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La Twittosphère : un cloaque pour les mots ?
 
Au mois d'octobre 2013, Jean Bourdeau, assistant parlementaire du sénateur Jean-Pierre Michel, tweetait que Marion Maréchal-Le Pen était "une conne" et une "salope".
Poursuivi pour le délit d'injure publique, il a soutenu, le 24 octobre, qu'il visait "l'élue et non la femme" et s'est défendu d'être "sexiste ou misogyne".
Son conseil, Maître Charrière-Bournazel, a plaidé, sans surprise, la relaxe au nom de la liberté d'expression et parce que l'empoignade s'inscrivait dans le cadre d'un "combat politique", l'élection cantonale partielle de Brignoles dans le Var remportée en définitive par le FN.
Le jugement sera rendu le 28 novembre et il est probable que le tribunal correctionnel de Paris suivra les réquisitions du ministère public en faveur de la condamnation du prévenu (www.20 minutes.fr).
 
Pour n'être pas gravissime, cette affaire est révélatrice des dérives que connaît le langage, d'un usage de la parole de plus en plus brut et, généralement, du délitement de la politesse qui devrait imposer, quelle que soit la contradiction sur le fond, la correction de la forme.
Comment Jean Bourdeau pense-t-il s'exonérer en distinguant artificiellement l'élue et la femme et en déniant tout sexisme sans même percevoir la vulgarité et le caractère scandaleux des mots en eux-mêmes, comme si ces derniers pouvaient être concevables dans telle ou telle position ou configuration ?
 
"Conne" et "salope" constituent intrinsèquement, par leur irruption sans aucune nécessité intellectuelle et politique, une absolue dégradation du débat public et une triste démonstration de la baisse du niveau de nos élites, à quelque niveau qu'elles se situent. Parler de la sorte à quelqu'un, tweeter sur quiconque de cette manière, connu ou inconnu, homme ou femme, est une démarche signalant plus la piètre qualité de l'insulteur que la possible bassesse de l'insulté. Attaquer avec une apparente retenue, mettre de la dureté dans le velours est un art qui n'est pas à la portée de tout le monde. Où donc est passée la litote, où caché le trésor des mots ?
 
Cet épisode me touche d'autant plus qu'il a pour cadre Twitter et qu'avec mes 18 000 abonnés, je commence à avoir une idée assez précise des ombres et des lumières de ce formidable moyen de communication.
Il serait injuste d'intenter, à lui seul, un procès à charge. En effet je suis de plus en plus frappé, dans les entretiens de la presse écrite ou dans l'audiovisuel, par le fait que beaucoup d'artistes, acteurs, réalisateurs ou chanteurs, même parfois courtois dans le privé, se sentiraient déshonorés si à intervalles réguliers ils ne proféraient pas un gros mot, un juron ou une exclamation ordurière. Il est obligatoire d'être débridé dans la pire acception de ce terme. Une spontanéité se laissant aller.
Les politiques ne sont plus en reste et s'imaginent plaire au peuple quand ils débraillent le langage alors qu'au contraire, ils le déçoivent profondément. La personne comme les mots ne peuvent se passer d'allure.
 
La Twittosphère, au regard de l'expérience que j'en ai, offre à certains - ils sont heureusement rares à cultiver cette pratique indécente - l'opportunité d'extérioriser à la fois la pauvreté offensante de leurs propos et donc l'indélicatesse de leur être.
Je laisse de côté la multitude de ces contradicteurs qui ne tiennent aucun compte des réponses qu'on fait, qui en plus ne s'informent que sur Twitter et donc sont totalement sommaires voire infirmes sur le plan de la contradiction, ou n'éprouvent qu'une envie, celle de mordre les mollets de celui qui a tweeté, sans rien connaître de lui la plupart du temps, plutôt que riposter sur le fond. Pour prendre un exemple, combien de fois m'a-t-on reproché un antisarkozysme obsessionnel sans jamais battre en brèche la réalité de mes constats !
 
La catégorie à laquelle je m'attache dans ce billet est composée de ceux qui non seulement ne savent pas résister à la tentation de l'insulte mais s'y abandonnent avec volupté, avec sadisme, avec frénésie. Ils sont déçus quand la susceptibilité qu'ils espéraient blesser leur renvoie le boomerang avec de la vigueur mais plus de tenue !
L'obligation d'user de 140 caractères seulement n'est pas une excuse. Elle peut justifier le paradoxe, la provocation, l'insolence, la banalité ou la critique. L'adhésion ou la réprobation. Il n'y a rien en elle qui contraindrait à la dégradation des mots, à l'indignité du langage, à la dévastation de ce magnifique outil humain qui nous a été dévolu pour le meilleur et que certains ont dénaturé jusqu'au pire. Il n'y a rien en elle mais tout dans le twittos qui jouit de sa forme odieuse et, pense-t-il, de la certitude de faire mal.
 
Mais, au milieu des approximations, des confusions et des vitupérations, comme une grâce, des tweets aimables quoique critiques, des tweets intelligents, spirituels et stimulants, des tweets plus soucieux de fraternité que d'invectives, des tweets qui ne font pas de Twitter un cloaque mais une aubaine, une chance.
Plus que jamais, la passion de la liberté d'expression est une passion noble. Elle doit d'autant plus être magnifiée et incarnée qu'ici on la dévoie et que là on prétend l'étouffer.
Il faut la préserver de ses faux amis et de ses vrais massacreurs.

http://www.philippebilger.com/, 26 octobre 2014
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Chômage : inversons la politique pour inverser la courbe
 
Le chômage repart à la hausse en septembre. Les commentaires qui accompagnent cette annonce sont aussi prévisibles que l’évolution de la courbe elle-même. Inutile de s’y arrêter.
En revanche, interrogeons-nous sur les mesures prises ces trente dernières années pour en inverser la tendance.
Elles procèdent d’une vision technocratique inefficace. L’effet attendu n’est pas au rendez-vous. Retour sur le passé.
 
Le taux de chômage s’élève à 3.4% en 1975 et à 5.3% en 1980. C’est alors qu’il ne cesse de monter pour atteindre 10.7% en 1997. Après une brève accalmie qui le fait chuter à 7.7% en 2001, il remonte à nouveau pour atteindre 10.2% en 2014.
En trente-quatre ans, le taux de chômage a doublé.
Ce n’est pas faute d’avoir tenté de l’enrayer, objecteront les politiques. Qui a oublié cette phrase de François Mitterrand : "Dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé." Tout ? Tout, sauf l’essentiel peut-être.
 
Voici la liste des principales mesures prises depuis 1980 pour y mettre fin :
Raymond Barre : Pacte pour l’emploi des jeunes.
Laurent Fabius : Travail d’utilité collective, stages d’initiatives à la vie professionnelle.
Jacques Chirac : Allègement et exonérations de charges.
Michel Rocard : Contrat emploi-solidarité.
Alain Juppé : Emplois jeunes.
Lionel Jospin :Lois Aubry I et II, lois de modernisation sociale.
Jean-Pierre Raffarin :Contrat jeune en entreprise, contrat d’insertion dans la vie sociale.
François Fillon : Contrat d’autonomie.
Jean-Marc Ayrault : Contrat d’avenir.
 
Insensible à ces mesures, le chômage poursuivit sa marche ascendante. Toute personne sensée se serait interrogée sur leur inefficacité. Pas nos politiques qui, imperturbables, empilent les mesures inutiles. Se sont-ils jamais posés la question de l’origine de la croissance ? Savent-ils qu’elle naît de la productivité et que qui veut vaincre le chômage privilégie la productivité des entreprises pour favoriser la croissance et encourager l’emploi.
Qu’a fait la France ces trente dernières années ? Elle a fait l’inverse. Elle a alourdi les charges des entreprises et réduit leur productivité. Ainsi, a-t-elle institué la retraite à 60 ans, les 39 heures payées 40, les 35 heures payées 39… Elle a voté la Loi de modernisation sociale, (1) et harmonisé les SMIC pour sortir d’une situation ubuesque qu’elle avait elle-même créée.
 
Il lui faut revenir sur ses pas : réduire les charges des entreprises, ouvrir les services à la concurrence, simplifier les réglementations, … etc. Autant de mesures préconisées par les rapports Attali et Gallois, par ceux de la Cour des compte, de la Commission européenne, de l’OCDE, du FMI et d’instituts privés.
Manuel Valls a engagé cette politique mais il lui faut aller plus loin. Il lui faut abandonner l’esprit technocratique qui pervertit notre mode de pensée. Albert Einstein disait : "Nous ne résoudrons pas nos problèmes en suivant le mode de pensée de ceux qui les ont créés."
La France a besoin d’une révolution de la pensée.
 
(1) Critiquée par Laurent Fabius et qualifiée d’usine à gaz par Jean-Pierre Chevènement, l’objet principal de cette loi était d’obtenir le soutien communiste à l'élection présidentielle de 2002.
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Magic in the moonlight
 
Tout commence à Berlin avec le spectacle d'un illusionniste célèbre, Wei Ling Soo.
Son premier tour consiste à se faire passer pour chinois.
En fait, Stanley Crawford (Colin Firth) est un pur produit de la bourgeoisie anglaise. Misanthrope imbu de lui-même et rationaliste à tous crins, il prétend pouvoir expliquer tout ce qui paraît magique et déteste le surnaturel.
C'est justement pourquoi son ami Howard Burkan fait appel à lui. Il s'agit de tester les pouvoirs d'une jeune medium américaine, Sophie Baker (Emma Stone), qui séjourne sur la Côte d'Azur chez une riche veuve, Grace Cartledge.
Grace donne des soirées spirites pour entrer en contact avec son défunt mari.
Stanley se fait fort de démaquer Sophie : elle ne saurait avoir de pouvoirs surnaturels, puisque le surnaturel n'existe pas. Mais la chose se révèle plus difficile à démontrer que prévu. Sophie semble avoir réellement des dons de voyance et de télépathie. Elle possède en outre un charme d'une autre sorte, qui produit sur Stanley des effets irrationnels. Il a beau s'en défendre, ce léger trouble amoureux perturbe l'enquête…
 
Si les derniers films de Woody Allen avaient pu faire croire que son imagination s'essoufflait, Magic in the moonlight est un éblouissant retour de flamme !
On y retrouve tous les thèmes et tous les talents du cinéaste, conjugués dans un divertissement luxueux. L'intrigue a la perfection raffinée d'une comédie de Lubitsch, cascade de péripéties au tempo impeccable, tantôt allègre, tantôt rêveur. L'ambiance mondaine d'une Côte d'Azur années 1920 plaisamment réinventée sert d'écrin à un astucieux suspens philosophico-sentimental.
 
Il y a quelque chose de Chesterton dans le mélange de fantaisie et de logique qui entraîne les personnages dans un va-et-vient entre les lumières de la raison et les ombres du mystère. Stanley manie l'illusion en positivisme affirmé. Mais ses certitudes ne seraient-elles pas aussi des formes d'illusion ? Le doute s'insinue lorsque Stanley sort de sa suffisance pour s'inquiéter de son exquise vieille tante Vanessa (Eileen Atkins) : il se surprend même à prier pour qu'elle ne meure pas. Il se reprend vite : c'est le chirurgien qui l'a sauvée, non la prière. Mais qui sait ?... En s'éprenant de Sophie, Stanley a mis un pied dans le domaine de l'irrationnel.
Le sfumato de la magie amoureuse se substitue peu à peu à la précision mécanique du prestidigitateur. La rhétorique est subtile mais toujours ludique. Et les comédiens excellent à jouer cette partition brillante qui va de l'ironie paradoxale aux frous-fous soyeux de la comédie sentimentale.
C'est drôle, élégant, spirituel à tous les sens du terme.

Magic in the moonlight,
comédie de Woody Allen avec Colin Firth, Emma Stone, Simon McBurney, Eileen Atkins
Durée 1h30
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La guerre contre les chrétiens est déclarée
 
Notre société post-chrétienne creuse sa tombe, au nom de la fascination pour l’Autre et de la détestation d’elle-même.
Le discours officiel s’émeut avec raison de la nouvelle hostilité anti-juive. Il s’inquiète semblablement des plaintes des musulmans.
Mais, par oubli de soi, il ignore le sort des chrétiens.
Or un ouvrage collectif - Le livre noir de la condition des chrétiens dans le monde - vient rappeler ce fait occulté : il y aurait entre 150 et 200 millions de chrétiens persécutés, principalement au nom de l’islam en guerre.
Tandis que la propagande islamiste, avalisée par l’idéologie antiraciste et des responsables politiques comme Alain Juppé, veut faire croire au danger d’une croissante islamophobie, la culpabilité occidentale ferme les yeux sur d’authentiques persécutions religieuses et ethniques menées au nom du djihad. Jamais la formule de Chesterton : "Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles", n’a été aussi pertinente, en regard des injonctions faites aux Occidentaux, forcément coupables, de céder la place à d’autres cultures et d’autres peuples en s’excusant d’avoir été là, tandis que les chrétiens d’Orient sont martyrisés en silence par un obscurantisme en marche.
Le Livre noir du communisme dénonçait les crimes de ce premier totalitarisme. Ceux de l’islam radical sont exposés à leur tour et c’est heureux.

Ici comme ailleurs, les œillères tombent sous l’évidence des réalités. Le choc des civilisations, qu’il est encore de bon ton de contester au nom de l’universalisme, se voit comme le nez au milieu de la figure. L’avancée de l’Etat islamique, qui fédère de plus en plus d’alliés, en est une des illustrations. Selon un extrait du livre, publié ce mercredi par Le Figaro, il est écrit : "Le conflit entre monde chrétien et monde musulman occupe une place centrale et apparaît comme une inévitable dérive de l’histoire d’un monde globalisé en proie à des dynamiques conflictuelles."
Cette évidence n’est pas une découverte. Cependant, il serait temps pour les européens de sortir de leur masochisme, c'est-à-dire de bons sentiments que ne partagent aucunement leurs adversaires. Car le choc des cultures, qui sème la guerre au Proche-Orient et en Afrique, menace aussi les vieilles démocraties ouvertes, et la France en particulier.
La Fracture identitaire, décrite dès 2007 par votre serviteur (Fayard), n’a fait depuis que s’élargir sous la pression du radicalisme, dans l’indifférence collective.
C’est une France devenue étrangère à leurs yeux que fuient les petits Blancs, quand ils quittent les banlieues musulmanes pour les périphéries. Ce sont eux les victimes, elles aussi oubliées par l’absurde préférence immigrée. Urgent de s’aimer soi-même.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/ , 22 octobre 2014
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Remarques sur la violence religieuse (2)
 
Franchement, je n’ai jamais admis qu’on puisse parler de "violence monothéiste", au motif qu’un seul Dieu exclurait les autres dieux, et que la croyance en Lui exclurait la croyance dans ces autres dieux. Je ferai donc à ce sujet cinq remarques.

Première remarque : exclusion mutuelle du monothéisme et du polythéisme
Le polythéisme et le monothéisme sont des systèmes de pensée contradictoires l’un de l’autre. Ils s’excluent mutuellement, non en vertu de la méchanceté humaine, mais en vertu de la nécessité logique.
Car, en raison du seul principe de non-contradiction, si le monothéisme exclut le polythéisme, le polythéisme exclut aussi le monothéisme.
Si "Dieu" se mettait à faire partie du panthéon polythéiste, il ne serait qu’un "dieu" parmi d’autres, autrement dit, il ne serait plus Dieu et il n’y aurait plus de "Dieu", mais seulement des "dieux". Pour un polythéisme conséquent, seul Dieu est un faux dieu, puisque les vrais dieux sont plusieurs, et que Dieu prétend être unique.  
Donc, si l’on demande aux monothéistes croyant en Dieu d’être tolérants et d’admettre aussi "les dieux", pour ainsi dire à égalité, alors il faut en toute équité demander aussi aux polythéistes d’être tolérants et d’admettre "Dieu", avec son incomparable transcendance par rapport à tout, y compris les "dieux", si "dieux" il y a. Autrement dit, la "tolérance" dont on parle ici a pour effet que les monothéistes ont l’obligation de devenir polythéistes, et que les polythéistes ont l’obligation de devenir monothéistes. Je suppose qu’une fois que chacun s’est transformé en l’autre par tolérance, il ne reste plus à chacun, toujours par tolérance, à reprendre sa position initiale, et ainsi de suite.
A moins qu’il ne soit indispensable, pour être raisonnable, et donc tolérant, d’avoir en même temps deux religions strictement contradictoires. Mais comment sera-t-on raisonnable, si on commence par faire sauter le principe de non-contradiction, qui est le minimum de la raison ? Et que signifie tolérance s’il n’y a pas de raison ?

Deuxième remarque : sur l’équivalence logique entre le subjectivisme et le polythéisme
Certains concluront, des absurdités précédentes, que la tolérance oblige à aller plus loin et à ne croire ni au polythéisme, ni au monothéisme, à considérer que tout cela est aussi indifférent et facultatif que nos préférences de couleurs et de goûts. C’est supposer qu’il serait possible de n’être ni d’un côté, ni de l’autre, de cette frontière métaphysique. Ce qui ne va pas du tout de soi.
Supposons en effet que la condition, pour être tolérants, soit que ni "les dieux" ni "Dieu" n’existent ailleurs que dans nos opinions. Plus généralement, supposons que, pour être tolérants, nous devrons avoir éliminé l’idée d’une "réalité" objective, et celle de "vérités" qui consisteraient pour nos esprits à s’y conformer. Car alors il y aurait des gens qui auraient raison et d’autres qui auraient tort, affirmations de bon sens, mais que la culture dominante déclare contraires à l’égalité et à la liberté.
Nos opinions ne sont ainsi que des représentations subjectives qui ne représentent aucune réalité, des constructions sociales en dehors desquelles il n’y a absolument rien du tout. Mais, s’il n’y a pas de réalité pour normer nos opinions et y distinguer du vrai et du faux, l’idée de réalité n’a pas disparu pour autant, et ce sont nos opinions qui deviennent pour nous la seule réalité.
Sommes-nous au moins débarrassés alors du polythéisme et du monothéisme ? En aucune façon. Car le divin absolu est ce qui fait exister la réalité. Donc, dans cette nouvelle hypothèse, où nos égos fabriquent des opinions qui sont la seule réalité, loin qu’il n’y ait plus de divin nulle part, c’est nous-mêmes qui sommes devenus des dieux en imagination. Nous formons ensemble un Panthéon, dans le cadre d’un subjectivisme absolu qui est encore une métaphysique – et, précisément, une métaphysique polythéiste (peut-être une monadologie transcendantale, comme diraient les savants).

Troisième remarque : sur l’inégalité radicale inhérente au polythéisme
En outre, le face à face entre monothéisme et polythéisme ne se trouve même pas vraiment supprimé, dans l’hypothèse polythéiste. En effet, ce polythéisme n’existe vraiment qu’adossé au panthéisme. Si Tout est Un (panthéisme), chaque fragment du Tout sera divin, ce qui, pour le vulgaire, va se formuler en disant que chacun de ces fragments est un dieu (polythéisme). Et sans ce principe panthéiste, le polythéisme n’est qu’une fantaisie ridicule. Et cependant, les deux s'opposent entre eux. Car le panthéisme est la sagesse d’une élite de sages et d’initiés, cependant que le polythéisme est la croyance des idiots et des incultes. Dans ces conditions, comprenne qui peut comment le polythéisme pourrait bien être une doctrine égalitaire et libérale, démocratique en somme...

Quatrième remarque : sur l’exclusion mutuelle du théisme et du panthéisme 
En outre, il faut choisir, de toute façon, entre le panthéisme et le théisme, sans parler du choix ultérieur entre les divers panthéismes et les divers théismes. Les fichtéens ou les spinozistes, entre autres, protestent bien entendu contre le caractère prétendument scolaire et dogmatique de la distinction entre théisme et panthéisme. Mais cette "distinction superficielle" n’est rien d’autre que la distinction entre le monothéisme et ce qui n’est pas lui. Faire sauter cette distinction, c’est l’essence même du panthéisme. Maintenant, le panthéisme exclut autant le théisme, logiquement, que le théisme exclut le panthéisme, logiquement. J'ai expliqué cela dans Prolégomènes. Les choix humains.
En tout cela, il est absurde de voir une bellicosité morale ou politique, là où se trouve une simple contradiction logique. Comme si c’était de l’intolérance de croire qu’un nombre entier doit être ou pair ou impair, sans possible troisième option.

Cinquième remarque : sur l’inéluctabilité des choix humains
Il n’y a donc aucune conception humaine qui ne comporte l’exclusion logique de sa contradictoire. Et le monothéisme n'a en matière d'exclusion logique aucune espèce de privilège, ou de monopole. L’exclusion de la non-contradiction, supprimant la raison, ne laisse subsister que le rapport des forces (violentes ou manipulatrices) pour fixer les décisions : ce qui élimine ainsi l’idée du dialogue et celle de la tolérance – d’autant que l’idée de l’exclusion de la non-contradiction reste de toute façon contradictoire à celle de sa non exclusion, qui aura forcément ses partisans. 
Ainsi, la tolérance est-elle plus affaire de volonté, que d’intelligence et de doctrine. De l’exclusion logique à l’exclusion politique, il y a un pas, même si la seconde ne serait pas possible sans la première. Et c'est à chacun de savoir s'il franchit ce pas, quelle que soit sa doctrine de référence.
Mais que la tolérance et la coexistence soient parfois plus faciles ou parfois plus difficiles, l’histoire nous dit que les persécutions peuvent être polythéistes, ou panthéistes, ou monothéistes. Quant aux Lumières, loin d'être des postures tolérantes non religieuses, elles sont au contraire des religions séculières bien définies, souvent panthéistes, qui ont à leur actif les guerres d’idéologies et des totalitarismes, lesquels détiennent le record mondial en matière de persécution spirituelle. 
La tolérance est ainsi une affaire de modus vivendi, elle ne dépend pas de l’adoption d’un système miracle, qui aurait le privilège de n’être opposé à aucun autre.
La raison, qui permet le dialogue, est bâtie aussi autour du principe de non-contradiction, qui limite la portée du dialogue en même temps qu’il en fonde la valeur. Si l’on fait sauter ce principe, la tolérance et l’intolérance ne s’opposent plus, mais s'identifient. Croit-on que la tolérance va y gagner ?

http://www.henrihude.fr/
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Quand Martine s’oppose à Jacques
 
Jacques Delors est le père incontesté de l’euro.
Président de la Commission européenne, il a convaincu les Européens d’adopter une monnaie unique.
C’est un exploit puisque les essais précédents, le "Serpent dans le Smithonian tunnel" et le Système monétaire européen, avaient échoué.
Il est permis de s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé à choisir une solution plus contraignante que les précédentes pour résoudre un problème quasi insoluble – la stabilité monétaire de la Communauté européenne. L’Allemagne ne souhaitait en aucune façon abandonner le Deutsche mark, symbole de sa réussite après la Seconde Guerre mondiale. Elle s’y résout en imposant ses conditions, c’est-à-dire en faisant de l’euro un Deutsche mark qui avait changé de nom. Les statuts de la Banque centrale européenne sont la copie conforme de ceux de la Bundesbank, et la philosophie de l’euro reflète le credo économique allemand.
 
Voilà pourquoi dès le milieu des années 1980, Jacques Delors se fit l’avocat du franc fort, avec la complicité de Jean-Claude Trichet, alors gouverneur de la Banque de France. Le résultat de cette politique ne se fit pas attendre.
Le franc se stabilisa vis-à-vis du Deutsche mark et la balance commerciale de la France devint excédentaire. Vint "l’austère qui se marre".
Lionel Jospin prit Martine Aubry comme Ministre du Travail et de l’Emploi. Elle fit promptement voter les 35 heures payées 39, augmentant du même coup le coût du travail de 11,4%, affirmant de surcroît que le monde entier suivrait la France sur cette voie.
A nouveau, le résultat ne se fit pas attendre. Les gains de salaire excédèrent les gains de productivité et la balance commerciale, positive depuis le début des années 1990, redevint négative.
 
Fort de ce bilan, Martine Aubry critique François Hollande dans le Journal du dimanche.
Mais le Président a-t-il le choix de sa politique ?
Ayant opté pour l’euro, la France se doit d’adopter une politique à l’allemande tôt ou tard.
C’est ce qui fit Jacques Delors en préparation de l’entrée de la France dans la zone euro.
En se faisant l’avocate d’une politique de relance, Martine Aubry non seulement s’oppose à son père, elle prône aussi une politique vouée à l’échec.
En revanche, une relance à l’échelon européen est souhaitable. Les Allemands le savent. Ils attendent des résultats tangibles de la France pour donner leur accord. (2) Si relance européenne il y a, la France ne pourra s’en prévaloir pour s’exonérer de réformes qu’elle a trop tardées à mettre en œuvre. Affirmer le contraire, c’est non seulement mentir aux Français, c’est aussi leur cacher la sévérité de la crise que la France traverse et, par contrecoup, l’Europe.
 
L’euro est un projet économique au service d’une cause politique : le fédéralisme européen.
Jacques Delors a eu tort de choisir cette voie pour conforter l’Europe – les Français n’y étaient pas préparés. Martine Aubry a tort de leur dire qu’une sortie de crise indolore est possible.
 
(1) Journal du dimanche, 19 octobre 2014.l
(2) La France n’a pas tenu ses objectifs budgétaires ses dix dernières années.
Publié dans En France
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Juppé et Aubry : place aux vieux

Alain Juppé trône au faîte des sondages de popularité ; et Martine Aubry fait une entrée fracassante dans les querelles de la famille socialiste.
Ils étaient honnis, ils sont chéris.
Juppé "droit dans ses bottes", et Aubry la "mère-emptoire" avaient été rejetés pour leur arrogance technocratique ; leur sale caractère est désormais plébiscité.
Le président Hollande a tellement usé de la faiblesse - et le président Sarkozy tellement désacralisé la fonction - qu'une hauteur souveraine qui passait jadis pour du mépris fait désormais les hommes d'Etat.
En période de crise, et surtout de terrible doute sur soi-même, le peuple français a l'habitude de confier son sort à un glorieux aîné. Juppé et Aubry incarnent les derniers reliquats d'une noblesse d'Etat qui a le sens de l'intérêt général et modernisé la France des Trente Glorieuses.
Mais l'héritage est usurpé.
Aubry et Juppé sont des modernes… des années 70. Qui ont exercé le pouvoir dans les années 80 et 90. Celles de la crise et des échecs économiques à répétition.
L'un est de droite et l'autre de gauche, mais ils sont tous deux des centristes.
Juppé est le fils que Chirac n'a pas eu et Aubry, la fille de Delors.
Europe, décentralisation, libéralisme tempéré par l'Etat et l'impôt - et l'endettement - sont leur matrice commune. Alain Juppé a déplafonné l'impôt sur la fortune et Martine Aubry a imposé les emplois-jeunes et les 35 heures. Ils sont les derniers défenseurs d'une social-démocratie à la française, alors même que la social-démocratie a disparu du paysage politique européen.
Ils sont tous deux maires de grandes métropoles, qui rassemblent une sociologie de vainqueurs de la mondialisation et d'enfants de l'immigration. Loin, très loin, des préoccupations et des souffrances de la France populaire des employés et ouvriers, qui s'est repliée massivement dans le périurbain.
Ils ont renversé leur image acariâtre en devenant les chouchous des médias, qu'ils ont courtisés obstinément à force de progressisme "sociétal" et d'islamophilie militante. Aubry avait naguère réservé des horaires spéciaux pour les femmes voilées dans une piscine de Lille, tandis qu'Alain Juppé ne sait rien refuser à l'imam de sa bonne ville de Bordeaux. Ils incarnent tous deux fort bien cette tentation d'une partie de la haute technocratie, déjà visible dans des rapports administratifs récents, de préparer le pays à une cogestion avec un communautarisme musulman démographiquement puissant et revendicatif.
Le grand retour de Juppé et Aubry révèle à la fois la médiocrité des générations politiques qui leur ont succédé et la profondeur béante des fractures françaises.

Paru dans Le Figaro Magazine, 24 octobre 2014
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Lorsqu’est tombé le mur de Berlin – au grand étonnement des mêmes "prophètes" qui continuent de pérorer sans s’être remis le moins du monde en question, une voix s’était élevée depuis plus de deux décennies, réfutant le modèle occidental, dit libre, tout autant que le régime ouvertement totalitaire qui l’avait envoyé au goulag. On se souvient, en particulier, du fameux discours de Soljenitsyne – puisqu’il s’agit de lui, sur le manque de courage de l’Occident (1), qu’il prononça à Harvard en 1978. En gros il ne prédisait pas un avenir très radieux à ce monde en quête éperdue du bien-être matériel, s’il continuait à se départir de sa dimension spirituelle.
En 1989, tout à l’euphorie de la disparition de la menace communiste, personne n’a voulu écouter le vieil homme qui empêchait de rêver en rond au 'tout consommation', y compris dans sa Russie où il aurait aimé inspirer les nouveaux dirigeants - depuis, Vladimir Poutine l’a quelque peu réhabilité. Petit à petit, on lui a attenté tous les procès en royalisme et autre antisémitisme habituel, et puis on nous a laissé entendre qu’il était  plus ou moins fatigué,  pour ne pas dire gâteux.
Et pourtant…
 
Pourtant, nous ne sommes pas loin – litote, de l’accomplissement accéléré de ce qu’il avait tenté de nous éviter. Très rapidement après la fin de l’affrontement entre blocs, pendant que la Russie et ses ex-satellites chassaient ou retrouvaient leurs démons, passé la surprise, du côté des grands marchands on a très vite perçu que le commerce allait devenir compliqué, compte tenu de la mosaïque qu’était maintenant le marché. Il fallait mettre de l’ordre dans tout ça.
A commencer par conserver l’OTAN qui n’avait pourtant plus de raison d’être, en l’état, après la dissolution spontanée du Bloc de Varsovie.
Ce fut une humiliation grossière à l’encontre de la Russie, lui déniant en quelque sorte la présomption de confiance.
Toutefois, on ne pouvait brandir directement l’argument commercial, étendard matérialiste qui aurait pu ressembler philosophiquement à celui qu’on avait combattu et qui venait de se désagréger. Alors on l’a habillé "moralement" d’émotions et de bons sentiments, décrétant de manière unilatérale que, cette fois-ci, les bons et les méchants seraient choisis en fonction de leur degré de "démocratie" - lire, par-là, leur docilité à rentrer dans le moule imposé. Et l’on a commencé à claironner que le monde était devenu plus dangereux, en même temps que l’on stigmatisait un par un les dirigeants à abattre, par des campagnes de presse préalables que tous les Dindenault de la terre ont relayées soit par cynisme, soit par naïveté, soit – le plus souvent, ce qui n’est pas loin d’être aussi coupable, par paresse en resservant comme tel le prêt-à-informer (?) fourni par CNN.
Certes, parmi ces dirigeants ciblés, tous n’étaient pas des modèles de démocratie, mais ils avaient surtout comme défaut, pour la plupart, de rechigner à vendre leur pétrole exclusivement en dollar. Ce fut toute la série de déstabilisations et d’interventions, sous mandat ou non de l’ONU, que nous avons connues, toutes avec des justifications détournées, pour le moins falsifiées, la plus ridiculement spectaculaire étant la petite fiole brandie par Colin Powell comme preuve des armes de destruction massive de Saddam Hussein, et qui entache à jamais – selon ses propres dires, la réputation de ce soldat respectable. Nous avons eu en spectacle les "Tempête du désert", "Promesse d’étoile" et autres "Printemps" à répétition, jusqu’au show de trop sur la Libye où deux membres non négligeables du conseil permanent de sécurité ont estimé s’être fait rouler dans la farine. Et quand, après avoir laissé la dite Libye dans la situation démocratique que l’on sait, le train du sinistre cirque s’est transporté vers la Syrie, avec ses snipers et ses égorgeurs professionnels – on a peur de savoir qui les paye, pour le moins qui les encourage ! – là, Vladimir Poutine s’est interposé en stratège froid et déterminé. Les Chinois n’ont pas dit grand-chose, c’est dire s’ils consentaient !

Ainsi, pour la première fois, pratiquement depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les faucons de Wall Street n’ont pas eu leur petite guerre, de celles qui, en passant, ont le mérite de fouetter l’économie spéculative – et d’augmenter la dette, mais de cela peu leur importe, ce ne sont pas eux qui en souffrent ! Il fallait donc s’attendre à ce qu’un tel coup d’arrêt ne restât pas impuni… C’est bien le mot, nous devions punir Bachar el Assad pour avoir, malgré tout ce dont on l’accuse (2), plus de 60% (3) de son peuple qui le préfère encore à tout ce que les Occidentaux voudraient mettre à sa place, pourcentage qui devrait normalement faire rêver certains "démocrates" qui "gouvernent" avec beaucoup moins d’opinion favorable !
Dans le même esprit, et aussi pour ouvrir un deuxième front, on imagine qu’il s’est agi de punir la Russie et surtout son Président, en encourageant – si ce n’est même en créant, un véritable coup d’état au profit d’une faune politique peu recommandable, dans un pays corrompu et failli, l’Ukraine, faisant naturellement et historiquement partie de son pré-carré.
Mais, dans cette affaire, le maître du Kremlin a quelques coups d’avance et il suffit de se renseigner ailleurs qu’à travers nos médias inféodés pour se dire que, cette "punition", pour le moins ce n’est pas gagné, et que, sauf à vitrifier la planète, ne serait-ce que l’hiver qui s’en vient, risque de faire bouger les lignes, et il est peu probable que ce soit dans le sens souhaité par les Occidentaux.
Dans le même temps, au Moyen-Orient, devant la résistance du peuple et du régime syriens, une partie des hordes sauvages se sont transportées vers plus facile à massacrer, esquissant une nouvelle partition de la région dont on sait qu’elle fait l’affaire des tenants du remodelage du Grand Moyen-Orient et de ceux du Grand Israël, ces derniers, comme on l’a vu, ne cachant même plus leurs intentions.
En effet, comme le peuple américain se fait tirer l’oreille pour envoyer ses boys combattre ce qui peut lui apparaître comme des chimères, les théoriciens du chaos constructeur ont laissé le djihadisme se substituer au GI’disme à leur avantage immédiat. Mais l’emploi de mercenaires est souvent le signe du crépuscule des empires.

Il semble bien, en effet, que nos apprentis sorciers aient perdu le contrôle du monstre qu’ils ont fabriqué et qui commence à couper la tête de leurs journalistes et même – crime de lèse "majesté", à menacer la famille Seoud ! C’est qu’en fait, à l’instar de Lénine qui prédisait que les Occidentaux lui vendraient la corde avec laquelle il les pendrait, les djihadistes n’ont aucun scrupule à utiliser leurs armes contre ceux qui les leur ont fournies. Nous serions plus rassurés sur l’honnêteté des intentions de cette coalition qui a de la peine à se réaliser, si elle coupait, ou faisait couper, les subsides et les ravitaillements en armes aux bandits de grands chemins de ce califat, et si elle empêchait certains de ses soi-disant alliés d’écouler la production des puits et des raffineries de pétrole maintenant aux mains de l’Etat islamique !
L’exercice est dangereux car les alliances multiples concernant cette partie du monde aux ressources si convoitées, sont souvent contre nature, défient notre approche manichéenne et, en outre, débordent des accords du Quincy qui prévalent depuis 1945. Sur le terrain, comme c’est le cas en Syrie depuis le début de l’agression extérieure, l’imbrication des djihadistes au sein des populations prises en otage, ne pourra faire éviter les dégâts collatéraux. Les frappes contre cet Etat islamique – avec la crainte qu’elles soient, comme un fait du hasard (!),  particulièrement efficaces sur la Syrie, n’ont pour l’heure que peu d’effet aux dires des témoins directs qui reviennent de là-bas et feront, dans la durée, courir le grand risque d’attiser le clivage entre le monde musulman et le modèle occidental, surtout si la résistance oblige à radicaliser l’intervention comme c’est souvent le cas lorsque l’on sent se profiler la déroute. Là non plus, ce n’est pas gagné ! Et l’on ne parle pas du retour de flamme djihadiste sur les braises qui couvent dans nos propres contrées…

Ainsi, devant la complexité du Moyen-Orient, acharné à vouloir remodeler ce coin du monde sous couvert d’un oxymore politique d’une évidente utopie (imposer la démocratie !), s’appuyant sur les Etats de la région parmi les plus contestables et tenant à l’écart – et pour cause, ce sont en fin de compte les objectifs à atteindre ! - les interlocuteurs essentiels à son équilibre que sont la Russie et l’Iran, l’Occident prouve qu’il a perdu son âme – on le savait déjà, mais surtout la raison. Le plus grand risque est qu’il en vienne à employer la violence du désespoir, déclenchant un conflit qui déborderait alors largement des contours du Moyen-Orient. Pour l’heure, un objectif est atteint, celui de conserver cette région du monde à feu et à sang, afin d’y maintenir un cours du pétrole suffisamment haut, qui ne vienne pas, par exemple, faire concurrence à la toute nouvelle exploitation du gaz de schiste sur laquelle l’économie américaine compte pour sortir de la menace de cessation de paiement qui lui revient régulièrement ?
 
C’est qu’en effet, malgré cette course armée aux ressources - leur confiscation parfois, malgré cette macroéconomie qui s’explique différemment suivant les sensibilités politiques, cette loi du marché et des marchés, ces fonds de pension, cette mondialisation, etc… enfin tout ce dont les "spécialistes" en économie nous somment de reconnaître les bienfaits, on aurait pu croire que ce fût l’opulence  dans notre Occident ! Et bien non, c’est la menace permanente de la faillite, un endettement colossal, lequel, dans nombre de pays alignés sur la bourse de New-York, atteint et même dépasse le PIB national !
Quand le système vacille, comme lorsque l’on a trop prêté aux plus pauvres des Américains, c’est l’affolement et l’on va au secours des spéculateurs, arguant du fait que cela finirait par mettre l’économie réelle (!) en danger. Alors on recapitalise les banques – étrange, on pensait que c’était là où se trouvait l’argent ! - et en un tour de passe-passe le funambule reprend l’équilibre sur son fil en priant pour le retour de la croissance. Du petit bout de la lorgnette du père de famille confronté à la gestion de son budget, il paraît aventureux de pouvoir s’endetter, à l’échelle des Etats, d’une somme correspondant à plus d’une année de labeur, et anormal – voire amoral, de gagner beaucoup plus d’argent avec de l’argent qu’avec du travail (4). On doit comprendre seulement que plus on est puissant et plus on peut faire porter sa dette par les autres…
Il n’est, bien-sûr, pas de ce propos de mettre en cause l’efficience de ce que l’on appelle en gros le capitalisme, système encore le plus performant pour produire de la richesse et, en principe, la distribuer. En revanche, on peut s’interroger sur ses dérives et sur la part autorisée à la spéculation bancaire dans ce système, et sur le danger que, manifestement, cette dernière fait courir à ceux qui travaillent et produisent. A ce jeu, à considérer comment s’est opéré au cours des dernières décennies le transfert des avoirs vers la Chine, manufacture du monde, au commun des mortels – c’est-à-dire au non-"spécialiste" en économie, l’Occident n’apparaît pas comme grand vainqueur de la dite mondialisation. Et à considérer par ailleurs comment la même Chine essaye de se débarrasser par tous les moyens (achat d’or, achat d’actifs dans les entreprises occidentales, accords bilatéraux pour commercer en yuan) de la dette américaine en dollar, on peut même imaginer qu’il peut être compté, au moins comme référent, le temps de cette monnaie que seuls les Américains et leurs dépendants considèrent encore comme "personne morale", à défaut de correspondre à de la vraie richesse !
 
Ainsi, tant dans le domaine géopolitique qu’économique, malgré la formidable puissance militaire des Etats-Unis, l’Occident est menacé de perdre – ne l’a-t-il pas déjà perdu ? - le leadership qu’il a exercé bon an mal an jusqu’à la fin du siècle dernier.
D’une part, l’émergence de pays à forte démographie bouleverse la donne, d’autre part une partie grandissante de l’humanité rejette son modèle - en le jalousant aussi, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes !
En parallèle de la mondialisation économique qui finit par lui échapper, ce rejet de certains qui se considèrent comme laissés pour compte, se cristallise dans une violence exploitant une asymétrie contre laquelle même le plus puissant est en mal de doctrine. Certes le religieux (5) en est en partie le prétexte, mais il révèle, comme un trou noir, le vide spirituel sidéral de notre Occident, lequel n’offre comme alternative que son consumérisme dont les bénéficiaires n’ont, par essence, guère vocation à constituer des légions redoutables.
Rome est tombée parce qu’elle n’était plus Rome.

L’Occident est en danger parce qu’il a perdu – et va même jusqu’à renier en interne dans le cas de l’Europe et plus particulièrement de la France, ce qui faisait son identité forgée par les peuples et leur histoire. Comment – et c’est curieux au prime abord, les descendants du Mayflower fuyant, en ce temps-là, la temporalité de l’Eglise, et nos héritiers des "Lumières", qui allaient plus tard se montrer sensibles au chant des sirènes marxistes, en sont-ils arrivés à sacrifier au pied du même autel, dans la même communion à un matérialisme sans issue ? C’est qu’au fond, les uns et les autres se sont constitués contre l’Europe du Concile de Trente (6), les premiers accommodant la religion aux violences de leur conquête dans le Nouveau Monde, les seconds, plus radicaux et sous couvert d’un humanisme emprunté, étant bien décidés à supprimer toute autorité qui se réfèrerait à Dieu et qui les empêcherait de faire du profit.
En quelques siècles, les deux démarches ont donné le même résultat : l’installation d’oligarchies interchangeables, marionnettes des puissances financières, se partageant tous les pouvoirs apparents, ne concédant aux peuples qu’elles méprisent (depuis l’origine - (re)lisons nos "intouchables" Lumières !) qu’une version moderne du "pain et des jeux", décidant du degré de liberté à leur accorder, promulguant  une profusion de lois chaque fois plus liberticides…
Le citoyen, censé être heureux de ne plus être un sujet, doit se considérer chanceux qu’on lui ménage son droit – voire son devoir, de consommer. Sorti de là, qu’il ne vienne pas troubler le jeu des distributeurs avec des préoccupations d’ordre philosophique, devrait-il s’exprimer d’une même voix qu’un million de personnes !
A ce jeu-là, cet Occident est mort. Même avec un régime communiste, la Chine fait mieux que lui en matière économique et, en même temps, dans bien des endroits de son paysage, on construit désormais des mosquées et on abat des églises…
On se souvient de la prophétie de Malraux. Il l’aurait, paraît-il, démentie. Tant pis pour lui, car, sous nos yeux endormis, le religieux s’invite bel et bien au débat, et pas vraiment sous son jour le plus œcuménique ! L’Islam, en France encouragé par la bien-pensance qui voit sans doute en lui une aubaine pour "achever la Révolution de 1789" (sic) dans ce qu’elle avait de plus anti-chrétienne, a beau jeu d’occuper le vide opéré par deux siècles de renoncement.

Une civilisation qui considère comme un progrès de pouvoir supprimer une partie de ses enfants à naître (pour le seul cas français : 8 millions en 40 ans. Ce n’est pas loin des performances de la Première guerre mondiale, c’est de l’arithmétique, pas de la morale !), qui met en doute – voire nie, les évidences les plus élémentaires de la nature humaine et, par ailleurs, se propose d’aller louer le ventre de pauvres femmes du Tiers-Monde pour satisfaire le désir d’une minorité de nantis, ne tiendra pas longtemps devant quelques convictions bien trempées, tirées d’un livre de combat dont certaines des sourates peuvent justifier tous les moyens et que la plupart de nos contemporains auraient trop peur de commencer à lire.
Dans notre cas européen, la question est simple : que sommes-nous devenus ?
Dans les entrepôts, les produits qui ont perdu leur étiquette sont menacés de rebut. Or, les rédacteurs de la constitution européenne se sont refusés à reconnaître les références philosophiques et historiques autour desquelles le continent a construit son identité en deux millénaires. Pour M. Barroso, colleur d’affiches muettes, l’identité était même une "notion dangereuse". Mais sans identité, on n’existe pas, en tout cas pas pour les autres ! C’est le signe de reconnaissance dans lequel et par lequel on peut se retrouver. Mais ce n’est pas non plus n’importe quoi, comme l’assurance de l’accès au dernier modèle high tech, aux sports d’hiver à tout prix ou – mon Dieu, j’allais oublier ! – à la totale aisance dans ses préférences sexuelles, suprême avatar de "l’identité" !..
On nous dit que 80% des Russes se rangent derrière leur président, lequel ne se targue pourtant pas de démocratie. Il affiche ouvertement comme objectif de rassembler et défendre son peuple (7), lui redonner l’âme et la fierté qu’ont voulu étouffer 70 ans de marxisme, et même – quelle idée ! – il se poserait en défenseur de la chrétienté. Au secours, disent nos rieurs et nos bien-pensants, la "Sainte Russie" revient !
Trêve de nos émois de guimauve, nombre de nos compatriotes, eux aussi, attendent sans trop y croire un homme providentiel ! Pour l’heure, rien n’empêche d’exhumer ce message vieux – et jeune, de plus de 2000 ans autour duquel s’est construit l’Occident, message parfois transmis brouillé, il est vrai, au gré des faiblesses et des folies des hommes. Souvent imité, jamais égalé… Ce message n’a de frontière ni dans l’espace, ni dans le temps, il est universel.

Par la Géographie et l’Histoire, l’Occident s’en est trouvé le dépositaire, ce qui lui donne une responsabilité à l’égard de l’humanité entière. Il lui est pratiquement consubstantiel. Il est de vie, mais par on ne sait quel penchant suicidaire, nous nous sommes inventé une "culture de mort". Il est de paix, mais en raison de notre âpreté dans nos petites affaires, nous avons fini par le transformer en un message de guerre. Sans notre message originel, nous cessons tout simplement d’être l’Occident, comme un facteur dont le courrier se serait envolé. C’est peut-être ce qu’avait voulu dire Malraux…
Ce qui ne signifie pas que la Bonne Nouvelle de ce message pourrait disparaître, mais, comme nos frères Chrétiens d’Orient, nous aurons certainement à souffrir pour encore l’annoncer. Elle refleurira alors, comme la vigne lorsqu’elle avait disparu de nos coteaux, depuis les contrées où nous étions partis la planter.
 
(1) L’Occident ? C’est la bicyclette emballée de l’Oncle Sam et tous ceux qui s’obstinent à rester dans sa roue, et dont la roue-avant est Israël.
(2) En particulier le prétendu franchissement de la "ligne rouge" avec, à l’appui, quelques litres de chlore tombés d’un hélicoptère… Toujours cette manie de la preuve par la bouteille !
(3) Sinon il y a longtemps qu’il serait "tombé" comme Ben Ali, Moubarak et Kadhafi.  Et Saddam Hussein en son temps !
(4) Henry Ford disait déjà : "Si le peuple comprenait notre système bancaire et monétaire, il y aurait une révolution avant demain !"
(5) Les égorgeurs "fous d’Allah" de l’Etat islamique sont avant tout des voyous comme l’étaient Staline et sa bande dans leur conquête du pouvoir.
(6) Dont il faut rappeler le contexte, à savoir celui qui a suivi la Réforme et les Grandes Découvertes… Considérant la manière dont les conquérants traitaient le plus souvent les Naturels, l’Eglise catholique a voulu réaffirmer que l’Homme, quel qu’il soit, quelle que soit sa race, quelle que soit sa puissance relative, avait une âme et était fils de Dieu, qu’il n’était pas prédestiné à être bon ou mauvais, mais que son salut, et sa dignité, dépendaient de sa conduite et de sa façon d’user de sa liberté.
D’aucuns y voient le plus redoutable des impérialismes... Serait-ce parce que Vladimir Poutine a dit en substance, dans un de ses discours, que tout russe ne l’aurait jamais "contre lui mais derrière lui" ? Il faut parfois écouter ce que disent les hommes politiques. Par exemple, M. Hollande a bien déclaré au cours de la campagne présidentielle que la dette de la France était inférieure à l’épargne des Français, ce qui peut expliquer sa sérénité !
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L'esprit de destruction

Le plafonnement des allocations familiales dont le principe a été retenu par le pouvoir socialiste n’est pas une décision anodine.
Elle doit s’interpréter à plusieurs niveaux.
En surface, pénalisant les 12% de familles "les plus aisées", comme disent les socialistes, elle va dans le sens de l’égalité, voire de l’égalitarisme, elle est donc conforme à la fois à leur philosophie et, en apparence, à l’attente de l’opinion qui approuve, semble-t-il, d’après les sondages, à 80%.
Cette mesure répond au mot d’ordre classique popularisé dans les années 1970 par le parti communiste "faire payer les riches".
Certes, les cibles ne sont pas les détenteurs de comptes cachés et des résidences à l’étranger, mais peu importe… Il faut bien cogner quelque part, donc sur ceux qu’on a sous la main: plus de 6000 euros par famille et peu importe que ces 6000 euros proviennent d’un travail acharné, nuit et jour, samedi et dimanche. Tu seras pénalisé quand même, sur tes allocations familiales. Les socialistes ne se posent pas ce genre de question. 
Mais sur le fond, le choix accompli va dans le sens de la destruction. Il marque la fin d’un consensus national concernant la sanctuarisation d’une politique familiale indépendante de la politique sociale, qui fut l’un des atouts de notre pays depuis 1945.
Il ouvre une brèche, un précédent: demain, tôt ou tard, le plafond de revenu sera inévitablement abaissé pour accomplir de nouvelles économies. Il sape donc l’un des éléments fondateur du pacte national depuis la Libération.
Encore plus grave peut-être – à mes yeux –   il achève de décrédibiliser la parole politique, voire même la notion de parole. Dans sa campagne électorale de 2012, le chef de l’Etat s’était clairement engagé à le pas soumettre les allocations familiales "à conditions de ressources". Des promesses ou engagements non tenus en raison du principe de réalité, cela arrive parfois à la suite d’une élection. En revanche, un choix politique actif, déterminé, volontaire, à l’encontre d’une promesse solennelle de ne jamais l’accomplir, il me semble bien (sauf erreur) que c’est la première fois dans l’histoire de la République que cela se produit…
A quoi bon voter si la politique suivie est à l’inverse du programme sur lequel le bulletin de vote s’est porté? Nous venons donc de franchir une étape supplémentaire dans le démantèlement de la politique et de la démocratie française. Ce choix est malheureux, il est de ceux qui portent malheur.

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Dans les livres ou les films d’aventures, il y a toujours un moment où le héros se trouve coincé au-dessus d’une crevasse dont les flancs s’ouvrent de plus en plus largement, l’obligeant à un grand écart fatal, qui le projettera au fond du trou. Fort heureusement, un plésiosaure ou un drone, ou bien encore une divinité sortie de cieux magiques le tire de ce mauvais pas, et à la fin il épouse la princesse….
L’Armée française est dans la position de ce malheureux, mais pour elle, hélas, aucun drone (pourtant bel exploit de notre technologie) ne viendra la sauver. Et sa sourde mélopée ne sera pas entendue.
 
Depuis 30 ans, de budget en budget, de gouvernement en gouvernement quel qu’il soit, l’armée française fond à vue d’œil, telle une omelette norvégienne abandonnée sur un buffet, après la fête. Et même si l’on n’est pas spécialement militariste, on ne peut que le déplorer.
Ecartèlement fatal, étrange, entre rêves d’efficience perpétuée et le vécu possible, lequel dénote au surplus l’archaïsme de la pensée politique. Imprévision, aveuglement face aux situations interne, européenne, intercontinentale, et mondiale, un gouffre entre le discours annoncé et les réalités. Mais de cela, on finit par en avoir l’habitude ; les états-majors font ce qu’ils peuvent.
 
Faisant court, on peut signaler :
 
1/ Après recensement sur 2 ans, annonce en 2012, d’un effectif de défense de 296 493 personnes dont près de 68 000 civils et 15% de femmes ; l’armée de terre représente plus du tiers. Le budget global étant pour 2011 de près de 22 milliards hors pensions, lesquelles "plombent" énormément les crédits alloués aux militaires.
Ce monde, parfois distribué en fonction de "recadrages" partiels, a pu apparaitre chaotique ; il a été enjoint aux militaires de "fermer" des unités, des locaux, comme on fermerait un bistrot, de se débarrasser de ce qui pouvait paraître désormais "inutile" et dispendieux.
Vision courte et démagogie anti militariste.
Comme si on pouvait se passer d’une armée ! La France n’est pas le Costa Rica. Une méfiance toute républicaine envers les képis et les bâches leur alloue un (ou une) ministre civil, lequel n’a désormais que rarement "servi", et peut parfois s’empêtrer d’a priori dévastateurs.
Un bon point : les militaires savent "combien ils sont", alors que l’éducation nationale est incapable de compter ses ouailles…
Le récent et énième "livre blanc" est-il mieux considéré ? Il est en tous cas à l’origine de la Loi de programmation militaire 2014-2019 présentée le 2 aout et votée le 18 décembre 2013 sous le N° 1168. La réforme Balard qui consiste à regrouper les administrations des 3 Armées (et leurs annexes) afin d’éviter les doublons sera effective en 2015. Une large place y est faite à la cyber défense assortie de nouveaux moyens. Cela est plutôt bel et bon.
 
2/ Au plan interne l’abandon (plus exactement la suspension) de la conscription par la loi Richard d’octobre 1997, sans avoir suffisamment réfléchi à ses conséquences sociales, a été une erreur. On en voit les résultats aujourd’hui, 17 années après : Certes, le "service militaire" tel quel, était obsolète, trop coûteux, entaché de souvenirs coloniaux et post coloniaux mal perçus.
Caprice présidentiel pour se faire bien voir de l’opinion, cette réforme fut bâclée, peu raisonnable. Il eut fallu l’accompagner de la substitution immédiate d’un vrai "service civil", ouvert aux filles comme aux garçons, à la nordique, destiné à une jeunesse qui était déjà en perte de civisme, de repères et d’un minimum de discipline collective. Sans parachever son éducation par une touche de collectivisme utile à la nation, le pouvoir politique a coupé le lien qui l’unissait à la part d’avenir constructif qui fait l’espoir d’un pays fonctionnant bien. On s’apitoie désormais sur tous ces 15-25 ans qui préfèrent l’assistance au travail, le deal ou le terrorisme dans les cités à une insertion normale dans l’équilibre sociétal. Sans en être sottement idolâtre, il est bon de remarquer que le "service" avait une indéniable fonction de métissage social, offrant, même si beaucoup pensaient y perdre leur temps, une pause et une possibilité de réorienter une jeune vie parfois mal commencée. Il n’y a pas qu’Hemingway pour parler de générations perdues.
 
3/ Les discours sont rassurants.
Le chef de l’Etat veut toujours que son pays - via son armée - soit le sauveur des cas désespérés. Au Mali ce fut relativement facile, car la structure reposait sur le flou. Mais le temps qui passe et les dures réalités de l’Afrique centrale font finalement comprendre a posteriori, qu’il aurait peut-être été plus sage de procéder autrement : Cerval fut un "joli coup" mais quelle suite envisager ? Sangaris,  un ingérable guêpier, peut-être ? Un instant, vouloir se mêler de Syrie relevait du pur fantasme : en y regardant de près, cet Etat - quel qu’il soit - demeure riche, puissant, armé jusqu’aux dents, proie de désordres mal cernés et qu’on ne résout pas avec d’aléatoires opérations terrestres. Faute de moyens d’action et de protection véritables nous nous faisons piquer nos brevets les plus remarquables par les Américains, les Russes, les Chinois et qui d’autre encore ? La Corée du Nord peut être ? Notre capacité d’intervention est limitée par le manque de moyens, de maintenance d’un matériel à bout de souffle : nos 250 chars Leclerc, le Rafale splendide mais invendable, nos 4 petits sous-marins nucléaires, notre unique porte avion, sont bien peu de choses pour figurer vraiment dans les adversaires sérieux sur le long terme. Pour 2015 le budget alloué aux "opérations extérieures" (450M) devra être multiplié par quatre ou cinq. Par quels moyens ?  Dans ce miroir sans concessions, on voit que la France est une "puissance moyenne", sans doute représentative du savoir combattre européen, mais très amoindrie. Les terroristes disséminés du désert n’ont pas peur de l’armée française…
 
4/ Certes, il y a ce message fort : ce splendide 14 Juillet des Champs Elysées, vitrine illusoire d’une mini-armada à bout de rêve et d’illusions, dissimulant un désarroi institutionnel profond. La plus grande partie du peuple français "adore" le défilé de la Fête nationale : ce matin-là tous les antagonismes sont gommés.
La France sait former de remarquables militaires, excellents sur le terrain, bons stratèges, et réfléchis. Quel long passé de nation "guerrière", et ce, depuis le valeureux Clovis, Charlemagne, Turenne, Carnot, Bonaparte, Leclerc…et tant d’autres : la liste est immense. Nous avons aussi une longue tradition coloniale, depuis les Croisades et les Lusignan, les guerres de course maritime, les comptoirs des Indes, l’Orient Extrême, le Tonkin, la reine Ranavalo, l’Oubangui Chari, la haute Volta et ses timbres splendides, orgueils des philatélistes. Il n’y a pas à en avoir honte et se flageller : ce fut l’histoire, celle des peuples et des décideurs, des flux de pauvretés et de richesses, des incompréhensions et incompatibilités, des abus et des manques.
Histoire éternelle des conquérants et des soumis : Après Rome, ce furent d’abord les Hispano-Lusitaniens, puis les Bataves, et pour finir, les Britanniques et les Français, affamés et rivaux au sein d’Empires aussi éphémères que voraces. Apprenons l’histoire à nos enfants, et pas seulement par le petit bout d’une lorgnette punitive.
 
5/ L’idée d’une "Force européenne" pour gérer les incertitudes africaines (ou d’autres) peut paraitre lumineuse : la "croupion" armée française, ou ce qu’il reste des autres "armées" européennes, ne peuvent, avec leurs moyens propres  - même si les hommes sont excellents - neutraliser les démons d’espaces aussi vastes que la moitié de l’Europe, dans des conditions de violence inouïe. Ce n’est pas avec 600 spécialistes que le problème de l’Afrique centrale sera endigué. Certes, il n’est pas question d’envoyer un million d’hommes reconquérir le terrain et les âmes, mais cette mutualisation européenne des moyens et des actions, envisagée  sans résultat depuis des décennies, par une subite prise de conscience, serait-elle, à terme, réalisable, au-delà des anciennes querelles ?
De nombreux Européens considèrent ce sujet "post colonial" et ne se sentent pas concernés. 
Les désastres actuels et imminents dans un Moyen Orient en charpie, une Afrique sub-saharienne incertaine, ont déclenché une prise de conscience tardive. Attendons la suite : mais il ne faut pas trop traîner ni déborder d’optimisme : L’union, sous égide nord-américaine, contre le pseudo état islamique est un progrès, une sorte nouvelle croisade contre le "mal" mais est-elle réaliste ?
A l’évidence, nous allons vers de nombreux désordres locaux, partout dans le monde, dus au surnombre, au manque de travail, à l’intolérable pauvreté, à la galopante connaissance de "mieux êtres" inatteignables, à des affrontements idéologiques ou confessionnels immémoriaux peut-être, mais qui resurgissent dans une forme moderne, à la fois technologique et humaine, avec une rare violence. Massacres, tueries, peut-être même génocides risquent de se déployer sans retenue.
 
L’ONU qui n’arrive pas à se réformer temporise avec des moyens pachydermiques, ménageant tout le monde et personne, peut être obsédée par les vrais intérêts, ceux économiques et financiers. Les Occidentaux n’ont pas pris la revanche de l’Islam au sérieux : pourtant, il y en a  eu des avertissements : les ayatollahs, les talibans, les attentats disséminés, les fortunes affichées, l’incroyable 11 septembre…Et toujours, ces atermoiements bien-pensants, sans qu’ils provoquent un vrai consensus de réaction. Les intérêts sont tellement embrouillés et les arrière-pensées tellement inavouables…
André Malraux, en son temps, avec son aplomb divinatoire, avait lâché "le 21ème siècle sera religieux" : il semble que ce soit bien parti : pour l’heure il y a 3 pistes à suivre : l’Occident a face à  lui une "vraie" puissance à affronter : idéologique, économique, militaire : deux branches armées, l’une venant du nord est, l’autre trans africaine : la jonction visée peut se faire en Egypte, qui de tous temps fut au centre des objectifs de l’Islam. En second lieu, la Turquie est dans une position stratégique : elle est l’incarnation d’une nation devenue laïque après avoir été le moteur plus que millénaire de "l’autre monde", celui opposé à la puissance de la chrétienté ; elle est l'état "traitre" qu’il faut détruire. Mais par ailleurs, si on retourne la carte, intégrée dans l’OTAN, elle peut être l’avant-poste d’une réponse énergique : pour les autorités turques favorables à l’européanisation, ce conflit est une opportunité. Enfin la mutualisation des moyens de lutte contre un ennemi commun peut devenir, pour les Européens, le déclencheur d’une meilleure intégration des moyens et des actions : l’Europe de la défense peut-elle surgir de la situation actuelle ?
Peut-être serait-il bon de faire un peu confiance aux militaires ? Eux, au moins, savent arrêter le feu….
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