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Voici quelques mois, un esprit lucide et gouailleur souhaitait bien du plaisir à Vincent Peillon, quand il faudrait enseigner aux petits musulmans qu’ils pourraient devenir des petites musulmanes, et inversement. 
 
La gauche perd le support des Français issus de l’immigration
Les immigrés musulmans ont peu manifesté contre le mariage homo. Cette communauté n’a pas une vie facile en France. Elle fait souvent partie des classes populaires durement touchées par la crise, elle est souvent offensée par la police, stigmatisée par les médias et amalgamée à des courants extrémistes de l’Islam ou à des délinquants, et consciente enfin d’être manipulée à son corps défendant. Peu liée aux catholiques en pointe dans le mouvement, elle regardait le débat avec indifférence.
Aujourd’hui, le Pouvoir veut leur prendre le seul bien qui leur reste, le plus précieux, et le corrompre : leurs enfants. Rien ne va plus. L’amertume accumulée déborde.
Les Musulmans ne sont pas des "catholiques trop bien élevés". Si le Pouvoir veut les contraindre, ça se passera mal et il devra reculer. Du coup, les catholiques pourront adopter à leur tour le seul moyen adapté face à une entreprise totalitaire : la résistance civile. Les immigrés, notamment grâce à leurs valeurs familiales, sont donc une chance pour la France ?!
De plus, par sa gestion de l’affaire Dieudonné, le Pouvoir vient de perdre de nombreux jeunes, dont beaucoup sont issus de l’immigration.
Les raisons de fond de ce nouvel antisémitisme populaire lui échappent. Il repose notamment sur le rejet de certaines personnalités phares de l’élite dirigeante, BHL par exemple, qui symbolisent des politiques aventurières ou injustes. Par leur omniprésence médiatique, ces gens causent un abominable amalgame entre la communauté juive et des images détestées.
L’intérêt de tout groupe civilisé est aujourd’hui de se déclarer étranger à l’extrémisme idéologique de la gauche postmoderne. C’est ce qu’avait fait avec sagesse le Rabbin Bernheim, en publiant un texte de référence au moment de la discussion autour de la loi Taubira.
 
La gauche ne pourra plus diviser les Français au moyen de l’immigration
La gauche postmoderne avait depuis des décennies favorisé l’immigration. Elle n’avait certes pas créé les différences de potentiel entre Sud et Nord, ni le mécanisme des vases communicants entre ces espaces. Mais elle a encouragé ce mouvement spontané, partie par idéalisme, partie par calcul.
Elle espérait que les conservateurs seraient toujours fixés dans certains réflexes, et que les immigrés se comporteraient toujours en "idiots utiles". Les "petits Blancs" se montreraient inquiets, jaloux, hostiles, donc tout immigré, se sentant rejeté, ferait un électeur de gauche en plus. Une masse d’électeurs humanistes voterait automatiquement pour la gauche caviar, par répugnance envers le racisme. On rendrait du lustre à la laïcité en opposant Chrétiens et Musulmans, en réactivant, grâce à l’islamisme, la peur de la religion. Etc. Cela s’appelle jouer sur du velours.
Mais le stratagème ne fonctionne plus. La 'bobocratie' réussit au contraire la prouesse d’enclencher contre elle un grand mouvement d’unité nationale entre immigrés et "petits Blancs", entre catholiques, musulmans et humanistes civilisés, que le totalitarisme inquiète ensemble. Elle ne peut plus diviser, faire diversion, isoler ses victimes, les battre séparément.

Vers un bouleversement de l’espace politique 
L’extrême droite classique sert encore à protester, mais elle est en train de prendre un coup de vieux. Elle est peu capable de saisir cette aspiration à la dignité civique que donne l’adhésion à un bien commun républicain. Cette montée du principe démocratique au sein d’une nation moderne et humaniste. Cette réinvention de la fraternité politique qui ne bute plus sur les différences religieuses et raciales, alors qu'elles étaient jusqu'alors des moyens de division et des leviers de pouvoir pour une élite devenue illégitime.
Le Pouvoir a radicalisé les conservateurs et les a rendus intelligents. Toutes les victimes de la politique libérale-libertaire se découvrent et se trouvent mutuellement sympathiques, face à un Pouvoir technocratique et idéologique unanimement détesté.

La question des réformes structurelles du pays peut enfin être posée, ne pouvant plus être amalgamée à un nationalisme réputé raciste. Ainsi se crée l’unité d’un peuple black-blanc-beur, uni sous les trois couleurs de notre drapeau et contre la noblesse d’Etat énarchique et le clergé médiatique postmoderne.  
Il faut changer la politique culturelle et économique de nos Etats.
En particulier, il est urgent de réformer un système fiscal inique, d’abolir les privilèges dont jouissent les dirigeants de la sphère publique, afin de relancer la logique de développement économique et de progrès social grâce à nos entrepreneurs. C’est là que se déroule le combat pour la justice et la démocratie. La jeunesse n’a que faire du mariage entre homosexuels. La vieillesse n’a que faire de l’euthanasie.
Sans doute toutes ces idées et tous ces sentiments restent encore confus et mal exprimés. Il faudra aussi les débarrasser de bien des scories, notamment de tout antisémitisme. Néanmoins, la 'bobocratie' n’a pas face à elle un panel de réactionnaires sans amour, de brutes semi-fascistes, ou de modérés terrifiés à l’idée d’être confondus avec les uns ou les autres. La 'bobocratie' fait face à un front populaire massif exigeant le rétablissement du bien commun et de la République, aujourd’hui confisquée par une oligarchie issue de la haute fonction publique.  
Tous les catholiques qui vont à la messe ont pris l’habitude depuis une génération, de prier dans des assemblées en Noir et Blanc. La culture à laquelle le nouveau prolétariat va se référer sera un mixte de postmoderne routinier et de retour aux traditions solides. Les religions solidaires entre elles et respectueuses de l’Histoire peuvent réinventer la laïcité avec les humanistes civilisés. La multiethnicité, une chance pour la France ! ?
 
Telle est la transformation qui s’opère sous nos yeux.  
"Jupiter ôte la raison à ceux qu’il veut perdre." Il vient de l’ôter aux socialistes.
http://www.henrihude.fr/
Publié dans En France
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Plaire, ou convaincre ? À ce jeu-là, Mitterrand avait écrabouillé Rocard. Le match Hollande-Valls s’annonce plus serré…
 
"On ne se hait vraiment bien qu’en famille", disait Sacha Guitry.
Mais Mitterrand et Rocard étaient-ils vraiment de la même famille ? Certainement pas, répond le documentaire diffusé sur France 5 dans sa collection "Duels". Sous un titre explicite – Mitterrand-Rocard, la haine et le mépris - Lucie Cariès nous fait revivre la guerre, ouverte ou secrète, que les deux hommes n’ont cessé de se livrer trente ans durant.
Tout les sépare, "comme s’ils ne respiraient pas le même air", note un journaliste ; et Jean-Paul Huchon, ex dircab de Michel, de préciser : "Chez Rocard, il y avait plus de détestation que de mépris ; chez Mitterrand, plus de mépris que de détestation". La balle au centre !
Cette incompatibilité d’humeur se double évidemment de désaccords politiques. En 2009, Rocard fêtait ses "soixante ans d’engagement socialiste" ; même à sa mort, Mitterrand n’en alignait pas autant. C’est qu’il avait flâné un peu partout, le "promeneur du Champ de Mars". À trente ans déjà, il aurait pu signer un Guide du Routard politicien.

Dans les années 70, outre le "débat de fond" qui fait fureur entre première et deuxième gauches, les deux hommes cultivent une inexpiable rivalité personnelle. Mitterrand ne cessera d’en sortir vainqueur, et pour cause : il fait de la politique, lui, quand l’autre fait encore joujou avec ses idées.
Pauvre Rocard ! Toujours un coup de retard… Après avoir trop attendu pour rallier Mitterrand, il se croit bientôt en situation de le contrer, puis de le défier. Pas longtemps, certes… À peine lui a-t-il mordillé le mollet qu’il est reconduit à sa niche.
En 88 pourtant, sondages obligent, le président réélu l’appelle à Matignon ; Michel tient-il enfin sa revanche ? Hélas il ne tient rien du tout, et son supérieur hiérarchique va se charger de le lui faire savoir.
Fin 90, Mitterrand n’hésite même plus à le rabaisser en public chez Anne Sinclair : "Je suis Président, Michel Rocard est Premier ministre, ce qui est déjà fort bien, et conforme à ses qualités." Rocard humilié, Rocard martyrisé – et pour finir Rocard congédié sans préavis.

Pourquoi ce combat inégal ? "Mon vrai problème, se rassure encore le veuf cocu, c’est que Mitterrand n’était pas un honnête homme." Allons Michel, un peu de sérieux ! Le vrai problème, c’est que tu t’en rendes compte maintenant, et accessoirement que tu n’aies jamais rien compris aux rapports de force.

Depuis le 1er avril, les médias ont pas mal glosé sur la nouvelle cohabitation "gauche-gauche" entre Hollande et Valls : et si, soudain, surgissait entre eux une sorte de rivalité - par exemple dans la perspective de 2017 ? Et qui, cette fois-ci, serait le chat et qui la souris ?
Ce qui est sûr, c’est que ce match-là n’opposera pas un utopiste à un cynique, mais deux politiciens de la même catégorie ; le spectacle ne s’en annonce que plus passionnant.
Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles
Publié dans Du côté des élites
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Une même cacophonie interne affaiblit l’Union européenne et l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Ces rassemblements de façade, trop éloignés des citoyens pour se réclamer d’une légitimité démocratique, s’effritent à mesure qu’approche l’échéance des élections européennes du 25 mai. L’UE, construite de bric et de broc et à la va comme j’te pousse, est incapable d’apporter une position commune et claire à l’offensive de Vladimir Poutine pour tenter de déstabiliser l’est ukrainien après sa victoire en Crimée. L’UMP, pour sa part, se déchire publiquement à propos de cette même Europe, qui lui ressemble dans son inefficacité, son inorganisation, son absence de leader. Ce lundi matin, sur RTL, Bruno Lemaire a contredit François Baroin qui avait appelé, la veille, à une expression publique de Nicolas Sarkozy sur l’Ukraine et sur l’Europe : une péripétie supplémentaire dans une famille politique qui, de Laurent Wauquiez à Xavier Bertrand en passant par Henri Guaino, étale ses divergences et laisse apparaître ses manques de réflexions sur cette Union de plus en plus rejetée par la montée des "populismes" européens, qui ne sont que la prise de conscience des peuples de leur mise à l’écart par une oligarchie confortée par les juges de Strasbourg et les experts de Bruxelles. La panique se laisse voir un peu partout.
L’Europe, celle des nations et du libéralisme, est indispensable. Cependant, l’actuelle Union européenne, technocratie moralisatrice et despotique, indifférente aux peuples, aux cultures et aux frontières, ne mérite pas d’être reconduite en l’état. Une sanction électorale se profile contre ceux qui entendent maintenir, la gauche en tête, cette organisation vécue comme une contrainte par beaucoup de gens. D’autant que l’euro trop fort, dont tous les responsables s’inquiètent ces jours-ci, mériterait aussi un vrai débat sur la pérennité de la monnaie unique, hypothèse inabordable et sur laquelle j’avoue avoir une opinion fluctuante. Dans cette perspective électorale, Harlem Désir s’annonce d’ailleurs comme le fossoyeur du socialisme : après avoir co-conduit son parti à la raclée des municipales, l’ancien patron du PS, promu secrétaire d’Etat aux affaires européennes, ne pourra éviter la rouste des européennes. "On lui dit qu’il n’est pas compétent sur l’Europe, c’est faux !", a tenté de convaincre ce matin sur France Inter l’ancien ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, dans une solidarité de perdants. Mais tout est fait pour laisser le FN prendre cette fois la première place.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/
Publié dans Avec l'Europe
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... "la rédemption par l’écriture"
 
A sa mort, un critique littéraire sûrement bien intentionné, mais complètement idiot, a écrit qu’il avait "donné à l’argot ses lettres de noblesse". C’est, toutes proportions gardées, comme si l’on assurait que Proust avait renouvelé le roman mondain. Réduire l’œuvre d’Alphonse Boudard à l’argot et au folklore qui l’entoure habituellement - les malfrats, les prostituées, le milieu et sa légendaire "morale" - est un de ces lieux communs dont sont friands les esprits superficiels, plus occupés à coller des étiquettes qu’à aller voir ce qu’elles recouvrent.
L’argot lui a seulement permis de trouver sa voie lorsque, après une enfance chaotique et une jeunesse agitée, il s‘est mis à écrire. "L’argot, confiait-il, a été mon émerveillement de toujours, mon initiation à la poésie." Mais Boudard, c’était avant tout un grand écrivain français. Il avait mis la "langue verte" au service de la suprême patronne à ses yeux : la langue française.

Il naît en 1925 de père inconnu et d’une mère assez connue sur le trottoir parisien ; elle n’a que dix-sept ans lorsqu’elle lui donne le jour. Il est immédiatement mis en nourrice chez de braves fermiers du Loiret ; il y respire "les senteurs de crottin de cheval et les remugles de purin", et, de temps à autre, le doux parfum d’une jeune femme qui débarque d’une belle voiture dans la cour de la ferme, jupe courte et cheveux "à la garçonne" : "Mademoiselle ma mère".
Il lui consacrera son livre le plus émouvant : Mourir d’enfance (Robert Laffont, 1995), qui lui vaudra le grand prix du roman de l’Académie française. Elle le reprend lorsqu’il a sept ans pour le confier à sa mère, qui habite dans un hôtel meublé, au coin de l’avenue de La Motte-Picquet et du boulevard de Grenelle, peuplé surtout de réfugiés juifs :
"J’allais dans le couloir, sur le palier, où ça grouillait de petits David, Isaac, Simon, Jacob […] Ils ne m’ont pas trop fait sentir que j’étais un étranger en quelque sorte, avec ma tignasse blonde comme un petit boche. […]. Mon accent, c’était encore celui d’un cul-terreux des bords de la Louaire… je roulais les r… ça la fout mal à Paris. Très rapidos, je me suis laissé entraîner sur la jactance en savate, à devenir gros bec, comme on disait alors pour cibler l’accent des parigots. Les petits David et les Rachel et les Jacob, eux  ils avaient déjà plus le même accent que leurs parents, ils étaient devenus têtes de chien parisiens."
 
Puis la grand-mère va s’installer dans le XIIIe arrondissement de Paris, qui n’était pas encore la "cité des Chinois", mais le bastion du parti communiste, des automobiles Panhard et des apaches de la Butte aux Cailles. Au contact du "populo" de la porte de Choisy ("c’était encore le bout galeux du monde"), il acquiert des manières, un langage, une "culture" en un mot. Vers dix ans, il se met à fabriquer des petites bandes dessinées sur des gros cahiers de brouillon : "Histoires de brigands, d’explorateurs, avec des personnages qui s’exprimaient dans les ballons, les petites bulles qui sortent de la bouche, exactement à l’imitation des illustrés qui circulaient parmi nous. […]. Comme toute littérature commence par le plagiat, je m’inspirais de nos héros… Tarzan, Guy l’Eclair, Jim-la-Jungle… J’ai obtenu comme ça mes premiers succès d’estime… j’échangeais mes œuvres contre des billes, un pistolet Eurêka… de la réglisse en rouleau. C’était ma seule vocation, mon don de la nature."
Surtout, il commence à raconter des histoires, et ses petits copains en redemandent : "J’inventais ou je brodais en partant d’anecdotes plus ou moins véridiques. Le schéma était là… le même, il suffisait que je perfectionne… passer de l’oral à l’écrit… et attendre que le temps ait fait son œuvre."
Il a des facilités pour étudier, mais ne fiche rien à l’école – ce qui ne l’empêche pas d’obtenir son certificat d’études. De ses classes à la communale du quartier, il écrira : "Elles étaient l’exacte ébauche de nos places futures dans la société. Les bons élèves, les studieux, on les retrouverait dans les placards de fonctionnaires, les chefs, les sous-chefs de bureau. L’ensemble était promis à l’usine et les derniers, les cancres, fort probable que parmi ceux-là j’ai retrouvé quelques spécimens de bandits de grand chemin. Avec des surprises, puisque je me suis permis de passer des grands chemins, de la rubrique des faits divers, aux pages des belles lettres."
Auparavant, il aura travaillé pendant quatre ans dans la fonderie typographique Deberny et Peignot, avec le seul souci de n’y pas faire de vieux os : "Plus tard, je ne sais pas trop ce que je serai, mais pas ouvrier ", se disait-il.

En 1940, il a quinze ans – trop jeune pour prendre part aux événements, mais assez mûr pour s’y intéresser - et quelques convictions, qui lui venaient de l’école communale, où "La dernière classe", le plus célèbre des Contes du lundi d’Alphonse Daudet, était en honneur : "Les Boches, c’étaient donc pour moi des gens épouvantables. Et voilà ces maudits Teutons en train de défiler sur les Champs-Elysées."  Ce spectacle le révolte, mais il attendra d’avoir dix-huit ans pour s’engager : "L’occasion fait le larron, confiera-t-il au journaliste Jean Cochet. Je voyais surtout dans la Résistance une issue commode pour m’évader de l’usine." En 1943, il rejoint les FTP de Sologne : "J’ai erré dans les campagnes brumeuses en compagnie de lascars sortis direct des Grandes Compagnies moyenâgeuses", écrit-il. Il y côtoie toutes sortes de gens, du communiste Pierre Georges (le célèbre "colonel Fabien"), dont il tracera un beau portrait dans Le Corbillard de Jules, au maurrassien Jean-Baptiste Biaggi, qui sera son capitaine aux Commandos de France en 1944 : "Ce métissage d’influences fera de moi, lorsque j’écrirai, un gars un peu à distance, dit-il. Et libre !" Sa conduite lors des combats de la Libération lui vaut quatre citations, la croix de guerre et la médaille militaire : "C’était le grand bonheur. J’avais dix-neuf ans. Il faisait beau. J’avais une mitraillette." Bel exemple du grand style français : concis, dru, imagé.

Après la guerre, il tente de retrouver une vie à peu près normale, mais de mauvaises habitudes prises dans les maquis et quelques fréquentations douteuses ("Tonio le Ténor", "Riton les Pognes", "Charlot la cavale"…) l’envoient à la prison de Fresnes en 1948 ; il en sort un an plus tard, gracié par le président Auriol. Entretemps, il a contracté la tuberculose, dont il manque mourir en 1952. Après plusieurs séjours en sanatorium, il replonge : en 1957, il est condamné à quatre ans de prison pour "trafic de fausse monnaie" (il s’agit, en réalité, des billets français émis par les Américains dans le cadre de l’AMGOT (1).
Il décide d’occuper ses loisirs forcés à lire les bons auteurs. Il commence par Le Chant du monde, de Giono, sa première grande émotion littéraire : "Un livre complètement onirique, où la Provence ressemble au Colorado", dira-t-il. Puis il découvre Julien Blanc (Joyeux, fais ton fourbi), Albert Londres (Dante n’avait rien vu), Ramuz, Virgile, Stendhal, Balzac, Jules Renard, Bernanos, Marcel Aymé, Montherlant ("C’est quand même mieux que Duras, merde !")… Dans un désordre qui fait le charme des bibliothèques carcérales.
Céline surgit un peu plus tard, grâce à Albert Paraz, l’auteur du Gala des vaches : "Livre d’un tubard. Je suis tubard. J’écris à Paraz. Je n’écris pas à l’homme de lettres, mais pour l’interroger sur l’efficacité d’un médicament dont il parlait… " Paraz lui répond, ils correspondent. Un jour, Paraz lui dit : "Vous n’avez pas lu Céline, et pourtant vous avez un style spontanément célinien." Il découvre Le Voyage au bout de la nuit : "Et là, je reçois un grand coup au plexus. L’emballement !" C’est après avoir lu Céline, après l’avoir compris, qu’il se dit que "la littérature n’est pas une chose fermée".

Dès 1958, il entreprend d’écrire son premier livre, La Cerise, magnifique description de l’univers carcéral ("La prison, c’est d’abord une odeur… "). Libéré en 1961, il retrouve le sana, où il tente de garder le seul poumon qui lui reste, et publie l’année suivante La Métamorphose des cloportes (Plon), qui lui vaut un succès immédiat et durable. Le manuscrit a été chaudement recommandé par un lecteur avisé, Michel Tournier, qui lui consacrera un beau texte dans Le Vol du vampire, sous le titre : "La rédemption par l’écriture" Dix ans plus tard, L’Hôpital  (La Table Ronde) apparaît à beaucoup de lecteurs comme son chef d’œuvre.
Le cinéma le sollicite ; il devient scénariste-dialoguiste, et tirera de cette activité un pamphlet désopilant : Cinoche (La Table Ronde, 1974). Ces quatre livres seront rassemblés en 1991 dans la collection "Omnibus" sous le titre : Chroniques de mauvaise compagnie, tandis que cinq récits de guerre et de jeunesse (les Combattants du petit bonheur, prix Renaudot 1977, Bleubite, Le Corbillard de Jules, Le Café du pauvre et L’Education d’Alphonse, parus entre 1966 et 1987) se retrouveront cinq ans plus tard dans un second "Omnibus", sous le titre : Les Vacances de la vie : "On était flambant, bandant neuf, écrit-il dans sa préface. On s’est emmêlé les pinceaux dans sa jeunesse. […]  Je me suis efforcé de faire surtout danser les mots… à la valse-musette… au jazz… au tango des fleurs. Il faut tendre l’oreille pour me lire. Je ne cherche qu’à vous enchanter, chers lecteurs."

Alphonse et ses personnages (escrocs, filles de joie, voyous, aristos douteux, bourgeois décatis…) s’installent durablement dans le paysage littéraire. Le "gaulois" Boudard, héritier de Villon, Rabelais et Céline, est devenu un classique, encensé par la critique, consacré par le public. François Bott, alors feuilletoniste au Monde des livres, va jusqu’à lui trouver une parenté avec … Mlle de Scudéry : "La gauloiserie rejoint en effet la préciosité lorsqu’elle favorise le style fleuri, les recherches langagières, les tours de phrase et les détours de l’âme."
En 1987, Daniel Costelle lui consacre un film dans la série de TF1 "Quel roman que ma vie !" : "Ce document-journal-souvenirs, écrit Renaud Matignon dans Le Figaro, nous réconcilie avec la littérature, qui cesse d’être un sujet de dissertation et une cantine pour sociologues pour devenir un récit, une voix et une image."
Alphonse raconte sa vie sans vanité, sans moralisme, sans attendrissement : "Il regarde, il rit, il écrit – le naturel même, poursuit Matignon.  […] Et il fait passer par la caméra, miraculeusement, un peu de ce qui fait les écrivains : avec beaucoup de souvenirs et très peu de mémoire, l’émerveillement toujours recommencé d’un enfant devant l’évidence tout ensemble de son bonheur et de son dénuement."

Il meurt au début de l’an 2000 à Nice, des suites d’un malaise cardiaque. Non sans avoir griffonné sur une feuille : "Cette fois, c’est le palpitant qui me trahit, le salaud. […] De ma fenêtre, je vois une superbe rangée de cyprès, délicate attention pour envisager l’avenir." Son dernier livre, "un roman assez guilleret", Les Trois mamans du petit Jésus, sera, hélas, posthume.
 
(1) Allied Military Government of Occupied Territories : le Gouvernement militaire allié des territoires libérés était destiné à administrer les territoires libérés par les troupes anglo-saxonnes de l’occupation de l’Axe. Après l’avoir expérimenté en Sicile, Roosevelt souhaitait l’installer en Normandie, contre la volonté du général de Gaulle, qui mit immédiatement fin à cette prétention en débarquant à Courseulles le 14 juin 1944 et en installant à Bayeux le premier commissaire de la République en France libérée.
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La guerre ne se dessaisit jamais d’un domaine qu’elle investit. Elle s’est successivement emparée des espaces terrestres, maritime, aérien, spatial, électronique : elle ne les quittera plus. En août 1945, la guerre est entrée en apocalypse dans l’espace nucléaire. Elle y restera.
Dès lors, la prolifération s’inscrit dans l’ordre naturel de la guerre comme, en retour, les efforts de contre prolifération des Etats dotés. En aval, tant que la menace atomique existe – et elle est réelle – il est raisonnable pour les pays concernés de conserver une certaine capacité de dissuasion nucléaire. C’est le cas de la France. La "garantie nucléaire" est nécessaire : l’imprévisibilité de l’avenir impose la prudence. Cependant, si la pertinence de notre principe de dissuasion nucléaire est indiscutable, ceci ne signifie pas que la constitution de son arsenal ne doit pas être réévaluée au regard de l’évolution du monde et de nos capacités budgétaires.

La dissuasion ne doit pas être envisagée comme un outil isolé, mais comme l’un des piliers d’une défense globale dont seule la cohérence d’ensemble assure l’efficacité technique et politique. En particulier, les composantes conventionnelles de notre défense sont indispensables en elles-mêmes, et elles le sont, en outre, à la pertinence même de notre arsenal nucléaire. Dans notre contexte budgétaire très contraint, si l’importance relative des budgets consacrés au nucléaire en venait – par effet d’écrasement et d‘éviction – à menacer gravement nos capacités conventionnelles, c’est toute la cohérence de la défense française qui en serait altérée. La question de l’utilité de la dépense nucléaire se pose ainsi clairement au regard des autres investissements qu’elle interdit.
Dans ce domaine, la France ne peut se contenter d’affirmations péremptoires mais non démontrées. Il est temps d’ouvrir cet indispensable débat et, très probablement, de diminuer la part budgétaire du nucléaire pour la ramener à la "juste suffisance" revendiquée à raison.

Revisiter la "raison d’être"
Les discours officiels sur le nucléaire sont rares et ne sont le plus souvent qu’une répétition ad nauseam de l’intangible "dogme" dans lequel l’idée de "l’assurance vie" joue le rôle de valeur structurante et d’argument global péremptoire. Après en avoir été le fleuron, la pensée nucléaire est devenue, par tabou, le parent pauvre de la réflexion stratégique. D’excellents spécialistes et de belles organisations traitent du sujet, mais ne le font hélas que sous l’angle des moyens, l’approche technique, ou celui de la prolifération. Les réflexions portent sur le Quoi ? et le Comment ?, jamais vraiment sur le Pourquoi ? et le Contre Qui ?. Au fond, depuis "les quatre généraux de l’Apocalypse : Ailleret, Beaufre, Gallois et Poirier" (2), le corpus conceptuel établi dans le contexte de la Guerre Froide n’a jamais été vraiment redéfini en fonction de l’évolution du monde, pourtant profonde.

Hélas, le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale remis au président François Hollande le 29 avril 2013 ne fait pas exception : dans un contexte budgétaire extrêmement contraint, il reconduit sans les justifier notre posture et notre arsenal (entre 3,5 et 4,5 milliards d'euros par an, 10 % à 20% du budget militaire selon le périmètre et les calculs). La sanctuarisation préalable de la dissuasion excluait d’entrée toute réflexion sérieuse sur ce sujet pourtant fondamental. De même le choix de faire de la dissuasion une fonction stratégique isolée (comme pour l’exercice 2008) constituait une sanctuarisation intellectuelle doublement fautive, puisque chacune des autres fonctions concourt à la dissuasion et que celle-ci est elle-même une part de chacune des autres !

La dissuasion nucléaire n’assure pas la paix et elle ne dissuade pas de tout. Pour reprendre l’expression commune de deux Premiers Ministres et d’un ministre de la défense, "la pertinence stratégique de la dissuasion connaît des ‘angles morts’ de plus en plus larges." Absence de menaces directes contre la France, incapacité des seuls arsenaux nucléaires à dissuader certains acteurs de s’en prendre à nos intérêts par des attaques en dessous du seuil nucléaire, inadaptation de ces armes à la menace omniprésente du terrorisme, impossibilité morale (dans le monde d’aujourd’hui) d’utiliser leur puissance destructrice non discriminante dans de nombreux cas : les outils de la dissuasion nucléaire présentent le double défaut de n’être ni nécessaires de manière évidente, ni suffisants, loin s’en faut. En outre, la légitimité de la France comme membre permanent du Conseil de sécurité provient autant – c’est incontestable - de nos capacités d’intervention que de notre arsenal nucléaire. Le modèle de défense "la bombe et les gendarmes" (auquel la tendance nous pousse inexorablement si nous ne remettons pas en cause nos fausses certitudes) est ainsi parfaitement incapable de répondre aux ambitions et aux besoins sécuritaires de la France. Ceux-ci imposent de préserver de très sérieuses capacités conventionnelles, donc de faire des choix, des choix raisonnables et équilibrés en termes de réduction de l’arsenal nucléaire et de préservation de nos autres capacités de défense.

Assurer la crédibilité
La Commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale a dû redéfinir à la baisse la défense de la France en excluant d’entrée de la réflexion l’une de ses composantes majeures. Elle a n’a donc pu le faire qu’au mépris de la cohérence stratégique d’ensemble. Cette réflexion volontairement tronquée va immanquablement entraîner un affaiblissement de l’outil qu’elle entend protéger.
En effet, la volonté de conserver en l’état actuel notre arsenal nucléaire revient à le condamner : à budget global de la défense diminué, il devient impossible de préserver les forces conventionnelles indispensables à sa crédibilité. Il faut donc le redimensionner afin de préserver les capacités d’action conventionnelles nécessaires à la logique globale de dissuasion. La présidente de la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale, Patricia Adam, ne reconnaissait-elle pas très récemment le caractère global de la défense en évoquant "une dissuasion crédible car fondée sur un éventail de forces qui inclut les capacités conventionnelles" (3) ? Les raisons en sont claires.
En dissuasion, la dimension psychologique est prépondérante. Comme l’ont longuement démontré les grands penseurs du nucléaire, le lien stratégique est très fort entre ce dernier et les capacités d’action conventionnelle. Les deux sont indissociables et, à laisser se dégrader l’un pour préserver l’autre, on risque fort de se priver des deux.
La logique est simple : elle repose sur a/ la progressivité de l’action, b/ la vraisemblance et c/ l’autonomie de la décision, d/ l’aptitude à la prévention des contournements.

a/ - Pour caricaturale qu’elle soit, la première nécessité est évidente : le dilemme du "tout ou rien" n’est pas crédible. On ne passe pas brutalement de l’inaction à l’apocalypse : les principes établis de l’action graduée demeurent. Cette évidence a conduit non seulement les Etats-Unis à conserver un arsenal classique très important pendant toute la Guerre Froide, mais la France également : elle savait qu’un affrontement conventionnel préalable significatif était nécessaire à la justification morale et stratégique du déclenchement du feu nucléaire. Rien n’a changé. Pas de frappe en premier justifiable devant l’Histoire si elle n’est précédée d’actions classiques solides montrant au monde et à l’adversaire notre claire volonté d’aller jusqu’au bout, et le plaçant face à ses responsabilités.

b/- La démonstration de la volonté politique n’est pas moins importante. L’adversaire doit penser que l’on sera capable de déclencher le feu nucléaire. Il faut faire croire à la volonté d’aller, au besoin, jusqu’au cataclysme majeur. Cette vraisemblance doit avoir été établie par des démonstrations de force affichant la fermeté de l’Etat et sa résolution à utiliser autant que nécessaire la puissance militaire pour le règlement des crises. On se rappelle que tant les Etats-Unis que l’URSS ont multiplié ces démonstrations classiques pendant la Guerre Froide parce qu’elles étaient indispensables à la crédibilité de leur posture dissuasive globale. L’architecture de dissuasion doit ainsi comporter des forces conventionnelles robustes, utilisables et utilisées, afin d’assurer une crédibilité suffisante à la mise en œuvre des armes nucléaires.

c/- L’autonomie de la dissuasion, troisième fondement de sa crédibilité, suppose l’autonomie de la décision et de la mise en œuvre, c'est-à-dire la capacité à savoir (renseignement autonome et fiable) et à conduire (commandement et logistique), toutes capacités dont  les opérations Harmattan  en Libye et Serval  au Mali ont déjà démontré les limites françaises. Si des manques capacitaires importants et les concepts à la mode de mutualisation et partage peuvent être admis par des Etats européens ayant déjà renoncé à une défense souveraine, ils ne sont pas acceptables pour une puissance qui entend fonder sa survie sur sa souveraineté de décision et d’action nucléaire.

d/- Il faut enfin parer au possible contournement de la dissuasion - en particulier aux agressions limitées visant à créer très rapidement des "faits accomplis" - en disposant d’un système de forces propre à faire échec aux opérations que l’adversaire pourrait conduire jusqu’à la limite du seuil nucléaire. Le schéma de montée aux extrêmes doit être organisé. Dans ce cadre, les armes conventionnelles jouent un rôle d’autant plus fondamental que la dissuasion ne peut à elle seule prévenir les conflits armés.

Ainsi, la stratégie atomique suppose une approche intégrale dont les forces conventionnelles ne peuvent être exclues. Elle ne peut avoir un caractère purement défensif, car le caractère décisif de la dissuasion, c’est la crédibilité de la volonté politique. Cela suppose l’autonomie de décision et des démonstrations qu’il faut pouvoir exécuter avec des forces conventionnelles solides comportant l’ensemble des capacités nécessaires, ce qui n’est plus le cas des armées françaises  à la cohérence opérationnelle déjà largement entamée.
 
Retrouver des marges de manœuvre budgétaires
On l’aura compris, la thèse défendue ici est celle de l’efficacité globale de notre système de défense qui exige à la fois la dissuasion nucléaire et de robustes capacités conventionnelles. Pour préserver ces dernières, il faut rééquilibrer le budget de défense en leur faveur (4). C’est tout à fait possible, à condition d’avoir le courage de revenir à la question du "sens" avant de se poser celle des "moyens".
La problématique des économies possibles – il y en a, et d’importantes – mérite ainsi d’être sérieusement étudiée, en espérant qu’y seront apportées d’autres réponses que les affirmations répétées mais non démontrées du "dogme".
Quelques pistes de réflexion sont ici proposées.

1/ - La nécessité de la composante aéroportée doit être abordée. A la réponse attendue de la "capacité de gesticulation et de souplesse" qu’elle apporte, on opposera son caractère gentiment irréaliste face au type d’adversaires qu’elle entend dissuader. On pourra également s’interroger sur les capacités réelles de pénétration et de tir dans les conditions tactiques envisagées. Certes les plates-formes et les armes existent déjà, mais chacun sait que les coûts d’entretien et de modernisation d’un tel système nécessitent d’y consacrer sur quelques années des budgets équivalents aux budgets d’acquisition. Notons au passage que les Britanniques ont renoncé à cette composante depuis bien longtemps.

2/ - La question taboue de la "permanence à la mer" ne peut être évitée. Parfaite en période d’euphorie budgétaire, elle a un coût très important (au moins 1 sous-marin lanceur d’engins (SNLE) à entretenir puis moderniser et remplacer, avec ses équipages et ses armes) pour une utilité fort discutable, en particulier parce que les durées des plongées sont largement modulables en fonction de l’évolution des tensions internationales. Il y a naturellement une spécificité française, mais nous remarquons que les Britanniques vont vraisemblablement abandonner ce principe. Remarquons d’ailleurs que l’on ne voit pas de crise internationale majeure pouvant entraîner l’engagement de la dissuasion nucléaire dans laquelle les intérêts britanniques et français ne seraient pas très fortement imbriqués, ce qui ouvre la voie à des accords en termes de permanence dissuasive.

3/ - En raison des masses budgétaires considérables concernées, la question du remplacement des plates-formes et du perfectionnement des armes ne doit pas être éludée. Pourquoi, en une quinzaine d’années, changer 4 fois de têtes pour passer de 1997 à 2020, du M45 au M51.1, puis au M51.2, puis au M51.3 ? Etre capable de raser Pékin est-il d’un intérêt véritablement stratégique pour nous ? Le stock minimal de nos têtes ne serait-il pas encore "suffisant "s’il descendait au-dessous du niveau de 300 (5) auquel nous le maintenons ?

4/ - Le concept de fiabilité mérite aussi d’être observé. Sur l’autoroute, l’automobiliste ralentit autant devant un radar fiable à 75% que devant un radar qui le serait à 100%. Pour nos armes, 75% de fiabilité seraient parfaitement dissuasifs et les 25% de fiabilité complémentaires – qui n’apportent rien en termes de dissuasion – constituent une part majoritaire du coût des armes. Ici encore, le "plus-que-parfait" ponctuel s’oppose à l’efficacité globale.

Ainsi, les "angles morts" de la dissuasion se multiplient alors même que la croissance relative de la part budgétaire prise par notre arsenal nucléaire réduit progressivement sa pertinence tout en conduisant à des impasses sécuritaires. Chacun sait que la seule "assurance vie" est très insuffisante pour se protéger des aléas quotidiens alors même que les importantes économies qu’il est possible de réaliser sur notre arsenal nucléaire ne remettraient pas en cause les fondements de la dissuasion.(6)
Il faut donc que le débat stratégique soit ouvert. Le consensus sur le maintien en l’état de notre arsenal est déjà bien écorné et l’absence même de débat participe désormais à son effritement. Pour préserver ce qui doit impérativement l’être, une réflexion ouverte et honnête, dépassant le poids très lourd des lobbies, doit permettre de redéfinir un concept réaliste et de redimensionner un outil dont l’inadaptation à la réalité du monde altère aujourd’hui la crédibilité.
En stratégie de défense, en dissuasion, ce qui compte, c’est l’équilibre d’ensemble plus que la puissance de chacune des composantes. Dans le contexte budgétaire actuel, vouloir à tout prix préserver en l’état notre arsenal nucléaire, c’est altérer sa pertinence et mettre la France en danger.
Paru dans Défense et Sécurité internationale, fin 2013
 
(1) Selon l’expression de François Géré.
(2) Alain Juppé, Bernard Norlain, Alain Richard, Michel Rocard, Le Monde, 14 octobre 2009.
(3) Communication & Influence, no 42, mars 2013, p.2.
(4) Le débat des coûts est, hélas, difficile à conduire. Les sources sont quasi uniquement étatiques, de nombreuses données demeurent confidentielles, d’autres sont volontairement tronquées et faussées et, selon les périmètres retenus (forces conventionnelles d’accompagnement et d’appui en particulier), les sommes peuvent être extrêmement différentes.
(5) La Chine en possède seulement 240 et le Royaume-Uni 225, avec l’objectif de descendre à 180 en 2020.
(6) On lira avec le plus grand intérêt sur ce thème la contribution d’Yves Quéau, "Angles morts et typologie argumentaire de la dissuasion nucléaire: le vrai faux débat sur les coûts", Les Champs de Mars, no25, La Documentation française, Paris, hiver 2013, p.91 à 116.

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La Cité des Sciences de Paris présente depuis le 8 avril une monumentale exposition sur l’art Robotique. Le site digitalarti en propose un avant-goût avec l’étrange ballet du mille-pattes de Theo Janse : la robotique se conjuguerait-elle plus facilement avec la poésie qu’avec le conceptualisme officiel ?
Les portraitistes regarderont avec intérêt un robot essayer de dessiner un portrait de visu… le résultat, pour l’instant, n’est pas trop probant...
 
On peut se demander si la robotisation de l’Art conceptuel, n'est pas une bonne solution en ces temps de restriction des crédits affectés à la Culture. Le ministère achèterait une fois pour toutes un robot programmé pour proposer des détournements sur Tout : on sait que depuis les ready-made de Marcel Duchamp, depuis la roue de bicyclette et l’urinoir, tout, absolument TOUT, peut devenir de l’art, être détourné, investi et réapproprié. Cette programmation est tellement basique que même un robot peut la comprendre : on l’appellerait Marcelino le Robot… il délivrerait aux accros de la transgression leur dose, disons hebdomadaire, de propositions ébouriffantes, renversantes, éructantes avec la logorrhée verbale idoine. Le robot nous épargnerait les caprices de divas des egos duchampiens surdimensionnés et le citoyen ferait l’économie de lourdes subventions.
 
Moyennant quoi on pourrait financer des écoles d’art où l’on apprendrait non plus la provoc, le réseautage ou le marketing (Marcelino s’en chargerait) : mais on apprendrait à dessiner, à peindre, à graver, à sculpter… bref à rouvrir les yeux au lieu de conceptualiser avec une frénésie mécanique …
Le blog de Christine Sourgins - Le grain de sel
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... "Les solutions ne peuvent être que locales"


Réduction de moitié du nombre de régions d'ici à 2017, la suppression des "conseils départementaux à l'horizon 2021"...
Que penser du Big Bang territorial proposé par Manuel Valls ?
Le géographe professeur d'université à la Sorbonne-Paris 4 et président de la revue Population & Avenir  nous donne son avis.
Interview

Diviser par deux le nombre de régions : une bonne idée ?
Le problème n'est pas de savoir combien il y a de régions, mais de savoir dans quelle mesure ces régions sont de nature à améliorer leur attractivité, et donc à stimuler l'emploi.
La fusion de deux régions, si elle ne s'intègre pas dans un projet commun de développement, ne sert à rien.
Fusionner depuis Paris la Haute et la Basse-Normandie ne changera rien, par exemple, à la dynamique de ces régions.
Croire que sous prétexte qu'une région sera plus grande et plus peuplée, elle sera automatiquement plus dynamique, est totalement faux.
On a à l'étranger - en Allemagne, Espagne, Italie ou au États-Unis par exemple - des petites et de grandes régions. Souvent, les petites s'en tirent aussi bien que les grandes quand elles ont une bonne gouvernance.
On est le seul pays où l'on discute sans arrêt d'un redécoupage, comme s'il y avait un "optimum régional" enclenchant automatiquement un développement.

Le Premier ministre souhaite supprimer les conseils généraux, (ex "conseils départementaux"), "à l'horizon 2021". Qu'en pensez-vous ?
Nicolas Sarkozy était allé un peu dans le même sens. C'est méconnaître les réalités locales. La réalité départementale est elle aussi extrêmement différente selon les territoires. Certains départements ont une implication et une identité locale fortes. D'autres, créés plus récemment, ont une identité et une importance moindres.
Il n'y a pour moi pas de solution nationale, seulement des solutions locales.
Deux exemples.
La fusion entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, dans la mesure où elle avait fait l'objet de l'examen et la mise en œuvre d'un projet commun, était souhaitable. En revanche, la disparition des différents départements d'une région aussi éclatée que les Pays-de-la-Loire serait certainement nocive. Le taux de chômage de la Mayenne est faible car son territoire a une identité propre.
Si vous fondez cette identité dans un magma régional informe qui n'applique pas le principe de subsidiarité [quand une action publique est prise en charge par la plus petite entité capable de résoudre le problème elle-même, NDLR] vous perdez en efficacité.
Par contre, des départements comme par exemple le Loiret, le Loir-et-Cher et l'Eure-et-Loir ont monté un projet commun pour mutualiser un certain nombre de services. On en parle pas assez.
De plus, une organisation revue depuis Paris implique des organisations bureaucratiques extrêmement lourdes. Et nombre de problèmes procéduraux à venir.
Ce qui est dramatique, par ailleurs, c'est que, pendant la mise en place de ces "réformes", ces régions ne sont pas véritablement opérationnelles pour se concentrer sur l'essentiel, qui est le développement régional.

Manuel Valls a en outre proposé la suppression de la clause de compétence générale pour les collectivités territoriales (qui permet à une collectivité - région, département ou commune - d'intervenir dans tous les domaines qu'elle juge nécessaires).
Il faut selon moi avant tout clarifier les compétences, ce qui n'est pas exactement la même chose.
Exemple : il est clair que le département a un rôle considérable en matière sociale. Or, force est de constater qu'un certain nombre de régions ont également développé des services sociaux. C'est pour moi une erreur. Il faut supprimer telle ou telle compétence à tel ou tel niveau.
Supprimer la clause de compétence générale ne suffit pas si on ne précise pas clairement qui va s'occuper de quoi. Au niveau régional, par exemple, on doit s'occuper de l'aménagement du territoire régional, et pas des 
problèmes moins importants qui se présentent au niveau d'un bassin d'emploi.

Manuel Valls a enfin annoncé "une nouvelle carte intercommunale, fondée sur les bassins de vie" qui entrera en vigueur "au 1er janvier 2018". Qu'est-ce que cela signifie et est-ce selon vous une bonne idée ?
Simplifier les structures intercommunales est selon moi une bonne idée.
On est aujourd'hui en déficit démocratique, dans la mesure où, selon les territoires, on a des communautés de communes, des communautés d'agglomération ou des communautés urbaines. Sans compter les métropoles. Comment voulez-vous que les citoyens s'y retrouvent ? Il ne devrait y avoir qu'une seule structure intercommunale.
Se pose ensuite le problème de leur découpage. Il n'y a aucun découpage idéal. Ces dernières années, la France a fait de l'intercommunalité forcée, et aujourd'hui on peut dresser une typologie des intercommunalités qui montre que très peu ont réussi. Je distingue les intercommunalités centralisatrices, où un président a un certain poids et veut tout centraliser sans tenir compte du fait qu'il ne doit gérer que les problèmes communs à l'ensemble des territoires.
Deuxième type d'intercommunalité, plus fréquent, les intercommunalités consensuelles, où les acteurs se mettent ensemble car l'Etat les y a encouragés en améliorant les dotations financières. Et qui se contentent de se partager le gâteau, sans aucun projet commun.
La seule intercommunalité qui marche et est malheureusement rare, c'est l'intercommunalité subsidiaire où sont gérés les problèmes communs à l'ensemble des territoires, et où on laisse chaque territoire gérer les problèmes qui lui sont propres, y compris en lui renvoyant de l'argent de l'intercommunalité pour qu'il puisse gérer ses problèmes locaux.
Propos recueillis mardi 8 avril 2014 par Céline Rastello - Le Nouvel Observateur, publié le 9 avril 2014 à 15h24
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Trop bons ! Nous avons atteint l'excellence ministérielle. Du ministère des Affaires européennes à l'Intérieur en passant par les Finances, le titulaire d'un portefeuille devient miraculeusement et instantanément hyperqualifié pour le poste.
Sans compter les surdoués qui cumulent, et vous gèrent une ville ou une région d'un claquement de doigts. Pas un seul qui ait lamentablement traîné auparavant dans une entreprise ou qui se soit sali mes mains pour gagner vulgairement sa vie ; ils ont le salaire éternel, et l'emploi aussi.
Nous, minables patrons, pour recruter un directeur des ressources humaines, nous mettons six mois à soupeser, évaluer, tergiverser, demander des références, angoisser devant le choix et le risque à prendre. Pfft ! Le ministre du Travail, lui, sait d'instinct tout ce qu'il faut faire, forcément, les inspecteurs du travail le lui racontent si bien, d'ailleurs on vient de renforcer leurs pouvoirs.
Oh ! ministres surdoués de la forêt, des elfes sans genre, de la non-réforme de l'Etat, du bavardage social, du développement improductif, des écoutes (ministère manquant !), du chômage, pardon, de l'emploi !, …etc.
Tous, avec une compétence intuitive, fruit d'une solide inexpérience, vont sortir notre pays de la récession et de la dette. Recette : une grosse louche de solidarité, quelques pactes cuits et recuits, un assaisonnement fiscal, de préférence rétroactif (c'est meilleur), tous les ingrédients pour la pâtée.
Confiance, on vous dit !

Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 10 avril 2014
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Alain Finkielkraut sera probablement élu à l'Académie française. Tant mieux : sa méditation sur l'état de la culture, de la mémoire, de la langue française honorera une institution vouée à pérenniser ce qui lui tient à cœur. C'est un philosophe doté d'un joli style, dans la tradition de Descartes ou de Bergson, un conservateur "républicain" ennemi de l'outrance et de l'invective. Puisse son intronisation sous casaque verte mettre un terme à l'acharnement de quelques idéologues obtus, consécutif à la parution de l'Identité malheureuse  et d'une évocation anodine, les "Français de souche". Avec toutes les nuances et précautions imaginables, "Finki" a simplement relevé une évidence : notre "identité" est menacée par le communautarisme ambiant, et les "Français de souche" ressentent une dépossession qui risque de tourner au ressentiment. Jean Rostand : "Il n'y a pas de plus grand crime contre l'esprit que de donner mauvaise conscience à celui qui dit la vérité".
(...)
Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 10 avril 2014
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L’acharnement thérapeutique pour sauver l’État providence est vain. Il ne survivra pas, tel quel, au surendettement qui le gangrène. En revanche, l’indifférence portée à l’État-nation, blessé par des décennies de maltraitances collectives, est criminelle. L’oubli dont il est victime porte en lui l’effacement progressif d’une culture et d’un peuple, de sa mémoire, de son mode de vie. En trente ans, la France ouverte à tous est devenue méconnaissable pour beaucoup. Le cinéma des années 1970 montre une civilisation qui, par endroits, n’existe déjà plus tout à fait. Ces jours-ci, dans le quartier Barbès à Paris, des affiches parfois monumentales vantent, en arabe, la candidature d’Abdelazize Bouteflika à la présidentielle algérienne. Le communautarisme galope ; il menace la cohésion nationale. Faudrait-il toujours feindre de ne rien voir ?
Mardi, pour sa déclaration de politique générale, Manuel Valls a admis l’existence, à côté de la crise économique et sociale, d’ "une crise civique, d’une crise d’identité". Lucidité peu commune à gauche. Le matin même, en effet, le ministre du Travail, François Rebsamen, désignait comme seul fléau "le chômage de masse qui mine la société". La lente dislocation de la France, conséquence de l’immigration de masse et de la culpabilisation de l’État, est un poison mortel. Mais le premier ministre, s’il a apporté de minces réponses pour désendetter le pays, ne s’est pas attardé sur le mal-être d’une partie importante de la société. Il s’est dit soucieux de ne pas "casser notre modèle social" et il a ouvert des pistes. Mais son hymne à la France est, lui, resté une posture.
http://blog.lefigaro.fr/rioufol/
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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