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L’égalité des chances, l’effort et l’exigence
 
Allons-nous enfin prendre à bras le corps la question de l’Education Nationale ? D’année en année on aperçoit à quel point les inégalités scolaires s’accroissent, alors même que notre école est censée viser d’abord l’égalité.
 
Quand il s’agit de l’égalité des chances par l’école, il existe chez nous un consensus presque total : lequel d’entre nous accepterait que seuls les riches puissent passer les concours ? Jusqu’à la fin du XX° siècle environ, les élites des grandes écoles pouvaient être issues des milieux les plus défavorisés. Aujourd’hui ce n’est plus le cas : de plus en plus on peut parler d’une reproduction des élites.
Que s’est-il passé ?
On peut égaliser les portefeuilles : école et université gratuites pour tous. On peut tenter d’égaliser, le plus possible, les chances : la France le fait par la carte scolaire, par l’interdiction des classes de niveau – même si ces mesures sont discutables au regard de leur but. A partir de là, les conditions, ou chances, étant autant que possible semblables, à chacun de réussir par son propre effort.  
Cependant, voilà ce qui arrive : on en est venu à vouloir aussi égaliser aussi les efforts ! A juger injuste que certains travaillent plus que d’autres, s’appliquent, s’acharnent plus que d’autres… Voici la vulgate de ce temps : il est injuste de réussir grâce au rang de sa famille, grâce à l’argent de sa famille, mais il est aussi injuste de réussir grâce à l’effort consenti, qui produit une inégalité supplémentaire. Le bon sens nous souffle que l’effort consenti suscite les seules inégalités justes… Mais le pédagogisme ambiant ne l’entend pas de cette oreille. Il faut supprimer les notes, qui soulignent les efforts. Il faut égaliser les programmes au niveau le plus bas. On dit : "pour ces élèves de familles défavorisées, exiger l’orthographe serait inégalitaire : ils resteraient en arrière ; étudier La princesse de Clèves serait inégalitaire, etc.". Or c’est le contraire. Exiger l’orthographe (par exemple) serait susciter dans les familles défavorisées une élite de l’effort et du mérite, comme cela se passait quand les grandes écoles quand elles étaient encore peuplées de fils de personne.
Autrement dit, le souci de l’égalité est allé jusqu’au vertige : jusqu’à suspecter la notion d’effort. L’enfant qui ne déploie pas assez d’effort devrait tout de même arriver en haut. Sinon, c’est injuste. Tous ont droit à la place d’élite – non pas "tous peuvent avoir accès à la place d’élite par leur travail", mais "tous y ont droit sans se fatiguer". Ce pourtoussisme serait hilarant s’il n’était pas dramatique. Car avec une théorie pareille, qu’arrive-t-il ? Si tous sont l’élite, il n’y a plus d’élite, juste une société d’égaux tous également médiocres, comme la Suède régie par les lois de Jante : "ne t’imagine pas que tu es meilleur que nous en quoi que ce soit, ne t’imagine pas que tu as quelque chose à nous apprendre"etc. Seulement la France n’est pas la Suède, elle tient à ses grandes écoles capables de fabriquer des élites. Si bien que finalement, seuls les enfants qui ont appris à faire des efforts à la maison (puisque l’école ne veut plus apprendre cela), réussiront : d’où la reproduction des élites. Si les enfants des classes défavorisées n’accèdent plus aux grandes écoles (ou si peu), c’est parce que depuis l’école primaire on n’exige plus rien d’eux. Et l’on n’exige plus rien par une honteuse démagogie égalitaire, celle que décrivait Platon : le père rit sottement des bêtises de son fils, et les hommes laissent passer les ânes devant sur le chemin.
 
La suite de l’histoire est édifiante : la plupart des familles le savent bien, que l’école doit exiger des efforts pour donner ses chances aux plus méritants des fils de personne. Aussi, dès qu’elles le peuvent, elles émigrent vers des écoles exigeantes, et même elles s’y précipitent. A ce point que l’Etat, pour protéger son système, a instauré depuis les années 80 le ratio de 20% que les écoles privées sous contrat ne peuvent pas dépasser. Depuis des décennies, les gouvernements de toute obédience interdisent l’ouverture de classes dans le privé au-delà de cet étiage, et cela en dépit de la demande toujours croissante, et même exponentielle, des familles affolées par la démagogie ambiante. Sans ce ratio de 20%, le système public serait largement démasqué dans ses errements par la concurrence, et dans bien des cas n’aurait plus qu’à fermer. Ainsi, pour protéger l’impéritie du système public, on interdit d’en haut le développement du privé plus demandé. En désespoir de cause, dans certaines localités, des familles même parmi les moins aisées préfèrent sortir du système gratuit pour choisir des écoles hors contrat où au moins l’enfant sera bien encadré – à Montfermeil, l’école Alexandre Dumas, hors contrat, reçoit essentiellement des enfants de milieux défavorisés : autrement dit, les familles les plus pauvres préfèrent payer pour que l’on demande des efforts à leurs enfants. Même chose au niveau supérieur : les familles se saigneront pour envoyer leurs enfants dans des universités privées, pour fuir la démagogie laxiste des universités où tout le monde doit réussir sans condition. Il faudrait en tirer des leçons ; mais on préfère fermer les yeux, et crier au développement de l’école des riches…
 
Si les gouvernements successifs voulaient vraiment, comme ils le prétendent, le bien des enfants et une véritable égalité des chances, ils permettraient aux familles de choisir librement les écoles exigeantes. Et le pédagogisme démagogue s’éteindrait vite, faute de clients. La seule chance véritable pour tous de faire partie de l’élite, passe par la rigueur. Faute de quoi, ou bien la France deviendra une grande Suède, tressant des couronnes à la médiocrité ; ou bien ne continueront à accéder à l’élite que les fils de l’élite. Parce qu’en réalité, les familles de l’élite se caractérisent moins par l’argent ou par le rang, que par l’exigence éducative. Et la plus injuste des inégalités commence quand on fait de la démagogie avec les enfants défavorisés, les jugeant incapables, eux, de faire des efforts. Simone Weil disait dans l’Enracinement qu’une société qui refuse de demander des efforts à ses membres, "est tarée, et doit être transformée".
Paru dans Le Figaro, 21 août 2015
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Indignité

Tout va très bien madame la marquise, serait-on tenté de reprendre en chœur, puisque les média prompts à faire le buzz n'en parlent pas ou si peu. Et pourtant, la majorité des soldats mobilisés pour la mission sécuritaire "Sentinelle" ne sont pas publiquement de cet avis et pour cause. Certains estiment même être hébergés dans de moins bonnes conditions que celles faites à des étrangers sans droits sur notre sol. Il y a des disparités selon les lieux et les autorités civiles locales, Mais, s'agissant des conditions indignes et assimilables à une forme d'esclavagisme social auxquelles sont soumis beaucoup de nos soldats de l'opération "Sentinelle", il faut clamer haut et fort notre indignation.
Dans ce domaine social, une référence au Maréchal Lyautey s'impose, sous peine de participer à la politique d'oubli pratiquée dès l'école par ceux qui insidieusement "réécrivent l'histoire d'une manière qui n'est pas la nôtre", ce que disait déjà le Général Lagarde, CEMAT, en 1977.
C'est contre l'absence d'humanisme que le capitaine Lyautey a lutté ouvertement, au point d'être traité de révolutionnaire, en publiant en 1891 "Le rôle social de l'officier" dont il a fait le credo de sa vie. En s'adressant à ses pairs, il réagissait pour les inciter à une prise de conscience de leurs responsabilités humaines et sociales tout en visant aussi "tous les dirigeants sociaux". Aujourd'hui les responsabilités, quant au respect de la dignité des soldats, sont du ressort de ceux qui attribuent ou plutôt n'attribuent pas les crédits nécessaires à l'Armée pour remplir toutes les missions qui dépassent ses moyens.

Il est pertinent de remarquer que, lorsque le Ministre de la Défense reconstitue à grand frais le bureau de Clémenceau, il dépense à mauvais escient l'argent public dont auraient besoin nos soldats. Et il n'est pas le seul à faire de la sorte, puisqu'il s'agit d'actions coordonnées au titre de la mémoire sélective. De fait, au fil du temps sont mis en exergue et honorés au-delà de leurs mérites et souvent de façon très coûteuse, ceux qui apportent de l'eau au moulin du sectarisme : Jean-Jaurès, Jules Ferry, Clémenceau, Jean Zay ....... Cette mise en scène se fait au détriment de la vérité historique pour mieux occulter ceux que l'idéologie condamne à  l'oubli, dont Hubert Lyautey. Il a eu le tort d'avoir raison avant tout le monde tout en affichant un souci constat du social et du bien-être du soldat.
Et pour preuve de cet oubli programmé : la demeure historique du Maréchal Lyautey, dont le contenu évoque son épopée au service et à la gloire de la France, ne bénéficie d'aucune aide publique. Il est facile de deviner pourquoi. En voici l'illustration. Alors que le Ministre de la Défense finance la reconstitution du bureau de Clémenceau à l'Hôtel de Brienne, il ne répond pas à l'invitation du 12 mai dernier aux Invalides pour rendre hommage à Lyautey, ministre de la Guerre bien avant lui. Précédemment au Palais de la Porte Dorée (Paris 12ème) des sommes énormes ont contribué en "retournant les symboles", à faire oublier Lyautey et le succès mondial de l'Exposition coloniale internationale de 1931. La Fondation Lyautey ne bénéficie pas non plus d'un centime pour diffuser les idées du visionnaire qu'était l'académicien Hubert Lyautey, alors que la Fondation Jean-Jaurés est subventionnée à un niveau voisin d'un million €. Quant au couvent de la colline de Sion où Lyautey aimait rencontrer les Oblats, l'ex-conseil général, aujourd'hui départemental, de Meurthe et Moselle devenu propriétaire a englouti des millions pour transformer et déchristianiser le site sans accorder un centime depuis dix-sept ans pour le patrimoine Lyautey voisin de sept kilomètres.

Il convient de prendre garde, par des propos non mesurés, de ne pas donner crédit à la désinformation ou, par des silences équivoques, de  laisser supposer une quelconque complicité avec les manipulateurs d'opinion. Gardons à l'esprit l'humiliation infligée de son vivant à Lyautey par Clémenceau. Celui-ci s'est, en effet, attribué le mérite d'avoir mis en place ce que le système politicien avait empêché le futur maréchal de réaliser fin 1916, notamment la création d'un commandement unique interallié, gage d'efficacité, créé et confié tardivement à Foch, Il faut noter à son propos qu'il est peu glorifié par rapport à la Victoire acquise sous son commandement.
Au final, seul Lyautey, avec sa hauteur de vue avait dénoncé "l'effroyable responsabilité" de Clémenceau et d'autres dans les faiblesses et les erreurs du traité de Versailles qui nous ont conduit à la deuxième guerre mondiale.
A ceux de nos gouvernants qui, comme j'en ai lu le souhait, songeraient à s'inspirer de Clémenceau,  je conseillerais donc de chercher l'inspiration auprès de Lyautey, homme d'action visionnaire, et de respecter l'histoire qui ne peut être travestie et réécrite que par des imposteurs.
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La valeur retranchée
 
Toute notre économie semble fondée sur la valeur ajoutée des entreprises dont on appelle la somme, le Produit Intérieur Brut, et l’augmentation, la croissance. C’est de lui (le PIB) que toute notre élite attend le salut, c’est sur elle (la croissance) que nous comptons pour rembourser nos emprunts et sauver les banques de leur inéluctable destin.
Faut-il rappeler que la valeur ajoutée est la différence entre l’argent qui rentre dans l’entreprise par son chiffre d’affaire et l’argent qui en sort pour payer à l’extérieur les biens et les services dont elle a besoin pour son activité ? Cette trésorerie sert à payer les salaires des salariés, les dividendes des actionnaires et les impôts, charges sociales et taxes de la collectivité.
 
Mais ce qui est complètement délaissé par toute la "science économique", qu’elle soit keynésienne, néo-classique ou autrichienne, c’est que cette valeur ajoutée n’existe que si les biens ou les services trouvent acheteurs. C’est-à-dire si des clients acceptent de retrancher de leur portefeuille une valeur supérieure à la valeur ajoutée de l’entreprise puisque c’est de la totalité du chiffre d’affaires de l’entreprise que ses clients doivent s’appauvrir.
Chacun comprend bien que le client qui vient acheter son pain, paie plus que la valeur ajoutée par le boulanger. Il paie en plus la farine, la levure, l’eau et le comptable qui ne sont pas compris dans la valeur ajoutée puisqu’ils ne sont pas l’œuvre du boulanger mais achetés à l’extérieur. Le vrai problème n’est pas la valeur ajoutée par le boulanger mais la reconstitution du portefeuille de l’acheteur autrement que par un prêt à rembourser ou par un don dont on n’étudierait pas quelle source il appauvrirait.
Si personne n’achète il n’y a pas de valeur ajoutée car il n’y a pas de chiffre d’affaires. Il n’y a alors que production d’invendus ou de rebuts. Ce sont les valeurs retranchées aux portefeuilles des clients qui génèrent une valeur ajoutée inférieure aux valeurs retranchées puisqu’elle ne tient pas compte de ce que l’entreprise a acheté à l’extérieur alors que la valeur retranchée aux clients l’inclut.
 
Il est urgent de parler économie pour comprendre le crépuscule du capitalisme et envisager calmement son remplacement mais il est impossible d’en parler sans avoir préalablement compris l’origine de l’argent dont il faut retrancher la valeur pour que les entreprises en récupèrent une partie sous forme de valeur ajoutée.
La réalité actuelle d’un système bancaire qui, pour survivre, prête à tout va sur création de richesses futures, cache mal la réalité d’un système où l’on détruit deux fois ce que nous ne créons qu’une fois, ce qui fait monter la haine et le mépris entre les Etats, les entreprises et les peuples car le système n’a qu’un but : rembourser les prêteurs en appauvrissant n’importe qui. La pantalonnade des politiques européens avec la Grèce en est l’exemple actuel le plus ridicule. Plus sérieusement la ruse des particuliers pour tout payer moins cher et surtout pas d’impôts, l’inventivité des entreprises pour atteindre demain sans espoir d’après-demain, la créativité des politiques pour faire payer le peuple en faisant croire que la croissance va payer, toutes ces intelligences dévoyées ne font que refuser d’affronter un problème qu’elles ne comprennent pas.
 
La France, lieu d’invasions permanentes depuis des siècles, a créé une culture unique au monde, creuset de beaucoup d’autres. Elle est sans doute le lieu où il sera le moins difficile d’affronter le problème et de lui trouver une solution. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas la culture anglo-saxonne qui nous apportera des solutions puisqu’elle se contente de se replier sur elle-même et de voir partout des camaïeux de cultures. La fuite de nos cerveaux vers Londres, les USA et le capitalisme allemand montre simplement la dégradation de notre éducation.
Nous sommes en attente d’un personnel politique qui comprenne ce qui se passe sans s’appuyer sur des "experts" qui ne comprennent plus rien depuis longtemps. Ce personnel n’éclora que chez un peuple capable de comprendre qu’on ne peut dépenser deux fois ce qu’on ne gagne qu’une fois. Les Français peuvent être ce peuple s’ils acceptent d’ouvrir les yeux.
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Revue de presse
 
Les médias à poil ! On tourne au ralenti, le marché publicitaire et les contenus rédactionnels sont réduits, comme d'habitude l'été, à leur plus simple expression (dans tous les sens du terme).
 
Et pourtant, s'il y a bien un moment où l'on consomme de la presse voluptueusement, c'est bien en vacances, quand l'oisiveté nous saisit et que l'ennui commence délicieusement à poindre. Pour la publicité, nenni ou presque, les annonceurs privilégient l'achat d'espace pour la rentrée, au moment où il faudra reprendre le collier, fauchés et sous astreintes d'obligations scolaires professionnelles ou universitaires ! Allez donc comprendre, alors qu'au contraire au mois d'août, on vaque en léchant les vitrines et les glaces à un rythme proportionnel à son désœuvrement.
Mais les directeurs marketing savent forcément mieux que nous ce qui nous intéresse, quand où, pourquoi et ce qui suscite notre désir. Dormez tranquilles, vos médias pensent et agissent pour vous. A propos de désir, les femmes sont servies, c'est le moment déconcertant où nous prenons conscience que nous sommes nulles, totalement incompétentes par rapport à toutes les autres femmes qui sont des bêtes de sexe. Brûlantes, on vous dit, et sexy et belles, avec des carrosseries chromées nickelées, les ongles laqués à la perfection et le rimmel waterproof. C'est la canicule obligatoire du couple et tout repose sur vous mesdames.
L'homme lui se contente de ne pas se raser, c'est le nouveau comble de l'érotisme. Tous les ans, nous avons droit au grand retour de la libido professionnalisée et accessoirisée. Pour les plus oies blanches d'entre nous, le magazine "Elle" venait à notre secours la semaine dernière en vantant le "coach de périnée" (un vrai créneau professionnel). Mais pour celles qui ne compteraient que sur elles et qui renonceraient au coaching pourtant indispensable, on suggère vivement le training individuel avec vibromasseur. Suivent les conseils de "gym interne au cours de l'acte sexuel"; je reste songeuse, l'homme aussi.
 
Cette semaine heureusement on nous déculpabilise un peu, le dossier de fond (si j'ose dire) du même magazine concerne le "slow sexe", consistant à oublier la performance (il paraît qu'on ne pense qu'à ça ?). Le slow sexe s'obtient (dans le texte) "en pratiquant le sexe comme un bricoleur, un artisan, ou un artiste..." Le titre est subtil et enchanteur: "Touffe feu -Touffe flamme". Si vous ne vous sentez pas au niveau, un peu de voyeurisme ne vous fera pas de mal : reportez-vous sur les aventures sentimentales des "people ", leurs déboires ou les love-photos volées des ministres.
Du coup, les rédactions des journaux qui se croient plus sérieux ont aussi décidé qu'il fallait s'adapter à la mollesse intellectuelle et à l'indigence revendiquée générale (cool). Puisqu'il faudra tout de même qu'à la rentrée nous soyons capables de reprendre une activité normale, en prévision, nous sommes abreuvés d'activités d'éveil.
Avec "Valeurs Actuelles" par exemple, je tente de prouver à mon entourage toutes les semaines, qu'il serait incapable de repasser le certificat d'études de 1954. L'entourage ricane mollement, moins lorsqu'il s'agit de "dessiner une pince universelle" et de calculer les kg de fruits du "verger planté de poiriers en cordons verticaux distants de 0,80 m. S'en suit une discussion qui réconcilie tout le monde sur le niveau culturel en chute libre des jeunes.
Le "jeune" est un bon sujet. Ceux qui seraient tentés de se cultiver plus avant bénéficient de 4 pages au moins dans tous les journaux ; au choix : Takuzu, Matoku, Fubuki, Sodoku, (à ne pas confondre avec les Sushi) ainsi que mots fléchés ou croisés, pour les cérébraux.
Quant aux nourritures terrestres, elles ne sont pas oubliées ; en short sexy, le mollet galbé et le décolleté plongeant à vous les recettes cuisine" fraîcheur" ou pique-nique raffiné (3h de préparation).
 
Ne rêvons pas, vous n'aurez pas le temps, surtout si vous avez décidé de ne pas mourir idiot(e) en vous recyclant grâce au nièmes "Nuances de Grey" qui, vous le constaterez, sont tout sauf nuancées. Puisque l'actualité politique est supposée ralentir aussi comme nous : les 20h, 13h ou 4 heures se jettent sur la collation médiatique avec une obsession digne des pires moments des chaines d'infos en continu. Ainsi, les débris du malheureux vol de la Malaysia Airlines vont-ils meubler notre quotidien jusqu'à plus soif, matin, midi et soir ; des experts arrachés à leurs plages nous répètent un peu hagards que "oui, les débris sont bien ceux-là, mais que l'on ne peut pas vraiment l'affirmer avec certitude". A mon avis, ils répètent ce que dit le plagiste.
Des journalistes affamés tentent tout de même le scoop : "ne serait- ce pas les Américains qui auraient descendu l'avion en vol parce qu'il était détourné par des terroristes ??" Voilà pour l'actu, malheureusement renforcée par des naufrages de migrants qui devraient faire la soudure avec un accident de la route plus meurtrier que les autres. A saturation, notre potentiel émotionnel n'arrive plus à générer la légitime compassion que cela devrait susciter et les commentaires sont plutôt du genre ricanant et exaspérés.
Heureusement il y a la météo... Mais c'est exact, en dehors de Moscovici qui dans une excavation rocheuse Corse porte sa ravissante dans les bras (c'est moins lourd) en se léchant les babines, rien de grisant, Sarko pédale et on piste Julie Gayet pour guetter le point de rencontre avec vous savez qui...
 
Il ne reste donc plus que la politique fiction. Là, nous sommes gâtés, sachant qu'on a un peu de mal à distinguer la fiction de la réalité qui dépasse la fiction ! Surtout en politique et chez nous. Pour une fois, les journalistes n'ont même pas besoin de mentir, ils sont payés pour inventer. C'est donc à qui rivalisera d'absence d'imagination pour nous raconter ce qui se passera dans un an, ou mieux juste avant la prochaine présidentielles Les Echos, le Figaro, Valeurs actuelles, Europe 1... tous s'y mettent, hésitant entre feu madame Soleil et le roman de science-fiction pour les nuls. C'est ainsi que notre grand quotidien tous les jours nous fait vivre au rythme des angoisses de l'entourage du président de la République et de sa dépression face au vrai drame qui se joue : ce n'est pas la mère Michel qui a perdu son chat mais le Père Francois qui a perdu son chien. Philae se serait échappé de l'Elysée (pire, à ce stade on envisage que le Labrador ait été volé)et l'avenir de la France va en en dépendre. Ce n'est peut -être pas de la science-fiction après tout. Personne les années précédentes n'aurait imaginé le président en moto déguisé en Dark Vador... Comme quoi.

Le feuilleton d'Andre Bercoff Intitulé "l'effroyable campagne" plonge lui, dans le très concret et le name-dropping, tous les acteurs sont là, un casting admirable, on s'y croirait. Partout le FN est au cœur du scénario on le donne gagnant bien sûr. Pourtant le drame Cornélien de la vraie vie du parti en question est bien plus rigolo à suivre. Europe 1 est la seule radio qui nous le joue "live" avec Olivier Duhamel et Michel Field le samedi matin, le ton docte et compassé comme d'habitude nous fait frissonner, à croire qu'ils savent vraiment... Mais ce n'est pas tout ça, c'est l'heure des devoirs de vacances, il en existe pour adultes maintenant, ouf !

Paru sur Atlantico, août 2015
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L’horreur politicienne
 
Dans cet entretien (cf. le Figarovox, 7 août), je dénonce l’horreur politicienne.
D’une part la perte du sens, l’abandon de l’intérêt général, du débat d’idées, de la notion de bien commun et d’Etat. D’autre part le triomphe de la personnalisation des choses, jusqu’à la démence, d’un narcissisme névrotique, des polémiques, postures, mises en scène, petites histoires  individuelles ou familiales, minables et salaces, culte du moi banalisé, l’inflation mégalomaniaque, l’obsession de la conquête ou de la préservation des "fromages" c’est à dire des fonctions, mandats et de tous les privilèges qui s’y attachent, notamment de vanité. J’exagère ? Oh non !
A voir la situation aux Etats-Unis, je me dis que ce n’est pas beaucoup mieux.
Vont-ils nous refiler du Clinton ou du Bush ? On n’ose pas imaginer.
La combinaison de la société ultra-médiatisée et du présidentialisme, à la française voire à l’Américaine, conduit-elle à une grande dérive de la vie politique vers la frime, la comédie permanente du pouvoir, la manipulation de masse ?
Une nation peut-elle vivre sans politique, avec des acteurs ivres d’eux-mêmes en lieu et place de responsables, le culte des apparences, des émotions et des illusions à la place de l’action, de la décision, du gouvernement ?
Telles sont les questions que le monde politique, qui profite de la situation présente (tout inclus, y compris les extrêmes), est incapable de se poser ou se refuse absolument de poser.
 
La reconquête de la politique je crois, par un retour à la simplicité populaire, l’anonymat, la modestie, la discrétion, le collectif, une sorte de dé-médiatisation et dépersonnalisation des choses, une redécouverte du sens de la politique qui est la vie de la cité, non un culte étrange voué à une poignée de pitres médiatisés, vaniteux et médiocres. Un chef, les chefs, sont au service des autres, le temps bref qu’ils ont besoin d’eux, et non de leur trace dans l’histoire. Ils se reconnaissent au fait qu’ils décident, choisissent, gouvernent, agissent sur les réalités et non qu’ils fanfaronnent. La première étape d’une solution n’est pas une Sixième république, mais plutôt un retour à l’esprit et à la lettre de la Cinquième, qui est une excellente Constitution, aujourd’hui bafouée, triturée, déformée, torturée, en un mot trahie. Il suffit de la lire, articles 5, 11, 20 et 21, etc.  pour comprendre l’ampleur du dévoiement. Bien sûr, les institutions, ce n’est pas tout. Mais c’est un début, à travers l’exemplarité.

maximetandonnet.wordpress.com
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Inféodation aux Etats-Unis
 
Alors que le pape François publie une encyclique importante sur l’écologie qui invite à revoir nos modes de vie consuméristes qui abîment la planète, il est affligeant d’observer combien, dans la marche chaotique de ce monde, la France et l’Europe demeurent à la remorque de l’hyper puissance américaine qui est le principal vecteur de cette idéologie consumériste dont la seule fin est l’Argent. Dans un essai remarquable (1), Hervé Juvin montre comment la chute du communisme en Europe de l’Est a accru l’inféodation du vieux continent aux États-Unis, tant du point de vue géopolitique que culturel et financier.

À l’époque de la menace de l’URSS, dans un monde bipolaire, l’alliance américaine s’imposait – la politique du général de Gaulle a montré qu’elle pouvait toutefois s’exercer sans soumission – et cet équilibre des forces a sans doute contribué à tenir la bride au capitalisme : "le capital paie des salaires quand les tanks le menacent" (p. 17-18), écrit avec humour Hervé Juvin. Mais depuis la disparition de l’Union Soviétique et du Pacte de Varsovie, il n’y avait plus aucune raison de maintenir l’OTAN dont le seul objet était de prévenir une attaque communiste.
Loin de disparaître ou de baisser en puissance, l’OTAN, véritable bras armé des États-Unis, s’est au contraire étendue sans réelle nécessité pour se rapprocher toujours plus près de la Russie, permettant aux Américains d’accroître leur présence militaire en Europe. Depuis l’accession de Vladimir Poutine à la tête de la Russie – homme fort qui a commencé à redresser le pays et redonné la fierté patriotique à son peuple –, les États-Unis n’ont cessé de la considérer comme un ennemi dangereux, comme si la chute du communisme n’avait rien changé. Et leur objectif a toujours été de séparer l’Union européenne de la Russie, constante de toute la géopolitique des puissances maritimes anglo-saxonnes. On ne peut comprendre fondamentalement l’affaire ukrainienne si on ne la replace pas dans ce contexte.
L’OTAN est un moyen d’embrigader ses membres dans des guerres hors d’Europe qui ne les concernent pas et où l’Alliance n’avait aucune vocation initiale à intervenir : je pense à la première guerre du Golfe contre l’Irak en 1990-1991 qui est à l’origine du chaos de la région – bien seul, Jean-Paul II l’avait prédit – et de l’expansion du terrorisme islamiste que les Américains ont eux-mêmes suscité pour lutter contre l’URSS en Afghanistan.
Depuis, leurs interventions militaires n’ont réglé aucun problème mais ont semé la terreur, le désordre et provoqué des centaines de milliers de victimes tant, depuis Hiroshima et Nagasaki, la disproportion des moyens est une des caractéristiques des guerres américaines. Il est vrai que les États-Unis sont persuadés d’être une nation élue de Dieu, de détenir le Bien et d’avoir une responsabilité universelle pour l’étendre. Aussi leurs adversaires ne peuvent être que l’incarnation du mal – du moins essaient-ils de le faire croire – comme ils l’ont fait pour Saddam Hussein – c’est cette conviction qui leur a permis de "génocider" sans scrupule les Indiens qui étaient là avant eux ou d’écraser des populations sous un déluge de bombes.

Il faut bien comprendre que ce que nous voyons comme des échecs de la politique étrangère américaine ne le sont pas forcément vus de l’autre côté de l’Atlantique : "La litanie des échecs américains, en Afghanistan comme en Irak, en Libye comme en Syrie, n’a de sens que pour qui considère que l’ordre et la paix civils sont des biens publics majeurs, écrit Hervé Juvin ; pour qui considère qu’un régime n’est légitime qu’à condition de servir l’intérêt national américain, les échecs ne sont que relatifs, ou temporaires. Des régimes autoritaires ou des dictatures hostiles aux États-Unis ont été mis à mal, les dirigeants des pays producteurs d’or noir qui prétendaient mettre en cause le monopole du dollar sur les transactions pétrolières ont été éliminés, l’influence de la Russie a reculé. Où est l’échec ?" (p. 41).

Inféodation géopolitique de la France et de l’Europe, donc, incapables d’avoir pu se démarquer des États-Unis et contribuer à la paix, de l’ex-Yougoslavie au Proche-Orient. Mais inféodation également dans les domaines financier et culturel.
Financier car, depuis les années 1990 et les fameuses politiques de dérégulation, nous n’avons jamais su défendre un modèle alternatif qui ne fasse pas de l’Argent le nouveau dieu moderne. C’est le triste privilège de ce qui reste de l’ "Occident" d’avoir entraîné le monde dans une course effrénée à la croissance, à la rentabilité et au profit dont ne bénéficie qu’une infime minorité de privilégiés, accroissant partout les inégalités, et causant d’irrémédiables dégâts, humains, sociaux, écologiques… Les "avancées" dites "sociétales" – du "mariage" homo à la PMA/GPA en passant par la reconnaissance du genre… – s’inscrivent dans ce mouvement qui tend à rétablir une nouvelle forme d’esclavage.
Culturel car le rouleau compresseur du libéralisme mondialisé porté par les États-Unis qui fait de tout homme un citoyen du monde ou plutôt un consommateur interchangeable d’où qu’il vienne, éradique tout ce qui dépasse, toute différence et broie avec une effrayante efficacité l’identité des nations, la spécificité des cultures, la foi des peuples, bref l’enracinement des hommes, tout ce qui fait la variété des civilisations, la richesse de l’humanité. Et la disparition des nations sonne le glas de la démocratie, les États-Unis, dont le sentiment national et patriotique demeure puissant, ayant sombré de leur côté dans la ploutocratie.
"Ce ne sont pas les États-Unis qui sont l’ennemi de la France, écrit Hervé Juvin, c’est tout pouvoir qui se veut mondial, toute puissance qui prétend à l’universel, comme cette hyper-finance qui manipule l’Amérique" (p. 32).
Qui ne voit pas que c’est là un danger mortel qui nous guette aujourd’hui ?

(1) Hervé Juvin, Le Mur de l’Ouest n’est pas tombé, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 280 pages

Paru sur www.lanef.net
Publié dans De par le monde
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L'immigration, révélateur du gouffre entre l'Europe d'en haut et l'Europe des peuples

"L'histoire nous enseigne que les migrations améliorent le sort de ceux qui s'exilent mais aussi font avancer l'humanité toute entière".
Cette phrase de Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU prononcée en 2004 devant le Parlement européen, exprime l'idéologie dominante, issue notamment de la mauvaise conscience coloniale de l'Europe, qui imprègne en profondeur la pensée de ses classes dirigeantes, ses élites médiatiques, politiques, intellectuelles. Or, un sondage vient de révéler que l'immigration était aujourd'hui, désormais, la première préoccupation de 38% des Européens bien loin devant les questions économiques (Eurobaromètre, juillet 2015).
Ce n'est pas la venue régulière en Europe de personnes du monde entier, désireuses d'y travailler en respectant ses lois et d'y élever leurs enfants, disposant d'un logement et d'un emploi, qui suscite cette réaction, ni l'asile offert aux authentiques victimes de persécutions. Non, ce que rejettent les Européens, c'est le chaos migratoire, le sentiment largement partagé de l'impuissance tragique des autorités politiques - nationales comme européennes - face à des arrivées non maîtrisées de migrants qui forcent le passage par tous les moyens dans une Europe qui compte 20 millions de chômeurs et confrontée à des difficultés gigantesques, sociales, financières, politique.
 
L'Europe "d'en haut", politique comme intellectuelle, est dans l'impossibilité absolue de penser, de concevoir, d'essayer de comprendre ce malaise populaire. Pour elle, il est le fruit d'un obscurantisme, que reflète l'usage du mot méprisant "populiste", d'une vue de l'esprit puisque le phénomène migratoire, par définition, se confond avec le bien. Elle réagit exactement comme un apparatchik du Soviet suprême, dans les années 1950, auquel on aurait voulu expliquer que le "socialisme scientifique" n'est pas forcément l'avenir radieux de l'humanité.
Que peut-il sortir de ce gouffre entre l'Europe d'en haut et l'Europe des peuples?
 
- Scénario 1 - le pourrissement : tout continue comme si de rien n'était, sur la ligne actuelle, en essayant d'enfouir les problèmes et de détourner l'attention des peuples et de traiter leurs inquiétudes par le mépris. Peu à peu, à la faveur d'un chaos qui se répand, aux frontières comme dans les zones urbaines, nous assistons à un retour des nationalismes en Europe, une montée des tensions entre les Etats (France/Italie, France/Royaume-Uni) ; la défiance envers les politiques se généralise, s'exacerbe, les partis nationalistes, venus parfois de l'antisémitisme et du racisme, poursuivent leur vertigineuse ascension partout. Sur une vingtaine d'années, peut-être moins, on peut envisager l'arrivée de régimes autoritaires sur le continent, sinon de dictatures, un rejet viscéral de toute forme de solidarité européenne, des phénomènes de repli autarcique et une résurgence des haines nationalistes de la pire espèce.
 
- Scénario 2 - la prise de conscience : les autorités politiques nationales et européennes réalisent enfin le danger auquel elles exposent le continent européen. Elles s'affranchissent des dogmes, des idéologies, de l'ordre moral qui conditionnent leur comportement sur ces sujets depuis plusieurs décennies. Un principe simple doit dès lors effectivement prévaloir : l'Europe est certes un continent ouvert et hospitalier, en fonction de ses capacités d'accueil, mais personne ne peut entretenir le moindre espoir d'y entrer ou d'y rester illégalement, c'est-à-dire en dehors du respect de son droit et de ses lois (communautaires et nationales). En contrepartie de cette clarification, l'Europe entreprend un gigantesque effort d'aide au développement des pays sources de l'immigration.
 
Hélas, l'aveuglement obtus qui prévaut aujourd'hui, la terreur du qu'en-dira-t-on aussi, qui paralyse les élites politiques et intellectuelles, dans un climat de lâcheté et de narcissisme généralisé, me font plutôt pencher vers la première alternative mais comme souvent, je peux me tromper et je l'espère sincèrement…

Paru sur Figarovox, 3 août 2015
Publié dans Avec l'Europe
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Marre de la Grèce : Parlons du sujet dont personne ne parle, la Chine
 
Tout  le monde sait que la Chine vient de connaitre un Krach boursier et les journaux se sont fait une joie de répercuter la nouvelle. Ceci étant acquis, je vais poser une question aux lecteurs : quelle est la performance du marché chinois (Shanghai -Shenzhen depuis un an, compte tenu de ce Krach ? -10 % ?, -20 % ?-30% ?
Réponse : +91 % 
Des Krachs à + 91 %, on en redemande !
Plus sérieusement, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong, le China Enterprises Index, que le monde entier peut acheter librement est en hausse de 9 % sur les 12 derniers mois en dollars US et de 31 % en Euro, après ce Krach. Ce qui me parait bien. 
Essayons de résumer ce qui s’est passé exactement pour mieux comprendre.
 
Pour être bref : en Avril 2015, les bourses chinoises se sont littéralement envolées, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong (le moins volatil de tous les indices chinois) passant de 12 000 à 15 000 en un mois, pour retomber à 12 000 en Juillet.
Donc nous avons eu un mois d’euphorie, corrigé dans les trois mois qui ont suivi  et nous nous retrouvons là où nous étions au début de l’année.
Dans le fond, il ne s’est pas passé grand-chose…
Il n’en reste pas moins que la brutalité du mouvement et les commentaires que ce Krach a entrainé m’amènent à faire un certain nombre de remarques.
Question : Qu’est qui a amené cette hausse brutale ?  
Réponse : La perspective que la monnaie chinoise, le yuan, devienne convertible et rentre comme composant dans les fameux DTS.
Je m’explique.
Les Droits de Tirages Spéciaux ou DTS sont une moyenne pondérée par leur utilisation dans le commerce international de quatre monnaies : dollar, euro, livre sterling et yen et sont gérés par le FMI. Pour faire bref, ces quatre monnaies sont celles qui sont autorisées par le FMI pour solder les transactions que les pays peuvent avoir et donc sont privilégiées dans la constitution des réserves de change par tous les autres pays.
 
Or le yuan chinois devrait rentrer dans ce club très fermé la fin de cette année ou au début de l’année prochaine et donc la demande pour le yuan va augmenter de façon significative.
Cette monnaie du coup pourrait monter et les taux d’intérêts en Chine baisser, ce qui serait très favorable au marché des obligations chinoises ou internationales cotées à Hong-Kong (les fameux Dim Sum bonds).
Mais il y a plus. Très rapidement la monnaie chinoise deviendrait convertible, ce qui permettrait au monde entier d’acheter des actions chinoises… Or la capitalisation boursière de la Chine doit être aujourd’hui la seconde du monde. A ce moment-là, tous les fonds indiciels seront obligés d’en acheter, ce qui créera une demande immense et donc ces actions vont monter très fortement.
C’est sur ce raisonnement, que j’ai tenu ici d’ailleurs, que les actions chinoises ont explosé à la hausse en avril et il reste valable bien entendu.
Mais les deux grandes sociétés qui calculent les grands indices internationaux, FT et MSCI ont fait savoir en mai que certes elles incluraient les valeurs chinoises dans les indices, mais avec une sage lenteur, doucement, doucement …
Et comme tous les opérateurs chinois avaient acheté sur marge (c’est-à-dire en empruntant l’argent nécessaire à ces achats), en espérant bien sûr revendre leurs titres à des fonds indiciels d’ici à la fin de l’année, ils se sont retrouvés sans les acheteurs qu’ils espéraient voir surgir et ont donc été obligés de revendre à … d’autres Chinois, qui ne se précipitaient pas pour acheter.
D’où le Krach en juin juillet, qui a été sévère…Mais il y a Krach et Krach
 
Dans ma carrière, j’ai connu deux sortes de Krach.
Ceux qui étaient parfaitement justifiés comme 1974 ou 2008. Dans ce cas, il est urgent de ne rien faire, sauf si l’on est investi bien sûr (auquel cas il faut vendre en prenant ses pertes) et d’attendre sagement que les événements se passent. Après la phase initiale d’un Krach justifié, il faut bien se garder d’acheter. Du Krach, on va passer à la lente dégringolade, ce qui est bien plus usant et peut prendre de 12 à 18 mois.
Ceux qui étaient la conséquence d’un phénomène technique interne au marché comme en 1987. Ce Krach fut déclenché par la croyance qu’il était devenu possible de s’assurer contre la baisse éventuelle des marchés grâce à un système informatique appelée assurance de portefeuille. Ce système non seulement ne marcha pas, mais surprise, surprise, il accentua les baisses et c’est simplement quand les ordinateurs furent débranchés que la baisse s’arrêta…
 
La baisse Chinoise actuelle fait partie clairement de la deuxième catégorie.
Il s’agit d’une baisse consécutive à un accroissement de l’endettement en vue d’acheter des actions, fondé sur la croyance que tout risque de baisse a disparu dans le marché. Dans ce second cas cependant, les niveaux atteints après le Krach sont en général des niveaux d’achat. Par exemple, après cette baisse, les grandes valeurs chinoises cotées à Hong-Kong (c’est-à-dire celles que les lecteurs de ‘IDL peuvent acheter) sont à moins de 10 fois les bénéfices tout en offrant des rendements et des taux de croissance de leurs bénéfices très satisfaisants. Dans ce cas de figure, il faut rapidement mettre en place des ordres "stupides" (parce que très inférieurs au cours actuels, dans l’espoir d’être exécuté lors d’une vente forcée), à l’achat bien entendu et sur les valeurs que l’on veut avoir sur le long terme et ne pas lire les journaux.
 
Quelques remarques supplémentaires.
Certes, la baisse en Chine a été sanglante, mais elle n’a eu un impact que sur ceux qui ont acheté en mai ou en juin en s’endettant pour le faire, c’est-à-dire pas grand monde. Elle ne devrait donc avoir aucun effet sur l’économie du pays.
Qui plus est, cette hausse et cette baisse n’ont touché que de petites valeurs spéculatives cotées à Shenzhen que pas un étranger ne possède et beaucoup moins les grosses valeurs qui elles peuvent être détenues par des non Chinois.
Enfin les autorités Chinoises ont immédiatement pris les mesures habituelles pour enrayer les ventes dites "forcées". Donc rien que de bien normal dans les événements du dernier mois en Chine.
Mais quelque chose m’a cependant surpris dans tout ce tohu-bohu.
Toute la presse occidentale a fait ses gros titres et ses premières pages sur la baisse des marchés en Chine, en expliquant que c’était le début de la fin et que l’économie de l’Empire du Milieu allait s’écrouler.
Et là je ne comprends pas très bien, ou si je comprends, je n’aime pas ce que je comprends.
Les lecteurs de l’IDL savent que je peste depuis des années contre la destruction de nos monnaies par nos banques centrales aidées par nos gouvernements. Or le seul pays qui est en train d’essayer de créer une monnaie de qualité pour lutter contre ces tentatives de destruction de sa monnaie est la Chine. Ce pays en effet est en train de se diriger à grand pas vers un régime ou les taux d’intérêts et les taux de change seront régis par le marché tout en développant des organismes internationaux pour concurrencer le FMI ou la banque Mondiale.
Clairement la Chine veut faire du yuan un concurrent au dollar, ce qui est pour une certaine partie des classes dirigeantes américaines une vraie déclaration de guerre.
Certes, je ne suis pas un grand partisan de la théorie des complots, mais il y a beaucoup de gens dans le monde qui espèrent de tout cœur que l’expérience chinoise va échouer.
Imaginons un instant qu’elle réussisse et la plus vieille loi mise à jour en économie se mettrait en branle, je veux parler de la loi de Gresham : "la mauvaise monnaie chasse la bonne", ce qui voudrait dire que de moins en moins de gens épargneraient en dollars et de plus en plus en yuan. Voilà qui serait un vrai mouvement des plaques sismiques, dont chacun sait qu’ils déclenchent de grands tremblements de terre.
Et donc je pense réellement que les forces considérables qui ont organisé chez nous les expériences monétaires dont nous souffrons actuellement espèrent de tout cœur que l’expérience chinoise de retour à une monnaie saine va échouer. Pour parler brutalement, si l’expérience Chinoise réussit, l’autre échouera. C’est aussi simple que cela.
Ce qui m’amène à la conclusion boursière (on ne se refait pas). A mon avis, l’expérience monétaire Chinoise va réussir et la nôtre échouer puisque la première est fondée sur la réalité de ce qu’est vraiment une monnaie et que la deuxième nie cette réalité
Et donc, épargnants de tous les pays, unissez-vous, vous n’avez que vos chaines à perdre et cap à l’Est.

Paru sur Institut des Libertés, juillet 2015
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La France sans élevage ne serait pas la France
 
Le malaise des éleveurs français n'est pas nouveau, mais il a atteint cet été une phase critique. Qu'il coïncide avec la crise grecque est sans doute fortuit ; les deux questions n'en ont pas moins un rapport étroit. Toutes les deux témoignent des distorsions croissantes que suscitent, entre les Etats ou entre certaines productions, le fonctionnement actuel de l'euro.
On le sait dans le cas de la Grèce : que les prix intérieurs grecs -et surtout les coûts- aient augmenté au cours des quinze dernières années plus que dans tous les autres pays empêche l'économie grecque d'être compétitive, sauf à dévaluer, ce qui supposerait pour elle une sortie de l'euro.
Entre les éleveurs français et leurs concurrents européens, principalement allemands, une différence analogue entre les dérives des coûts rend les producteurs français moins compétitifs, malgré les efforts considérables qu'ils ont faits pour tenir le choc.
 
L'Allemagne, grande puissance agricole
L'Allemagne a bénéficié, non seulement d'une moindre hausse des prix intérieurs valable pour toute son économie, mais encore d'avantages comparatifs que l'agriculture française n'a pas ou n'a plus : le SMIC agricole n'existe pas (1), ce qui permet d'employer à bas prix des garçons de ferme venus de l'Est. La fin du communisme dans l'ex-RDA a permis de remettre en valeur d'anciens kolkhozes dépeuplés et dévastés, ce qui a suscité la création, spécialement en matière bovine de grandes exploitations modernes qui inondent le marché européen, en particulier celui du lait, et font baisse les prix.
Parallèlement les secteurs les plus archaïques de l'agriculture allemande (qui, en Bavière, avait terminé son remembrement beaucoup plus tard que nous) se sont modernisés.
Certains segments de la production agricole (comme les fleurs hollandaises et allemandes) sont sous-traités en Pologne, un pays hors de la zone euro et que personne n'est pressé d'y faire rentrer car il sert de poumon à l'économie allemande.
Le coup de collier du gouvernement Schröder, faisant baisser de manière forcenée tous les coûts allemands dès l'entrée dans l'euro, a déséquilibré la zone euro à l'avantage de l'économie allemande et au détriment de celles des pays latins mais particulièrement de certains secteurs comme l'élevage français.
 
Le résultat est paradoxal : l'euro a fait de l'Allemagne qui n'avait jusque-là guère brillé dans ce domaine, une grande puissance agricole. En 1957, lors de la création du Marché commun, le contrat non écrit était que l'Allemagne exporterait ses produits industriels et que la France exporterait ses produits agricoles. La balance agricole fut longtemps excédentaire pour la France et déficitaire pour l'Allemagne. Aujourd'hui, la balance agricole est excédentaire pour l'Allemagne : du jamais vu.
Les éleveurs sont également sensibles à la politique des grandes surfaces et aux profits des intermédiaires, une question soulevée depuis longtemps qui ressurgit aux époques de crise.
Plus nouvelles car elles ont elles aussi coïncidé avec la mise en place de l'euro sont les contraintes bureaucratiques folles qui se sont multipliées au cours des dernières années pour des raisons sanitaires, environnementales et fiscales. Les règlements européens ont privilégié une approche punitive, humiliante pour les agriculteurs, à ce qu'aurait pu être une incitation positive par les labels de qualité. A l'issue d'une dure journée de travail aux champs, chaque agriculteur doit désormais faire une seconde journée de "paperasses".
Cette situation touche particulièrement l'élevage bovin (viande et lait) et porcin. En matière céréalière, la France conserve, grâce aux plaines du Bassin parisien, un avantage fort sur un marché plus tributaire de la bourse de Chicago que des aléas continentaux. Pour les fruits et légumes et le vin courant, l'euro est au contraire avantageux pour la production française car il freine la concurrence des pays méditerranéens.
Autre parallèle avec la Grèce : de même que la Grèce a été incitée à s'endetter dans les premiers temps de l'euro, les jeunes agriculteurs français continuent d'être tributaires d'un système mis en place il y a cinquante ans, qui, au motif d'encourager l'investissement, encourage leur endettement en début de vie active.
 
Prendre le taureau par les cornes
Le drame que traverse l'élevage français est d'une extrême gravité.
La contrainte sur les prix de vente exercée ou en tous les cas aggravée par l'euro est telle que ceux-ci n'ont pratiquement pas augmenté depuis trente ans. Pendant ce temps, les charges (charges sociales, assurances, prix des inputs) ont explosé. Une situation d'autant plus décourageante que la plupart des exploitants ont fait de considérables efforts de modernisation au cours de cette période. Les subventions, arrachées par Chirac il y a quarante ans pour les zones de montagne ne suffisent plus : on a beaucoup parlé des suicides de France Télécom. A-t-on parlé autant de ceux des éleveurs du Massif central ?
 
Sauf à envisager un éclatement prochain de l'euro qui aurait l'effet mécanique de faire remonter les prix de la viande et du lait du fait de la réévaluation de la monnaie allemande, il faut prendre, si l'on ose dire, le taureau par les cornes à l'échelle européenne : comparer les charges réelles entre les différents concurrents, presque toutes plus lourdes en France, les rééquilibrer et, s'il y a lieu, compenser les différences, alléger les contraintes administratives. Il faut surtout qu'un gouvernement ayant compris l'importance de l'enjeu, non seulement agricole mais civilisationnel, sache affirmer qu'une France sans élevage (et un élevage de plein air, non industriel) ne serait plus la France, que la France a plus que jamais besoin de ses éleveurs.

Article envoyé par l'auteur, publié par Le Figaro, 23 juillet 2015
 
(1) Alors que les lois sociales en agriculture ont été appliquées en France de manière de plus en plus stricte.
Publié dans En France
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Démocratie ou pas - Seconde leçon de l'expérience grecque
 
L’expérience grecque est décidément de plus en plus instructive, au moment où beaucoup de Français et de Françaises, jusqu’alors sans action politique, commencent à s’engager ou y songent.  
 
Commençons par rappeler les faits
Face à une situation de faillite, les créanciers de la Grèce lui ont fait des propositions. Le gouvernement Tsipras les a soumises à référendum. Le peuple grec les a rejetées. Tsipras est retourné à Bruxelles. Il y a malgré tout accepté toutes les propositions des créanciers, que le peuple avait rejetées. Les gouvernements européens, à commencer par le gouvernement français, trouvent ça normal. Les parlementaires français approuvent par 412 voix contre 69 et 260 contre 23.
Ce referendum montrait pourtant un refus massif des Grecs pour un énième plan de sauvetage. Il montrait aussi leur volonté de repartir à zéro en prenant aujourd’hui des pertes massives, notamment sur le système bancaire, mais avec la perspective d’échapper à cet étouffement financier sans issue et de retrouver à terme, après des années de travail et de réformes, un peu de croissance, dans un monde où le travail pourrait enfin rapporter quelque chose.
Ce score de 61% du non est d’autant plus significatif qu’au moment du vote, les jeunes adultes grecs étaient massivement ou bien en exil économique à l’étranger, ou bien dans les campagnes et dans les îles, pour de petits emplois saisonniers, sans avoir les moyens de revenir chez eux pour voter.
  
La souveraineté démocratique n’est-elle qu’un mot ?
Nos dirigeants acceptent-ils encore qu'elle soit un principe qui cadre l’action des démocraties ?

Dans un régime démocratique, la souveraineté, au sens du "pouvoir humain le plus élevé hiérarchiquement dans une communauté politique" appartient au peuple. Cette souveraineté s’exprime d’ordinaire par la voie de ses représentants. On recourt au référendum quand il semble utile que la souveraineté s’exprime directement.
Comme le disait Gambetta : "Une fois que le Peuple aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre, ou se démettre." Cela signifie que le gouvernement Tsipras n’avait tout simplement pas le droit de signer cet accord. Il avait l'obligation d'obéir à son souverain, et exprimer simplement à ses partenaires que, quelle que puisse être son opinion, ses mains étaient liées par un "non possumus".
De plus, aucun dirigeant européen respectueux du régime démocratique n’avait le droit de lui demander de le signer.
Cela signifie également que le Parlement grec, lui aussi soumis à l’autorité du Peuple souverain, n’avait pas non plus le droit de ratifier cet accord illégal, qui constitue substantiellement un coup d’État. Un coup d’État se définit en effet comme une action qui viole l’autorité des pouvoirs constitutionnels légitimes, et donc indirectement toujours celle du Peuple, en démocratie. Notons qu’ici, le pouvoir violé est directement celui du Souverain. C’est donc la forme la plus grave de coup d’État. De plus, ce coup d’État a été perpétré dans un État démocratique à l'instigation d'un autre État plus puissant. 
Signé et voté ou pas, du point de vue de la théorie démocratique, cet accord est donc nul de plein droit
 
Les mauvaises affaires de nos dirigeants
Le scandale sur la forme se renforce par l’examen du fond. Quand un débiteur est surendetté, la responsabilité est partagée : le débiteur s’est montré prodigue et irresponsable, mais son banquier a agi d’une manière tout aussi irresponsable et il est bien normal que les deux partagent les pertes. Si le prêteur ne prend pas de risque de crédit, de quel droit demande-t-il le paiement d’un intérêt ?
Et si ce risque de crédit était sous-évalué, le prêteur ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
N’oublions pas que la réputation financière de la Grèce est historiquement très mauvaise et que son entrée dans l’Euro ne s’est faite que par la sous-estimation de son endettement réel. C’est en pensant que tous les pays de l’Euro avaient le même risque que l’Allemagne que les banques européennes ont prêté de larges sommes à la Grèce, jusqu’à l’effondrement de ses finances en 2008, quand le risque pays est réapparu sous le voile de l’Euro.
En 2010, malgré la connaissance des détails de la solvabilité grecque notamment mis au clair par les équipes techniques du FMI, les gouvernements européens et le FMI (alors dirigé par un Français avec des ambitions présidentielles) ont décidé de nationaliser la dette grecque possédée jusqu’alors en grande partie par des banques allemandes, françaises et italiennes, exposant les contribuables européens plutôt que les actionnaires de ces banques à un défaut de la Grèce.
 
Dans le droit privé, les lois sur les faillites personnelles sont partout développées et interdisent l’esclavage pour dette en imposant un partage des pertes liées au surendettement entre la banque et le citoyen. Les raisons interdisant l’esclavage pour dette individuelle doivent interdire  à plus forte raison l’esclavage pour dettes collectives d’un peuple. Or, c’est à peu près cela que revient l’accord qui a été imposé aux Grecs.
De même, dans le droit international, aucun peuple ne devrait être privé de sa souveraineté démocratique, même en cas de gouvernance économique absurde l’ayant conduit au surendettement. Dans une telle situation de banqueroute nationale, il n’y a pas de solution agréable. Une solution particulièrement dangereuse est celle où l’on viole les libertés fondamentales d’un pays afin de ne pas enregistrer de pertes à court terme. Et cela afin de ne pas engager la responsabilité des dirigeants allemands et français qui ont commis la faute en 2010 de prêter l’argent de leurs citoyens à un pays en faillite, chargeant sans vergogne les Français comme les Allemands des dettes pourries dont ils libéraient les banques.
 
Enseignements à tirer sur l’engagement politique
Il est riche d’enseignement de voir avec quelle unanimité les institutions et dirigeants européens ont annulé le referendum grec. Aucun dirigeant européen, national ou Bruxellois, n’a même envisagé un seul instant de respecter la décision du peuple grec. Aucun n’a défendu le respect du principe démocratique, devenu quantité négligeable.
Est-ce là une violation regrettable mais exceptionnelle des principes démocratiques affichés de la construction européenne ? Ou bien au contraire est-ce le véritable visage de la technocratie européenne qui se révèle ? Et pas seulement de cette technocratie ? Car tous les partis de gouvernement dans les Nations se conduisent d’une façon qui montre - et cette fois de manière claire et indubitable - combien le principe démocratique a perdu du terrain dans l’esprit de nos dirigeants.
 
De plus, l’Histoire est en train de se réveiller. L’Allemagne, en première ligne dans ces décisions, est-elle en train de reprendre en Europe le rôle de cette puissance impérialiste qui a déclenché tant de guerres ? Ou bien agit-elle scandalisée par l’incurie de certains de ses partenaires européens ? Quant à la France, qui présente en ce moment un visage superficiel et vaniteux, comment peut-elle imposer à la Grèce des mesures qu’elle est incapable de s’appliquer à elle-même ? Comment la France peut-elle s’afficher avec l’Allemagne dans cette politique brutale et odieuse, sans voir que dans les 10 années à venir, elle sera passée de l’autre côté de la table des négociations ?
Comme entre les deux guerres mondiales, les démocraties sont mortelles. A commencer par les plus faibles et les plus récentes, elles meurent sous l’action conjointe du surendettement et de la violation de la souveraineté nationale. Hier l’Allemagne des années 20, aujourd’hui la Grèce, et demain ?
  
Le cadre de tout engagement politique aujourd’hui
L’engagement politique aujourd’hui doit être conçu dans ce cadre terrible : crise économique, surendettement des Etats, extrémismes politiques, institutions internationales (y compris l’UE) et classes politiques classiques bafouant les principes démocratiques.
Dans ce cadre, ce sont les classes moyennes et populaires, fondements politiques de la démocratie, qui risquent de disparaître, laissant à terme place à un prolétariat communiste, ou bien à une classe de serfs dominés par une minorité de riches financiers. C’est aussi pour leur défense que peuvent se construire les grandes rénovations politiques de demain.
Confrontée à l’échec de ses constructions bureaucratiques et financières ainsi qu’à la remise en cause de sa légitimité par les peuples, la Technocratie, classe dirigeante des Trente Glorieuses aujourd’hui anachronique, prépare une réaction. Sa complaisance aux intérêts financiers est ahurissante. Il est triste de voir que l’idée de la construction européenne est aujourd’hui devenue le vecteur de ce pouvoir technocratique, formant ainsi le summum de la bureaucratie et de la planification centralisatrice, à l’époque de l’économie digitale et de l’innovation entrepreneuriale. L’engagement politique de ceux qui aiment la démocratie, non par idéologie, mais tout simplement par respect des peuples et des gens simples, se fera contre cette conception de l’Europe clairement anti-démocratique et anti-humaniste.
www.henrihude.fr
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