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Le succès des "marches pour tous", l'élection d'académiciens politiquement incorrects, l'audience croissante de chroniqueurs indociles, l'éclosion d'une école historique iconoclaste, la floraison de libelles frondeurs, l'explosion d'une dissidence multiforme sur les sites Internet : autant de symptômes d'une sensibilité qui s'éveille à la conscience politique dans les marges d'une droite passablement sclérosée. On voit émerger ici et là des postures informelles, encore brouillonnes mais d'une ferveur juvénile, qui promettent une émancipation des esprits inédite depuis un demi-siècle.
 
Les médias caricaturent cette effervescence intellectuelle en scoutisme rétro, voire en activisme facho. Ces amalgames paresseux n'abusent que les bobos de la mouvance UMP, habitués à mendier leur respectabilité aux intellos de la rive gauche. Or cette "droite" toute neuve qui peu à peu affirme sa singularité entre les mailles du conformisme ambiant, est franche du collier, idéaliste sur les bords, mais nullement ultra.
À vrai dire elle se réclame plus volontiers de Péguy ou de Bernanos que d'une famille politique répertoriée : son positionnement à droite résulte d'une allergie aux idéologues de la gauche, rien de moins, rien de plus. Elle exprime dans un désordre foisonnant un mix de hantises, de dégoûts et d'aspirations qui la détourneront des urnes si les candidats de l'actuelle opposition tentent de la mettre sous le boisseau.
 
Il lui importe assez peu que le futur président soit de l'UMP, du PS ou d'ailleurs, s'il doit gouverner comme ceux d'avant, à quelques fanfreluches de "com" près. On ne l'abusera pas avec de la "com". On ne la séduira pas avec un discours strictement libéral, si opportun soit-il par ailleurs. Ni avec les rengaines 'eurolâtres' d'usage. Encore moins avec l'eau tiédasse des "valeurs républicaines" et autres incantations dont se gargarise le sérail politicien, toutes chapelles confondues. "Citoyenneté", "laïcité", "progrès", "solidarité", "intégration": à son aune ces mots n'ont plus de substance, ils sont à la fois pipés et usés.
Exaspérée par la gabegie, la suffisance et l'amoralisme au sommet de l'État, sa révolte se focalise sur une triple exigence de courage, d'altitude et d'identité.
Courage d'affronter l'air du temps, autant dire la girouette des sondages, pitoyable boussole de politiciens aux abois. Ou aux abris. Tous, sans exception. Altitude vis-à-vis des fantoches qui s'autoproclament, s'autoencensent et s'autoreproduisent devant les micros ou derrière le petit écran.
Par essence, le bruitage médiatique rase les pâquerettes, patauge dans l'éphémère, incite au manichéisme et se complaît dans la vulgarité. Il est urgent de s'en absenter.
Identité contre un discours récurrent qui répudie nos racines spirituelles (le judéo-christianisme), nos ancrages culturels (Rome, Athènes, la civilisation occidentale), méprise l'angoisse populaire liée aux flux migratoires, survalorise les "minorités", arase les distinguos de base (le Bien et le Mal, le Même et l'Autre, l'homme et la femme, etc.), réduit la France à l'inanité d'un open-field où divagueraient des individus hors-sol.
C'est une vision de l'homme face à son intériorité et de ses relations avec ses semblables dans la cité que véhicule cet avatar sénile de Mai 68 et c'est une contestation de ce nihilisme soft, mais pas clean, qui mobilise ici et là des cœurs vaillants, des âmes meurtries, des citoyens déboussolés.
 
Cette contestation est le devoir historique d'une droite tant soit peu vertébrée, à l'aube d'un siècle où tout est à repenser, tout à refonder, en commençant par la pédagogie. En conséquence, le "sociétal" sera l'enjeu crucial des joutes politiques à venir, et non cet accessoire programmatique qui embarrasse les dirigeants de droite, toujours enclins à invoquer l'état des mœurs pour cautionner leur fatalisme. L'échec désastreux de sa gestion à la godille accule le pouvoir socialiste à en rabattre sur ses velléités étatistes. Il va se rattraper sur le "sociétal" en recyclant ses fantasmes "libertaires" dans un "multiculturalisme" applicable à tous les niveaux de la vie sociale. Ce n'est pas un hasard s'il diabolise avec une telle violence le mot "identité", et ne tolère qu'un patriotisme à la baisse, un "vivre ensemble" décharné.
 
La contestation sournoise des "stéréotypes de genre" annonce d'autres injections de ce venin de l'indifférencié qui confond la liberté avec l'ouverture des vannes pulsionnelles, la créativité avec le brame de la libido, l'universalisme avec le cosmopolitisme. Tout se vaut, tout s'équivaut, Vermeer et le tag, Mozart et le rap, le coup de sang et le cri du cœur, le message évangélique et les ricanements des "humoristes". Tout se vaut car rien ne vaut : tel est le fond de sauce de ce relativisme nauséeux et barbare qui entre parenthèses eût ulcéré un "hussard noir" de la haute époque, quand Ferry prescrivait aux instits l'armement des esprits et l'éveil des âmes écolières. Il ne révulse pas moins ces hussards multicolores d'une droite encore en gestation, mais en instance de reconquête sur-le-champ des idées.
La gauche en a pris la mesure et la combat en exhumant l'attirail de sa démonologie ("réac", "ringard", "populiste", "facho", etc.).
La droite "officielle" l'ignore ou la débine, comme on s'en est aperçu lors des "marches pour tous" où les moins trouillards sont venus sur la pointe des pieds. Son impact n'est pas mesurable, un sondé n'ayant jamais répondu qu'à la question d'un sondeur. Cependant son infanterie croît et se multiplie dans les replis de la France dite profonde ; ruraux largués, cathos écœurés, prolos exténués, commerçants et artisans harcelés par les banques et le fisc, professions libérales en quête de rôle social, enseignants en panne de mission, fonctionnaires indignés par l'incurie des technos haut perchés dans la hiérarchie. Ça fait beaucoup de monde.
 
Certes le cadre sup branché sur la "mondialisation" qui arrondit son magot entre Shanghai et New York et s'extasie devant les trouvailles de l' "art contemporain" n'est guère sensible aux affres de la dépossession mentale et morale qu'endure le français ordinaire dans l'enclos de son affectivité. Mettons qu'un gratin transcontinental soit un mal nécessaire pour la santé de notre économie. Mais c'est le maillage des classes moyennes - notamment provinciales - qui pérennise la personnalité, la mémoire, l'art de vivre, la sociabilité, les goûts et les couleurs - bref, l' "identité" française. Sur ce terreau riche de bon sens, d'ardeur et de probité, une espérance peut germer et susciter un élan populaire. Les idées sont là, il n'est besoin que de les ordonner, et d'en faire le socle d'une politique vraiment alternative. Soit la droite "officielle" prendra acte d'une nouvelle donne qui lui offre gratis les clefs de son renouveau, soit elle validera le diagnostic de Marine Le Pen - un condominium UMPS en symbiose sur l'essentiel - et l'occasion d'ensoleiller l'avenir de la France sera manquée, sans doute pour longtemps.

Paru sur Figarovox, 19 septembre 2014
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Interview réalisée par Sébastien BOURDIN (Ecole de Management de Normandie)
 
Gérard-François Dumont, vous avez participé en tant qu’expert aux tables rondes à l’Assemblée Nationale et au Sénat sur la réforme territoriale ; vous avez été ensuite auditionné par les deux rapporteurs du texte à l’Assemblée Nationale. Quels messages souhaitiez-vous faire passer en tant que géographe et démographe?
Gérard-François Dumont : La première question soulevée résidait dans la problématique suivante : le changement de délimitation des régions peut-il générer automatiquement une situation meilleure dans les territoires français et, en particulier, peut-il contribuer à résoudre la première question qui se pose, à savoir la résolution du chômage.
La seconde question était liée au fait que, dans le texte [1] du Président de la République qui accompagnait la fameuse carte des 14 régions, transparaissait une opération de recentralisation avec une insistance sur le pouvoir des préfets de départements, autrement dit du pouvoir de l’Etat dans les territoires. Cette volonté de recentralisation a d’ailleurs été confirmée ensuite par le ministre de l’intérieur en charge du projet de loi de délimitation des régions, en énonçant l’objectif de "pouvoirs reconnus et renforcés pour les préfets de département" [2].
 
En tant que géographe, les deux messages que je souhaitais donc faire passer interrogeaient ces deux questions.
Concernant la première, rien ne permet de dire que le changement de la délimitation des régions puisse produire automatiquement des avantages en termes d’attractivité et d’amélioration de l’emploi. Certes, la recomposition des régions donnera naissance à des "ensembles plus homogènes en termes de population à l’échelle du territoire national" selon la formulation de l’étude d’impact du gouvernement fournie aux Parlement [3]. Mais une telle homogénéité plus grande engendre-t-elle des avantages ? Dans tous les pays du monde, les découpages régionaux sont le fruit de l’histoire et de la géographie ; ils se traduisent par des tailles de régions extrêmement différentes en termes de population. Par exemple, le rapport entre le Land allemand le plus peuplé (la Rhénanie du Nord Westphalie) et le moins peuplé (Brême) est de 27. Il est de 26 en Espagne entre l’Andalousie et La Rioja ; de 76 en Italie entre la Lombardie et le Val d’Aoste, de 66 aux Etats-Unis entre la Californie et le Wyoming. Il est bien moindre, seulement de 16, en France métropolitaine continentale entre l’Ile-de-France et le Limousin. Et si, considérant que le poids primatial de l’Ile-de-France résulte d’une politique centralisatrice pluriséculaire exceptionnelle en Europe, donc en excluant l’Ile-de-France, le rapport est de seulement 8. Bref, l’éventail démographique des 21 régions de France métropolitaine continentale est déjà nettement plus resserré que celui de nos principaux partenaires. Et rien n’atteste que ces derniers souffrent de la plus grande hétérogénéité démographique de leurs régions.
 
En effet, il n’y a aucune corrélation en Europe entre la taille des régions et leur taux de chômage. Dans certains cas, des régions relativement peuplées ont un taux de chômage faible, voire résiduel comme la Bavière en Allemagne. Dans d’autres cas, comme en Italie ou en Espagne, ce sont les régions les moins peuplées qui comptent les niveaux d’emploi les plus satisfaisants et vice-versa. En Espagne, l’Andalousie – l’une des régions les plus vastes d’Europe – a par exemple un taux de chômage particulièrement élevé.
En conséquence, aucun pays démocratique n’a considéré ces dernières années que réduire l’hétérogénéité démographique des régions en réduisant d’un tiers leur nombre allait engendrer des avantages significatifs. Notons qu’un raisonnement semblable peut être effectué en prenant d’autres critères comme la superficie ou le PIB par habitant [4].
 
Mais la fusion de régions n’est-elle pas susceptible d’engendrer des économies ?
Bien au contraire, la mise en œuvre d’une fusion des régions peut se traduire par un certain nombre d’inconvénients.
Après des chiffres fantaisistes sur les économies possibles, pratiquement tout le monde reconnaît que de telles fusions engendrent des coûts, à commencer par l’application du mieux-disant dans les dépenses des régions, application sans doute financée par la diminution des investissements. La fusion engendre en outre de nombreux effets externes négatifs comme les tensions liées au choix de la capitale régionale, puis les coûts liés à ce choix.
Parmi ces effets externes négatifs, il ne faut pas non plus négliger la question de l’implication des habitants. Or, pour que des citoyens s’investissent sur un territoire, cela suppose qu’ils ressentent un attachement à celui-ci, qu’ils s’y identifient. Il ne faut pas ignorer les identités régionales. Fusionner des régions pourrait déboucher sur des appellations creuses (comme "CALA" – Champagne-Ardenne-Lorraine-Alsace) qui ne risquent pas de faire écho avec l’identité régionale que les habitants ont besoin de ressentir pour mieux exercer leur citoyenneté. L’acronyme PACA constitue un exemple où cette appellation courante de la région n’apporte aucun avantage à ce territoire. La meilleure preuve est que L’Occitane (entreprise internationale spécialisée dans les cosmétiques née à Manosque) ne vend pas ses produits sous le nom "L’Occitane en PACA" mais "L’Occitane en Provence".
Parmi les effets externes négatifs, on ignore l’importance de l’émulation qui explique un certain nombre de réussites territoriales. Lorsque vous supprimez des régions pour les intégrer, vous diminuez inévitablement les effets positifs pouvant venir de l’émulation. En même temps, l’existence de 21 régions n’a jamais empêché de nombreuses coopérations comme celles qui s’étaient mises en œuvre pour le canal Rhin-Rhône, ensuite repoussé par l’État.
 
Vous présentez la seconde question que vous avez annoncée comme une "opération de recentralisation" ; en quoi serait-elle inappropriée ?
Sur ce second point, c’est-à-dire certains objectifs de recentralisation, la France se place dans une situation anachronique.
En effet, d’une part, dans le contexte de la globalisation qui peut donner l’impression d’un risque d’unification planétaire des comportements et des modes de vie et de consommation, les citoyens ressentent le besoin de s’approprier davantage une identité régionale. D’autre part, tous les pays démocratiques sont dans des processus de décentralisation et non de recentralisation car ils savent que l’État doit se concentrer sur ses missions essentielles et mieux respecter la subsidiarité. Par exemple, examinons ce qui se passe au Royaume-Uni aujourd’hui avec le référendum pour l’indépendance de l’Ecosse du 18 septembre 2014. Quel que soit le résultat du vote, un accroissement de l’autonomie de l’Ecosse est prévu.
Face à la complexité du Monde d’aujourd’hui, bien souvent le niveau de l’État n’est pas le meilleur pour satisfaire le bien commun de territoires qui ont besoin de marges de manœuvres pour s’adapter et répondre aux défis du XXIe siècle. Il n’y a donc pas à attendre de décisions de recentralisation des résultats positifs ni en termes de démocratie, ni en termes économiques. D’ailleurs, l’État français s’occupe de micro-questions qui devraient être (et sont souvent) résolues à un échelon inférieur dans un pays décentralisé, comme le financement d’opérations de revitalisation de centres-bourgs de petites villes, mais délaisse l’essentiel de son rôle, comme réaliser l’égalité des territoires en matière numérique.
 
Certains évoquent le fait que l’on n’ait pas pris en compte l’histoire des régions dans le redécoupage, est-ce un argument important pour vous ?
Il n’est pas possible de gagner en efficacité en ignorant les identités régionales.
La délimitation actuelle des régions est très largement le produit de l’histoire (exception faîte de la séparation entre la Haute et la Basse-Normandie). La meilleure preuve est que la grande majorité des 21 régions actuelles ont un nom simple (Alsace, Aquitaine, Auvergne, Bretagne, Bourgogne...) ou double (Poitou-Charentes) à forte profondeur historique. Seules quelques régions ont une dénomination plus récente avec une référence géographique claire, comme Rhône-Alpes ou Midi-Pyrénées [5], ou qui aurait pu être historique (Nord-Pas-de-Calais pourrait s’appeler Artois [6]-Flandres).
La seule véritable anomalie reste la dénomination de la région Centre [7].
 
Le nom d’une région a donc une valeur identitaire et en termes de positionnement.
La région Limousin l’a très bien compris en créant en 2011 une marque "Limousin" pour réunir des acteurs autour d’une stratégie commune de valorisation du territoire. Le risque est qu’une telle stratégie, qui demande forcément du temps pour porter tous ses fruits, se trouve affaiblie, voire enterrée, au sein d’une vaste région, d’abord programmée "PCCL"  (Poitou-Charentes Centre Limousin) dans la carte du 3 juin du Président de la République et désormais "APCL" (Aquitaine Poitou-Charentes Limousin) selon le texte voté en première lecture en juillet à l’Assemblée nationale. Effectivement, il est tout à fait essentiel d’avoir des noms valorisables et connus pour contribuer à l’attractivité d’un territoire.
La notoriété est un élément important de compétitivité. Rappelons par exemple que ce qui a sauvé le plus vaste quartier européen d’affaires – La Défense – lors de ses graves difficultés a été la décision de permettre aux entreprises qui s’y implantaient de mettre Paris, appellation mondialement connue, sur leur adresse au lieu de Courbevoie ou Puteaux.
 
Pour vous, quelles sont les régions qui sont potentiellement les plus à même de réussir leur fusion et pourquoi ?
Aujourd’hui, aucune des fusions prévues ne peut se faire aisément. Toutes les fusions envisagées engendreront des coûts et des risques de centralisation régionale qui ne correspondent pas à la nécessité du développement local et de la bonne gouvernance territoriale [8]. Même dans le rapprochement entre la Haute et la Basse-Normandie, une démarche de fusion autoritaire des deux régions sur un principe jacobin risque de ne guère avoir d’effets positifs.
L’État devrait plutôt faciliter les initiatives territoriales déjà existantes en Normandie. Par exemple, une Normandie réunifiée a besoin de réaliser une métropole Caen-Rouen-Le Havre et non d’avoir une capitale centralisée, voire centralisatrice [9]. Or, l’Etat, via la loi du 27 janvier 2014 de "modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles", dite "loi MAPAM", n’œuvre pas en faveur d’une telle synergie en privilégiant Rouen sur le critère de "l’aire urbaine", concept au demeurant fort discutable, au détriment des deux autres grandes villes.
Ce qui vaut pour telle région du territoire français n’a pas de sens dans une autre, ce qui suppose des lois beaucoup plus souples.
 
La réforme territoriale va-t-elle renforcer le poids des régions françaises dans le concert européen des régions ?
Pas du tout !
Le temps que les élus, leurs collaborateurs et leurs administrations consacrent déjà au projet de nouvelle délimitation des régions, puis à la probable mise en œuvre des fusions, relève plutôt du mouvement brownien. C’est du temps perdu car, je le crains, sans avantages à terme compte tenu des multiples effets externes négatifs. Surtout, ce temps, qui se comptera en années, n’est pas et ne sera pas consacré à l’essentiel : améliorer la situation économique et sociale des régions françaises et leur positionnement en Europe grâce à une meilleure gouvernance régionale qui pourrait pourtant être facilitée par une avancée réelle dans la décentralisation-régionalisation, aujourd’hui absolument pas envisagée.
 
Prenons un exemple. Si la loi s’applique telle qu’elle a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale, les acteurs de l’Alsace (élus, administrateurs, responsables associatifs et économiques confondus) vont consacrer un temps considérable à mettre en œuvre l’intégration de leur région dans la future région "CALA" (Champagne-Ardenne, Lorraine Alsace). Or, ce temps pourrait être plus utilement consacré à travailler sur le positionnement géographique de l’Alsace en Europe à proximité du Bade-Wurtemberg, du pays de Bâle et de la Bavière et examiner comment mieux bénéficier de ces proximités. Organiser la fusion, choisir la capitale régionale, prendre des dispositions pour que cette capitale dont le choix suscitera des mécontentements soit acceptée en créant des antennes dans les différents territoires de la région "CALA", constituent indiscutablement une perte de temps et de moyens consacrés à la recherche d’une meilleure attractivité et compétitivité de l’Alsace en Europe.
 
On a aussi évoqué d’ici à 2020 la suppression des départements, est-ce souhaitable selon vous ?
Je suis extrêmement étonné de la façon dont on traite aujourd’hui les élus départementaux et, plus encore, le personnel des départements qui ont de quoi être non seulement démotivés, mais écœurés.
Et j’ai constaté lors de mes nombreux déplacements qu’ils le sont.
Les missions qui ont été confiées aux conseils généraux lors des décisions de décentralisation ont été généralement bien assumées, qu’il s’agisse de l’action sociale ou de l’action éducative (via les collèges). Les conseils généraux les ont sans doute assumé mieux que ce que faisait l’État et à moindre coût, sachant que les citoyens peuvent avoir des interlocuteurs, les conseillers généraux, et pas seulement une administration d’État inévitablement assez opaque. En outre, nombre de départements ont pris des mesures utiles à la culture, au développement économique et surtout à la solidarité villes-campagne, car ils sont le seul échelon géographique qui assume réellement cette mission essentielle dans un pays aussi vaste que la France, même s’il va de soi que les différences de gouvernance ont engendré des résultats différenciés comme cela a été le cas avec la décentralisation pour les communes.
 
Concernant les initiatives à portée économique, prenons un exemple connu, celui du Futuroscope, projet qui n’aurait sans doute jamais vu le jour sans l’existence du département de la Vienne et pourtant très fortement décrié lors de son élaboration. Or le Futuroscope – et le développement économique qu’il a engendré – n’est pas seulement un atout pour le département et sa région, car il a suscité aussi nombre d’initiatives dans d’autres territoires et il a donc servi à toute la France. La gouvernance territoriale mise en place et qui a permis l’émergence et la réussite de ce projet a exercé une pédagogie précieuse sur de nombreux acteurs territoriaux.
 
Si les conseils généraux ont mal travaillé dans les missions que l’État leur avait confiées, il faut alors le prouver pour, en conséquence, justifier leur suppression par une évaluation précise. Cela ne veut pas dire non plus que les départements ne doivent pas évoluer. Rien n’empêche les départements (comme les régions) de monter des projets communs et de mutualiser des actions pour bénéficier d’effets de synergies positifs au service de la population, comme l’ont décidé par exemple les départements du Loiret, de l’Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher.
Il peut également y avoir localement des logiques géographiques qui justifient la fusion de départements. Mais là encore, toute coopération ou fusion, pour réussir, doit se fonder sur des initiatives locales, répondre à des exigences de concertation, être voulues par les citoyens et non résulter de dictats jacobins.
La pérennité des départements de 1790 jusqu’à aujourd’hui, et l’attachement des populations qui a été constaté lors de l’application des normes européennes aux plaques minéralogiques, s’explique notamment par le fait qu’à l’époque, l’Assemblée Nationale n’a imposé ni un nombre fixe de départements, ni la délimitation des départements. Ce sont les habitants eux-mêmes, selon les "convenances locales", qui ont décidé des périmètres départementaux [10]. Il en résulte d’ailleurs que la plupart des délimitations départementales se sont fondées sur de découpages plus anciens (exemple : l’Aveyron correspond pratiquement à la délimitation du Rouergue, ou la Nièvre à celle du
Nivernais...).
Cela renvoie donc à la question soulevée plus haut de l’importance de l’histoire.
Dans un monde complexe et rapidement évolutif, la logique jacobine est trop monolithique pour favoriser le bien commun sur les territoires. Pour le comprendre, il suffit de se demander dans quel état serait nos villes s’il n’y avait pas eu la décentralisation de 1982 ?
Le rôle de l’État est de faciliter les conditions permettant une meilleure gouvernance locale, ce qui suppose qu’au lieu de souvent décourager ou étouffer les initiatives locales par ses lourdeurs, il donne de l’oxygène aux territoires. Cela suppose par exemple de simplifier les 400 000 réglementations qui les régissent, de réduire le temps de réponse des administrations d’État, de retirer aux préfets certaines missions qui font doublons compte tenu de la décentralisation, voire de supprimer des préfectures.
Paru dans Economie régionale et urbaine, 11 septembre 2014
 
[1] Tribune de François Hollande publiée dans la presse quotidienne régionale le 3 juin 2014.
[2] Entretien de Bernard Cazeneuve à Acteurs publics du 26 juin 2014.
[3] Publié le 17 juin 2014, p. 34.
[4] Cf. Dumont, Gérard-François, "Régions françaises : petit dictionnaire des idées reçues",
Population & Avenir, n° 718, mai-juin 2014.
[5] Cette région a tenté en vain dans les années 1990 de changer son nom en Occitanie centrale.
[6] Nom d’ailleurs donné à l’université créée en 1992.
[7] Qui a souhaité en vain le changer en Centre-Val de Loire, dénomination choisie par la communauté d’universités et d’établissements réunissant les universités d’Orléans et de Tours.
[8] Dumont, Gérard-François, Diagnostic et gouvernance des territoires, Paris, Armand Colin, 2012.
[9] La Normandie en débat, Bayeux, Orep Éditions, 2012.
[10] Cf. Dumont, Gérard-François, "Départements français : petit dictionnaire des idées reçues", Population & Avenir, n° 719, septembre-octobre 2014.
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A la veille de la publication des Déshérités, c’est une grande joie de pouvoir vous présenter ici cet ouvrage.

Au nom de quoi éduquer ?
La responsabilité de l’adulte envers l’enfant a-t-elle une légitimité, un sens, une valeur ? Peut-elle avoir une fécondité ?
La réponse à ces questions ne va plus de soi ; nous l’avons tellement perdue de vue que nous avons tout simplement cessé de transmettre. La crise de l’éducation, la faillite de l’enseignement, la fragilisation profonde de la famille, sont autant de symptômes d’un même vide : nous ne savons plus quoi transmettre, et pourquoi.
 
C’est pour tenter de comprendre les causes initiales de cette crise, et pour apporter une réponse aux défis qu’elle nous lance, que je me suis lancé depuis plusieurs années dans un travail de recherche, qui aboutit aujourd’hui à la parution de cet ouvrage. Il se présente comme une enquête, sur les traces d’un séisme dont les conséquences sont multiples – de la déconstruction du genre à l’utopie numérique… Cinquante ans après Les Héritiers de Bourdieu, je voudrais simplement tenter de montrer combien est nécessaire l’héritage culturel, intellectuel, spirituel que nous avons tant déserté, et combien la jeune génération, si souvent abandonnée à elle-même, a besoin d’adultes qui acceptent de lui offrir ce qu’ils ont eux-mêmes reçu de meilleur.
 
Parce que rien n’est plus urgent que de rompre avec l’ingratitude de notre temps, je voudrais que cet ouvrage soit un humble acte de reconnaissance envers tous ceux qui, parents, enseignants, éducateurs, assument la belle et difficile mission de faire grandir les enfants qui leur sont confiés.
A la veille d’une rentrée scolaire particulière, alors que l’éducation se trouve une fois de plus abandonnée aux contingences d’une crise politicienne et à la désinvolture de nos gouvernants, alors que nos écoles sont sans cesse instrumentalisées au service de l’idéologie du moment, je serai vraiment heureux si ce modeste travail permet de remettre en lumière l’effort quotidien et silencieux de tous ceux qui préparent l’avenir en offrant à la génération qui vient l’héritage qui accomplit en chaque homme sa propre humanité.

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On se demande à quoi pouvaient penser les 535 députés européens qui, le 16 septembre, ont ratifié l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union Européenne. Il y eut quand même 127 votes contre et 35 abstentions. Car enfin quel est le but de cet accord, sinon s’opposer à la Russie pour complaire à Obama.
 
Le Président du parlement européen, papa Schultz, n’avait même pas prévu de débat avant de ratifier ce texte qu’il qualifie lui-même d’ "historique". Il avait par contre organisé un duplex avec le parlement Ukrainien qui, lui, ratifia l’accord à l’unanimité. Il est vrai que les russophones du Donbass n’y sont pas représentés ce qui limite la validité du vote. On put entendre en direct, le président chocolatier Ukrainien proclamer : "Qui, après ceci, osera fermer la porte de l’Europe à l’Ukraine ?" et "Gloire à l’Ukraine, gloire à l’Europe".
Ils étaient donc bien prévenus nos députés, ils allaient accueillir, un pays ruiné – il lui manque 40 milliards de dollars -, corrompu, en pleine guerre civile, dans une Europe en crise. Une absence remarquée celle de Lady Ashton, le chef de la diplomatie européenne qui ne devait pas être d’accord. Elle aurait dû le dire plutôt que de déguerpir à New York.
Il y a quand même eu un député pour partir en lâchant "bande de nazis" songeant vraisemblablement aux grandes messes de Nuremberg.
Il est vrai qu’on ne voit pas beaucoup de démocratie dans ce simulacre et il est probable qu’un referendum n’aurait pas du tout donné le même résultat.
 
L’affaire ne va pas sans rappeler l’annexion de Mayotte, par la France : il y eut un referendum dans l’île qui recueillit un accord enthousiaste des Mahorais sentant venir la bonne soupe, suivi d’un vote unanime des deux assemblées pourtant averties de l’état catastrophique de cette île non francophone et entièrement musulmane.
Maintenant Mayotte ne produit plus rien sauf des nuées de fonctionnaires surpayés et une affluence irréductible de clandestins.
Le coût de Mayotte est estimé à un milliard d’euros par an.
Que va nous couter l’Ukraine ?
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La guerre réussit plutôt bien à François Hollande. Encore faudrait-il ne pas se tromper de cibles. "Il n’y a pas de temps à perdre face à la menace des djihadistes de Daesh", a-t-il expliqué ce lundi en ouvrant, à Paris, la conférence internationale sur "la paix et la sécurité en Irak". Daesh : le mot aseptisé pour désigner l’Etat islamique (EI), revendiqué pourtant comme tel par le nouveau calife, qui s’inscrit dans la tradition des successeurs de Mahomet. "Il se compare au premier calife jusque dans sa manière de s’habiller", a même fait remarquer le président irakien, Fouad Massoum, ce matin sur Europe 1. Ce califat n’est pas, en effet, une créature de l’Occident comme le répètent les sempiternels culpabilisateurs du monde libre. L’EI, alias Daesh, veut imposer un retour à l’Islam des origines, c’est-à-dire notamment à une idéologie de conquêtes territoriales et de conversions par le sabre. N’oublions pas qu’un siècle seulement après la mort du prophète, ses fidèles étaient à Poitiers. C’est au nom du djihad que les Chrétiens, les Yazidis et d’autres minorités sont persécutés. C’est en son nom qu’un troisième occidental, le travailleur humanitaire britannique David Haines, vient d’être décapité au couteau et complaisamment filmé. Ceux que Hollande veut affronter, emboitant le pas de Barack Obama ne sont donc pas seulement des "terroristes", comme le dit le discours officiel. Ce sont des islamistes, rejoints d’ailleurs par près d’un millier de jeunes Français, dont beaucoup de convertis à l’islam radical. La guerre qui se profile est bel et bien une guerre de civilisation, dans laquelle les pays musulmans "alliés" (Emirats, Qatar, Turquie, etc) vont être amenés à donner des preuves de leur réelle volonté de combattre cet islam barbare.
 
Mais cette guerre à aussi ses foyers en France. "Nous ne sommes plus à nous demander s’il y aura un attentat, mais quand", explique Loïc Garnier, directeur de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Le Parisien). Or les réticences qui s’observent chez Hollande pour désigner l’ennemi extérieur sont plus considérables encore s’agissant de décrire l’ennemi intérieur. "La propagande des terroristes n’a rien à voir avec le message de l’islam", s’empresse d'assurer Bernard Cazeneuve. Le souci du ministre de l’Intérieur d’éviter l’amalgame avec les musulmans est louable. Mais il est inopérant. Car cette indifférenciation est déjà majoritairement faite par l’opinion, confrontée ici aux revendications religieuses et identitaires, là aux scènes de guérillas urbaines ou à la montée des intolérances. La mise en avant de l’islamophobie, ce sentiment d’agression qui permet à l’islam radical de justifier la riposte, masque la montée vertigineuse de la judéophobie. Les actes antisémites ont progressé en France de 91% de janvier à fin juillet 2014. Comme le souligne (Le Figaro, samedi) le président de la Licra, Alain Jakubowicz, ces actes "sont dans une immense majorité des cas commis (…) par des jeunes issus de la communauté arabo-musulmane". La christianophobie qui s’observe en terres d’islam n’émeut pas davantage. Dimanche, Place de la République, à Paris, à peine deux cents personnes ont dénoncé le génocide des minorités en Irak. L’Appel de Paris, ce texte de solidarité publié par la Mosquée de Paris, est une heureuse démonstration d’apaisement. Mais les musulmans de France ne pourront faire l’économie de se désolidariser du conflit civil qui probablement s’annonce, attisé par une minorité belliqueuse qui se réclame de l’islam littéral. Sinon, le pire est à craindre.

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Nous sommes profondément européens, parce que le monde a changé et les vieilles nations isolées qui étaient le cœur de l’univers jusqu’au début du siècle sont appelées à peser de moins en moins lourd dans un mode dominé par de gigantesques empires. Aujourd’hui, nous nous sentons autant, sinon parfois davantage chez nous quand nous sommes accueillis en Italie, au Portugal, en Angleterre, Suisse, en Allemagne, etc… Qui ne ressent une délicieuse bouffée d’oxygène au moment du passage de la frontière et le plaisir d’être à la fois chez soi et ailleurs ?
L’Europe existe, elle ne s’oppose pas au patriotisme éclairé, ouvert ; elle est faite dans les esprits, dans les cœurs, l’Europe de Montaigne, de Pascal, de Shakespeare, de Nietzsche, de Mozart, Brahms, Chopin et Ravel. Elle renaît de l’histoire sachant que les nationalismes purs et durs n’ont été qu’une parenthèse. 
La vraie question aujourd’hui est celle de l’expression politique de l’Europe.
La belle idée européenne, qui est la source de notre avenir, de notre espérance, est bafouée de deux manières. Les institutions européennes, qui ont bien fonctionné et permis des progrès spectaculaires jusqu’au début des années 1990 ont totalement dérapé depuis, engendrant un monstre bureaucratique esclave de ses procédures et de ses normes. L’Europe au sens institutionnel, l’Union européenne, se meurt de son rejet de la démocratie et de l’impression de son mépris du peuple européen. Le mode d’élection du Parlement européen, la proportionnelle, est une offense à la démocratie. Il donne un véritable pouvoir de cooptation aux partis politique et interdit aux citoyens de choisir, au cas par cas, leur représentant.
Moi je suis pour une assemblée européenne démocratique, élue par circonscription dans toute l’Europe. Je suis aussi pour une nationalité européenne (incluant le droit de vote des Européens à toutes les élections nationales et un droit d’accès à la nationalité qui soit harmonisé).
Et puis, il y a une autre cause de cet échec : l’image de "l’Europe corbeille", corbeille à politicien recyclé que donne la classe politique. On a vu lors de l’élection du Parlement européen les partis politiques désigner les députés battus en France comme têtes de listes. Personne n’a rien dit, mais c’est un pur scandale, produit de l’esprit de caste, une marque de profond mépris de l’Europe, de l’idée européenne. Il est tout aussi anormal que M. Moscovici, ministre de l’Economie ayant échoué en France soit promu commissaire européen. Je n’ai rien contre lui évidemment. Mais je trouve que l’image de son recyclage européen est détestable pour l’Europe, je veux dire pour l’Europe que j’aime et qui porte mon espérance.

http://maximetandonnet.wordpress.com/
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François Hollande serait presque pathétique quand il avoue s'être trompé sur la conjoncture : la reprise qu'il attendait n'est pas venue, le malheureux. Bien au contraire, les prévisions de croissance pour la France sont plus faibles que jamais et le chômage  s'envole.
On pourrait penser que l'espoir de reprise que le président, au mépris de toute évidence, a si souvent affiché depuis deux ans procédait de l'enfumage politique ou bien de la méthode Coué.
La vérité, pensons-nous, est que le président  y croyait vraiment. 
Sur quoi se fondait-il ? On le devine : la croyance un peu simple aux cycles économiques : comme tous ceux qui savent un peu d'histoire économique, Hollande pouvait croire que s'il y avait récession, il y aurait un jour redémarrage, ne serait-ce que pour renouveler le matériel d'exploitation de l'industrie : et cet effet a bien joué un peu, mais pas suffisamment.
De la même veine est la croyance simpliste que s'il y a reprise aux Etats-Unis, cette reprise viendra nécessairement chez nous, comme c'était le cas dans le passé : pour le coup, on n'a pas vu trace d'un tel entrainement. 
 
Pourquoi ?
Pour une raison simple : depuis la création de l'euro, la France a laissé se dégrader sa compétitivité par rapport à d'autres pays de la zone, principalement  l'Allemagne. Ce n'est pas nouveau : cette dégradation était chronique chez nous depuis 1945. Mais elle était neutralisée régulièrement par des ajustements monétaires que l'euro rend désormais impossibles.
Avec des coûts de production trop élevés, la France n'est pas en mesure de profiter d'un redressement éventuel de la conjoncture internationale.
Faut-il l'en blâmer ? Pas forcément : d'abord parce que cette inflation par les coûts correspond au tempérament national ; on ne change pas ce tempérament, à force de volonté, en dix ou même vingt ans. Ensuite parce que cette dégradation est plutôt moindre que celle de la plupart des pays méditerranéens (Italie, Espagne, Grèce) ou anglo-saxons (Etats-Unis et Royaume-Uni) qui, eux, il est vrai, ne sont pas dans l'euro. Sur le long terme, seule l'Allemagne a fait mieux que la France en matière d'inflation des coûts mais c'est elle qui est notre principal partenaire ! Qu'importe alors qu'il y ait reprise de la demande internationale si nos produits sont trop chers.
 
Ces faits simples et massifs, le président, qui fut pourtant maître de conférences d'économie à Sciences po, a, par son optimisme béat, semblé les ignorer. ll ne les ignore pas à proprement parler mais il pense, comme tous les dirigeants français de sa génération, qu'on peut les relativiser, qu'avec un petit effort ici ou là, on peut s'en tirer quand même.
Les élites françaises n'ignorent pas l'économie ; elles n'en ont qu'une connaissance molle, littéraire : assez pour faire une dissertation bien balancée au concours de l'ENA, pas assez pour clairement distinguer parmi les lois économiques, celles qui, en effet, ne sont pas absolues et celles qui sont incontournables : le facteur monétaire est de celles-ci. De même sans doute la loi de Philips, longtemps défendue par les keynésiens selon laquelle moins d'inflation égale moins de croissance et plus de chômage (toutes choses égales par ailleurs bien entendu, ce qu'oublient de dire ses détracteurs).
 
Inexorable aussi, cela est encore davantage ignoré par ceux qui nous gouvernent, est la sociologie nationale qui rendait la dérive relative de couts relatifs au sein de la zone euro aussi inévitable qu'elle est aujourd'hui irréversible : depuis la création de l'euro nous n'avons pas eu la force de tenir nos coûts au niveau de nos voisins, au moins du principal d'entre eux ; qui peut imaginer que nous aurions celle de rattraper quinze ans de dérive en faisant, au contraire, mieux qu'eux pendant autant d'années ? Trente ans de pénitence comme certains le promettent à  nos compatriotes ? Qui y croit ? Et à supposer qu'en la matière le volontarisme ait sa place, quelle illusion d'imaginer que dans le même temps, nos concurrents se laisseront gentiment rattraper sans réagir !  
 
Une fois qu'on a intégré ces contraintes, les options sont en nombre limité. La relance par la demande ? Mais ce serait plus de déficits publics et extérieurs et, avec  la mondialisation, aucune certitude que c'est l'économie française qui en profiterait. La réduction des charges des entreprises, soit la politique de l'offre, - c'est celle qu'on tente timidement - mais alors  par quoi compenser les ressources budgétaires perdues ? Plus de déficits ? Ce n'est vraiment pas le moment. La surtaxe des autres contribuables ?  C'est ce qu'on fait hélas, et  la demande s'en trouve étouffée. Reste à réduire vraiment les charges publiques, c'est ce qu'on fait très peu ; mais si on y arrivait vraiment, là aussi l'effet immédiat serait récessif.
Ne restent que deux voies : soit l'abandon de la zone euro, et une dévaluation, comme on en a toujours fait, mais François Hollande ne l'envisage pas. Soit, seul ersatz de la dévaluation, une introduction massive de la TVA sociale. Il y a 25 ans que nous aurions dû la mettre en place, mais le parti socialiste, pour des raisons idéologiques, fondées elles aussi sur de vieux souvenirs simplistes de la rue Saint-Guillaume (fiscalité directe de gauche, fiscalité indirecte de droite !) a rendu l'idée politiquement incorrecte. Donc Hollande n'a aucune solution. A moins de remettre en cause complètement ses fondamentaux économiques, de redevenir non point jeune maître de conférence mais étudiant, il est durablement dans la nasse et la France avec lui.

Blog de Roland Hureaux
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Il n'avait pas le choix. Son retour était inéluctable. Un retour à épisodes. Le retour dans le bureau du juge d'instruction. Dans les pages Justice des médias. Un retour encouragé, programmé par le pouvoir socialiste en dépit de ses dénégations hypocrites et vertueuses. Sarkozy avait le choix entre le retour chez le juge et le retour à la tête de l'UMP. On aura donc le juge et l'UMP, mais celui-ci servant de bouclier contre celui-là.
Il y a du Berlusconi dans Sarkozy. La menace des juges italiens poussa "Sua Emittenza" à se lancer en politique. A créer Forza Italia sur les ruines de la Démocratie chrétienne. A être à deux reprises président du Conseil.
Sarkozy pourrait être tenté d'imiter son ancien ami transalpin.
Fonder un nouveau parti après avoir achevé une UMP minée par les divisions et les scandales. Faire monter une nouvelle génération. Des jeunes et des femmes, de la diversité. Il trouvera sans peine un clone de Najat, une nouvelle Rachida ou Rama.
Tout changer pour que rien ne change.
C'est l'épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête de l'ancien Président. Se contenter de dire : je reviens. Je fus et je serai.
L'anti-hollandisme sera à Sarkozy ce que l'anti-sarkozisme fut à Hollande. Un marchepied d'une redoutable efficacité ; mais un piège mortel. Un écran de fumée quu fait croire à Sarkozy que son seul retour suffira à tout changer.
Mais c'est oublier que Sarkozy à l'Elysée n'a nullement réglé les contradictions fondamentales qui minent notre pays : entre la Vème République et l'Europe ; entre la liberté de mouvement des marchandises et des capitaux et notre modèle social ; entre la maîtrise de l'immigration, de la délinquance, et les rigueurs incapacitantes de l'Etat de droit.
Sarkozy cède au fantasme si français de l'homme providentiel. Mais les deux plus grands hommes providentiels de l'Histoire de France, de Gaulle et Bonaparte, avaient pris la précaution de renverser la table. De Gaulle établit de nouvelles règles du jeu institutionnel. Bonaparte forgea un code civil et une organisation administrative de l'Etat. Ils ne crurent pas, eux, que leur intelligence, leur énergie, leur autorité – pourtant infiniment supérieures à celles de Sarkozy – suffiraient à imposer leurs volontés.
En faisant de son retour le seul changement, en ne croyant qu'aux personnes, les conseillers de Sarkozy le poussent à suivre la doxa dominante, européiste et multiculturaliste. Le refus apparent des idéologies est une idéologie.
Faire de l'ancien Président le rempart anti-FN conduira à la chiraquisation de Sarkozy, à sa transformation en un candidat du centre. Pour la plus grande fureur de l'électorat populaire et la plus grande joie de Marine Le Pen.

Paru dans Le Figaro Magazine, 19 septembre 2014
Publié dans Du côté des élites
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45 % des Ecossais ont souhaité quitter la Grande Bretagne et le Royaume Uni.
Comment s'en étonner ?
L'Ecosse est une très vieille nation avec une identité forte et qui, de plus, a déjà connu l'indépendance.
Mais si l'on comprend ce désir d'indépendance des Ecossais, on ne peut, pour autant, souhaiter l'affaiblissement du Royaume Uni, comme on ne peut souhaiter l'affaiblissement de la Grande Espagne. Pour cela, une fois l'émancipation acquise, la constitution d'une forme de confédération qui aurait garanti l'indépendance de l'Ecosse sans trop atteindre la puissance britannique se serait imposée. En toute hypothèse, l'Ecosse s'achemine vers une très large autonomie puisque c'est la promesse de la lui accorder – signée par les trois grands partis britanniques - qui a empêché le "yes" d'être majoritaire.
 
La question écossaise, en tout cas, est porteuse d'enseignements. Elle montre bien combien est encore forte en Europe l'idée de Nation.
Après la chute du communisme, l'U.R.S.S.  a éclaté ; à côté de la Russie, quatorze Etats sont nés ; pour sa part, la Tchécoslovaquie a donné naissance à la République tchèque et à la Slovaquie. La Yougoslavie a engendré ou fait renaître cinq Etats à côté de la Serbie ; la Serbie que la volonté d'une partie de la communauté internationale a imprudemment amputé du Kosovo, le cœur de l'Histoire de ce pays.
En Ukraine, la minorité russophone se bat pour faire admettre sa différence.
 
Ce qui vient de se passer en Ecosse ne fait que montrer, une fois de plus, ce qu'à Bruxelles on ne veut pas voir, que les peuples tiennent à conserver leur identité et qu'il n'est pas possible de chercher à leur imposer un fédéralisme européen, teinté de mondialisme, qu'ils ne veulent pas.
Si les peuples d'Europe sont unis par leur culture gréco-latine et judéo-chrétienne, ils sont aussi fiers de leurs identités et jaloux de leurs nations ; ils sont bien loin de vouloir les perdre au profit de régions économiques qui ne leur parlent pas.    
 

 
Publié dans Avec l'Europe
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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