis de l’évêque d’Autun et du curé de la paroisse…
 
Le secret (pourquoi un secret ?) entretenu autour du projet ne put être préservé plus longtemps. Quand le grand public découvrit la nature des futurs vitraux de Gérard Fromanger, il y eut une véritable levée de boucliers dans le Charolais-Brionnais, avec, entre autres mais pas seulement, une association locale de catholiques "traditionnalistes", Terre et famille, qui fit preuve d’un militantisme exemplaire au service de la protection de l’église.
 
La présence de "traditionnalistes" parmi les opposants au projet permit à l’artiste de disqualifier tous ses adversaires sous l’appellation infâmante d’ "intégristes". Il prit alors la posture avantageuse de l’artiste incompris, persécuté par un puissant groupe d’affreux réactionnaires. La réalité est quelque peu différente. Qu’il soit permis de demander plutôt qui est le "puissant", l’homme adulé par les magnats de la haute finance, l’artiste officiel vénéré par les pouvoirs publics, la technostructure et les médias ? Qui est le protégé des FIAC, des DRAC et des mécènes ? Et, en face de lui, qu’a-t-il trouvé ? Seulement une poignée d’habitants attachés à leur terroir, à leur patrie charnelle, à leur religion, à leur patrimoine, animés par le simple bon sens paysan des gens enracinés dans leur terre bourguignonne, que ce soit par naissance ou par adoption.
 
Notons au passage qu’à quelques kilomètres de là, à Montceaux-l’Étoile, une ravissante église romane a été dotée de vitraux "modernes" très harmonieux qui n’ont jamais provoqué une bronca comparable à celle qui accueille le projet de Gérard Fromanger. Preuve que les habitants du Charolais-Brionnais ne sont pas, par principe, opposés à l’adjonction d’œuvres modernes dans leur patrimoine religieux ancien.
 
Les vitraux qui ont bien failli "orner" l’église d’Anzy sont constitués de taches de couleurs vives, comme des confettis (symbolisant des planètes), et de silhouettes humaines de mêmes couleurs (symbolisant l’humanité en marche). Pas de quoi fouetter un chat, mais pas de quoi s’extasier non plus. Sans vouloir entrer dans le débat subjectif "c’est beau" ou "ce n’est pas beau", on est en droit de penser que c’est tristement quelconque. Lors d’une manifestation contre le projet, une riveraine avait beau jeu de me dire avec humour : "on m’a interdit d’installer une petite piscine dans mon jardin sous prétexte que la tache bleue allait défigurer le site, et regardez les taches dont ils veulent enduire toute l’église maintenant, c’est n’importe quoi !" 
 
Le CV de l’artiste et ce que l’on peut connaître de son œuvre nous confirment l’impression que l’on est en présence d’un échantillon de l’art officiel dans toute sa banalité. C’est navrant, mais ce n’est pas très grave. On a vu bien pire, notamment au château de Versailles. Ce qui est grave, outre l’attitude impudente et quasi dictatoriale du mécène inconnu, c’est la manière dont l’artiste lui-même présente et défend son projet. Jugez plutôt d’après ces phrases extraites d’une interview récente (site Internet "le-pays.fr") :
 
-" Mon projet ne peut pas aller avec des images pieuses. Si on me veut moi, il faut me donner le tout. C'est une œuvre en soi. (…) On me choisit, je donne l'essence de ce que je fais "
- " Je ne vais pas changer mon travail sous prétexte que c'est pour une église ! "
-« Montrer la présence des hommes dans l'église. Ce sont eux qui donnent la lumière, qui réfléchissent. Je voulais évoquer le mystère et l'énigme qu'est la question de notre propre existence. Rappeler, sans provocation, que les hommes ont inventé les dieux. (…) Les églises se vident. Y apporter de la modernité, une vision d'aujourd'hui, pourrait contribuer à remplir de nouveau ces lieux de culte et culturels publics."
 
Pour accomplir ce dessein, il lui fallait donc abattre la Sainte-Croix et le Sacré-Cœur…
En matière d’art sacré, on peut difficilement être plus à côté de la plaque. Avec un positionnement de l’artiste aussi décalé par rapport à un lieu de culte catholique, l’évêque d’Autun et le curé de la paroisse avaient quelques bonnes raisons de récuser le projet. Grâce leur soit rendue d’avoir eu ce courage face à la meute des bien-pensants (notamment les médias aux ordres) et au totalitarisme idéologique de l’art contemporain. Monseigneur Rivière a rencontré l’artiste dans son atelier parisien et lui a exprimé posément les motifs de son refus. Selon l’interview précitée, ils tiennent en ceci : " pour un chrétien la lumière sur le monde vient de Jésus Christ. Pas des étoiles ou des planètes. Un vitrail doit être traversé par l'image du Christ ressuscité. " Merci !
 
Sans doute habitué aux grands de ce monde, Gérard Fromanger avait accepté de discuter avec l’évêque, mais il n’a pas eu les mêmes égards pour le vulgum pecus du Charolais-Brionnais : 
- « Ils ont gagné (les intégristes). En Brionnais, ils sont tout puissants. (…) Tout le monde en est arrivé à avoir peur de leurs arguments. Je ne me bats pas contre ces gens-là."
Les "intégristes" règneraient donc par la peur sur la totalité des habitants du Charolais-Brionnais ! Terreur fasciste chez les ploucs ! L’auteur de ces propos ineptes devrait plutôt se renseigner sur le nombre de lieux de culte "intégristes" autour d’Anzy-le-Duc, sur le nombre d’adeptes de ce culte et sur leur influence réelle dans la population. Il arrêterait de dire des bêtises. On voit ici les limites de l’idéologisation du débat et de la négation perpétuelle des réalités : le raisonnement tourne à vide à coups de concepts aussi inadaptés qu’inefficaces. On ne peut pas mépriser le réel à ce point sans finir par se prendre les pieds dans le tapis. Le réel, c’est que l’iconographie d’un lieu de culte doit aller dans le sens de ce culte, quel qu’il soit. La mobilisation autour de l’église d’Anzy-le-Duc est une saine réaction de bon sens populaire qui n’a rien d’intégriste et qui n’exclue aucune forme d’innovation, pourvu que celle-ci s’inscrive dans le respect de la religion catholique, ce qui n’était pas le cas du projet en question. C’est tout.
 
La victoire que représente l’abandon de ce projet est la victoire de David contre Goliath, celle du petit village d’Astérix contre l’impérialisme dévastateur du soi-disant "art contemporain" (comptant pour rien, diraient mes enfants qui ne se laissent pas tromper par le chant des sirènes de cette fausse et autoproclamée "modernité") (1). Savourons donc cette victoire inespérée, mais sans baisser la garde : l’artiste posséderait un ultime recours devant la Commission d’art sacré de l’évêché d’Autun. Un retournement est peu probable, mais restons vigilants…
 
(1) À ce sujet, il faut lire les ouvrages incontournables de Christine Sourgins et d’Aude de Kerros.                                                                          
 
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Français, unissez-vous !
 
Français, unissez-vous ! Ce n’est pas un slogan marxiste mais un cri de ralliement pour tenter de contrôler notre destin. Ces vingt-cinq dernières années, le monde a subi une profonde mutation qui s’apparente à celle que connut le Moyen-Age mais sur une période beaucoup plus courte. L’avènement de l’ordinateur personnel dans les années 80 suivi d’Internet, la chute de l’Union soviétique, la conversion de la Chine à l’économie de marché dans les années 90, et les découvertes scientifiques ont transformé notre monde. C’est la "3ème révolution industrielle" nous dit Jeremy Rifkin, professeur d’économie à l’université de Pennsylvanie. Non, répond Klauss Schwab, fondateur du Forum économique de Davos, c’est la 4ème. Quel que soit le chiffre qu’on lui attribue, il est évident que la mutation est profonde et qu’elle n’est pas seulement économique mais aussi politique, sociale et sociétale. Les anciens paradigmes tombent les uns après les autres sans que de nouveaux apparaissent. La loi sur la fin de vie eut été impensable il y a cinquante ans. 
 
Ces bouleversements modifient les relations de pouvoir au sein de nos sociétés occidentales. Les élites – relais entre le peuple et le pouvoir – ne jouent plus leur rôle. Certaines d’entre elles semblent même faire le jeu du pouvoir, celui détenu par un nombre restreint d’individus. Les ambitions s’affichent. La démocratie est remise en question. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy opposent un refus catégorique au référendum proposé par Papandréou sur l’accord de décembre 2011. Des actions militaires au Moyen Orient sont lancées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France sans l’aval du peuple. Les Allemands sont sommés d’accepter un million de réfugiés, etc., etc. Aussi, ne faut-il pas s’étonner de la création de nouvelles formations politiques comme SYRIZA en Grèce, Podemos en Espagne, AfD en Allemagne, UKIP en Grande-Bretagne et le Front national en France. Populistes, sans programme défini ou cohérent, ces partis sont pires que le mal qu’ils entendent combattre. Dans ce monde instable et indéfini, le citoyen ordinaire – celui qui est raisonnable et réfléchi – est livré à lui-même. Il ne sait à quel saint se vouer pour sortir de cet imbroglio qui le menace, lui et sa famille.
 
Ce sentiment d’impuissance inacceptable conduit les plus entreprenants à lancer des initiatives comme La Transition, Nous Citoyens, Objectif France, Génération Citoyens, etc. Leur objectif n’est pas la révolution dont on sait qu’en politique comme en physique, elle aboutit à son point de départ (Napoléon avait plus de pouvoir que Louis XVI et Lénine plus que Nicolas II) mais l’évolution vers un nouveau système qui prendrait en compte les inquiétudes et les attentes des citoyens. D’où ce "Français, unissez-vous !" Il n’est pas dit qu’unies ces initiatives aboutissent mais isolées elles n’ont aucune chance. Vox populi, vox dei.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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