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Union européenne et Russie : les inquiétants malentendus de deux visions diplomatiques


Le plus inquiétant dans le conflit entre l'Union européenne (et à un degré moindre l'Occident) et la Russie au sujet de l'Ukraine n'est pas le supposé conflit d'intérêts (on se demande d'ailleurs lesquels !) mais une discordance totale des modes de pensée diplomatiques qui ouvre la porte aux pires malentendus.
"La Russie est un rébus enveloppé d'un mystère au sein d'une énigme" se plaisait à dire Winston Churchill. Le grand homme avait la conception la plus classique de la diplomatie, venue sans doute de la plus haute antiquité mais qui avait pris sa forme la plus achevée dans les chancelleries européennes après les traités de Westphalie. Elle avait continué d'inspirer les conceptions diplomatiques dans le courant du  XXe siècle, alors que l'Union soviétique adoptait  à partir de 1917 une logique marxiste-léniniste à caractère idéologique, dont la regrettée Annie Kriegel avait montré comment elle était stratifiée en plusieurs niveaux.
 
Les intérêts de la Russie 
Beaucoup considèrent aujourd'hui avec la même perplexité la diplomatie de Poutine "Que veut Poutine ? Comment faut-il le prendre ? Quel sont ses desseins secrets ?" est devenu un leitmotiv des médias occidentaux et même l'interrogation de nombreux hommes politiques.
Pourtant qui ne voit que nous sommes aujourd'hui à front renversé ?  C'est Poutine qui joue le même jeu classique qui était celui de Churchill - et de bien d'autres de Richelieu à De Gaulle, et un Churchill ressuscité sans nul doute le comprendrait très bien, et c'est l'Occident et singulièrement l'Union européenne qui se trouvent engagés, encore plus radicalement peut-être que la défunte URSS dans une diplomatie de type idéologique.
La diplomatie classique est simple parce qu'elle n'a qu'un seul objectif : défendre les intérêts du pays qu'elle a en charge (nous disons le pays et non l'Etat car ces termes, que les juristes distinguent aujourd'hui, étaient confondus au temps de Louis XIV . )
Les intérêts, ce sont beaucoup de choses : l'intégrité territoriale, l'indépendance (dans le respect des accords conclus), la sécurité, les intérêts économiques qui commanderont par exemple la sécurité de certains approvisionnements stratégiques, le maintien de certains liens historiques (ainsi, ceux que la France a gardés en Afrique), le rayonnement culturel. Et cela suppose aussi, pour une grande puissance, sinon un glacis, du moins un minimum de respect et de coopération de la part des pays du proche voisinage, surtout quand ces pays ont avec elle des liens anciens tels ceux de l'Ukraine et de la Russie. C'est particulièrement ce dernier aspect de la politique de puissance classique qui est contesté à Poutine.
Pourtant quoi de plus naturel ?
La France accepterait-elle que la Belgique entrât dans une alliance qui lui soit hostile. Si la Belgique était neutre, pourquoi pas l'Ukraine ? Le Mexique, même quand il se trouvait aux portes du communisme, dans les années trente, a toujours gardé une certaine déférence envers son grand voisin du Nord, a préservé une coopération économique privilégiée avec lui, fort inégale d'ailleurs, et s'est bien gardé de s'engager contre lui dans la guerre froide, limitant la solidarité révolutionnaire à ne pas rompre les relations diplomatiques avec Cuba. 
Ces liens de voisinage, nécessairement déséquilibrés, peuvent être abusifs. Ils le furent quand l'URSS communiste contrôlait tous les pays d'Europe centrale. Ils le sont quand des expériences pharmaceutiques sont menées aujourd'hui, sans leur consentement sur les populations du Guatemala. Mais ils sont en eux-mêmes naturels et ne sauraient être confondus d'aucune manière avec la volonté d'hégémonie mondiale qui sous-tend la politique des empires idéologiques.
 
Les idéaux de l'Union européenne
La diplomatie idéologique, elle, à la différence de la diplomatie classique, ne cherche pas d'abord à défendre des intérêts mais à propager des principes ou des idéaux.
Alors qu'une diplomatie d'intérêt s'intéresse à des degrés divers au reste du monde, en fonction de sa plus ou moins grande proximité, une diplomatie idéologique est par définition universelle. Dès lors qu'elle se fonde non point sur les intérêts d'un groupe humain et géographique particulier mais sur une philosophie applicable à toute l'humanité, le rayon de son action n'a potentiellement pas de limites. Comme autrefois l'URSS qui prétendait répandre la révolution prolétarienne partout, les Etats-Unis qui se veulent les garants de la liberté et les gendarmes du monde étendent aujourd'hui leur rayon d'action sur  toute planète.
 
L'Union européenne n'en est pas encore là mais, parmi les objectifs du traité de Rome, figure celui d’ "affermir, par la constitution de cet ensemble de ressources, les sauvegardes de la paix et la liberté, et d’appeler les autres peuples d'Europe qui partagent leur idéal à s'associer à leur effort". Le traité actuel a encore plus d' ambition : "L'Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples "(article 3) et encore de " développer et renforcer la
démocratie et l'État de droit ainsi que le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans le monde".
Tous les pays d'Europe et même d'autres ont donc potentiellement vocation à intégrer l'Union européenne et, dans l'esprit de ceux qui la dirigent, s'est peu à peu formée l'idée que l'appartenance à l'Union signifiait par elle-même l'appartenance au camp de la liberté et de la démocratie. C'est ainsi que le caractère démocratique de la Turquie, candidate à l'adhésion, n'a guère été mis en doute jusqu'à une date récente, alors que la Russie qui n'a manifestement pas vocation à rejoindre l'Union ne saurait être, vue de Bruxelles, qu'une dictature.
 
L'élargissement de l'Union signifiant un progrès du bien sur la planète, il est normal que les instances communautaires envisagent d'étendre ses frontières aussi loin que possible à l'Est et donc jusqu'aux portes de Moscou. C'est le sens de sa décision de proposer à l'Ukraine un traité de libre-échange préalable à l'adhésion et comme la politique de défense de l'Union ne se distingue plus guère de celle de l'OTAN, préalable aussi à l'adhésion à celle-ci.
La diplomatie idéologique ne se veut pas d'abord la défense d'intérêts ; elle vise la fin de l'histoire. Tout ce qui s'oppose à sa perspective eschatologique ne peut donc qu'exaspérer ses tenants.
Préparant l'avènement du bien, l'idéologie est nécessairement manichéenne: elle est le camp du bien, ses adversaires ne sont pas seulement des joueurs autour du même échiquier, ils sont le camp du diable. L'hystérie actuelle à l'égard de la Russie, non point des peuples, heureusement, mais des milieux de Bruxelles et d'une partie des médias dépasse peut-être celle qui existait entre les nations en 1914.
C'est bien là le danger d'une diplomatie idéologique : elle est aminée d'une logique qu'aucune considération de prudence ne vient arrêter.
Il est possible que Poutine, même s'il en est visiblement exaspéré, comprenne le jeu de ceux qu'il affronte puisque il a, comme tous les Russes, l'expérience de 73 ans de régime idéologique, mais en revanche un adversaire comme lui, qui parle le langage de la diplomatie classique est pour les gens de Bruxelles, lui aussi une "énigme enveloppée de mystères".
 
La sagesse de l'égoïsme
Les naïfs croiront que l'idéologie est meilleure parce qu'elle vise le bien et non de vils intérêts égoïstes. La vérité est que rien n'est plus dangereux que l'idéologie parce que les intérêts se heurtant à d'autres intérêts sont toujours ouverts au compromis, les uns et les autres étant conscients qu'un bon accord vaut mieux qu'un affrontement (et Dieu sait si dans le cas de l'Ukraine, une cogérance russo-européenne serait profitable à tous pour peu que chacun reconnaisse les intérêts de l'autre). L'idéologue, lui, ignorant le compromis, est ouvert à toutes formes d'hybris.
 
On objectera que derrière toute idéologie, il y a un jeu de puissance dont l'idéologie n'est que le masque. Même si beaucoup en doutèrent longtemps, c'était en fait, comme l'avait bien perçu le général de Gaulle, le cas de l'Union soviétique et c'est une des raisons pour lesquelles la guerre froide n'a jamais éclaté en guerre ouverte. C'est aussi le cas aujourd'hui des Etats-Unis qui n'ont jamais séparé dans leur rhétorique de défense du "camp de la  liberté" des intérêts américains. Cela est en tous les cas vrai d'une partie des instances qui font la politique étrangère, dont  le président Obama. Mais ce n'est peut-être pas le cas de tous les acteurs de la politique étrangère américaine, une politique qui s'est faite à l'évidence de plus en plus idéologique depuis la fin de la guerre froide.
Au demeurant, que la diplomatie des principes ne soit le plus souvent que le masque d'une diplomatie des intérêts est plutôt rassurant car personne n'a intérêt à la guerre, dans le contexte qui est aujourd'hui celui de l'Europe. Il est même probable que si le conflit actuel n'a pas, à ce jour, dégénéré, on le doit à des gens comme Poutine et Obama qui voient, eux, d'abord leurs intérêts.   
 
La diplomatie de Poutine est même tellement classique qu'on cherche en vain quelle idéologie pourrait se cacher derrière. Et c'est ce qui fait sa faiblesse. La défense de la patrie russe et de la religion orthodoxe, qui sont les seuls ressorts qu'elle puisse invoquer, ne sont à l'évidence pas des objectifs universels comme l'est  la défense de la liberté et de la démocratie. Vaccinée par l'expérience du communisme, la Russie se refuse à toute exaltation idéologique. Or pas d'empire sans idéologie, ni d'idéologie sans impérialisme. Une politique de glacis, même abusive, est dans la nature, l'impérialisme idéologique ne l'est pas. De plus en plus d'Européens de l'Ouest, lassés des excès de la commission de Bruxelles ou des média, tiennent, dans la discrétion, Poutine pour une référence de bon gouvernement, voire de défense de la civilisation chrétienne. Mais cela ne suffit pas à faire une doctrine, à justifier un emballement médiatique de type manichéen comme celui qui règne dans le camp d'en face.
 
Emballement : nous pouvons craindre en effet qu'avec la commission européenne, structure bureaucratique puissante et coupée de peuples, on assiste pour la première fois à un cas presque chimiquement pur où l'idéologie fonctionne à plein sans le frein de la logique d'intérêt. Une preuve entre mille : la dérisoire politique de sanctions que l'Union européenne inflige à Moscou, une politique dérangeante pour la Russie, certes, mais suicidaire pour ses intérêts à court et à long terme et parfaitement inutile.
Il est vrai que pour Emmanuel Todd, l'actuelle politique étrangère européenne ne serait que le masque des nouvelles ambitions allemandes en Europe centrale et orientale. Mais si tel était le cas, on comprendrait difficilement les critiques violentes de l'ancien chancelier Schmidt à l'encontre de la Commission européenne, dont il dénonce "l'incompétence diplomatique", l'irresponsabilité et le fait que son absence de sens du compromis a remis la guerre aux portes de l'Europe. L'ancien chancelier Schroeder n'est pas plus tendre et, dans l'ensemble l'opinion allemande n'est pas unanime sur ce sujet, comme elle l'avait été en 1999 face à la Serbie , ennemi historique.
Loin d'être la nouvelle chancelière du Reich comme on la voit en France, Angela Merkel est tenue par beaucoup d'Allemands pour une politicienne d'envergure moyenne, soucieuse d'abord de sa survie au jour le jour et donc de rester politiquement correcte ; elle suit les emportements idéologiques de Bruxelles moins qu'elle ne les commande. Elle cache aussi bien mal son inféodation à Washington.  
 
On pourra dire que les Etats-Unis qui, eux, ont le sens de leurs intérêts peuvent jouer dans la crise actuelle, le rôle de frein. Ils le jouent sans aucun doute. C'est pourquoi, en maintes occasions, les Européens semblent les précéder plutôt que les suivre. Savoir qui d'eux ou du tuteur américain a le plus poussé pour accrocher l'Ukraine à l'Union européenne est une question. Les Etats-Unis n'ont-ils d'ailleurs pas déjà atteint leur objectif principal : séparer durablement l'Union européenne de la Russie, comme le préconise Brezinski ? Mais même inféodés, les idéologues ne sont pas toujours contrôlables.
Que dans des affaires aussi graves, l'Union européenne et la Russie aient laissé se creuser un fossé aussi profond entre les logiciels qui déterminent leur diplomatie et que, au sein de l'Union européenne, l'idéologie semble aujourd'hui fonctionner sans prise sur le réel, c'est ce qui ne peut que susciter les craintes les plus vives.
Publié dans Avec l'Europe
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A propos de la Turquie, "ILS" disaient...

"ILS disaient" : la Turquie a vocation naturelle à entrer dans l'Union euroéenne.
ILS disaient : la Turquie a occupé une partie importante des Balkans ; ne disait-on pas jadis : "l'Empire ottoman est l'homme malade de l'Europe".
ILS disaient : la Turquie est un membre indiscutable de l'OTAN et un allié loyal de l'Occident.
ILS disaient : le chef d'Etat turc, Erdogan, est un "islamiste modéré". Il doit être donné en exemple aux islamistes tunisiens et égyptiens ; il prouve que l'islam est compatible avec la démocratie.
ILS disaient : la Turquie a des frontières communes avec l'Irak, la Syrie, ce qui permettra à l'Europe d'étendre jusqu'aux confins du Moyen-Orient son oeuvre de paix.
ILS disaient : la Turquie atteindra bientôt les 100 millions d'habitants, qui seront un formidable marché pour les produits de nos entreprises.
ILS s'appelaient Jacques Chirac, Alain Juppé, Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn, Pierre Moscovici, Laurent Fabius, François Hollande, … etc. Nicolas Sarkozy avait même supprimé le verrou du referendum prévu pour l'entrée de la Turquie dans l'Europe, alors même qu'il s'y était déclaré hostile…
ILS traitaient d'islamophobes ceux qui osaient contester qu'un pays de 100 millions de musulmans puisse pénétrer dans une Europe aux racines chrétiennes.
ILS traitaient d'imbéciles ceux qui rappelaient que faire de la Turquie un pays européen, c'était comme si la France avait été un pays africain parce qu'elle avait conquis l'Algérie.
ILS raitaient d'illetrés économiques ceux qui se méfiaient de l'ouverture des marches. Et d'ignorants, ceux qui demeuraient dubitatifs face à l'oxymore "islamiste modéré" ?
 
Depuis lors, la Turquie a emprisonné des centaines de journalists et d'esprits rebelles. Erdogan a accentué l'islamisation du pays, en submergeant les derniers réduits cosmopolits des grandes villes comme Istanbul, par une immigration des paysans fort pieux d'Anatolie. La Turquie a rallié la coalition occidentale contre l'Etat islamique, alors qu'elle est, avec l'Arabie saoudite, son allié le plus important, laissant passer par sa frontière armes et hommes venus combattre de toute l'Europe, comme de nouvelles Brigades internationals. Erdogan laisse massacrer les Kurdes dans Kobané assiégée, comme en 1944 les Soviétiques étaient restés l'arme au pied devant Varsovie, pendant que les troupes allemandes décimaient les résistants polonais.
Erdogan tombe le masque : il est avant tout un Sunnite qui combat les chiites ; un patriote turc qui ne laissera jamais les Kurdes avoir leur Etat ; un islamiste qui lui aussi rêve de restaurer le califat islamique.
 
Depuis, ILS se taisent. ILS se font discrets. ILS rasent les murs.

Paru dans Le Figaro Magazine, 17 octobre 2014
Publié dans Du côté des élites
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Zemmour refuse de se coucher !
 
L’autre samedi, Éric Zemmour était l’invité d’On n’est pas couché au titre de son essai le Suicide français (Albin Michel), en tête des ventes depuis sa sortie.
L’interview croisée, qui va durer plus d’une heure, commence avec une amusante joute verbale entre l’animateur et l’essayiste : "Je suis d’accord à 80 % avec les constats que vous faites, lance Ruquier… sauf que moi, ils ne me dérangent pas !"
"Moi, si ! Ce livre décrit l’évolution de la société telle que je la juge… Je déteste le XXIe siècle. C’est une époque médiocre, décadente, méprisable !"
"Vous la supportez quand même ? , fait mine de s’inquiéter l’autre. Vous n’allez pas vous suicider vous-même, hi, hi ! ?"
"Rassurez-vous ! je vis avec, je m’adapte, la preuve : je suis là !"
 
Une fois Zemmour "dans le fauteuil", Ruquier ouvre les débats avec une question qui prouve qu’il a potassé le bouquin, ou au moins la quatrième de couverture : "Votre but, si j’ai bien compris, c’est de "déconstruire les déconstructeurs". Mais qui sont-ils ? "
"Nos grands intellectuels français, à la Derrida, Deleuze, Foucault… Dans les années 1960, ils ont entamé la déconstruction de tout : famille, société, État, identité nationale et même, aujourd’hui, identités sexuelles ! Tout est réduit à l’individu-roi sous la domination du marché"
 
Vient alors le tour des deux chroniqueurs, efficacement relayés dans leurs assauts par un Ruquier qui, soudain, ne plaisante plus.
Dans cet interrogatoire-là, il n’y a pas de "bon flic".
Rien d’étonnant de la part de Caron !
Parfait dans son rôle de petit-maître omniscient et haineux, il multiplie les Scud en papier contre un Zemmour qui en a vu d’autres.
Plus décevante est la prestation de Léa Salamé, qu’on avait connue mieux inspirée. Ici, elle s’abaisse jusqu’à reprendre mot à mot un "argument" caronesque : "Vous avez peur de tout : des étrangers, des homosexuels, des musulmans…"
"Ce ne sont pas les gens qui me font peur ; ce sont les theories", corrige l’invité, qui ne cessera de s’étonner du niveau des attaques de ses "hôtes" : "Décidément, vous ne comprenez rien… ou vous le faites exprès !" Je penche, quant à moi, pour un harmonieux mélange des deux.
 
Exemple de passe d’armes entre notre Horace et les trois Curiaces "pas couches" qu’il affronte à la fois :
Léa : "Alors, on fait quoi avec les musulmans ?" (sic)
Éric : "Ce n’est pas un livre-programme, c’est une analyse ! Je constate qu’aujourd’hui, pour les élites françaises, c’est à la France de s’adapter à l’islam ; et je pense qu’avec ce système, on va vers la guerre civile !"
Aymeric : "Votre terrible "réalité", c’est vous qui l’inventez, avec votre trouille !" (encore elle)
Laurent : "La société a changé, tout simplement !"
Éric : "En 1942 aussi, les gens disaient ça : la société a changé, les Allemands ont gagné !"
 
Levée de boucliers générale : voilà enfin atteint le point Godwin ! Mlle Salamé en profite pour accuser Zemmour de pétainisme même pas rampant : "En vous attaquant au livre de Robert Paxton [la France de Vichy, 1973], insidieusement, vous tentez de réhabiliter le régime de Vichy !"
Et l’ami Éric de répondre sans même s’énerver : "Paxton présente Vichy comme le Mal absolu, j’explique simplement que la réalité est plus complexe : Vichy a fait un pacte avec le diable pour sauver les juifs français. Horrible, mais dans la plupart des autres pays occupés, tous les juifs ont été exterminés !"
C’est alors que Mme le procureur se change soudain en psy pour livrer son diagnostic sur le "cas" Zemmour, cette espèce de nègre du Ku Klux Klan : "J’ai le sentiment que vous voulez tellement, vous le juif (sic), faire plus goy que goy, plus français que français… "
"Mais pourquoi me ramener à mon état de juif ?", répond Zemmour, bien sobrement à mes yeux. "Vous le juif", quand même ! Adressée à n’importe qui d’autre, une telle apostrophe eût coûté cher à ce chameau de Salamé.
Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 16 octobre 2014
Publié dans Du côté des élites
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Nous les femmes, n'attendions que cela, ne plus être chefs mais "cheffes".
D'accord, ce n'est pas dans le dicco, mais ce détail n'a pas gêné les ministères de la République pour graver sur le papier à en tête : "Cheffe" de cabinet ."Les académiciens sont les rois des machos" a déclaré une élue PS en charge de la promotion féminine.
Accéder à une vraie parité commence par un lavage de cerveau sémantique, sachant qu'il faut non seulement orienter les filles vers des carrières de garçons mais aussi les garçons vers des carrières de filles.
J'ai donc appris, au cours de la plus sérieuse des auditions, qu'il existait un problème majeur concernant la dénomination masculine des sages-femmes dont la traduction en politiquement correct est ardue, "homme-sage"? (connotation Sioux)  sans compter que l'adjectif "sage "est lié à l'expérience d'une femme, de sexe féminin (il faut préciser ce n'est plus un pléonasme). Pour pompier, me prenant au jeu j'ai suggéré pompière, la petite fille appréciera. Ecrivain à mes yeux c'est prestigieux, écrivaine a un parfum d'inutile, quant à auteure, l'accent tonique me déprime. Une autre avancée  considérable concerne la modification du nom de l'école dite Maternelle scandaleuse" référence maternante" et sexiste.
Mais pour le pouvoir, cette réforme de la différenciation sexuelle c'est maintenant.
Il faut s'attaquer au problème le plus tôt possible ce qui met la layette dans le collimateur : le rose en particulier est très mal vu, cela connote l'enfant dès le départ il faut vêtir le bébé de couleur neutre. Le rose c'est pour quand on est en âge de voter ?
Un monde hermaphrodite fait partie des objectifs gouvernementaux prioritaires, on y déploie beaucoup plus d'énergie que pour la réduction de la dette ! Normal puisque "la gestion en bon père de famille" a été rayée du code civil.

Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 16 octobre 2014.
(Ici, version originale pour Magistro)
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Liberté Egalité Fraternité
 
Ce titre était celui de l’émission de Frédéric Taddeï sur France 3 le vendredi 10 octobre.
L’émission a montré une fois de plus la superbe de Jacques Attali qui ressuscite à chacune de ses apparitions l’annotation du professeur de philosophie "suffisant et insuffisant" tellement il réduit tout à la liberté individuelle d’entreprendre et à la satisfaction de lui-même. Mais l’émission a aussi montré le bon sens d’Eric Zemmour qui en dérange plus d’un par ses affirmations de vérités simples. Pourtant le sujet n’a pas été traité et Frédéric Taddeï a même osé dire, sans se faire contredire, que la solidarité était la nouvelle formulation de la fraternité. C’est dommage car notre devise nationale est un sujet passionnant qui méritait mieux.
La troisième république a repris à la révolution française la devise "Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort" en tentant de la désacraliser par la suppression de la mort.
Notre devise reste pourtant stupéfiante d’intelligence mais aussi de fragilité.
 
Elle est intelligente parce que la vraie liberté se gagne en atteignant l’état de n’être l’esclave que de ses propres choix. C’est un long travail que d’apprendre à choisir en assumant ses choix avec toutes leurs conséquences.
Elle est intelligente parce que la vraie égalité passe par la reconnaissance que nous avons besoin des autres comme les autres ont besoin de nous. L’égalité nous force à prendre le risque de l’autre. Elle est interdépendance, échange des êtres, reconnaissance de l’autre et acceptation de soi.
Elle est intelligente parce que la fraternité nécessite un père commun, une verticale commune, un sacré qui soit à la fois commun et reconnu par le groupe comme par les individus. Ce sacré est le symbole mystérieux de ce qui est plus puissant que nous, dans son bon et dans son mauvais côté.
 
Mais la devise de la France est fragile car l’égalité peut facilement se décomposer en identité, la fraternité en solidarité et la liberté en individualisme.
Aujourd’hui le groupe s’étant, au moins provisoirement, totalement effondré dans les faits, égalité et fraternité qui sont des notions de groupe, se sont effectivement désagrégées en identité et en solidarité par manque d’admiration, voire même de respect de l’autre et par absence de sacré qui soit mobilisateur.
On peut être solidaire d’un bloc de béton mais on ne peut pas lui être fraternel. Il n’y a de fraternité qu’en soumission commune à un sacré et la solidarité, si à la mode aujourd’hui, n’est qu’un refus vaniteux du sacré et de la fraternité considérée officiellement comme ringarde ou utopique et au fond comme trop exigeante.
 
L’égalité est sans doute la partie la plus difficile de notre devise car elle suppose de prendre le risque de l’autre en acceptant de dépendre de lui et en assumant qu’il dépende de nous. Dans toutes les civilisations les tâches sont réparties mais l’échec de la vraie égalité a fait apparaitre l’identité, le tout le monde pareil, que l’on a honteusement continué à appeler égalité. Notre société aurait pu remettre intelligemment en cause le fait que l’homme soit l’unique représentant de l’avis de la famille lors des votes ou lors des décisions importantes prises exclusivement par les hommes alors que les femmes pouvaient tout aussi bien exprimer cette décision commune. Mais par peur de l’égalité, par peur de prendre le risque de l’autre, nous avons préféré introduire le divorce, le vote individuel et le déni des races et des sexes.
Aujourd’hui la différence de l’autre n’est plus considérée comme une richesse à découvrir, c’est devenu l’affirmation coupable que nous lui sommes supérieurs. Puisque je suis complet, si l’autre est différent de moi, c’est qu’il est incomplet donc inférieur.
Etre moderne ou à la mode c’est ne plus voir les différences et même les masquer pour que chacun puisse se croire complet à lui tout seul et se sentir autorisé à gommer les engagements pris vis-à-vis des autres. Le sacré était le garant de ces engagements.
La solidarité nous en a malheureusement détachés en détrônant la fraternité.
 
La liberté qui n’est plus structurée par l’égalité et par la fraternité sombre inexorablement dans l’individualisme et le repli sur soi sans perspectives et sans moteur de vie.
C’est l’abandon du côté sacré de notre devise nationale qui a fait de nous la victime et le bourreau de cette exécution de la pensée. L’individualisme tellement vanté par Attali n’a plus qu’à s’évader dans le plaisir puisqu’on lui a fait renoncer à prendre le chemin difficile du bonheur.
 
Ne pourrions-nous pas retrouver le sens profond de la France dont la géographie a fait l’histoire ? Terre d’invasions successives échouées sur le même sol, elle a phagocyté ceux qui n’étaient pas repartis en s’en enrichissant dans le creuset de sa culture. 
La France n’est pas un camaïeu de cultures comme les USA.
Elle donne à tous ceux qui ne veulent pas se l’approprier, la chance de s’y intégrer en la nourrissant. Elle a mis des siècles à trouver sa formule sacrée de Liberté Egalité Fraternité qui comme tout sacré, peut être merveilleuse ou abominable suivant ce que l’on en entend.
Il est bien triste qu’elle soit aujourd’hui entendue par beaucoup comme la devise sans âme d’ "individualisme, conformité et solidarité".
Elle vaut beaucoup mieux que cela.
Publié dans En France
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Quand les réformes tuent la réforme

L’avalanche de réformettes que subit notre pays est plus nuisible qu’utile.
Il a besoin de réformes systémiques, qui nécessitent une hauteur d’esprit aujourd’hui absente de l’action politique, et de solides équipes d’ingénierie de la réforme.
Cela fait des années que la France, comme bien d'autres pays, n'arrête pas de réformer ses lois, ses règlements, ses institutions. Et voici que Bruxelles et le FMI, face au projet de budgets (État et sécurité sociale) calamiteux que nos dirigeants présentent au législateur français et à différentes instances supranationales, semblent en remettre une couche, réclamant encore plus de réformes.
En fait, ce que demandent ces instances, ce sont des réformes dignes de ce nom, des réformes "structurelles" ou "systémiques".
En France, toute modification d'un code (du travail, des impôts, de la sécurité sociale, etc.) est aussitôt présentée comme une réforme par des gouvernants qui ne semblent pas connaître la fable de La Fontaine, "la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf".
Hélas, notre pays est en train d'illustrer la conclusion du fabuliste : "la chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva".
 
Les changements incessants infligés à la liste incroyablement longue de nos droits et de nos devoirs traumatisent les particuliers, les entreprises et les administrations, compliquent leur vie ou leur activité, et diminuent la productivité en obligeant de consacrer à l'assimilation de modifications inutiles ou néfastes un temps et une énergie qui font dès lors défaut pour les tâches réellement utiles.
Ce mouvement brownien correspond hélas à ce que savent faire la plupart de nos dirigeants : empiler des textes les uns sur les autres sans vision d'ensemble, sans stratégie bien définie, et en cédant aux sirènes de l'événementiel.
Il résulte de l'incapacité à distinguer ce qui est structurant de ce qui ne l'est pas, ce qui devrait être organisé par les acteurs de terrain de ce qui doit l'être par l'État, ce qui relève du gestionnaire de ce qui doit être une prérogative du législateur.
Ajoutons à cette confusion conceptuelle et organisationnelle des idées primaires concernant les relations entre causes et effets, un volontarisme bécasson, et l'absence d'équipes solides capables de produire les études d'ingénierie économique et sociale dont les pouvoirs exécutif et législatif auraient le plus grand besoin (la qualité des études d'impact qui accompagnent les projets de loi est trop souvent affligeante) : quelles réformes dignes de ce nom pourraient bien sortir de ce marécage intellectuel ?
 
L'exemple des retraites
Julien Damon montrait dans "Les Échos" du 13 octobre ce que sont les dépenses sociales françaises : 15 % du total mondial (contre 4 % pour notre PIB), 33 % du PIB français, niveau que seul le Danemark atteint lui aussi.
La France, qui se flatte volontiers de jouer un rôle de pionnier, devrait mettre un point d'honneur à mériter ce titre dans ce domaine où elle mène la course en tête. Elle devrait disposer d'une ingénierie de la protection sociale de même qualité que son savoir-faire aéronautique. Elle devrait disposer d'une expertise exportable : cela serait fort utile, notamment, aux pays émergents, qui gagneraient à ne pas essuyer les plâtres comme nous l'avons fait.
Or, que constate-t-on ? Prenons l'exemple des retraites, poids lourd de nos dépenses sociales : le Conseil d'orientation des retraites dispose seulement d'un staff d'une douzaine de permanents, qui de plus doivent répondre aux demandes souvent ridicules de partenaires sociaux et de politiciens "volontaristes" dont le réalisme et la capacité de réflexion systémique se situent en dessous du minimum vital.
Résultat : depuis 1993, des lois retraite pompeusement affublées du nom de réforme se bornent à rafistoler un système inepte et à se substituer, pour les ajustements paramétriques, au gestionnaire qui devrait avoir la responsabilité d'équilibrer les comptes de l'institution.
Quand la France se dotera-t-elle d'une équipe d'ingénierie de la réforme, non pas des seules retraites (ce serait prendre le problème par le petit bout de la lorgnette), mais des échanges intergénérationnels dont elles constituent un élément important, mais nullement autonome ?
 
De vraies réformes ne se coulent pas dans un cadre administratif prédéterminé, inamovible ; elles mettent le cadre réglementaire en cohérence avec la réalité des échanges qu'il a pour mission d'organiser, de faciliter, de rendre à la fois efficaces, équitables et solidaires.
Les retraites par répartition constituent un cas particulier de retour sur investissement : les adultes mettent des enfants au monde et leur apportent ce qui est utile pour devenir à leur tour des adultes dotés globalement de capacités productives, ce qui est l'investissement le plus important pour chaque pays, et pour la terre entière, puis ils vivent du dividende exigé de la nouvelle génération ainsi formée.
 
Ambition désastreuse
Vouloir réformer les retraites indépendamment de la formation initiale, des prestations familiales et de l'assurance maladie (qui participe à l'investissement dans la procréation et la santé des enfants, ainsi qu'à la distribution du dividende démographique aux retraités), c'est faire montre d'une absence d'ambition désastreuse.
La France et le monde ont besoin de dirigeants ayant une vision systémique, capables de sortir du ravaudage d'un tissu législatif et administratif usé jusqu'à la corde.
Alors, vu l'incapacité notoire que nous manifestons à sortir nos finances publiques de déficit où elles croupissent depuis quatre décennies, à quelque chose malheur serait bon si les sanctions des agences de notation et de l'Union européenne pouvaient être le coup de fouet qui réveille nos énergies réformatrices endormies.
Arrêtons les réformettes – même si certaines ont une petite utilité, elles sont globalement nuisibles – et convertissons-nous aux vraies réformes, qui ne peuvent être que systémiques.
Paru dans Les Echos, 13 octobre 2014
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Cessez de nous libérer
 
Ce livre est libérateur.
Habitués que sont les gens de bon sens de toujours devoir se justifier pour démontrer la cohérence de leur point de vue "Cessez de nous libérer" met en accusation les idéologues d’un féminisme totalitaire quand celui ci n’est pas tout simplement ridicule.
Anne Brassié et Stéphanie Bignon sont pourtant des femmes modernes telles que les concepts modernistes les définissent : L’une est journaliste et écrivain,  l’autre est pilote d’engins sous marins naviguant sous toutes les mers du monde et lors de ses escales gère sa ferme en Charolais !
Elles assument sans complexe la figure féminine libre. Cela donne encore plus de poids à ce qu’elles réclament contre la dictature de la pensée : le droit pour toute femme d’être amoureuse et d’être une mère de famille attentive.
Toute la démonstration de leur opus est en cela remarquablement argumenté.
Elles révèlent que "la libération" de la femme telle que Badinter, Taubira, Najat Vallaud et consorts la conçoivent ne débouche que sur un chaos psychologique, morale et physique morbide.
 
Anne et Stéphanie pointent d’abord la sexualisation obsessionnelle de la société.  Le "jouissons le plus vite et le plus possible" entraine les mères issues de la génération soixante-huitarde à pousser leur Lolita chez le gynéco à l’âge des héroïnes de la comtesse de Ségur.
En poussant ces dernières à copuler "en toute sécurité" suivant le bon principe de précaution, elles s’affranchissent de la responsabilité de tout parent qui est d’éduquer au beau au bien au bon.. .
Ce lavage de cerveau imposé hier aux lectrices de Françoise Sagan et de Simone de Beauvoir se répercute d’une génération à l’autre. Leur point commun est de ne jamais finir leur crise d’adolescence et de répéter avec une absence d’originalité abyssale tous les poncifs de la "libération" : Mon corps m’appartient et je fais ce que je veux avec en évacuant allègrement les conséquences physiques morales et psychologiques qui, en réalité aboutissent à un champ de ruines. Dans un déni total elles cherchent  à prolonger leurs comportements chez leurs propres filles en incitant celles-ci à brader leur chasteté.
Cette volonté perverse à mépriser une éducation morale était hier le privilège des mâles sous l’adage "Gardez vos poules je lâche mon coq" les mères réclament cette licence pour leurs propres filles sous prétexte d’égalité et de liberté. Les mères s’émoustillent par délégation.
Les petites filles dès l’adolescence sont mises sur le marché des désirs. Elles sont chosifiées. Avec les professeurs, les camarades de classe et ce qui reste de parents le matraquage visuel des médias chante avec unanimité que céder à ses pulsions est libératoire et que se discipliner - ce qui est le propre de l’adulte - est ringard. Les larmes suivent dans le silence quand ce n’est pas le suicide, première raison de la mortalité des adolescents en France.
 
Anne Brassié et Stéphanie Bignon rappellent avec une liberté de ton provocatrice que la mère apporte la tendresse sans laquelle la vie est un bol d’amertume. Que l’éducation commence par un baiser. Que la tendresse est l’écrin de l’éducation. Qu’une mère qui peut dire cent fois par jour à son tout petit : "C’est bien mon aimé, ce n’est pas bien mon aimé" structure autrement plus efficacement un enfant que les théories "citoyennes et républicaines" qu’essaient d’inculquer avec une touchante mais désespérante constance dans l’échec les éducateurs de l’instruction publique. 
Nos auteurs qui pourtant ont des métiers et quels métiers ! rappellent que si les mères pouvaient  faire le choix de rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants une écrasante majorité choisirait de rester au foyer. Qu’en dehors des bobos parisien(ne)s, dont les nounous africaines souvent payées au lance pierre un grand nombre de jeunes femmes aimeraient "se libérer" d’un travail souvent sans intérêt. Ainsi elles feraient faire des économies considérables à l’Etat. Mais comme les autorités ont décidé de "les libérer" elles n’ont pas le choix.
 
Nous vivons sous un régime totalitaire, implacable. Toute pensée divergente fait l’objet de poursuites judiciaires et de condamnation. On vient de voir un député condamné à une lourde amende pour avoir dit "Madamele ministre". Il suivait jusque là les règles de la grammaire française édictée par notre prestigieuse académie française ! Si la fantaisie d’une femme politique analphabète, ignorante des règles élémentaires de la langue française a pu punir un élu cultivé parce qu’il maitrise parfaitement notre langue ne sommes-nous pas en dictature objective ?
D’autant que la même ministre adepte du gender aurait dû être satisfaite que le féminin et le masculin soient utilisés pour la désigner. Elle pouvait selon son humeur choisir son sexe. Décidemment ces féministes au pouvoir ne semblent pas briller par leur cohérence. (NDLA)
 
C’est cette absurdité mentale que les deux écrivain(e)?s condamnent en dénonçant les attaques idéologiques qu’elles qualifient de "terrifiantes" en cours depuis un siècle. Il y a une haine de la femme-mère et épouse que les systèmes politiques et les systèmes économiques orchestrent. Elles rappellent que lors des congrès du parti communiste dans les années vingt la mère de famille était qualifiée de "chienne".  "Un nouvel ordre immoral" s’impose.
Il est vrai, rappellent-elles dans leur avant-propos que le phénomène des manifestations contre ceux "qui veulent nous libérer" est prodigieux. Il affole les tenants de cet ordre ubuesque. Durable, constant et considérable puisqu’il s’agit à chaque fois de plusieurs centaines de milliers de personnes ; le phénomène est  absolument inédit par son ampleur et pour les motifs de la mobilisation : Faire de la famille le fondement intouchable de la société. Famille fondée sur un père et une mère. Pour ceux qui croyaient avoir définitivement soumis les peuples à leur vision "libératrice" leur condamnation est d’autant plus massive qu’elle était imprévue.
 
Le livre est d’une extraordinaire richesse anthropologique, politique, morale et spirituelle.
Les références historiques de la femme à travers les siècles sont à chaque page. Elles rappellent d’abord que c’est bien grâce à la civilisation chrétienne et à la vision évangélique que l’on doit la liberté de la femme. Une religion qui présente comme la personne la plus élevée dans le degré de l’humanité une femme pour mettre à genoux devant elle tous les disciples de sa religion avère bien que la femme libérée est bien la femme chrétienne.
Et nos deux femmes "libérées" de conclure par un jugement sur les fous qui nous gouvernent : "Ils veulent nous libérer de force de nos foyers comme les carmélites de Compiègne ont été libérés en 1793 de leur couvent sans leur demander leur avis" … pour les conduire à l’échafaud.
 
Elles répondent à la violence de "la libération" par une exaltation du rôle de la femme : "Plus on nous éloigne de notre fonction de co-créatrice, plus nous sommes chosifiées…. notre corps est bien à nous et nous entendons enfanter et materner… les femmes sont la seule parade contre l’idéologie car le réel est leur monde".
Nous donnons à ce monde son âme et sa raison d’être.
 
d’Anne Brassié et Stéphanie Bignon éditions Via Romana 
Préface d’Yves Meaudre  (12 €)
A lire absolument !
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Loin de moi l'idée de vouloir exciter à une quelconque haine envers les musulmans, haine qui serait contraire au commandement d'amour de son prochain, tel que nous l'a enseigné le Christ. Christ qui est mort et ressuscité pour tous les hommes, donc autant pour les musulmans que pour nous-même.
Mais cela ne doit pas nous empêcher d'essayer de comprendre, en vérité, ce qui se passe dans la tête de ceux qui assassinent au jour le jour chrétiens et musulmans. Cette quête suppose un refus de tout irénisme et un effort de connaissance approfondie de cette religion qui fait peur par méconnaissance coupable de notre part.
 
Depuis quelques temps, nous voyons (enfin) quelques musulmans protester contre ces abominations, et affirmer devant des caméras complaisantes que "l'islam, ce n'est pas ça, que jamais le coran n'a commandé de tuer des innocents et que l'islam a toujours été une religion de paix et de tolérance".
Comme on aurait aimé entendre ce discours prononcé le soir du 11 septembre par les milliers de musulmans qui exultaient de joie dans les rues de leurs capitales de voir leur "allié" américain touché au cœur ! On n'oubliera pas non plus les centaines de milliers de musulmans de toutes catégories hurlant leur haine du Pape Benoit XVI (et des chrétiens en général pour faire bon poids) qui avait eu la malencontreuse idée à Ratisbonne d'évoquer un débat remontant à plusieurs siècles où l'on évoquait dans le cadre d'une "disputatio" médiévale les effets négatifs de la violence, et les effets positifs de la raison. Mais passons.
 
Alors, ces musulmans modérés que l'on nous donne à entendre sont-ils sincères ? Ou bien sont-ils seulement inquiets quant au regard de plus en plus lourd que les Français de souche commencent à poser sur eux. Sans doute, les deux à la fois.
Il ne fait aucun doute que la grande majorité des 1,2 milliard de musulmans sont des braves gens qui s'efforcent de vivre leur foi honnêtement, sans chercher querelle à leur prochain. Je vous renvoie au film "Des hommes et des dieux", qui met bien en valeur cette approche pacifiée.
Mais il en reste une minorité (qui peut quand même atteindre le chiffre de 100 millions d'individus!) qui a une lecture beaucoup plus agressive du coran.
 
Et de là à proclamer que les "djihadistes, salafistes, daech et extrémistes en tous genres" ne sauraient être de vrais musulmans, là, je ne suis pas d'accord !
En effet, ces assassins puisent leurs convictions et leur folie meurtrière dans les sourates les plus agressives. Je livre la sourate VIII, 17 à votre méditation : "Ce n'est pas vous qui les avez tués ! C'est Dieu qui les a tués ! Ce n'est pas toi Prophète qui les as déstabilisés par ton geste ! C'est Dieu qui l'a fait ! Il voulait ainsi donner aux croyants cette belle marque de Sa sollicitude". Vous pourrez aussi vous référer aux sourates 48, 16 ; 9, 29 ; 4, 89 ; 2, 190 et 191 ; 8, 55 ; 8, 65 ; 8, 17 et 18 ; 3, 142 ; 33, 61 ; 9,5. Et ce florilège est loin d'être exhaustif ! Voyez par vous-mêmes. Autrement dit, ces assassins se considèrent comme autant musulmans que les autres, mais ils ne se réfèrent pas aux mêmes sourates.
 
Le problème du coran, c'est qu'on y trouve tout et son contraire, et cela au gré de la contingence de la révélation, selon les événements et les circonstances qui ont permis à Mahomet de répandre sa religion.
Vous pourriez alors légitimement vous demander pourquoi les musulmans ne procèdent pas à un toilettage de leur texte sacré ? Une mise en cohérence avec le respect dû à toute personne humaine ?
 
Pour plusieurs raisons : tout d'abord, il n'y a pas dans le sunnisme (90% du monde musulman) de magistère, comme dans l’Église catholique, autorisé à prendre une décision à vocation universelle.
Deuxièmement, et surtout, le coran est considéré par les musulmans comme "incréé", c'est-à-dire aussi divin que peut l'être Jésus, Verbe de Dieu, pour les catholiques. A ce titre, il est absolument intouchable, sous peine de blasphème puni de mort, même s'il contient des sourates "abrogeantes" et des sourates "abrogées", qui se contredisent parfaitement, mais qui gardent cependant toute leur valeur propre puisqu'elles sont d'origine divine et que Dieu "peut tout".
Dans ces conditions, il faut garder présent à l'esprit que les extrémistes considèrent leurs co-religionnaires "modérés" comme des traîtres à la cause d'Allah ! D'ailleurs, les premières victimes des terroristes musulmans sont d'abord les musulmans eux-mêmes, dont le nombre de victimes dépassent largement celui des chrétiens !
 
En conclusion, je reprends ce que je disais au début sur l'absolue nécessité de nous former pour comprendre comment fonctionne cette religion et ne pas tomber dans un irénisme dont nos petits-enfants nous demanderons des comptes. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, qu'un dialogue inter-religieux pourra prendre place, dans un respect mutuel qui ne se ment pas à lui-même.
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Aux dernières élections, Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland ou AfD) a recueilli 12,6 % des voix en Brandebourg et un peu plus de 10 % en Thuringe.
Déjà, aux européennes, l’AfD avait envoyé sept députés au Parlement de Strasbourg.
Voilà une percée extraordinaire pour un parti qui n’existait pas il y a peu.
Qu’est que l’AfD ?
Ce parti a été créé par Bernd Lucke, professeur d’économie à l’université de Hambourg et bras droit de Hans-Olaf Henkel, ancien président de la Fédération des industries allemandes. Les efforts des médias pour essayer de présenter AfD comme un parti d’extrême droite ont échoué, comme le montre fort bien le résultat des élections.
En fait, l’AfD chasse sur le territoire de l’ancien Parti libéral, qui du coup a quasiment disparu de la carte électorale.
 
Que dit l’AfD ? Quelque chose de tout simple : que l’euro a échoué et qu’il faut entériner cet échec en retournant aux monnaies nationales et donc au mark pour l’Allemagne. Pour l’AfD, l’euro ne gêne pas l’Allemagne mais empêche toute croissance, en particulier dans les pays du sud de la zone, et donc pourrait nuire à l’économie locale, puisque les principaux clients de celle-ci sont en récession. Pour que l’euro fonctionne, continue l’AfD, il faudrait que nous ayons des transferts sociaux massifs de l’Allemagne vers les autres États européens — ce qui est interdit par les traités — ou que nous ayons une "mutualisation" de la dette, tout aussi interdite par les mêmes traités, mais que M. Draghi pratique avec beaucoup d’abandon.
Et donc, l’AfD ne veut pas que le contribuable allemand paie pour des gens qui refusent de se réformer. L’AfD pense qu’il vaut mieux, comme le dit le proverbe germanique, la fin de l’horreur qu’une horreur sans fin.
Ce point de vue commence à être largement partagé outre-Rhin, comme en font foi les résultats électoraux. Et donc, beaucoup d’électeurs, qui sont profondément favorables à l’Europe, peuvent en toute bonne conscience voter pour ce parti. Ce qu’ils font.
Voilà qui va rendre les négociations entre la France et les autorités de Bruxelles beaucoup plus difficiles dans la mesure où l’on peut craindre un fort raidissement de la position allemande vis-à-vis des pays déficitaires, et en particulier de la France. On peut penser aussi que la marge de manoeuvre de M. Draghi va en être singulièrement réduite.
 
Nous sommes donc dans une situation qui peut à tout moment devenir explosive.
L’Italie s’enfonce dans la dépression et le nouveau président du Conseil ne réussit pas à faire passer son programme de réformes.
En France, toute réforme apparaît impossible, comme le montre l’exemple d’Air France.
En Allemagne, émerge un parti qui a pour programme de refuser toute mutualisation de la dette.
En Espagne, les tendances séparatistes sont attisées par la crise économique.
La confiance internationale dans l’euro semble s’effriter, puisque le cours de change ne cesse de baisser, ce qui indique que les sorties de capitaux s’accélèrent. Les taux sur les obligations allemandes sont négatifs jusqu’à quatre ans, ce qui prouve que certains semblent s’attendre à la réapparition du mark et à sa réévaluation.
 
L’Europe semble en fait devenir un endroit que les financiers vendent plutôt qu’un endroit où ils achètent. Bref, la situation se bloque de plus en plus et les politiques paraissent incapables de résoudre les problèmes qui se posent à eux.
Depuis 2009, la zone euro passe d’expédients monétaires en expédients monétaires sans que la situation s’améliore en rien. Le temps des fausses solutions arrive-t-il à sa fin ?
Tout cela était prévisible, mais il est certain que ceux qui nous ont emmenés dans ce désastre vont tout faire pour prolonger l’agonie.
En oubliant qu’un jour ou l’autre, le mur de Berlin tombe et les peuples retrouvent leurs libertés.

Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 9 octobre 2014
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Il faut revoir le film de la réalisatrice Margarèthe von Trotta.
Elle  met en scène la subjuguante philosophe juive Hanna Arendt confrontée à la personnalité d’Adolf Eichmann en Israël. Je suis frappé par la permanence de son analyse sur l’expression des totalitarismes contemporains.
Aujourd’hui il me semble qu’à sa suite seule la philosophe française Chantal Delsol actualise le concept de la banalité du mal théorisée lors du procès du haut fonctionnaire nazi.
La banalité du mal m’est apparue évidente en retenant seulement cinq exemples d’inégale densité dramatique mais révélateurs de la problématique soulevée par la philosophe allemande. 
Le néo antisémitisme d’une très large partie de la jeunesse des banlieues largement toléré par l’élite médiatique et politique.
L’avortement des enfants handicapés notamment trisomiques jusqu’à la veille de leur terme complètement assumé par le corps médical et par l’opinion publique.
L’euthanasie des enfants votée par une assemblée et ratifiée par un jeune monarque chrétien en Belgique
Les arrestations massives et illégales, le gazage d’un peuple inoffensif qui exprime pacifiquement son opposition dans le cadre de la loi. Fait complètement nouveau.
La Gestation pour autrui qui est la banalisation de l’exploitation du corps des pauvres pour la jouissance narcissique des très riches.
 
Les mœurs qui expriment une culture tout à fait intégrée par nos contemporains renvoient avec une étonnante similitude aux comportements des années que nous considérons comme très sombres pour notre histoire. Si les comportements sociétaux des années opaques ont été légitimement frappés d’anathème les mêmes usages qui depuis se sont délestés de la doctrine nationale socialiste sont devenus légitimes voire sont sacralisées par la loi aujourd’hui.
Aux yeux de nos concitoyens ce ne sont plus les pratiques perverses qui sont en cause c’est l’idéologie qui s’en réclame qui est condamnable. Le lien entre les actes devenus culturels et la pensée étant condamnée ayant été sectionné, la pratique ne pose plus de problème déontologique. 
 
L’antisémitisme
Prenons le premier exemple, les européens jugent aujourd’hui l’anti sémitisme nazie scandaleux mais dans le même temps accordent à l’antisémitisme des islamistes la possibilité d’une grille de lecture bienveillante en raison des circonstances atténuantes fondées sur le conflit palestinien. Aucun régime totalitaire reconnait ses violences "Sic locutus est léo" -parce que je suis le lion - mais par une argumentation fondée. Tout est question de communication. Il faut relever l’amateurisme à la Reichpropagandaleitung par rapport à la sophistication des systèmes médiatiques qui aujourd’hui contrôlent la pensée de nos contemporains.
Hannah Arendt juive, déportée et réfugiée aux Etats-Unis avait osé écrire dans le New York Time qu’Eichmann n’était pas un monstre au sens où on aurait pu le comparer à Dracula ou Gilles de Ray mais un personnage banal, non prédisposé à la méchanceté ni au sadisme mais tout simplement un fonctionnaire qui avait refusé  d’élaborer une pensée propre semblable aux millions de téléspectateurs qui aujourd’hui abdiquent toute pensée autonome pour se mouler sans histoire dans le confort d’un monde Orwellien. Cette banalité du caractère, cette médiocrité assez commune, ces inaptitudes à la méchanceté et à la perversité hissées à des responsabilités d’exécution considérables génèrent l’un des plus grand massacre de l’histoire.
Il ne s’agit pas des prédations de Gengis Khan mais de celles complètement inattendues d’un clerc de notaire ou d’un préparateur en pharmacie. C’est là où l’analyse d’Hannah va bouleverser la grille de lecture de toute l’anthropologie politique. Son analyse n’en n’est que plus fulgurante, son actualité que plus oppressante mais avérée. Pour avoir osé s’en tenir à la seule analyse philosophique en se dégageant du jugement politique sa propre communauté l’avait conspuée violemment et isolée. Il est vrai aussi que dans le même temps elle avait sans doute maladroitement en raison de la proximité du drame de la Shoa mis en cause l’ambigüité de quelques chefs de la communauté pendant la dite période. On comprend la réaction d’incompréhension de ses proches à peine rescapée du drame.
Mais le reproche violent était fondé sur le fait qu’Hanna démonstrusait et faisait de ce chef SS un homme comme tout le monde. Pour Arendt la lancinante question de sa vie sera la question du mal alors que pour sa communauté seule comptait le jugement sur le monstre.
Il lui fallut un immense courage moral pour elle juive, rescapée de la Shoa pour ne pas abdiquer intellectuellement devant le fait qu’un nazi n’est pas forcément un être ivre de sang, jouissant de la souffrance de ceux qu’il haïssait.
Sa thèse sur la banalité du mal n’en n’est devenue que plus effroyablement pertinente et cruellement contemporaine. A mon avis ses détracteurs dont on comprend parfaitement les blessures profondes ont témoigné d’une incompréhension de sa démarche philosophique parce que pour eux le débat pour eux ne pouvait pas être de cette nature. Et pourtant en vulgarisant la figure du monstre Ils ne réalisaient pas qu’Arendt pointait l’énormité du drame. En affirmant la banalité du petit bourgeois méthodique et obéissant dans la gestion de l’impensable, Hannah invitait à comprendre l’extrême perversité d’une humanité grise et paisible qui abdique toute pensée autonome. Elle alertait l’opinion sur la capacité d’adhésion tranquille de la majorité des hommes à l’absurde lorsque l’absurde est normalisé par une administration soutenue par le droit et la mise en condition d’un peuple qui se refuse de penser. Le propre de l’homme c’est de penser et refuser de le faire l’amène à nier son humanité. Niant son humanité il devient un monstre. Son appel est d’une tragique actualité.
 
L’exécution des trisomiques
Le second exemple interpelle sur l’acte qui supprime les enfants trisomiques dans les hôpitaux européens détectés par amniocentèse. L’autorisation de la suppression est valable  jusqu’au neuvième mois. 95% de ceux qui sont détectés sont détruits. C’est une pratique courante dans tous nos services de santé.
Hors cette pratique confortée par le droit trouve son origine dans la décision personnelle d’Hitler qui fera voter plusieurs lois et signera plusieurs décrets dès 1933 connus sous l’appellation "Aktion T 4". Ce programme d’euthanasie pour les malades mentaux et pour les personnes dont les vies "ne valaient pas la peine d’exister" (sic) a suscité au départ une sérieuse opposition du corps médical allemand. Hitler exigera en 1940 d’accélérer le processus "pour éviter disait-il, que la mort au combat de jeunes gens beaux et sains soient remplacés par des handicapés qui pèseraient sur les finances et deviendraient un handicap pour le Reich".
Avant l’heure le führer avait le souci de l’équilibre des comptes de la sécurité sociale !
Le statut d’homme est nié à ces enfants comme les médecins des camps niaient à tout juif sa nature humaine. Cette négation d’humanité est si forte que lorsque le lumineux film "Dear future Mom" diffusé sur les télévisions présentait l’extrême délicatesse et la joie de ces enfants le CSA a essayé de le faire interdire au prétexte que cela pourrait déstabiliser des personnes qui n’auraient plus leur liberté psychologique suffisante pour supprimer ou accepter un enfant atteint de ce handicap.
Je ne crains pas en raison de la forte légitimité acquise comme patron d’ONG ayant reçu le prix des Droits de l’Homme de la République française de rapprocher cette négation à l’humanité des faibles aujourd’hui de ceux en cours chez les nazis avant-hier chez les khmers rouges hier. 
 
Pendant son procès  Duch, le directeur de la prison S 21 à Phnom Penh "traitait" les déviants "par compassion".
Rithy Pan confronté à ce dernier comme l’a été Hanna Arendt à Eichmann dit sa stupéfaction devant ce bourreau ordinaire, sans charisme et sourcilleux des détails de forme que devait respecter son procès. Ce dernier affirmait aux familles des condamnés que ceux-ci n’auraient pas été heureux dans le monde socialiste qu’on lui avait demandé de construire (sic). Il tenait une comptabilité très précise des exécutions qu’on lui ordonnait.
Il faut se souvenir qu’à l’époque le journal Libération soulignait la joie de ce peuple qui recouvrait sa liberté et jugeait scandaleusement calomnieuses les informations faisant état des exécutions de masse allant jusqu’à justifier le silence de mort qui s’abattait alors sur Phnom Penh : "Les révolutionnaires ont sans doute des choses autrement importantes à faire que de permettre aux journalistes de faire leur travail".
 
Lorsqu’on lit "le Portail" de François Bizot on découvre chez le bourreau de S21 un homme qui par moment se découvre sensible. Pendant son procès il est parfois empreint d’urbanité. Duch est un homme comme Eichmann, banal, un peu misérable lorsqu’on le voit dans son box. Il justifie sa position comme un fonctionnaire rigoureux et appliqué. Personnage ordinaire et sans génie presque scrupuleux un peu comme les élèves moyens qui travaillent à plein régime en surchauffe, avec application pour se maintenir au niveau.
Ce mal nécessairement administratif et légal est à la portée de n’importe quel médecin et vécu sans drame de conscience par la plupart de nos contemporains qui ont laissé la loi penser à leur place.
 
L’euthanasie compassionnelle
Dans le troisième exemple je monte encore d’un cran dans la provocation qui chez moi n’est pas un jeu d’adolescent mais un désir de provoquer une réaction salutaire à notre civilisation. Lorsqu'on voit des infirmiers se promener en camionnette dans les rues de Bruxelles pour proposer l’euthanasie "dans la dignité". Quand le roi-tout chrétien soit-il- qui, certainement pour éviter de plonger son pays dans le chaos des violences séparatistes en abdiquant, signe la loi autorisant l’euthanasie des enfants on comprend pourquoi Hannah Arendt développe avec une pertinence intellectuelle fulgurante le concept de la banalité du mal. Il est symptomatique que l’ancien ministre des affaires étrangères de M. Sarkozy ait voulu interdire le terme euthanasie parce qu’il faisait irrévocablement penser à Etat nazi. Comme quoi un mot peut rapprocher opportunément une référence historique avec une pratique qui caractérisait un état ! Je ne crois pas au hasard ni notre ancien ministre non plus.
La banalité du mal invoque toujours une raison d’état, une raison compassionnelle, un bien commun supérieur au bien de l’enfant, du malade voire le bien et du malade et le bien de la société. Pour excuser les dérapages de ce qu’on peut appeler un crime légal on considère les très nombreuses personnes euthanasiées pourtant guérissables ou l’ayant refusées comme "des dégâts collatéraux" inhérents à la pratique d’un bon principe ! Le mal a toujours son excuse. Je vous tue pour votre bien même si croyez-moi je le regrette !!! Jamais le sic locutus est leo.
 
Les arrestations de masse et les gazages d’innocents
Le quatrième exemple serait considéré comme outré s’il ne révélait pas l’acclimatation progressive à un totalitarisme qui refuse de plus en plus ouvertement toute pensée critique autonome le contestant.
Sans vouloir confondre les massives arrestations illégales de l’an passé et les épreuves subies par les contestataires du monde communiste, je trouve une analogie entre les mobiles des exécuteurs de basse œuvre des régimes totalitaires et l’état d’esprit des fonctionnaires de notre pays. L’avertissement d’Hannah Arendt est à retenir dès que les premiers symptômes d’une violence disproportionnée de l’autorité se manifestent. 
En effet, j’ai en mémoire vingt fois les aveux des CRS, lors des manifestations contre la Loi Taubira. Après avoir copieusement arrosé de gaz des enfants et des vieilles personnes, ils se justifiaient : "Vous savez, beaucoup d’entre nous sont d’accord avec vous mais on a reçu des ordres !" Ils auraient reçu l’ordre de tirer à balles réelles, ils auraient tiré. Je n’ai aucun doute. L’histoire le prouve. Sans doute auraient-ils été affectivement désolés mais le soir devant la soupe qu’ils auraient partagée avec leurs enfants ils n’auraient eu aucun remord, pas plus que les policiers qui ont emmené en leur tenant la main les enfants juifs au vel d’hiv "… on a reçu des ordres".
Comment oser faire une telle comparaison ? Parce que malheureusement les CRS d’aujourd’hui sont dans les mêmes dispositions mentales que les policiers de l’occupation. Ils ne sont pas plus méchants, tout aussi banaux et aussi scrupuleusement obéissants aux ordres de leurs officiers qui, eux sont tout aussi obéissants à leur préfet qui lui est tout aussi obéissant au ministre de l’intérieur.
Les foules, bon enfant, innocentes et désarmées ne les ont pas dissuadés de gazer des landaus lors de la manifestation du 24 mars.
Cela je ne l’oublierai pas.
Que je fasse hurler ceux qui m’accuseront d’amalgame, je suis pourtant convaincu de l’unité de référence entre ceux qui pratiquent l’obéissance par compassion, par référence à l’ordre ou par décision administrative. La frontière des consciences est infime… l’abdication de la pensée est considérable.
 
La condamnation se limite à l’idéologie mais refuse de condamner ses pratiques.
La seule faute reprochée à Duch et à Eichmann n’est même pas d’avoir "travaillé" de façon industrielle et consciencieuse à éradiquer des masses non autorisées à vivre mais de travailler pour des idéologies honnies condamnées par le tribunal de l’Histoire. A mon avis c’est le seul fondement de l’acte d’accusation.
Pendant trente années d’engagement humanitaire j’ai rencontré beaucoup d’hommes au passé terrible et sanglant. Plusieurs d’entre eux sont de bons pères de famille, aujourd’hui recyclés dans l’administration de leurs pays voire dans l’action humanitaire, généreux et parfois faisant le bien. Non pas à la suite d’une conversion paulinienne ou de celle qui a touché le bon larron mais seulement parce que les circonstances ont changé !
 
Je peux dérouler des listes de ces meurtriers consciencieux qui aujourd’hui coulent des jours paisibles au milieu des populations qu'hier ils terrorisaient et dont ils sont les attentifs protecteurs aujourd’hui. 
Combien de pédophile parlementaire aujourd’hui, réalisateur de cinéma, ancien ministre, écrivain connu coulent aujourd’hui des jours heureux dans la vénération des médias et la cour des élus ?
Duch le compassionnel assassin en série qui agit par respect aux ordres de l’Angkar, Eichmann qui tenait pathétiquement à honorer le serment qu’il avait fait au Führer, les législateurs qui acceptent que le corps des jeunes filles pauvres soient mis à la disposition des saphistes en mal d’enfants révèlent l’adhésion permanente à la banalité du mal dont Duch et Eichmann et nos juristes d’état ont été et sont les plus scrupuleux acteurs. 
 
La GPA
Et cela m’amène à mon cinquième exemple où la banalité du mal prend une dimension à l’échelle du monde.
J’ose l’écrire parce que je suis directement concerné par la réduction des adolescentes en usine de reproduction. C’est un crime qui devrait être poursuivi devant le TGI. L’asservissement et l’instrumentalisation des corps pour l’assouvissement de la perversité des riches appartiennent à la même culture idéologique que celle dont le nazisme se réclamait pour le confort des übermensch. Il s’agit de nier à certaines personnes sous prétexte de race ou de niveau de vie leur dignité intrinsèque d’être humain et donc le droit à l’intégrité de leur corps. Vouloir les éliminer dans un cas parce qu’ils pèsent sur une société ou vouloir transformer les pauvres adolescentes en chair à reproduire appartient à la même philosophie que celle qui a présidé à "l’Aktion T4".
 
Le crime d’état est sous la protection de textes réglementaires, votés par des bourgeois compassionnels pour les riches. Il est inculturé dans la conscience populaire. Nos peuples sont hypnotiquement sous contrôle. Ils admettent que c’est par esprit de justice que des américaines saphistes puissent subordonner des filles pauvres afin que celles-ci livrent leur corps pour leur jouissance personnelle. Cela n’enlève en rien à l’horreur de telle pratique.
Les sommes en jeu sont considérables. Plusieurs dizaines de milliers d’euros dont ces enfants ne toucheront que quelques centimes. Leur parcage dans des "lebensborn" en rappelle d’autres. Il y a là quelque chose d’odieux devant lequel une population qui se targue d’être les chantres des droits de l’Homme abdique sa capacité à penser 
Ce n’est pas parce que des perversités ne se réclament plus d’une idéologie abhorrée qu’elles en sont plus légitimes. 
Le mouvement considérable qui s’est soulevé le 13 janvier 2014 est d’ordre philosophique et bien sûr anthropologique ; il amorce une résistance eschatologique qui aura raison de ces pratiques dont la théorisation est née au milieu du XXème siècle.
La croix de Lorraine semble plus que jamais notre insigne et ce n’est pas un hasard si celui qui l’a saisie contre le Mal de notre histoire ait été père d’une enfant handicapée.
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