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Nous sommes en guerre contre l'islam radical
 
"Nous ne sommes pas en guerre contre l’islam", jure le monde politique français. Manuel Valls l’a réaffirmé, après la décapitation au couteau, vendredi, d’Hervé Cornara, chef d’entreprise de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Son bourreau, Yassin Salhi, avait accroché la tête de sa victime à un grillage de l’entreprise et l’avait entourée de deux drapeaux de l’Etat islamique (EI) sur lesquels étaient écrits en arabe : "Il n’y a de Dieu que Dieu et Muhammad est son prophète". Le pompier qui l’a courageusement neutralisé, à mains nues, avait été précédemment repoussé aux cris d’"Allahou Akbar !" (L’Humanité, ce lundi).
Le même jour, sur la plage d’un hôtel cinq étoiles d’El-Kantaoui, près de Sousse (Tunisie), Seifeddine Rezgui, étudiant à Kairouan, faisait feu sur des touristes. Durant une demi-heure, il allait méthodiquement faire le tri entre les occidentaux, immédiatement assassinés par balles (38 morts), et les musulmans, épargnés. "Je n’ai rien contre vous !", "Dégagez ! Dégagez !", leur disait-il, selon les témoignages rapportés dans Le Monde de ce week-end.
Une semblable distinction avait été faite, le 18 mars, lors de la tuerie du musée du Bardo, à Tunis (22 mort, dont 21 étrangers). L’Etat islamique (Daesh), qui fête le premier anniversaire de son nouveau Califat en Irak et en Syrie, a revendiqué l’attentat de Sousse, ainsi que celui perpétré, le même jour également, à Koweït City, contre une mosquée chiite (26 musulmans tués). Ce dernier crime, lié à la guerre intestine entre sunnites et chiites, permet aux dénégationnistes professionnels de contester une guerre de civilisation, termes néanmoins repris samedi par le premier ministre, qui opposerait le monde islamique au monde occidental. Cette querelle sémantique est vaine.
Les faits montrent que l’islam radical, au-delà de son conflit interconfessionnel, est en guerre contre l’Occident, et singulièrement contre la France, le maillon faible. Les "méchants et sales Français" désignés par l’EI doivent répondre à cette guerre, qui suscite pour l'instant la passivité d’une partie de la communauté musulmane.
 
Il faudra s’interroger, le moment venu, sur le rôle ambigu joué par Barack H. Obama dans la consolidation de Daesh, né sur les ruines de l’expérience démocratique que Georges W. Bush avait su initier en Irak avant que son successeur n’abandonne cette politique. La poignée de Frères musulmans, ou proches d'eux, qui conseillent le président américain (Arif Alikhan, Mohammad Elibiary, Rashad Hussein, etc) est une réalité qui peut être mise en parallèle avec la réhabilitation du Califat, objectif revendiqué par cette organisation islamiste.
Alors que Daesh ne compte que 50.000 combattants, ses conquêtes fulgurantes (présence dans 14 pays) ne se sont à l’évidence jamais heurtées à de véritables obstacles de la part des forces menées par les Etats-Unis. Cette débandade, née d’une culpabilisation du monde libre et d’un "soft power" ayant tous les traits de la capitulation, serait une attitude mortelle pour la France. Tandis que le président de la république et son ministre de l’intérieur persistent encore à ne parler que de "terrorisme", il est temps de désigner l’islamisme pour ce qu’il est : notre ennemi déclaré.
La décision du gouvernement tunisien de fermer 80 mosquées salafistes est un exemple qui doit être suivi.
La proposition du député Frédéric Lefebvre (Les Républicains) d’ouvrir une commission d’enquête parlementaire sur les associations proches des fondamentalistes est à encourager.
La sous-estimation de la barbarie contre Hervé Cornara, par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), ("Le vrai danger réside du côté de ceux qui utilisent ces événement (Isère) pour déverser leur haine contre une partie de la population qui est, de fait, celle qui paye le plus lourd tribut face au terrorisme") a laissé voir le cynisme victimaire qui sert trop souvent à détourner les yeux des lourdes menaces. Les Français musulmans sont également attendus, afin qu’ils se désolidarisent de ceux qui répètent : "Qu’Allah maudisse la France !". Est-il si difficile pour eux de proclamer à leur tour : "Pas en notre nom !" ?
blog.lefigaro.fr/rioufol
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Un impératif absolu : lire le Coran
 
À l'heure actuelle, en France, plus de sept millions de musulmans se réfèrent à une constitution politico-religieuse qui s'appelle le Coran. Ce livre leur sert de guide suprême, de référence absolue et indiscutable. Des milliers d'imams le répètent en permanence, jour après jour, dans les mosquées, dans les cénacles de formation, dans les prières publiques ou privées : le Coran, livre politico- religieux, prime sur tout autre livre, constitution, loi et autres coutumes.
 
La question que chacun est en droit de se poser est la suivante : compte tenu de la prééminence du Coran sur tout autre écrit, quel qu'il soit, et compte tenu du nombre considérable de musulmans dans la société française, ce livre est-il compatible avec la Constitution française, les lois, les codes qui régissent notre pays, les coutumes et les valeurs qui sont les nôtres, les modes de pensée et la culture qui nous imprègnent ? Pour le savoir, il est de première nécessité de le lire, afin de savoir s’il correspond ou non aux fondements de notre société.
 
Opposition frontale
Une analyse précise et objective de ce livre montre à quel point il est en opposition frontale avec de tels fondements. Le Coran comporte des centaines de versets qui, non seulement sont en complète opposition avec notre culture au sens le plus large, mais sont susceptibles d'action pénale dans la mesure où ils constituent une évidente provocation à la haine, à la violence, à la discrimination, au racisme, au sexisme, à l'antisémitisme... etc. En voici quelques illustrations.
Sur le plan de la justice, la loi du talion est admise par le Coran, alors que notre droit pénal l'interdit évidemment. L'esclavage est parfaitement justifié dans un certain nombre de circonstances, alors qu'il est réprimé de façon très sévère dans notre pays. Les provocations à la discrimination religieuse et à la haine figurent dans une centaine de versets, s'opposant frontalement aux différentes lois françaises sur le sujet. Plusieurs dizaines de versets relèvent d'un antisémitisme primaire, en opposition flagrante aux lois de 1881, de 1972, de 1990 et de 2004.
Une centaine de versets contient des provocations explicites au meurtre et à la guerre pour cause de discrimination religieuse. Quatre-vingt versets sont une véritable provocation à la discrimination sexuelle, assortie de châtiments corporels que l'homme peut exercer assez librement sur la femme. De même, le mensonge peut être assez librement utilisé pour arriver à ses fins.
Une lecture attentive du Coran nous révèle l'incompatibilité évidente de ce livre avec la culture française au sens le plus large et le plus noble.
 
La docte ignorance des élites
Le problème qui se pose est le suivant : la quasi-totalité des musulmans connaît tout ou partie du Coran, le considère comme supérieur à tout, et sait que ce livre n'est pas compatible avec la société française dans laquelle elle vit, alors que la quasi-totalité des élites françaises n'a jamais ouvert un Coran mais ne cesse d'affirmer doctement que ce livre, qu’ils ne connaîtront jamais, est en parfaite adéquation avec tout ce qui constitue notre pays aux racines chrétiennes. Alain Juppé en offre le plus bel exemple, puisqu'il ne cesse d'affirmer son émerveillement pour le Coran, après avoir révélé publiquement, il y a quelques semaines, qu'il n'avait jamais ouvert ce livre… Quand on aime, on ne lit pas…
Chacun d'entre nous doit donc prendre son courage à deux mains, et prendre le temps de lire un livre ô combien difficile et ennuyeux, mais dont la lecture permettra de savoir ce qu'il contient, et de se faire une idée précise et raisonnée sur son évidente incompatibilité avec notre culture. Le Coran ne se partage pas entre un Coran modéré pour musulmans modérés, et un Coran fondamentaliste pour islamistes jusqu'au-boutistes.
Tous les récents événements, qu'il s'agisse des épouvantables tueries médiatisées (considérées par la classe politico-médiatique comme des événements isolés, effectués par des islamistes égarés) ou des agressions permanentes contre les soldats utilisés depuis des mois pour protéger notamment les synagogues (effectuées par des musulmans ordinaires de quartiers, et totalement ignorées par la classe politico-médiatique pour cette raison) montrent à l'envi que le Coran est un livre unique, valable pour tout musulman, égaré ou pas, et qui doit impérativement être mis en œuvre par chaque musulman.
Paru sur Liberté politique.com
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La Grèce pour les nuls !
 
J'envie les sûrs d'eux, les péremptoires, les sommaires, ceux qui savent, ceux qui prétendent savoir, ceux qui disent ce qu'il aurait fallu faire, ce qu'il n'aurait pas fallu faire, les experts, les économistes patentés, les responsables européens, les créanciers, les partisans et les adversaires, les connaisseurs de la crise grecque, les déchiffreurs de la réalité grecque, les contempteurs du pouvoir grec, les soutiens d'Alexis Tsipras.
J'envie ceux qui ont pu prendre un parti et s'y tenir au sujet de la Grèce face à l'Europe, de l'Europe confrontée aux dirigeants grecs, de ce que la Grèce était prête à accepter et de ce qu'on avait le front de lui imposer, de son défaut de paiement et du recours au référendum, de l'Europe appelant les citoyens grecs à voter oui et de leur gouvernement solidaire avec son Premier ministre les incitant à refuser, à choisir le non (Le Figaro, Le Monde, Le Point.fr).
Et, peut-être, encore une proposition de dernière minute pour nous embrouiller encore davantage et la Grèce qui demande un nouveau plan d'aide à la zone euro mais il est refusé...
Franchement je baisse pavillon.
J'avoue, à ma grande honte, que je suis en dessous de tout et que j'ai beau lire, écouter, m'imprégner des multiples opinions contradictoires, rien n'est susceptible de me donner une lumière décisive.
Pour moi l'ignorant, qui suis incapable de trancher avec toute la confiance qu'il convient d'afficher précisément parce qu'on est éloigné de la quotidienneté brûlante qui angoisse ce superbe pays, c'est véritablement la Grèce pour les nuls.
A peine suis-je enthousiasmé par l'initiative de ce référendum, le recours au peuple m'étant d'autant plus apparu comme une démarche forte et courageuse que la France, sous toutes ses latitudes politiques, la refuse obstinément, qu'on vient me désillusionner en insinuant que c'est une manière pour Alexis Tsipras de fuir ses responsabilités et de laisser les citoyens trancher ce qu'il n'est plus capable de maîtriser. Dépassé par les événements, faites un référendum !
Quand j'ai l'impression que Tsipras abuse, exagère, cajolant Angela Merkel, donnant ostensiblement l'accolade à Jean-Claude Juncker, pour s'attirer les bonnes grâces et des facilités financières de ces gens sérieux et responsables, de cet aréopage impressionnant, intimidant, comme par compensation je me nourris des avis de DSK et de Stiglitz considérant qu'on a étranglé la Grèce et qu'il aurait fallu lui remettre au moins une partie de sa dette au lieu de l'accabler.
Si, par un souci de validité européenne, je me prends à justifier l'attitude des puissants à l'égard de ces trublions furieux parce qu'ils croyaient qu'il leur suffirait d'être élus et de promettre la lune pour gagner, immédiatement me saisit une sorte de sympathie pour ces petits en face des gros, de ces contestataires réduits à l'absence de cravate et qui sont venus docilement quémander, argumenter et se justifier.
Qu'on ne vienne pas soutenir qu'il est si simple ce mystère grec et qu'elle est si limpide cette crise qui déboussole la Grèce en même temps que ceux qui sont bien imprudents de nous assurer qu'un Grexit évidemment n'affectera pas nos pays, François Hollande, avec son optimisme à proportion de ce qui lui échappe, nous l'ayant certifié.
Je ne sais pas. Dans cet entrelacs compliqué, où donner de l'affirmation, où de la méfiance, où du doute ? Où de la condamnation, où de la mansuétude ?
Le pouvoir grec est-il à honnir s'il rend l'Europe orpheline de lui ou l'Europe est-elle stupide ou cynique pour avoir tout fait pour qu'il parte avec un non qui peut-être brûlera ses vaisseaux ?
J'envie les tonitruants, les adeptes du il n'y a qu'à, les procureurs tout d'une pièce ou les avocats absolus. J'en ai assez de ce monde qui, sur beaucoup de plans, nous complique la tâche et nous interdit de foncer tête et intelligence baissées dans le gouffre.
Maintenant, c'est la Grèce pour les nuls. Si certains veulent me rejoindre, qu'ils n'hésitent pas.

www.philippebilger.com/blog
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Réflexions non hexagonales 2

L’être humain a une logique destructrice. Cette logique est entretenue, renforcée – plus que jamais – par la violence du VOIR. Cette violence nous environne constamment, qu’elle soit réelle (catastrophes naturelles ou pas, accidents, meurtres…) ou créées : spectacles, séries TV, films, dessins animés, BD, livres policiers… Les informations consistent en l’étalage constant et répétitif de morts plus ou moins violentes et de désastres. Si on n’y prend garde, une ambiance mortifère nous étreint. Les enfants, et surtout les jeunes ados baignent dans cette ambiance criminogène permanente. Le problème ne vient pas tant de ce que l’on montre mais  de ce que cette évocation suggère de violence en elle-même : tuer est si facile, mourir si commun, les êtres sont si éphémères et remplaçables.(1)

Selon Eliette Abécassis, le Mal  est un mystère, une énigme de la pensée. Devant toutes les catastrophes, les atrocités, les meurtres, le vieillissement, la souffrance, la cruauté, la mort, on ne peut que se poser la question de Job : Pourquoi ? Et le mal moral, le mal humain témoigne d’une pensée finie qui se heurte à un mur d’ignorance ; face au mal, la philosophie est en déroute. On peut s’interroger sans fin sur le fondement du mal, notamment sur le meurtre de masse, cette irrépressible tentation autoritaire : anihiler ce qui est "différent". Le meurtre individuel , cette pulsion constamment exploitée par les médias garde aussi son épaisse zone d’ombre. (2).
Chantal Delsol s’est récemment interrogée sur La haine sans mots : ces crimes commis dans la rue, sur n’importe qui, passants de hasard au mauvais endroit au mauvais moment, ou encore sur ces destructions violentes de biens ou de personnes par des individus isolés ou en groupes, lesquels n’expriment que rarement la cause de leurs actes : l’idée selon laquelle "…ces violences n’ont aucun motif affiché, simplement la haine d’autrui, due à une souffrance inexprimée : l’objet de la haine est "nous", la société dans laquelle nous évoluons ressentie comme injuste et n’offrant aucune perspective, définitivement bloquée dans le profit et l’indifférence… " conduit peut être au départ vers un Jihad illusoire.
Simone Weil avait déjà exprimé cette idée dans L’Enracinement : une société qui n’offre aucune perspective à ses enfants en leur proposant une insertion par l’effort, le travail, la construction d’un avenir commun est une société "tarée, qui doit être détruite ou transformée". Est-ce en train d’arriver ? Lorsqu’on met deux ou trois classes d’âge (notamment la plus jeune) en situation non pas de construire une vie commune, mais de réclamer toujours plus d’assistance, de secours, de subsides, de bouts de ficelles pour seulement survivre, en leur mettant sous le nez à la fois les possibilités de violence et les "niches" de fortune et de luxe inatteignables, on récolte la société dérivante qui conduit aux violences gratuites, à l’Orange mécanique de Kubrick, de plus en plus dénoncée, mais sans aucun remède.
Les vols de nourriture, le cadenassage des biftecks dans les super marchés (dénoncés par Natacha Polony), les vieillards au japon qui se font délinquants afin de se retrouver dans le doux cocon de la prison, alertent sur l’aspect moral de nos sociétés dites "avancées" : cela révèle surtout l’incohérence du pullulement urbain, l’absence de convivialité, d’intégration, les carences éducationnelles : la violence ressurgissant au moindre prétexte devrait alerter, or, comme l’exprime Giraudoux dans La guerre de Troie… " les puissants voient les malheurs du monde depuis une terrasse… ". Quels qu’ils soient ou aient été, les gouvernements successifs ont éludé les indispensables mesures de cohérence et d’évolution, sans doute incompatibles avec leurs promesses électorales. Le résultat est une société malade, fondée presque uniquement sur la matérialité et l’immédiateté : le vol, le meurtre, le rapt, le viol, l’assassinat sommaire, la prostitution, l’insulte, les coups, l’incendie volontaire –tellement répétitifs– semblent presque normaux.

Toutes les bornes sont franchissables, la pesanteur d’une morale, la crainte d’un châtiment, voire de l’enfer, ne jouent plus leur rôle. Or la  neutre morale sociale, celle qui permet de "vivre tous ensemble" en société ne joue plus son rôle, étant de moins en moins transmise. Les deux piliers de la transmission des valeurs sociales - la famille et l’éducation- sont en complète désagrégation, donc les bases civilisatrices de la société s’amenuisent à vue d’œil : le respect de la beauté, du passé, de l’histoire, des autres êtres humains ne sont plus de mise. Et ce ne sont pas les billevesées écolo-bio-techno qui peuvent prendre le relais. Etre "civilisé", c’est "être civil" : c'est-à-dire non-armé et courtois, l’agressivité –si nécessaire- étant confiée à ceux désignés pour l’assumer –armée, police –au nom de la collectivité.
La misère qui nous environne de plus en plus est autant morale que matérielle, car ceux qui en sont la proie n’y voient qu’une injustice sans issue, or ce qui est injuste est insupportable. La misère apporte forcément la violence et l’absence de frein moral tue le corps social qui, alors, se parcellise en groupes opposés. La bonne question est peut-être, maintenant : être civilisé est-il être occidentalisé ?

Après cette vallée, non de larmes, mais de perplexités, un autre angle de vue intervient : car, de fait, ce n’est pas tant l’Europe habituée à ses effondrements successifs et ses renaissances dues à sa créativité juridique, mais l’Amérique, qui nous sauve et nous accable, nous envoyant cycliquement ses militaires et  ses sottises financières. Malgré de brillantes démonstrations de "faiblesses", notamment dans la politique étrangère hésitante et les clashes financiers de l’Etat central, l’hégémonie nord américaine n’est pas prête de s’éteindre car ses atouts restent ses capacités de contrôle mondial (les produits, les loisirs, les voyages, tous les médias), la puissance de ses contrôles techniques et technologiques, son contrôle militaire établi depuis la 2WW et feu la Guerre Froide. Pour ce dernier, il ne s’agit pas d’un talent de terrain, mais plutôt de ce côté "invincible armada" que l’armée nord américaine est capable de déployer ; on l’a vu pour l’ex-Yougoslavie ou l’Afghanistan et l’Irak. Le résultat pouvant laisser dubitatif.
Le Central Control Data avec toutes ses armoires remplies de toutes nos vies, nos démarches et nos pensées contredit de manière absolue et totalitaire l’annoncé déclin de l’Empire américain. Il faut aussi souligner loyalement à quel point l’Europe est dépendante des USA : les entreprises européennes ont besoin du marché américain et de ses impulsions mondialisées. C’est un peu je t’aime moi non plus, dans un jeu où la France joue le jeu particulier de l’élève récalcitrant, depuis de Gaulle, revendiquant une indépendance stratégique et diplomatique qu’elle n’est plus en raison de ses carences financières, capable de pratiquer.

De son côté, peut être pour satisfaire des Cassandre du désastre imminent, par le biais de son National Intelligence Council (NIC), la CIA imagine régulièrement (tous les 5 ans) des scénarios d’un monde post-américain : le dernier, à horizon 2030 (on n’ose aller plus loin), est celui des Global Trends 2030 : on y découvre une profonde modification des règles de droit régissant le monde et les marchés par le biais des galopantes technologies nouvelles, la généralisation des OGM, de l’intelligence artificielle, du clonage humain, la récurrente question du manque d’eau douce, les modifications démographiques et climatiques. Il signale aussi la spectaculaire régression des WASP (en gros, les populations blanches) dans la société, ainsi que des îlots de violences quasi indestructibles. Le NIC propose 3 scénarios : celui d’une régression (reverse) qui serait un retour au pré-américain d’avant 1914, celui d’UN seul monde (coopération/fusion), celui, enfin, le plus probable d’une désintégration (fragmentation) avec un monde occidental affaibli, une montée de l’Asie et surtout de l’Afrique atteignant 1,5 milliard d’habitants, une instabilité constante, non pas avec des conflits majeurs mais des affrontements localisés, chaque entité sociale n’étant plus ficelée dans la notion d’Etat, acculée à de récurrentes tensions ethniques et culturelles.(3).

Alors ? Dans ce pathos de perspectives bloquées et de futurs déprimants QUE FAIT LE DROIT ? Que deviennent LES REGLES DE DROIT ? Que fabriquent les juristes ?
Le séduisant adage du professeur J.C. Pancracio "Seul le droit international  a une vocation universelle" illustre les évolutions contemporaines des relations internationales, les tentaculaires activités générées par les outils de l’ONU, et la belle astucieuse invention de l’Europe Unie, pallier intermédiaire entre les règles internes des Etats souverains et le pur droit international destinée –il faut le rappeler avec vigueur– dans l’esprit de ses "inventeurs Monnet, Schuman, de Gasperi, Spaak, Adenauer… à "redevenir riches et prospères ensemble".
Finalement, qu’est-ce que le Droit International ? Sans doute un ensemble de principes et de normes, créés par l’ensemble des Etats et organismes communs habilités à conduire des relations. En principe les individus y sont peu considérés, étant par définition sous le couvert de leurs droits nationaux. Au seuil où nous en sommes, cette définition est-elle toujours valide ?  Car les raccourcis technologiques et économiques déjà évoqués "plombent" singulièrement cette approche et de nombreux acteurs des échanges internationaux ignorent ou négligent cette approche. La mondialisation du droit constitutionnel  est-elle envisageable ?  Toute nation, tout Etat (ce qui n’est pas la même chose) revendique désormais d’être géré par une Constitution, de préférence écrite, introduisant une séparation des pouvoirs, pratiquant l’assemblée parlementaire et le principe électoral pour le choix de sa représentation et de ses leaders : ce schéma, issu des Lumières du XVIIIème siècle – est devenu universel, incontournable, même s’il peut être, de fait, le paravent d’une dictature, d’une oligarchie dominante ou d’un régime abusif. Très peu de peuples échappent désormais à cette configuration, édifiée par les Européens, sensée garantir le liberté et la sécurité des individus. Pour l’égalité, il faut surtout se pencher sur les comptes en banques, quant à la fraternité, elle semble bien en panne… Le droit international reproduit la plupart de ces principes dans ses grandes conventions, tentant de protéger en toutes circonstances des droits individuels et collectifs. Mais cela suffit-il ?

L’internationalisation du droit peut être conçue sous 2 angles :
Elle peut être un mouvement des règles internes vers l’extérieur, vers un pluralisme coopératif, ce qui est très majoritairement pratiqué aujourd’hui, les Européens, les Nord Américains et les Communistes ayant imposé l’essentiel de leurs propres principes aux autres peuples dans toutes les parties du monde.
Elle peut aussi être conçue – à l’inverse –comme des pratiques, des usages minoritaires mais qui finissent par s’imposer par leur utilité, leur pertinence, et que tous les intervenants de la scène internationale finissent par adopter, et mettre éventuellement en règles. Il ne faut pas oublier que nos usages internationaux ont commencé ainsi : par des pratiques maritimes non appropriées (par un souverain) de Haute Mer, dans un but de domination commerciale et militaire… Peut-être, en ce moment, nos usages commerciaux, financiers, technologiques, bancaires, instantanés sous leurs apparente confusion, génèrent-ils une évolution de ce type, basée sur des règles nouvelles qui restent encore à élaborer.
Le Juge intervient peu à l’International, et toujours avec retard. Par contre, ce qui est évident est l’absolue domination des pratiques nord américaines. C’est particulièrement visible chez les "jeunes" Etats, ou jeunes intervenants, ayant peu  ou pas du tout de passé juridique autonome at qui absorbent d’emblée ces pratiques US parce qu’elles sont commodes, compréhensibles et dominantes. En droit aussi l’effet de domination est très présent.

En fait, l’internationalisation du droit ne relève ni du seul droit international, ni des seuls droits nationaux, mais provient de leurs interactions au fur et à mesure que les échanges de tous ordres se multiplient. La juriste Mireille Delmas Marty (4) se demande s’il s’agit d’une pathologie résorbable ou d’une véritable métamorphose de l’ordre juridique : l’actuelle globalisation des flux financiers des informations et des échanges de biens conduit à une mutation des valeurs et de l’évaluation des risques : les luttes contre les attaques, les corruptions, les crimes et trafics, les violences s’uniformisent de même qu’émergent des références nouvelles comme les biens publics mondiaux ou les actes menaçant l’humanité (crimes de guerre, génocides). C’est encore faible, fragile, voire utopique, mais visible. Donc, au-delà de l’apparent désordre,  des flux nouveaux commencent à ébranler les composantes basiques de l’ordre juridique imposé par l’Occident : la territorialité, la responsabilité et la souveraineté ; les cas d’ingérences se multiplient au nom de nouveaux principes de vie considérés à l’échelon planétaire. C’est illusoire, ténu, timide, mais il semble qu’une "contrainte" globale généralisée veuille se profiler pour contrecarrer des souverainetés abusives ou dangereuses. Prosper Weil dans ses analyses a souvent évoqué "une société internationale malade de ses normes" indiquant "qu’il devient de plus en plus malaisé de cerner de quoi est fait une norme, à quoi elle oblique et envers qui". L’endémique pathologie juridique n’est-elle pas permanente car sans cesse en évolution, tout comme le société où elle s’applique, tout comme un individu contracte sans cesse de nouveaux maux et les surmonte les uns après les autres ?
 
(1) Gérard Bonnet, la violence du voir. PUF
(2) Eliette Abécassis, petite métaphysique du meurtre, PUF
(3) Rien à voir avec les "preppers" US qui se préparent à l’effondrement brutal de leur civilisation. Ils seraient une dizaine de millions, se défendant d’être paranoïaques. Mouvement très peu développé en Europe où on a l’habitude des grands coups durs.
(4) Didier Maus, Mondes et cultures, revue de l’Académie des sciences d’outremer, Tome LXVII.
(5) Mireille Delmas-Marty, l’internationalisation du droit, sur site ASMP 2013, intervention prononcée à l’Institut français d’Amsterdam le 22 Mai.
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Yémen. Erreur stratégique de l’Arabie Séoudite et faute contre le berceau de l’arabisme
 
Le 26 mars dernier, en déclenchant des frappes aériennes meurtrières sur le Yémen, sans l’autorisation d’aucune organisation internationale et même, selon toute vraisemblance, sans en référer à son grand allié d’outre-atlantique, l’Arabie Séoudite a entamé une agression contre un pays membre de l’ONU qui n’a déclenché aucune dénonciation du viol du droit international dans le camp atlantique, alors que la Russie et la Chine ont attiré l’attention du Secrétaire Général de l’ONU sur les dangers et les drames que ces frappes aériennes décidées unilatéralement  provoquaient.
 
Les Etats-Unis, mis devant le fait accompli, ont dû rapidement réagir en soutenant leur allié mais le général Lloyd Austin, chef du commandement central à Washington, reconnaissait fin mars qu’il ne connaissait pas les buts de guerre ni les cibles à atteindre. Depuis, le soutien américain se limite à du renseignement, faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, pour ne pas perdre la face. Il est clair qu’au moment où ils sont prêts de signer un accord avec l’Iran, ils veulent, là encore, assurer leurs alliés du Golfe, et sans doute aussi Israël, qu’ils ne les abandonnent pas.
Mais tous les experts stratégiques savent que ces frappes qui détruisent l’infrastructure d’un pays pauvre, tuant des civils innocents, privant les populations des moyens élémentaires de vivre, notamment de l’eau en détruisant des barrages, ne mèneront à rien et qu’elles ne font que faciliter la tâche d’Al Qaïda qui avait été chassé de nombreuses positions par les rebelles. La guerre que voudrait faire l’Arabie, avec le soutien de ses alliés du GCC, pour remettre au pouvoir son protégé qu’elle accueille chez elle, Abed Rabo Mansour Hadi, ne peut être gagnée que sur terre, ce qu’elle est incapable de faire. D’autant plus que des révoltes à l’intérieur de ses frontières la menacent désormais.
 
Les rebelles Houthis alliés de l’ancienne armée du Président Saleh, qui avait accepté de se retirer du pouvoir, dans la foulée des révoltes arabes initiées en 2011, avec un compromis politique, ont montré qu’ils savaient faire la guerre et possédaient des chefs aux connaissances stratégiques sans commune mesure avec leurs opposants. Les bombardements des provinces frontalières au sud de l’Arabie, d’ailleurs historiquement contestées, qu’ils ont déclenchés en représailles aux frappes aériennes sont efficaces et les seules frappes aériennes n’en viendront pas à bout.
L’Arabie veut voir dans les Houthis des chiites d’Iran, ce qui est totalement faux, mais elle reprend ainsi le discours de Netanyahou à Washington, pour caricaturer son action comme une défense des sunnites de la péninsule contre les ambitions iraniennes, alors que ce conflit n’a rien à voir avec une rivalité religieuse.
 
Les négociations engagées à Genève ont peu de chances d’aboutir à un accord tant que l’Arabie restera sur sa position pourtant intenable longtemps, surtout si la situation sur le terrain se détériore et si les Etats-Unis devaient les ramener à la raison. Elle ne peut pas gagner cette guerre qui résulte des rivalités internes à la famille royale et ne s’en sortira qu’humiliée mais après avoir commis des crimes contre un pays qu’elle a agressé parce qu’elle se sent acculée du fait de la distance prise par son grand allié depuis 1945. A partir du 30 juin, si l’accord nucléaire avec l’Iran est signé, les forces en présence ne seront plus les mêmes au Moyen-Orient.
15 juin 2015
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On a jamais eu autant besoin du CESE mais il faut le réformer en profondeur... ou le supprimer
 
Le Conseil Economique, Social & Environnemental n'a pas malheureusement réellement fait preuve de son caractère indispensable, ni même de sa réelle utilité aux yeux de nos concitoyens. Il pourrait être donné en gage d'un grand "coup de balai" d'économies à réaliser par des candidats politiques, ce qui serait populaire !
Or, paradoxalement il n'a jamais autant existé un tel besoin de cette assemblée dont le rôle est de représenter la société civile ainsi que les corps intermédiaires et qui souffre d’un quintuple déficit : légitimité, représentativité, utilité, efficacité et visibilité !
 
Il y règne un certain déséquilibre politique et économique compensé par l'obligation d’un "consensus" dans ses rapports et ses avis. Le patronat et les professions libérales notamment y sont peu représentés et le nouveau souffle entrepreneurial que connait le pays n'est pas présent. L’esprit d’entreprise est le grand absent de l’institution. La répartition des membres du CESE en "collèges" et leur poids respectif devraient être redéfinis pour mieux refléter la société française. Les diverses parties prenantes s'accordent à déplorer le caractère très artificiel du découpage en "groupes" et la division en "sections". Il serait judicieux que ces sections soient transformées en commissions de travail. On doit aussi se poser la question de conserver le principe des CESER (instances régionales) ?
 
Le bureau du CESE règle la dynamique de l'Institution gérée par une technocratie rassurante : les "règles" sont invoquées en permanence pour ne pas innover. De même, le mode de représentativité consistant pour les associations et syndicats à désigner leurs membres qui prennent les ordres chez ceux qui les ont nommés, pose question.
Le Président du CESE n’a que peu de marges de manœuvre et doit se "couler dans le moule" ; aucune séance d’actualité n'existe pour dialoguer et laisser les Membres s’exprimer.
 
Personne ne semble souhaiter l'influence et l'efficacité du CESE, compromises par la règle de ne pas travailler sur les dossiers d'actualité des deux autres assemblées.
Pour éviter l'écueil de ce consensus mou, il conviendrait de prendre fermement en compte dans les rapports les dissensus qui constituent une richesse. La France est le pays des rapports enterrés et de la multiplication des commissions. Le CESE en est l’illustration malgré, en son sein, des personnalités d’une grande compétence qui permettent que l’on traite légitimement de tous les sujets. Il est même insultant pour le travail effectué, de constater le peu de cas qui est fait des travaux, l'Assemblée n'ayant aucun droit de suivi sur ce qu’elle produit et qui laisse généralement indifférents le Sénat et l’Assemblée Nationale. Quant à la médiatisation qui pourrait intéresser l’opinion publique, c’est au rapporteur, s’il en a les moyens, de s’exprimer dans la presse...
 
En principe, le CESE peut être saisi par les citoyens et il est clair que nous avons "raté" l’occasion de  montrer ses capacités lors de la première interpellation par voie de pétition citoyenne (le mariage pour tous). Peu importe les bonnes ou mauvaises raisons de cet échec… Le CESE n'a pas osé se montrer indépendant du pouvoir en place, se couvrant par l'invocation de procédures et de clauses obscures. Il s’est d'abord contenté de recompter les signatures et de les vérifier… pour ensuite déclarer que c'était hors de ses compétences.
 
Pourtant aujourd’hui l’opinion publique souhaite être d'autant plus représentée que le discrédit de la classe politique augmente.  
L'état d'esprit est tel que le CESE pourrait être le réceptacle de référendums d’initiatives populaires quipermettraient aux citoyens de faire avancer des réformes dont le pouvoir politique n’a pas le courage. Dans beaucoup de domaines, l’opinion publique est en avance sur l’idéologie politique.  
 
Le CESE devrait être le forum non seulement des corps intermédiaires constitués mais également de plus de représentants de la société civile (rôle que jouent aujourd’hui les Personnalités Qualifiées). Il faut un relais entre un Etat écrasant et des individus qui se retrouvent dans le concept de "majorités d'idées". Il faut instaurer un nouveau dialogue entre le citoyen et l'Etat puisque le peuple se défie de plus en plus de ses "élites" et permettre des actions collectives : le CESE favoriserait une démocratie d'opinion canalisée.
Sur le fond, le CESE devrait systématiquement procéder –  avant d'élaborer ses rapports, avis, études ou évaluations - à une consultation générale et ouverte à tous, via Internet. La question étudiée par cette Assemblée serait soumise à l'opinion publique et les suggestions prises en compte, avant tous travaux.
 
Dans l’intérêt général, le CESE devrait absolument être chargé, en amont des lois, de procéder à une étude prospective et pré-évaluative qui serait communiquée au Conseil d'Etat quand celui-ci doit donner son avis sur un projet de loi. Un rôle novateur car, hélas ! Il n’existe pas d’institution en France dont la fonction est d’évaluer l’impact des lois avant de les "fabriquer". Il serait nécessaire aussi d'imposer d'enrichir tous les travaux d’une projection à 10 ou 20 ans des propositions émises. Une anticipation d'autant plus incontournable que les décisions politiques sont forcément conjoncturelles…
 
Sur le plan financier, saluons la mandature actuelle qui a assaini le budget, réformé le système de retraites (y compris pour ceux qui verront leur mandat renouvelé) et ouvert le Palais d’Iéna à des manifestations publiques judicieuses.
Pour exister efficacement (à moins qu'on ne veuille le supprimer ?), une réforme constitutionnelle semble nécessaire. Elle doit être étudiée sous plusieurs aspects : répartition et représentation, économies, pouvoir et devoir d’influence (actuellement le CESE n’est que consultatif) et enfin se poser la vraie question : quelle est la promesse d’amélioration réelle pour accompagner notre pays vers un monde en pleine mutation ?

Paru dans Le Monde
Sophie de Menthon
Chef d’entreprise, Personnalité Qualifiée au Conseil Economique Social et Environnemental, Présidente du Mouvement ETHIC
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De Versailles à la Samaritaine, l'emprise de la mondialisation
 
"Une tragédie !", c’est ainsi qu’Anish Kapoor réagit à la peinture jaune jetée contre son "Dirty corner", autrement dit "coin sale". L’artiste assure maintenant ne l’avoir jamais qualifié de "vagin de la reine" : ah, bon ? Les journalistes du JDD seraient –ils incompétents ? Kapoor refuse même la comparaison avec le Plug anal de McCarthy "sexuellement explicite et revendiquée comme telle", or  chacun sait, sans rire, que Kapoor est au-dessus de cela ; dans l’art très contemporain, le provocateur, c’est toujours l’autre. Kapoor s’est-il aperçu qu’un discours trop sexuellement connoté rend manifeste la véritable violation du patrimoine que constitue ce genre d’exposition ?
Si la direction de Versailles minimisait l’incident, l’artiste se plaint dans le Figaro : il se sent étranger en France et même dans son pays l’Angleterre (bien qu’anobli par la Reine…c’est dire) et s’inquiète de "l’intolérance" des extrémistes. Pas seulement des lanceurs de peinture, mais de ceux qui veillent sur un "passé sacralisé à l’extrême" sic. Dans l’art très contemporain, l’extrémiste, c’est toujours l’autre. Le vandale aussi. Pourtant toute son installation qui prend explicitement Versailles à rebours est un gigantesque piège à vandales, un appel grandeur nature, cornaqué par tous les médias, à venir "réagir". Le bénéfice est multiple : Sir Kapoor note que l’agression met "en évidence la force créative d'un objet inanimé", la presse est ameutée à nouveau et, l’agression changeant de camp, il peut jouer au martyr, se poser en moralisateur.
Une coïncidence montre d’autres retombées des manipulations du patrimoine.
 
Le 19 juin, le conseil d’Etat a autorisé le groupe de luxe LVMH, à remodeler, via la Samaritaine, Paris à sa guise : la construction d’un bâtiment commercial privé par Vuitton va donc détruire un îlot presque entier, pourtant protégé par les lois sur le patrimoine (abords de monuments historiques) et sur les sites (site inscrit de Paris) !
Or Paris a un tissus urbain unique au monde, (si elle n’est pas la seule ville qui puisse s’en flatter, on eut aimé Paris sonnant la résistance !) ; or ce joyau, qui, pour l’instant, nous vaut le déplacement des foules à travers la planète est en train d’être saboté, troué, déchiré, grignoté pour faire place à cette architecture passe partout dont l’arrogance marque l’empire de la mondialisation. Et ces opérations juteuses se dissimulent derrière les concepts mis au point pour imposer l’AC depuis des lustres : le passé, les acquis ? Mais voyons, il faut les "moderniser", les "actualiser" ou (plus fourbe) "dialoguer" avec eux pour mieux les "détourner" et se les "approprier" ; au nom de la "rupture" permanente toute les formes de "m’a tu vu" sont justifiées. C’est une régression de 40 ans en arrière, aux pires moments du pompidolisme immobilier. La tragédie, la vraie, est la vacance de l’Etat qui au lieu de défendre le bien public, laisse faire, voir accompagne son délabrement. La classe politique, de gauche comme de droite, se rend-elle compte que des affaires comme celles de Kapoor ou de la Samar rendent visible sa démission sinon sa compromission ?
 
L’AC, l’art contemporain officiel et financier, joue un double jeu :la violation du patrimoine ne sert pas seulement les cotes.Il s’agit (Kapoor le dit) de "désacraliser le patrimoine", autrement dit de le faire basculer du statut de bien commun intouchable à celui de marchandise monnayable. Pour réussir ce déclassement, il faut le ridiculiser, le mettre cul par-dessus tête, amener le citoyen à en rire, à se dire que Versailles est un Luna Park comme un autre. Donc humilier Le Notre, et son idéal d’harmonie incarné dans l’ordonnance du "jardin à la française", caviardé ici par un gros pâté sur le tapis vert, là par un vortex plongeant vers les abîmes en niant l’essence de Versailles. Or rien de plus facile que de perturber l’œuvre d’un autre, d’y agir en parasite en "semant le chaos" et s’étonner de récolter la tempête.
L’AC à Versailles signifie au public que désormais le n’importe quoi règne, qu’il n’y a plus ni critères artistiques ni cohérence historique, rien sur quoi le citoyen puisse s’appuyer pour revendiquer, résister. Une fois le patrimoine et l’histoire désacralisés, tout est à vendre au plus offrant. C’est le principe de la conquête à l’anglo-saxonne : la terre est à celui qui en donne le meilleur rendement. Ainsi a-t-on dépouillé les indiens, ainsi spolie-t-on aujourd’hui les vieux peuples européens de leur patrimoine. Pour ajouter l’amnésie à l’anesthésie, Louis XIV (comme Napoléon) sont en train de sortir des programmes scolaires. La mondialisation n’a pas besoin de citoyens mais de têtes de linottes qui applaudissent sur commande et payent. Waterloo, c’est maintenant.

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Le logement et le logement social en France : éléments de diagnostic
 
 
Les politiques françaises de logement social menées ces dernières décennies n’ont pas conduit à des résultats probants. Cela tient au paradigme, constant en France, selon lequel la réponse quasiment unique aux besoins de logement des populations (1) serait ce que l’on nomme "le logement social", c’est-à-dire à la fois la construction et la gestion de logements par des organismes bénéficiant de financement publics partiels, directs ou indirects. Il en résulte que les gouvernements favorisent l'implantation du logement social mais oublient qu'il existe d'autres modalités d’offre de logements qu'il faudrait faciliter.
 
Les difficultés du logement social
Or, la formule dite du logement social ne peut résoudre tous les besoins de la France en matière de logement, pour une raison simple : les normes actuelles signifient que les deux tiers de la population des locataires devraient pouvoir accéder à un logement social. Pour parvenir à un tel pourcentage, il faudrait des financements publics considérables auquel aucun gouvernement ne parviendra.
Résoudre les besoins en logement suppose donc d’augmenter l’offre de logement en encourageant l'investissement privé dans ce secteur, ce qui permettrait de satisfaire aussi les catégories sociales inférieures.
Mais cela ne se concrétise pas pour deux raisons : premièrement, parce que les conditions fiscales et réglementaires s’appliquant aux placements dans l'investissement logement restent défavorables, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles les grandes compagnies d'assurances se sont largement retirées du marché du logement ces dernières décennies ; en second lieu l'État, pour faire face à son endettement, a, sans l’avouer, favorisé et favorise des mécanismes orientant l'épargne des Français vers des produits financiers facilitant le comblement des déficits publics plutôt que vers des placements orientés en direction du logement.
 
Désormais, il est probable que le logement social va éprouver de nouvelles difficultés. Ces dernières années, les collectivités territoriales, et notamment nombre de communes, ont largement aidé les organismes HLM : subventions, aux côtés de l’État et d’Action Logement (2), au financement de nouveaux logements sociaux (3) ; prise en charge de la voirie, de réseaux, de l’entretien de terrains, de la réhabilitation de logements, etc. Mais la réduction des dotations de l’État aux collectivités territoriales, entamée en 2015, va probablement réduire ces aides.
Pourtant, comme nous l’avions proposé (4), il faudrait sortir de l’alternative "tous propriétaires" ou "tous en HLM" qui semble gravée dans le marbre de nos lois, ces dernières ne laissant qu’une place résiduelle au parc locatif privé.
 
Géographie et maldonne urbanistique
Comme nous l’avions auparavant montré (5), la grande institution statistique française reconnaît (6), pour la première fois, certes indirectement, que la géographie des besoins de logement est différente de ce qui était affirmé. La géographie de la pauvreté, que l’on répétait auparavant à l’envi, accompagnée de l’idée d’une gentrification systématique en centre-ville, n’est pas la réalité. Il est donc important d'insister sur le fait que la question ne se limite pas seulement à considérer les besoins des populations dans leur ensemble, mais consiste aussi à préciser la géographie des besoins et les lieux où il faut construire.
En effet, dans les aires urbaines, des logements sociaux ont été construits, mais souvent, en vertu de l’idéologie fonctionnaliste de la Charte d’Athènes, selon une rationalité urbanistique guère humaniste et à l’écart de quartiers anciens urbanisés. Résultat : de nouveaux quartiers sans identité ont rendu et rendent difficile, en raison de leur caractère enclavé, la vie des populations. L’accès de leurs habitants à la diversité des emplois sur le marché du travail est rendu pénible par les difficultés de transport. Il faut se rappeler que les émeutes de 2005 ont démarré à Clichy-sous-Bois, dans un territoire extrêmement enclavé et à l’écart des transports en commun, donc à l’écart de la ville.
 
La mixité sociale détériorée
La mixité sociale est un phénomène tout à fait étonnant dans la mesure où il n’en est question que depuis qu'elle n'existe plus guère. En effet, dans l'urbanisme de la fin du XIXe siècle à Paris, la mixité sociale pouvait exister. Les immeubles haussmanniens hébergeaient au sein d'un même immeuble des catégories sociales différentes réparties selon les étages. Or, au cours du dernier demi-siècle, cette mixité a disparu dans la mesure où des politiques d'urbanisation ont conduit  à une segmentation sociodémographique accentuée.
D’abord, il y a eu les encouragements visant à réserver des logements neufs à l'extérieur des centres-villes aux jeunes ménages, empêchant ainsi non seulement la mixité sociale mais aussi la mixité générationnelle. Mais la mixité sociale s'est aussi détériorée parce que l'État n'assure pas l’une de ses tâches régaliennes essentielles : la sécurité sur l’ensemble des territoires français. Or, en matière d'insécurité, les Français constatent des différences en fonction des territoires, et il ne peut y avoir de possibilité de mixité sociale là où il n'y a pas de sécurité, particulièrement dans les zones de non-droit. Ainsi, dans les territoires où l'insécurité est élevée, la mixité sociale se trouve affaiblie par le départ de certains commerçants comme par celui des populations qui ont l’opportunité de les quitter.
 
Évaluer les conséquences des lois pour mieux préparer le futur
En Île-de-France comme dans d’autres zones où le marché du logement est particulièrement tendu (7), les classes moyennes se trouvent confrontées, à la fois, à une quasi-impossibilité d’accéder au logement social et à des difficultés d’accès au logement compte tenu de la faiblesse de l’offre. L’augmentation de l’offre de logement devrait être la réponse impérative.
Or, incontestablement, la loi ALUR (loipour l'accès au logement et un urbanisme rénové) du 26 mars 2014, contrairement à son intitulé, a contribué à accentuer le découragement des investisseurs vers le logement, en prévoyant des mesures telles que le contrôle renforcé des loyers ou la garantie universelle des loyers, mesures perçues comme génératrices de frais, de contentieux ou de tracasseries administratives. Beaucoup de Français savent que, pour acheter même un garage, l’épaisseur des documents à signer chez le notaire est devenue considérable. En outre, la multiplication des normes concourt également à diminuer la fluidité dans le logement.
D’où, souvent, des centres-villes sans mixité, avec une concentration, d’un côté, des classes supérieures et, de l’autre, des catégories les plus pauvres (8). Les classes moyennes ont été largement contraintes de quitter les centres-villes pour trouver un logement correspondant à leurs besoins et à leurs niveaux de vie. Toutefois, certains occupants des logements sociaux n’appartiennent pas aux catégories les plus pauvres ; il y a forcément parmi eux des personnes de catégories intermédiaires puisque, comme précisé ci-dessus, les plafonds de revenus donnent théoriquement accès à environ deux tiers des locataires et que, compte tenu du très fort écart entre loyers sociaux et loyers privés, les occupants du parc social entrés avec des revenus inférieurs aux plafonds ont tout intérêt à y rester (même avec un surloyer) s’ils dépassent les plafonds (d’où un taux de mobilité très faible au sein de ce parc).
 
Depuis la loi Gayssot du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite loi SRU, qui impose un pourcentage minimum de logements sociaux dans chaque commune de plus de 3 500 habitants (1 500 en Île-de-France) des agglomérations urbaines importantes, pourcentage augmenté avec la loi du 18 janvier 2013 (9), les pouvoirs publics expliquent que cela pourra résoudre les problèmes de logement. Pourtant, les résultats sont contraires : plus l’argent public finance le logement social dans les zones les plus tendues, là où il est le plus cher à construire, moins il y a d’argent public disponible pour financer ces logements dans des zones moins chères et, au total, avec une même enveloppe budgétaire, on produit moins de logements sociaux (10). Il serait temps que la France accepte la réévaluation de ses lois pour les corriger plutôt que de les renforcer lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des annonces.
 
Comprendre les difficultés du logement social suppose aussi de s’intéresser aux modalités de son affectation à de futurs locataires. Dans le système français, c'est en partie l'État qui décide d'affecter les logements sociaux, sans tenir nécessairement compte des réalités locales et des besoins des habitants de la commune. Or, certains élus seraient plus favorables à la mise à disposition de terrains pour des logements sociaux s’ils savaient que ces derniers bénéficieraient dans des proportions plus importantes à leurs habitants en attente de logement.
 
(1) Sur "Les causes démographiques de la crise du logement", cf. Dumont, Gérard-François, Informations sociales, n° 183, mai-juin 2014, p. 26-34. http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2014-3-page-26.htm
(2) Programme qui gère la participation des employeurs à l'effort de construction ; cette participation s'élève depuis 1992 à 0,45 % de la masse salariale.
(3) Cf. le rapport "Logement en Île-de-France : donner de la cohérence à l’action publique" de la Cour des compte, 8 avril 2015, pour le cas de cette région.
(4) Dumont, Gérard-François (direction), Populations et territoires de France en 2030, le scénario d’un futur choisi, Paris, L’Harmattan.
(5) Dumont, Gérard-François, Géographie urbaine de l’exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises, Paris, L’Harmattan.
(6) Insee première 1552.
(7) Il y a des zones non tendues où l’offre est excessive par rapport à la demande : taux de vacance relativement important dans le parc social, faibles écarts de loyers entre parc privé et parc social, logements locatifs neufs privés subventionnés ne trouvant pas preneur, etc. De façon plus générale, l’effet des constructions sur la croissance démographique est très inégal : cf. Léger, Jean-François, "Logement et territoire", Population & Avenir, n° 711, janvier-février 2013.
(8) Dumont, Gérard-François, Géographie urbaine de l’exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises, op. cit.
(9) Relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement et au renforcement des obligations de production de logement social.
(10) Rapport "Logement en Île-de-France : donner de la cohérence à l’action publique", op.cit., p. 103.  
                  
 
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“Laudato si”

“Laudato si” : l’écologie comme science de la maison de la famille humaine.
En publiant l’encyclique Laudato si’, le pape François a-t-il écrit une encyclique sur l’écologie ? A-t-il manifesté un engagement d’écologiste ? Je préférerais dire qu’il a fait œuvre d’écologue. J’ose même dire qu’il a fondé (peut-être sans le vouloir) l’écologie vraiment scientifique, au sens de ce que sera la science dans l’avenir, une fois que son caractère de "technoscience" aura été intégré dans un nouveau modèle de savoir, à la fois plus large et plus précis – et dont l’application compte moins d’effets mortifères.
 
Il n’y a pas de science sans la puissance du concept.
Les plus anciens exemples en sont sans doute le concept d’attraction universelle, ou le principe d’inertie. Par ces concepts surpuissants, notre esprit saisit et imagine à la fois l’essentiel structurant qui définit l’un de ses objets. Une fois acquise la définition de base vraiment conceptuelle et féconde, et la méthode de son emploi, l’esprit cesse de tâtonner sans résultat, il vole de vérité en vérité avec aisance et certitude. 
 
La science de la maison et de la famille
Quelle est donc cette définition si féconde ? Tout simplement, rejoignant ici la sagesse du langage, l’encyclique nous dit que l’écologie est d’abord la science (logos) de la maison (oikos, oikia) et de la famille (oikos, oikia). Cette maison est celle de la famille humaine. La terre est (pour l’instant ?) l’unique maison que possède cette famille. L’écologie est la science de la planète terre considérée comme la maison de cette famille.
Mais cette famille fait elle-même partie d’une famille plus large, qui est la famille de tous les êtres, qui est en même temps maison universelle – famille-maison de toutes les créatures, construite et rassemblée autour du Créateur, qui est le Père commun à tous, le Père de la famille universelle, qui inclut toutes les espèces, animales, végétales, minérales. Tous lui ressemblent, soit plus, soit moins, et donc tous ont entre eux un air de famille. "Toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres" (n. 42). Cela s’appelle, en philosophie, la participation ou l’analogie universelle, ou encore l’analogie de l’être.
Chaque être a sa famille et aussi sa maison. C’est pourquoi, plus généralement, "l’écologie étudie les relations entre les orga­nismes vivants et l’environnement où ceux-ci se développent" (n. 138). Elle est l’étude de la "maison" de chaque organisme, de chaque espèce. Et comme nous vivons tous dans l’ensemble que nous formons ensemble, chacun est à la fois maison pour les autres et cousin membre de la famille universelle. Tel semble être, d’un point de vue philosophique, le sens le plus profond de la référence à saint François d’Assise.
 
Un lieu de solidarité
Tous les êtres sont les uns pour les autres à la fois des cousins, plus ou moins éloignés, et des pierres de sa maison, des aides, des aliments ou des remèdes pour son corps. Cette maison est une famille et une famille de familles. La nature n’est pas qu’un lieu de concurrence, mais d’abord un lieu de solidarité, où tout est lié à tout et dépend de tout pour être et être bien. "L’interdépendance des créatures est voulue par Dieu. Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l’aigle et le moineau : le spectacle de leurs innombrables diversités et inégalités signifie qu’aucune des créatures ne se suffit à elle-même. Elles n’existent qu’en dépendance les unes des autres, pour se compléter mutuellement, au ser­vice les unes des autres" (n. 86).
L’Homme est dans la maison la seule famille qui sait, ou qui pourrait savoir que nous vivons tous en famille dans l’Être. Il est pour ainsi dire l’adulte responsable, ou le grand frère, au milieu de ses tout jeunes frères et sœurs qui ne savent pas parler.
C’est pour cela que cette maison est aussi comme la sœur de l’Homme, et, en un sens, sa mère.
Celui qui hausse ici les épaules devrait comprendre qu’il le fait par soumission à un idéal scientifique en partie dépassé. Ce sentiment "franciscain" n’est pas un "romantisme irrationnel" (n. 11) et "un obstacle à dépasser" (n. 54). Il n’est que l’épanouissement affectif d’une conception vraie, qui ne fait plus violence à l’Homme. Il porte aussi en germe des modes d’action raisonnables et sages, qui ne font plus violence à la nature, à notre maison. La science est-elle raisonnable, si la technique qui en sort, faute de prendre en considération d’autres régimes de connaissance et de vérité, et faute de renoncer à une pratique toute de consommation, de domination et de propriété, détruit l’Homme et toute vie avec lui ? 
 
Humanisme intégral
On ne peut étudier la famille sans la maison, ni la maison sans la famille. L’écologie ne peut être environnementale seulement. Elle doit aussi être sociale, économique, politique et culturelle : une écologie intégrale (chapitre 4). Ce terme fait sans doute pendant à la notion d’ "humanisme intégral". L’encyclique manifeste clairement comment c’est l’ "humanisme anthropocentrique", ou si l’on préfère, exclusif, qui est la racine de la crise écologique, autrement dit, du délabrement croissant de la maison commune (chapitre 3). L’écologisme intégral est un humanisme intégral et un humanisme intégral est un écologisme intégral.
L’Homme est né dans cette maison, et il en fait vraiment partie, pourtant ce n’est pas elle qui l’a engendré en totalité.
"Bien que l’être humain suppose aussi des processus évolutifs, il implique une nouveauté qui n’est pas complètement explicable par l’évolution d’autres systèmes ouverts. [...] La capacité de réflexion, l’argumentation, la créativité, l’interprétation, l’élaboration artistique, et d’autres capacités inédites, montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique. La nouveauté qualitative qui implique le surgissement d’un être personnel dans l’univers matériel suppose une action directe de Dieu [...] " (n. 81).
Si l’Homme fait partie de la maison commune qu’est la nature, s’il est tout formé de sa matière et de son humus, et si cependant, il vient d’ailleurs, il en résulte cette conclusion évidente, mais surprenante, que la nature est naturellement liée à cet ailleurs d’où vient en elle l’Homme, cet être qui vient d’ailleurs. Il y a donc un mystère de la nature, de la physis.
La révélation de ce mystère, c’est la bonne nouvelle (= l’Évangile) de la création (chapitre 2).   
 
La crise écologique
Mais l’Homme se conduit étrangement. Il ne sauvegarde pas la maison commune. Il manque de douceur envers le reste de la famille. Il se moque du Père. Et la maison craque, la maison menace ruine — elle menace de lui tomber sur la tête. C’est la crise écologique (chapitre 1).
"Cette sœur, écrit François, crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses pro­priétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symp­tômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants."
L’encyclique reste prudente.
"Dans certaines discussions sur des ques­tions liées à l’environnement, il est difficile de par­venir à un consensus. Encore une fois je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun" (n. 188).
La condition de sauvegarde de la maison et de la famille, c’est la sagesse, la spiritualité, la bonne éducation (chapitre 6). Elle inspire la politique et l’économie d’un monde nouveau (chapitre 5), qui est le seul qui puisse avoir un avenir.
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Panthéon
 
Des circonstances d’ordre privé ont fait que je me suis retrouvé parmi les invités de la tribune présidentielle pour la cérémonie d’entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay. Accepter pareille invitation impose un devoir de réserve, ne serait-ce que par respect pour les personnalités honorées ce jour-là, et pour les institutions dont on est l’hôte. Bien sûr, l’église Sainte- Geneviève sera toujours pour moi l’église Sainte-Geneviève, et la République n’était peut-être pas obligée de la profaner pour honorer la Mémoire de ses grands hommes (et femmes). Mais enfin, j’ai choisi de laisser de côté certains sentiments personnels devant les exemples de vertus, de talents, d’œuvres admirables, d’héroïsme, de souffrances et de martyrs qui reposent désormais, au moins symboliquement, en ces lieux.
 
La veille, une autre cérémonie se déroulait en l’Hôtel national des Invalides, à l’invitation de la Chancellerie de l’Ordre de la Libération. Il s’agissait d’un concert, donné dans le cadre de la salle Turenne. Le programme, superbe, alternait subtilement des lectures de très beaux textes relatifs aux "panthéonisés" et des pièces musicales, magnifiquement interprétées par la Maitrise des Demoiselles de la Légion d’honneur et le Chœur de l’Armée française. Au très poignant "Chant des marais", succéda, entre autres, l’émouvant "Mon ange" écrit par Germaine Tillion au camp de Ravensbruck, le "Deo gratias" de Britten et l’ "Alleluia" de Randall Thomson. Le "Chant des partisans" clôtura la cérémonie devant une assistance debout, dont je doute qu’un seul participant n’ait pas eu la larme à l’œil et l’échine parcourue de frissons en écoutant l’interprétation bouleversante du Chœur de l’Armée.
 
Si je me permets maintenant d’évoquer une seule fausse note, c’est qu’elle ne vint pas du concert lui-même, mais d’un petit livre qui était vendu à la sortie. Mis en confiance par l’indiscutable communion patriotique que nous venions de vivre, j’achetais un exemplaire de cet opuscule. Hélas… Autant les textes de tous les "panthéonisés" eux-mêmes, je dis bien tous, lus au cours de cette soirée, avaient témoigné d’une hauteur de vue, d’une pureté, d’une grandeur d’âme, et même parfois d’un certain humour, autant le texte de cet opuscule, dans son dernier chapitre, m’a écœuré  par un parti pris d’un sectarisme totalement déplacé en ces circonstances. Je cite : "La France de Jean Zay, cette patrie reconnaissante soixante et onze ans plus tard, ce n’est pas une France qui aurait toujours été là, ce n’est pas le fétiche essentialiste des nationalistes d’exclusion, c’est la patrie républicaine forgée depuis 1792, entrée au port dans les années 1870."  Et c’est un enseignant en histoire (sic) qui produit cette phrase sectaire et haineuse, cette vision tronquée d’une France qui ne commencerait que dans le bain de sang de la Terreur… Nier ainsi plusieurs siècles d’histoire de France, jeter aux oubliettes tout ce qui s’est passé avant 1792, dénier aux hommes et aux évènements d’avant 1792 le droit de procéder de notre histoire nationale, ce n’est rien d’autre qu’une forme de négationnisme. En des heures solennelles consacrées à une authentique communion nationale, dans le cadre prestigieux des Invalides (qui est à lui seul un démenti cinglant à toutes ces sornettes), il ne devrait pas y avoir de place pour de tels propos.
 
Ma révolte ne fera que croitre le lendemain, au Panthéon, quand je découvrirai que le même opuscule était offert à chaque invité de la tribune présidentielle… Là, ce n’était plus un malencontreux hasard, c’était une entreprise de démolition savamment orchestrée, et qui en dit long sur certaines intentions, à peine dissimulées sous le fard d’un consensus mou officiellement affiché. J’ai dit que je ne commenterai pas la cérémonie elle-même, je m’y tiendrai. Je veux garder intacte l’émotion qui étreignit les familles à l’arrivée des cercueils, accompagnée par les accords sublimes du "Panis angelicus", un moment de grâce et de lumière qu’aucune ombre de haine ou de sectarisme ne viendra jamais ternir. Car ce sont la grâce et la lumière d’une "France qui a toujours été là", d’une France qui, comme une mère, embrasse tous ses enfants dans un amour qui ne se divise pas, qui ne divise pas, mais qui, au contraire se multiplie sans cesse.
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