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Il trouvait l'eau du Rubicon un peu froide, mais Hollande et Valls lui ont construit un pont pour qu'il puisse le traverser à sec.
Le destin d'Arnaud Montebourg est tracé, en tout cas dans sa tête : candidat à la présidentielle de 2017. Sa rupture lui vaudra viatique. C'est un classique de la Vème République : Pompidou avec de Gaulle, Chirac avec Giscard, Chevènement avec Mitterrand et Jospin.
Sa ligne stratégique est déjà tracée : un patriotisme économique à la Villepin mâtinée de Vive la sociale des "frondeurs" du PS. Le social-colbertisme contre le social-libéralisme ; la République virile conte la Démocratie molle ; la France contre l'Allemagne. La souveraineté nationale contre le mondialisme de Bruxelles.
 
Mais ses contradictions et faiblesses vont vite apparaître : Montebourg n'a peur ni des nationalisations, ni du protectionnisme, mais pourchasse les professions réglementées, en bon libéral qui s'ignore. S'il conserve l'euro, ses diatribes contre les déficits et la régression sociale deviennent inopérantes ; s'il revient au franc, il entérine une baisse du pouvoir d'achat. La relance de la consommation que ses amis socialistes envisagent pour relancer la croissance, fera la joie de l'industrie allemande… comme en 1981. Il réclame l'instauration d'une VIème République plus démocratique et parlementariste ; mais pourquoi devenir Président pour ramener la fonction à son ancienne vacuité ? Et pourquoi défendre notre souveraineté nationale contre les diktats de Bruxelles et Berlin et détruire notre Elysée gaullien, une de nos rares armes de résistance ?
 
Ces contradictions ramènent Montebourg aux errements traditionnels de sa ligne politique. Il est un sous-Mélenchon, lui-même un sous-Chevènement. Les trois hommes ont en commun de n'avoir jamais digéré le grand virage libéral de 1983 ; de vouloir refonder la gauche sur des bases républicaines et sociales ; de croire ingénument qu'ils ont brisé un grand tabou en exaltant les mots France, patrie, nation, et cela leur vaudra la reconnaissance générale ; mais ils n'osent pas transgresser le tabou suprême qu'est l'immigration. Cette inhibition ultime les prive d'un électorat populaire qui ne les écoute même pas tant qu'ils n'ont pas prononcé ce sésame-là. Ces rebelles de pacotille se retrouvent alors désarmés, combattant l'idéologie des élites sans le soutien du peuple. Chevènement l'avait compris, mais n'a jamais voulu en parler autrement que sous son képi de ministre de l'Intérieur ; Mélenchon en a pleuré au soir des européennes de 2014 en reconnaissant que "le clivage n'est plus désormais social mais ethnique". Montebourg ne se montrera pas plus iconoclaste que ses glorieux prédécesseurs ; et connaîtra le même sort de perdant magnifique.
Paru dans Le Figaro Magazine, 29 août 2014
Publié dans Du côté des élites
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La vérité est là, penaude : le Parti socialiste se montre incapable de gouverner. Sur aucun des défis qui assaillent la France – le totalitarisme islamique à ses portes, la fracture identitaire sur son sol, le désastre économique et social, etc. – la gauche bavarde et rêveuse, n'a de réponses cohérentes.  Elle hésite à désigner l'adversaire, à choisir son camp, à mesurer les réalités.
A vouloir marier les contraires, le hollandisme s'avère un mirage.
François Hollande, trempé-guené dimanche à l'Ile de Sein mène l'Etat à son naufrage pour n'avoir jamais jugé utile de construire une doctrine. En se reposant initialement sur ses boucs émissaires (N. Sarkozy, la finance, l'Allemagne, etc.), le chef de l'Etat a autorisé pour son camp de semblables désinvoltures, dont Arnaud Montebourg est l'aboutissement théâtral.
Mais c'est le peuple, effaré par ces incompétences, qui trinque.

La comédie française jouée par cet ambitieux, déjà moqué chez Molière, ridiculise la nation aux yeux du monde. Les grasses impertinences que Montebourg a lâchées, dimanche à Frangy en Bresse (Saône et Loire), ont suffi à déstabiliser l'ensemble du gouvernement. Manuel Valls a bien fait de se séparer, lundi, de ce fantasque ministre de l'Economie qui, dans un pays asphyxié par la dette (2000 milliards d'euros), soutenait : "la réduction des déficits est une absurdité financière". Mais ce fût une sottise de l'avoir mis là, sachant ses divergences sur la relance.
Il est effarant de constater l'irresponsabilité qui accompagne bien des nominations délicates, décidées sur un coin de table. Avec la même légèreté, Benoît Hamon a choisi de quitter l'Education nationale à la veille de la rentrée des classes.
 
Faut-il leur rappeler cette banalité à tous ces "claque-dents de tribunes et orateurs de carrefours" (Chateaubriand) ? Oui, les temps sont tragiques. Ils n'autorisent pas l'égotisme, l'amateurisme, l'improvisation, la petitesse carriériste.
L'épuration des chrétiens d'Orient, l'antisémitisme des cités, l'irrésistible envolée du cjômage de masse – ces faits qui ont bousculé l'actualité estivale – obligent les politiques à quitter leurs chaussons et les idées clonées.
L'impératif vaut d'abord pour les partis desséchés. Le PS ne produit plus une idée originale depuis des lustres. L'UMP ne vaut guère mieux : il serait incapable de gouverner au débotté. Quant au FN, ses obsessions antilibérales et anti-atlantistes le rendent incongru en économie et en diplomatie, le choc des civilisations invitant à la solidarité avec le monde libre.
 
En tordant le bras aux doctrinaires, représentés par ces militants et députés abusés par Hollande "ennemi de la finance", Valls a enterré le socialisme du XIXè et a accéléré l'explosion du PS. De l'inopérante synthèse entre la carte et le lapin subsistent la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l'Education et la confirmation de Christiane Taubira à la Justice : deux idéologues n'ayant pas renoncé à dresser les jeunes esprits pour l'une, à relativiser les sanctions pour l'autre.
Reste ce constat du tournant libéral que le premier ministre, acclamé mercredi au Medef, impose à son camp avec la nomination à l'Economie d'un ex-banquier de chez Rothschild, Emmanuel Macron. Son social-libéralisme est pareil au libéralisme social de l'UMP. Le virage à droite oblige l'opposition à en faire autant si elle veut exister. Mais le glissement des plaques tectoniques, qui fissure les bâtisses, pourrait aller plus loin.
 
En fait, l'épisode Montebourg confirme, à travers la crise des partis qu'il dévoile, la vacuité du clivage droite-gauche. En économie, le couple Valls-Macron pense peu ou prou comme Juppé-Bayrou, duo lui-même guère éloigné du libéralisme de Fillon ou de Sarkozy. Ce que le FN avait diagnostiqué comme "l'UMPS", moquant leurs fausses divergences, devient un fait. Cependant, quand Florian Philippot (FN) présente le nouveau ministre de l'Economie comme un "ultralibéral vorace et féroce", il se rapproche des socialistes momifiés, des mélenchonistes lyriques et de l'ultragauche pavlovienne. Pour leur part, les souverainistes de tous poils parlent d'une même voix lorsqu'ils fustigent le libre marché ou louent le "patriotisme économique". A ceci près que ce dernier credo est également repris par Macron et par les libéraux sensibles au "made in France". Bref, ce méli-mélo appelle une refondation de la politique.
 
Faute d'homme providentiel, l'Union nationale est dans l'air du temps. Cette formule, qui associerait les expertises sur quelques points précis, aurait l'avantage théorique d'additionner des compétences et des solidarités, à un moment où la France est vulnérable. Valls n'a pas tort quand il remarque sur France 2, que "les étiquettes sont surannées" et souhaite que "les formations politiques se rassemblent". Beaucoup de responsables semblent sur la même longueur d'onde, dans un apparent exercice d'humilité que ne semble pas vouloir partager le FN, conforté par les sondages qui le portent. Sa posture présomptueuse arrange l'opposition, klqui n'ose aborder le problème de son élargissement à droite. Pourtant, un vrai clivage existe, qui pourrait favoriser une telle Union dépassant également les autres partis : il oppose les défenseurs de l'unité nationale et ses piliers (laïcité, assimilation) aux promoteurs du multiculturalisme et de ses "accommodements", réclamés par l'islam politique. Pour ce dernier, la division est son allié.

Paru dans Le Figaro, 29 août 2014
Publié dans En France
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Une jeune thaïlandaise, Pattaramon Chanbua, qui vit au sud de Bangkok, a accepté pour la somme de 11 000 dollars de porter l’enfant d’un couple australien. Cette pratique n’étant pas autorisée en Australie, des centaines de couples chaque année font appel à des mères porteuses étrangères. Ce cas n’est donc pas exceptionnel. Ce qui l’est davantage, c’est l’irruption d’un événement dramatique dans cette transaction qui se veut anodine. Il s’est avéré que la jeune mère porteuse attendait des jumeaux, et que l’un d’entre eux était trisomique. A l’hôpital on lui a proposé un IVG pour ce dernier. Mais la jeune mère est bouddhiste, et récuse ce genre de pratique. Elle a donc donné naissance à une fille saine et à un garçon trisomique, affecté de surcroit d’un problème cardiaque important. Le couple australien est venu chercher la fille et a laissé le garçon, que la jeune mère porteuse a fêté comme un prince, assurant qu’elle aimait ce petit garçon malade qui est après tout le sien, et qu’elle ne l’abandonnerait jamais – elle a déjà deux enfants de 3 et 6 ans. 
Mais le plus étrange n’est pas là. Il faut des soins à ce bébé et des soins coûteux, que la jeune mère ne peut pas assumer.
Dès que l’histoire de Gammy (c’est son nom) a été connue, la mobilisation pour la collecte de fonds a été importante. Des associations australiennes et autres se mobilisent pour aider la jeune mère. Les Australiens, à commencer par le ministre australien de l’immigration, se disent bouleversés par cette histoire émouvante, et envoient des chèques et des témoignages de sympathie.
Il faut préciser que le couple australien en question était un couple infertile comme tant d’autres, des "parents d’intention" de bonne volonté, et aucunement un couple en mal d’exploit ni un couple dont la femme désirait éviter la grossesse par coquetterie… Il s’agit donc du cas à la fois simple et pathétique pour lequel la GPA est le plus souvent légitimée.

Or même dans ce cas précis apparaissent, à la lumière de l’événement, les failles de cette pratique. L’événement révèle qu’une maternité n’est en aucun cas une histoire anodine, un geste technique qui se déroulerait en dehors de soi, comme celui qui consiste à fabriquer un objet ou à rédiger un dossier. Lors d’un débat précédent, Pierre Bergé avait affirmé, pour défendre la GPA, qu’il n’y avait pas de différence entre louer ses bras pour travailler à l’usine ou louer son ventre pour faire un enfant. Cette comparaison provocatrice relève à la fois d’une dramatisation du travail en usine (issue de la situation véritablement dramatique des usines au XIX° siècle) et d’une dévalorisation voulue de la maternité, considérée comme bourgeoise (par des gens qui ignorent tout à fait ce qu’est la maternité et la regardent de l’extérieur, sans aucune expérience ni directe ni indirecte). Mais surtout, elle relève d’une dérision voulue face à tout ce qui est symbolique, c’est à dire éloigné tant soit peu du matérialisme basique. La maternité ne se résume pas à la fabrication d’un bébé dans un utérus inséminé par du sperme. Car un enfant n’est pas un produit, n’est pas un artifice, n’est pas un objet – mais une personne. La personne ne se fabrique pas, elle se procrée – autrement dit, il y a un mot spécifique, pour distinguer ce processus de celui engagé par le souffleur de verre ou le manufacturier…

Au fond, que traduit cette histoire ? La mère porteuse, une très jeune femme pourtant déjà dotée de deux enfants, matériellement très pauvre, annonce au monde entier que la maternité n’est pas une affaire de fabrication. Que ce sont deux choses bien différentes de fabriquer un boulon et de procréer un enfant. Et cette jeune femme s’avère beaucoup plus sincère, beaucoup plus convaincante que tous ceux qui nous servent de grands discours sur la GPA. Pourquoi ? Parce qu’elle est la seule dans cette histoire à assumer jusqu’au bout l’importance de son acte. Puisqu’en accord avec sa religion elle ne s’autorise pas l’IVG, elle garde l’enfant qui n’est pourtant pas son propre projet et déclare qu’elle va l’élever en dépit de difficultés qu’on peut à peine imaginer… Faisant cela elle affirme avec force, non par des déclarations ronflantes mais par un acte à la fois terriblement banal et terriblement difficile, qu’on ne joue pas avec la maternité. Qu’il s’agit là d’un geste exigeant, parce qu’à l’origine il y a une personne libre (la mère) à laquelle on n’a pas le droit d’imposer par exemple l’IVG, parce qu’elle ne se réduit pas à… un ventre ! et parce qu’au bout du compte il y a une personne humaine (l’enfant) qu’on n’a pas le droit de traiter comme un produit chimique.
Le plus intéressant, c’est que l’opinion publique mondiale, au lieu de traiter cette jeune femme de folle ou d’exaltée, vole à son secours, ce qui signifie : cette femme a raison de manifester par son acte qu’on ne joue pas avec la maternité.

Un événement dramatique est toujours révélateur de quelques vérités qu’on a voulu occulter. On voit bien à cette occasion à quel point un processus comme celui de la GPA traduit, même dans les meilleurs cas, des caprices autant que des désirs légitimes. Quand on décide de procréer un enfant, ce n’est pas sous condition qu’il soit beau et bien portant. Car il ne s’agit pas, précisément, d’un produit, mais d’une personne, et spécifiquement, d’un destin. Quand on décide de procréer un enfant c’est une aventure qu’on commence avec ses risques et ses grandeurs. Nous sommes là aux antipodes de la consommation, du choix d’un produit sur internet avec possibilité de changer d’avis en dernier recours (puisqu’on paye !).
Cette affaire met en jeu les contradictions qui déchirent les sociétés occidentales écartelées entre la loi post-moderne du désir individuel (j’ai droit à tout, donc j’ai droit aussi à un enfant) et la culture enracinée et profonde de la responsabilité personnelle. Il est émouvant de constater qu’ici la personne qui nous rappelle à nos responsabilités devant l’enfant et devant l’œuvre de la maternité, c’est une jeune femme du presque tiers monde, sans voix et sans pouvoir, qui ne parle pas au nom de sa culture mais au nom de la morale naturelle et universelle de l’humanité.

Paru dans Le Figaro du 7 août 2014
Publié dans A tout un chacun
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La pitié n'est pas un sentiment qui a cours en politique. Il signifie faiblesse, échec, compassion, condescendance, on n'est plus craint, on ne fait plus peur, on a perdu. J'avoue pourtant que je l'éprouve à l'égard du président de la République pour lequel je n'ai toujours pas honte d'avoir voté. Pour régler une fois pour toutes cette dispute incessante mais dérisoire, je précise.
Comme ceux qui ont fait élire Nicolas Sarkozy en 2007 n'étaient pas prêts à valider l'ensemble de ce qui a suivi, notamment la dévastation de l'état de droit, le fait d'avoir donné ma voix à François Hollande en 2012 ne me rendait pas naïf au point de présumer que tout ce qui émanerait de son pouvoir serait remarquable. J'admets qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de marge !
Bizarrement, cette commisération m'est venue d'abord en regardant une photographie de François Hollande en vacances à La Garde-Freinet, en train de lire, torse nu, dans une chaise longue (Voici). Rien de choquant ni d'anormal, sinon qu'il était difficile de banaliser plus médiocrement l'image du président de la République et que j'ai ressenti un malaise à le voir ainsi fixé et figé.
Mais l'essentiel est ailleurs.

Le pessimisme et la contestation n'ont plus de limites.
Que le président et le Premier ministre aient prédit dès le mois de juillet que "la rentrée serait difficile" et qu'ils aient tenté, autour d'une table ronde à Brégançon, de montrer à la fois qu'ils travaillaient - personne de sensé n'en doute - et qu'ils avaient trouvé des solutions - personne de sensé n'y croit - ne rend sans doute pas moins douloureuse l'avalanche morose et aigre de ce mois d'août en cours.
Cécile Duflot : "François Hollande ? J’y ai cru, je me suis trompée" (nouvelobservateur.fr).
Pascal Canfin : "Quand Valls dit que les partisans d’une autre politique à gauche sont irresponsables, c’est le degré zéro de l’argumentaire" (Libération).
Pierre-Alain Muet, député PS : "Je ne comprends pas l’autisme du gouvernement ! C’est ne rien comprendre de la crise que traversent l’Europe et la France" (Le Figaro).
"La faillite c’est maintenant" en couverture de L’Express.
Franz-Olivier Giesbert, qui n’est pas dénué d’intuition politique, dans un entretien stimulant dans Voici, notamment au sujet de François Hollande : "Je me pose cette question, comment quelqu’un d’aussi intelligent a-t-il pu autant foirer le début de son quinquennat ?" Plus grave : "Les firmes françaises détiennent la palme mondiale de la rémunération des actionnaires au deuxième trimestre. Un trophée embarrassant en période de crise" (Libération).

Les frondeurs sont-ils des "irresponsables", comme les a qualifiés le Premier ministre, parce qu’ils n’ont pas été mécontents de la récente censure par le Conseil constitutionnel de l’article qui avait permis de les amadouer sur le plan parlementaire, qu’il voudraient réduire les baisses de prélèvements pour les entreprises de 41,5 milliards d’euros à 22,5 milliards et qu’ils sont plutôt favorables à une politique de la demande qu’à celle de l’offre ?
Je ne suis pas sûr que ce qui apparaît aujourd’hui à leurs yeux comme un marché de dupes soit de nature à les freiner, bien au contraire. Le pouvoir concède mais le patronat ne jouerait pas le jeu. Ce n’est pas pour rien que certains envisageraient de s’autonomiser en choisissant un provocant "Vive la gauche".

Pour tous ceux que la chose publique passionne, les frondeurs, au sein du parti socialiste, avec de possibles alliances et complicités idéologiques et économiques entre eux et les communistes, le Front de gauche et une part des écologistes, constituent actuellement le principal danger pour le président de la République. Que celui-ci soit détesté par la droite est de bonne guerre et en quelque sorte de tradition partisane mais qu’il ne parvienne plus à inspirer son camp, et à imprimer dans la tête de la plupart des socialistes, est infiniment préoccupant pour lui.
Les frondeurs sont d’autant plus au cœur du débat que l’opposition, si elle est persuadée qu’elle aurait fait mieux, sait aussi dans le secret de ses délibérations que peu ou prou elle aurait engagé les mêmes mesures pour réduire les déficits, favoriser la croissance et faire baisser le chômage. Mais avec plus de force, de vigueur et de compétence. Pour le reste, entre le libéralisme assumé par François Fillon, le social libéralisme de certains autres, le centrisme humaniste revendiqué par Raffarin et Bussereau, où se situe véritablement la ligne économique de l’UMP ?

Aujourd’hui le chômage augmente, la croissance est nulle et les déficits explosent : aucune des promesses n’a été tenue, aucun engagement respecté. Cela ne suffira pas, pour calmer non seulement les socialistes, le peuple de gauche mais tous les Français, de répéter qu’il faut du temps – plus de deux ans après l’élection de François Hollande ! - et que l’Europe est coupable, la France victime alors que celle-ci n’a pas su accomplir ce que d’autres pays ont mené à bien, en tout cas sans commune mesure avec notre déconfiture.
Oui, il faut avoir pitié de François Hollande parce qu’il n’y arrive pas, que les citoyens de gauche et de droite le perçoivent et que cela ajoute à la crise de notre nation.
Dans ces conditions, ne pas changer de politique – il en est d’autres concevables en effet – relève, pour ce pouvoir, d’un stupéfiant masochisme.

http://www.philippebilger.com/blog/
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L'impôt ne rentre plus et le déficit public file vers les 4 % voire sans doute plus, peut-être... 4,4 % ! Comme le gouvernement ne se résout pas à tailler dans les dépenses publiques sérieusement, il ne lui reste plus qu'une solution : augmenter la TVA. Pourquoi la TVA ? Parce que c'est le seul impôt auquel personne ne peut se soustraire. Pour consommer, il faut la payer. Je vous entends d'ici : "si l'on augmente la TVA, la consommation va chuter". Oui, en théorie ! Mais dans les faits, probablement non, ou très marginalement.

Cela fait en effet des mois que l'inflation stagne. Elle n'est que de 0,5 % depuis le début de l'année, à tel point que Christine Lagarde, la patronne du FMI, affirme que ses économistes s'inquiètent d'un risque de déflation en Europe. Je passe sur le cours d'économie, mais retenez que la déflation est un sacré fléau. Il complique le remboursement de l'emprunt (l'emprunt public, comme votre crédit immobilier), anesthésie l'économie, et surtout, enferme tous les acteurs du système dans une spirale infernale. On parle d'ailleurs de spirale déflationniste. Autant dire qu'il faut tout entreprendre pour l'éviter.
 
Non, si la TVA augmente, l'impact sur la consommation sera marginal. D'abord, parce que la hausse des prix ne sera dans la plupart des cas que faiblement perceptible. Les produits alimentaires de base, aujourd'hui taxés à 5,5%, ne devraient théoriquement pas voir leur taux augmenter. C'est justement pour préserver les achats essentiels que le taux qui les frappe est faible. Seuls les produits et services taxés aujourd'hui à 20 % passeraient à 23 %. Ainsi, la petite veste en jean aujourd'hui proposée à  39,99 euros passerait à 41,19 euros. Indolore. Ou bien encore, le magasin décidera de maintenir son prix, psychologique, à 39,99 euros. Ou bien d'en absorber une partie, par exemple pour atteindre 40,99 euros.
Le choix d'un exemple de prix dans l'habillement n'est pas dû au hasard : c'est bien l'un des secteurs dont les ventes ont déjà bien chuté depuis la crise de 2008, et l'on peut raisonnablement penser qu'un point bas a été atteint. Même chose dans l'automobile : après des années de chute, le marché se stabilise. Les concessionnaires offrent des options à gogo, quand ils n'offrent pas tout simplement... la TVA, ce qui revient à consentir une remise de 20 %. En fait, une hausse de la TVA de quelques pourcents est tout à fait possible, car l'immense majorité des biens et des services soumis au nouveau taux augmentera ses prix, ou décidera de les maintenir, sans pour autant faire fuir les consommateurs après des mois de stagnation,
 
L'idée d'augmenter la TVA n'est pas nouvelle : nous en parlions encore le 11 juillet dernier, appelant le président de la République à l'augmenter de 5 %. Peut-être que 5 % est un peu violent, mais à terme, une TVA à 25 % aurait du sens, pourvu que les charges qui pèsent sur le travail et aussi sur l'épargne baissent proportionnellement. 
C'est très exactement ce que propose Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, qui avait aussi présidé une commission portant son nom sous le mandat de Nicolas Sarkozy, commission qui déjà à l'époque avait recommandé la hausse de la TVA. Hausse décidée et votée début 2012 pour être instaurée en 2013... et annulée par la gauche à son arrivée au pouvoir.  Autant dire que deux années, voire trois, ont été perdues bêtement, par pur dogmatisme et aveuglement.
Ce n'est pas la panacée, comme tout impôt, mais elle a de nombreux mérites tout de même, à commencer par son immense simplicité, et son exceptionnelle efficacité. 
 
La hausse de la TVA est une mesure quasi inéluctable. Elle peut être décidée maintenant, avec un impact limité sur la consommation, et de probables excellentes conséquences sur l'économie du pays, pour peu qu'elle soit accompagnée d'une baisse symétrique des charges pesant sur les salaires et sur l'épargne. 

Paru sur Economiematin.fr, 19 août 2014
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Un sondage IFOP-JDD révèle que 85% des Français ne font pas confiance à la politique économique du gouvernement.
Or, aucun redressement, aucune sortie de crise n’est envisageable sans la confiance.
C’est un constat historique, les grands rétablissements de l’histoire ont toujours reposé sur la confiance : Raymond Poincaré en 1922 et 1926, Antoine Pinay en 1952 et 1958 (avec Jacques Rueff), Raymond Barre en 1976. Les entreprises investissent et recrutent quand elles sont portées par une confiance générale dans l’avenir, un climat d’ensemble qui n’est pas seulement économique d’ailleurs, mais lié à la solidité des institutions, la stabilité et l’unité du corps social, la sécurité internationale, un environnement rassurant.
Cette confiance, il incombe aux dirigeants politiques non seulement de l’inspirer, mais aussi de l’incarner.
Or, les hommes qui représentent aujourd’hui le pouvoir souffrent d’un discrédit qui n’a sans doute pas de précédent historique. Ils se voient confrontés à une contradiction fondamentale : en attente d’une "croissance" que leur seule présence à la tête de l’Etat rend impossible. Pire, aucune alternative ne semble poindre à l’horizon, ni de visage nouveau, ni de programme crédible du côté de l’opposition empêtrée dans ses querelles névrotiques. Personnellement, je suis fasciné par la médiocrité de la "relève" qui me paraît tellement insipide, terne, transparente. Une notable exception, celle de Laurent Wauquiez avec lequel j’ai dîné le mois dernier : intègre, gentil, ouvert, lucide… Que demander de plus ? Il en faudrait une vingtaine comme lui pour ouvrir une brèche d’espérance.

http://maximetandonnet.wordpress.com/
Publié dans Devant l'histoire
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1. Vivons-nous le commencement de la fin de la toute-puissance américaine ?
Avec elle, l’idée de la mondialisation individualiste et libertaire reculerait-elle ? Les nationalités renaissent dans un monde à nouveau multipolaire. La puissance impériale se décompose dans une fuite en avant contre la faillite et la révolution sociale. Ses institutions démocratiques, autrefois moteur du rayonnement et du dynamisme américains, se dissolvent dans une oligarchie financière. Certes, son système de pouvoir semble encore irrésistible : collaboration des oligarchies locales, contrôle des institutions internationales remplaçant les souverainetés nationales, crédit illimité via la monnaie de réserve mondiale, contrôle des médias et d’internet, menace de la première force militaire… Et pourtant, tous les empires finissent par s’user, car bien plus que sur leurs propres forces, ils reposent sur le sentiment de leur légitimité, qu’ils inspirent ou non aux peuples qu’ils gouvernent.

2. Aurons-nous la paix ou la guerre ?
L’empire américain saura-t-il abdiquer sans violence, comme l’Union soviétique en son temps ? Sa politique reste agressive, démesurée. Sa ploutocratie est lancée dans une fuite en avant, pour éviter de devoir rendre des comptes.

3. Ce qui suivra la fin de l’empire sera-t-il forcément meilleur ?
La disparition des règles individualistes et ploutocratiques, et celle d’un pouvoir mondial dominant, créera un vide immense. Cela ne peut-il déboucher sur une anarchie internationale, des guerres nombreuses et une nouvelle lutte pour l’hégémonie ? Avons-nous les modèles économiques, culturels et politiques de remplacement ? Avons-nous un projet de concert des nations civilisées ?

4. Une révolution sociale égalitaire peut-elle avoir lieu aux États-Unis ?
Une collaboration est-elle possible avec les forces démocratiques de ce pays ? Car le peuple américain souffre des mêmes maux que le nôtre, en pire. Comment réformer sans le faire en même temps sur les deux rives de l’Atlantique ? Comment abolir l’oligarchie idéologique, restaurer une démocratie fonctionnelle, la nation et la souveraineté ? Comment rebâtir l’industrie et rendre un avenir économique à la jeunesse ? Comment rompre avec la culture libertaire et restituer aux peuples leur identité culturelle ?

5. Sommes-nous mûrs pour une révolution culturelle ?
La fin de l’empire marquera la fin de l’Union européenne actuelle, et la venue au pouvoir, en Europe, de forces politiques à la fois nationales, démocratiques et potentiellement autoritaires. Toutefois, sans révolution culturelle profonde, cette alternance ne ferait que troquer des mondialistes libertaires pour des nationalistes libertaires ; ou bien des financiers libertaires pour des néo-communistes libertaires. La démocratie libertaire vaudra-t-elle mieux que l’oligarchie libertaire ? La montée des nationalités, pour ne pas mener au chaos, doit voir ces nations tourner le dos à la culture libertaire.
La révolution sexuelle s’est dégradée en vieillissement de la société, en dictature de lobbies libertaires, en constitution d’une "biocratie". Michel Foucault appelait ainsi une tactique de défense d’un pouvoir de classe par la structuration des instincts dans la masse. La ploutocratie biocratique ne peut être vaincue que par un immense élan libérateur, de portée plus que politique. Nous ne rendrons justice à notre peuple, et liberté à nos nations, qu’en cessant de faire comme si Dieu n’existait pas, comme si l’Homme-Dieu n’existait pas, lui, matrice de l’humanisme européen, axe de notre Histoire, source d’amour et de liberté – le Christ.

6. Sommes-nous capables de faire surgir un pôle de puissance en Europe au service de l'équilibre mondial ? 
Les Etats-Unis tentent d'élever un rideau de fer entre l'Europe et la Russie, afin de diviser pour régner. Mais si l'Europe, sans défense, se contentait de faire corps avec une Eurasie russo-chinoise, ne serait-ce pas troquer une domination pour une autre ? Que deviendrait alors la France, qui doit aussi être ouverte sur les mers, l'Afrique et l'Océan ? Si l'OTAN, dans sa forme actuelle, doit disparaître, ne faut-il pas une force militaire solide en Europe, par l'alliance entre plusieurs nations d'Europe, avec comme intérêts communs la paix, le développement économique et l'indépendance stratégique ? Cette alliance, refusant les aventures à l'Est, ne devrait-elle pas maintenir, si possible, une relation militaire transatlantique, établie cette fois sur un pied de stricte égalité ?

7. Comment bâtir une vraie majorité de remplacement ?
Dans la période de recomposition politique qui s’annonce, comment mobiliser le soutien électoral durable et massif requis pour des réformes immenses ? Une telle majorité populaire ne doit-elle pas inclure les immigrés d’origine africaine, du Nord et du Sud ? Si ce n’est pas le cas, alors manqueront aussi à l’alliance les Français plus idéalistes, choqués de voir qu’on exclut certains. Faute d’une alliance suffisamment large, la montée des forces nationales n’est-elle pas qu’un vase d’expansion où se déverse le mécontentement ? Un simple stabilisateur du système ?

http://www.henrihude.fr/
Publié dans En France
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La question écologique et les réformes dites de société nous imposent de penser les limites à l’action humaine. Jamais cette interrogation n’a été aussi cruciale.
Un bel ouvrage de Gaultier Bès vient de sortir qui s’intitule "Nos limites – pour une écologie intégrale".
Les ressources désormais sans fin de la technique permettent à l’humanité de détruire la nature censée nous survivre, qui devrait demeurer le monde des générations futures. Mais elles permettent aussi d’engendrer des monstres, ce que sont à leur excès les dites réformes sociétales. Qu’est-ce qu’un monstre ? L’effort principal du moment contemporain consiste à nous faire croire que cela n’existe pas, que c’est une notion périmée datant des religions, qu’en réalité tout est possible et par conséquent tout est "normal" puisque rien ne l’est. Nous ne pourrions plus être "dénaturés" puisqu’il n’y a pas de "nature". Il n’y aurait pas de limite à nos désirs, puisque la technique nous permet tout et puisque les religions ne nous interdisent plus rien…

C’est le contraire.
Plus nous avons de moyens pour produire des humains au lieu de les procréer, pour brouiller les générations et les filiations, pour engendrer de l’aberrant et du bizarre, plus nous avons besoin de penser les limites.
Les deux totalitarismes proviennent, il vaut mieux ne pas l’oublier, de la terrible certitude que "tout est possible". Notre sagesse doit venir au secours des abus de notre pouvoir. Faute de quoi c’est l’horreur qui nous attend. Chose que nous sommes capables de comprendre pour l’écologie tout court, mais pas encore pour l’écologie humaine.
Ne croyons pas une seconde que ce sont les religions et seulement elles qui sauvegardent les limites. Ce que Dostoïevsky exprimait par son célèbre "Si Dieu n’existe pas, tout est permis". Quelle que soit l’admiration qu’on peut avoir pour l’auteur de Crime et châtiment, il n’y a rien de plus faux que cette affirmation.
Les limites humaines sont d’abord sauvegardées par le sens commun qui fait la coutume, et les religions s’installent dans ces habitacles coutumiers qu’elles parent et institutionnalisent. N’importe quel peuple ancien nous le montrerait. Les Grecs anciens à partir des lois coutumières pensaient la loi naturelle, à tel point que l’une et l’autre se distinguent peu dans l’histoire d’Antigone. Sénèque écrit dans son Phèdre : "Même chez les sauvages cela ne se fait pas, cela ne s’est jamais vu – Regarde – Les Huns vagabondent sans feu ni lieu – Les Turcs égorgent les voyageurs – Les Russes errent sans foi ni loi – Mais tous interdisent l’inceste".

La liberté ouvre toutes les portes. Les Grecs, qui ont inventé la liberté, inventèrent aussi le nihilisme. Diogène le cynique, récusant les interdits sociaux, récuse aussi les limites les plus profondes en prônant l’inceste- et c’est ainsi qu’il est dit le chien (le cynique), retourné à l’état naturel, en réalité hors-humain.
Pour les Grecs, les limites ne proviennent pas des interdits divins, ou plutôt ceux-ci ne font qu’assumer la nature. Si l’on sort de l’équilibre où peuvent vivre les humains, alors le monde peut trembler. Il suffit de relire l’histoire de Médée, la criminelle récidiviste, la monstrueuse dont Sénèque dit qu’elle profane l’ordre du monde. Les actes de Médée, qui ne recule devant rien – un sadisme à l’ancienne -, sont reliés par le dramaturge aux désordres perpétrés par les hommes dans la nature. Au moment où les Atrides se livrent à toutes sortes d’infamies, en même temps ils rompent et transgressent les barrières de l’espace, dévorent les limites géographiques et terrestres soumises à leur caprice. Se rejoignent le chaos sur la terre et le chaos dans la société des hommes.
La raison de tout cela ?
L’orgueil humain et sa démesure. La folle volonté de tout maîtriser, bientôt commuée en folie destructrice, car la réalité est là : nous ne pouvons pas tout maîtriser. Et comme le dit Fabrice Hadjadj dans une belle analyse qu’il fait de Sénèque le tragique "si tu ne parviens plus à faire face à la tempête, deviens toi-même tempête". L’orgueil de la démesure engendre le crime.
Nos lois "sociétales" sont en train de glisser sur cette pente fatale.
Nos contemporains, et surtout les Français, s’imaginent qu’en tournant le dos aux religions ils se sont rendus maîtres du destin, et capables de dépasser la finitude humaine. Raisonnement typique des modernes : ce sont des dieux inventés par les puissants qui nous ont fait croire, pour nous rabaisser, que tout ne nous était pas possible… Soyons laïcs, et tout redeviendra possible… Nous pourrons louer des ventres de femmes, produire des enfants aux filiations défoncées, faire croire à l’opinion émerveillée qu’un couple d’hommes attend un enfant, et j’en passe.

Ce ne sont ni les Pouvoirs ni les religions qui décrètent nos limites. C’est la conscience inquiète de chaque époque. Si par orgueil nous cessons de nous poser la question des limites, nous quittons notre humanité.

Paru dans Le Figaro, août 2014
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Le Conseil constitutionnel ayant censuré la diminution des cotisations salariales pour les salariés qui gagnent moins de 1,3 SMIC, la CFDT veut trouver un autre moyen, par exemple fiscal, de "donner du pouvoir d'achat aux salariés". Mais le seul véritable moyen consiste à investir dans la déréglementation pour augmenter la production et l'emploi.
Après avoir cherché à diminuer artificiellement le coût du travail pour les entreprises, en réduisant les cotisations salariales puis en octroyant le CICE, grâce au déficit des finances publiques, les pouvoirs publics ont voulu augmenter tout aussi artificiellement le pouvoir d'achat des salariés les plus modestes en jouant sur les cotisations salariales. Mais les artifices ne donnent jamais les résultats escomptés, le niveau insoutenable du déficit étant une cause majeure de la mauvaise santé de l'économie, donc du sous-emploi, donc de la concentration des prélèvements sur un nombre réduit de travailleurs, donc d'un accroissement du taux des prélèvements, et donc finalement d'une réduction du pouvoir d'achat des travailleurs.

Pour augmenter le pouvoir d'achat des salariés, la solution consiste à répartir les prélèvements sur davantage de salariés travaillant en moyenne plus qu'aujourd'hui. Concrètement, cela veut dire à la fois embaucher massivement et augmenter la durée moyenne du travail (nous payons encore les conséquences des 35 heures payées 39).
Autant dire que la solution dépend des employeurs, et donc principalement des entreprises. Mais encore faut-il que les employeurs et les personnes susceptibles de le devenir aient le cœur à l'ouvrage ! Le Président du MEDEF l'a assez bien expliqué, mais il a eu le grand tort de rentrer dans le jeu des bureaucrates en se laissant enfermer dans la négociation d'un pacte de responsabilité qui consiste à accepter plus d'ingérence gouvernementale et syndicale dans les affaires des chefs d'entreprise (les fameuses "contreparties") en échange de subventions à l'emploi qui ne peuvent être financées que par le déficit public.

Il faut en fait se concentrer presque exclusivement sur le démantèlement des carcans qui pèsent sur l'entreprenariat. L'allègement des différents codes qui compliquent inutilement la vie des entreprises devrait être l'objectif numéro un. L'objectif numéro deux pourrait être l'allègement de la négociation collective, notamment au niveau des branches, car elle crée en sus du carcan législatif et réglementaire un carcan conventionnel dont la nocivité n'est pas mince. L'objectif numéro trois serait la recherche de la vérité des prix. Par exemple, les entreprises implantées en zone urbaine pâtissent depuis longtemps de taxes transport, et voici que la récente loi ferroviaire va créer pour les autres une taxe analogue destinée cette fois à financer les TER : laissons plutôt les utilisateurs payer le prix des transports en commun !  
 
Quelques autres objectifs de même inspiration pourraient être énoncés, mais soyons bref : rien de coûteux pour les pouvoirs publics ne doit être réclamé, hormis les investissements qui dépendent d'eux ; et tout doit être fait pour libérer les énergies aujourd'hui bridées par une multitude de contraintes inutiles et dès lors nocives. Le déclin de l'investissement et de l'emploi vient de cet environnement compliqué à l'extrême, et souvent même hostile à l'activité. Notre environnement normatif a été pollué bien plus gravement encore que notre environnement physique ; sa dépollution est la condition pour progresser en matière d'emploi ... et de niveau de vie des salariés.

Paru sur Le Cercle Les Echos, repris par Atlantico, août 2014
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On se massacre en République centrafricaine mais à Paris la solution a été trouvée : donner un Premier Ministre musulman à ce pays où notre manque de clairvoyance a empêché l'intervention française au moment où les colonnes armées ont commencé à arriver du Nord, en janvier 2013.
On se massacre au Proche-Orient ; les représailles succèdent aux représailles. Des centaines et des centaines de morts, quelque 10 000 maisons détruites à Gaza.
On se massacre en Libye.
On continue à se massacrer en Syrie.
En Ukraine, l'Armée nationale organise le siège de Donetsk.
On massacre au Moyen-Orient, en Irak. Méthodiquement, devant le monde entier, "l'Etat islamique"s'emploie à éliminer les populations chrétiennes et yazidi.

Que fait la France ?
Elle a envoyé des troupes en Centrafrique, trop tard, en trop petit nombre et en limitant à la fois leur mission et leurs moyens d'action.
Avec les Américains et les Anglais, elle a provoqué la chute de Kadhafi mais n'a pas mesuré les conséquences de son intervention comme les Américains n'avaient pas mesuré les conséquences de leur action contre Saddam Hussein. L'après-Kadhafi n'a pas été organisé. Comme la Somalie, le pays est désormais sans Etat et l'armement considérable que possédait le leader libyen se trouve disséminé de l'Afique occidentale et centrale à l'Asie.

Bien que fort tenté, notre pays n'est pas intervenu en Syrie. Heureusement, Obama n'a pas tenu ses promesses ! Les populations auraient souffert un peu plus encore. Mais des armes ont été envoyées, des armes qui ont immédiatement été utilisées contre les Chrétiens et qui le sont encore aujourd'hui. Bachar el-Assad n'est pas tombé. Il se pourrait bien que l'Occident ait, sous peu, besoin de lui.

Le jeune gouvernement ukrainien conforté par Bruxelles s'est lancé à l'assaut des Ukrainiens russophones. C'est insensé ! En 1914, le grand Lyautey, ulcéré, s'écriait qu'une guerre entre la France et l'Allemagne, entre Européens, était une guerre civile. Cent ans après, pourtant, on fait mieux : une véritable guerre, avec armes lourdes, entre membres d'une même nation européenne. On parle déjà d'un "nouveau Stalingrad" sur le territoire de l'Ukraine ! 

Dans quelques jours, après de terribles souffrances, les Chrétiens du nord de l'Irak et les Yazidi risquent d'avoir tous disparu et les fanatiques, peut-être, se seront rendu maîtres de l'ensemble du Kurdistan irakien et auront atteint Bagdad. A l'ouest, si Damas s'effondre, le Liban ne pourra résister et l'Etat islamique aura atteint la frontière turque.

Entre-temps, plusieurs autres millliers de migrants, abandonnés aux mains de "passeurs" sans aucun scupule, auront gagné le continent européen.
Nous contenterons-nous de nous donner bonne conscience ? En Irak, les avions américains bombardent, mais pour quelle efficacité ? On parachute des vivres, c'est bien, évidemment, mais cela permettra-t-il de sauver la vie des populations si gravement menacées. Ailleurs, on négocie ou on "facilite" des négociations, pour quel résultat ?
Il y a le feu à nos frontières et extrême urgence à agir, efficacement. Inconsciente, l'Europe qui se prétend "faiseuse de paix" n'a encore pas montré ce dont elle est capable hors de ses frontières. Loin de là. Et il est possible de prévoir que massacres et exodes de masse continueront.              
 
 
Publié dans De par le monde
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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