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Radiographie d'une pré-guerre civile en France
 
Une situation de pré-guerre civile s’installe en France. Bien sûr, les politiques et les médias feignent, une fois de plus, de ne rien voir, rien entendre. Les militaires hauts gradés qui alertent sur la vulnérabilité de la nation et sur la détermination de l’ennemi intérieur sont priés de la boucler, par un pouvoir qui jure que "ça va mieux". Les policiers qui manifestent, ce mercredi, sonnent une même alarme. Elle ne semble pas devoir être entendue davantage. Pourtant, que disent-ils ? Qu’ils n’ont jamais vu un tel degré de haine et de violence contre les forces de l’ordre. Ce ne sont plus les CRS qui mènent les assauts, mais les casseurs qui veulent tuer du flic. A Nantes, où un policier a échappé de peu à un lynchage fatal, un officier de police assure que lors de chaque manifestation, les forces de sécurité doivent faire usage de 400 à 1000 "grenades de désenclavement", afin de briser les encerclements dont ils sont eux-mêmes les victimes. 350 policiers et gendarmes ont été blessés ces deux derniers mois, lors des protestations contre la loi travail. Alors que la France est prétendument en état d’urgence, le gouvernement se comporte comme s’il ne voulait pas mesurer les tensions qui s’avivent. Elles sont portées par l’extrême gauche et des syndicats qui, comme la CGT, se radicalisent. Dans Le Figaro du 12 mai, un spécialiste de l’ordre public remarquait aussi que les groupes politiques à la manœuvre phagocytaient désormais avec une facilité déconcertante les milieux étudiants mais aussi les jeunes venus des cités qui, jusqu’alors, n’apparaissaient qu’en fin de cortège pour "dépouiller". "Jamais nous n’avions vu une telle collusion assumée".

Ce qui se dévoile progressivement est ce que j’annonce dans La guerre civile qui vient (1) : la contestation violente du modèle de société occidentale, capitaliste et libérale. Le rejet est porté en commun par la gauche radicalisée et par l’islam politique, qui fait passer le musulman pour le nouveau damné de la terre. Cet islam révolutionnaire s’est déjà introduit dans de nombreux syndicats. Il apporte une force conquérante inédite et potentiellement brutale. Il s’est immiscé également dans les rangs de Nuit debout, à travers la défense de la cause palestinienne et le boycott d’Israël (mouvement BDS). Les convergences que cette mobilisation, fixée sur la place de la République à Paris, tente d’établir avec les cités entrent dans la perspective d’un front uni contre le pouvoir affaibli. C’est le gourou de Nuit debout, Frédéric Lordon, qui a assuré dernièrement : "Nous ne sommes pas là pour être amis avec tout le monde et nous n’apportons pas la paix. Nous n’avons aucun projet d’unanimité démocratique". Ce mercredi, la contre-manifestation organisée par le collectif "Urgence, notre police assassine" a été annulée par la préfecture. Amal Bentounsi, sa fondatrice, s’en insurge : "Les violences policières ne viennent pas d’être inventées. Les quartiers ont servi de laboratoire à ce qui est étendu aux manifestants aujourd’hui". La guerre civile est déjà dans les esprits des islamo-gauchistes et de leurs collaborateurs, qui se disent en légitime défense face à la police criminelle. Cette même police est applaudie par une majorité de Français, pour sa vaillance lors des derniers attentats islamistes.

(1) Editions Pierre-Guillaume de Roux

Paru sur blog.lefigaro.fr/rioufol
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La politique étrangère de Donald Trump

Entre l'interventionnisme affiché d'Hillary Clinton et le programme économique guerrier de Donald Trump, la France et l'Europe risquent-ils de pâtir de l'accession au pouvoir de l'un ou l'autre de ces deux candidats ? Si oui, sur quels domaines les conséquences de l'élection de l'un ou l'autre pourraient être négatives ?
La question de la paix en Europe est fondamentale. Elle dépend d'abord des relations de l'Europe occidentale avec la Russie. La politique américaine, spécialement celle d'Obama, a tendu à mettre en œuvre le programme défini par Zbignew Brezinski dès 1997 : enfoncer un coin entre l'Europe et la Russie, les empêcher de faire bloc pour que l'Amérique ne soit pas isolée. Inutile de dire que les Européens se sont jetés tête baissée dans le piège, en particulier en appliquant les sanctions à la Russie (alors que le commerce russo-américain est en expansion !). Les événements de la place Maidan qui furent, à l'évidence, un coup monté par Washington, comme l'a justement dit Valéry Giscard d'Estaing, ont entrainé une situation de guerre en Ukraine et une grande tension dans toute l'Europe de l'Est. Hillary Clinton ne propose rien d'autre que la continuation, voire l'aggravation de cette tension. C'est très dangereux.
Trump a prononcé il y a quelques jours un important discours de politique étrangère, démontrant qu'il maîtrise désormais le sujet. Il propose de tendre la main à Poutine pour essayer de trouver un terrain d'entente avec lui, sans lui faire naturellement de cadeau. On peut craindre que cette entente ne se fasse sur le dos des Européens, surtout si on prend en compte la forte personnalité de l'un et de l'autre qui contraste cruellement avec l'inconsistance de la plupart des dirigeants européens actuels. Mais qu'importe : l'enjeu de la guerre et de la paix est le plus important. A nous de nous défendre par ailleurs.
Trump veut faire contribuer davantage les Européens (et les Japonais) à leur défense. Je rappelle qu'on dit cela depuis trente ans sans résultat. Mais il offre une porte de sortie : si vous ne voulez pas payer (2 % du PIB lui paraît un minimum, et il a raison), vous vous débrouillerez seuls. Je dirai : et pourquoi pas ? Il est clair en effet qu'il y a un lien direct entre la subordination des Européens au sein l'OTAN et leur refus de payer pour leur défense ; ce lien est précisément ce que le général de Gaulle avait mis en avant en 1966 : un pays qui n'est pas indépendant ne veut plus payer pour une défense qui a cessé d'être la sienne, devenant inutile à ses alliés mêmes.
Je ne vois non plus rien de négatif quand Trump annonce la fin de la négociation du TAFTA qui n'est pas, selon lui, dans l'intérêt des Américains, mais qui n'est pas forcément non plus, à mon sens, dans celui des Européens. Pas davantage on ne saurait s'offusquer de son éloge de l'Etat nation qui lui semble la seule réalité solide dans la sphère internationale : ça ne fait pas plaisir à Bruxelles, mais ce ne sont pas des idées très différentes de celle du général de Gaulle et en plus, c'est vrai. .
Il met par ailleurs l'accent sur la lutte contre l'islamisme et la maîtrise de l'immigration. Là aussi, qui pourrait s'en plaindre en Europe ? Il dit que Hillary Clinton est, elle, partisane de l'accueil des réfugiés et, par là, dangereuse, ce qui est peut-être vrai mais peut être aussi tenu pur un propos électoral. Sur ces deux chapitres, il taxe de faiblesse Obama. Mais il ne va pas assez loin : non seulement la politique étrangère des Etats-Unis sous Obama - et même sous ses prédécesseurs - a été faible vis à vis de ce que les Américains appellent ISIS (en arabe Daesh) mais Trump ne dit pas qu'elle a même tendu à le promouvoir : les Etats-Unis ont fourni des armes à Daesh. Encore, ces derniers jours les Etats-Unis ont envoyé des armes sinon à Daesh, du moins à d'autres groupes islamistes de la même eau. Si Trump avait voulu faire une critique radicale de ses prédécesseurs, il aurait dû dire qu' ISIS est une créature des Etats-Unis.
Pour parler brutalement la politique américaine était jusqu'ici une alliance de fait avec l'islamisme contre la Russie (Afghanistan, Tchétchénie, Bosnie, Syrie) et tant pis pour les dommages collatéraux infligés aux Européens ; tandis que Trump propose quelque chose comme une alliance avec les Russes contre les islamistes. Dès lors qu'il annonce une politique claire fondée non sur des idéaux prétendus universels (en réalité fondée sur idéologie), mais sur des intérêts partagés entre les Etats-Unis et leurs alliés, on ne peut que s'en réjouir... s'il tient parole. Les idéaux ne se prêtent à aucun compromis et conduisent à se mêler des affaires de la terre entière - et en définitive à mettre le feu partout. Les intérêts sont nécessairement circonscrits et se prêtent au compromis. Une politique des intérêts est finalement beaucoup plus morale qu'une politique d'idéaux.
S'il y a quelque chose à redouter de la part de Trump, ce ne sont pas ses idées mais la force de sa personnalité qui laisse craindre que sur les sujets, notamment économiques, qu'il considérera être d'un intérêt vital pour les Etats-Unis, il ne sera pas un interlocuteur facile.
J'ajouterai que la force de l'appareil washingtonien est telle qu'il n'est pas exclu que, malgré ses intentions affichées , il ne soit conduit à revenir à un impérialisme classique de type néoconservateur car il est possible qu'on ne lui laisse pas le choix. Ce sera là probablement l'orientation du Sénat.
Qu'est-ce qui différencie fondamentalement les programmes de M. Trump et Mme Clinton dans leur vision des relations entre les Etats-Unis et l'Europe ?
Tous les candidats pensent que le Etats-Unis doivent rester au premier rang et, n'en déplaise à la réputation d'isolationnisme qu'on lui fait, Trump n'envisage nullement de se détourner des affaires du monde. Simplement, il interviendra avec beaucoup plus de prudence et c'est très bien comme ça.
Ceci dit, les différences entre Trump et Clinton sont nombreuses, non seulement vis à vis de l'Europe mais vis à vis du reste du monde :
- Trump veut trouver un modus vivendi avec la Russie, alors que Hillary Clinton n'en parle pas et veut sans doute continuer la politique d'isolement voire d'agressivité à l'égard de la Russie.
- Trump connait d'abord les Etats nationaux ; Clinton, par sa culture privilégie le multilatéral, au moins pour les autres pays que les Etats-Unis : Union européenne et l'OTAN.
- Trump voudra que les Européens contribuent davantage à leur défense : leur laissera-t-il pour autant plus d'autonomie ? Il semble laisser l'option du retrait de l'OTAN ouverte alors que jusqu'ici, les Américains diabolisaient tous ceux qui, en Europe, voulaient sortir ; mais il n'est pas sûr qu'il tiendra cette ligne.
- Hillary Clinton maintient que la politique des Etats-Unis doit été conditionnée par la propagation d'idéaux universels, auxquels les Européens doivent être naturellement associés sans qu'on leur laisse le choix. Trump parle d'intérêts partagés, laissant entendre que tous les intérêts ne sont pas communs, ce qui est après tout assez sain.
- Le protectionnisme de Trump gênera plus l'Allemagne qui exporte plus aux Etats-Unis que la France. Clinton est, elle, favorable au Traité transatlantique dont Berlin a plus à attendre, semble-t-il, que Paris.
- Sur un sujet qui nous éloigne de l'Europe mais la concerne au premier chef par ses effets : terrorisme, migrations, Trump critique de manière impitoyable la politique américaine au Proche-Orient de ces dernières années, non seulement celle des Démocrates mais aussi celle des Républicains, qui a conduit à de nombreuses interventions armées ou actions de déstabilisation pour y répandre la démocratie ( la position de néoconservateurs) ; il dit ce que la majorité des Européens pense : que ces interventions n'ont abouti qu'à des dépenses inutiles et à des destructions considérables. Au contraire, Clinton a été plus que quiconque associée à cette politique, même au temps de Bush dont elle a approuvé les entreprises militaires (Irak, Afghanistan);
- Trump est contre l'immigration incontrôlée aux Etats-Unis et, s'il est logique, en Europe aussi alors que Hillary Clinton est favorable à l'accueil des immigrés par les Européens. On peut même dire que le gouvernement Obama a poussé de toutes ses forces pour faire entrer des réfugiés en Europe, dans le cadre de promotion délibérée du multiculturalisme et peut-être pour affaiblir le vieux continent.
Hillary Clinton n'a pas hésité à souvent tenir des propos durs à l'égard de la Russie et de son président Vladimir Poutine. Elle défend également une diplomatie particulièrement offensive à leur égard. De son côté, Donald Trump est plutôt sur une ligne d'apaisement des relations américano-russes. Laquelle de ces deux politiques aurait un effet le plus positif sur les intérêts français et européens ?
Evidemment la seconde ligne est meilleure pour nous. L'Europe n'a rien gagner à un affrontement avec la Russie et, au contraire, des perspectives de coopération considérables en cas d'apaisement.
De manière très cynique, les idéologues d'Outre-Atlantique qui prônent une politique agressive vis à vis de la Russie disent que leur but est d'isoler la Russie mais aussi d'affaiblir l'Europe occidentale. Pour ce qui est d'isoler la Russie, ce n'est pas franchement une réussite : elle s'est rapprochée de la Chine et de l'Inde, mais aussi de l'Iran, du Brésil, comme jamais auparavant.
Il peut venir un jour où la Russie sera si forte qu'elle portera ombrage à l'Europe occidentale, mais nous en sommes loin. Pour le moment, c'est l'Empire américain qui pèse de manière très lourde sur les pays de l'Europe occidentale jusqu'à leur donner le sentiment qu'ils ne sont plus indépendants.
Dans des décisions capitales comme le fait de forcer la Grèce à rester dans l'euro ou encore d'accueillir un million de réfugiés ou assimilés, Obama a pesé très lourd, de manière discrète mais effective, notamment en s'appuyant sur Merkel dont on peut se demander si elle est autre chose qu'un relais passif de la volonté américaine.
Si l'Europe, dans la perspective d'une élection de Trump, a le loisir de s'ouvrir à la Russie, il est clair que cet étau sera desserré. Ce serait une vision très étroite des intérêts des Etats-Unis que de penser qu'ils n'ont pas intérêt à la détente. Trump semble revenir à une vision plus traditionnelle des intérêts américains (celle qui a inspiré par exemple le plan Marshall), à l'idée que la promotion des intérêts américains ne passe pas nécessairement par l'affaiblissement de leurs alliés ou partenaires. Cette idée folle qu'il fallait, pour rester fort, affaiblir même ses alliés de toujours, Royaume-Uni compris, inspirée par les idéologues "néo-cons", a prévalu au cours de ces dernières années, aussi bien avec les Démocrates qu'avec les Républicains et elle est aujourd'hui profondément ancrée dans le milieu washingtonien. C'est pourquoi les prises de position de Trump y font grincer les dents. Mais ce sont pourtant les plus raisonnables.
Entretien avec Atlantico, paru sur roland.hureaux.over-blog.com, mai 2016
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Un régime à bout de souffle
 
Le mouvement Nuit debout qui est né de l’opposition, à gauche, à la loi El Khomri "et à son monde" a donné lieu à de multiples commentaires et analyses. La plupart, assez attendus : la presse de gauche y voyant une sympathique réaction populaire face à un gouvernement socialiste qui exaspère sa base, prémices, espère-t-elle, d’un Podemos à la française ; celle de droite, surtout après l’exclusion musclée d’Alain Finkielkraut, n’y discernant rien d’autre que l’extrême gauche révolutionnaire, sectaire et même violente qui rêve toujours du "grand soir".

Le contact, place de la République, laisse une impression curieuse avec beaucoup de petites gens qui cherchent à s’accrocher à quelque chose de tangible, une solidarité visible avec de la nourriture récupérée d’invendus, mais aussi ici ou là un discours méchamment anti-policier, anti-système et les inévitables "commissions" : "féministes radicales", LGBT, "Palestine libre", antispéciste…
Tout cela ne recoupe guère les idées que nous défendons ici, mais je crois que l’on aurait tort d’évacuer Nuit debout comme un simple épiphénomène sans intérêt de l’extrême gauche et de ne pas essayer de comprendre ce que ce mouvement révèle de la crise profonde de notre système démocratique représentatif. Car si ces personnes essaient ainsi de retrouver une capacité d’initiative politique, de réinvestir la chose publique en disant que la politique est l’affaire de tous, c’est bien qu’elles ne se sentent plus du tout représentées par la classe politique, le gouvernement, les députés ou au niveau des différentes instances locales. Et n’oublions pas que c’est ce même sentiment d’être ignoré et méprisé par leurs dirigeants qui avait poussé des millions de Français à manifester avec LMPT des mois durant contre le "mariage pour tous".

Bref, le symptôme est assez simple à comprendre et il est fort inquiétant : de plus en plus de Français ne se sentent plus représentés, la démocratie a été vidée de sa substance pour n’être plus qu’un système qui tourne en rond et dont vit une petite minorité de professionnels – politiques, journalistes qui apparaissent tous plus ou moins liés aux puissances d’argent qui possèdent les grands médias et financent les partis. C’est donc bien le fonctionnement même de notre démocratie qui est visé ici, question dont on admettra sans peine qu’elle n’est pas sans importance.

Parmi des discours abracadabrants, on peut aussi entendre à Nuit debout des propos qui pointent de vrais problèmes : la remise en cause du traité TAFTA entre l’UE et les États-Unis, la critique du mondialisme libéral avec son cortège de délocalisations, et même la vision technocratique de l’Europe… Ils ne sont pas les seuls à avoir compris que, malgré le rouleau compresseur de la propagande, l’UE, telle qu’elle se construit depuis trois décennies, n’était pas la solution mais bien l’un de nos problèmes. Qui croit encore, comme l’affirment nos principaux politiques, que nos remèdes résident dans toujours plus d’intégration européenne, quand l’UE, entité ouverte aux quatre vents, apparaît incapable de défendre ses peuples qui se sentent dépossédés de toute souveraineté, le pouvoir européen étant lointain et anonyme, bref tout sauf démocratique ?

Le problème du multiculturalisme
Il est cependant un point sur lequel Nuit debout demeure prisonnier de l’idéologie de l’extrême gauche, c’est celui du multiculturalisme. Sa critique du mondialisme libéral ou de l’UE se heurte à un véritable tabou à gauche, Mathieu Bock-Côté l’explique dans un essai aussi vif que pertinent : "critiquer le multiculturalisme en l’accusant de déconstruire le substrat culturel et identitaire d’une nation ne semble pas toléré dans un espace politique reformaté à partir de la gauche idéologique" (1). Nuit debout ne se distingue guère ici de toute la gauche qui en est toujours à croire à un égalitarisme qui fait de tous les hommes des êtres interchangeables, les notions de culture, d’histoire, de mémoire n’étant pour elle que des aspects secondaires de la personne, des aspects qu’il faut même combattre au prétexte qu’ils entraveraient la liberté de l’homme, alors qu’un individu ainsi désincarné est livré nu et désarmé dans un monde qui lui est étranger ; cette haine de soi se double d’un attrait inconditionnel de l’Autre pourvu de toutes les vertus. Aussi cette gauche milite-t-elle pour une immigration sans limite – l’islam n’est pas un problème – et, en dédaignant ce qui constitue l’humain dans son enracinement national et culturel, est-elle en pointe dans le mouvement de destruction des nations : mais ni la gauche ni même la plupart à droite n’ont réalisé que la destruction des nations – l’atteinte à leur souveraineté et leur identité – brisait le seul cadre empiriquement connu d’un juste fonctionnement de la démocratie. Celle-ci a besoin de s’incarner dans des réalités charnelles, celle de la patrie d’abord, mais aussi, en descendant par cercles concentriques, à de plus petites échelles pour être au niveau de la vie concrète des gens.

Si notre classe politico-médiatique n’était pas aussi aveuglée par sa propre idéologie, elle pourrait s’interroger sur ce qui devrait être l’un des grands défis politiques de l’avenir : recréer une véritable démocratie participative à l’échelle nationale, instaurer une démocratie directe laissée à l’initiative populaire, avec un ré-enracinement local plus poussé, réinventer des circuits économiques courts favorisant les régions… Les Français ne manqueraient pas d’idées, encore faudrait-il vouloir les écouter et pouvoir en débattre…

(1) Mathieu Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique, Cerf, 2016, 368 pages, 24 €, p. 307

Editorial paru sur www.lanef.net, mai 2016
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Point sur l’économie américaine et conséquences pour les élections à venir
 
Comme beaucoup d’entre vous, je lis avec beaucoup d’intérêt les commentaires faits par d’éminents spécialistes des Etats-Unis sur la situation économique outre- Atlantique. Et curieusement, je ne reconnais pas dans leurs diagnostics la réalité que je constate de mon côté.
Pour résumer, l’on me dit que la croissance quoique inférieure à la normale y est satisfaisante, que le taux de chômage est au plus bas, que les affaires vont bien et que Wall-Street est proche de ses plus hauts historiques et que sais-je encore…
Curieusement, ce n’est pas du tout la vision que j’en ai et pour m’expliquer, je vais me servir de quelques graphiques, en partant du principe Napoléonien qu’un croquis vaut mieux que cent discours.
 
Commençons par la croissance économique et bâtissons un petit indice qui réunit la production industrielle et le PIB du secteur privé, puisque je cherche à comprendre si le secteur privé a créé ou non de la valeur depuis quelques temps. La production industrielle représente la moitié de cet indice et la partie de l’économie qui produit des biens (du type voitures, ordinateurs ou frigidaires), tandis que dans le PIB du secteur privé (qui comprend la production industrielle) on retrouve surtout les services, depuis le restaurant de quartier jusqu’à Microsoft.
Regardons l’évolution historique de mon indice.


 
   
 
 
Jamais cet indice n’est tombé en dessous de zéro sans que nous ayons une récession. Mon indice est à zéro, ce qui revient à dire que les Etats- Unis sont au bord de la récession et que l’activité économique a sèchement baissé depuis la fin de l’année dernière. Voilà qui ne semble pas être conforme au discours officiel.
 
Analysons une deuxième variable dont tous mes lecteurs savent qu’elle est très importante et je veux parler des profits des sociétés, cotées ou non cotées, telles qu’ils apparaissent dans les statistiques de la comptabilité nationale américaine.



 
 
 
   
Comme le lecteur peut le voir, chaque fois que les profits ont été en baisse sur les deux années précédentes, (graphique hachuré en rose), nous avons eu une récession, à une exception près, en 1986, où nous avions eu à la place un effondrement des prix du pétrole, des taux d’intérêts et du dollar. Quand on voit que Wall-Street est au plus haut alors que les profits baissent depuis deux ans, on se tapote le menton…
 
Venons-en à l’emploi et regardons non pas les statistiques du chômage, dont tout le monde sait qu’elles peuvent être facilement manipulées en changeant une définition ici ou là (sauf en France, bien entendu où règne une République vertueuse) et regardons plutôt quelle part de la population travaille en pourcentage de ceux qui pourraient travailler.
Voici le graphique.


 
   
 
 
Et donc on se rend compte que le chômage a "soi-disant baissé", mais que le pourcentage d’Américains en âge de travailler -et travaillant- est à un plus bas depuis…1978.
Merveilleuse illusion !
Et la conséquence inéluctable de ce non travail est visible dans le graphique suivant : Plus de la moitié de la population a vu son niveau de vie baisser année après année et ce depuis près de 15 ans. Inutile à ce point de souligner qu’une nouvelle récession ferait baisser à nouveau ce revenu médian
.


 
 
 
   
Le revenu médian ajusté pour l’inflation est donc 53 657 dollars par ménage, en baisse de plus de 7.5 % depuis 2000, ce qui veut dire que la moitié de la population a un revenu inférieur à ce chiffre et que tous ces gens ont également vu baisser leurs niveaux de vie depuis bientôt 15 ans.
Car ce revenu médian baisse depuis 2002 (date ou les banques centrales ont commencé leur folies), pour se retrouver à un niveau légèrement supérieur à ce qu’il était en … 1990.
Un quart de siècle de baisse du revenu médian, cela ne s’était jamais produit dans l’histoire des USA, même pendant la grande dépression.
 
On ne peut que féliciter les hommes politiques et les banquiers centraux aux USA…
Conclusion : Etonnez-vous que monsieur Trump soit populaire ! La classe dirigeante depuis des lustres suit une politique qui favorise la ploutocratie aux USA, comme je n’ai cessé de le dire.
Monsieur Trump a parfaitement vu, non pas ou était le problème, cela seul l’avenir le dira, mais beaucoup plus simplement que l’Américain de base était fou furieux parce qu’il travaillait de plus en plus et gagnait de moins en moins, ce qui est bien normal. Et monsieur Trump capitalise sur ce mécontentement, d’où son énorme succès. Il a eu le courage de dire le Roi est nu, et il a été le seul.
Madame Clinton, dont il n’est pas certain qu’elle sera candidate, quant à elle représente la ploutocratie triomphante qui trait les USA à son profit depuis vingt ans au moins aux USA et n’en fait aucun mystère.
Elle n’a bien entendu rien compris à cette vague de fond, qui risquerait de se transformer en Tsunami si une récession se manifestait de façon évidente avant les élections de Novembre.
Elle essaie encore et toujours de faire ce qu’il est convenu d’appeler de la "triangulation" électorale, concept inventé par son mari : on s’appuie sur les minorités, les femmes et les "intellectuels" pour obtenir une majorité. L’ennui est que les noirs aux USA ont vu leur niveau de vie baisser comme jamais pendant la Présidence Obama, que les femmes ne lui font pas confiance puisqu’elle a toujours soutenu un mari à la réputation douteuse, et enfin les intellectuels préfèrent l’autre candidat démocrate.
 
La parole reviendra au peuple Américain, in fine, mais pour une fois ils auront le choix entre un candidat libre et un candidat aux ordres. .
Car pour la première fois depuis Reagan, chez les Républicains, ce ne sont pas les élites qui auront sélectionné les candidats grâce à l’argent qu’elles mettaient en jeu, mais un candidat autonome à qui sa campagne a couté très peu d’argent, ce qui est une grande nouveauté.
 
Peut-être sera-t-il un désastre s’il est élu, mais pour une fois un ploutocrate ne devra pas son élection à la ploutocratie, ce qui n’est pas le cas de madame Clinton.

Paru sur institutdeslibertes.org, 9 mai 2016
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Des nouveaux manuels scolaires
 
Entretien à propos des nouveaux manuels scolaires, publié dans le 
Figaro du 4 mai 2016. Propos recueillis par Vincent Tremolet de Villers.
 
Que vous inspire la lecture des manuels intégrant les dernières réformes scolaires ?
Comme de nombreux enseignants, je découvre les manuels diffusés par les éditeurs pour la rentrée prochaine. C’est toujours douloureux de voir un naufrage, même quand on pouvait le prévoir… Pendant des mois, la réforme du collège a été rendue volontairement compliquée par les experts qui l’ont écrite, sans aucune concertation, dans ces sigles ésotériques que le ministère produit si bien. Ce n’est donc que maintenant que, d’un seul coup, cette réforme devient concrète à travers les manuels scolaires, et le grand public découvre la tragédie au moment où elle se réalise. Car c’est bien d’une tragédie qu’il s’agit, d’un appauvrissement sans précédent… Par exemple, chaque "séquence" conduit désormais à l’impératif d’une production utilitaire – cette obsession étant déclinée jusqu’à l’absurde. Les sciences humaines servent à écrire un journal de classe et à "mobiliser son collège contre la faim dans le monde". L’histoire se déroule par activités d’équipes, ou par tâches à mener : "je construis des hypothèses, je m’exprime, j’enquête…" L’enseignement scientifique aboutit à comprendre une actualité people datée et morbide, en mesurant l’intensité du courant qui a traversé Claude François électrocuté dans sa baignoire. La littérature sert à réaliser une affiche contre les discriminations, à produire le clip d’une chanson de Renaud, ou à écrire une lettre de rupture à sa copine à partir d’un texto dysorthographique…
 
Votre réaction n’est-elle pas élitiste ? Ne faut-il pas prendre les élèves là où ils en sont, c’est-à-dire au langage texto ?
Tout le pari de l’éducation consiste à savoir qu’un élève possède des capacités qu’il ne se connaît pas encore, et à lui donner l’occasion de les accomplir. Et pour cela, l’école peut offrir à chacun d’entre eux un chemin singulier, différent de son horizon ordinaire – un chemin d’évasion qui les fasse sortir de l’immédiateté du quotidien, qui les élève. Ce chemin, c’est la culture, sous toutes ses formes. Tous les enseignants se sont engagés pour cela : nous savons que nos élèves méritent le meilleur – et d’abord ceux qui sont aujourd’hui les plus défavorisés. Et nous savons que, si on sait avancer progressivement avec eux, ils vibrent infiniment plus quand on les entraîne vers les grands textes, dans l’aventure scientifique, dans des apprentissages stimulants, que quand on prétend leur parler de leur quotidien – que par définition ils connaissent déjà. L’école qui fait grandir, c’est celle où on découvre chaque jour du nouveau, et où l’on se découvre avec émerveillement capable d’une parole nouvelle – et non celle qui prétend supprimer l’ennui en se penchant vers les élèves avec condescendance, en croyant parler leur langage. L’école qui a du sens, c’est celle qui leur permet de rencontrer Ulysse et Pénélope, Chimène et Rodrigue, Cyrano et Roxane – pas celle qui donne comme sujet de littérature : "Cc c mwa, jcroi kon devré fer 1 brek." Il y a d’immenses talents dans nos classes, partout ! Et c’est à ce niveau-là qu’il faudrait les rejoindre si nous voulons leur parler ? Mais qu’on arrête de mépriser nos élèves ! Cette réforme du collège, c’est une violence néocoloniale ; c’est l’institution descendant vers les jeunes en leur disant : "Toi comprendre moi ? Ecole pas être trop difficile pour toi ? Toi être content maintenant ?" Quand nous prétendons leur apprendre à utiliser des Ipad ou à faire des bonnes vannes, quand les manuels de français citent du rap en espérant "avoir le swag", nos élèves comprennent parfaitement qu’on les prend pour des imbéciles. Et ils auront raison de nous en vouloir de les avoir réduits à cela.
 
Un éditeur a déjà présenté ses excuses pour l’un de ces exercices controversés. Comment expliquez-vous qu’on en arrive à de telles difficultés ?
Pour coller à son calendrier de communication, à un an des présidentielles, la ministre a décidé de changer tous les programmes en même temps, du primaire à la fin du collège ; jusque là on déployait les réformes année par année, pour garantir la cohérence de la scolarité de chaque élève. C’est la première fois dans l’histoire que le ministère impose de changer la totalité des enseignements à la rentrée, et donc de changer tous les manuels, pour se conformer à des programmes qu’il a publiés il y a quatre mois seulement… C’est dire le climat d’improvisation complète dans lequel les éditeurs ont travaillé. L’éducation prend du temps, elle devrait mériter mieux que cette précipitation électoraliste et idéologique. Sans compter que ce changement brutal représente maintenant une dépense de 780 millions d’euros (1) – une somme énorme, simplement pour acheter des manuels scolaires bâclés, et fondés sur une réforme absurde.
 
Le gouvernement achève deux jours consacrés à l’école. Sur le sujet, quel bilan tirez-vous de la mandature Hollande ?
Deux jours d’autocélébration indécents, alors que l’éducation nationale traverse une crise profonde… La gauche a amplifié cette crise, en persévérant dans la déconstruction de l’enseignement, dont la réforme du collège marque une étape supplémentaire. Dans un climat de mensonge permanent, le gouvernement a sacrifié tous les élèves, les plus avancés et les plus faibles ; il a détruit ce qui fonctionnait encore, les classes bilangues comme les réseaux d’aide aux élèves en difficulté. Il a méprisé les enseignants, les familles, en imposant les rythmes scolaires ou la réforme du collège sans dialogue, dans un vrai climat de coercition. Il a appauvri comme jamais la transmission de la culture, en supprimant les langues anciennes, en remplaçant des heures de cours par des activités productives, au nom d’un utilitarisme qui la rapproche d’ailleurs des vieux démons de la droite. François Hollande déclarait lundi, en ouvrant ces journées sur l’école : "Il faut mettre le système éducatif au service de l’économie." Est-ce vraiment là sa fonction ? La réduction de la culture aux calculs de rentabilité ne peut rien servir, au contraire… Nous en payons déjà le prix. Au moins ce quinquennat aura-t-il peut-être permis une prise de conscience : ce n’est que sur une authentique refondation de l’école dans sa mission essentielle, la transmission du savoir, que nous pourrons préparer l’avenir de notre pays, en servant l’accomplissement de chacun de nos élèves.

(1) Chiffres communiqués par le Syndicat National de l’Edition : le remplacement des manuels de primaire est estimé à 300 millions d’euros, et à 480 millions pour le secondaire. (Source SNE)

Paru sur www.fxbellamy.fr/blog
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Tout commence en mystique et tout finit en politique…

Ce n’est pas parce que le pape est "infaillible" qu’il a toujours tort. Quand il affirme ainsi au journal La Croix qu’un pays doit être laïc, mais qu’en matière de laïcité, la France souvent "exagère", le propos ne paraît ni faux ni… exagéré.
On se souvient des querelles folles autour d’une crèche de Noël dans une mairie. Nos farouches laïcards n’ont jamais bien compris que la fameuse loi de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat était une arme pour abattre le cléricalisme, pas pour détruire le christianisme. Beaucoup d’entre eux croient que la laïcité a "éteint dans le ciel des étoiles qui ne se rallumeraient plus", selon le mot terrible du socialiste Viviani.
On confond trop souvent en France laïcité et sécularisation, laïcité et athéisme, laïcité et déchristianisation. On est capable de se quereller pour des repas sans porc à la cantine des écoles ou la longueur d’une jupe de collégienne. Souvent, en France, au nom de la laïcité, on exagère. C’est ce que pense le pape. C’est ce que pense aussi le président Obama, qui nous avait tancés au moment de la loi interdisant le voile intégral dans la rue. Le monde ne comprend rien à la laïcité à la française.
En France aussi, certains (Sarkozy et d’autres) ont plaidé pour une laïcité "ouverte", "positive" ; une laïcité qui ne confinerait pas l’expression de sa foi dans le privé. Dans un monde idéal, une laïcité ouverte serait mieux qu’une laïcité fermée. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal. Le pape semble l’ignorer, mais les Français, eux, le savent. La France est un très vieux pays, qui a connu beaucoup de guerres civiles et surtout qui n’a pas oublié ses guerres de religion. Pas oublié la Saint-Barthélemy et le sac des églises par les protestants. Pas oublié les dragonnades. Pas oublié que les catholiques firent venir les troupes espagnoles tandis que les protestants recevaient l’aide des lansquenets allemands et des bateaux anglais.
Les Français savent que tout commence en mystique et que tout finit en politique. Les Français savent qu’il n’y a pas plus politique que la religion. Et l’homme est ainsi fait que, lorsqu’il se débarrasse des religions révélées, il en invente d’autres, encore plus meurtrières, communisme ou nazisme. Les Français ont bien compris que les vêtements, voiles ou djellabas, portés de manière ostentatoire dans la rue n’étaient pas seulement une manifestation de sa foi, mais une manière d’imprimer sa marque sur les rues, les quartiers. De faire honte à ceux qui ne les portaient pas. De faire pression sur leur liberté de pensée. De coloniser un territoire. De se l’approprier. Comme les fidèles qui prient dans la rue alors qu’il y a de la place dans la mosquée. "Tout est politique", clamait-on en mai 1968. Même et surtout Dieu.
Ce n’est pas parce que le pape est "infaillible" qu’il a toujours raison.

Paru dans Le Figaro Magazine, 20 mai 2016
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Au tour du Brésil !

Pour l’homme de la rue au Brésil, accuser un homme politique de corruption, ce serait un peu comme reprocher à un joueur de football d’user de ses membres inférieurs… Aussi, le procès qui est attenté à Dilma Rousseff, malgré l’accent moral que veulent lui donner une certaine justice d’opérette et une presse de caniveau relayée complaisamment à l’international, ne peut-il que faire sourire – certes de plus en plus désespéramment, notre Brésilien ordinaire. On peut faire beaucoup de reproches à Madame Rousseff, et même à certains égards, celui d’illustrer assez bien le bon mot de Françoise Giroud (1), mais certainement pas celui d’avoir décroché le pompon de la corruption. Pour démonstration parmi tant d’autres : celui qui, depuis le début de l’affaire en décembre dernier, s’était fait l’accusateur acharné de la présidente en vue de sa destitution, le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, vient d’être suspendu de ses fonctions par un juge du Suprême Tribunal Fédéral pour… corruption.
 
Ce n’est donc pas dans un simulacre de procès de la sorte qu’il faut chercher les raisons de cet empressement à décider de l’impeachment de la présidente. Durant les mois qui l’ont précédé, dans les discours politiques, dans la presse, plus particulièrement la TV GLOBO - ce que l’on peut faire de pire en matière de vulgarité et de décérébration, curieusement il était fait  sans cesse référence au jugement du "grand frère" américain, comme si se mettait en place une sorte de recours "bienveillant"… Le chevalier blanc en était un petit juge téléguidé qui n’a pas hésité à recourir à des moyens illégaux  pour précipiter le processus, le plus spectaculaire ayant été la tentative d’arrestation de l’ex-président Lula alors que ce dernier était en transit dans un aéroport du pays. Arrestation à laquelle s’est opposé le chef d’état-major de l‘Armée de l’Air – au Brésil ce sont les militaires qui assurent la sécurité aérienne. Car, à travers Dilma Rousseff, maillon faible, c’est Lula qui est visé, lui dont on sait bien que s’il se représente aux prochaines élections, il garde toutes les chances d’être réélu. Or ce n’est ni le plan de l’empire – Hillary Clinton n’a pas fait mystère de ses intentions sur l’Amérique latine, plus particulièrement le Brésil et l’Argentine - ni celui d’une certaine partie de la bourgeoisie brésilienne, plus encline à abandonner PETROBRAS à des financiers étrangers qu’à en partager les dividendes au sein de la communauté nationale.
 
Comme on a pu le voir à travers les premières nominations auxquelles a procédé le nouveau président, au poste de ministre des affaires étrangères et à celui de gouverneur de la banque centrale, les choses sont allées très vite. Autant de gages à l’empire qui profite du chaos politico-économique ambiant – ce en quoi l’inconséquence de la classe politique brésilienne dans son ensemble l’a bien aidé, mais au moins cette fois-ci a-t-il pu faire, jusque-là, l’économie d’une déstabilisation par la violence ! – pour frapper vite et fort. Il ne faut pas perdre de temps. Il n’y a que les six mois d’impeachment pour dépouiller le plus possible le Brésil, "suggérer" des transferts de capitaux et peut-être même lui proposer de mettre son or "en sécurité" dans les caves de l’Oncle Sam, comme on l’avait fait à l’Ukraine dans les jours qui ont précédé l’insurrection "démocratique" de Maïdan ? C’est que Mammon a soif, on ne peut plus jouer sur le taux directeur à la réserve fédérale américaine et la récession s’annonce inéluctable… Alors l’aigle impérial n’est plus qu’un charognard !  C’était au tour du Brésil. Peut-être bientôt celui du Vénézuela, on dit que Washington est tellement inquiet pour lui ? Par ailleurs, autre raison d’aller vite, sur le plan intérieur il y a la menace Trump qui se profile et qui inquiète la CIA et les néo-conservateurs…
 
Il y avait déjà longtemps que tout ce beau monde, l’ambassadrice des Etats-Unis en tête, œuvrait dans les coulisses du scandale de la PETROBRAS. La récente décision, annoncée par le ministre brésilien du commerce extérieur, de permettre à l’Iran de payer ses commandes en euros ou tout autre monnaie que le dollar, aura été le catalyseur du coup de force – pour ne pas dire coup d’Etat. On risque maintenant de voir le Brésil prendre ses distances avec les BRIC, un moyen d’affaiblir indirectement la position de Vladimir Poutine. Comme l’a brillamment exprimé le sénateur Roberto Requiao dans un discours devant ses pairs dont bon nombre baissaient la tête – discours qui devrait rester dans les annales de la démocratie brésilienne, par cet impeachment les responsables politiques ont livré le Brésil aux puissances étrangères. Dommage pour un des rares - peut-être le seul pays au monde dont les richesses naturelles pourraient permettre jusqu’à l’autarcie ! Il n’y a plus que le peuple qui pourra lui faire recouvrer son indépendance, si on ne lui vole pas d’une manière ou d’une autre son expression lors des prochaines élections.
 
(1) "La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente" 
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Pourquoi Daech ?
 
La mutilation de Palmyre a conduit Paul Veyne, historien fin connaisseur de l’antiquité, à écrire et publier dans un délai record un petit livre (1) dont la lecture est du plus grand intérêt à bien des égards. Ce qui suit nous a été inspiré par deux pages de ce livre écrites pour répondre à la question : "Pourquoi, en août 2015, avoir détruit le temple de Baalshâmin ?" Ces deux pages amorcent en effet la réponse à une question beaucoup plus vaste : d’où vient l’islamisme radical, celui qui démolit, massacre, mais aussi restaure ou instaure des mœurs basées sur le machisme et l’intolérance ?
 
Pour Paul Veyne, c’est le désir d’un retour aux mœurs anciennes qui est le ressort de la violence djihadiste. "Partout dans le monde, les filles font des études, les femmes conduisent", constate-t-il, et pourquoi ? "Car la culture de l’Occident et ses mœurs s’étendent partout". Une forme de vie en société est menacée de disparition. Pour la préserver, une tentative de solution consiste à construire un État islamique là où ces règles de vie existent encore – un État coupant radicalement ses sujets de l’Occident tentateur.
La violence sert à opérer cette coupure. Elle est le refus du vivre-ensemble, et l’opération grâce à laquelle cette vie commune devient impossible. L’Occident possède une forte capacité d’absorption, d’assimilation des apports extérieurs, et aussi de conversion à ses manières d’être et de faire ; il faut donc se couper de lui en attaquant ce qui pour lui est sacré.
 
Les temples de Palmyre comme les Bouddhas afghans manifestaient la façon dont la culture occidentale parvient à faire sienne des chefs-d’œuvre qui ont une autre source que l’Europe. C’est notre ouverture d’esprit, notre aptitude à nous enrichir spirituellement, intellectuellement et économiquement de ce que d’autres ont découvert, qui fait de nous, aux yeux des intégristes musulmans, des hommes dangereux, qui doivent être dressés, soumis, ou éliminés.
Ce qui est en question n’est pas seulement le statut de la femme, si important soit-il pour ces intégristes. C’est aussi un ensemble de croyances liées à l’interprétation littérale de certains textes sacrés. C’est une manière d’être qui exclut le doute, la remise en question, cette curiosité intellectuelle qu’ont développé des civilisations comme celles de la Grèce antique et du peuple hébreux – deux des racines de l’Europe.
 
Le christianisme, à certaines périodes de son histoire, a été tenté de repousser cet esprit de recherche, la quête perpétuelle de progrès vers la vérité. L’Église a parfois cherché à stopper la marche, souvent laborieuse et difficile, vers une connaissance un peu moins imparfaite. La résistance aux travaux exégétiques et aux indications fournies par l’archéologie, au nom d’une lecture littérale des textes sacrés, a été forte. Ce fut en contradiction avec l’esprit non seulement du Nouveau Testament, mais aussi de l’Ancien, tous deux étant tournés vers l’évolution, la découverte, l’abandon de conceptions anciennes au profit d’une marche –souvent laborieuse et difficile– vers une connaissance un peu moins imparfaite.
Cet obscurantisme, toujours susceptible de renaître de ses cendres sous des formes nouvelles, ne triomphe pas, malgré la difficulté des remises en cause. La descendance d’Abraham continue à quitter, génération après génération, sa terre natale, c’est-à-dire le territoire confortable des certitudes figées.
 
L’islamisme est une des manifestations d’une volonté tournée vers la conservation de telles certitudes. Daech, c’est Abraham qui aurait décidé de rester à Ur, de refuser la vie d’errance qui est la condition humaine. Ce désir de sédentarisation est compréhensible : on sait ce que l’on a ici, on ignore ce que le voyage apportera. Il y aura d’ailleurs à coup sûr du mauvais comme du bon, donc des choix à faire.
L’Islam a, par rapport au christianisme, au judaïsme, au confucianisme, une difficulté supplémentaire à accompagner ses adeptes dans le pèlerinage de la connaissance et de la vie : l’idée selon laquelle le Coran aurait été dicté par Dieu lui—même. Cette idée ne dispose évidemment pas à chercher, à douter, à reconnaître ses erreurs. Des idées analogues ont existé à propos de la Thora chez les Juifs, et de l’ensemble de la Bible chez les Chrétiens, mais elles ont régulièrement été repoussées. L’Esprit est toujours à l’œuvre, la Résurrection ne met pas un point final à l’Histoire sainte : tel est le message de la Pentecôte, et il a toujours fini par l’emporter sur les différentes tentations intégristes.
Mais la marche est fatigante. La violence de Daech exprime la tentation de stopper le mouvement, de poser son baluchon. C’est pourquoi de jeunes Occidentaux s’y rallient : plus besoin de chercher, tout est là, révélé ! Une telle certitude promet un grand confort intellectuel et existentiel.
 
Il serait sot de croire à cette promesse. Car l’homme est fondamentalement un nomade, en route vers un avenir inconnu. Il est fait pour marcher. Or, même si l’État islamique conquérait la terre entière, il n’est pas en son pouvoir de changer la nature humaine. Chaque fois que l’humanité, ou une fraction de l’humanité, se laisse enfermer dans Ur, un Abraham surgit, prend son bâton et entraîne sa famille sur les chemins de la vie.
(1) Palmyre, l’irremplaçable trésor. Albin Michel, décembre 2015.
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Verdun, leçons d’une polémique
 
La polémique de cette semaine autour du concert de Black M à Verdun –  puis son annulation finale –  me semble constituer un événement important dont il convient de tirer quelques leçons :
 
Le poids du conformisme idéologique dans la société médiatique demeure phénoménal.
J’ai beaucoup lu et écouté les commentaires de ces jours-ci. Partout strictement le même refrain, comme un mot d’ordre idéologique : la contestation envers le concert de rap aux cérémonies de Verdun procède d’une "réaction de l’extrême droite raciste" : RTL, Europe 1, France Inter, le Point, l’Obs, l’Express,les chaînes de télévision à l’unisson,
le Parisien… A l’exception du Figaro bien sûr, je n’ai trouvé qu’un son de cloche vraiment différent, une voix dissidente, critique, libre, venu d’un magazine connoté "gauche républicaine" : l’hebdomadaire Marianne à travers un superbe éditorial plein de bon sens et de courage. Merci à lui. (Jean-Baptiste Noé)
 
La dilatation du champ de "l’extrême droite" atteint un niveau sans précédent.
Est considéré comme "extrême droite", aujourd’hui, tout ce qui se différencie du discours normé et des standards de la mode médiatique. On en arrive à une situation absurde. Se déclarer indigné de la mise en vedette, à une cérémonie patriotique, de l’auteur ou l’interprète de paroles telles que "Il faut que les pédés périssent (sic)",  serait assimilé à une prise de position d’extrême droite. Le monde à l’envers…  Un jeu de miroir entre l’ensemble médiatique et le FN bat son plein : dans une telle polémique, les médias n’ont d’autre obsession que de jeter les projecteurs sur le parti lepéniste pour diaboliser la cause qu’ils veulent desservir. Au pris d’une extraordinaire manipulation, on tente de déplacer le débat sur le terrain du "racisme" alors qu’il porte sur la conception que chacun se fait du respect de la dignité, de l’histoire et de la mémoire. Il semblerait, au regard des insultes et invectives qui tombent, que l’on n'ait même pas le droit de s’interroger sur ce point.
 
La droite républicaine, en dehors de quelques individualités, est à côté de la plaque. 
Ses principaux ténors n’ont pas senti ou voulu sentir la gravité de l’enjeu sur le plan des valeurs et des symboles. Ils martelaient leur discours sur la libéralisation de l’économie tandis qu’une partie du pays s’enflammait sur un sujet qui la touchait au cœur. Sans doute ont-ils craint de se "ringardiser" ou de se "diaboliser auprès des médias" en partant sur ce terrain. Mais la peur est mauvaise conseillère. S’ils continuent ainsi, ils sont voués à disparaître. Ils gagneront peut-être en 2017, mais perdront pied en 2017-2022 (comme aujourd’hui le pouvoir socialiste), laisseront la place aux socialistes en 2022 et seront ensuite broyés en tant qu’opposition par un FN tout puissant, à la grande satisfaction du monde socialiste et médiatique dont tel est l’objectif ultime.
 
Le chaos n’est pas seulement social (5 millions de chômeurs, banlieues, violence, zones de non-droit, communautarisme), il est avant tout intellectuel.
Je l’ai décrit dans ma tribune au Figaro Vox, largement reprise et diffusée. Verdun, le massacre, les souffrances indescriptibles de 700 000 jeunes gens, le deuil de leurs parents, de leur femme et de leurs enfants, appellent le recueillement, c’est-à-dire le silence du respect, ou bien une musique discrète et solennelle. Songer à s’amuser, à danser, à faire la fête sur de pareilles circonstances est incompréhensible. Jusqu’où ira-t-on ? Du rap, de la techno ou du metal aux cérémonies de la Déportation le 24 avril, aux commémorations d’Oradour-sur-Glane, ou encore le 11 novembre sous l’Arc-de-Triomphe ? A l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin aux Panthéon s’il était à refaire ? Des rave-parties dans les cimetières ? C’est insulter "les jeunes" que de penser les attirer à Verdun par la démagogie et la facilité. Ce triomphe de l’absurde, de la mauvaise foi et de l’idiotie est révélateur. Nous subissons aujourd’hui l’effondrement intellectuel des élites politiques et médiatiques.
 
La force de la mobilisation sur Internet est un élément nouveau: les canaux officiels de la propagande sont débordés.
La radio, la télévision, les magazines ont beau marteler un message unique, exercer un rouleau compresseur, cela ne prend plus. L’information et les idées circulent à la vitesse de la lumière en dehors des voies normales… Cette fois-ci, la résistance n’est pas venue des intellectuels connus et traités habituellement de "néo-réac", car on ne les a guère entendus comme si eux aussi avaient été dépassés par l’événement. Elle est venue, massive, des réseaux sociaux. Le mépris des élites politiques et médiatiques pour "les gens" et leur sensibilité est désormais voué à l’échec.  Sauf à détruire Internet, nous sommes entrés dans une ère nouvelle. La parole est ouverte à la société, une pyramide est en train de se renverser. Il n’y a plus "de France d’en haut et de France d’en bas" car l’ancienne France d’en bas est en train de prendre le pouvoir. Il reste à donner une traduction politique à ce phénomène.

maximetandonnet.wordpress.com, 14 mai 2016
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Assouplissement quantitatif : une stratégie sans issue
Dans le film Casablanca, Humphrey Bogart, réfléchissant à haute voix, marmonne : "cette histoire n’a pas de fin".
 
L’assouplissement quantitatif est une relation triangulaire entre la Réserve Fédérale, Wall Street et le Congrès. Sa courte histoire est ponctuée d’aphorismes, "Greenspan put", "helicopter Ben", "tapering", inintelligibles au vulgum pecus. Ils rythment la relation confuse qui unit Wall Street à la Réserve Fédérale. Leur origine se trouve dans l’opinion largement partagée dans les milieux financiers que la politique monétaire est l’instrument de choix pour conduire l’économie vers le plein-emploi.
 
Milton Friedman est le père putatif de cette conviction. Dans un discours de novembre 2002, Ben Bernanke, alors doyen de la faculté d’économie de l’université de Princeton déclara que si toutes les initiatives de la Réserve Fédérale échouaient pour redresser l’économie, elle devrait se résoudre à recourir à ce que Milton Friedman avait malicieusement appelé "helicopter drop", c’est-à-dire le largage de numéraire d’un hélicoptère pour encourager les gens à consommer afin de relancer l’économie. Bernanke prit soin de préciser que ce largage, s’il devait avoir lieu, prendrait la forme d’un déficit budgétaire financé par la banque centrale. En octobre 1987, Alan Greenspan, gouverneur de la Réserve Fédérale et disciple de Friedman, injecta de grandes quantités de liquidités dans l’économie pour juguler une crise financière inopinée. Cette initiative inédite prit le nom de "Greenspan put" du nom d’un instrument financier qui confère au propriétaire d’un actif financier le droit mais non l’obligation de le vendre à un certain prix à une date prédéterminée à un acheteur donné. Wall Street interpréta cette initiative comme une assurance que si les choses tournaient mal, Greenspan viendrait à son secours.
 
Ben Bernanke, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2006, appliqua la même stratégie quand vint la crise des subprimes en 2007-08. La magie opéra de nouveau. La bourse reprit des couleurs. En un an la croissance était revenue et le chômage commença à baisser. Les monétaristes fêtèrent ce succès, ignorant le rôle qu’avait joué dans cette reprise le déficit de 10% du budget fédéral dans les deux années qui suivirent la crise, car le troisième acteur de cette pièce est le Congrès. Il est ostensiblement absent après 2010. Dans une interview qu’il accorda au New York Times en novembre 2015, Ben Bernanke, rejetant catégoriquement l’accusation que sa politique monétaire est porteuse d’une bulle financière, attribue la baisse des taux d’intérêt à l’inaction du Congrès. "Si la politique fiscale avait été plus équilibrée, nous aurions eu la même reprise avec des taux d’intérêt plus élevés", dit-il. Puis, il ajoute : "La politique fiscale étant récessionniste, la Réserve Fédérale n’avait d’autre choix que d’utiliser le seul instrument à sa disposition : les taux d’intérêt."
 
Quoiqu’il en soit, en juin 2013 Bernanke estima que le temps était venu de mettre fin à l’assouplissement quantitatif. Le taux directeur de la Réserve Fédérale était tombé à 0,125% (contre 5,25% au printemps 2007) et son bilan avait été multiplié par 3 en quatre ans. Il informa donc le Sénat qu’il réduirait progressivement la liquidité dans l’économie. Sans doute dans l’espoir de minimiser l’effet de son annonce sur les marchés financiers, il utilisa un idiome peu usé : "tapering" (diminué). Cette précaution de langage n’eut pas l’effet voulu. Les opérateurs eurent la frousse de leur vie. La bourse vacilla. Bernanke revint sur sa décision. Ce fut Janet Yellen, gouverneur de la Réserve Fédérale depuis 2014, qui pour la première fois depuis 2006, releva le taux directeur en décembre 2015. Elle annonça dans la foulée que d’autres relèvements suivraient en 2016.
 
La devise chinoise bouleversa ce scénario. En quelques jours, en mars 2016, le yuan perdit 2,6% de sa valeur contre le dollar, secouant les grandes places financières de Shanghai à Londres en passant par New York. Immédiatement, Janet Yellen prit la décision de repousser sine die tout relèvement du taux directeur, calmant du même coup les marchés. Mais, pendant quelques jours, plus d’un s’était demandé si l’on n’était pas à la veille d’une nouvelle crise de 1929. C’était improbable. Les grandes banques centrales – la Réserve Fédérale, la Banque centrale européenne, la Banque populaire de Chine, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon – avaient suffisamment de crédibilité et de moyens à leur disposition pour endiguer la crise. Peut-être maîtriseront-elle la suivante, mais elles ne contrôleront pas celle d’après, quelle que soit la date à laquelle elle intervienne.
 
Incapable de relever le taux directeur par peur de provoquer une récession, mais consciente que la politique de taux bas, voire négatifs, est désormais inefficace, sinon dangereuse par le risque de bulle financière qu’elle comporte, la Réserve Fédérale fait face à une fâcheuse vérité : l’assainissement quantitatif est une stratégie sans issue. La fin de partie ne peut être qu’une récession aux Etats-Unis qui se propagera au reste du monde en raison de l’interconnexion des économies. Bernanke n’eut-il pas tort de reculer en 2013 ? Le moment était favorable. Il ne l’est plus. La reprise américaine s’essouffle.
 
Qu’adviendra-t-il de nous, simples mortels, lorsque la prochaine crise viendra ? "Keep smiling", ordonna l’officier à Johan Moritz, "keep smiling, smiling…" (C. Virgil Gheorghiu – La 25ème heure).
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