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L’État de droit et la situation exceptionnelle
 
Le film indémodable Les Incorruptibles nous rappelle un épisode douloureux de l’histoire des États-Unis : on y voit clairement l’État de droit dépourvu, faible et impotent, devant le crime tout-puissant et efficace, puisque utilisant tous les moyens.
L’État de droit ne peut être la finalité ultime d’un gouvernement. Le but dernier d’un gouvernant est de protéger une société afin qu’elle survive, autrement dit, qu’elle se prolonge dans le temps. Cicéron l’avait exprimé avec beaucoup de lucidité : un homme, disait-il, peut mourir pour une idée ou pour la vertu, il peut se suicider, parce que de toute façon il est mortel et seul responsable de lui-même ; mais une société ne voit pas de terme à sa vie, tout se passe comme si elle était immortelle, et elle n’a pas le droit de se sacrifier à une vertu ou à une idée : elle doit d’abord franchir le temps, parce qu’elle est responsable non seulement du présent, mais aussi du passé et du futur.
 
Nous en avons assez de ces rodomontades pour nous expliquer que quels que soient les dangers qui nous menacent, jamais nous n’enlèverons un iota à l’État de droit. Et que grâce à l’intelligence, mais surtout à la vertu de nos gouvernants, nous aurons toujours le maximum de sécurité ET le maximum de respect des droits. Guantanamo ne fait plaisir à personne. Personne n’a envie de rétablir la loi des suspects à l’égard des sujets fichés S. Mais il arrive de devoir faire des choix douloureux. Il peut arriver qu’un gouvernant soit sommé d’écorner la vertu pour respecter la sécurité. Toute la question est de savoir quand, et il peut être utile de penser et de comprendre ce moment où s’imposent des choix cruciaux.
 
L’histoire des idées a donné un nom à ce moment cornélien : elle l’appelle situation exceptionnelle. Il s’agit d’une situation dans laquelle tous les moyens sécuritaires utilisés par le pouvoir politique ne parviennent pas à repousser ou même à endiguer un danger précis.
La notion de situation exceptionnelle ne se déploie historiquement qu’avec la naissance d’un État de droit. Elle n’existe que parce qu’il y a une antinomie entre le péril et l’État de droit. C’est la République romaine, en ses toutes premières années, qui aperçoit, avec un discernement admirable, les incapacités du régime républicain à répondre aux périls majeurs comme la guerre, extérieure ou intérieure. C’est ainsi que les Romains inventent, d’intuition, la magistrature appelée dictature, capable de répondre aux dangers graves en écartant le droit pour un temps bref. L’état d’exception en général, l’état d’urgence, l’état de guerre, l’état de siège, ou notre article 16, sont des suites modernes de l’ancienne réponse romaine.
On aperçoit à quel point l’idée même de situation exceptionnelle est dangereuse. Car qui la décrète ? Et celui qui la décrète ne nourrit-il pas des desseins ténébreux ? Il suffit de regarder le XXe siècle pour voir le nombre de dictateurs qui ont pris le pouvoir au nom d’un salut public plus ou moins inventé par leur soin : magnifique déguisement pour se passer du droit ! Hitler n’a-t-il pas mis en place un totalitarisme pour prévenir une soi-disant mort prochaine de la société allemande ? Autrement dit, même si l’on valide l’existence possible de situations périlleuses, face auxquelles un gouvernement devrait faire des concessions au droit et à la morale pour assurer la sécurité de la société, le débat surgit quand il faut décider de la réelle exceptionnalité de telle ou telle situation.
Mais les sociétés occidentales modernes ont tendance à récuser l’exception à ce titre, parce qu’elles récusent la violence en général et croient volontiers que toute la vie humaine peut être subsumée sous le droit. Rien de plus pénible pour ces sociétés que de voir exister "encore" ces états d’exception, comme si la Modernité faiseuse de miracles devait finalement abolir la situation exceptionnelle. Laquelle n’est rien d’autre que l’une des déclinaisons du tragique de l’existence humaine, que la modernité, malgré ses fanfaronnades, n’est pas près d’abolir.
 
Il ne sert à rien que les gouvernants pour faire plaisir à une élite hors sol (ou pour se conforter eux-mêmes dans leurs propres errements) fassent croire que dans la situation présente on ne touchera pas à l’État de droit. Les citoyens ne sont pas stupides, et ils ont bien compris qu’à un moment où l’on assassine avec tant de diligence et d’enthousiasme (au sens étymologique), on devra faire primer la sécurité du citoyen. Mais il ne sert de rien non plus que les gouvernants jouent les matamores en faisant des surenchères verbales et inefficaces à la sécurité (ils ont le don de décréter l’état d’urgence et en même temps de tolérer plus de violences urbaines que jamais). C’est là notre problème : en situation ordinaire, on peut se contenter de gouvernants médiocres ; mais la situation grave requiert des gouvernants lucides et même vertueux, toutes qualités inutiles pour se faire élire. La question de savoir si nous sommes en situation exceptionnelle repose à nouveaux frais la question des potentiels de la démocratie.

Paru dans Le Figaro, 23 septembre 2016
Publié dans A tout un chacun
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Islam : réalité et fantasmes

Ils ont sorti leurs rames. L’Institut Montaigne, le rapporteur Hakim El Karoui et les médias. Tous ont fait assaut de titres lénifiants, d’analyses anesthésiantes, d’optimisme forcé. Tous, en bons libéraux tolérants, étaient persuadés qu’une étude scientifique sur les "musulmans de France" détruirait les "fantasmes sur l’islam". Le résultat est probant : la réalité "scientifique" s’avère pire que les fantasmes.
Alors, depuis, ils rament. Ancienne plume de Jean-Pierre Raffarin, Hakim El Karaoui a trouvé 46 % de musulmans "sécularisés" qui acceptent les "valeurs de la République" ne revendiquent ni charia ni voile dans la rue. Ce sont les fameux "musulmans modérés" chers à notre langue de bois médiatique, mais ils ne sont qu’une petite moitié, et non la quasi-totalité, comme on nous le serine péremptoirement depuis des années ; et même ceux-là sont modérément musulmans et pratiquent beaucoup plus que leurs concitoyens d’autres confessions. Ce qui n’est pas négligeable, lorsque l’on sait que l’islam n’est pas une simple religion, au sens chrétien du terme, mais un ensemble juridique clés en main dont les prescriptions culturelles elles-mêmes sont des ordres divins.
 
C’est ce que comprend et assume la jeune génération ; elle a basculé majoritairement dans un monde où l’islam constitue une identité et une règle de vie et où le lien avec la France n’est que juridique et l’hostilité à la République affichée. Cette jeune génération gonfle les chiffres des deux autres catégories que notre rapporteur peine à distinguer entre 28 % qu’il juge lui-même "sécessionnistes", puisqu’ils estiment que la charia est supérieure aux lois de la République (!), et 25 % qui sont dans l’affirmation d’une "fierté islamique", mais qui respecteraient "la laïcité", nous rassure notre rapporteur. Encore faut-il s’entendre sur les mots : pour eux, la laïcité se limite à la liberté religieuse. Ils rejettent en revanche l’essence même de la "laïcité à la française" qui est la discrétion religieuse dans l’espace public. Logiquement, ils sont une grosse majorité à ne pas digérer l’interdiction du voile à l’école, à exiger le halal partout, à l’école comme au travail, à vouloir imposer leur expression religieuse dans les entreprises comme dans la rue.
 
Les femmes sont plus rigoristes que les hommes (encore un mythe "féministe" qui s’envole !) ; et les convertis à l’islam manifestent le zèle de tous les convertis. Ce fondamentalisme islamique est porté par le dynamisme démographique et soutenu par l’argent des monarchies pétrolières. Il n’est pas le produit, comme le croit le rapporteur, d’une "révolte" contre une situation sociale difficile, car il se retrouve dans tous les pays du monde où vit une forte communauté musulmane, du Sénégal à l’Indonésie, en passant, bien sûr par les pays arabes.
Les chiffres ont donc parlé éloquemment : sur des parcelles nombreuses du territoire français vivent des millions de personnes qui sont en train de faire sécession : ils ont leur religion, leur loi, leur culture, leur mode de vie, leurs héros, leurs idéaux. Un peuple dans le peuple.

Paru dans Le Figaro Magazine, 23 septembre 2016
Publié dans En France
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Comment maîtriser la France inflammable
 
En France, les cités d’immigration s’enracinent dans la sécession territoriale, antichambre de la guerre civile qui vient. Un sondage Ifop pour l’Institut Montaigne, publié dimanche, confirme une situation connue ici, mais que nient les "sociologues" hypnotisés par l’islam colonisateur : la moitié des jeunes musulmans (15-25 ans) rejette le modèle démocratique pour lui préférer la charia totalitaire. Cette rupture avec les valeurs républicaines est plus généralement partagée par 28 % des sondés, qui disent leurs choix pour la burka, la polygamie, la non-mixité, le djihad, la contestation de l’Occident. Parmi les "modérés", 65 % défendent le voile, 80 % veulent de la nourriture halal dans les cantines scolaires. L’Institut Montaigne tente de se rassurer en remarquant que 46 % seraient néanmoins "sécularisés" ou en voie de l’être, même si la religion occupe une place très importante dans leur vie. En fait, l’échec de l’intégration est explosif.
 
Ce repli identitaire est hautement inflammable. Il n’est pourtant pas celui que dénonce le "progressisme". Pour lui, seul l’autochtone est coupable de vouloir se protéger d’un envahisseur. Les incendiaires, qui ont table ouverte dans les médias, ne s’émeuvent pas davantage de la revendication majoritaire d’une expression coranique dans l’espace public. En revanche, ils ciblent ceux qui s’inquiètent de ce séparatisme. L’islamophobie est le péril officiel. Mais c’est la francophobie et l’antisémitisme qui plastronnent dans les banlieues sous tension.
En 2015, un sondage de l’institut britannique ICM Research avait révélé que 15 % des Français interrogés se disaient très favorables ou assez favorables à l’État islamique. Le score grimpait à 27 % chez les 18-34 ans. À l’époque, les commentateurs avaient jeté la suspicion sur cette alarme. Une même tentative d’enfumage accompagne la nouvelle étude. Toutefois, les faussaires sont dépassés par les faits.
 
C’est bien la société multiculturelle, promue par la pensée dominante, qui est à l’origine de la France désintégrée et de ces enfants furieux prêts à en découdre. Au prétexte que l’enquête évalue le nombre de musulmans de plus de 15 ans à seulement 5,6 % de la population (10 % chez les moins de 25 ans), les bidonneurs professionnels crient à la fumisterie du Grand Remplacement : ils oublient seulement les territoires déjà perdus et, ici et là, les phénomènes de substitution de population. À Nice, 30 % des victimes de l’attentat du 14 Juillet étaient musulmanes. Marseille s’approche du basculement démographique. Beaucoup de ces Français sont intégrés. Mais ils ne sont pas la majorité. Ils ne sont que 15 % à sortir de la religion. Une étude CSA de 2008 avait montré que seuls 38 % estimaient que la charia n’avait pas à s’appliquer en France. L’audience que recueille Tariq Ramadan (37 %), qui milite pour la réislamisation, est une autre alerte.
 
En appeler rituellement à la question sociale, refuge des analystes en pilotage automatique, ne suffit pas à expliquer la déflagration qui se profile. Elle est portée par l’adhésion massive à un projet de contre-société, encouragé par quarante ans d’autoflagellations de l’État et par ses renoncements à s’imposer aux minorités. Le modèle antidémocratique, construit sur un coran tombé du Ciel, rejette le vivre-ensemble et entend imposer la loi islamique par l’intimidation et le djihad. C’est cette photographie que dévoile l’étude de l’Institut Montaigne, que personne n’ose néanmoins regarder en face. Or ce défi civilisationnel est central. Il oblige les musulmans qui refusent l’oppression divine à dénoncer et isoler les radicaux, habiles en doubles discours et en victimisations plaintives. La bataille doit s’engager au sein de l’islam. À lui de démontrer qu’il est compatible avec les valeurs libérales et égalitaires françaises. Un sérieux doute demeure.
Paru dans Le Figaro, 23 septembre 2016
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Philosophie et politique
 
FIGAROVOX. - Pour la quatrième saison des Soirées de la Philo, vous vous installez au Théâtre Saint-Georges. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
François-Xavier BELLAMY
. - Les Soirées de la Philo poursuivent en effet leur développement. Après une saison au Théâtre de l'Œuvre, une salle qui a marqué l'histoire de la scène en France, nous nous installons dans ce nouveau lieu, un théâtre magnifique où tout semble servir la rencontre et la réflexion. Chaque année, le développement des Soirées devient un défi de plus grande ampleur à relever : en tentant de partager avec beaucoup de simplicité l'expérience de la philosophie, je ne m'attendais pas du tout à ce qu'elle me conduise un jour sur la scène de ces théâtres, où tant de grands artistes et d'auteurs ont laissé leur trace.

Que retenez-vous des saisons précédentes ? Pouvez-vous nous retracer l'histoire des Soirées de la Philo ?
Les Soirées de la Philo sont nées d'une demande souvent entendue : beaucoup me disent avoir envie de retrouver la philosophie, après une année de terminale qui paraît parfois bien lointaine ; envie, en tous les cas, de retrouver le temps de s'interroger, de réfléchir, de découvrir aussi les auteurs qui, anciens ou modernes, nous aident à penser les questions de notre vie. Les Soirées de la Philo ont été créées pour offrir cette occasion ; chaque soirée est consacrée à une question : où est la vérité ? Sommes-nous libres de nos choix ? L'histoire a-t-elle un sens ?... Au rythme de deux dates par mois, nous abordons chaque année tous les grands pans de la culture philosophique. Il y avait quelques étudiants au début, et maintenant plusieurs centaines de personnes suivent ces soirées, en direct ou en rediffusion sur le web.

Comment expliquez-vous l'appétence actuelle des Français pour la philosophie, mais aussi pour les idées en général ?
C'est vrai qu'il se passe un phénomène vraiment étonnant autour de la philosophie. Il me semble que cette appétence est liée à un besoin intemporel, celui de comprendre, de réfléchir, de retrouver le sens de ce que nous voyons et de ce que nous faisons chaque jour. La vie quotidienne nous plonge dans la succession des préoccupations concrètes, des urgences à régler, des soucis que chacun d'entre nous porte ; et dans le rythme de l'action, la pensée peine à se faire une place. Nous éprouvons tous le besoin de nous arrêter pour réfléchir. Sans cette respiration nécessaire, l'action se referme sur-elle-même ; nous agissons sans savoir pourquoi, et nous courons le risque de l'absurde. Ce besoin de retrouver la signification des choses est sans doute plus grand encore dans une époque marquée par l'accélération permanente, par les progrès du virtuel - par tout ce qui nous rend absents au réel le plus proche de nous, et comme étrangers à nous-mêmes.

Cet engouement fait-il écho au malaise français ?
Nous vivons dans un univers où l'actualité consiste en une succession d'images, de plus en plus rapides. Cet univers d'information en continu est par principe résistance à la profondeur. La vie politique française semble réduite à un jeu d'apparences, superficiel et inconsistant : sur tous les débats du moment, chaque position est interprétée comme un effet d'image plutôt que comme un effort de pensée. Il n'est pas étonnant que surgisse alors ce besoin d'approfondissement. Après tout, la philosophie est née, au IVème siècle grec, dans le contexte de la crise démocratique très profonde que traversait Athènes… Si elle est, dès Platon, représentée par une chouette, c'est parce que, comme la chouette, elle s'envole toujours dans le clair-obscur. Quand la politique semble être devenue un théâtre d'ombres, le rôle de la philosophie est de nous aider à quitter la superficialité de nos propres illusions, à retrouver l'exigence d'un usage plus consistant du langage, pour sortir de la confusion et reconquérir une pensée plus libre.

Vous êtes philosophe, mais aussi maire adjoint (sans étiquette) dans votre ville : les meilleurs théoriciens peuvent-ils faire de bons politiques ?
Le meilleur résultat que puisse donner la philosophie, c'est une grande humilité devant les questions qu'elle nous permet de rencontrer. Etre philosophe ne devrait d'ailleurs pas être un titre : c'est simplement l'expérience que nous vivons quand nous reconnaissons ensemble que le réel est plus complexe que nos représentations, et que par conséquent il nous appelle à réfléchir, à nous étonner - à nous émerveiller aussi des mystères qu'il nous présente. Bien des penseurs dans l'histoire ont causé d'immenses drames en politique pour avoir cru que leurs théories suffisaient ; cette suffisance, qui a causé les grandes tragédies du XXème siècle, elle menace encore bien souvent de nous aveugler, à chaque fois que nous préférons l'idéologie satisfaite à l'exigence intellectuelle. Aujourd'hui encore, comme le regrettait Nietzsche, "le désert croît", par les sectarismes et l'individualisme qui nous isolent. De ce point de vue, la philosophie peut sans doute nous aider, en nous permettant de nous joindre à ce dialogue ininterrompu des hommes qui dans l'histoire tentent d'approcher la vérité, à redonner toute sa valeur au débat et à l'action politique.
Paru sur Figarovox, 23 septembre 2016
Publié dans A tout un chacun
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Les casseroles de madame Clinton
 
L’élection présidentielle est dans six semaines et d’après ce que je lis dans la presse française, elle va opposer :
A ma droite : monsieur Trump, un démagogue, milliardaire et donc automatiquement quelque peu douteux, qui fait appel aux instincts les plus bas des électeurs, tels le racisme, l’islamophobie ou le nationalisme au front de taureau. C’est du moins ce que me dit la presse française. Depuis l’émergence de Ronald Reagan, je n’ai jamais vu quelqu’un être aussi attaqué par les oints du seigneur et autres hommes de Davos, ce qui aurait tendance à me le rendre sympathique. Après tout, si Attali et BHL déteste monsieur Trump, il ne peut pas être complètement mauvais.
A ma gauche : madame Clinton, la candidate "de gauche", c’est-à-dire de Goldman-Sachs et de Wall-Street, pétrie de bons sentiments et munie d’une énorme expérience puisqu’elle fût sénateur de l’Etat de New-York où elle vota pour la guerre en Irak, ministre des affaires étrangères de Barak Obama, créatrice de la fondation Clinton, œuvre charitable bien connue. Et donc elle a fait don de sa personne à son pays depuis fort longtemps puisqu’elle n’a jamais rien fait d’autre dans sa longue vie que de la politique, ce qui, chacun en conviendra est admirable. Remarquons au passage que la fortune actuelle des Clinton se monte à plus de $ 300 millions, ce qui prouve que faire don de sa personne à son pays peut être payant.
 
Curieusement, la presse française parle très peu d’un certain nombre de casseroles que madame Clinton traine derrière elle, et il me semble donc utile de faire un petit "état des lieux" des légères impropriétés qui l’ont suivies, elle et son ex président de mari tout au long de leurs carrières.
Commençons au début, en Arkansas, quand elle était la femme du gouverneur (et futur président). La principale société en Arkansas fait dans la production de produits alimentaires. Madame Clinton décide de spéculer sur la bourse des matières premières à Chicago, passe quelques dizaines d’ordres les uns après les autres, dont aucun n’est perdant, ce qui est admirable de compétence.
De ce fait, elle transforme quelques milliers de dollars en plusieurs centaines de milliers de dollars. L’enquête qui aura lieu après montre qu’en fait les ordres avaient été passés par l’un des principaux dirigeants de la société de produits alimentaires qui avait sans doute besoin que le gouverneur soit compréhensif.
Nul doute qu’il ne s’agisse du bon vieux système, si ça marche c’est pour le compte de la personne que l’on veut corrompre, si ça ne marche pas c’est pour le compte de la société qui a besoin d’un service politique. Technique vieille comme les marchés, serais-je tenté de dire.
 
Continuons à Washington. Madame Clinton, épouse du président, décide que les gens qui gèrent l’agence de voyages internes à la Maison Blanche sont incompétents et les vire tous. Ils sont remplacés par une société appartenant à des très proches “amis” des Clinton. Plainte s’en suit. Commission d’enquête.
Vincent Foster, très proche de madame Clinton et très impliqué dans cette affaire se "suicide" juste avant d’avoir à témoigner, et dans cette nuit-là toutes ses archives disparaissent. Madame Clinton est blâmée par la commission d’enquête et le New-York Times déclare à la suite de ses témoignages qu’elle est une menteuse pathologique. Les anciens de l’agence de voyages sont réinstallés dans leurs fonctions.
 
Passons à sa carrière. Pendant sa campagne présidentielle, elle nous fait un coup à la BHL, expliquant que, quand elle était allée en Bosnie en tant que ministre des affaires étrangères, elle avait dû sortir de l’avion sous les bombardements, au péril de sa vie. Le film de sa visite montre qu’il n’en était absolument rien, que la garde d’honneur l’attendait, qu’elle est montée tranquillement dans la voiture officielle et qu’il n’y avait pas le moindre danger. De même, elle raconte que ses quatre grands parents étaient des immigrants alors qu’un seul des quatre l’était… qu’elle s’appelle Hillary à cause de celui qui le premier a conquis l’Everest alors que cela s’est passé bien après sa naissance et ainsi de suite… Madame Clinton semble avoir une relation très compliquée avec la vérité.
C’est elle, en tant que ministre qui est à l’origine du soutien apporté à messieurs Sarkozy et Cameron pour renverser Kadhafi, faisant ainsi sauter le verrou qui empêchait le déversement de l’Afrique sur l’Europe. On en voit les effets heureux tous les jours.
Arrive l’incident de Benghazi où plusieurs américains sont tués dont l’ambassadeur en Lybie. Ce même ambassadeur réclamait depuis des semaines un renforcement de sa protection sans que son ministre madame Clinton daigne lui répondre et nul ne sait pourquoi il était à Benghazi qui avait été évacué par tous les autres diplomates. La rumeur veut qu’il ait été chargé d’organiser –par madame Clinton- le transfert illicite d’armes aux rebelles syriens.
Quand le poste US est assailli pendant la nuit madame Clinton ne juge pas bon de faire envoyer des avions basés à Naples (à une demi-heure de la Lybie) malgré les demandes des militaires. Le lendemain, le massacre ayant eu lieu, elle prétend devant le Congrès que la révolte était spontanée et imprévisible alors même que la CIA avait été avertie par tous les autres services secrets que quelque chose se préparait. La thèse de madame Clinton était que l’émeute "spontanée" trouvait sa source dans un film qui venait d’être posé sur Internet et où le prophète Mahomet était vilipendé, ce que tous les observateurs compétents tels le chef du département Moyen-Orient à la CIA démentiront devant le Congrès. Il est à craindre que le pauvre ambassadeur n’ait su trop de choses.
 
Dans la crise syrienne que les USA semblent avoir monté de toutes pièces pour essayer de renverser les Assad au profit des alliés Sunnites de l’Arabie Saoudite tout le monde sait que madame Clinton était à la tête du parti des faucons qui voulaient envahir militairement la Syrie. Ce qui n’est guère étonnant quand l’on sait que la principale conseillère et amie de cœur de madame Clinton est de parents Saoudiens qui étaient affiliés à la confrérie des frères musulmans (sa propre mère avait créé la confrérie des sœurs musulmanes) tandis que le frère de cette même conseillère dirige à Oxford le département des études musulmanes subventionnée… par le principal financier d’Al-Qaïda, saoudien bien entendu.
Et cette collaboratrice de madame Clinton, de nationalité américaine maintenant et dont je ne mets pas en doute le patriotisme a eu accès à tous les emails et à toutes les informations y compris les plus secrètes qui sont passées sur le bureau de la ministre des affaires étrangères. Nous voilà rassurés. Ce qui nous amène au scandale suivant, celui du serveur privé de madame Clinton établi dans le sous-sol de sa maison.
 
Il existe une loi aux USA qui s’appelle le "freedom of information act"  qui fut passée après le scandale du Watergate sous Nixon. Cette loi dispose que tous les actes, délibérations et recommandations des hommes politiques aux USA, quand ils sont au pouvoir, doivent être systématiquement conservés dans les archives de l’administration en question et que chaque citoyen peut en demander communication sous le contrôle d’un juge qui en expurgera les informations tenant à la sécurité nationale. Ce qui veut dire que pour un ministre, il ne peut pas y avoir de systèmes de communication autonome. Or, madame Clinton a établi un tel système, ce qui constitue un premier crime.
L’ayant établi, elle a ensuite juré sous serment qu’elle ne s’en servait que pour des raisons personnelles et cela a été prouvé comme faux par le FBI, puisque l’on a trouvé des centaines d’emails afférents à la diplomatie américaine sur ce serveur dont certains marques confidentiels (C  ). Ensuite, pour se dédouaner, elle a dit qu’elle ne comprenait pas ce que le signe C voulait dire sur les documents qu’elle recevait alors qu’elle en avait marqué elle-même de multiples envois.
Or il existe une autre loi aux USA qui précise que quiconque a mis en danger le système de communication de la diplomatie américaine est passible de prison. Le général Petraeus, le héros de la guerre d’Irak et à cette époque le patron de la CIA a été débarqué et sa carrière brisée parce qu’il avait glissé quelques informations sur l’oreiller à sa petite amie journaliste.
Le crime de madame Clinton est dans le fond beaucoup plus grave. Il se murmure par exemple à Washington que le scientifique nucléaire Iranien qui vient d’être exécuté à Téhéran l’aurait été parce que son nom figurait dans ces communications non protégées comme agent de la CIA. Si cela venait à être prouvé par de nouveaux emails, les chances de madame Clinton de rentrer à la Maison Blanche deviendraient infimes tandis que ses chances d’intégrer une prison monteraient fortement.
Enfin, madame Clinton a juré sous serment et à plusieurs reprises ne s’être JAMAIS servi de son serveur privé pour des raisons autres que familiales, ce qui constitue un parjure avec lequel la justice américaine ne plaisante pas. Et comme ces archives ont été effacées malencontreusement après que les autorités US aient donné l’ordre de ne pas y toucher, madame Clinton a commis un nouveau forfait.
Troisième crime puisqu’une partie de ses archives deviendraient alors inaccessibles.
 
Madame Clinton devrait donc passer devant les tribunaux pour ces trois raisons.
Heureusement, il ne fait pas le moindre doute que les services secrets chinois, iraniens, russes et sans doute français ou anglais aient "hacké" le serveur de madame Clinton, ce qui n’était guère difficile, et que certains d’entre eux se feront une joie de fournir les documents à Wikileaks les plus intéressants, c’est-à-dire les plus compromettants quelques semaines avant l’élection présidentielle, c’est-à-dire dans les semaines qui viennent.
Il ne restera donc rien d’autre à la justice américaine que de poursuivre madame Clinton, ce qui fera désordre ou au président Obama de la gracier, ce qui fera encore plus désordre.
 
Mais le pire de tout est certainement la fondation Clinton qui n’est qu’une grotesque machine à toucher de l’argent pour les Clinton, en étant en fait un outil qui permet aux pays étrangers de corrompre les autorités américaines en leur permettant de donner de l’argent aux politiciens américains, ce qui est bien sûr interdit par la loi. Les autorisations administratives pour un investissement aux USA n’étaient données ainsi par le Secrétariat d’Etat que si de grasses donations étaient faites à la fondation Clinton. Les rendez-vous avec la ministre n’étaient obtenus que si l’ex Président (le mari de la ministre) pouvait donner une conférence où sa venue était payée $ 500 000 ou plus.
Miraculeusement, cette fondation n’a pas été "auditée" depuis sa création, et elle doit être la seule dans son cas, mais il semble de plus en plus que des sommes portant sur des centaines de millions de dollars qui ont été payées officiellement par de grands pays démocratiques comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar à la fondation ne soient jamais apparus dans les comptes de la dite fondation. Où est donc passé l’argent ?
On sait aussi aujourd’hui qu’à peine 5 % des donations allaient aux nobles objectifs de la fondation, 95 % allant aux dépenses de fonctionnement, c’est-à-dire à l’entretien des Clinton et de la machine politique démocrate qui s’est vendue aux Clinton. Cette fondation restera sans doute dans l’histoire des Etats-Unis comme la plus grande escroquerie jamais faite par des politiques dès que la justice pourra s’y intéresser, ce qui n’arrivera bien sûr que si monsieur Trump est élu, puisque le ministre de la justice actuel fait partie du clan Clinton depuis le début et qu’elle a déjà bloqué toutes les tentatives faites par le Congrès ou les citoyens pour savoir ce qu’il en était vraiment. Et madame Clinton a déjà annoncé que si elle était élue, elle la garderait comme ministre de la justice. Encore une fois nous voilà rassurés.
 
Mais le plus extravagant dans toute cette histoire est le rôle que joue la grande presse américaine qui défend bec et ongle le clan Clinton, suivie bien sûr par tous nos oints du seigneur franco-français.
Certes, chacun sait que la majorité des journalistes est "de gauche", mais on aurait pu espérer qu’entre la gauche et la vérité, les journalistes choisiraient la vérité ou à tout le moins la recherche de la vérité.
Or, il n’en est rien.
Le McCarthysme règne aux USA à nouveau et tous ceux qui se permettent de mettre en question la probité des Clinton ou la santé de la candidate sont immédiatement pris à partie et mis au rencart. La nouvelle blague aux USA est que CNN veut dire Clinton News Network, et quiconque écoute cette chaine de désinformation comprendra immédiatement pourquoi. Pour être parfaitement clair, à l’exception du Wall Street Journal et de la chaine de télévision Fox news (qui tous les deux appartiennent à Murdoch), les seules informations dignes de ce nom sur le couple Thénardier que constituent les Clinton se trouvent sur Internet, ce qui confirme mes suspicions sur le monde journalistique dans son ensemble qui ne semble plus faire correctement son boulot de quatrième pouvoir.
Et d’ailleurs, les journalistes des grands medias sont dans les sondages d’opinion au plus bas niveau jamais atteint, juste avant les hommes politiques et les prostituées, ce que je trouve très sévère pour les prostituées.

Paru sur Institut des Libertés, 12 septembre 2016
Publié dans Du côté des élites
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Monde d’agonisants
 
Les États-Unis, libérés par Trump d’un politiquement correct abrutissant, sauraient-ils délivrer une nouvelle fois la France de l’emprise totalitaire qui la menace à nouveau ? Son succès apparaît d’autant plus souhaitable qu’il viendrait en appui de ceux qui combattent l’endormissement face au relativisme et aux assauts de l’islam dominateur et conquérant. Quand le PDG de Radio France, Mathieu Gallet, estime (Le Monde, mercredi) qu’il est "urgent de renforcer le service public (de l’audiovisuel), acteur majeur du vivre-ensemble", il vient en support d’un multiculturalisme qui prétend combattre "les fanatismes que nourrit l’obscurantisme", alors que ce communautarisme les engraisse. Cet aveuglement, qui voit le mâle blanc comme suspect, est aussi celui de Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, qui dénonce "les comportements collectifs sexistes" en oubliant de dire qu’ils sont d’abord portés par le machisme coranique. Christiane Taubira est dans le même déni hautain lorsque l’égérie de la gauche s’en prend (Libération, lundi) aux "gens du Figaro" qu’elle ne saurait "guérir".
C’est ce monde d’agonisants, qui rampent devant l’occupant islamiste, qu’il s’agit de quitter, et avec lui ses morgues, ses incohérences, ses malhonnêtetés intellectuelles. L’adhésion du gouvernement à l’immigrationnisme est telle qu’il a renoncé à faire preuve d’autorité face aux clandestins qui ne cessent d’affluer et de terroriser Calais. Il réserve sa brutalité aux communes rurales sommées d’accueillir 12 000 "migrants" avant la fin de l’année. Ce choix de disperser la pauvreté, en évitant néanmoins la Corse aux nerfs à vif et l’Ile-de-France explosive, est de ces décisions qui signent l’irresponsabilité de l’État pyromane. Le voilà d’accord pour prendre en charge toujours plus de misères étrangères, tandis que les citoyens démunis et mal logés seront invités, comme les autres, à participer au financement de l’invasion programmée au nom des droits de l’homme. Le vivre-ensemble obligatoire est aussi celui qui va s’appliquer aux écoles parisiennes dès la rentrée 2017. Ces provocations du camp du Bien sont rejetées par de plus en plus d’Américains. Bien des Français révoltés sont prêts à les suivre.

Paru dans Le Figaro, 16 septembre 2016
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OTAN en emporte…
 
Le sujet est grave, qui ressort régulièrement dans les pages de cette tribune. Aussi, que l’on veuille bien me pardonner ce titre facile, à l’évocation quelque peu romantique, ainsi que ces lignes à l’abord intimiste ! Au fond pourtant, il s’agit bien de vent, de celui de l’Histoire, en l’occurrence il est même fort probable qu’il s’agisse d’intempéries…
 
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, née deux ans auparavant, avait installé ses quartiers sur notre territoire national l’année de ma naissance. J’ai donc avec l’OTAN comme un lien entre contemporains. Un de mes oncles, aviateur, héros de mon enfance, m’avait fait approcher l’ambiance des installations du SHAPE de Rocquencourt : puissance protectrice après les années de guerre, en rempart contre ce qui se tramait derrière le rideau de fer ; décontraction à l’américaine au regard du traumatisme, encore palpable , que reflétait la société française après les épreuves qu’elle avait vécues ; accès – restreint certes, au "hors tax"» du PX où l’on trouvait Camel sans filtre et tabac de Virginie, et où j’avais eu le privilège de me voir offrir cet outil Lethearman multifonctions que l’on ne trouverait sur nos étalages que plusieurs décennies plus tard. Aussi, en 1966, dans les balbutiements de ma jeune "conscience géopolitique", je n’avais pas bien compris pourquoi le général De Gaulle avait exigé que le SHAPE allât planter ses pénates au-delà de nos frontières. Il faut dire que je ne savais encore rien du projet machiavélique que Roosevelt avait concocté pour accompagner la libération de la France, quelque 20 ans plus tôt.
 
Arrivé sous le pavillon de la Marine Nationale, je suis tombé tout naturellement dans le bain "otanien". Au cours du brevet élémentaire, on nous a fait apprendre le jargon opérationnel de l’Organisation, présenté sous forme de "romans" (sic) propres à chaque type de lutte : langage souvent bon-enfant mais efficace, plantant un décor qui ne faisait aucun doute sur qui étaient les bons et qui étaient les méchants. De quoi douter d’ailleurs ? Au dehors, le monde était solidement divisé en deux camps et la légitimité des peuples de l’Est subissait le même traitement que celui réservé à la cause amérindienne (1) dans les productions hollywoodiennes. Ainsi, une grande moitié de ma carrière militaire, je me suis satisfait du confort intellectuel et moral qu’offrait ce que l’on appelait "l’équilibre de la terreur", d’autant plus que la France – vraie fierté, conservait cette singularité de rester en dehors du commandement militaire intégré. Quand, à la surprise générale, le monde soviétique s’est effondré et que le Pacte de Varsovie s’est dissous naturellement, on s’attendait à ce que l’OTAN, peut-être pas en fît autant, mais au moins changeât de nom et de mission puisque la grande menace avait disparu. Quelques "grandes consciences", sur le mode prophétique, évoquaient alors les "dividendes de la paix", mais on nous a très vite expliqué qu’il serait dommage de perdre l’interopérabilité acquise entre les différents membres de l’organisation durant les 40 ans de son existence, que, certes, la menace n’était plus aux frontières mais "qu’elle n’avait plus de "et que, contrairement à ce qu’on laissait entendre jusque-là, l’OTAN n’avait pas été créée en réaction au Pacte de Varsovie, mais – ce qui pouvait encore apparaître comme un détail, lui était antérieure…
 
Au cours de la décennie 1990-2000, alors que la situation de la Russie confinait au désastre – cette phase de descente aux enfers culminant, si l’on puit dire, avec le naufrage (2) du sous-marin à propulsion nucléaire "Koursk", l’OTAN poussait politiquement ses pions bien au-delà de la promesse faite par James Baker à MikhaÏl Gorbatchev en 1990, de ne pas étendre l’Alliance atlantique plus à l’Est si la Russie acceptait la réunification de l’Allemagne au sein de la dite Alliance. On pouvait encore se dire que, certes la parole de l’Occident n’avait pas été tenue, mais qu’il s’agissait-là d’une sorte de compensation pour avoir été maintenus, pendant  de longues décennies, dans la peur de voir déferler les spetsnaz (3) dans un de nos petits matins calmes, comme c’était arrivé à la Hongrie en 1956. Mais cela ne suffisait pas, et sur le plan militaire les affaires allaient bon train. Le dépeçage de l’ex-Yougoslavie s’opérait, sans mandat de l’ONU et dans un parti pris qui, entre autres, a fini par valoir à l’Europe géographique l’installation d’une république musulmane en son sein, après que les Serbes, alliés historiques de la France, ont subi presque trois mois de bombardement des avions de l’Alliance. Y compris des avions français, trahison que ne parvient toujours pas à comprendre le peuple de Serbie… Gonflé par la lourde propagande de l’époque, un de mes camarades, pilote de chasse, se souvient de son émotion de combattant auquel on fournissait pour la première fois une opération en vraie grandeur. Très vite, il n’a plus aimé qu’on lui en parle et ce n’est pas l’acquittement posthume, en mars de cette année, de Slobodan Milosevic, déclaré innocent par le TPIY, dans le silence médiatique le plus absolu, de tous les crimes dont on l’avait accusé, qui sera de nature à calmer le trouble de sa conscience abusée. Au cours de la même guerre, quand les commandos sont entrés en précurseur au Kosovo et que, censés trouver des charniers laissés par les Serbes, ils ont découvert les horreurs perpétrées par les bandes de l’UCK (à commencer par des officiers serbes crucifiés dans les arbres), on leur a expressément demandé de faire grâce au commandement de leurs comptes rendus. Par la suite, quand on leur a donné pour mission la recherche des criminels de guerre, étrangement il n’y avait que des Serbes sur la liste. Entre temps, on avait installé ceux de l’UCK au pouvoir, lesquels, à l’heure qu’il est, poursuivent leur purification ethnique contre les Serbes dans l’indifférence générale. C’est ainsi que l’on a compris que, pour le moins, l’OTAN n’était pas le gage de "stabilité du continent" comme sa charte le laisse entendre…
 
Est-ce l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine au début des années 2000, et la perception immédiate de sa volonté de redresser la dérive mortifère prise par la Russie en une décennie, qui ont fait accélérer l’Alliance atlantique dans son entreprise de "stabilisation" ? Les historiens jugeront. Toujours est-il qu’à peine les Balkans "stabilisés", on a entendu dans les couloirs des rédactions, comme de certains états-majors, qu’il fallait "sauver l’OTAN", en d’autres termes lui trouver une mission, pour ne pas dire une petite guerre à se mettre sous la dent. Le 11 septembre 2001 est arrivé à point… En novembre de la même année, sous prétexte de "combattre le terrorisme" les troupes américaines, suivies d’autres sous l’égide de l’OTAN, intervenaient en Afghanistan – Kaboul est sur la route de Mourmansk, c’est bien connu ! - avec un mandat limité de l’ONU, qui fut rapidement transgressé. Deux ans plus tard, une coalition comparable (de laquelle s’est soustraite la France dans un dernier sursaut de lucidité et d’indépendance) intervenait en Irak, cette fois-ci sans aucun mandat, accomplissant la "stabilisation" (4) que l’on sait. Et l’on ne parle pas de celle "réussie" en Libye, dont on a délégué les opérations (5) à l’inoxydable auxiliaire anglais et au tout nouveau revenant dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, lequel n’a pas épargné son zèle pour faire oublier ses quarante ans d’égarement. Ni de celle, sous l’habit d’une coalition improbable et en violation de toutes les règles internationales, qui rencontre de grosses difficultés dans sa tentative, aux côtés de Daesh et consorts, de faire tomber le président légitime de la république arabe syrienne, et qui a révélé l’énorme mensonge sur lequel surfe l’OTAN, fer de lance - entre autres grands "humanistes", d’une certaine finance, du complexe militaro-industriel américain et des idéologues néo-conservateurs, dans leur entreprise de pillage des ressources de la planète. Ni enfin, dernier avatar, pour le moment, de ces opérations de "stabilisation", celle qui a renversé  le président élu d’Ukraine, pour le remplacer par un régime dont on ne sait qui du mafieux ou du néo-nazi est le plus qualifié pour le représenter. Jeu provocateur aux portes de la grande Russie (chef naturel des nations qui refusent d’adhérer au système), auquel se joint benoitement une Europe qui, à l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, n’a jamais fait l’effort financier de sa défense. C’est le cas, plus particulièrement, de certains petits pays qui, dans une sorte d’hystérie post-guerre froide désuète, ont accepté - voire réclamé, l’installation des missiles nucléaires de l’OTAN, se désignant d’emblée comme cible en cas de réponse à une première frappe que les (apprentis) sorciers atlantistes n’estiment plus impossible de déclencher. Tout va très bien, comme dirait la chanson…
 
De rassurante au temps de la guerre froide, l’Organisation apparaît désormais comme un outil militaire relevant plus d’une gouvernance (6) supranationale que de la maîtrise des Etats - y compris de celui des Etats-Unis d’Amérique, lesquels, pour la plupart, ont abandonné leurs pouvoirs à leurs créanciers. Le monde dit libre a cessé de l’être dès lors que leurs dirigeants, au mépris de leur peuple, n’ont plus su résister au mirage de l’argent facile et à la planche à billets. Et l’on imagine que la pression a dû être forte pour qu’un diplomate de haut vol comme celui qui a été chargé d’étudier le dossier, en soit venu à conseiller au président de la république de l’époque, que la France rejoigne le commandement militaire intégré, précisément au moment où la singularité de son indépendance lui aurait permis d’échapper à un suivisme mortifère, dans des combats qui ne sont pas de son intérêt. La France dans ce qu’est devenu l’OTAN… C’est comme si j’avais réalisé, la mort dans l’âme, qu’au fil du temps, criblé de dettes, emporté par la folie meurtrière de ses créanciers, ayant abandonné l’idéal de sa jeunesse et renié sa culture, poussant parfois le zèle jusqu’à précéder les intentions du caïd, mon père avait fini par être complice d’une bande d’assassins.
 
(1)  On remarquera que le genre western a disparu subitement des écrans dès lors que l’Indien n’était plus forcément le méchant.
(2)  Dans des conditions qui restent à éclaircir…
(3)  Depuis, j’ai appris d’un camarade attaché de défense russe que de l’autre côté du rideau de fer, on vivait  aussi dans la crainte de voir débarquer les G.I.
(4)  Avec, à la clef, la mort des suites de violences et de privations, de 500 000 enfants irakiens, "le prix de la démocratie" nous a dit Madeleine Albright.
(5)  Opérations au cours desquelles nos forces armées ont prouvé leur compétence et leur haut degré de préparation, malgré de cruelles carences logistiques dont on ne peut leur imputer la responsabilité.
(6)  Néologisme auquel on nous a peu à peu habitués, illustration de ce besoin de créer des mots quand on a décidé de bafouer le bon sens, la réalité ou la vérité. 
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Le gâchis syrien

Depuis le XVI° siècle et jusqu’en 2010, la France avait une place éminente en Syrie : beaucoup de Syriens parlaient notre langue, elle était enseignée dans le système éducatif. La majorité des Syriens gardaient de notre mandat un souvenir positif, quoiqu’en pensent les obsédés de la repentance. En 2011, nos dirigeants, pour qui le monde arabophone, c’est tout un, crurent que la Tunisie et la Syrie, c’était pareil et même. Ils n’avait pas vu de différence entre Ben Ali et Bachar le Assad : ce dernier est certes un tyran, mais il utilise et il respecte les minorités. Ses adversaires, financés et soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie veulent donner la prééminence aux Musulmans sunnites et éradiquer ou mettre les minorités à la portion congrue.
Nous nous sommes alignés sur les adversaires de Bachar el Assad, rejoints par les Etats-Unis et Israël. C’était tellement reposant d’imiter Israël et les Etats-Unis : comme on le sait, ces deux pays ont obtenu tant de succès avec les Palestiniens, Irakiens, Afghans…
Aux dernières nouvelles, la Russie a repris la mission de protection des chrétiens, que nous avons abandonnés au nom d’une laïcité mal comprise. Les Etats-Unis ont négocié avec la Russie et la Turquie, sur le dos des Kurdes qui ont mené l’essentiel des actions contre le califat islamique et contre les suppôts d’Al Qaïda. Un cessez le feu a été imposé par l’alliance des Etats-Unis et de la Russie. 
L’avenir de la Syrie se décide et se décidera désormais sans nous.
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Quelle politique étrangère pour la France ?
 
Au sommet du G20 d’Hangzhou (4-5 septembre 2016), il était frappant de voir à quel point la voix de la France ne portait plus. C’était d’autant plus vexant que ce sont des présidents français qui ont inventé ce type de sommet (Giscard pour le G7 en 1975 ; Sarkozy pour le G20 en 2008). On peut comprendre que plus personne dans le monde n’écoute, sur l’économie, les leaders politiques français, tant ils ont échoué, depuis trente-cinq ans, dans la gestion des comptes publics de leur pays. Mais on pouvait espérer que la voix de Paris se fasse davantage entendre sur les sujets diplomatiques classiques. Il n’en est hélas rien, comme l’a montré l’absence de la France dans le règlement du dossier de la Syrie, dont elle fut pourtant jadis la puissance mandataire. Pour qu’elle soit audible, une politique étrangère française doit être énergique, réaliste, efficace ; viser la défense de nos intérêts à moyen et long terme ; regarder le monde sous l’angle des réalités et des rapports de force et non sous celui de la morale. Elle doit reposer sur cinq grands axes.
 
1. Reconnaissons que le djihadisme sunnite - qui tue, chez nous, nos enfants - est notre ennemi principal et faisons tout pour le vaincre. Fusionnons la coalition occidentale contre Daech avec celle menée par la Russie ; renforçons nos liens avec les services de sécurité des pays musulmans ; asphyxions financièrement les groupes terroristes ; acceptons de travailler avec tous ceux qui combattent notre ennemi commun, qu’il s’agisse des Frères musulmans libyens, des Kurdes cryptocommunistes de Syrie, de l’Iran des mollahs ou du régime autoritaire de Bachar el-Assad.
 
2. Agissons comme médiateur pour réconcilier l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite. La division du monde musulman ne sert pas nos intérêts, car la guerre engendre la guerre et donc la possibilité de dégâts collatéraux en Europe. La France jouit d’excellentes relations avec les pétromonarchies sunnites du Golfe et est respectée par l’Iran. Elle doit utiliser sa position privilégiée pour favoriser une détente historique dans le Golfe.
 
3. Ramenons la Russie dans la famille européenne. Culturellement et historiquement, la Russie est un pays européen. Face à la Chine, les Russes doivent être avec nous, pas contre nous. Les sanctions contre la Russie pénalisent nos producteurs sans faire fléchir Moscou. Diplomatiquement, la Russie est un acteur incontournable dans la gestion des affaires du monde. Levons donc les sanctions contre la Russie et proposons un deal à Poutine: garantissons-lui que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’Otan, que le russe restera seconde langue officielle dans les régions à l’est du Dniepr ; remettons le statut définitif de la Crimée à un accord russo-ukrainien dans le futur ; et, en échange, exigeons qu’il cesse de soutenir les séparatistes prorusses du Donbass et respecte la souveraineté et l’intégrité de l’Ukraine.
 
4. Après le Brexit, assumons un leadership franco-allemand capable de défendre les intérêts des citoyens de l’Union européenne. Brisons la dictature juridico-financière de l’Amérique. Quand elle inflige une amende de 9 milliards de dollars à la BNP pour avoir commercé avec des pays frappés d’un embargo décrété par elle seule, Bruxelles devrait riposter en infligeant une amende trois fois supérieure à Goldman Sachs, pour avoir maquillé les comptes publics d’un État membre de l’Union. Montrons aux États-Unis que nous sommes leurs alliés, pas leurs vassaux. Renonçons à la tentation puérile de punir nos amis anglais. Conservons avec eux nos liens privilégiés dans la défense. Imposons l’harmonisation fiscale sur tout le territoire de l’Union, et exigeons des Anglais qu’ils renoncent à tout dumping fiscal. Protégeons nos intérêts industriels face au dumping commercial chinois, en mettant en place un protectionnisme européen. L’Union ne peut pas être la seule zone du monde à ouvrir ses marchés aux quatre vents.
 
5. Enfin, retrouvons une grande politique africaine. Le continent noir est soumis à une pression démographique sans précédent. Pour mettre un terme à la tragédie des migrations sauvages, édifions des partenariats de développement avec les États africains. À eux la responsabilité de contrôler leurs frontières et d’instaurer un planning familial ; en échange, la France devra financer leurs projets créateurs d’emplois dans l’agriculture et la transformation des richesses de leur sous-sol ; elle devra les aider à lutter contre la déforestation et la pollution marine, dans la ligne de la COP21, conférence qu’elle présida avec succès.
Mais une telle politique étrangère ne pourra réussir que si notre pays est exemplaire sur le plan intérieur. Il est en effet très difficile de prétendre peser sur l’ordre du monde, si l’on n’est pas d’abord capable de mettre ses propres affaires en ordre.
Paru dans Le Figaro, 13 septembre 2016
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Clinton ou Trump ?

Quel choix la démocratie américaine offre-t-elle aux électeurs ? Hillary Clinton est une va-t-en-guerre et Donald Trump un électron libre. Aucun des deux n’est habilité à présider aux destinées du pays le plus puissant du monde. Les deux autres candidats, Gary Johnson du Parti Libertaire et Jill Stein du Parti des Verts, sont crédités respectivement de 8% et 5% des intentions de vote. Ils n’ont aucune chance d’être élus d’autant qu’ils sont exclus des débats télévisés entre les deux principaux candidats. Reste l’abstention.
 
Hillary Clinton est la candidate du système. Elue, elle poursuivra la politique de Barack Obama qui se place dans le droit fil de celle de George W. Bush. Un désastre.

Donald Trump est le candidat de l'antisystème. Ceux qui placent leurs espoirs en lui se trompent. Il ne peut vaincre le système à lui seul. Il faut une volonté populaire. Or, elle n’existe pas. Les caciques du Parti Républicain, à quelques exceptions près (Pat Buchanan, Paul Craig Roberts, Lawrence Wilkerson, etc.) sont pro-système ainsi que l’ensemble de ses membres. En l’absence de volonté, il faut une organisation. Lénine qui l'avait bien compris, se servit du parti communiste pour prendre le pouvoir. Donald Trump est seul.
 
C’est le Gary Cooper du "train sifflera trois fois" de Fred Zinnemann, sauf que nous ne sommes pas à Hollywood mais à Washington : le centre mondial du pouvoir à l’état brut. Les cavaliers seuls ne sont pas les bienvenus. S'il est élu, Trump changera les choses à la marge tout au plus, sauf s’il est suicidaire. Fred Zinnemann dirigea aussi "Un homme pour l’éternité". On sait ce qu’il advint à Thomas Moore…
 
L’abstention est la seule voie raisonnable dans un système politique discrédité. Elle est en progrès constant. Sur une courbe de tendance commençant en 1952, elle devrait atteindre 50 % en 2016. Si les électeurs du Parti Libertaire et du Parti des Verts s’abstiennent, le taux approchera les 65 %. S’il atteint seulement 60 % et que le nouveau président est élu avec 51 % des votes, il n’aura été élu qu’avec 20.4 % des voix. En d’autres termes, 80 % des électeurs (79,6 % pour être précis) n’auront pas voté pour lui. Un dirigeant peut-il présider aux destinées d’une démocratie contre la volonté de 80 % des électeurs ? Si une telle situation se présente, le peuple Américain devra réunir une convention, semblable à celle de Philadelphie de 1787, pour décider de l’avenir du pays.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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