Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Les ravages de l’historiquement correct
 
Les évènements tragiques qui se sont déroulés récemment dans le Sud des États-Unis, et l’intense polémique qui s’en est suivie, appellent quelques mises au point factuelles au sujet de la "guerre de sécession". On ne peut que déplorer que la majorité des médias, toujours avides de sensationnel, se soient régalés à mettre de l’huile sur le feu, témoignant le plus souvent d’une grande ignorance, pontifiant en leçons de morale anachroniques, se comportant de façon bien pire qu’un inquisiteur, lequel instruisait au moins ses procès à charge et à décharge. 
 
Tout d’abord, aux États-Unis, la guerre de sécession est appelée "guerre civile" au Nord, et "guerre entre États" au Sud. Les mots ont un sens. Pour qu’il y ait une guerre civile, il faut au moins deux factions rivales qui se disputent un même territoire et une même population. Or, jamais le Sud n’a revendiqué quelque souveraineté que ce soit sur le Nord. C’est le Nord qui a refusé que les États du Sud exercent leur droit à la sécession à la suite de manifestations jugées (par ces derniers) excessives de la primauté de l’État fédéral sur les États particuliers. Or, dans la culture sudiste, on appartient d’abord à un État particulier avant d’appartenir à la Fédération. Il y a donc une légitimité, dans l’esprit sudiste, à refuser tout abus du pouvoir fédéral. En allant jusqu’à la sécession si nécessaire. L’une des clés de compréhension de la guerre est là.
 
Le premier État à quitter la Fédération fut la Caroline du Sud en décembre 1860. Elle fut suivie par six autres États de façon échelonnée jusqu’au 11 mars 1861, et enfin par quatre derniers États le 10 mai 1861 en raison de l’exigence du président Lincoln de lever des troupes pour envahir les États sécessionnistes. Il n’y a donc pas eu un bloc d’États qui, simultanément, auraient décidé de constituer une fédération séparatiste sur le territoire des États-Unis. La création de la Confédération (capitale : Richmond) fut une conséquence des sécessions individuelles, pas leur moteur. Dans les motivations de ces sécessions individuelles, la question de l’esclavage n’est absolument pas au premier plan. Elle existe, car l’esclavage est inscrit dans les traditions du Sud, mais elle est secondaire. Et même dans les motivations de la réponse nordiste, l’abolition de l’esclavage n’apparait que très tardivement, pas avant 1863. Réduire cette guerre à la noble cause de l’abolitionnisme est une simplification qui relève plutôt d’un alibi inventé a posteriori que d’une analyse historique sérieuse.
 
Dans un discours daté du 4 mars 1861, Lincoln dit ceci : "Je n’ai aucunement l’intention, directement ou indirectement, de m’ingérer dans la question de l’esclavage dans les États où cette institution existe. Je pense que légalement, je n’ai pas le droit de faire ça et, qui plus est, je n’ai aucune intention de le faire." Au mois de juillet 1861, le Congrès fédéral affirme que le but de la guerre est de maintenir l’Union et non de porter atteinte aux institutions de quelque État que ce soit. Toujours en 1861, Lincoln annule une décision du général Fremont (nordiste) qui émancipait les esclaves de l’État du Missouri (État nordiste). En 1862 le même Lincoln révoque le général Hunter (nordiste) qui avait pris l’initiative de décréter l’émancipation des esclaves de Caroline du Sud, de Géorgie et de Floride (États sudistes).
 
Dans l’armée confédérée, les Noirs avaient la même solde, le même armement et les mêmes rations que leurs camarades de combat Blancs. S’il n’existe pas de source fiable permettant d’évaluer leur nombre exact, on sait par de multiples témoignages qu’ils furent nombreux et particulièrement vaillants, en symbiose totale avec les soldats blancs des mêmes unités, ou en unités noires autonomes (Louisiana Native Guard, etc). Aussi étrange que cela puisse paraître par rapport au dogme historiquement correct, les Noirs de l’armée nordiste furent beaucoup moins bien traités que leurs homologues du Sud. Le général Sherman, l’un des bourreaux des colonnes infernales nordistes qui dévastèrent le Sud déclarait ceci : "Je préfèrerais que cette guerre soit une guerre de Blancs et qu’on s’occupe des Noirs plus tard. Le temps pourra changer les choses, mais je ne puis me résoudre à faire confiance à des Noirs armés." Quel courageux inquisiteur proposera aujourd’hui de déboulonner les statues du général Sherman pour ces propos racistes ?... Le général Grant lui-même, futur président de l’Union, refusa toujours d’intégrer des troupes noires dans son armée du Potomac.
 
Le président de la Confédération, Jefferson Davis, et le commandant en chef, Robert E. Lee, étaient personnellement opposés à l’esclavage. Mais ils étaient favorables à une émancipation raisonnée et progressive qui aurait permis aux anciens esclaves de s’intégrer harmonieusement dans la société américaine. Au lieu de cela, l’émancipation immédiate, brutale et sans aucun accompagnement, pratiquée par les nordistes créa rapidement un sous-prolétariat noir qui fut confronté à une misère souvent pire que les conditions matérielles les plus abominables de l’esclavage. Ce fut une main d’œuvre à bon marché pour les industries du Nord, sans doute moins humanistes que ce que le dogme historiquement correct voudrait faire croire aujourd’hui.
Déboulonner les statues du général Lee, débaptiser les rues et les établissements qui portent son nom, tout cela ne changera rien à la réalité. Il fut sans doute l’officier le plus brillant de sa génération, un homme juste et droit qui servit son pays avec courage et abnégation. Un exemple qui est encore, quoi qu’on en dise, l’objet d’un profond respect chez de nombreux Américains.
 
Pour justifier les atrocités quasi génocidaires commises au Sud par les colonnes infernales placées sous les ordres de généraux nordistes comme Sherman ou Sheridan, on a souvent présenté tous les sudistes comme des abrutis racistes au front bas, plus proches de la bête immonde que de l’être humain. La caricature reprend aujourd’hui de plus belle avec la mise en avant par les médias de groupuscules racistes, effectivement répugnants et condamnables, mais guère représentatifs de toute la complexe réalité du Sud. Les mêmes médias, si prompts à dénoncer les amalgames en d’autres cas, semblent se vautrer dans celui-là avec volupté. Il serait peut-être temps de revenir à la raison en se réjouissant de l’abolition de l’esclavage partout où elle a été réalisée, en combattant inlassablement pour qu’elle profite un jour à l’humanité toute entière – ce qui n’est pas encore le cas, loin s’en faut – et en refusant toujours d’instrumentaliser le passé, soit pour se donner bonne conscience à peu de prix, soit pour livrer des combats politiques partisans qui n’ont guère de liens avec ce qui s’est passé il y a un siècle et demi.

Envoyé par l'auteur, 18 août 2017
Publié dans Devant l'histoire
Écrit par
En savoir plus... 0
Les essentiels perdus
 
Que ce soit en Belgique, en France ou presque partout en occident, les dirigeants politiques sont perdus. Formés à la démagogie des campagnes électorales et à la discrète recherche de fonds pour les financer, dans un monde dogmatiquement scindé entre droite et gauche et où, être les deux à la fois devient aujourd’hui le nec plus ultra, aucune réflexion de fond ne les encombre, ils "font de la politique".
Et cela ne marche plus. Les peuples les rejettent et cherchent l’homme providentiel tout en se contentant d’hommes au coups de menton mussolinien façon Trump ou Macron, car les peuples ont été totalement désorientés par des médias qui ont pris le pouvoir au nom de leurs actionnaires. Les voix médiatiques indépendantes comme Zemmour ou Polony en sont écartées et la morale est confiée au Conseil Constitutionnel, au Conseil d’État, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et au Comité Consultatif National d’Ethique, groupuscules nommés par le pouvoir en place qui leur donne une puissance considérée de plus en plus comme sagesse divine et donc non contrôlable par le peuple. "En même temps" le Président de la République considère qu’il n’est "pas digne d’étaler certains débats sur la place publique" quand le Chef d’État-Major des Armées dit sa vérité aux députés à l’Assemblée Nationale.
Que Macron et Trump échouent est d’une telle évidence que l’annoncer est sans risque car les essentiels sont perdus. Macron et Trump sont les derniers avatars du système dans les deux pays phares de l’Occident, l’Angleterre, l’Allemagne, le Japon et la Corée du sud n’en étant que les meilleurs techniciens. Si la constitution américaine empêche le totalitarisme, la constitution française le permet et la tentation s’en fera évidemment jour. Espérons que la sagesse et l’humilité l’emporteront !
 
Mais quels sont ces essentiels perdus dont nous vivons l’absence par ses innombrables retombées ? Ne faut-il pas mettre provisoirement de côté ces retombées dont tout le monde parle mais qui ne sont que le petit bout de la lorgnette et l’écume des vagues, pour nous concentrer sur ces essentiels perdus dans chacune des 3 bases d’une société, l’économique, l’éducatif et le politique ?
Mais il faut bien évidemment d’abord prendre conscience de ce qu’est une société. Une société est un groupe d’êtres humains qui, pour pouvoir vivre quotidiennement en groupe, répute comme étant objectifs pour tous ses membres les subjectivités du beau, du bien et du vrai, c’est-à-dire de la richesse, de la clarté et de la justice si l’on fait la symbiose deux à deux de ces trois approches de groupe, objectives pour ce groupe mais subjectives pour tous les autres.
L’homme a besoin de référents considérés comme objectifs à l’intérieur de son groupe même s’ils sont objectivement totalement subjectifs. C’est la transcendance qui rend objectives pour le groupe ses subjectivités et l’absence de transcendance conduit à la survalorisation d’éléments matériels objectifs comme la production, le diplôme ou la monnaie qui ne valent pourtant que par le regard qu’on leur accorde.
Une société n’a pourtant pas besoin de la fausse objectivité de la production, du diplôme ou de la monnaie pour considérer comme objectives chez elle les notions parfaitement subjectives de travail, de richesse, de famille, de patrie. S’enrichir de ce que d’autres peuples ont objectivé chez eux s’appelait voyager et n’existe quasiment plus.
 
Les universalismes ont de toute éternité tenté d’imposer leurs visions du beau, du bien et du vrai à toute l’humanité. En occident, du colonialisme au mondialisme, du capitalisme au communisme, du catholicisme au libéralisme, tous les universalismes ont voulu s’imposer à tous pour ne pas avoir à retrouver leurs essentiels perdus et retirer la poutre de leur œil. Toujours sous le masque de la fraternité humaine qui veut enlever la paille des yeux de leurs voisins, ils tentent de vampiriser les autres peuples pour ne pas voir la poutre de leur œil C’est en oubliant toute humilité dans cette fuite en avant et ce besoin de transformer les autres pour ne pas se transformer soi-même, que tous les universalismes s’effondrent soit vaincus par la force ou le déferlement de la multitude, soit décomposés de l’intérieur par cette incapacité à se remettre en cause en reconnaissant avoir perdu sa transcendance.
Nous remettre en cause c’est retrouver nos cohérences qui ne sont pas universelles mais qui nous ont construits, générations après générations. C’est moins regarder ce que font les autres en n’en prenant que ce qui nous arrange et nous regarder davantage nous-mêmes dans la globalité de notre problème.
 
Nous avons oublié que l’économie est la capacité à échanger intelligemment l’énergie de chacun avec d’autres dans l’intérêt de tous, pour perdre notre temps à nous disputer pour savoir si c’est le problème du privé comme le dit le capitalisme ou celui du public comme le disait le communisme. Les deux camps ne font plus que regretter que cette énergie soit de moins en moins utilisée et se contentent, pour ne pas affronter le problème et le voir soi-disant résolu, d’observer la montée des trois esclavages que sont la mondialisation, la dette et l’immigration.
 
Nous avons oublié que l’éducation est l’harmonieux mélange de connaissances, d’expériences et de discernement. En transformant l’instruction publique en éducation nationale, nous avons délibérément méprisé l’expérience et le discernement alors que toutes les civilisations avaient jusqu’à présent réservé l’instruction à un petit nombre, jugé à la puberté sur son expérience et son discernement. Tout ce qui était expérience comme le service national a été supprimé par les politiques pour fabriquer de plus en plus lentement des maillons d’une chaîne qui n’existe pas. Ces maillons orphelins sont abandonnés à leur "initiative personnelle" comme le leur conseillent Jacques Attali et consorts.
 
Nous avons oublié que la politique est l’art d’harmoniser un peuple, que la république, la chose publique en latin, peut être confiée à un seul en monarchie, à un groupe en aristocratie ou au peuple lui-même en démocratie comme Jean Bodin l’a parfaitement expliqué au XVIe siècle dans Les six livres de la République. La démocratie est une merveilleuse utopie qui n’a encore jamais existé nulle part contrairement à ce qui nous est seriné mais qui peut être travaillée par le tirage au sort ou le permis de voter. Aujourd’hui la politique est un fromage qui se résume a faire le beau avec nos voisins en oppressant le peuple par la compétition avec lui-même au lieu de le faire coopérer, d’abord en interne, ensuite éventuellement avec d’autres peuples. La compétition se moque de la mort de l’autre alors que la coopération a besoin de son énergie.
 
Mais nous avons aussi oublié que si la politique est l’art d’harmoniser un peuple, elle ne doit pas se contenter de veiller à son bon fonctionnement en faisant confiance aux individus qu’elle assiste par ses magistrats que l’on appelle parlementaires ou fonctionnaires. Elle doit aussi veiller à la transcendance, c’est-à-dire au dépassement de soi dans la découverte des autres qui était confié à l’Eglise. Or l’Eglise a quasiment déserté ce champ pour se contenter de la redistribution des richesses soi-disant créées. Et ce champ manque terriblement. Nous oublions que le premier devoir d’une femme est de faire les enfants nécessaires au renouvellement de la population quand le premier devoir d’un homme est d’être en tous domaines son complément. Le manque de transcendance détruit toutes les collectivités, de la famille à la nation. Nous faisons de la compétitivité une qualité alors que c’est la coopération et la collaboration, qui permettent la vie en commun. Nous en arrivons même à mettre l’homme et la femme en compétition aussi bien par la parité que par l’orientation sexuelle qui oublie, ce que les Grecs savaient déjà fort bien, que les pulsions homosexuelles sont un passage normal de l’adolescence qui normalement ne dure pas. Si l’évolution ne se fait pas ou se fait mal, cela vaut compassion et empathie mais ni excès d’honneur ni indignité.
L’heure est grave car tout est dans le paraître et dans les techniques de report des problèmes alors que les solutions sont dans l’humilité, le courage et le discernement.

Paru sur www.surlasociete.com, août 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Sentinelle
 
J’entendais le 10 août au soir le Colonel Goya proposer que l’on arrêtât l’opération Sentinelle : cette opération coûte cher, l’argent pourrait être mieux dépensé, elle n’a pas de résultats évidents, nos soldats s’y épuisent, et ils sont en fait des cibles pour nos adversaires.
Dussé-je passer pour un vieil imbécile et un cynique auprès de leurs épouses et de mes jeunes camarades, je dis : "et alors ?". Ne vaut-il pas mieux que nos adversaires s’en prennent à nos policiers, gendarmes, militaires, capables de riposte, plutôt qu’aux civils attablés dans des bistrots ?
Oui, il est scandaleux qu’en opération Sentinelle nos soldats soient mal logés, mal nourris, mal payés, qu’ils ne puissent pas prendre les permissions aux quelles ils ont droit.
Mais un soldat est toujours une cible. Je l’ai été au Cameroun, en Algérie, au Liban. Puis-je rappeler Edmond Rostand : Il fait dire à Cyrano de Bergerac
- "Moi, je n’abdique pas l’honneur d’être une cible."

Envoyé par l'auteur, 10 août 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Salauds de Luxembourgeois
 
Après avoir voulu nous culpabiliser avec "les gaz à effet de serre" et "l’empreinte carbone" voilà qu’apparaît un nouveau boniment : "A partir du 2 août, l’humanité vit à crédit". Il paraît qu’à cette date nous avons consommé tout ce que la terre peut produire chaque année et que donc, après cette date, l’humanité vivrait à crédit et qu’il faudrait 1,7 terre pour fournir les ressources nécessaires.
On peut se demander de quelles ressources il s’agit, l’agriculture mondiale peut encore se développer, les ressources en produits pétroliers sont réévaluées en permanence et certains pays comme la France interdit de nouvelles prospections. De toute façon on prétend à terme se passer des énergies fossiles, leur existence n’a en soi aucun intérêt, et bien entendu on fait l’impasse sur l’énergie nucléaire.
En fait il paraît que l’homme par son action nuit à la biodiversité, si l’homme na pas été responsable de la disposition des dinosaures, "il est collectivement responsable de la disparition des espèces". On ne dit pas de quelles espèces il s’agit alors qu’on a réintroduit en France le loup et l’ours. Il s’agit probablement d’espèces comme l’orang-outan ou le gorille qui voient disparaître leurs habitats du fait de la déforestation.
"Nous contractons cette dette car nous coupons des arbres à un rythme supérieur à celui de leur croissance, nous prélevons plus de poissons dans les mers qu’il en naît chaque année, et nous rejetons davantage de carbone dans l’atmosphère que les forêts et les océans peuvent en absorber." On cherche donc à nous vendre à nouveau sous une autre forme, les gaz à effet de serre et le réchauffement de la planète.                                                          
 
Ce qui est intéressant dans cette affaire est qu’on culpabilise les pays développés, ceux qui inventent, produisent et soignent. Le plus coupable est le Luxembourg auquel il faudrait 7,7 planètes pour vivre, ensuite les Qatar 7,4 planètes, l’Australie 5,2. A nous Français 3 planètes suffisent.
Ce qui est aussi intéressant c’est de voir que ceux qui sont classés comme "les moins gaspilleurs" sont les Indiens 0,6 planète, les Burundais, les Haïtiens et les Erythréens, pays où comme chacun sait il fait bon vivre. Et l’on passe sous un prudent silence tous les pays d’Afrique subsaharienne où on meurt de faim et de maladie, où on s’entretue pour des raisons tribales et religieuses et d’où les populations n’ont qu’une idée c’est d’émigrer vers ces salauds de pays pollueurs.
L’Inde est un bon exemple de ce à quoi les bien pensants voudraient nous ramener : pour les 1 236 millions d’habitants, le PIB est de 3700 $ par an. La population augmente de 19 millions par an. L’Inde est le pays le plus touché par le travail des enfants. Selon l’UNICEF, 14 % des enfants âgés de 5 à 14 ans travaillent (chiffres 2000). Environ 20 % de ces enfants travaillent dans la rue en tant que chiffonniers, mendiants, conducteurs de vélos taxis et cireurs de chaussures. Un travailleur agricole sur dix est un enfant. L'industrie est, elle aussi, touchée par ce travail infantile, particulièrement dans les mines, les usines de textiles et le plus souvent dans des conditions déplorables. A ce prix on peut effectivement être classé comme peu gaspilleur.
Et encore si on s’intéresse à l’Afrique on apprend que la croissance démographique est très supérieure à la croissance économique. L’Afrique a besoin, au minimum, de 7 % de croissance par an durant plusieurs années. En 2016, elle fut de 1,5 %.
Pendant ce temps là la population africaine croit au taux de 4 % par an, elle double tous les 18-20 ans. Bien sur dans ces conditions ces pays peuvent être classés parmi les moins pollueurs alors qu’ils sont responsables de la déforestation, de la pénurie en eau et des épidémies et ainsi de la disparition d’espèces par destruction de leur habitat.
 
La population de la planète passera de 7,5 à 9,8 milliards d’individus en 2050, 11,2 milliards à la fin du 21ème siècle si on en croit les Nations Unies. C’est en Afrique que la population croitra le plus, le Nigéria va passer de 191 millions à plus de 410 millions en 2030. L’Afrique, qui compte aujourd’hui 1,3 milliard d’habitants représentant 17 % de la population mondiale, en totalisera près de 4,5 milliards à l’horizon 2100, soit 40 % de l’humanité. Cet accroissement de la population va entrainer une urbanisation galopante, un milliard d’Africains devraient vivre en ville dans les 20 prochaines années.
Il ne s’agira de villes organisées comme nous les connaissons mais d’agglomérations où domineront les bidonvilles, où beaucoup d’habitants n’auront accès ni à l’eau, ni à l’électricité, ni à l’hygiène ni aux transports. Aujourd’hui plus de 60% des urbains vivent dans des habitats insalubres. Kinshasa et Lagos regroupent actuellement 10 millions d’habitants. Kampala la capitale de l’Ouganda s’est étalé de 71 km2 à 386 entre 1989 et 2010, elle devrait atteindre 1 000 km2 en 2030 entrainant la disparition de forêts et de zones humides. Les villes africaines atteignent un niveau de pollution dont nous n’avons pas idée en Europe.
C’est de cette évolution que vient la déforestation, la destruction des littoraux, en France l’espace forestier s’accroît.
 
Nous voilà bien loin de l’épuisement de la planète par l’homme surtout par les pays développés, là est la vraie menace, une croissance démographique mondiale incontrôlée provenant surtout des pays pauvres, incapables de se développer. Le déferlement africain vers les pays "nantis" qui connaissent un hiver démocratique a déjà commencé, il va s’accroitre déversant des populations non formées, déracinées, inassimilables. Le réchauffement de la planète et l’épuisement des ressources dus aux activités humaines sont des préoccupations bien secondaires .
dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com, 10 août 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
La terre a tremblé                                        
 
Les Français ont eu à entendre le lundi 3 Juillet le discours présidentiel devant le Congrès des 2 Chambres parlementaires. Certains l'ont trouvé trop long, sans réaliser tout à fait qu'il était, en cette circonstance, nécessaire de "préciser" les orientations souhaitées ou fantasmées des 5 années à venir…
En fait, ce discours, très construit, très travaillé, sans doute réfléchi et préparé de longue date (peut-être depuis le lycée ?) s'avère être une soutenance de thèse au sens le plus académique possible ; les briscards émérites en sciences politiques et économiques, ne s'y sont pas trompés : la construction progressive, au terme d'une introduction d'exposition, les développements classifiés, émaillés de citations bienvenues, de référents intellectuels largués aux bons endroits, l'explication généraliste, le résumé terminant chaque proposition, afin de réveiller l'auditoire, la progression académique, de la politique interne à l'européenne puis l'internationale, tout cela dans une langue très littéraire, conduisait au satisfecit convoité, avec mention très bien et les félicitations du jury.
Cette Charte proposant un avenir meilleur, une France régénérée et des Français remis sur les bonnes rails de la concertation, de la confiance et de la démocratie mutualiste, s'inspirait (cela a été dit à plusieurs reprises) de l'esprit des Lumières, des philosophies libérales récentes sans droite ni gauche pour ce qui est de la réforme sociale, et, au plan économique, directement, de Schumpeter et de sa fameuse destruction créatrice, consistant, dans la patience et la durée à émonder l'arbre économique de ses mauvaises branches, celles pourries et pesantes, pour greffer les embryons d'une renaissance collective.
 
Le lendemain mardi 4 Juillet, le Premier Ministre, en élève studieux et discipliné, observant rigoureusement les articles 20 et 21 de notre Constitution proposait "la mise en œuvre gouvernementale et administrative" des orientations présidentielles. Là aussi, une belle prose, travaillée, littéraire, produite par un homme honnête, convaincu et cultivé (voir les hommes qui lisent), dans le droit fil des campagnes électorales.
Suivirent plusieurs semaines de gesticulations, commémorations, discours presque tous semblables, revenant sur la nécessité d'être rassemblés et constructifs d'un lendemain qui, forcément chantera. Exercice de communication destiné à rassurer et bétonner l'acquis sorti des urnes.
Les Français ont cru en un nouveau Brumaire, en un jeune Bonaparte providentiellement vainqueur de nos vieux démons aveugles et empêtrés, avec sa garde rapprochée, un nouveau Code du travail sous le bras, allégé d'au moins 200 articles, d'un projet économique cohérent et d'une vision sociale adulte, diminuant l'assistanat au profit de la responsabilité citoyenne.
 
Tout cela était bel et bon, mon Ami, aurait dit Hercule Poirot
Las !…
Il s'agit d'une magnifique vision théorique, concoctée par quelques copains très cultivés, formés aux mêmes sources de savoirs, ayant répertorié par la pratique ministérielle, locale, territoriale, entreprenariale tous les défauts et blocages français, riches au surplus de regards comparatifs soulignant que d'autres sociétés aussi empêtrées que nous, usant de rigueur, discipline et volonté, prospéraient désormais, après un effort collectif réussi.
Mais le passage de la fiction progressiste à la médiocre réalité s'avère douloureux et sans doute décevant ; le couperet de la France vraie est impitoyable, et ces premiers de la classe se cognent aux murs du quotidien vécu :
 
1° le désastre financier, le vrai : même très bien informés, ces hommes et femmes de très bonne volonté, n'avaient pas eu accès à tous les dossiers, n'avaient pas compris l'ampleur du gouffre d'inconscience, de mensonge et d'incompétence des décennies précédentes. L'argent a filé, en quantité ahurissante, de toutes parts comme d'un tonneau démantelé, pire que celui des Danaïdes... sorties incontrôlées... rentrées cahotiques et mal employées... En voulant être partout, l’État s'est transformé en girouette financière et fiscale, assoiffé de mini réformes destinées comme des sparadraps, à cacher les trous les plus béants.
 
2° le désastre administratif et gestionnaire : la question des fonctionnaires n'est que la face la plus visible de ce problème de fond : des dispositifs surannés, empilés les uns sur les autres au gré des lubies politiques, soit pléthoriques, soit insuffisants, communiquant mal... La croissance exponentielle du pouvoir préfectoral avec des moyens désuets, des découpages de circonscriptions et domaines de compétence mal définis, et là aussi souvent un gâchis d'énergies et d'argent assez stupéfiant. Le manque d'arbitrages et de concertations, et très souvent de malheureux acteurs qui ne savent pas vraiment ce qu'ils font ou devraient faire... Le fatras, quoi…
 
3° L'acharnement médiatique, absolument terrifiant, presque uniquement critique, le regard permanent sur les "détails", l'intrusion dans les projets, le travail réel. Les élus nationaux passent environ, toutes charges confondues, environ un tiers de leur temps à "communiquer", se montrer, répondre aux journalistes. Pendant ce temps, on ne travaille pas vraiment, finis les projets mirobolants en petits cercles d'étude, les idées lumineuses autour d'un verre et d'un clavier d'ordinateur... On passe à la moulinette des Cassandre et de procureurs professionnalisés à tout instant. C'est épuisant…
 
4° le scepticisme économique et social : les Français ne croient plus aux réformes, et surtout, ne se croient pas réformables ; ils ont leurs vieilles bonnes habitudes de luttes stériles, de bagarres idéologiques datant des 150 dernières années, d'affrontements pour ne rien bouger. La grande tradition française aime quoi ? Défiler dans les rues avec des banderoles, bloquer les entreprises et partir en vacances. Point. 
La mondialisation est très loin d'elle, elle l'imagine peu, l'Europe n'est qu'un tissu d'injustices et de combines. La part vieillissante de la population n'a aucune ambition ni désir de changement, tout en se plaignant beaucoup (c'était mieux avant). Les millions de chômeurs vivotent mal, voire très mal, mais survivent environnés d'un assistanat aussi incohérent qu'inefficace. Une grande partie des étudiants ne sait pas du tout où elle est sensée aller, trop souvent munie de diplômes vides de sens.
L'agriculteur ordinaire crève de faim, alors que fournir la nourriture est le travail fondamental à toute population. Les éboueurs et les videurs de poubelles sont toujours aussi mal considérés, les balayeurs n'existent plus. Sauf dans les parcs d'attraction.
 
5° l'obstacle de la lenteur : les 4 aspects précédents, outre l'extrême complexité de nos procédures, installent l'obligation d'être lent. Nous sommes dans un projet idéal qui s'est donné 5 années pour obtenir des résultats, sinon réussir. Mais c'était sans compter avec l'incohérence en place, le manque d'argent et de moyens, les distorsions imprévues. Et puis, il y a le quotidien dévorant : une fois au pouvoir, il faut affronter tous les inattendus, les accidents, les agitations, les ratages, les trublions et troubles en tous genres. Ce faisant, on est obligé de ralentir le pas, alors que l'on rêvait d'un Brumaire immédiatement applicable…
C'est une bonne idée – sur le papier – d'avoir voulu changer le personnel politique national, d'essayer d'inventer de nouvelles règles, de nouveaux profils : mais il y a les cafouillages des débutants : être un représentant national est un vrai métier qu'il faut apprendre et maitriser. Cela ne se résume pas à "un weekend end de briefing accéléré" Sauf ceux et celles qui étaient déjà "dans les circuit", les nouveaux venus déchantent, se révèlent souvent fades, gaffeurs, et sont parfois terrifiés par leur propre imprudence ; il y aura forcément des défections et des cartons rouges. Il y a aussi l'écueil des fausses bonnes idées : en théorie, c'est bien mais sur le terrain le projet n'est que partiellement praticable ou même pas du tout ; parfois il apparaît trop élitiste, utopique, l'intention est mal perçue, déformée, mal interprétée et risque de faire trop de vagues. La soutenance d'une thèse brillante n'implique pas forcément sa réussite.
 
Bref, en ce moment ça patine. C'est normal. Tout le monde est très fatigué : la terre a tremblé, mais à l'analyse, ce n'est pas un séisme ni l'éruption du Krakatoa : juste des fissures dans l'édifice monstrueux. Il faut attendre : la vie est une longue patience (Lao Tseu) et celle politique, avec son art inlassable de tricoter et défaire, l'est encore plus. Les fustigeurs professionnels devraient sucer quelques bonbons au miel et les acteurs garder espoir, en ayant à l'esprit que "Diriger, c'est gouverner ses alliés".

Envoyé par l'auteur, 9 août 2017
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Yémen
 
Je suis toujours abasourdi par la façon dont nos politiques, nos ONG et nos médias mettent le projecteur sur certains conflits et gardent le silence sur d’autres. Pendant quatre ans, rien ne nous fut épargné en Syrie et à Alep ; sauf le nombre de victimes civiles, nous avons tout su, un an durant, des combats autour de Mossoul. Rien sur le Yémen, sauf six pages dans Le Monde la semaine dernière…
 
En janvier 1990, je visitais le Yémen. J’avais été frappé par ses paysages somptueux, par la corruption grandissante -même à la poste on tentait d’arnaquer les touristes qui demandaient des timbres pour l’étranger, par la pollution (des sacs en plastique partout !). L’Islam intégriste était déjà présent, encore discret : je n’ai vu lors de mon séjour qu’une femme au volant d’une voiture, toutes étaient voilées. Mais il n’y avait pas de police religieuse comme en Arabie saoudite. Tous les villages disposaient de l’eau courante. Le réseau routier était en bon état, le tourisme se développait. Le sud et le nord tentaient de s’unir. Il y avait quelques mendiants, mais une certaine prospérité s’installait.
Le chef de l’Etat était certes un dictateur, mais plutôt du genre "despote éclairé" : c’était Ali Abdallah Saleh. Il fut hélas victime du printemps arabe, des intrusions saoudiennes et des Emirats Arabes Unis.
 
Aujourd’hui entre les guerres tribales et l’intrusion de l’Arabie saoudite et de ses alliés, le chaos et le choléra sont en place, vraisemblablement pour longtemps
Pendant un millénaire, le nord du Yémen fut dirigé par un imam proche des chiites zaïdistes : il ménageait les tribus, un système féodal et les Ottomans. Les Chiites zaïdistes (houtistes aujourd’hui) différent des Chiites iraniens par le nombre d’imams qu’ils considèrent comme légitimes. Nasser voulut démocratiser le Yémen : ses troupes s’y cassèrent les dents et quittèrent piteusement le pays en 1962… En 1967, le Yémen du sud, longtemps colonie britannique, se retrouva affublé d’un régime marxiste.
 
Aujourd’hui, un gouvernement sous l’influence saoudienne, avec l’aval de l’ONU et des Etats-Unis, présidé par Abd Rabo Mansour Hadi, ne dirige que le Sud Yémen ou plus exactement Aden. Il est en butte à un comité (South Transition Council) qui prône l’indépendance du Sud. Le nord est partagé entre les houtistes et les partisans de d’Ali Abdallah Saleh. Une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis bombarde à tout va les écoles, l’infrastructure, mais surtout affame le pays.
Depuis 2011, Daech et Al Qaida dans la péninsule arabe (AQPA) profitent de l’effondrement de l’Etat pour s’installer discrètement, espérant réussir ce qu’ils ont raté en Afghanistan, en Irak et en Syrie.  Pour tenter de comprendre l’imbroglio local, ajoutons que l’Arabie saoudite soutient les Frères musulmans yéménites, tandis que les Emirats arabes Unis voudraient l’indépendance du Sud. Et bien sûr, tout cela finira par le chaos, comme en Afghanistan, en Irak et c.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Yémen : silence ! on massacre !
 
Alors qu’elle ne participe que très marginalement aux opérations contre Daech, l’Arabie saoudite a été capable de réunir autour d’elle une coalition internationale de 150 000 hommes (1) pour conduire, depuis plus de deux ans, une sanglante guerre d’agression au Yémen (opération Tempête décisive). Elle a retiré en cette occasion la dizaine d’aéronefs qui participaient mollement aux bombardements contre Etat islamique, pour en déployer une centaine à sa frontière sud. Les Saoudiens affirment que leur coalition a largué 90 000 bombes pendant cette guerre qui dure depuis deux ans. Cela fait 123 bombes par jour, soit 5 par heure. Rien qu’en avril 2015, la coalition a conduit plus de 1 700 raids aériens, soit jusqu’à 80 certains jours ; on aurait bien aimé voir ses moyens engagés contre Daech.

Pourquoi les Saoudiens ont-ils déployé une telle armada, mobilisé leur Garde nationale et battu le rappel de leurs alliés arabes, asiatiques et occidentaux pour lancer une offensive contre les tribus d’un pays voisin, alors que Riyad ne fait absolument rien contre l’Etat islamique ? Sans doute faut-il rappeler que les Houthis sont des zaydites, une secte de l’islam proche du chiisme. Ils se battent, non pour imposer au monde une vision violente, obscurantiste et sectaire de l’islam, mais pour retrouver une autonomie et une considération vis-à-vis du gouvernement d’Aden qui leur ont été retirées en 1962. Les Houthis ne représentent en rien une menace pour la sécurité du Moyen-Orient ni pour la paix mondiale, même s’ils ont demandé le soutien de Téhéran (2) pour faire face à l’agression de Riyad.

Ce conflit semble toutefois ne pas intéresser grand-monde, contrairement au conflit syrien. Pourtant, comme l’explique le colonel Alain Corvez, "les crimes contre l’humanité commis par la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen ont détruit toutes les infrastructures vitales du pays : barrages, eaux, hôpitaux, électricité, infrastructures routières, aériennes et portuaire et tué des milliers de civils dont de nombreux enfants car leurs frappes semblent vouloir non seulement détruire le pays berceau de l’arabisme et de ses cultures séculaires, mais aussi atteindre le moral des habitants à la manière nazie. Le choléra est désormais à l’état épidémique et les ressources médicales et de première nécessité ont du mal à atteindre le pays" (3).
Les Saoudiens ont bombardé toutes les installations de production alimentaire du Yémen. La marine et l’armée de l’air saoudiennes ont détruit la quasi totalité des infrastructures du port de Sanaa et ciblent tous les navires qui tentent d’y entrer ou d’en partir. Certains navires de secours officiels sont autorisés à passer, mais ils ont des difficultés à décharger fautes de grues. Les zones tenues par la rébellion sont véritablement affamées par les Saoudiens et leurs alliés. La situation humanitaire est catastrophique : plus de 10 000 victimes sont à déplorer - chiffre vraisemblablement largement sous-évalué - auxquelles il convient d’ajouter 18 millions de Yéménites confrontés à la famine et aux épidémies en raison du blocus imposé par la coalition.
 
Il est absolument stupéfiant que seul un nombre extrêmement réduit d’observateurs internationaux et de médias évoquent cette guerre quasi-génocidaire conduite par Riyad. Presque personne n’a dénoncé les massacres et les destructions effectuées par l’armée de l’air saoudienne, pas plus la presse internationale que les Etats occidentaux. La diplomatie et les médias français se sont indignés à tort sur Alep, alors même que les djihadistes s’étaient livrés à de nombreuses exactions contre les populations civiles. Mais on ne les pas entendu sur le Yémen où les membres de la coalition violent sans aucun état d’âme toutes les conventions de Genève.
Evidemment, il existe une explication : les États-Unis fournissent les renseignements, le ravitaillement en vol, l’armement et les munitions à leurs alliés saoudiens. Et la France et le Royaume Uni soutiennent cette opération. Surtout, Riyad menace l’ONU d’arrêter de fournir de l’argent pour ses efforts de secours si elle dénonçait cette guerre. D’ailleurs, le Conseil de Sécurité a voté - à l’exception notable de la Russie - le 16 avril 2015, la légitimation de l’agression sous le chapitre 7, ce qui est un scandale et décrédibilise l’ONU. Les Occidentaux, en restant délibérément silencieux sur les atrocités commises  par l’Arabie Saoudite et ses alliés au Yémen sont complices de crimes contre l’humanité.

Au demeurant, en dépit de l’importance des moyens engagés, l’intervention des Saoudiens et de leurs alliés demeure un fiasco militaire.Elle s’avère par ailleurs totalement contre-productive, ayant eu pour effet de renforcer la présence de l’Iran et du groupe Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA) au Yémen, et de permettre l’implantation locale d’une branche de l’Etat islamique.
 
(1) Le Pakistan, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Sénégal et la France – ainsi que et les Egyptiens sur le plan naval - se sont associés à cette opération à laquelle Washington a donné son feu vert.
(2) Les Houthis sont très sourcilleux quant à leur autonomie. En septembre 2015, les Iraniens leur avaient déconseillé de s’emparer de Sanaa, la capitale, sachant que cela allait déclencher l’intervention saoudienne ; mais ils n’en ont pas tenu compte. Par ailleurs, ils ont rejeté la demande de Téhéran d’installer une base navale permanente dans la zone qu’ils contrôlent.
(3) Alain Corvez, "Les pays occidentaux complice de crimes contre l’humanité au Yémen", Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), Tribune libre n° 70, juin 2017 (www.cf2r.org).

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Déclin annoncé des néoconservateurs
 
Renaud Girard a récemment annoncé le crépuscule des néoconservateurs. (1) Ce qui surprend, ce n’est pas tant son annonce que sa présentation de la pensée néoconservatrice. Elle serait un "messianisme démocratique". Si elle l’était, pourquoi serait-elle condamnée ? Non, hélas. Elle n’est ni messianique ni démocratique. Elle est brutale et destructrice. C’est ce qui la condamne.
 
Selon ses pères, Bill Kristol et Robert Kagan, "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette vision du monde ne s’appuie pas sur la morale mais sur le rapport des forces en présence. Ce n’est pas un hasard si elle prit naissance après la chute de l’Union soviétique quand un monde bipolaire devint unipolaire pour un temps. Dans un document du Ministère de la défense de 1992 dont l’auteur est Paul Wolfowitz, il est écrit : "Notre objectif premier est de prévenir la réémergence d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui pose une menace du même ordre que celle posée par l’Union soviétique." Il n’y a rien de "moral" dans cet objectif qui est l’expression d’une vision hégémonique du monde.
La morale dont se prévalent Bill Kristol et Robert Kagan n’est qu’un faux-nez. Seule compte l’hégémonie américaine associée à la cause israélienne. D’où le souhait émis d’un nouveau Pearl Harbor dans "Projet pour un nouvel empire américain". Ce sera le "11 septembre". Cette analyse en apparence cynique que nous en faisons ne l’est que pour ceux qui ont oublié l’Opération Norwood qui prévoyait le massacre de plusieurs milliers d’Américains pour forcer la main du président Kennedy à Cuba, ou l’incident de la Baie du Tonkin qui entraînera les Etats-Unis dans une guerre aussi violente qu’inutile au Vietnam ou encore cette déclaration de Madeleine Albright selon laquelle la sécurité des Etats-Unis vaut bien la mort de 500 000 enfants irakiens. Faut-il aussi rappeler cette pitoyable performance de Colin Powell le 5 février 2003 aux Nations Unies destinée à convaincre le monde que Saddam Hussein dispose d’armes chimiques ? L’Irak sera envahi et détruit sans qu’il ne soit trouvé la moindre trace d’armes chimiques ce que les inspections de l’ONU, commencées en 1991 sous la direction du Suédois Hans Blix, avaient amplement démontré.
 
Les Etats-Unis sont un empire – un empire d’une violence extrême. La guerre de Corée en est l’exemple même. Constatant qu’ils ne pouvaient conquérir la Corée du nord, les dirigeants américains décidèrent de l’éradiquer. La même politique fut appliquée au Vietnam avec l’usage massif d’un herbicide, baptisé "Agent Orange", pour en cacher l’horreur. Cette barbarie est présente tout au long de l’histoire américaine… La distribution de chocolat aux populations par les "boys" à la fin de Seconde Guerre mondiale ne doit pas faire illusion. Elle est le fait d’actes spontanés de soldats étrangers à la violence du "système" qui les dirige.
Les guerres en Afghanistan et en Irak qui seront suivies de la destruction de la Libye, de la Syrie et du Yémen n’ont rien d’un "messianisme démocratique". Elles sont l’application d’une politique décidée bien avant le "11 septembre". Plusieurs documents en attestent dont : "Une nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume", de Richard Perle écrit en 1996 ou cette lettre adressée à Bill Clinton en janvier 1998 par Robert Kagan, William Kristol, Richard Perle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz. Dans son discours du 3 octobre 2007, le général Clark, ancien commandant des forces de l’OTAn, apprend dix jours après le 11 septembre que le Pentagone prévoit la destruction de l’Irak, de la Syrie, du Liban, de la Libye, de la Somalie, du Soudan et de l’Iran. Constatant que le peuple américain n’est pas informé de cette politique, il n’hésitera pas à parler de "coup d’état". Dix ans plus tard, force est de constater que ce plan a été en partie réalisé.
 
Assistons-nous au crépuscule de cette politique néoconservatrice ? Sans doute. Ni la Russie, ni la Chine ne l’acceptent. Plus grave pour ses auteurs, elle aboutit aux résultats opposés à ceux recherchés. Ainsi, l’Irak est-elle désormais proche de l’Iran – un rapprochement qui oblige les Etats-Unis, sous la pression d’Israël, a envisagé un "changement de régime" dans ce pays. La violence appelle la violence sans que soit atteint le but fixé : le remplacement des Accords Sykes-Picot par la carte du colonel Ralph Peters. Ce dessein qui a failli réussir est sur le point d’échouer à moins d’un engagement direct des Etats-Unis en Syrie et en Iran. L’engagement en Syrie est impossible, sauf à envisager un affrontement avec la Russie, comme l’a rappelé le chef d’état-major Joseph Dunford lors de son audition au Sénat en février dernier. Un affrontement avec l’Iran ne l’est pas davantage puisqu’il remettrait en cause l’Accord signé par l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. C’est inenvisageable à moins d’une erreur grossière de l’Iran que les Etats-Unis aimeraient provoquer, comme le laissent entendre leurs déclarations, sans espoir d’y parvenir car la ficelle est trop grosse pour que les Iraniens la saisissent.
 
La politique néoconservatrice est un désastre absolu, si l’on y ajoute son coût humain et financier. Elle met en cause la stabilité intérieure des Etats-Unis, comme l’a démontré l’élection de Donald Trump. Elle est donc condamnée. Pour autant, va-t-elle s’effacer dans un avenir proche, comme le laisse entendre Renaud Girard ? En dépit de ses échecs, elle demeure la pensée dominante à Washington, à preuve les nouvelles sanctions à l’égard de la Russie votées par le Congrès. Il faut s’attendre à de nouvelles crises. Les empires disparaissent rarement sans livrer un dernier combat.
(1) Figarovox, 17 juillet 2017.

Envoyé par l'auteur, 7 août 2017
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Éditorial : "Les dieux ont soif"
 
Les envoyés du roi de Siam, en 1686, ne furent pas reçus à la cour de Louis XIV avec plus de faste. Suspense savamment entretenu, mise en scène des enjeux, bref, trompettes et tambours, la dramaturgie qui accompagne depuis plusieurs jours l'arrivée à Paris du footballeur Neymar Junior est celle qu'on réserve d'ordinaire à la visite d'un grand chef d'État. Vladimir Poutine a eu droit aux honneurs de Versailles, Donald Trump à un défilé militaire sur les Champs-Élysées. Au nom du sport, de ses pompes et de ses œuvres, le transfuge de Barcelone va être reçu sous les ovations d'un stade en liesse. Notre époque a fait des footballeurs des demi-dieux - instituant un culte en leur honneur et leur réservant les offrandes dues à leur rang.
Bien sûr le jeu à la brésilienne de Neymar, le joga bonito, est pour les amateurs une promesse de plaisir et de bonnes soirées en perspective. Pour les dirigeants du PSG, l'arrivée du prodige constitue un argument pour attirer au stade les passionnés, mais aussi pour vendre leur gamme de produits dérivés. Le petit prince est aussi une marque.
 
Mais les sommes engagées ont quelque chose de macroéconomique. C'est d'ailleurs un pays souverain, le Qatar, qui met la main à la poche pour permettre de contourner les règles en vigueur dans le football européen (au nom du "fair-play", il est interdit à un club de dépenser plus qu'il ne gagne). 222 millions pour s'acquitter de la clause compensatoire, 300 millions d'impôts récoltés par l'État, à l'évocation de ces chiffres autour de Neymar, on croirait entendre un ministre parler réforme économique. 30 millions pour son seul salaire net annuel : la planète foot a quitté l'orbite de la Terre et ses contingences : toute peine mérite rétribution, juste rétribution : ni misérable ni excessive.
 
Les dieux ont soif. Mais à ce point ? La société du spectacle nécessite-t-elle vraiment autant d'argent pour le seul divertissement des hommes ? Notre époque, qui aime à se nourrir de gigantisme, notion qui lui tient lieu de valeur – combien ? -, devrait mieux s'interroger sur le sens profond de cet événement – pourquoi ? et après ? - afin de revenir, si elle le peut encore, à la mesure.

Paru dans Le Figaro, 3 août 2017
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Les fourberies de "Jupiter"
 
Tout a été dit ou presque, sur ce que les médias appellent l’affaire de Villiers. Si grave soit-elle, ce n’est qu’un épisode du renouveau annoncé qui consiste à détruire méthodiquement tout ce qui marche ou fait de l’ombre à Jupiter qui veut régner à tout prix, y compris sur un champ de ruines intellectuel, moral, identitaire, social, sociétal, ... etc.  ........ Tout a été dit ou presque, puisque la langue de bois permet souvent de rester politiquement correct et même, dit-on - constructif. Les autres sont persona non grata.
 
Les Français ont, parait-il, la mémoire courte et ils ne sont pas les seuls ; à plus forte raison, ils ne peuvent pas se souvenir de ce qui ne leur a pas été enseigné comme, par exemple, toutes les pages d’histoire qui valorisent nos racines et traduisent la grandeur de la France. Par contre, ils conserveront en mémoire ce qui, au-delà des écrits et des paroles a provoqué des blessures dont les cicatrices continueront de témoigner. Au cours du premier acte, des Français de plusieurs générations ont été dénoncés comme "criminels" pour avoir participé à "un crime d’Etat". Outre les vivants, nombreux sont les descendants de ces "criminels" à souffrir de cette blessure.
 
Dans un deuxième temps, au-delà du Général de Villiers Chef d’état-major des armées (CEMA) qui a été humilié et évincé de façon déloyale, c’est toute l’institution militaire, ceux qui la servent ou l’ont servi qui ont été atteints et profondément blessés avec des répercussions sur leur famille et leur entourage. Il parait tout à fait évident que le sort du Général de Villiers était scellé d’avance. Pour que ses qualités humaines et professionnelles, son expérience, sa droiture et son honnêteté intellectuelle ne fassent pas d’ombre à Jupiter, il fallait qu’il soit éliminé. Il est vrai qu’il ne pouvait pas cohabiter avec des personnages en marche, dont la première conviction est l’opportunisme. Il est le premier de la liste, d'autres suivront.
A ce propos, la première mesure à prendre pour "moraliser la politique" serait de démettre de son mandat tout élu qui, en cours de mandat, trahit ses électeurs en changeant d’opinion, de programme, de parti pour l’obliger à solliciter à nouveau leurs suffrages avec ses nouvelles convictions, même éphémères.
 
Pour être "compatible" fallait-il que le CEMA renonce à demander et à justifier les moyens dont nos armées ont si grand besoin ? Fallait-il qu'il mente en exprimant sa satisfaction de ne pas recevoir les crédits militaires promis ? Fallait-il qu'il se comporte comme tous les politiciens qui ont retourné leur veste une fois, deux fois, trois fois...... pour tenter de se faire élire et fait des promesses qu'ils sont sûrs de ne pas pouvoir tenir ?
 
Pour l’éliminer, le pouvoir a eu recours à une vieille technique (vive la modernisation !) utilisée pour se débarrasser habilement d’un indésirable. Elle consiste par un savant dosage d’humiliations et de camouflets à le pousser à bout dans son amour- propre et sa dignité jusqu’à ce qu’il se démette ... et il y a toujours des complices : par exemple pour rendre publics les propos d’un huis clos ! C’est le Général - disent les adeptes de "En marche" qui a trahi la confiance mise en lui par le Président de la République : celui-ci, en effet, venait de prolonger d’un an son mandat. Cette manière de procéder est une fourberie manifeste pour créer vis à vis de l'opinion une ambiance de trahison et accroître la culpabilité imputée au Général. Prolonger son mandat avec l'arrière-pensée de l'éliminer, c’était lui donner le baiser de Judas.
Inutile de repasser le film de ce qui a suivi, en notant toutefois que la démission rapide du Général de Villiers a coupé l’herbe sous les pieds de ceux qui voulaient abuser de la situation pour l’humilier davantage. En prenant l’initiative d’une démission circonstanciée, il privait Jupiter de la jouissance de l’avoir limogé. Et, quand Jupiter se rend sur la base aérienne à Istres pour implorer de façon théâtrale la confiance des armées, il ignore que les soldats sont des hommes et ne sont pas dépourvus d’affectivité, surtout vis à vis d’un CHEF qu’ils ont apprécié. Mais n’est pas chef qui veut ! "La plus grande preuve d'estime, que l'on puisse donner aux gens que l'on a l'honneur de diriger, - écrivait Lyautey - ce n'est pas de les flagorner, mais de leur parler gravement, en leur montrant les choses comme elles sont." Tout le contraire de l’autoritarisme !
Le comble et la palme de la goujaterie revient le lendemain au porte- parole du gouvernement, c’est à dire "La voix de son maître" formaté pour le bluff et l’arrogance. Il twite : "C’est le comportement du général qui a été inacceptable. On n'a jamais vu un CEMA s'exprimer via un blog ou faire du off avec des journalistes ou interpeller les candidats pendant la présidentielle (...). Il s'est comporté en poète revendicatif." et qui renchérit en brocardant la "bronca" de soutien faite au Général par les femmes et les hommes de tous grades servant à Balard, le Pentagone français. Pire, il enfonce le clou dans un article publié le lendemain dans le Figaro.
 
Il aurait été de bon ton, de la part de ceux qui alimentent les médias, qu’ils se soient émus du fait que le Général Pierre de Villiers a été privé - suprême affront - de la prise d’armes traditionnelle en rapport avec son niveau de responsabilités pour marquer son adieu aux armes. Une fois de plus, il n’est pas malséant, bien au contraire, de faire un parallèle avec ce qui a été réservé au Maréchal Lyautey en 1925. 
Lors de la guerre du Rif, le Cartel des Gauches - souhaitant un clash pour justifier l’élimination d'un Lyautey qu'il jugeait non compatible - lui refuse les renforts qu’il demande. Le Maréchal Pétain, après avoir trahi la confiance mis en lui par Lyautey, est désigné pour le dessaisir de ses pouvoirs militaires et arrive avec des renforts plus qu’excédentaires. Pour ne pas perdre la face, Lyautey ne disposant plus que des pouvoirs civils est acculé à la démission.
A son départ, il est accompagné jusqu’au port de Casablanca par une foule immense qui lui manifeste sa reconnaissance et ses regrets de le voir partir. Privé de navire de guerre, il voyage comme un touriste. Au large de Gibraltar, la marine anglaise lui rend les honneurs. A Marseille, seuls des amis l’attendent. Pas d’honneurs militaires dus à son rang. Près d’un siècle plus tard, les pratiques n’ont pas changé, seuls les discours sont plus lénifiants et plus fourbes.
 
Selon la formule traditionnelle prononcée lors de sa prise de commandement, un Chef militaire s’engage à assurer "le succès des armes de la France". Encore faut-il lui en donner les moyens, surtout quand le matériel à bout de souffle met en jeu la vie des soldats. Le politique devrait s’engager à respecter en temps et en heure ses promesses. Par sa démission, le Général d’armée Pierre de Villiers a fait savoir que c’est lui qui a eu la force de caractère de tenir le cap.

Envoyé par l'auteur, le Colonel (er) P. Geoffroy, Président de l’Association Nationale Maréchal Lyauteyn, 4 août 2017
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version