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COP 21, la fausse menace
 
Le 22 avril quelque 160 pays se sont réunis à New York pour signer l’accord survenu à la fin de la COP21 à Paris. Signer mais pas ratifier, il faudra plusieurs années, l’accord n’entrera en vigueur que quand 55 pays représentant 55 % des émissions des gaz à effet de serre l’auront ratifié.
A un climato-sceptique, la COP21 apparaît comme une grande kermesse, un peu vaine et trompeuse.
D’abord que l’accord ait recueilli l’unanimité des 197 participants, aux intérêts si divergents, allant de Nauru et des Kiribati, à la Chine et aux Etats Unis, montre ce qu’il contient de promesses non tenues et d’espoirs déçus. Ensuite parce que l’origine anthropique du réchauffement climatique n’est absolument pas prouvée, le GIEC lui même n’étant sur qu’à 95 %, ce qui laisse de la place au doute.
Pour la Société du Calcul Mathématique la lutte contre le réchauffement climatique est "une croisade absurde, coûteuse et inutile", il n’existe aucune donnée objective qui permette d’affirmer que le climat soit "détraqué", il est variable comme il l’a toujours été, bien avant l’ère industrielle.
Le Suisse Werner Munter lui pense que l’homme n’est pour rien dans le réchauffement climatique, dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons.

Les causes des variations climatiques peuvent être les variations d’activité du soleil, ou des instabilités à grande constante de temps de la circulation des océans. D’ailleurs si les glaces arctiques fondent, il n’en est rien en antarctique.
Alors pourquoi n’entend-t-on pas les climato-sceptiques ? Il y a une telle pression médiatique qui frise le terrorisme qu’ils préfèrent probablement se taire, surs qu’ils sont de n’être pas crus et d’être cloués au pilori. La lutte contre le réchauffement climatique est devenue une religion et le silence des climato-sceptiques est celui des catacombes, rappelons nous Claude Allègre.
D’ailleurs comment peut-on croire que la Chine, l’Inde ou les Etats Unis puissent sacrifier leur économie, opter pour la décroissance pour économiser l’énergie ? L’accord n’est pas contraignant et à long terme, on a bien le temps pour ne pas l’appliquer.
Rien ne prouve que le climat actuel soit un optimum, un réchauffement de 2° de la température en France, serait agréable et la nature s’adapterait, cela entrainerait en plus des économies sur le chauffage.
Entre 9000 et 6000 avant notre ère les températures moyennes africaines étaient de 2° supérieures à aujourd’hui ce qui provoqua une augmentation des pluies, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants.
Quoi qu’il en soit la température exceptionnellement élevée constatée en 2015, est plus due à un phénomène El Nino exceptionnel qu’au réchauffement climatique.

Mais cette fixation sur le réchauffement climatique détourne l’attention de la vraie menace qui pèse sur la planète et en particulier sur la vieille Europe. Il s’agit de la croissance de la population mondiale.
Pour l’Europe la menace d’invasion vient de l’Afrique maghrébine et sub-saharienne, le déferlement a déjà commencé principalement à partir de la Libye via Lampedusa, Malte, l’Italie, mais aussi par Gibraltar, les enclaves espagnoles et même l’Europe de l’Est. L’actuelle, immigration venue du Moyen Orient détourne l’attention de l’émigration africaine potentiellement beaucoup plus importante et non liée à des causes circonstancielles, guerres, insécurité, persécutions politiques ou religieuses. La croissance démographique africaine est une tendance lourde qui va durer. Le taux de fécondité africain est de 4,5 enfants par femme contre 2,5 pour le reste du monde et moins de 2 en Europe. La population africaine augmente de 2,5 à 3 % par an, si bien qu’elle va passer de 1.1 milliard aujourd‘hui, à 2,4 milliards en 2050 et  à 4 milliards en 2100. Or si la population croit de 3 % par an les ressources agricoles augmentent de 1 % seulement. La première conséquence est l’exode rural de populations qui ne trouvent plus de quoi se nourrir et l’urbanisation galopante qui engendre des conurbations monstrueuses qui ne parviennent pas à maitriser leurs problèmes alimentaires, énergétiques, sanitaires, environnementaux. En 1950, 14 % des Africains vivaient en ville, ils devraient être 60 % en 2050. Lagos devrait en 2030 regrouper 24 millions d’habitants et Le Caire 25 millions.

Si l’Afrique ne se développe pas à un rythme suffisant, ce qui est probable – il faudrait atteindre un taux de croissance de 7 % - et ne maîtrise pas sa démographie, c’est par millions que les Africains vont déferler vers les pays développés et en particulier l’Eldorado européen. Et il ne s’agira pas de populations instruites, formées mais de pauvres hères, déracinés culturellement qu’il ne sera pas possible d’assimiler.
Pour que l’Afrique se développe, il faudrait privilégier l’éducation et la formation, investir dans les infrastructures nécessaires, passer de l’intérêt tribal à l’intérêt national et surtout contrôler la démographie, ce n’est pas la tendance actuelle. 
Ce n’est pas la COP 21 qui règlera cette menace.

dejudasatartuffelettresaumonde.hautetfort.com
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Naissances : nouvelle baisse au 1er trimestre 2016
 
L’année 2015 a été marquée, en France, par une baisse importante des naissances, et un accroissement des décès. Le second phénomène, pour malheureux qu’il soit, semble avoir été provoqué en grande partie par un échec exceptionnel des vaccins contre la grippe : les virus auraient évolué d’une manière différente de ce qui avait été prévu par nos spécialistes. Une légère tendance à la hausse de longue durée est cependant prévisible, du fait de l’accroissement du nombre de personnes très âgées, sans que cela soit vraiment inquiétant.
 
Il en va différemment en ce qui concerne les naissances. Nous ne parlerons ici, quantitativement, que de celles qui surviennent en métropole, car les statistiques de l’INSEE intègrent les naissances Outre-mer avec un certain retard. En revanche, pour la France métropolitaine, le nombre des naissances vivantes de chaque mois est connu dans la dernière semaine du mois suivant. Les chiffres de mars viennent dont de "tomber", ce qui donne la tendance du premier trimestre.
 
Cette tendance est mauvaise : 178 000 naissances au 1er trimestre 2016, correction faite du caractère bissextile de 2016, contre 183 200 au 1er trimestre 2015 et 192 000 au 1er trimestre 2014.
La baisse atteint 7,3 % en deux ans, dont 4,6 % de 2014 à 2015, et 2,8 % cette année. Certes, l’amplitude de la baisse est moindre que l’an dernier, mais il n’y a ni redressement, ni stabilisation. Si l’année 2016 continue sur cette lancée, ce sera environ 56 000 naissances qui manqueront en 2016 par rapport à 2014.
 
Nous pleurons à juste titre les quelque 10 000 décès provoqués annuellement dans notre pays par les suicides, les 3 500 morts dans des accidents de la route et les centaines de Français tuées par des terroristes ou lors d’opérations militaires. Et nous avons bien raison de mettre en œuvre des moyens conséquents pour lutter contre ces hémorragies ; il faudrait les renforcer encore, particulièrement en ce qui concerne la prévention des suicides. Mais nous serions également bien inspirés de ne pas prendre à la légère le problème des naissances qui ne se produisent pas.
Charles de Gaulle avait deux grandes idées pour la France : mettre fin à la "chienlit" qui la mine, et lui rendre l’envie de remplir les berceaux, car sans nourrissons en nombre suffisant notre pays ne sera "qu’une grande lumière qui s’éteint". Cela devrait être à nouveau les deux préoccupations majeures de ceux qui se croient aptes à le gouverner. 
Publié dans En France
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"La joie d'aimer" (3). Un ton nouveau
 
Ce qu’il y a de nouveau dans cette Exhortation La joie de l’amour (notée A.L.), c’est une remarquable nouveauté de ton. C’est le ton du bon pasteur, mais adapté à des temps nouveaux où l’évangélisation des masses va redevenir possible, et le redevenir précisément grâce à ce ton. Voilà pourquoi ce ton n’était pas pensable auparavant.
 
Premier exemple : "À toute femme enceinte, je voudrais demander affectueusement : protège ta joie, que rien ne t’enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite ta joie. Ne permets pas que les peurs, les préoccupations, les commentaires d’autrui ou les problèmes éteignent cette joie d’être un instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. Occupe-toi de ce qu’il y a à faire ou à préparer, mais sans obsession, et loue comme Marie : ‘‘Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante’’ (Luc, 1, 46-48). Vis cet enthousiasme serein au milieu de tes soucis, et demande au Seigneur de protéger ta joie pour que tu puisses la transmettre à ton enfant."  (A.L., n°171)  C’est le ton de François pour parler de l’avortement (1), qui a déjà touché au moins une femme sur trois. 
 
Deuxième exemple : "  ‘‘Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer’’ (Matthieu, 19, 6), ne doit pas avant tout être compris comme un "joug" imposé aux hommes, mais bien plutôt comme un "don" fait aux personnes unies par le mariage. […]. » (A.L., n° 62) C’est comme si Dieu disait "je vous unis", puis promettait : restez unis a moi et votre amour ne finira jamais. Qui pourrait s’en plaindre, sinon ceux qui ne décident de prendre que pour consommer avant de jeter (2) ?
 
Troisième exemple : "Après l’amour qui nous unit à Dieu, l’amour conjugal est "la plus grande des amitiés (3)." (A.L., n°123)  Mais aussi, "(…) un amour sans plaisir ni passion n’est pas suffisant pour symboliser l’union du cœur humain avec Dieu. Tous les mystiques ont affirmé que dans l’amour matrimonial plus que dans l’amitié, plus que dans le sentiment filial ou que dans le dévouement serviteur, l’amour surnaturel et l’amour céleste trouvent les symboles qu’ils cherchent. La raison en est précisément dans sa totalité". (A.L., n° 142)
"Soyons sincères et reconnaissons les signes de la réalité : celui qui aime n’envisage pas que cette relation puisse durer seulement un temps ; celui qui vit intensément la joie de se marier ne pense pas à quelque chose de passager ; ceux qui assistent à la célébration d’une union pleine d’amour, bien que fragile, espèrent qu’elle pourra durer dans le temps ; les enfants, non seulement veulent que leurs parents s’aiment, mais aussi qu’ils soient fidèles et restent toujours ensemble. Ces signes, et d’autres, montrent que dans la nature même de l’amour conjugal il y a l’ouverture au définitif. L’union qui se cristallise dans la promesse matrimoniale pour toujours est plus qu’une formalité sociale ou une tradition, parce qu’elle s’enracine dans les inclinations spontanées de la personne humaine. Et pour les croyants, c’est une alliance devant Dieu qui réclame fidélité : [Et la Sainte-Ecriture dit :] "Le Seigneur est témoin entre toi et la femme de ta jeunesse que tu as trahie, bien qu'elle fût ta compagne et la femme de ton alliance […]. La femme de ta jeunesse, ne la trahis point ! car je hais la répudiation" (Ml 2, 14.15-16). (A.L., n°123) Tel est le ton de François pour parler de l’indissolubilité du mariage.
 
Il y a aussi un ton pour dire des choses qui brûlent, mais qui ne doivent pas agresser ou mordre. Dans l’examen par les personnes des situations complexes où elles se trouvent, "(…) il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir. Les divorcés remariés devraient se demander comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ; s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné ; quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille et sur la communauté des fidèles ; quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne".  (A.L., n°300)
 
Autre exemple : "L’Église, même si elle comprend les situations conflictuelles que doivent traverser les couples, ne peut cesser d’être la voix des plus fragiles, qui sont les enfants qui souffrent, bien des fois en silence. Aujourd’hui, ‘‘malgré notre sensibilité en apparence évoluée, et toutes nos analyses psychologiques raffinées, je me demande si nous ne nous sommes pas aussi anesthésiés par rapport aux blessures de l’âme des enfants […]. Sentons-nous le poids de la montagne qui écrase l’âme d’un enfant, dans les familles où l’on se traite mal et où l’on se fait du mal, jusqu’à briser le lien de la fidélité conjugale ?’’ Ces mauvaises expériences n’aident pas à ce que ces enfants mûrissent pour être capables d’engagements définitifs."
Quelle est sa conclusion ?
La voici : "Par conséquent, les communautés chrétiennes ne doivent pas laisser seuls, dans leur nouvelle union, les parents divorcés. Au contraire, elles doivent les inclure et les accompagner dans leur responsabilité éducative." (A.L., n° 246) Le souci n’est pas d’abord ici celui de la loi, mais des personnes ; et pas même d’abord des adultes, mais celui des enfants. Et finalement, le souci est celui de l’annonce de la Bonne nouvelle à tous. Quand les masses vont vouloir revenir à l’Église, la moitié des gens sera née hors du mariage, ou au sein d’une union irrégulière. Comment pourront-ils entrer dans l’Église, s’ils ont le sentiment que leurs parents en sont exclus a priori ? Ceci est traditionnel. L’Église ne comprend pas que des chrétiens à trente carats. Elle se compose d'une majorité de pécheurs. Et puis, "comment pourrions-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenions à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés ? Il faut faire en sorte de ne pas ajouter d’autres poids à ceux que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter !" (n° 246) Tel est le ton de François pour parler du divorce aux masses qui ont massivement divorcé, mais qui vont revenir et ne sauraient pas revenir, si l’Église ne savait faire ce qu'il faut avec elles, et se comportait comme si elle n'avait qu'à peaufiner une petite élite ayant miraculeusement survécu à la grande peste libérale.
 
Dernier exemple. Voici ce que le pape dit sur "ne pas communier" (A.L., n°185-186) : il commente saint Paul, 1 Corinthiens, 11, 17-34, texte où l’apôtre rappelle détermine la discipline de réception du sacrement de l’eucharistie. Il s'agit de recevoir dignement la communion. François écrit : "Lorsque ceux qui communient refusent de s’engager pour les pauvres et les souffrants ou approuvent différentes formes de division, de mépris et d’injustice, l’Eucharistie est reçue de façon indigne." "Ce texte biblique [1, Co 11] est un sérieux avertissement aux familles qui s’enferment dans leur confort et s’isolent, mais plus particulièrement aux familles qui demeurent indifférentes à la souffrance des familles pauvres et se trouvant le plus dans le besoin. La célébration eucharistique devient ainsi un appel constant à chacun à "s’examiner lui-même" (v. 28), en vue d’ouvrir le cercle de sa famille à une plus grande communion avec les marginalisés de la société et donc de recevoir vraiment le Sacrement de l’amour eucharistique qui fait de nous un seul corps.". "En revanche, les familles qui se nourrissent de l’Eucharistie dans une disposition appropriée, renforcent leur désir de fraternité, leur sens social et leur engagement en faveur des personnes dans le besoin." C’est ce que nous avons rappelé dans un précédent article : comment évangéliser les masses qui ont été prolétarisées par l’application des idéologies athées, sans se soucier sincèrement de leurs conditions d’existence, de leur emploi, du logement, de la scolarisation, etc. ?
 
Et qu’est-ce que lutter pour la justice ? Relancer la lutte des classes ? Non, mais mettre dans la société un authentique esprit de famille. "Un mariage qui expérimente la force de l’amour sait que cet amour est appelé à guérir les blessures des personnes abandonnées, à instaurer la culture de la rencontre, à lutter pour la justice. Dieu a confié à la famille le projet de rendre le monde ‘‘domestique’’ [de domus, maison, famille], pour que tous puissent sentir chaque homme comme frère : ‘‘Un regard attentif à la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin qui existe partout d’une bonne dose d’esprit familial […]. (…) l’organisation de la vie commune se heurte toujours plus à une bureaucratie totalement étrangère aux liens humains fondamentaux (…)" (A.L., n° 183) Un évêque n’est pas un "préfet violet", comme disait Napoléon. C’est un père. Et si l’État n’était pas une machine, même un préfet en vert et or garderait quelque chose de familial et d’humain. Tel est le ton qui convient à ceux qui dirigeront cette immense renaissance, qui fera suite à la fin du libéralisme.
A suivre

www.henrihude.fr
(1) Noter aussi deux brèves mentions, au n° 42, pour s’élever contre le chantage exercé sur les pays pauvres par les organisations internationales (financements contre avortement) et au n° 179, pour encourager les Etats à faciliter l’adoption en vue de prévenir l’avortement.
(2) "Ce qui arrive avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations affectives : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite adieu !" (A.L., n°39) "A notre époque, on sent le risque que la sexualité aussi soit affectée par l’esprit vénéneux du ‘‘utilise et jette’’ "(A.L., n° 153)
(3) Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, III, 123 ; cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, 8, 12 (éd. Bywater, Oxford 1984, p. 174).
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Encore et toujours l’axe germano-américain
 
Il ne fait même plus semblant. Quand Obama vient en Europe, il ne s’arrête qu’à Berlin. Ne discute qu’avec Angela Merkel. Ne fait l’éloge que de la chancelière. La petite classe française, italienne, et même anglaise, est priée de se déplacer. Comme si les Américains avaient fini par trouver le fameux numéro de téléphone que Kissinger cherchait en vain pour l’Europe ; un numéro à l’indicatif berlinois. Comme s’il y avait la première et la deuxième division. Une hiérarchie qui ruine les illusions françaises sur le couple franco-allemand.
Quand on se souvient que le général de Gaulle comptait sur l’Europe des six - dirigée par la France - pour "retrouver la place qu’elle avait perdue depuis Waterloo, la première du monde" - on évalue à sa juste mesure la décadence française. Et l’éclat de la revanche allemande. Obama n’est pas le seul à agir ainsi. Le sultan turc Erdogan a, lui aussi, négocié en tête-à-tête avec Merkel l’affaire des réfugiés syriens.
 
Les Turcs ont renoué avec le tropisme berlinois des Ottomans. L’Amérique aussi. Les deux guerres mondiales ne doivent pas nous aveugler. A chaque fois, le ralliement américain aux armées franco-anglaises fut tardif et décisif. Mais il effaçait surtout dans les mémoires le soutien constant que l’Amérique avait apporté à son adversaire allemand. Soutien financier, diplomatique, et idéologique qui renforçait une proximité née de l’immigration allemande en Amérique, et d’une même obsession de la puissance industrielle, qui fonde l’impérialisme des armes.
En 1870, les Américains se réjouissaient déjà de la défaite de Napoléon III dont ils venaient de se débarrasser dans leur arrière-cour mexicaine.
A la fin de la Première Guerre mondiale, ils empêchaient Foch et Pétain de rentrer victorieux à Berlin. Les Allemands resteront persuadés de ne pas avoir perdu la guerre.
Pendant les années 20, les Américains soutiennent financièrement, médiatiquement et diplomatiquement la "pauvre" République de Weimar assaillie et occupée par les "méchants" bellicistes français. Ce soutien, financier en tout cas, se poursuivra encore sous Hitler.
Après 1945, les Français et les Anglais ont convaincu les Américains de transformer l’Allemagne en pays agricole. Mais ceux-ci font marche arrière. La menace soviétique fait taire les récalcitrants. En 1963, Kennedy prononce le fameux discours "Ich bin ein Berliner", non pour défendre Berlin contre les chars russes, mais pour couler l’alliance privilégiée des "deux vieillards", Adenauer et de Gaulle, scellée quelques mois plus tôt.
Et en 1990, alors que Margaret Thatcher menace Kohl d’une guerre, c’est l’Américain Bush qui donne sa bénédiction à la réunification allemande.
La messe est dite. La France a renoncé à se battre. La France de Sarkozy essayait d’être reconnue par le maître américain comme le meilleur élève de la classe otanienne. Ambition dérisoire que Hollande n’a même plus.

Le Figaro Magazine, 29 avril 2016
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Présidentielle : prolifération de candidatures et désintégration de la politique
 
Madame Rama Yade a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. A la lecture de la presse et des commentaires, cette nouvelle suscite nombre de quolibets et de réactions ironiques. "Elle n'est plus ministre depuis longtemps, n'a plus le moindre mandat électoral et n'a même plus de parti" constate un grand journal parisien... "Elle n'a même pas de mandat" ou encore "c'est de l'ambition", a-t-on pu lire ou entendre de la part de ses ex-amis politiques.
Pourtant, sa démarche en elle-même n'a rien de scandaleux ni d'hérétique au regard des institutions républicaines. Rien n'oblige le chef de l'Etat à être l'émanation d'un parti ou d'une idéologie, ni même un notable de la classe dirigeante. Le choix de l'ancienne ministre des droits de l'homme de s'affranchir des primaires est lui aussi conforme à l'esprit de la Ve République. En principe, la désignation du président de la République exprime une relation de confiance entre le peuple français dans sa globalité et un homme ou une femme. Or, les primaires scindent artificiellement le peuple français en faisant désigner le candidat "de droite" par une partie de ce même peuple se reconnaissant "dans les valeurs de la droite". Ces primaires sont donc parfaitement contraires à l'esprit de la Ve République. De plus, la démarche de Mme Yade s'accompagne d'une volonté de réflexion collective et d'élaboration d'un projet. Dès lors, la virulence des critiques à son égard semble injuste et infondée. Elle n'a pas moins de légitimité qu'un autre - tel M. Macron, coqueluche du monde médiatique - à solliciter les suffrages des Français. Elle ne mérite en aucun cas les réactions dédaigneuses qui ont suivi son annonce; en tout cas pas plus qu'un autre.
 
En revanche, au-delà de son cas particulier, la prolifération des candidats à l'élection présidentielle de 2017 soulève de multiples interrogations. Ils sont douze annoncés aux primaires de la droite, mais aussi, innombrables en prenant en compte les candidatures diverses de la droite, de l'extrême droite, du centre, de la gauche et de l'extrême gauche, dont beaucoup, déclarées ou probables, ne suscitent qu'indifférence du monde médiatique. Il s'en compterait une quarantaine aujourd'hui, et encore n'est-on qu'à un an du suffrage...
Cette explosion du nombre des candidatures est un signe supplémentaire, un symptôme patent, de la vertigineuse désintégration de la vie politique française.
 
Tout d'abord, elle est le signe de la banalisation de la fonction présidentielle, qui n'a jamais cessé de s'aggraver depuis la mort de Georges Pompidou. Le président a perdu le prestige souverain qui s'attachait à sa personne au début de la Ve République et faisait de lui le guide de la France. Désormais privé de l'autorité morale, de l'image de sagesse et de visionnaire qui faisait jadis de lui un monarque républicain, il est devenu un personnage public comme un autre, une sorte de "super député" dont le territoire national est l'unique circonscription. Loin d'être perçu comme le chef de la Nation, il se présente aujourd'hui bien davantage comme le réceptacle des frustrations et des échecs, un symbole d'impuissance publique et une sorte de bouc émissaire français. Le chef de l'Etat incarne aujourd'hui "Monsieur Tout-le-monde". Il est logique que le poste attire tant de vocations: chacun se sent la capacité à assumer une fonction publique ressentie comme banale, ou à tout le moins, "normale"...
 
Ensuite, cet appétit présidentiel reflète un néant politique croissant. La fonction élyséenne, tout en étant banalisée, se retrouve hyper médiatisée. Le chef de l'Etat est présent du matin au soir dans la presse et les caméras de télévision. Toute la vie publique semble se concentrer dans ses faits et gestes, à l'image d'un régime d'opérette. Et quand on ne parle pas de lui, il n'est question que de ceux qui convoitent sa place... Ce culte de la personnalité à outrance sert à masquer le vide et l'absence de projet, d'idées, de volonté, de sens d'un destin collectif. Il exprime aussi la perte de tout esprit du bien commun. Jadis, sous la IIIe, la IVe, la Ve à ses débuts, servir efficacement et utilement la France comme Premier ministre ou ministre, voire député ou sénateur, prendre une part dans l'œuvre collective d'un gouvernement ou d'une majorité, constituait un immense honneur et suffisait à combler la carrière d'un homme ou d'une femme politique. Désormais, il faut être président de la République à tout prix ; étinceler sous les dorures de l'Elysée, ou rien. Pourquoi ? Parce que l'obsession narcissique d'être "numéro un" n'en finit pas d'écraser le sens de l'intérêt général et de contribuer au décrochage de la France, en Europe et dans le monde.

Paru sur Figarovox, 25 avril 2016
Publié dans Du côté des élites
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"Pourquoi les français se plaisent à rêver d'un Macron ou d'un Juppé ?"

"Va, je ne te hais point." On connaît le vers célèbre du Cid, cette superbe litote par laquelle Chimène dit toute la force de son amour à Rodrigue. Aujourd’hui, Rodrigue, c’est Emmanuel Macron, ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, enfant chéri des médias… quant à Chimène, elle n’est pas une, mais multiple, presque un syndicat de personnalités de la droite et du MEDEF, sensibles à la fois au discours et au taux de popularité du jeune ministre dans les sondages.

C’est un phénomène curieux, une pièce étrange qui n’en finit pas de fasciner.

Première scène, premier tableau : comme d’usage en période pré-électorale, les critiques, les attaques contre l’ENA, bouc émissaire idéal, fusent de toutes parts – depuis les rangs de la droite surtout, il faut bien le dire -, avec toujours le même entrain et surtout le même refrain : les énarques accaparent le pouvoir politique, ils ont fait depuis trente ans la preuve de leur incapacité, ils "trustent" aussi les grands leviers de l’économie, ils ne sont que des clones incapables de produire une pensée originale, ils sont arrogants, etc. Bref, supprimons ce concours élitiste et remplaçons le par des nominations à la mode du privé, avec libre choix de "l’employeur" - entendez le pouvoir politique. La France ira mieux, le monde aussi, nous aurons l’impression d’avoir fait la révolution à peu de frais et dormirons tous à l’ombre protectrice de la seule République qui nous convienne : la république bananière. Tout le monde y va de son couplet : parmi les hommes politiques, ce sont souvent les petits formats qui cherchent ainsi à se faire remarquer. Mais ce sont aussi les énarques-politiciens eux-mêmes qui sont soucieux de se dédouaner, soit en attaquant leur ancienne école, soit en "blanchissant" leur curriculum vitae.

Mais voici le second tableau : Emmanuel Macron. Le brio, la jeunesse, le discours "moderne"… Et que voit-on ? Les mêmes qui conspuent l’ENA à longueur de journée et d’articles coulent des regards de jeune fille enamourée vers le ministre de l’économie.

Assurément, Emmanuel Macron est une personnalité brillante, jeune, séduisante. Pourtant il est issu d’un milieu aisé. Pourtant, il a fait sciences po, puis l’ENA. Pourtant, il est sorti à l’inspection générale des finances. Pourtant, il a été chez Rothschild. Pourtant, enfin, il fait de la politique. C’est donc le portrait-type de l’énarque tel que généralement on le caricature – tant il est vrai, simple vérité statistique, que l’écrasante majorité de ses camarades d’école n’a pas nécessairement le même parcours… Lui, en revanche, réunit tous les traits qui devraient lui valoir la détestation universelle. Oublions la jeunesse un instant : Alain Juppé n’est pas très éloigné du même modèle. Ni un Bruno Le Maire, ni une Valérie Pécresse, ni un Laurent Wauquiez… Il y a très peu d’énarques en politique, mais ils se voient de loin – souvent parce qu’ils font d’excellents ministres ou de bons députés.

Comment interpréter cette stupéfiante contradiction ? Faut-il tenter quelque psychanalyse ? Quand de Gaulle créa l’ENA en 1945, il fut guidé par une idée simple : mettre à la disposition du pouvoir politique légitime une haute administration bien recrutée et formée, mobile, efficace, capable de transmettre l’impulsion de ses choix et décisions à l’immense machine administrative française. Le système a plutôt bien fonctionné tant qu’il y eut décision et impulsion au sommet… Mais depuis plus de trente ans la grande majorité des hauts fonctionnaires continue de faire tourner, tant bien que mal, une machine lourde et budgétairement épuisée. Elle retouche, rapièce, répare ce qui peut l’être sous les reproches, parfois les injures, de ceux qui devraient la commander.

Pourquoi, dès lors, cette passion enfiévrée pour quelques figures si représentatives du "système", représentatives même jusqu’à l’excès ? Parce qu’après ces décennies de décisions non prises, d’arbitrages perpétuellement différés et de faillite budgétaire programmée, nombreux sont ceux qui, sans se l’avouer à eux-mêmes, restent fascinés par les figures de "l’âge d’or", par le souvenir de l’Etat transcendant et salvateur qui portait la société à travers les orages. Notre système politique et institutionnel est sans doute à reconstruire. En 1945, présentant la création de l’ENA, Michel Debré expliquait pudiquement l’abaissement de l’Etat par "des circonstances qui n’ont pas permis aux hommes de gouvernement ni aux assemblées politiques d’apprécier à leur exacte valeur les besoins de l’Etat moderne." Nous y sommes. Et pourtant la droite française se refuse obstinément à construire une vision nouvelle, ambitieuse de l’Etat. Elle se contente de ressasser de vieux discours sur le retour nécessaire au "régalien" et sur la liquidation de "l’Etat-Providence", en refusant de voir que la France a profondément changé – avec une population beaucoup plus nombreuse et une société beaucoup plus hétérogène, plus consommatrice que jamais de services publics -, que le monde aussi a changé et que des menaces très lourdes pèsent sur notre pays, sur notre civilisation à qui il faut plus que jamais un Etat moderne, fort et protecteur.

Or nous sommes dangereusement tentés de mettre à mort le bouc émissaire. Comme l’a décrit René Girard (Quand ces choses commenceront), il n’y a dès lors "plus d’ennemi, il n’y a plus de vengeance, puisque, dans le bouc émissaire, on a mis à mort l’ennemi absolu." Et puis, devant les difficultés qui persistent, ou s’aggravent, vient le constat que le bouc émissaire n’était pas coupable, qu’il était peut-être même utile. Alors, dit Girard, "à l’idée qu’il peut détruire la communauté s’ajoute désormais celle qu’il peut la reconstruire." Nos politiques n’ont peut-être pas tant besoin de s’allonger sur le divan. Un peu de bon sens et d’honnêteté intellectuelle suffira. Le politique gouverne, tranche, décide. L’administratif peut proposer des solutions, mais à la fin des fins il applique les décisions du politique. "Il faut que le peuple comprenne et y voie clair", disait de Gaulle. Emmanuel Macron, précisément, évoquait dans une interview l’an dernier une "forme d’incomplétude" de la démocratie dans notre pays, et "l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu".

Rien d’étonnant à ce qu’un Macron fascine, ou même qu’un Juppé séduise : à leur manière, parfois à leur insu, ils sont les purs produits de la Vème République, celle dont les Français rêvent la nuit.
Paru dans Le Figaro, 18 avril 2016
Arnaud TEYSSIER, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de l'ENA.
Auteur de plusieurs biographies : "Charles Péguy. Une humanité française", Perrin coll, tempus 2014 ; "Richelieu. L'aigle et la colombe", Perrin, 2014.
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L'Etat perd de vue 23 000 œuvres d'art
 
L’Etat "dépose", met à disposition des musées, ambassades, mairies et diverses administrations, plus de 430 000 pièces de ses collections. Or le rapport de la Commission de récolement des œuvres d’art de l’Etat (CRDOA), montre que le suivi du patrimoine est catastrophique. Les objets disparaissent sans que l’Etat ne s’en aperçoive avant des années. Si la base de données en ligne de cette commission recherche 23 000 œuvres, 1 346 plaintes seulement ont été déposées pour vol ou disparition. Pour les autres, l’Etat, si inquisiteur pour taxer le patrimoine des particuliers, ne sait pas où nos trésors sont passés.
Cliquez et vous pourrez connaître l’état des pertes dans votre département, grâce à l’enquête de Libération (après Paris, le département du Bas-Rhin (67) est bon second).
 
Certaines institutions ont double casquette : dépositaires, elles sont également déposantes, mettant à disposition de leurs établissements sous tutelle ces mêmes œuvres. A ce jeu, les ministères concentrent la majeure partie des pertes (ou vols) : près d’un tiers des plaintes déposées les concerne. Et les disparitions ne portent pas seulement sur des objets de petite taille. En 2006, cinq tapisseries de 2 sur 6 mètres se sont volatilisées à l’ambassade de France en Guinée. Les ambassades, censées assurer le rayonnement français, sèment à tous vents : 123 plaintes déposées. Mais une annexe du château de Versailles a vu aussi s’envoler un meuble en acajou de Jacob-Desmalter. Une lignée d’ébéniste très recherchée car à l’Assemblée, c’est une bergère fabriquée par le père du précédent qui s’esbigne, malgré une stricte procédure de contrôle pour les visiteurs (relevé d’identité, motif de visite, remise d’un badge…). L'art contemporain n'est pas en reste : le Centre national des arts plastiques (CNAP) qui dépend du ministère de la Culture et gère 95 000 œuvres du Fonds national d’art contemporain... est cité dans le rapport...
 
L’administration publique est à la peine ne serait-ce que pour obtenir des réponses. Fin 2014, 40 % des préfectures n’avaient pas répondu au ministère de l’intérieur. L’Outre-Mer n’avait pas localisé plus de 80 % des œuvres en dépôt... Tableaux, meubles et sculptures qui ornent les lieux de pouvoir sont rarement retrouvés … seulement 251 objets de retour depuis l’existence de la base de données.
Jacques Sallois, président de la CRDOA, a beau rappeler les difficultés liées à l’absence de procédure au XIXe siècle, où l’on déposait certes sans inventaire, on s’interroge : quoi, depuis  Napoléon III, notre brillante administration, et nos chers énarques que le monde entier nous envie, n’ont rien réformé ?
Février 2016, le sous-préfet de Normandie, mis en examen, a été placé en détention provisoire, soupçonné de vol, notamment d’un tableau de grande valeur retrouvé chez Sotheby’s. Les œuvres perdues par l’Etat ne le sont certainement pas pour tout le monde !

www.sourgins.fr
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De la CGT à Nuit debout, un même gauchisme
 
Les attentats salafistes en France ? Le martyre des chrétiens en terres d’islam ? Aucun intérêt. En tout cas, pour la CGT et Nuit debout, qui illustrent la pente gauchiste, voire islamo-gauchiste, que prend la radicalisation en France. Pour la CGT, c’est la police nationale qui fait couler le sang en France. Pour les "indignés" de la place de la République, seul le sort de la Palestine mérite la mobilisation contre la politique d’Israël, l’ennemi absolu. Mardi, à Marseille, Philippe Martinez, secrétaire général, n’a pas jugé utile de se désolidariser d’une affiche d’Info’com CGT (salariés de l’information et de la communication). Sur fond de flaque de sang dans laquelle ont été incrustés une matraque et un insigne de CRS, il y est écrit : "La police doit protéger les citoyens et non les frapper". Ce détournement des responsabilités, qui oublie les policiers morts ou blessés dans les derniers attentats islamistes pour ne retenir qu’une violence d’Etat, relève d’une propagande sommaire qui était réservée jusqu’alors aux mouvements les plus marginaux. Observer la CGT, en perte de vitesse, utiliser à son tour ces procédés dit l’attitude qu’entend suivre cette formation, qui n’a toujours pas abandonné le marxisme et la lutte des classes. Ce mercredi, la CGT a annoncé qu’elle boycotterait la conférence environnement des 25 et 26 avril. 
 
Or c’est une même voie que suit Nuit debout, prise en main par l’extrême gauche. Les Jeunes communistes qui se sont flattés d’avoir "tej" (jeté), ce week-end, l’académicien Alain Finkielkraut de la place de la République, en lui crachant à la figure, ont montré le visage de ce mouvement sectaire, violent, antisémite, totalitaire. Le visiteur de Nuit debout cherchera en vain la moindre compassion pour le sort des chrétiens d’Orient, chassés de leurs terres par l’islam purificateur. En revanche, une commission Palestinetoujours debout, ajoutée à une commission Banlieues debout, sont là pour rappeler les convergences de luttes de l’islamo-gauchisme. Le totalitarisme salafiste peut, ici, dormir sur ses deux oreilles : personne ne viendra lui demander des comptes. En revanche, les disciples de Stéphane Hessel ont obtenu le ralliement de Nuit debout au mouvement international BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) qui a pour but de dénoncer "la politique d’apartheid et de colonisation d’Israël". Bien sûr, chacun jure que cet antisionisme n’est pas un antisémitisme. Néanmoins, il ne fait pas bon pour un intellectuel juif en vue de se balader sur cette place de l’Intolérance. La CGT y a déjà ses habitués, forcément.

blog.lefigaro.fr/rioufol, 20 avril 2016
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L'action de la France en Syrie : pourquoi tant d'aveuglement ? 
 
Comment a été possible cette chose incroyable : les gouvernements français ont apporté une aide importante en armes, en entraînement militaire et même un appui occasionnel direct sur le terrain aux forces d'opposition islamistes en Syrie de 2001 à 2005.
Sans doute la posture de la France en Syrie a-t-elle changé depuis les attentats du Bataclan. Laurent Fabius qui s'était particulièrement engagé dans cette politique a rejoint le Conseil constitutionnel. Nous avions combattu le gouvernement Assad et désormais, nous ne combattons plus, nous dit-on, que Daesh et Daesh seulement. Mais même si nous ne combattons plus l'armée syrienne officielle du gouvernement de Bachar el Assad, nous continuons à proclamer que nous voulons le départ de ce dernier. Quant aux autres mouvements rebelles que nous aidions, presque tous islamistes, l'ambigüité reste de mise. 
L’attentat du 7 janvier 1995 qui semblait pourtant montrer des liens entre les auteurs et certains mouvements islamiques au Yémen, n'avait pas suffi à faire bouger d'un pouce la posture française. Il a fallu que s'y rajoutent les attentats du 13 novembre revendiqués  bruyamment par Daesh pour que les Français changent enfin leur fusil d'épaule et cessent de faire la guerre aux cotés des islamistes contre le gouvernement Assad - et tous ceux que ce dernier protégeait, notamment les chrétiens tombés en quatre ans dans ce pays de 2 millions à 1,2 millions.
 
Un engagement aberrant
Il est vrai qu'officiellement nous n'avons pas aidé Daesh, mais seulement une Armée syrienne libre, composée d'opposants "modérés" au régime, dont on peut se demander si elle a jamais vraiment existé ou des islamistes autres que Daesh, notamment le Front Al-Nosra qui pourtant est le successeur d'Al-Qaïda  et qui se trouve sur la liste des organisations à combattre figurant dans la Résolution du 18 décembre 2015 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Il est vrai aussi que nous n'étions pas les seuls, l'alliance en faveur des rebelles syriens, de fait islamistes, étant aussi large que celle qui aujourd’hui prétend combattre Daesh : États-Unis, Royaume Uni, Allemagne (plus active qu'on le croit), Turquie, Arabie Saoudite, Qatar et sans doute Israël. N'y manquaient que la Russie et l'Iran qui soutenaient au contraire le gouvernement Assad quoique pas autant qu'aujourd’hui.
Mais cette alliance ne suffit pas à rendre compte de la véhémence de l'engagement français au moins sur le plan diplomatique : Fabius disant à la tribune des Nations Unies que Bachar El Assad "ne méritait pas de vivre" : même Roosevelt ne disait pas cela d'Hitler. Juppé n'avait pas été en reste, annonçant en 2011 que Assad n'en avait que pour une semaine. Sarkozy, Hollande furent au diapason. Les médias français, AFP en tête, violant toutes les règles de la déontologie, n'eurent d'autre source qu'un Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, tenu par un frère musulman à la fois juge et partie.
 
Il y eut les actes : la rupture des relations diplomatiques (ce que nos partenaires n'ont pas eu la stupidité de faire), la fermeture du Lycée français (qui continue à fonctionner en autogestion grâce à des parents syriens), le refus de toute collaboration avec les services de sécurité syriens, qui est sans doute une des raisons pour lesquelles nous n'avons pas vu venir les attentats de 2015. Il est clair que personne au Quai d'Orsay ne se souvenait de ce vieux proverbe arabe qui  devrait être inscrit  sur la porte de toutes les écoles diplomatiques : "Traite ton ennemi comme s'il devait un jour être ton ami ; traite ton ami comme s'il devait un jour devenir ton ennemi".
Le temps n'est plus de ramener à la raison les auteurs de ces dérives, il est de comprendre comment ils ont pu, à ce point, la perdre. 
 
Incompétence, corruption 
Pour expliquer un comportement aussi aberrant, il faut bien sûrfaire la part de l'incompétence. Aucun des quatre protagonistes principaux de la diplomatie française, Sarkozy, Juppé, Hollande et Fabius n'avait fait de la diplomatie sa préoccupation principale au cours des dernières années. Il était facile de prévoir que le régime d'Assad appuyé sur une majorité alaouite menacée de mort et sur une Russie qui ne lâche jamais ses alliés, ne céderait pas la place en une semaine comme le pronostiquait sottementJuppé. La diplomatie française, qui a fini par se trouver complètement en porte à faux, peine à trouver des justifications pour le revirement auquel les faits l'ont contrainte aujourd’hui.  "C'est Assad qui fait le lit de Daesh" ont dit conjointement Fabius et Juppé, alors même que c'est l'armée syrienne qui, depuis cinq ans lutte seule sur le terrain contre les islamistes et que, si elle ne l'avait pas fait, Daesh serait aujourd'hui à 60 km de Jérusalem. Pour ces gens là, si Daesh monte, c’est la faute de "Bachar" puisqu’il les combat, mais pas la faute de ceux qui financent Daesh – Arabie, Qatar, Turquie, Occident. Sarkozy n'est pas en reste en traitant de "gugusses" les députés qui on fait le voyage de Damas pour tenter de débloquer une situation complexe. Notre diplomatie a fini, après toutes les autres, par comprendre que la cible principale devait être Daesh et sa réserve de terroristes : comme le dit Olivier Berruyer, "il a fallu 4 ans pour comprendre qu’un dictateur laïc qui ne nous menace pas est largement préférable à des wahhabites adeptes du djihad… Ça fait cher la leçon de diplomatie quand même… " D'autant que trois des principaux protagonistes sont parmi les gens les plus diplômés de France (deux Normale Sup-ENA et un HEC-ENA).
 
On peut aussi expliquer cette ligne  aussi excessive qu'absurde par l'argent et les intérêts. Pas tant ceux qui sont liés au pétrole saoudien dont les prix s'effondrent car  les pays producteurs ne savent quoi en faire, mais ceux qui concernent les marchés juteux, en particulier d'armement, que nous avons trouvés dans la péninsule arabique. L'argent des monarchies a permis à Daesh et aux autres mouvements rebelles islamistes de Syrie et d'Irak d'acheter des armes à la France. Nous avons agi en marchands de canon : c'est ainsi que les successeurs de Jaurès font la politique étrangère.
 
Inféodation
Il faut prendre aussi en compte le suivisme pur et simple. Depuis la réintégration complète de l'OTAN opérée par Sarkozy en 2008 (1), il n'y a plus de politique indépendante de la France qui tienne. La France s'étant ainsi liée, il ne lui restait qu'à obéir aux dirigeants américains, lesquels étaient sous influence des idéologues néoconservateurs. Cet état d'esprit suiviste que l'on observe aussi dans le refus de livrer les Mistral à la Russie par Hollande, ordonné par Washington, présente un avantage : il dispense de réfléchir. Exécuter est plus facile que décider par soi-même, surtout si on manque de ces points de repère et de la vision qui sont nécessaires pour faire des choix.
 
Mais ce suivisme ne justifiait pas que la France tente à plusieurs reprises de faire de la surenchère, notamment dans la crise d'août 2013 où une attaque à l'arme chimique a été attribuée au gouvernement de Damas et a failli entraîner une guerre élargie. C'est finalement Obama, avec l'aide de Poutine, qui a calmé le jeu mais la France surexcitée était prête à frapper la Syrie sans tenir compte des conséquences incalculables que cela aurait pu avoir. Alors que ses dirigeants savaient dès le départ que l'usage de ces armes n'était pas le fait de Damas. Aujourd’hui, avec la constitution de la grande coalition contre Daesh en août 2015, "la diplomatie française est la dernière, ou presque, à s’en tenir à la ligne du refus de toute discussion avec Bachar qui était celle de Nicolas Sarkozy et la mienne." dit Alain Juppé. Hollande a cependant infléchi la position de la France dans le dossier syrien :  Bachar el-Assad, dit-il, "ne peut constituer l'issue en Syrie, mais notre ennemi, c'est Daesh".
 
En tous les cas, la France s'est parfaitement pliée au jeu des États-Unis qui était, bien avant les printemps arabes, de détruire le régime d'Assad. Selon un article de l’avocat Robert Kennedy Junior, neveu de JFK, publié dans le magazine américain Politico : "La décision américaine d’organiser une campagne contre Bachar el-Assad n’a pas commencé avec les manifestations pacifiques du printemps arabe en 2011, mais en 2000, lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour dix milliards de dollars qui traverserait l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie." (2)
 
Le rôle de l'idéologie
Incompétence, cupidité, inféodation : il y a aussi l'idéologie, inséparable de l'inféodation. De même que, dans les années 1940-45 ("les heures les plus sombres de notre histoire") l'idéologie de la Révolution nationale avait servi de paravent à notre inféodation à l'Allemagne, l'idéologie droit-de l'hommiste a servi dans les affaires du Proche-Orient, de couverture à notre inféodation aux Etats-Unis. Le droit de promouvoir par la force les idéaux occidentaux de la démocratie et des droits de l'homme, est le fond de la pensée tant des néoconservateurs américains que des socialistes français. Comme toutes les idéologies, celle-là est simplificatrice, elle fait perdre de vue la complexité du réel, spécialement au Proche-Orient. Comme toutes les idéologies, elle est messianique : elle implique que nous entrons dans une ère nouvelle où régneraient le libéralisme économique et la démocratie élective, dont il faut précipiter l'avènement ("la fin de l'histoire"disait Fukuyama). Comme toutes les idéologies, elle obéit à la "loi des effets contraires au but recherché" (Hayek): au lieu de la protection des droits, le massacre de centaines de milliers d'individus (4 millions, dit Michel Onfray, principalement en Irak), le déclenchement de guerres excessivement meurtrières, en Syrie notamment, et l’encouragement aux islamistes qui promettent tout sauf une démocratie à l'occidentale. Ajoutons y l'antichristianisme qui fait le fond de presque toutes les idéologies de droite et de gauche, ces guerres ayant été fatales aux chrétiens d'Orient que la diplomatie française se faisait fort, depuis cinq siècles, de protéger et qu'elle a totalement ignorés au cours des dernières années. .
 
L'idéologie obscurcit l'esprit, divisant le monde de manière sommaire entre les bons et les méchants. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans l'idéologie l'obscurcissement du cerveau des responsables de notre diplomatie et de nos médias. Mais elle n'abêtit pas seulement, elle rend aussi furieux. Ce manichéisme sommaire a conduit à faire de Bachar el-Assad une sorte de nouveau Léviathan, au mépris de la réalité historique qui place les dictatures classiques très en deçà des régimes vraiment totalitaires comme la Corée du Nord. Ce manichéisme conduit les dirigeants à transformer l'action diplomatique en une propagande grossière. Un des agents de cette propagande, Bernard-Henri Lévy, est ainsi tombé dans le travers idéologique que le nouveau philosophe qu'il était dénonçait autrefois en URSS, retournement qui est assez habituel dans l'histoire desidées où ceux qui dénoncent lapaille dans l'œil du voisin se retrouvent généralement avec une poutre dans le leur. On n'a pas dit qu'Assad était une vipère lubrique, mais Fabius n'a-t-il pas dit pire ? A peu près toutes les turpitudes qui lui ont été prêtées ont été démenties ou demeurent douteuses : assassinat d'Hariri, massacre de Homs, usage d'armes chimiques. Cela n'a pas empêché un Fabius de réitérer ses accusations à la radio le matin de son départ du ministère.
 
La frénésie idéologique faitéclater les règles élémentairesde la prudence administrative, notamment le souci de s'appuyer sur une administration objective.  Concernant l'affaire des armes chimiques, Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont révélé que la conclusion du rapport rendu public par la France avait été "élaguée" par le conseiller spécial du ministre de la Défense pour manipuler l’opinion publique et la pousser à la guerre. Une des hypothèses faite par les informateurs dans leurs rapports était la suivante : "Il est possible que des bombardements classiques de l’armée syrienne sur un laboratoire clandestin des rebelles ait provoqué une fuite de gaz. Mais cette conclusion a été "purement et simplement coupée" du texte du rapport final".  
Deux rapports, l'un du MIT, l'autre de la Commission d'enquête de  l'ONU sur la Syrie, basée à Genève, ont enlevé toute crédibilité à l'hypothèse de la culpabilité d'Assad (ce qui ne veut pas dire qu'il soit innocentsur tous les sujets mais qui, au Proche-Orient et ailleurs, l'est ?)
 
Si l'inféodation aux États-Unis et l’intérêt mercantile sont, sur fond d'incompétence, les déterminations en dernière instance de l'action calamiteuse de la France au Proche-Orient au cours des dernières années, l'idéologie a constitué un multiplicateur qui a fait perdre tous les repèresaux acteurs concernés, jusqu'à brouiller gravement leur jugement.
L'opinion commence à prendre conscience du caractère monstrueux d'une diplomatie qui a conduit à armer les islamistes (qui massacraient les chrétiens, nos protégés) dans les quatre années qui ont précédé les attentats de Charlie et du Bataclan. Aujourd’hui, les yeux s'ouvrent peu à peu : il ne faudra pas longtemps pour que nos concitoyens prennent pleinement conscience de la manière dont notre pays s'est déshonoré au cours de ces années.
 
(1) Il y avait encore quelques interstices à remplir. Il y a quelques jours, le Parlement français  a ratifié un protocole comblant cette lacune: désormais  nos bases et nos états-majors seront  la disposition permanente de l'OTAN. Hollande parachève l'œuvre de Sarkozy.  
(2) Boulevard Voltaire, 29 février 2016  
                               
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Candidature d'Hillary Clinton : on ne saurait oublier combien la présidence Clinton fut défavorable aux intérêts français
 
Au moment où il paraît de plus en plus vraisemblable que l'élection présidentielle américaine se jouera entre Donald Trump et Hillary Clinton, il n'est pas inutile de se rappeler ce que fut la politique du mari de celle-ci, le président Bill Clinton à l'égard de notre pays entre 1992 et 2000.   
Disons-le : la présidence Clinton a été sans doute la plus hostile aux intérêts français qu'il n'y ait jamais eue dans l'histoire de ce pays. 
 
Deux affaires méritent d'être rappelées : celle du Rwanda qui a vu les Etats-Unis appuyer dans le courant des années 1990 avec discrétion mais efficacité l'équipée de Paul Kagame, parti de l'Ouganda voisin pour reconquérir le pouvoir à Kigali au bénéfice de la minorité tutsi chassée du pays en 1959, contre un gouvernement issu de la majorité hutu soutenu par la France. Les dégâts furent considérable : au moment de l'ultime offensive des rebelles, l'accident d'avion qui coûta la vie aux deux présidents hutu du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994, dont des proches de Kagame eux-mêmes ont avoué qu'il en était l'instigateur, fut le déclencheur de ce qui fut présenté comme le massacre de la minorité tutsi de l'intérieur ; ce massacre justifia après coup l'invasion, commencée plus tôt, du pays par les troupes de Kagame. Cette invasion peut être interprétée aussi bien comme la conséquence du massacre que sa cause. Mais une fois au pouvoir, le président Kagame envahit en 1995-96 le Congo (RDC) voisin pour exercer des représailles terribles contre les réfugiés hutus et, de fait, mettre la main sur la province du Kivu, riche en minerais de toute sorte. Si les massacres du Rwanda avaient fait près d'1 million de morts, pas tous tutsis et pas tous du fait de l'ancien gouvernement hutu, l'invasion du Kivu est, elle, selon les chiffres de l'UNHCR directement ou indirectement responsable de 4 millions de morts.
Si le gouvernement Clinton n'avait pas appuyé la rébellion de Kagame, tout cela ne serait pas arrivé. Le gouvernement hutu de Habyarimana n'était certainement pas tendre pour les Tutsis (pas plus que la Révolution française ne l'avait été pour l'ancienne aristocratie), mais il restait dans le registre des dictatures africaines ordinaires, alors que ce qui est arrivé au cours de la guerre de 1994-1996 dépasse toutes les bornes de l'horreur.
L'aboutissement de cette opération a été que le Rwanda de Kagame a quitté la francophonie pour adhérer au Commonwealth ! Son but, auquel le gouvernement Clinton ne saurait être étranger, même si la crise avait commencé avant lui, était d'éliminer la France de la région des Grands Lacs. Cette élimination fut complète quand Jacques Chirac retira en 1996 les conseillers français de l'armée congolaise qui faisait face au Kivu à une armée rwandaise tutsi encadrée par des officiers US. Ces événements avaient, entre autres, fait dire à Mitterrand vieillissant :
"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. "(cité par Georges-Marc Benhamou, Le dernier Mitterrand).
Une guerre sans mort français évidemment, avec 5 millions de morts africains tout  de même !  
 
Affaiblir les intérêts français et en tous les cas les méconnaître, c'est ce qu'on voit aussi dans la guerre de Yougoslavie et notamment dans sa phase la plus aigue, la guerre dite du Kosovo de 1999, où les forces de l'OTAN, hors de toute légalité internationale à l'instigation des Etats-Unis et de l'Allemagne, bombardèrent pendant des semaines, le territoire de la Serbie, faisant 20 000 morts, tous civils. Tout au long de ce conflit, les Etats-Unis prirent systématiquement le parti des alliés historiques de l'Allemagne : Croates, Albanais, Kosovars, Bosniaques musulmans, les mêmes qui avaient fait bon accueil à la Wehrmacht en 1941 et combattirent au contraire avec un rare acharnement les Serbes, alliés historiques de la France et de l'Angleterre et ennemis de l'Allemagne. Il est vrai que le président Chirac s'est montré complice de cette opération qu'il aurait pu empêcher. Mitterrand, avait dit "moi vivant, la France ne fera pas la guerre à la Serbie." Margaret Thatcher ne pensait pas autrement. Dépourvu de cette conscience historique, Jacques Chirac, pour des raisons qui restent à éclaircir,  n'eut pas ces scrupules.
 
On objectera que les entreprises de Clinton allaient dans le sens des droits d'homme frappant les "méchants" ou protégeant les "bons". Qui est encore dupe de cette rhétorique, composante de la guerre médiatique et psychologique qui accompagne désormais toutes les opérations militaires et dont les clefs se trouvent outre-Atlantique ? Quand un régime est diabolisé dans l'opinion mondiale, nous ne savons pas s'il le mérite vraiment, mais nous savons qu'à coup sûr il n'est pas dans le camp des Etats-Unis !
 
A ce bilan peu glorieux des relations franco-américaines au temps de Clinton, on pourrait ajouter l'offensive commerciale de l'Amérique contre la politique agricole commune, dans le cadre des négociations du GATT, offensive qui conduisit l'Europe, au dépens des intérêts français, à démanteler partiellement les protections de son agriculture, au travers de la réforme de la politique agricole commune (1992) et le l'accord de Blair House (1993). L'agriculture française ne s'en est jamais remise.
Il est difficile de trouver d'autres présidents des Etats-Unis qui aient été aussi hostiles aux intérêts français que Bill Clinton. La France n'eut guère à se plaindre de la plupart des présidents républicains : Eisenhower, Nixon (qui ne cachait pas son admiration pour le général de Gaulle), Reagan et même Bush père et fils, quelque contestables qu'aient été les initiatives internationales de ces derniers. Pas davantage de certains démocrates comme Truman, Carter et même Obama : que la présidence de ce dernier coïncide avec une inféodation sans précédent de notre pays est à mettre au passif, moins du président américain lui-même que des dirigeants français  qui acceptent cette inféodation. Kennedy ne fit rien pour faciliter la solution de la guerre d'Algérie et sabota les initiatives européennes de la France, ce dont le général de Gaulle ne lui tint pourtant pas trop grief. Il devait s'entendre beaucoup plus mal avec son successeur Johnson.
 
Sans doute Mme Hillary Clinton n'était-elle entre 1992 et 2000 que la première dame d'Amérique, sans responsabilité officielle dans la politique étrangère américaine. Mais on doute qu'une personnalité de cette envergure ait pu être totalement étrangère aux événements que nous avons évoqués. Le nom de Clinton ne devrait inspirer aucune sympathie en France.
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