Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

FN : la rente de situation - ce qu'on ne veut pas voir !
 
Les sondages s'accumulent, s'amoncellent, s'empilent.
Tous donnent, pour les prochaines élections départementales, le Front national à 30% des suffrages. Le FN, premier parti de France !
Ce qui était un cauchemar pour les uns, et un slogan hâbleur pour les autres, est devenu une réalité indiscutable. Et indiscutée.
A la veille des européennes, il y a un an, on brocardait encore les audacieux qui évoquaient l'émergence d'un nouveau tripartisme ; désormais, on cherche avidement les contours d'un nouveau bipartisme dont le FN serait le pôle stable.
 
Les commentateurs et les politiques se pressent pour interpréter, expliquer - sans oublier de déplorer - cet incompréhensible mais irrécusable avènement. Alors, chacun de chercher, de creuser, de théoriser, de livrer sa clé.
L'Europe ? Le déficit démocratique ? La santé arrogante de l'Allemagne ? Le discrédit des politiques ? L'usure des institutions ? Le rapprochement des politiques de la droite et de la gauche ? Le chômage de masse ? Des jeunes ? Des vieux ? L'insécurité ? L'euro ? La crise de 2008 ? La gauche qui n'est plus la gauche ? Sarkozy qui n'est plus Sarko ? Le désir d'essayer autre chose quand tout a échoué ? La pusillanimité des réformes ? Le Libéralisme ? L'islamophobie ? La vieille tentation pétainiste de la France ?
France du repli, France moisie, France rance…
Pourtant, la dernière étude du Cevipof confirme d'autres enquêtes : pour 70% des sondés, il y a trop d'immigrés.
 
Depuis trente ans, le Front national prospère sur cette douloureuse mais simple évidence. Peu importe que ce regard hostile mélange, au grand dam des statisticiens, des juristes et des bien-pensants, étrangers et enfants d'immigrés. Car ce consensus massif, tous les observateurs du "système" ont choisi de ne pas l'observer. De détourner le regard. D'interdire jusqu'aux mots qui l'expriment. Ce que François Mitterrand appelait naguère "le seuil de tolérance" est désormais intolérable aux oreilles des bons esprits. "Français de souche" aussi, sauf lorsqu'il s'agit de les dénigrer.
Personne ne veut voir ce qui crève les yeux.
Même le FN de Marine Le Pen et Florian Philippot a tendance à regarder ailleurs, vers Athènes, Bruxelles, Francfort, tandis que leurs militants leur crient sans se lasser, comme pour les ramener à la seule réalité politique : "On est chez nous".
 
Pour l'instant, Marine Le Pen joue efficacement sur les deux tableaux.
Elle est convaincue non sans raison que l'héritage de son père - et ses provocations antisémites - est un boulet alors que ce sont les prophéties de son paternel sur les conséquences funestes de l'immigration qui lui assurent une rente de situation, confortée par les attentats récents.
Ce qu'elle est parle plus que ce qu'elle dit.

Paru dans Le Figaro Magazine, 6 mars 2015
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
 Qui voit encore l’Ours ?
 
« Quand s’est effondré le mur de Berlin…» est sans doute la phrase d’introduction qui détient le record d’occurrence dans les innombrables considérations géopolitiques qui ont été produites depuis le dit effondrement, le plus généralement pour nous annoncer que le monde avait changé, que plus rien désormais ne serait comme avant… Pourtant, si à n’en pas douter elle n’est plus l’URSS, depuis un peu plus d’une décennie l’Occident, à bien des égards, a repris une posture vis-à-vis de la Russie, qui parfois résonne comme une nostalgie du "bon vieux temps" de la Guerre froide.
 
Au fond, la Russie n’a eu grâce aux yeux de nos faiseurs d’opinion que durant la période 1991-2000, lorsqu’elle était en proie au pillage de ses richesses par des aventuriers de toutes natures, gouvernée par un président intempérant et manipulé, dépouillée d’une partie de son territoire, en résumé donnant l’impression qu’elle ne serait plus jamais une grande nation. Ceux qui rêvaient de leur revanche depuis que l’exploitation du gisement de Bakou leur avait échappée, du temps du Tsar puis de l’URSS, reprenaient leur visée sur les richesses de l’Eurasie réputées gigantesques… C’était compter sans l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir.  
 
C’est bien parce qu’il a fait réagir son peuple à la gabegie et à la dépression post-soviétiques qui menaçaient tout simplement la survie de son pays, que le Président de la Russie est l’objet d’anathèmes constants dans le camp occidental, qui n’ont d’égal que la popularité dont il jouit de la part de ses compatriotes. Vladimir Poutine garde en mémoire la promesse non tenue de l’Amérique en 1990 (James Baker à Mikhaïl Gorbatchev) de ne pas étendre l’Alliance atlantique vers l’Est si la Russie consentait à laisser l’Allemagne réunifiée rejoindre l’OTAN. Vu ce qui s’est passé depuis, on peut comprendre que la confiance ne règne pas vraiment du côté du Kremlin et que cela ait pu renforcer sa conviction de rassembler et protéger tout ce qui est russe dans son pré carré. Cela relève d’un impérialisme, somme toute, mesuré et on n’a pas entendu dire que la Russie d’aujourd’hui s’occupait de Cuba ni du Mexique. Mesuré dans ses prétentions, mais pas dans sa détermination ! Aussi Vladimir Poutine use-t-il d’une diplomatie traditionnelle que l’Occident tendance VRP trouve un peu brutale, d’autant plus qu’il semble proposer une alternative au modèle ultra-consumériste américain auquel pourrait adhérer une bonne partie du monde raisonnable. Ce côté "messianique" que dénoncent et dont se moquent nos médias…
 
Que l’on aime ou pas Vladimir Poutine, cette Russie qu’il est en train de reconstruire est historiquement notre allié naturel. Géographiquement, l’Europe – a fortiori la France, n’est qu’une modeste péninsule de l’immense Eurasie, et a tout intérêt à faire pencher la Russie de son côté, alors que cette dernière lui tend la main depuis quelque vingt ans. Dans les années qui viennent, nous serons confrontés durement à l’islamisme qui s’infiltre à la faveur des faiblesses de notre post-démocratie. Ce défi, le président russe l’a relevé dans les tout premiers temps de sa carrière politique. C’est d’ailleurs de cette manière qu’il a réalisé opportunément  le rassemblement d’une grande majorité de son peuple derrière lui. C’est en Russie que se trouve une partie des clefs d’un règlement politique de la situation au Moyen-Orient.  Il serait temps que l’on se range dans le camp des futurs gagnants. A l’Ouest gageons que les peuples sont prêts, mais pas leurs dirigeants…
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Gleeden, ou la société de la solitude
 
Quelle est votre réaction par rapport à cette affaire Gleeden ?
D’abord, c’est triste parce que devant une situation comme celle-ci, on est condamné à apporter une mauvaise réponse. Les AFC (Associations Familiales Catholiques) ont entrepris une action très louable pour mettre un terme à cette campagne de promotion, qui ne peut qu’avoir des conséquences néfastes sur la vie des familles et sur l’équilibre des couples. Malheureusement, en intentant une action de cette nature, on prend toujours le risque de faire à ce site une publicité gratuite, ce dont finalement il rêve. Je regrette donc cette "affaire" au sens où, effectivement, je crois qu’il était nécessaire d’agir de façon juste et adéquate pour témoigner de la dimension néfaste de cette campagne ; et en même temps, c’est vrai que cela contribue paradoxalement à la promotion de ce site, et on ne peut que le regretter.
 
Pour les promoteurs, les responsables de ce site, il est normal de poursuivre cette campagne au nom de la liberté d’expression. C’est donc la liberté d’expression qui est invoquée ici, dans la suite des attentats contre Charlie Hebdo. Est-ce selon vous un argument recevable ?
Il y a deux choses à en dire. La première, c’est que dans nos pays occidentaux, et peut-être singulièrement en France, une forme de nihilisme partagé fait que la liberté d’expression n’est jamais reconnue qu’à des discours qui détruisent, qui dissolvent – à des discours corrosifs. C’est vrai évidemment de Charlie Hebdo, qui en était l’incarnation. Cette liberté d’expression n’est mise qu’au service de la dérision. Exactement de la même façon, Gleeden revendique aujourd’hui une liberté d’expression, mais qui n’est mise qu’au service de la destruction. On retrouve d’ailleurs dans la campagne de promotion de Gleeden exactement la même forme d’ironie, l’humour corrosif qui vient remettre en question ce à quoi vous accordiez une valeur, votre couple et l’amour que vous avez pour votre conjoint. Cette ironie vient dissoudre la solidité, la stabilité de votre famille.
Au fond, la liberté d’expression n’est jamais mise qu’au service de l’esprit critique, c’est-à-dire de la mise en crise permanente de tout ce qui voudrait demeurer solide dans la vie de notre société.
Mais quand on prétend critiquer cet humour corrosif, cette obsession qui consiste à tout dissoudre, à tout défaire au nom d’une liberté nihiliste – à ce moment-là, la liberté d’expression ne vous est plus reconnue. A ceux qui critiquent Gleeden, on ne reconnaît pas le privilège de la liberté d’expression ; c’est toujours par la caricature qu’on leur répondra. Par conséquent, cette liberté d’expression ne va jamais que dans un seul sens. Elle n’est que la liberté du vide, et non la liberté de construire ; la liberté de détruire, et non pas celle de fonder. C’est la première chose qu’on peut dire.
 
Et puis la deuxième chose, c’est que la liberté d’expression, à l’intérieur d’une société, ne peut jamais être pensée sans limites. C’est impossible. A force de promouvoir sans cesse une liberté d’expression qui ne se veut pas responsable, qui ne s’accompagne pas de limites pensées et fixées en commun, on ne peut en réalité que la détruire de l’intérieur. C’est d’ailleurs ce que l’on a parfaitement vu en France, dans le débat qui a suivi les attentats atroces perpétrés contre Charlie Hebdo : on a parlé de liberté d’expression sans arrêt pendant un mois, en défendant une liberté absolue et irresponsable ; mais finalement, la seule réponse à laquelle parviennent les pouvoirs publics, c’est une suite de mesures qui imposent une coercition nouvelle dans le discours, dans la publication, dans la pensée. C’est une évidence que la liberté d’expression doit nécessairement s’accompagner de limites, et du sens de la responsabilité à laquelle engage tout acte libre. Par voie de conséquence, il ne peut jamais être question de l’invoquer comme un principe définitif qui mettrait fin à toute discussion.
 
On promeut ouvertement certains comportements comme l’infidélité ; ceux qui s’y opposent sont taxés de ringardise. Selon vous, que révèle cette affaire et ses corollaires de notre société ?
Il faut rappeler que cette campagne révèle une situation, mais aussi la produit… La campagne de Gleeden n’est pas simplement un symptôme, elle sera cause elle-même de souffrance. En voyant ces affiches, je pense à tous les couples qui seront brisés, à toutes les familles qui seront déstabilisées, et tout simplement à tous les conjoints qui se laisseront inquiéter par une forme de méfiance. Car ce que Gleeden propose, il faut le rappeler, c’est une solution pour tromper son conjoint sans aucun risque, en étant mis en relation avec des personnes qui sont toutes dans l’intention de mentir et de se cacher. Et par voie de conséquence, il devient impossible de faire confiance à celui ou celle avec qui, pourtant, on a choisi de partager tout de sa vie, et de construire toute sa vie.
 
On voit bien que Gleeden contribue à la désagrégation de la société contemporaine, et l’entreprise est de ce point de vue-là à la fois un symptôme et une cause, un accélérateur de cette désagrégation. Nous vivons dans une société individualiste, une société de la défiance, au point que toute relation à l’autre devient difficile. Et on le voit jusque dans cette relation pourtant la plus intime, celle qui se noue au sein du couple – ce lieu où, justement, la confiance devrait pouvoir être certaine et s’établir dans la durée. La fidélité que se promettent les époux est en fait le même mot que celui de confiance, il a la même origine latine ; mais dans une société d’individualisme absolu, même cette confiance la plus essentielle se trouve fragilisée de l’intérieur.
La conséquence de cette désagrégation, c’est évidemment une très grande solitude des individus. Nous vivons l’accomplissement de ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelle "la société liquide", ou "l’amour liquide" : une société où plus aucun lien ne se constitue de manière solide, où plus aucune relation ne peut s’établir de façon durable, une société liquide où les individus sont atomisés et isolés, chacun étant toujours ramené à son propre intérêt, à son plaisir individuel. Ils sont séparés les uns des autres et ne peuvent plus faire confiance à personne, y compris à leurs conjoints, à la personne avec laquelle pourtant ils ont choisi de partager tout de leur vie. Dans cette dissolution qui rend individualiste même l’expérience amoureuse, il n’y a d’ailleurs plus de conjoints, il n’y a plus que des "partenaires".
 
Le résultat de cette évolution, c’est le grand drame de la solitude contemporaine qui nous menace. Après avoir détruit toutes les solidarités familiales, il ne servira à rien de déplorer le sentiment d’insécurité – sociale, économique, affective… – qui panique nos contemporains. Il ne servira à rien de dénoncer la solitude qui gangrène nos sociétés, et de regretter son coût politique. Car il y a un coût énorme, pour la société, de l’explosion des foyers, de la dissolution des familles et même de l’incapacité de beaucoup de jeunes aujourd’hui à fonder une famille, à s’engager vraiment dans leur vie affective avec confiance. Ce n’est pas la peine de critiquer la défiance généralisée, et de s’en plaindre, si nous passons notre temps à faire la promotion, sur les murs de nos métros, dans nos bus et dans toutes nos villes, à portée de tous les regards, d’une solution sûre et sans risque pour soi de tromper celui à qui pourtant on a promis la plus absolue des confiances, la fidélité dans l’amour – au nom d’un bonheur qui ne serait que celui d’une consommation individualiste, sans souci de vérité dans la relation à l’autre.
 
Gleeden est-il le symptôme d’une société qui n’a plus de valeurs ?
A titre personnel, je me méfie beaucoup de ce mot de "valeur", parce qu’il peut servir à désigner tout et n’importe quoi. Après tout, l’individualisme absolu est aussi une valeur et il accorde une valeur à certains comportements, à certaines actions. Vous savez, les valeurs sont très relatives. Elles sont le produit d’une évaluation. Tout le monde n’accorde pas aux choses la même valeur. D’ailleurs, l’entreprise Gleeden, sur son site, revendique le fait d’avoir des valeurs : il y a des "valeurs" de la "communauté Gleeden". Évidemment, ces valeurs sont le respect du secret comme condition du mensonge et de la trahison… Vous le voyez, il faut donc se méfier beaucoup de ce terme de "valeur".
 
Ce qui est certain, c’est que Gleeden contribue à cette dissolution de ce qui, dans la société, a objectivement une valeur, c’est-à-dire la famille. La famille est une valeur ajoutée pour la société. Elle est même la valeur ajoutée sur laquelle se fonde toute société. On peut définir cette valeur ajoutée : fonder une famille, c’est construire une unité qui est plus que la somme des individus qui la compose, s’engager dans une aventure féconde, et qui constitue ce lien élémentaire d’où naît toute société.
C’est dans les familles que se structure la vie de la société d’aujourd’hui ; c’est en elles aussi que se prépare son avenir. Par voie de conséquence, la famille n’est pas une valeur parmi d’autres : elle est ce sur quoi repose toute la société. Elle est, pourrait-on dire, ce qui a de la valeur, objectivement, pour chacun d’entre nous, indépendamment même d’ailleurs de notre propre situation familiale. Elle est notre bien commun, notre valeur partagée la plus absolue. Par voie de conséquence, dissoudre la famille ou contribuer à sa dissolution, c’est nécessairement mettre en danger très concrètement notre vie en société.
 
Pensez-vous qu’il y a une faille dans la transmission de ce bien commun ?
On ne peut que le constater. Il suffit de considérer la difficulté que beaucoup de jeunes ont à s’engager dans une vie de famille, à s’engager dans une vie de couple durable et stable, pour comprendre que le sens de l’engagement n’a peut-être pas été transmis, que la certitude de la possibilité et de la fécondité de cet engagement n’est pas venu jusqu’à la jeune génération. Et pourtant, ils y aspirent tellement ! Maintenant, il serait parfaitement inutile et stérile de chercher interminablement des "coupables" de cette rupture de la transmission ; ce serait complètement absurde.
Mais arrêtons-nous peut-être simplement sur ce point : je crois qu’il est urgent, pour aujourd’hui et pour demain, que les parents, que les grands-parents aussi, puissent à nouveau parler à leurs enfants, à leurs petits-enfants, de cette valeur infinie de la famille dont on s’émerveille si peu souvent, dont on n’a plus l’habitude de s’émerveiller. La fin du vingtième siècle a répété le mot célèbre de Gide, "Familles, je vous hais", comme une longue déclaration de guerre à la famille, considérée comme une forme bourgeoise, dépassée, dégradée et dégradante ; mais le résultat, nous le voyons, c’est la détresse absolue des individus désormais abandonnés à eux-mêmes, à leurs pulsions, à leurs calculs, à leurs intérêts – abandonnés à une solitude absolue, incapables de construire des relations confiantes, authentiques et vraies, dans la durée. Si nous poursuivons ainsi, cette génération est condamnée à vivre dans la solitude, et – pire que tout – à vieillir, à souffrir et à mourir dans cette solitude. Il n’est pas besoin de chercher plus loin la cause des nombreuses difficultés politiques et sociales que nous rencontrons aujourd’hui. Il n’y a qu’une seule solution : je crois qu’il est urgent et nécessaire de transmettre à nouveau le sens de la famille, le sens de sa valeur et de sa fécondité, et la soif du bonheur que l’on peut trouver dans la belle et difficile aventure d’une vie de famille.

Transcription d’un entretien pour Radio-Vatican (Propos recueillis par Manuela Affejee)
http://www.fxbellamy.fr/blog
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
Si le FN n'avait pas existé, les socialistes l'auraient inventé
 
 
Le Premier ministre affirme que l'extrême droite et l'islamisme radical se nourrissent l'une l'autre et que d'une certaine manière, la première aurait besoin du second pour exister, pour se développer. C'est absurde. Et c'est offensant. Mais, après tout, n'adhérant absolument pas au projet du FN, je n'ai pas une vocation permanente, au nom de l'équité intellectuelle et démocratique, à défendre ce dernier. Que ses dirigeants se débrouillent avec l'UMP qui évoque un FNPS et avec les socialistes qui mènent, contre lui, seulement une guerre des mots!
 
Quand Manuel Valls répète, comme une sorte de slogan dont il espère des miracles, monts et merveilles pour le pays, le terme "République", comme s'il était le remède à tout, le baume qui allait cautériser nos plaies nationales, il se fait plaisir mais ne fait pas avancer d'un pouce la lutte concrète et politique contre cet extrémisme.
 
Lorsque le président de la République appelle à la mobilisation de toutes les forces républicaines contre le FN parce qu'il a peur de la déroute pour les élections départementales, il est lassant et d'une certaine manière pathétique. Il continue à faire et à parler comme si le réel n'allait pas lui résister. Il joue à comme si.
Il serait davantage respecté s'il allait au bout de cette aspiration à rassembler la République contre le FN qui ne serait pas républicain. Qu'il propose l'interdiction de celui-ci au lieu de le pourfendre comme non républicain au figuré mais de savoir qu'il l'est au sens propre puisqu'il est inscrit et qu'il progresse dans l'espace démocratique.
 
On ne vitupère pas assez cette démarche trouble de la gauche plus préoccupée de savoir qui pactise avec qui plutôt que d'élaborer, dans son empirisme quotidien, une résistance efficace contre ce que de beaux esprits en son sein décrètent comme une irrésistible montée du FN vers le pouvoir.
Pour faire peur. Pour se donner bonne conscience. Et pour continuer à jeter dans les pattes de la droite classique la seule arme dont la gauche dispose aujourd'hui: dispenser la morale à ceux qui ne la méritent pas et devraient donc s'en moquer parce que la réalité, elle, s'obstine à défier les résultats positifs qu'on ne cesse pas de nous promettre pour demain.
Les engagements d'hier font les promesses d'aujourd'hui qui feront les serments de demain. On tourne en rond dans des virtualités nobles, des admonestations républicaines et des indifférences graves.
 
Au lieu de scruter à la loupe les moindres évolutions d'une droite trop frileuse pour renvoyer le pouvoir brutalement dans ce à quoi il devrait se consacrer à plein temps -le service de la France-, plutôt que de mesurer au millimètre près si l'UMP s'est rapprochée du FN ou l'inverse, cette gauche qui s'affiche sourcilleuse, exemplaire, gardienne de la pureté de ses adversaires ferait mieux de tirer les leçons du peu de politique qu'effectivement elle mène.
Christiane Taubira est certes "un marqueur de gauche", une icône mais qui fait mal. Un tract ambulant qui fait en effet monter le FN, comme Gérald Darmanin sans fioritures l'a décrite.
 
Quelle honte y aurait-il pour des socialistes de bon sens, vraiment républicains pour le coup, de s'interroger sur ce qui, dans leur propre camp, fait implacablement, mécaniquement progresser le FN ? Il n'y a pas de secret. L'extrême droite se nourrit moins de l'islamisme radical, comme l'a affirmé le Premier ministre, que des immenses lacunes, notamment pour la sécurité et la justice, qui, obstinément non comblées, offensent notre territoire, nos cités : celles d'un socialisme qui a oublié que le but d'un pouvoir n'était pas de se complaire à lui-même mais d'aller véritablement à la rencontre d'un pays pour en connaître le peuple.
Pour l'écouter. Pour tenir compte de ses attentes. La République, même cent fois répété, est un mot qui ne changera aucune condition. N'adoucira aucune peine. C'est le vent d'un État qui, ne sachant pas comment se débarrasser des problèmes, les ignore.
Le peuple réel, qui va le voir, qui recueille son chagrin, le sert en se servant de lui ? Le FN. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Si le FN n'avait pas existé, les socialistes l'auraient inventé. Sans lui, sans cette République proclamée comme une marque de lessive, dénaturée à force, dégradée, instrumentalisée, le socialisme serait condamné à se contempler.
Le FN lui permet de se fuir. Et la droite tombe dans le piège parce qu'encore trop peu confiante en elle et en son message.
Plus que deux ans, pourtant.

Paru sur Figarovox, 3 mars 2015
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Non, les populistes européens ne sont pas des demeurés
 
Le titre de votre dernier livre, "Populisme, les demeurés de l'histoire", est assez provocateur. Les partis populistes sont-ils vraiment des idiots ?
Il faut repartir de l'idiotès grec qui signifie "le particulier", celui qui est engoncé dans sa particularité, celui qui ne s'élève pas à l'universel. Le mot français "idiot" vient de là. Et précisément c'est cela que l'on reproche aux populistes aujourd'hui - de trop s'intéresser à ce qui est plus proche (l'identité, la patrie, par exemple) au détriment de ce qui est universel (le monde).
 
Selon vous, le mot "populiste" est une injure utilisée par l'idéologie dominante pour discréditer l'adversaire. Mais dans ce cas, comment les démocraties peuvent-elles combattre les démagogues, ceux qui jouent la facilité contre la réalité ?
En effet ce mot est essentiellement ou même uniquement une injure, puisqu'il n'est jamais revendiqué par les partis ou groupes qui en sont accusés.
Je maintiens que le populisme est autre chose que la démagogie.
Le démagogue flatte les désirs populaires qui vont contre l'intérêt général (par exemple les citoyens qui ne veulent pas payer des impôts ou partir à la guerre). Tandis que le populiste flatte les enracinements de proximité (le souverainisme contre l'Europe, par exemple). C'est très différent : on peut accuser les démagogues de flatter les égoïsmes mais ceux qui sont dits populistes s'adressent à des opinions, que l'on traite en égoïsme pour mieux les discréditer. Ce n'est pas de l'égoïsme que d'être souverainiste : c'est une opinion.
Les démocraties ont toujours du mal à combattre la démagogie parce qu'elle s'insinue partout : il est très difficile à un gouvernant démocratique, quel que soit son parti, de ne pas avoir envie de plaire à ses électeurs…
 
Qualifieriez-vous le FN en France ou Syriza en Grèce de partis populistes ? Si non, dans quelle famille politique les rangez-vous ?
Comme le terme "populiste" est une injure uniquement, on ne peut catégoriser comme "populistes" que les groupes nommés tels par la presse et les élites.
Vous aurez remarqué par exemple que Syriza n'a pas ou pratiquement pas été traité de populiste. Je dirais que Syriza est un parti de gauche radicale, et le FN un parti de droite nationale. En tout cas pour donner les noms que les partis se donnent à eux-mêmes. Sinon, on tombe dans l'injure, et dans la polémique, ce qui est une autre affaire. Ce qui n'est pas normal, c'est que certains partis ne soient jamais nommés que par les injures et la polémique. Personne ne mérite cela. Ou alors, si vraiment ils le méritent, il fallait les interdire.
 
L'Union européenne a systématiquement rejeté ses opposants dans le camp "des populistes". Manque-t-elle ainsi à sa vocation démocratique ? Peut-on aller jusqu'à parler de démocratie pervertie ?
Oui on peut parler de démocratie pervertie.
Je trouve tout à fait normal que l'on interdise des partis jugés anti-démocratiques (comme cela a été le cas des post-nazis en Allemagne et des communistes aux États-Unis). C'est une décision que prend une société, et il est normal que la démocratie se défende contre des groupes qui profitent d'elle pour ensuite la détruire, comme les communistes et les nazis l'ont fait au XX° siècle. Mais je trouve tout à fait scandaleux que l'on injurie les opposants. Ou bien ceux-ci appartiennent à la démocratie, et dans ce cas leurs arguments sont aussi respectables que d'autres, ou bien on les interdit.
 
La demi-capitulation de Syriza face à celle-ci, ne démontre-t-elle pas que la marge de manœuvre reste très faible pour une autre politique ?
Naturellement, et d'ailleurs les Grecs n'espèrent pas que Syriza rétablisse la situation. Ils veulent seulement restaurer leur fierté. C'est fait. Syriza n'arrivera à rien et le FN n'arriverait à rien non plus en France.
 
Comme vous le soulignez, "les populismes européens ne revendiquent pas la suppression de la démocratie… ils réclament au contraire une alternative, une diversité, un débat". Sont-ils finalement des fossoyeurs ou des sauveurs de la démocratie ?
Ni l'un ni l'autre. Je suis bien persuadée qu'ils ne sauveront rien du tout. Ils ne sont que les symptômes d'une maladie démocratique. C'est bien une démocratie malade qui interdit l'expression de certains courants d'opinion en les traitant de fascistes mais sans avoir le courage de les interdire comme tels (parce que précisément ils ne sont pas fascistes).
Les partis dits populistes sont accusés évidemment d'être anti-démocratiques parce que c'est l'injure la plus facile. Si l'on prend le cas de la France, un parti qui détient environ 25% des voix et a deux sièges au Parlement ressemble plutôt à un parti qui voudrait rentrer dans la démocratie. Souvenez-vous de la ceinture rouge de Paris où les urnes étaient sans cesse bourrées, et on n'accusait jamais le Parti communiste d'être anti-démocratique! Si les partis populistes se mettaient à bourrer les urnes, ils ne feraient pas long feu, croyez-moi, car les médias ne leur laissent rien passer.
 
Selon vous, le mot populisme traduit une forme de mépris de classe. Ne craignez-vous pas d'alimenter la fracture entre les "élites" et le peuple, voire le retour de la lutte des classes ?
La lutte des classes que décrivait Marx est une réalité historique, en tout cas dans les pays libres car il n'y a pas de classes sous les despotismes. Naturellement elle est plus ou moins forte selon les époques. En ce moment l'utilisation du mot populisme marque la force de la lutte des classes en France, qui est davantage d'ailleurs une lutte idéologique greffée sur la classe (les Deschiens sont détestés moins parce qu'ils se tiennent mal que parce qu'ils sont homophobes et vont au Puy du Fou!). J'ai décrit la création de personnages comme Monbeauf ou la famille Deschiens, traduisant la profonde haine des élites françaises à l'égard du peuple, et quand j'écoute les chansons françaises là-dessus, cela me fait penser à ce serment affreux que prêtaient les oligarques en Grèce avant la démocratie "je jure de faire au peuple tout le mal que je pourrai".

Paru sur Figarovox, 2 mars 2015
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Un totalitarisme sournois nous menace de l'intérieur
 
Mon royaume n’est pas de ce monde. Ainsi est dénoncée par le Christ la tentation de la théocratie, à laquelle l’Église a su résister, nonobstant l’ambition des papes aux époques où leur pouvoir temporel était considérable. Il y a longtemps de cela, et la civilisation occidentale a pu s’épanouir à l’abri de la menace totalitaire. Car la théocratie est une forme de totalitarisme.
En inversant le message évangélique pour établir ici-bas le paradis des anges, les révolutionnaires de 1793 ont forgé le totalitarisme moderne. Sous des dehors variés, l’idéal socialiste aura, pendant plus de deux siècles, allumé des étoiles rouges dans le ciel pour abuser l’espérance des hommes. Rouges ou brunes, car l’idée socialiste, après une escale chez les utopistes tels Saint-Simon ou Fourier, a enfanté le léninisme et le stalinisme, mais aussi le fascisme et le nazisme. On rappellera que Benito Mussolini fut un militant socialiste et que le mot socialiste figure dans le sigle NSDAP du parti de Hitler.
 
Ce totalitarisme-là a été contenu en Europe grâce au parapluie nucléaire américain avant de péricliter avec la chute du mur de Berlin. Il n’y a plus d’étoiles rouges dans le ciel, même si, dans les pays latins, la pulsion communiste resurgit ici ou là.
C’est sur la toile de fond de cet échec planétaire que s’inscrit une nouvelle entreprise totalitaire : l’islamisme. Seule alternative au capitalisme mondialisé, il dispose de l’arme absolue : le paradis promis à ses martyrs. Les guerriers d’Allah se vouent à leur cause avec la ferveur des djihadistes du VIIIe siècle, avec celle des croisés, avec celle des révolutionnaires de jadis, des patriotes et des résistants de naguère.
On n’en viendra pas à bout avec un déluge de bombes ; sinon les Américains auraient arraisonné le Viêt-minh. On ne les vaincra qu’en retrouvant une énergie spirituelle mise au service d’une transcendance : celui qui accepte de mourir aura toujours l’avantage sur celui qui veut juste sauver sa peau.
 
Mais la théocratie islamiste souffre de trois handicaps : l’absence d’un clergé hiérarchisé, le sort fait aux femmes par une application stricte de la charia, la fascination des djihadistes pour le consumérisme dit “occidental”. Tôt ou tard, elle cessera de nourrir les fantasmes des candidats au terrorisme.
Comme l’homme ne peut se passer d’un substrat de religiosité, un totalitarisme plus sournois nous menace de l’intérieur. Il est agrégé et cravaté. Il s’avance sans masque dans un livre récent de Vincent Peillon, qui fut il y a peu ministre de l’Éducation nationale : La Révolution française n’est pas terminée (Seuil, 2008).
Citations dans le texte : "L’école, cette nouvelle Église, avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi" ; "La synthèse républicaine se trouve obligée d’inventer une métaphysique nouvelle et une religion nouvelle.
[…] Elle est une religion de l’homme qui a à se faire homme dans un mouvement sans repos".(Page 142.)
"Le libre-penseur religieux ne retient ni l’Église, ni les dogmes, ni la divinité de Jésus. Garderait-il encore la foi en Dieu ? Non plus. Car ce dogme même n’est pas nécessaire. La religion laïque se présente comme une religion de l’idéal." (Page 187.)
"Ceux qui ne veulent pas entendre n’entendront pas." (Page 188.)
"L’école sans Dieu est l’instrument de cette religion." (Page 191.)
"C’est ce travail qui est commencé, c’est la Révolution qui se continue."
(Dernière phrase du livre.)
 
J’en passe et des plus gratinées.
Les délires de Robespierre sur l’Être suprême étaient plus nuancés. Le jour où, je l’espère, le péril islamiste sera jugulé, on risque de s’apercevoir qu’un totalitarisme plus amène mais non moins dangereux aura détruit l’âme, asséché le cœur et enténébré l’esprit de nos compatriotes. Ça fait froid dans le dos.

Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, mars 2015
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Les défis imposés par le boom de la natalité des musulmans
 

Une étude démographique publiée en Grande-Bretagne montre que la population musulmane y représente près de 5 % de la population, alors qu’elle représente 8 % des élèves dans les écoles élémentaires. À mesure que leur nombre augmente, la question de la place des musulmans dans la société britannique se pose-t-elle d’autant plus ?
L’augmentation du pourcentage de musulmans (1) en Grande-Bretagne s'explique pour trois raisons : d’abord, ce pays continue d’attirer une immigration dont une partie est de religion musulmane. La Grande-Bretagne a, par exemple, vu arriver ces dernières années un nombre accru de migrants ou de réfugiés originaires de Somalie, d’Irak ou d’Afghanistan, pays à majorité musulmane.
Ces apports se sont ajoutés à d’autres vagues migratoires plus traditionnelles issues de pays à majorité musulmane, comme le Pakistan, dont le développement est en échec (2), et le Bangladesh, ou comptant une forte minorité musulmane, comme l’Inde.
 
En deuxième lieu, la population de confession musulmane habitant en Grande-Bretagne s’accroît en raison d’un taux de natalité nettement supérieur au taux de mortalité.
Ceci s’explique pour deux raisons.
D’une part, la fécondité des femmes de confession musulmane est supérieure à la fécondité moyenne en Grande-Bretagne. Les derniers chiffres disponibles indiquent ainsi une fécondité de 2,24 enfants par femme dans l’ethnie (3) pakistanaise (Asian or Asian British : Pakistani) en Angleterre, suivi des Noirs africains (Black or Black British : African), venant notamment du Nigeria, et des Bangladais, contre 1,73 pour ce que le recensement anglais classe comme "Blancs britanniques" (White British).
D’autre part, la composition par âge de la population de confession musulmane est très jeune, avec un pourcentage élevé de femmes en âge de procréer et un bas taux de mortalité puisque la proportion des personnes âgées chez les musulmans est très faible : 4 % de 65 ans ou plus contre 16 % en moyenne pour l’ensemble de la population britannique.
La combinaison d'une haute fécondité et d’un nombre élevé de femmes en âge de procréer se traduit par un nombre de naissances élevé et un nombre de décès faible, d’où une augmentation du nombre et de la part des musulmans dans la population de Grande-Bretagne.
L’importance du rôle de la natalité dans l’augmentation du nombre de musulmans peut aussi être considérée en constatant que 47,2 % des Britanniques musulmans sont nés en Grande-Bretagne et, donc, seulement l’autre moitié à l’étranger.
Enfin, selon "The Muslim Council of Britain" (4), des conversions, qui ne sont pas chiffrées, contribueraient à l’augmentation du nombre de musulmans. 
 
Combien de futurs électeurs cela représente-t-il ? Quels nouveaux enjeux se présentent à la classe politique britannique ?
Il faut d’abord rappeler que la citoyenneté et la nationalité ne sont pas liées au Royaume-Uni, comme en France et dans la grande majorité des autres pays. Les immigrants pakistanais, bangladais ou somaliens ont le droit de vote lors des scrutins locaux ou nationaux, dès lors qu’ils sont inscrits sur les listes électorales. En conséquence, les musulmans britanniques jouissent d’un statut unique en Europe, inhérent à leurs droits de citoyenneté, et sont donc très majoritairement citoyens britanniques, bien que non nécessairement naturalisés. En effet, en vertu du British Nationality Act  de 1948, les citoyens du Commonwealth, anciens sujets britanniques du temps de l’empire colonial, ne sont pas juridiquement considérés comme étrangers. Ils bénéficient donc du droit de vote, y compris aux élections européennes, et d'éligibilité, ainsi que du droit d'occuper des emplois publics, y compris dans l'armée ou la police.
 
Dans le corps électoral britannique, la part de personnes de confession musulmane augmente donc et devrait continuer à s’accroître dans les prochaines années. Toutefois, certains pensent que le poids électoral des musulmans se trouve minoré en raison de taux d'abstention plus élevé des jeunes, alors que ce taux est plus faible chez les plus âgés, qui comptent peu de musulmans en Angleterre pour le moment.
Mais il faut tenir compte de la répartition géographique des musulmans sur le territoire britannique. En moyenne, ils représentent, selon le recensement de 2011, 4,8 % de la population au plan national mais, au niveau local, ces proportions peuvent être plus importantes, comme dans la région du Grand Londres où il y a 12,4 % d'habitants de confession musulmane, à Manchester (15,8 %), à Birmingham (21,8 %) ou à Bradford (24,7 %). Leur poids électoral peut être localement très significatif : le Grand Londres compte 1 million de musulmans pour une population totale de 8,2 millions au recensement de 2011. Comme la Grande-Bretagne totalise 2,7 millions de musulmans, plus du tiers (37 %) vivent donc dans la région du Grand Londres.
 
La montée de l’islam en Grande-Bretagne modifie donc profondément la géographie religieuse de ce pays (5). Elle est devenue un enjeu politique, comme dans d’autres pays d'Europe.
Au sein de la population musulmane britannique, il y a, pour simplifier, deux tendances. D'un côté, les partisans d'une certaine sécularisation veulent un islam peu ou non revendicatif au plan politique, ne demandant pas de changements dans les lois britanniques et acceptant de les appliquer dans un contexte de liberté religieuse. Ces musulmans "cultuels", de sensibilité laïque, s’opposent au sectarisme.
De l’autre, des musulmans de Grande-Bretagne veulent peser, voire changer l’ordre politique. Cette tendance est clairement apparue à compter de 1988 avec l’ "affaire Rushdie", après la publication de Versets sataniques. Des musulmans britanniques dénoncèrent publiquement le refus du gouvernement Thatcher d’interdire Les Versets sataniques, puis acceptèrent, en 1989, la fatwa lancée par Khomeiny contre Rushdie. La première réaction à la sortie du livre de Rushdie fut un autodafé, dans les rues de Bradford, en janvier 1989, un mois avant que Khomeiny exigeât l’exécution de Rushdie. Les images de cet événement, qui firent le tour du monde, marquèrent profondément les esprits. Parallèlement, en 1989, des manifestations, plus ou moins violentes, se déroulèrent, affichant une mobilisation et une visibilité politiques inédites chez les musulmans britanniques. Certains firent des déclarations au sein des grandes formations politiques, le Parti travailliste pour l’essentiel, dont les leaders restèrent très discrets. Il s’ensuivit la décision des musulmans britanniques de s’organiser en associations, dont les premières se fondèrent donc essentiellement sur le refus de la liberté d’expression (6).
Au sein des associations musulmanes, certaines considèrent que l’essentiel est la communauté des croyants, l’oumma, qui doit primer sur toute autre considération, notamment nationale, donc sur les valeurs politiques britanniques traditionnelles.
Mais la classe politique britannique, pendant très longtemps, ne s’en inquiéta guère. Le principe de sa politique est communautariste, laissant à chaque communauté le droit de vivre comme elle l'entend, y compris en ne respectant pas les principes de la démocratie britannique. Puis les attentats du 7 juillet 2005 furent un coup de tonnerre car ils furent commis par des jeunes nés et ayant toujours vécu en Angleterre. Le changement d’attitude fut illustré par la fermeture de plusieurs mosquées extrémistes, comme celle de Finsbury Park. En 2006, son imam égyptien, Abu Hamza, fut condamné à sept ans de prison pour incitation au meurtre et à la haine raciale.
 
Dans ce contexte, le débat lié au poids politique des musulmans se poursuit. En 2006, aucun journal ne reproduit les caricatures de Mahomet, face à des musulmans désormais beaucoup mieux organisés. Le responsable d’un journal étudiant de l’université de Cardiff les ayant publiées est aussitôt démis de ses fonctions et les quelques exemplaires imprimés ont été détruits.
En 2008, Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury, leader spirituel de l’Église anglicane, reprend avec force l’antienne communautariste, en partie mise en cause suite aux attentats de 2005. Il considère qu’une partie de la communauté musulmane britannique ne s’intégrera jamais. Partant de cette analyse, il déclare que la pratique de la loi islamique, la charia, parallèlement à la loi britannique, lui semble à terme inévitable. Il juge donc possible l’existence de tribunaux propres aux musulmans leur appliquant la charia, par exemple en matière familiale.
 
La population musulmane doit-elle être considérée comme une force politique en soi ?
Certains résultats électoraux dénotent une certaine unité des musulmans britanniques. Comme c’est un électorat plutôt favorable au Parti travailliste, longtemps très motivé en faveur de l’idéologie multiculturaliste, ce parti évite souvent de prendre position sur le fond.
 
En France, les fidèles musulmans ont largement influencé les derniers résultats électoraux. Toutes les enquêtes montrent que la très grande majorité des Français de confession musulmane ont voté pour François Hollande en 2012, lui permettant d'être élu avec une avance de 1 140 000 voix. En revanche, en 2014, les Français de confession musulmane, notamment mécontents du vote de la loi autorisant le mariage homosexuel, ont contribué, souvent par leur abstention, à la déroute socialiste aux élections municipales. Le poids électoral des musulmans peut jouer en faveur d'une majorité ou d'une autre car, dans nos démocraties, les élections se jouent toujours dans une fourchette étroite. La victoire d'un parti se fait le plus généralement à quelques points de pourcentage. Donc une portion minoritaire de la population, selon qu'elle bascule d'un côté ou d'un autre, peut emporter la décision.
 
Qu’en est-il en France et dans les autres pays européens ? Le phénomène est-il le même, et soulève-t-il les mêmes questions ?
En France, où le recensement ne comporte pas de question sur la religion, les estimations indiquent environ cinq millions de personnes de confession musulmane, un chiffre en augmentation par le mouvement naturel et le mouvement migratoire.
La fécondité par religion n’est pas connue, mais elle l’est par origine géographique. Donc, par exemple, en connaissant la fécondité des immigrants algériens, qui sont, en très grande majorité, musulmans, cela donne une indication. Selon les dernières données disponibles, la fécondité des femmes résidents en France et nées en Algérie est de 3,5 enfants par femme ; celles du Maroc ou de Tunisie de 3,3 et celles de Turquie de 2,9, contre 1,9 pour la moyenne nationale (7).
L’ensemble des données met en évidence que la population immigrante de confession musulmane a une fécondité nettement supérieure à la population totale. En revanche, la fécondité des personnes de nationalité française de confession musulmane n’est pas connue, même si des données existent pour Mayotte, dont la population est très majoritairement musulmane, avec une fécondité très élevée.
 
Au milieu des années 2010, la proportion de musulmans est sensiblement la même en France et en Allemagne : aux environ de 5 %. Mais il y a une différence considérable d’origine : en France, ils viennent officiellement du Maghreb et d'Afrique sub-saharienne mais, en Allemagne, principalement de Turquie. Dans ces deux pays, l’installation de la religion musulmane comme deuxième religion en nombre de fidèles pose toutefois des questions semblables. Au plan quantitatif, même si, contrairement au système juridique britannique, seules les personnes naturalisées peuvent voter en France et en Allemagne (8), la proportion du corps électoral de confession musulmane augmente avec des conséquences sur les résultats électoraux (9).
Au plan qualitatif, la distinction entre les musulmans partisans d’une avancée de la charia dans les pays européens où ils résident et les musulmans "cultuels" est également présente.
 
Comme je l’ai proposé depuis plus d’un quart de siècle, la mise en œuvre d'un régime concordataire, à l’instar de la façon dont il s’est mis en place en 1808 pour les Français de confession juive, semble la solution à envisager. Elle suppose une reconnaissance officielle de la présence de la religion musulmane en France, dont les représentants reconnaîtraient tout aussi officiellement que les lois de la République prévalent et qu'ils choisissent une interprétation sécularisée du Coran, texte dont l’interprétation doit prendre en compte le contexte du moment où il a été écrit, et réfuter donc toute application littérale. 

Paru le 22 février 2015 sur Atlantico
 
(1) La connaissance du nombre de musulmans tient au fait que le recensement britannique comporte depuis 2001 une question portant sur la religion.
(2) Dumont, Gérard-François, "Pakistan : un échec étatique attesté par la démographie", Outre-Terre, n° 24, 2010.
(3) Depuis le recensement de 1991, une question sur l’ethnicité est posée, d’où des réponses sur la base de l’autodéclaration. Par exemple, des enfants de familles d’origine pakistanaise nés en Grande-Bretagne de parents eux-mêmes britanniques, déclarés par leurs parents d’ethnie pakistanaise au recensement, sont considérés comme "pakistanais", avec tous les risques d’assignation identitaire induits.
(4) British Muslims in Numbers, janvier 2015.
(5) Une logique qui s’inscrit dans la mondialisation de l’islam. Cf. Dumont, Gérard-François, "Les religions dans le monde : géographie actuelle et perspectives pour 2050", dans : L’avenir démographique des grandes religions, Paris, François-Xavier de Guibert, 2005.
(6) McROY A. (2006), From Rushdie to 7/7. The Radicalisation of Islam in Britain, Social Affairs Unit, Londres ; cité par Latour, Vincent, "La communauté musulmane : une émergence tardive mais une installation durable dans le paysage politique et institutionnel britannique", Hérodote, n° 137, 2e trimestre 2010.
(7) Insee, Immigrés et descendants d’immigrés en France, édition 2012.
(8) Sauf ce qui relève de l’application des traités européens. Cf. Dumont, Gérard-François, Verluise, Pierre, Géopolitique de l’Europe, Paris, Armand Colin - Sedes, 2014.
(9) Concernant l’Allemagne, cf. Dumont, Gérard-François, Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, Paris, Ellipses, 2007.
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Comment redémarrer l’économie ?
 
Le rapport entre la finance et l’activité économique est souvent mal compris, et le développement excessif de la "finance d’affaires" obscurcit encore le paysage. Or le plus important est la finance "de papa", celle qui consiste à emprunter aux banques et à lever des fonds propres (émissions d’actions), dans le but d’investir et d’embaucher.
 
Le financement par actions possède de grandes qualités, en particulier celle d’accroître la résistance des entreprises aux aléas de la vie économique, mais le nerf de la guerre, si l’on peut dire, est le crédit bancaire. En effet, une émission d’actions n’augmente pas la quantité de monnaie en circulation : la monnaie passe simplement d’un compte à un autre. Elle permet d’investir, mais en contrepartie c’est autant d’argent qui ne se porte pas sur les biens de consommation. Or l’investissement n’a de sens que pour produire davantage de biens désirés par les ménages et les administrations censées être à leur service. Si les ménages, ayant consacré trop d’argent à financer l’investissement des entreprises, n’en ont plus assez pour acheter la production supplémentaire de biens de consommation qui en résulte, les prix baissent ou les invendus s’accumulent, ce qui dans les deux cas refroidit les entrepreneurs, et la reprise économique s’arrête.
 
Le recours au crédit bancaire a des effets bien différents. Il ne consiste pas à prêter de la monnaie préexistante, il crée l’argent – les dépôts sur les comptes en banque – qu’il met à la disposition des emprunteurs. Quelle que soit la forme prise par les prêts bancaires, le résultat est le même que dans l’exemple simplissime suivant : l’entreprise E se reconnaît débitrice de la somme S dont la banque B crédite son compte sur ses livres. L’idée selon laquelle il faudrait que la banque B possède la somme S avant de la prêter à E est totalement fausse. Le crédit bancaire consiste à créer simultanément deux dettes : B se reconnaît débitrice à vue de E, et E se reconnaît débitrice à terme de B. La créance à vue sur B que détient alors E est de la monnaie. Cet argent n’existait pas avant la signature du contrat de prêt ; cette signature le crée à partir d’un projet d’investissement. Réciproquement, tout remboursement de crédit provoque une destruction de monnaie : un compte créditeur est débité en contrepartie de la réduction d’une dette.
 
Les banques ont donc un pouvoir de création monétaire. Lisons bien "les" banques, au pluriel, car l’entreprise E n’a pas emprunté pour garder cet argent sur son compte chez B, mais pour payer des fournisseurs et des salariés, qui ont des comptes chez toutes sortes de banques : la monnaie créée par B se retrouve rapidement au passif de B’, B’’, etc. B compte sur des mouvements de sens inverse : de la monnaie créée par ses consœurs se retrouvera sur ses livres. Si ce n’est pas suffisamment le cas, B emprunte aux dites consœurs, directement (marché interbancaire) ou par l’intermédiaire de la banque centrale.
 
La création monétaire est le moteur de la croissance lorsqu’elle finance des investissements judicieux et les embauches qui vont avec. En effet les salariés supplémentaires payés par toutes les entreprises qui, comme E, empruntent pour développer leur activité, sont les nouveaux clients qui achèteront ce que E va mettre de plus sur le marché.
Ce cercle vertueux peut être contrarié par divers phénomènes. Celui qui joue le plus aujourd’hui est le financement à crédit de revenus de remplacement. Quand l’activité faiblit, l’endettement public destiné à fournir des capacités de consommation aux personnes qui ne travaillent pas la soutient. Mais le jour où cet endettement devient excessif, force est de réduire ce soutien. Si la reprise n’est pas encore arrivée, cette réduction des aides accentue le recul de l’activité, comme on l’a vu en Grèce, en Espagne et en Italie. 
 
La solution consiste donc en une augmentation de l’investissement et de l’embauche financée par le crédit bancaire démarrant assez longtemps (deux ans ?) avant la réduction des déficits publics. Pour que cela se produise, il faut que les règles prudentielles imposées aux banques ne soient pas axées sur les crédits aux entreprises, mais sur les opérations relevant de la banque d’affaires. Il faut aussi créer un climat favorable aux entreprises, en sabrant dans le fatras des contraintes bureaucratiques qui s’opposent à leur développement et à leur création.
Depuis le début de la crise, 7 années ont été perdues.
Aujourd’hui, quelques dispositions de la loi Macron vont dans ce sens, mais il faudrait y aller beaucoup, beaucoup plus franchement.
Publié dans A tout un chacun
Écrit par
En savoir plus... 0
La revanche du peuple
 
La sagesse populaire le dit à sa manière : "Tout passe, tout casse, tout lasse" ! La pensée savante le formalise en rappelant que la continuité de la vie sociale se fonde sur l’impermanence des organisations qui sont censées la représenter. C’est bien cela qui est en jeu dans le spectacle politique ou, mieux la politique spectacle. Tant il est vrai qu’il n’est pas nécessaire de se rappeler de ces grands penseurs que furent Hegel ou Marx pour rappeler que les évènements se répètent toujours deux fois : "une première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce".
Et c’est lorsque cette "farce" politique devient par trop évidente que la société redevient ce qu’elle est de nature, civile.
Rappelons que pour notre espèce animale, dire est essentiel : "Au début est le Verbe, et le Verbe était Dieu" ! Pouvoir souverain s’il en est. Et de tous temps, les élites, en particulier politiques, avaient le monopole légitime de ce pouvoir : savoir dire ce qui est vécu et, par là, assurer la solidité du rapport fécond existant entre "les mots et les choses". Mais il est des moments où un tel pouvoir se sature. Les mots ne sont plus en pertinence avec ce qui est, ils deviennent dès lors impertinents.
 
C’est bien ce qui est en train de se passer actuellement. Les partis politiques de plus en plus déconnectés de la vie réelle, deviennent tout simplement caducs.
Dans son livre classique sur la chose publique, Robert Michels montrait (dès avant la première guerre mondiale) comment les "Partis politiques", inéluctablement, devenaient des organisations "oligarchiques". Leurs incantations démocratiques n’étant que le faux-nez de cette tendance, propre à l’ordre des choses, à confisquer le pouvoir pour quelques-uns. D’où un entre-soi des élites ne pouvant qu’engendrer une méfiance populaire. Ce que les lettrés nomment "secessio plebis", qui régulièrement resurgit dans les histoires humaines. La gauche en a fait les frais. C’est au tour de la droite de payer les pots cassés. C’est-à-dire, de subir les conséquences d’une singulière inconséquence, avoir oublié qu’il n’est de pouvoir qu’enraciné sur la puissance populaire !
D’où la revanche de ce qu’il est convenu de nommer la "société civile" et que je préfère nommer le peuple. Revanche s’exprimant d’une part dans le refus massif et constant des consignes de vote : l’actualité n’est pas avare d’exemples en ce sens. Et l’on peut, sans trop se tromper, pronostiquer qu’un tel processus n’en est qu’à ses débuts.
Il est non moins intéressant de noter que, d’autre part, cette revanche populaire s’exprime dans la célébration de personnages publics, n’ayant pas (ou n’ayant plus) l’aval de la pensée établie. C’est ainsi que, pour n’en citer que quelques-uns : Houellebecq, Zemmour, Depardieu deviennent des figures emblématiques autour desquelles on s’agrège pour faire la nique à ceux qui sont censés déterminer le sens des choses.
Pourquoi cela ? Peut-être parce que contre la bienpensance de droite, point trop éloignée de celle de gauche, ils représentent la "bela Figura" du peuple. D’un peuple sachant, de savoir incorporé, que les vraies règles de la vie belle, sont celles, pour reprendre une expression de Joseph de Maistre, sachant mettre en pratique "le bon sens et la droite raison réunis".
 
En entonnant ces pieuses rengaines célébrant les "valeurs républicaines", le "progressisme" et autre contrat social rationnel, en vitupérant le "communautarisme et le sentiment d’appartenance "tribal", les partis de droite oublient que les représentations philosophiques ont, aussi, leur destinée. C’est-à-dire qu’elles se saturent. Ce qui entraîne la faillite de la représentation politique.
Quand cela se produit, on ne peut plus se contenter de lectures hâtives, n’engendrant que des pensées courtes. Il faut revenir à l’essentiel. Ce que Rabelais nommait justement la "quintessence" des choses. En la matière la vie quotidienne. Cette vie de tous les jours, où dans la "proxémie" on s’ajuste au milieu naturel et au climat dans lequel on baigne. C’est cela "l’esprit du temps", pétri de rêves, de fantasmes, de mythes intemporels. Toutes choses rappelant que le lieu fait lien.
 
Faut-il, comme cela est fréquent, appeler "populisme" cette revanche du peuple ? En le faisant, les ténors de la droite classique après ceux de la bourgeoisie de gauche, ne font que se déconnecter un peu plus du Réel au nom d’un principe de réalité, économique, social, politique, bien désuet.
Encore une fois, un tel déphasage n’est pas une "première historique". Machiavel a rappelé que fréquemment, la "pensée du palais" devenait étrangère à la "pensée de la place publique" et que cela était lourd de conséquence. Guerres civiles larvées, clivages on ne peut plus prononcés, dogmatismes idéologiques, cléricalisme laïc en sont les expressions les plus évidentes.
Les partis de droite sont déconnectés de leur base naturelle, parce qu’obnubilés par la "forme parti", quelque peu obsolète, ils se contentent de rabâcher, de manière compulsive quelques pensées convenues. Des lieux communs qui sont à des années-lumière du sens commun.
 
Dans le portrait qu’il dresse de Lycurgue, Plutarque note que ce qui "a le plus de pouvoir pour rendre un peuple heureux et sage, doit avoir sa base dans les mœurs et les habitudes des citoyens".
N’est-ce point ce sage principe que la droite semble avoir oublié ?                                        
 
 
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Un débat national sur l’islam ? Quelques pistes de réflexion
 
A l’heure où le pouvoir politique annonce vouloir lancer un débat national sur l’islam en France, il paraît opportun de proposer quelques réflexions de base :
 
1 - Il faudra savoir quel sera le vrai sujet du débat, au-delà des mots. Ce sujet sera-t-il l’Islam en tant que tel ou bien les musulmans en France ? Car il ne faut pas confondre le contenu d’une religion, ses doctrines, ses textes de base, … et le comportement de ses fidèles ou de ceux qui s’en réclament.
Ce principe de base s’applique à toutes les religions quelles qu’elles soient. Car en chacune on trouve des saints et des salauds. En chacune, ses fidèles agissent conformément à ses fondamentaux ou bien s’en affranchissent.
Jésus avait nettement distingué Dieu et César, c’est-à-dire le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Néanmoins, pendant des siècles en Europe, le pape a disposé d’un pouvoir temporel fort et nos rois se proclamaient souverains de droit divin. Ce que l’on a appelé la chrétienté a pu avoir ses raisons ; il ne nous appartient pas d’en juger. Toujours est-il qu’elle ne suivait pas, dans ce domaine, l’enseignement du Christ. Et juger le christianisme à travers elle n’aurait pas été intellectuellement honnête.
Aujourd’hui, les musulmans sont dans leur très grande majorité de bons citoyens et veulent avant tout vivre pacifiquement. Mais la religion qu’ils pratiquent contient des côtés intolérables : nombre d’entre eux le savent et en sont conscients. Si le débat a pour but inavoué de convaincre que l’Islam est une reigion de paix et idéale dans son ensemble au motif que nombre de ses membres se comportent comme il convient, nous sommes d’emblée face à une supercherie !
 
2 - Car l’Islam est, dans sa nature même, à la fois religion, Etat et mode de vie sociétal, ces trois domaines étant totalement imbriqués.
Cette imbrication foi-loi-société fait que la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 n’a aucun sens en Islam car elle est opposée à l’essence même de cette religion. Quand on demande à un musulman de séparer foi et loi, on le viole en quelque sorte.
Elaboré pour contrer l’influence du christianisme à l’époque, ce texte de 1905 a finalement parfaitement satisfait depuis plus d’un siècle maintenant, les deux parties car il apportait un équilibre salutaire entre les deux pouvoirs. Envisager de le modifier ou l’amender ne peut que montrer une préférence de l’Islam sur le christianisme et irriter fortement les chrétiens et, au-delà, tous les hommes et les femmes épris de laïcité.
 
3 - Proclamer que l’islam est compatible avec les valeurs de la France et de l’Europe est une contre vérité. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le Coran ou la Déclaration Islamique Universelle des Droits de l’Homme (DIUDH) adoptée le 19 septembre 1981 à Paris par le Conseil islamique d’Europe ou encore la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en Islam (DUDHI) adoptée au
Caire le 5 août 1990 par l'Organisation de la Conférence Islamique regroupant 57 Etats musulmans.
Ces deux derniers textes de base se démarquent nettement de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948. Jugeons-en.
A titre d’exemple - mais d’autres articles pourraient être cités pour prouver cette réalité - l’article 12 de la DIUDH stipule que "Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi." Une note explicative jointe à ce texte précise que "le terme "Loi" signifie la charia, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique."
En d’autres termes, il est interdit d’exprimer une croyance autre que musulmane. Cette assertion est reprise par la DUDHI en son article 22 : "Tout homme a le droit d'exprimer librement son opinion pourvu qu'elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia", ce texte précisant en son article 24 que "Tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis à la charia islamique."
Ainsi, la position de l’Islam par rapport à la liberté d’expression, par rapport à la liberté de religion puisqu’il est interdit de la quitter au risque de sanctions sévères, par rapport à la laïcité ou encore par rapport à la femme dont il affirme qu’elle est inférieure à l’homme, rend, sur ces points-là du moins, cette religion incompatible avec les valeurs ci-dessus, même si elle contient simultanément – et c’est heureux - de nombreux aspects positifs, voire à inspiration évangélique (la défense de la veuve et de l’orphelin, la solidarité, l’importance de la prière, ...).
Ce n’est donc pas fortuit si l’arrêt du 13 février 2003 de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (arrêt Refah Partisi [Parti de la Prospérité] contre la Turquie) a clairement signifié l’incompatibilité des règles de la charia avec les exigences d’une société démocratique.
 
4 - Toujours en raison de cette imbrication, on ne peut assimiler une mosquée à une église et raisonner par analogie sur celle-là comme sur celle-ci.
Ces deux types d’édifices recouvrent des réalités bien différentes.
Car si une église est un lieu de culte et n’est qu’un lieu de culte, une mosquée l’est également mais est bien plus que cela. Car elle est, en outre, le bâtiment dans lequel se déroulent les débats relatifs à tout ce qui concerne l’Oumma : décisions législatives ou juridiques, règlement des affaires et litiges interpersonnels (héritages, successions…). Le lecteur se souviendra du film La source des femmes qui illustre parfaitement cet état de fait.
Enfin, le territoire sur lequel elle est construite est – peut-être pas de jure, mais de facto, et en tous cas considéré comme tel par les musulmans - terre de la communauté musulmane, de l’Oumma, et donc terre de l’Islam, à la fois religion et Etat. Il jouit ainsi d’une sorte d’extraterritorialité, encore une fois peut-être pas en droit mais dans les esprits. C’est pourquoi les musulmans réagissent très violemment lorsque des opposants à la construction de nouvelles mosquées placent des porcs vivants ou morts sur le terrain attribué, procédé pour le moins peu recommandable et plus que douteux au demeurant ! Imagine-t-on tout terrain ecclésial propriété du Vatican et donc n’appartenant plus à la nation concernée ?
Si les musulmans ont légitimement droit à des lieux de culte, il convient de s’entourer de précautions juridiques et législatives pour que l’Etat sur lequel ils sont implantés ne soit pas dépossédé de sa terre. Et accorder un terrain par bail emphytéotique à une association musulmane en pensant récupérer le terrain à l’échéance est faire preuve d’une grande naïveté ou encore d’un cynisme parfait car c’est se décharger sur ses successeurs de cette affaire à cet horizon.
 
5 - Pour les mêmes raisons, un imam ne peut être assimilé à un prêtre. Les raisonnements qui s’appliquent à l’un ne peuvent convenir tels quels à l’autre. L’imam est un homme de religion, le prêtre est un homme religieux.
Celui-là est un fonctionnaire de l’Etat musulman, désigné par la puissance publique et révocable, celui-ci a un pouvoir sacerdotal à vie.
Si l’imamat est une fonction, la prêtrise est un service.
On est dans deux mondes différents. L’Etat d’implantation se doit donc d’exercer son contrôle sur les agissements, les dires, les écrits de l’un, mais point de l’autre sauf si, sortant de son rôle, il intervenait sur le plan politique en mettant en jeu la sécurité de la nation.
 
6 - Les adeptes des mouvements radicaux musulmans (salafistes, djihadistes, etc.) font bien partie de l’Islam. Certes, ils en constituent une branche radicale très minoritaire. Mais il s’agit d’une minorité très agissante et qui agit au nom de l’Islam et en conformité avec certains versets du Coran. Il est trop facile de dire qu’ils n’appartiennent pas à cette religion et d’en exonérer celle-ci. L’islamisme est une partie intégrante de l’Islam. On peut le déplorer, mais c’est ainsi. Et il est évident qu’il appartient aux musulmans – et aux musulmans seuls - d’agir en interne pour étouffer et éradiquer définitivement cette branche.
 
Puissent ces quelques réflexions être sous-jacentes dans ce débat national et lui servir de guides !
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version