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Pourquoi la caste doit s'ouvrir à la société civile
 
Le référendum irlandais approuvant le mariage homosexuel, ajouté à la percée des nouveaux partis Podemos (Nous pouvons) et Ciudadanos (Citoyens) en Espagne, ce week-end, font ressortir les blocages de la politique en France. Les mêmes acteurs s‘y approprient encore la scène, en dépit des bilans catastrophiques laissés par la droite et la gauche.
Il est anormal que la prochaine présidentielle s’apprête à mettre à nouveau en compétition des Sarkozy, Juppé, Hollande, Le Pen (Marine), alors que la société civile est plus éruptive que jamais et que les partis sont désertés par leurs militants. La crise de confiance, qui mine la démocratie représentative, est unanimement diagnostiquée désormais. Elle ne se contentera pas de la perpétuation d’un modèle dépassé. Le discrédit politique, admis aussi bien par Jean-Paul Delevoye (président du Conseil économique et social) (ce lundi, Europe 1) que par Arnaud Montebourg, qui n’a pas pour autant renoncé à son rendez-vous annuel, aujourd’hui, sur le Mont Beuvray (Morvan), oblige le système asphyxié à s’ouvrir à la société.
L’accusation en populisme, qui discrédite toute vision non homologuée par la caste, ne fait qu’attiser l’insurrection qui vient.
Car il est faux de croire la France encore silencieuse. Tout au contraire, elle hurle pour se faire entendre. Outre La Manif pour Tous et les Bonnets rouges, initiateurs de la révolte civile, innombrables sont les mouvements alternatifs qui, eux, ont des idées nouvelles à défendre : Entrepreneurs d’avenir, Economistes atterrés, Pigeons, Plumés, Sens Commun, L’Avenir pour tous, Regards Citoyens, les Zèbres, etc., sont autant de rassemblements ayant des expertises et qui devraient intégrer le débat public, enrichir les partis, inspirer le législateur. Les laisser dans l’ombre  ne peut qu’accélérer l’implosion de la démocratie malade.
 
Certes, la reconnaissance du mariage homosexuel en Irlande (à 62%) et la montée de Podemos, après Syriza en Grèce, à Madrid et Barcelone sont d’abord des résultats qui enchantent le progressisme a bout de souffle. Ils ne permettent pourtant pas d’en tirer de généralisations politiques.
Economiquement, l’exemple de Syrisa est bien le désastre démagogique qui avait été annoncé, et qui pourrait faire sortir la Grèce de l’Euro. Alors que, en France, Nicolas Sarkozy s’en engagé à abroger la réforme Taubira, l’officialisation du mariage gay en Irlande s’inscrit dans un contexte particulier. En effet, si la France fait obligation de passer par le mariage civil avant d’aller devant le prêtre, le pasteur, le rabbin ou l’imam, cette injonction n’existe ni en Irlande, ni en Grande-Bretagne, ni en Espagne. Dans ces pays, l’officiant religieux suffit à valider l’acte public. Y reconnaître civilement le mariage homosexuel ne change donc rien à ceux qui, encore majoritairement, choisissent de se marier religieusement, dans une cérémonie qui reste réservée à l’union d’un homme et d’une femme. Alors que la France a imposé civilement un "mariage pour tous", qui ne peut en effet être contourné, cette expression n’est donc pas adéquate en Irlande puisqu’il existe une échappatoire. Pour autant, le recours facilité au référendum est la solution idéale qui, seule, saura trancher les nœuds gordiens qui empêchent la France immobile de se réformer.
Dans tous les cas, le monde politique sclérosé doit s’ouvrir urgemment au peuple qu’il ne représente plus. Il doit lui redonner la parole, avant qu’il ne la prenne plus brutalement.

blog.lefigaro.fr/rioufol
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Palmyre ou le crime d’indifférence
 
Depuis trois jours, l’Etat islamique massacre les populations de la ville de Palmyre dont il a pris le contrôle. 127 personnes ont été décapitées, dont 67 civils, femmes et enfants. Et ce n’est que le début. Un tel meurtre de masse de la part de conquérants qui exterminent méthodiquement les populations tombées entre leurs mains est sans précédent depuis l’époque des nazis.
Les Etats-Unis, qui ont une part essentielle dans la déstabilisation de la région ne bougent pas. M. Obama est absent. L’histoire ne l’oubliera pas. La France se pavane devant ses triomphes au festival de Cannes, se passionne pour les sondages des présidentielles deux ans à l’avance et détourne pudiquement les yeux devant un épouvantable génocide d’une cruauté inouïe. Les dirigeants pensent à leur réélection. Les médias s’en désintéressent totalement. Les intellectuels, défenseurs des droits de l’homme, donneurs de leçon professionnels et autres ONG sont muets.
La léthargie du monde occidental est une chose, mais les autres puissances qui pourraient intervenir, la Russie, l’Iran, la Turquie, laissent faire passivement.
Nous assistons à un véritable crime de non-assistance à personnes en danger. Nous regardons souvent avec horreur les lâchetés du passé, la non intervention au Biafra, au Cambodge de Pol Pot, au Rwanda des années 1990. Mais le monde fait pire aujourd’hui car tout le monde sait ce qui se passe là-bas. Il n’a aucune excuse, aucune circonstance atténuante. L’Amérique est à la ramasse. Le Conseil de sécurité de l’ONU se tait. L’Union européenne ne dit rien et ne fait rien. La Ligue arabe est inerte… Silence, on extermine. Dans quelques décennies, si l’on enseigne encore l’histoire, les étudiants se diront : mais comment a-t-on pu laisser commettre de pareilles atrocités, comment le monde a-t-il pu tolérer un tel niveau de barbarie sans bouger d’un pouce ?

maximetandonnet.wordpress.com
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La bouffonnerie de l’Art contemporain (AC)
"ses malheureuses victimes, ses bienheureux bénéficiaires"

L’AC, l'art très contemporain, officiel et financier, se revendique souvent comme une bouffonnerie qui actualiserait celle des fous, des nains des cours, ou des carnavals d’antan. Le ton drôle et caustique de Nicole Esterolle convient donc à merveille pour décrire ce "Fukushima culturel", qu’est l’AC ; de son vocabulaire truculent, elle tacle "la préciosité cérébro-linguale" de l’Art conceptuel mais aussi "ses têtes à claques faussement subversives mais vraiment fonctionnarisées", ses ténors qu’ils soient "outilleur visuel" comme Buren ou virtuose es "esthétique pâtissière, et culture vaseline" tel Koons.
Quant aux apparatchiks de cet art bureaucratico financier, ils se demandent si Nicole ne serait pas l’une des leurs, passée à la résistance, tant elle est informée des marottes du "personnel sécuritaire" de l’AC, atteint de "questionnite" et de "pédagogite" aigües. L’expansion de la "secte métastasique des adorateurs du porte bouteille et de la roue de vélo", suscite son hilarité comme ceux qui se prosternent devant les subventions en répétant : "il n’y a d’art que contemporain et Marcel Duchamp est son prophète".

Estérolle est la découvreuse de cette nouvelle espèce d’artistes qui, par génération quasi spontanée, a éclos à la fin des années 80, dans les laboratoires des Frac, Drac et autres Fnac : c’est elle qui l’a baptisée "schtroumpf émergent" et indiqué aux zoologues que Montrouge est un repaire de l’espèce invasive. Et gare à ceux, ils sont légion hélas, qui, pour complaire aux maîtres-penseurs, ont la malencontreuse idée de schtroumpfiser leur travail ! Nicole est aussi très en verve contre ceux qui traitent de nazi quiconque ose critiquer l’AC : contre ces "critico-niqueurs d’art" elle a d’ailleurs inventé de les récompenser du prix Fayot …
 
En France, l’ironie assortie d’une analyse et d’un exposé informatif est caractéristique des intellectuels dissidents de l’AC. On pourrait aussi citer le fameux "c’est officiel : il n’y a pas d’art officiel !" d’Aude de Kerros, qui préface l’ouvrage mais le style incisif d'Esterolle est néanmoins unique. Se moquer de l’AC est un exercice périlleux car il revendique la drôlerie. Difficile, par exemple, de rire de "L’atelier Bien Mal Faire" qui initie des scolaires à l’art contemporain, car l’autodérision de cet intitulé officiel désamorce par avance toutes les railleries... mais pas celles de Nicole.
 
L’AC prétend en outre nous rendre le service de mettre "à nu, sur le mode comique pour que l’exercice demeure supportable, la nature humaine et ses désordres". En ce sens, il ne serait guère éloigné des "vanités" sic (1). Cette référence historique est controuvée. Ce n’est pas parce qu’un pouvoir autorise la présence d’un "fou" qu’il en devient légitime ou sympathique. Un des premiers bouffons mentionnés travaillait pour… Attila ! Le fou est (idéalement) celui qui, par le rire, distrait de la charge du pouvoir mais surtout : "coupé de la réalité par les flatteries, les craintes, les mensonges et les intrigues de son entourage, le souverain n’apprend la vérité que par son fou (surtout la vérité pénible, celle qui blesse…)" (2).
Le Moyen-âge chrétien en raffola : seigneurs, prélats, municipalités, corporations avaient le leur. Auprès du roi, le "fol en titre d’office" est nommé à vie : le fou est un fonctionnaire, grassement entretenu ; Brusquet fut richissime et Chicot, capitaine. Il y eut aussi des folles parmi eux, tous sont "gens importants, internationalement connus ; on se les achète, on se les prête… ".

Au XIVème on distingue de véritables dynasties de fous, voir des centres de formation : le fou est polyvalent, chanteur, mime, acrobate, etc. ; il pratique l’interdisciplinarité avant la lettre. Le bouffon est supposé de basse extraction (ce qui sera de moins en moins vrai), pour faire entendre au roi le bon sens populaire. Mais l’institution évolue au point que l’historien Maurice Lever (3) se demande si le fou est un contre-pouvoir ou un complice du pouvoir… et de montrer que, à la Cour, l’opposant à la figure du fou sera celle …du poète !
De son côté, Jacques Heers (4) a montré que la fête des fous est à l’origine une fête des écoliers, des enfants (ceux qui étudient dans les Chapitres des Cathédrales), devenue par extension une exaltation des petits, des faibles ; les bouffonneries y sont codées, voire obligatoires, s’accompagnant d’une quête à laquelle il est risqué de se soustraire. Le rire au Moyen Age marque la cohésion sociale : gare aux "faces de Carême" ! Certes, avec le temps, des excès ont pu se produire mais "le rire déclenché ne menace nullement l’ordre social. Comme au Carnaval, il le renforce plutôt en montrant le côté grotesque et irréaliste de son envers" (5).
 
L’AC n’est donc, en aucun cas, l’héritier du Carnaval dont le désordre éphémère garantissait l’ordre permanent. Aujourd’hui, "homo festivus" veut régner en permanence et récuse toute alternance laissée à la sagesse. Autrefois, le bouffon révélait des vérités qu’on ne voulait guère entendre ; l’absurde, la farce, le rire n’étaient pour lui qu’un moyen.
Nos artistes d’AC, en bon relativistes, n’ont pas de vérité à révéler : leur bouffonnerie est une fin en soi. Le livre de Nicole Esterolle en montre "ses malheureuses victimes, ses bienheureux bénéficiaires" et la folie, comme disait Foucault, n’est plus que "le déjà-là de la mort".
Le rire, lui-même sera donc double : aliénant et corrupteur quand il somme de se rallier aux moqueries des puissants, de rire avec les loups, d’adopter leur mépris. Mais demeure aussi le rire libérateur et vivifiant, quand il montre que le roi est nu ou que le colosse a des pieds d’argile. Nous avons donc le choix : rire en  mauvaise ou bonne compagnie, avec les art-pitres de l’AC ou avec Nicole Esterolle. 

www.sourgins.fr
(1) Dixit Philippe Dagen, Le Monde, 28 mars 2015
(2) Georges Minois, "Histoire du rire et de la dérision" Fayard, 2000, p.205.
(3) Maurice Lever, "Le sceptre et la marotte", Histoire des Fous de Cour, Fayard, 1983, p.146, 243.
(4) Jacques Heers, "Fêtes des fous et carnavals", Pluriel, 1983, passim.
(5) Minois, op.cit., p.156, 157, 162.

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Jean Zay… de Gaulle… et le Panthéon 
 
Nombreux sont les sujets qui suscitent des discussions et même des affrontements. Après des échanges raisonnés et raisonnables, ce qui ne leur interdit pas d’être quelquefois enflammés, un consensus devrait toujours se dégager lorsqu’il s’agit de l’intérêt de la France et des Français.

C’est ce que prône Lyautey toujours à la recherche de ce qui peut unir les hommes, surtout lorsqu’il s’agit du respect et de la grandeur de la France. Malheureusement, force est de constater que de nos jours, comme ce fut le cas en d’autres occasions, le pouvoir s’acharne à créer ou à exploiter des situations de conflit pour dresser les Français les uns contre les autres. Ceci prouve que le vieil adage : "Diviser pour régner" est plus que jamais d’actualité. Ce faisant certains s’attachent à effacer tous les repères qui donnent un sens à la dignité de l’homme et au respect des valeurs de notre civilisation.

Le 27 mai 2015, à l’occasion de la célébration de la Résistance trois véritables héros dont deux femmes ont été choisi(e)s pour avoir les honneurs de l’entrée au Panthéon ; un quatrième personnage, Jean Zay, est abrité derrière les trois autres pour faire oublier qu’il a insulté le Drapeau français en le traitant dans un poème de "torche-cul". Mais, ne soyons pas dupes. En la personne de Jean Zay, ce sont d’autre "mérites !" contraires à ceux de Lyautey qui sont 'panthéonisés'. Le but évident, comme dans d’autres domaines, est de contribuer à "retourner les symboles" qui illustrent et pérennisent notre culture.

Il est superflu d’insister sur le symbole que représente le Drapeau : c’est la France à lui tout seul. A la Libération que l’on veut célébrer, les Résistants ont défilé derrière les Drapeaux régimentaires cachés pendant l’occupation pour être soustraits à l’ennemi.
Les interpellations de celles et de ceux qui ont perçu le nihilisme moral vers lequel on les entraine bon gré mal gré, à un degré jamais atteint, donc inqualifiable, de violence envers toutes celles et tous ceux qui sont "Morts pour la France" n’ont pas reçu de réponse du Chef de l’Etat.

L’occasion nous est fournie de mesurer les ravages du règne envahissant de la pensée unique et de mettre en garde les maillons faibles. Bon nombre d’associations à caractère patriotique avaient spontanément clamé leur indignation et proposé de jeunes résistants dignes d’admiration et d’exemplarité à la place de Jean Zay. Finalement, une large majorité s’est laissé entraîner à une formule "langue de bois" qui ne stigmatise pas la faute commise passée sous silence, mais préfère ne retenir que la proposition du choix complémentaire d’un vrai résistant. On est loin du : "Tous unis comme au front".
S’il pouvait s’exprimer, imaginons la réaction de celui-ci, son haut-le-cœur devant l’idée qu’il pourrait rejoindre Jean Zay au Panthéon et lui servir de caution, et la considération qu’il manifesterait à ceux qui n’ont pas su clairement dénoncer cette faute !

Plus nombreux encore sont ceux qui rêvent de responsabilités et se drapent dans un silence coupable pour plaire à tout le monde, tout comme ceux qui ne veulent pas tendre le micro à ceux qui, à leur goût partisan, paraissent politiquement incorrects.
Décidément, il y a encore plus de "veaux" que le Général de Gaulle n’en avait dénombré  en son temps.
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Réforme du collège : pourquoi les profs ne l'appliqueront pas
 
Quelques semaines auront été occupées par une polémique à propos de "la réforme du collège".
Curieux pays que le nôtre où l'on peut gloser à l'infini sur les instructions données aux enseignants sans se préoccuper jamais de savoir s'ils les suivent.
Curieux pays également que celui qui imagine que seul le critère de l'âge détermine le niveau des acquisitions possibles, que n'interviennent ni le goût, ni le talent, ni l'histoire personnelle et familiale des élèves.
Curieux pays enfin qui croît que réformer, changer du tout au tout un système scolaire dont tous reconnaissent qu'il a est à bout de souffle, se réduirait à introduire quelques heures plus ludiques dans l'enseignement pour lutter contre l'ennui et l'apprentissage express d'une deuxième langue vivante pour faire accéder tous les enfants aux privilèges des échanges linguistiques et culturels!
 
Cette réforme, dont beaucoup peinent à comprendre la structure se donne pour objectifs de réduire les inégalités sociales que l'école ne parvient pas à supprimer et à lutter contre l'échec scolaire.
Lutter contre l'échec scolaire, est-ce baisser le niveau des acquis attendus (casser le thermomètre) ou tenter de favoriser les apprentissages des élèves moins bien entourés familialement et ne devrait-on pas alors :
- détecter précocement les troubles de l'apprentissage et orienter les parents en difficultés vers les aides adéquates ;
- enrichir l'environnement ludique et culturel des enfants dès leur jeune âge, de manière à permettre à tous, d'être stimulés par le jeu, par la lecture, par les activités sportives et les diverses découvertes ;
- préserver la cohésion du groupe, de manière à n'exclure ni les mauvais, ni les bons élèves, trop souvent harcelés comme "fayots".
- procurer aux enfants de familles pauvres les moyens matériels de faire des études longues dans de bonnes conditions.
 
Comme les objectifs de "la Réforme" sont flous, les stratégies le sont aussi, qui mêlent des réformes du contenu de l'enseignement et des modes de transmission, sans vraie rigueur. D'autant et c'est là que le bât blesse, comme d'habitude, une fois que la polémique aura cessé, personne ne se souciera de voir si les enseignants appliquent bien la réforme, s'ils concèdent aux enseignements pluridisciplinaires le temps pris aux enseignements de leur discipline, si l'enseignement d'une deuxième langue correspond à l'appétence des élèves, si l'accompagnement personnalisé utilise des techniques de remédiation ou se contente de répéter ce que les élèves ne veulent pas entendre etc.
Il faut le savoir, et c'est pourquoi les enseignants ne se rebelleront pas longtemps contre cette réforme, hormis une visite de l'inspecteur tous les trois ou cinq ans, personne ne se soucie du contenu de l'enseignement dispensé : si les "programmes" sont suivis, c'est bien sûr parce que les enseignants sont en grande partie d'anciens bons élèves dociles, qui appliquent les consignes, mais c'est aussi parce que les manuels les reprennent et qu'enseigner autrement implique de fournir aux élèves des documents, des exercices préparés spécialement.
 
Et pourtant on égraine les réformes, en ajoutant ou supprimant des bouts de programme dans la croyance générale et revendiquée depuis Jules Ferry, selon laquelle tous les enfants de France, font la même leçon, à la même heure !
Cette croyance est bien sûr une imposture totale ! et ne pas reconnaître et tenir compte du niveau différent des élèves, des différences de talents, de la pluralité des intelligences, de la diversité des appétences et des compétences, c'est reconduire ad aeternam la stratification sociale, qui considère que le pouvoir et l'argent doivent revenir à ceux qui ont réussi les concours et les examens, sans se soucier d'ailleurs de leurs compétences réelles (en dehors de celles de répondre aux questions de l'examen), au détriment de ceux qui sont habiles manuellement, technologiquement, artistiquement, 'relationnellement', qui savent concevoir un objet ou résoudre un problème en situation, qui savent négocier et anticiper les réactions des autres etc.
 
On entend dire ça et là que la polémique opposerait les Anciens et les Modernes, pourtant rien n'est plus conservateur que le débat actuel.
Tout d'abord parce que personne n'a pensé à savoir ce qui dans l'enseignement actuel dégoûte les enfants en échec d'apprendre. Car on ne peut pas se contenter d'incriminer le statut social de leurs parents.
Le débat n'oppose pas non plus les tenants d'un enseignement identitaire, national (ah les Lumières françaises) ou multiculturel (oh, l'Islam) mais ressortit de la même attitude pédagogique qui privilégie les têtes bien pleines sur les têtes bien faites. Peu importe la période ou les évènements historiques étudiés, à condition que leur étude soit approfondie (au contraire du zapping actuel qui surfe de la préhistoire au 20e siècle en quatre ans!) et remise dans un contexte chronologique, anthropologique et géographique.
Peu importe qu'on "étudie" Maupassant ou Stendhal, Annie Ernaux ou Marc Lévy, à condition qu'on apprenne à lire, à comprendre ce qu'on lit, à éprouver des émotions et à les exprimer.
Certes, le lycée de nos grands-parents formait en reproduisant les notables et leur culture générale, et il était impensable de ne pas connaître Rabelais ou Balzac, Mozart ou Schubert, Ingres ou Delacroix. Le stock de connaissances a bien sûr totalement changé et la question n'est plus tant de savoir ceci ou cela, mais bien de pouvoir mobiliser un savoir utile. Non pas au sens 'économiciste' du terme, ni au sens professionnel, mais un savoir utile, ici et maintenant, pour penser les situations, professionnelles et sociales dans lesquelles on est.
Et cet apprentissage de la pensée passe par une connaissance approfondie, quelle que soit le contenu de celle-ci. La version latine est un merveilleux exercice de logique, d'écriture et d'aventure, mais l'apprentissage de n'importe quelle langue développe le cerveau et la culture et les leçons de l'histoire ne sont pas meilleures ou plus importantes selon qu'on raconte le Moyen-Age ou la Révolution française.
Enfin, le consensus selon lequel les déterminismes sociaux sont primordiaux augmente, mais personne ne se soucie d'adapter les politiques scolaires et extrascolaires à ces spécificités.
Ainsi déplore-t-on l'absence de scolarité des enfants roms, sans se résoudre à leur offrir une éducation et une instruction communautaires, adaptées à leur mode de vie et à celui de leurs familles.
 
On critique et à juste titre l'isolement du professeur devant sa classe, mais comment fait-on une équipe et comment peut-on imaginer qu'un chef d'établissement puisse manager des personnes sur lesquelles il n'a ni autorité, ni pouvoir de choix?
Croit-on vraiment que des enseignants qui se croisent épisodiquement dans la salle des professeurs (les enseignants étant présents 18h pour environ 40 à 50 heures d'amplitude ouvrée de l'établissement), qui ne sont pas tenus et qui d'ailleurs ne font pas de réunion avant le conseil de classe de fin du premier trimestre, vont travailler ensemble ?
Pense-t-on que les enfants sont insensibles à l'ambiance de leur école ?
Les écoles de quartiers et les écoles de village comme les lycées de la République constituaient autant de communautés intégrées dans un environnement lui-même communautaire. Bien sûr, les hussards noirs transmettaient le même message, les mêmes savoirs et la même morale. Mais en même temps, ils habitaient à l'école ou à côté, ils accompagnaient leurs élèves dans la campagne, ils connaissaient leurs parents.
Ces communautés-là n'existent plus. Mais il en existe d'autres. Celles des quartiers notamment. Qu'on s'efforce avant tout de casser, par peur de la bande de délinquants ou du communautarisme religieux.
Dès lors, notre enseignement est devenu en quelque sorte hors sol. Les contenus enseignés ne répondent pas aux passions et aux souhaits des jeunes pas plus que l'ambiance de l'établissement.
Pourtant c'est bien l'intérêt présent, immédiat qui peut seul les motiver et non pas la menace sans cesse agitée du chômage futur.

Paru sur Figarovox, 25 mai 2015
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La chute de Palmyre
 
La cité antique de Palmyre est notre bien à tous, comme l’est la cathédrale de Chartres ou les temples d’Angkor, et nous Français avons aidé par une politique extérieure incohérente ou dictée par des intérêts médiocres, à sa chute aux mains des barbares.
Qu’on vende des Rafale et autres matériels militaires à l’Egypte, très bien, nous avons besoin de ce pays pour rétablir un semblant d’ordre dans la zone notamment en Libye et le régime du maréchal al-Sissi, fait preuve d’autorité et d’un laïcisme certain respectant en particulier les coptes.
Mais qu’avions-nous à nous exhiber au sommet des monarchies sunnites du Golfe qui réunissait les pires théocraties de la région, Qatar, Arabie Saoudite qui financent les mouvements djihadistes que nous combattons au Sahel.
Il est vrai que nous voulons vendre du matériel militaire à ces deux pays sans être d’ailleurs assurés de ne pas le retrouver un jour en face de nous. Mais un Président n’est pas un démarcheur en quincaillerie militaire.
 
Pourquoi prendre parti en faveur des sunnites au risque de nous aliéner l’Iran puissance économique et politique majeure. N’aurions-nous pas intérêt à voir un peu plus loin et à penser au jour assez proche où l’Iran rejoindra le concert des nations et offrira lui aussi des marchés vitaux pour nos entreprises ?
Pourquoi nous mêlons-nous de la rébellion yéménite en fournissant renseignements et imagerie satellitaire à l’aviation de la coalition arabe ? Ce conflit à base religieuse ne nous concerne aucunement et nous n’avons aucune raison d’intervenir.
Nous voilà à combattre AQMI, au Sahel et à soutenir sous la couverture fallacieuse d’une fantomatique opposition modérée au gouvernement Syrien depuis longtemps ralliée, les mouvements djihadistes et en particulier le groupe al-Nosra version locale d’al-Quaida.
Nous voilà navrés de la chute de Palmyre, à juste titre, craignant que les sauvages de l’Etat Islamique, où servent, ne l’oublions pas quelques centaines de "Français" qui un jour reviendront au pays continuer le djihad, ne ravagent cette merveille bimillénaire.
Nous devons être bien conscients que - à moins que nous voulions intervenir au sol - la seule force capable de s’opposer à l’Etat Islamique est l’armée syrienne qui visiblement commence à être débordée, prise entre deux ennemis, les islamistes d’al-Nosra et l’Etat Islamique, tous deux aidés par le Qatar, l’Arabie Saoudite voire la Turquie et des combattants venus de tout le monde musulman.
 
Nous voulons la fin de l’Etat Islamique, il faut soutenir les forces loyalistes syriennes, dernier rempart pour les chrétiens dont la France assure depuis des siècles la protection.
Il sera bien temps, la paix revenue, de discuter du départ d’al-Assad et de la mise en place d’un régime acceptable, laïc, éventuellement démocratique qui assure la sécurité de toutes les communautés se trouvant en Syrie.
Ce ne sera certainement pas le cas si nous laissons les islamistes prendre le pouvoir et établir la charia.
Cette politique serait à mener non seulement en liaison avec le Etats Unis que nous avons l’habitude de suivre en nous donnant des grands airs, mais aussi avec la Russie dont l’influence est grande en ce pays.
La chute de Palmyre aura alors servi à quelque chose, en attendant, suggérons à l’ONU de dépêcher d’urgence une mission pacifique pour occuper le site et s’opposer aux destructions à prévoir si on ne fait rien.

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com                                                            
 
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Irresponsables et intouchables
 
M. Burgaud est droit dans ses bottes, satisfait de son "instruction". L’affaire d’Outreau a été l’un des plus épouvantables fiascos judiciaires de tous les temps. Des innocents sont restés des années en prison. Un homme s’est suicidé en cellule. Des hommes et des femmes ont été déshonorés, traînés dans la boue, ont subi un calvaire, des familles ont été détruites. Mais l’ex-juge, est content de lui-même: pas un regret, pas un remords, pas un mot pour les victimes de ce fiasco, "ces gens" comme il dit… Et sa carrière se poursuit, comme si de rien était ou presque. 
On pourrait aussi parler de cette dame, haut fonctionnaire, présidente de l’INA, prise dans le sac avec une facture de 40 000 euros de taxi, des dépenses personnelles payées sur fonds publics. Elle a perdu son poste mais retrouvé un autre créé pour elle. Quelle image !
Et puis ces parlementaires qui, contre toute déontologie, recrutent leur femme, leurs enfants, leur maîtresse et les rémunèrent avec l’argent des contribuables, et sans que personne ne trouve rien à leur reprocher, réélus de décennie en décennie.
 
Il faut dire que l’exemple vient de haut. 
Dans un pays ravagé par le chômage – 5,5 millions de sans-emplois – un décrochage économique désastreux, une profonde angoisse généralisée, une société déchirée, violente, haineuse, des jeunes en perdition, une extrême droite florissante dans les intentions de vote comme elle ne l’a jamais été même aux pires moments de l’histoire, il est satisfait, content de son bilan, presque jubilatoire, heureux, préparant sa réélection avec un sourire de vainqueur, et déjà en campagne. Tout le monde peut se planter, commettre des fautes énormes avec des conséquences désastreuses. L’honneur d’un homme ou d’une femme, c’est alors de s’excuser, de demander pardon, de reconnaître son échec, ou sa faute, d’en tirer les conséquences, de disparaître, de passer à autre chose.
 
Nous vivons dans une société de privilèges et de corporatisme ou une petite caste d’intouchables et irresponsables, politicienne, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, médiatique, judiciaire, étatique, médiatique, syndicale, fermée sur elle-même se sur-protège, affiche son mépris "de ces gens", comme dit l’autre, et poursuit son chemin avec un sourire narquois aux lèvres, comme si de rien n’était.
Nul n’est responsable de ses actes, tout sens de l’honneur a disparu. Le mot "responsable" n’a plus aucun sens. On se moque du monde. Cela ne pourra pas durer éternellement. Enfin, je l’espère.

maximetandonnet.wordpress.com
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Manuel Valls s'acharne à son tour contre l'Ecole
 
 
L’incompréhensible acharnement dont fait preuve le gouvernement contre l’enseignement scolaire retarde d’autant sa remise à plat, en vue de sa reconstruction. Quand Manuel Valls parle, ce lundi dans une tribune pour Libération, de "refondation de l’école", il se paie de mots. En réalité, comme le remarque François-Xavier Bellamy dans Le Figaro de ce jour, le premier ministre joue, avec Najat Vallaud-Belkacem qu’il soutient, "le dernier acte d’une déconstruction qui a commencé bien avant la ministre de l’Education nationale". De fait, la réforme du collège s’inscrit dans la logique de la lente décomposition des savoirs, en oeuvre depuis près de cinquante ans. La dernière étude vient de révéler un net recul des compétences des collégiens en mathématiques. La semaine dernière, Michel Lussaut, président du Conseil supérieur des programmes, disait (Le Monde, 14 mai) tout le mal qu’il pensait, en histoire, de l’enseignement du "roman national".  Le lendemain, dans le même journal, un collectif soutenant le gouvernement raillait "la récitation nostalgique et mécanique du passé national". En précisant : "Il y a longtemps que l’inculcation du patriotisme n’est plus la mission première de l’école républicaine. Les enseignants d’histoire-géographie n’ont pas pour vocation de fabriquer la loyauté nationale de leurs élèves (…) mais de les aider à se construire comme de futurs citoyens". C’est dans cette même logique visant à l’amnésie et à la table rase que s’inscrit le premier ministre quand il écrit vouloir faire de l’Ecole "le rempart qu’elle devrait être contre la reproduction sociale". Alors que l’on aurait pu espérer de la gauche non-marxiste un minimum de lucidité sur les désastres causés par la mise en cause, à la suite de Pierre Bourdieu, des héritiers et des héritages, voilà donc Valls qui cautionne à son tour la déculturation. Plutôt que de fuir le pédagogisme, responsable de la débâcle scolaire, celui-ci se voit conforté par le pouvoir.
 
Il y a évidemment de quoi désespérer de l’avenir de la culture en France. D’autant que la droite a participé à ce lent effondrement, amorcé dès avant 1968. En 1967, le ministre de l’Education de l’époque, Alain Peyrefitte, avait lui-même élaboré un plan de réforme, interrompu par les événements de mai, qui prévoyait déjà la suppression du cours magistral et des leçons apprises par cœur, le développement de l’expression orale, la suppression du latin en 6 e et en 5 e, etc. (1). C’est ce processus d'appauvrissement, au nom du plus petit dénominateur commun,  qui doit prendre fin. Auditionné par le Sénat le 2 avril dernier, Laurent Lafforgue, mathématicien, médaille Fieds, membre éphémère du Haut Conseil de l’Education, a avoué : "Je ne fais plus confiance à l’école républicaine, à laquelle ma famille et moi-même avions tellement cru, pas plus qu’à l’école privée sous contrat, qui a malheureusement suivi le même chemin". Selon lui, la déroute est telle aujourd’hui, hormis quelques petits îlots d’instructions dans de rares écoles publiques ou privées sous contrat, qu’il va être de plus en plus nécessaire, pour les parents d’élèves soucieux de l’avenir de leurs enfants, de se tourner vers les écoles hors contrat, qu’ils pourraient eux-mêmes mettre en place. De telles initiatives se développent déjà. Lafforgue explique : "Notre école primaire était sans doute, il y a 50 ans, la meilleure au monde. Il a fallu des décennies pour la détruire. Inversement, même la meilleure politique du monde, il faudra des décennies pour la reconstruire". L’Asie a pris le relais de l’excellence.
(1) Ce plan est in extenso en annexe du troisième tome de C’était de Gaulle, d’Alain Peyrefitte (éditions Fallois/Fayard 2000)

blog.lefigaro.fr/rioufol, 18 mai 2015
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Repentance coloniale
 
Une fois n’est pas coutume, j’ai voulu regarder le débat télévisé qui opposait la ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem, au député UMP Bruno Lemaire à propos de la réforme du collège. Hélas, les débateurs ont beaucoup soliloqué simultanément, rendant trop souvent leurs propos inaudibles. C’était consternant. L’un des rares moments où Bruno Lemaire a pu terminer une phrase concernait les programmes d’histoire. Cette phrase avait plutôt bien commencé, avec l’affirmation décomplexée que les jeunes Français devraient recevoir un enseignement grâce auquel ils pourraient être fiers de partager un "récit national" commun.
Objurgation du présentateur de service : "Mais, il faut aussi s’ouvrir au monde !". Surenchère de la ministre : "Il faut regarder en face les heures les plus sombres (etc.)… ". Et là, patatra, le beau château de cartes que Bruno Lemaire tentait d’édifier s’écroule subitement : "Bien sûr, répond-il, il faut savoir regarder en face les heures les plus sombres, la colonisation… " Non mais franchement ! Est-ce que Monsieur Lemaire entend faire aimer notre pays par les émigrés et leurs descendants, presque tous issus de nos anciennes colonies, s’il se fait le relais complaisant de toutes les idioties que l’on raconte aujourd’hui sur l’entreprise coloniale ? Comme disait Raoul Follereau : "Ce n’est pas les aimer que de leur demander pardon des fautes que nous n’avons pas commises."
 
Sur le principe, on peut très bien être en désaccord avec l’entreprise coloniale. L’idée (de gauche) de créer des colonies d’exploitation était philosophiquement contestable et, dans sa réalisation, ouverte à tous les abus. Mais, sur l’ensemble du fait colonial, il existe un bilan contrasté, avec du positif et du négatif. Ne voir que l’un ou l’autre relève de l’aveuglement idéologique ou de l’imbécillité.
 
Vingt années de recherches sur l’Indochine française, l’accès à toutes sortes d’archives, la confrontation d’innombrables témoignages de colonisateurs et de colonisés, la fréquentation assidue des pays de l’ex-Indochine, les travaux entrepris là-bas en collaboration avec d’anciens coloniaux et la jeunesse de ces pays, tout cela m’a conduit à une vision de la présence française en Indochine qui ne peut pas, qui ne peut plus supporter les crétineries idéologiques que l’on rabâche aujourd’hui.
Monsieur le présentateur de service, nos grands-parents ne vous ont pas attendu pour "s’ouvrir au monde". Nos "grands-parents", en Indochine, s’appelaient Henri Marchal, de l’École Français d’Extrême-Orient, "le bon génie" des temples d’Angkor, Léopold Cadière, des Missions Étrangères de Paris qui remit à jour l’histoire magnifique du Vietnam, Auguste Pavie qui pacifia le Laos sans un coup de feu et créa l’École coloniale. Ils s’appelaient aussi Jean Cassaigne, l’apôtre des Lépreux, ou Alexandre Yersin, qui vainquit la peste. Pour ces deux derniers, leurs sépultures sont encore honorées et leur mémoire est toujours l’objet d’une vénération dans le Vietnam d’aujourd’hui. Les Vietnamiens ne les ont pas oubliés, nous si. C’est là qu’est le problème. Ils furent des centaines d’hommes exceptionnels qui accomplirent ainsi des œuvres admirables, de façon totalement désintéressée, au service des peuples colonisés. Et il y en eut des milliers d’autres pour les suivre et les seconder, parfois pour mourir à la tâche à leurs côtés.
Alors, ceux qui donnent des leçons "d’ouverture" feraient bien d’aller en prendre quelques-unes auprès de ces exemples de "colonialistes", aujourd’hui interdits de séjour dans nos livres d’histoire. C’est à ce prix que tous les Français pourront peut-être un jour être fiers d’un "récit national". Quitte à faire hurler les bienpensants, une des premières choses à faire pour remettre l’histoire à l’endroit serait de rebaptiser de son vrai nom le musée des colonies, transformé en un dérisoire "musée de l’immigration", comble du ridicule et symbole d’une inversion des valeurs sur laquelle on ne construira jamais rien de bon.
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Dupont-la-joie 2
 
Dupont-la-joie est fou de bonheur quand on lui parle de discrimination positive, pour le logement comme pour la culture. Et puis, il aime tellement les chômeurs qu’il a décidé d’encourager ce merveilleux système français qui en fabrique de manière consubstantielle. Alors, il a choisi d’unir deux causes en un même combat : l’intermittence au secours des mal-logés. Et réciproquement.
 
Avec les squatters du collectif "Usine désaffectée", Dupont-la-joie a composé un scénario de théâtre muet basé sur des impros chorégraphiques dansées par des non-danseurs. Ça évite les "stéréotypes de genres" liés à des exigences techniques qui paralysent la créativité. Conformément aux directives du ministère, la culture doit sortir des forteresses sclérosées que sont les théâtres et les conservatoires pour aller vers les "quartiers", vers la "diversité", vers le "public empêché" (sic) et les "populations difficiles à atteindre" (re-sic) en renonçant à toutes les contraintes liées à des traditions obsolètes (entendez par là le solfège pour les musiciens, la diction pour les comédiens, le répertoire national et toutes sortes d’âneries d’un autre âge). Il faut s’ouvrir, on vous dit !
 
Quand le public entre dans la salle du "happening" de Dupont-la-joie, il est assailli par des artistes nus en patins à roulettes qui mâchent des citrons (pour saliver), ça leur permet de baver sur les gens quand ils vont s’asseoir (1). C’est fabuleux comme c’est lourd de sens cette démarche : "bande de sales bourgeois, on vous bave dessus !". Le public adore, il hurle de bonheur, il en redemande, on fait salle comble tous les soirs ! Quand le rideau se lève, la scène est presque vide. Au milieu, il y a juste un confessionnal. Dans le confessionnal, un homme, seulement vêtu d’un col romain… Le spectacle tient en un défilé de soixante-neuf pénitents qui passent tour à tour dans le confessionnal. Chacun leur tour, ils urinent sur des objets pieux, images, statuettes etc. dans des flacons de toutes tailles… Les flacons sont ensuite exposés dans le hall du "théâtre". Un célèbre galeriste parisien en a déjà réservé une caisse. On n’ose même pas dire le prix… Les critiques sont en pamoison, certains parlent de "la sublime luminescence mystique qu’irradie la lumière des projecteurs à travers les bocaux"…
 
Avec les recettes du spectacle et les ventes de bocaux, Dupont-la-joie a pu restaurer le pavillon des sans-papiers. Kevin et Brandon, deux militants "antifas" veillent à la sécurité du site avec des équipes de pros "retour de Syrie". On n’est jamais trop prudent.
 
Dupont-la-joie est heureux, ses valeurs ont triomphé sur toute la ligne. Et après ça, on dira que la gauche n’est pas gestionnaire ! Mais elle gère très bien la gauche, elle sait très bien ce qu’elle fait. En coupant les vivres aux écoles d’art dramatique, de musique et de danse, en donnant les directives les plus débiles pour briser les enseignements artistiques traditionnels, en subventionnant rigoureusement n’importe quoi, elle va obtenir bientôt ce dont elle rêve : du temps où on enseignait le latin à l’école, on appelait ça tabula rasa. Heureusement, grâce à d’habiles réformes de l’éducation, plus personne ne va savoir ce que ça veut dire… Dupont-la-joie et ses amis vont pouvoir continuer tranquillement leur petit bonhomme de chemin : le chemin de croix de la culture française.  
(1) Tous les délires à prétention "culturelle" décrits ici sont inspirés de faits réels.     
 
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