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Chute record de popularité : est-ce vraiment "normal" ?
 
Le président de la République connaît une chute record de sa popularité (-10%), de 62% à 52% en un mois selon VSD, c’est-à-dire encore plus forte et plus spectaculaire que celle de tous les anciens chefs de l’Etat avant lui. M. Hollande affirme que le phénomène est "inévitable". Pour la plupart des commentateurs, les choses sont "normales". A mes yeux, cette banalisation est au contraire inacceptable.  Elle marque le début d’une débâcle déjà annoncée depuis déjà longtemps. Elle est le signe d’un monstrueux dévoiement des institutions de la République, qui s’accélère de décennie en décennie et précipite la vie politique dans un abîme d’impuissance.
Le chef de l’Etat est en principe élu par le peuple sur un acte de confiance et d’adhésion. Il est l’homme du destin. Dès lors que la confiance s’effondre juste après avoir été accordée, les Français sont victimes d’un dol comme disent les juristes. En principe, le rôle du président est d’incarner le pays, son avenir, sa grandeur, son prestige international, sa sécurité, son destin, dans un esprit d’unité, de sagesse et de vision, de lui donner un cap. C’est cela un chef de l’Etat et rien d’autre. Son premier devoir est d’être populaire, c’est-à-dire reconnu et source d’estime et de confiance. Un président malaimé, voire rejeté par le peuple est le signe d’une rupture de la confiance. Il revient en revanche au Premier ministre et à son gouvernement de définir, d’exprimer, de mettre en œuvre et d’assumer une politique, donc l’impopularité, avec le soutien et sous le contrôle de l’Assemblée nationale. D’où la distinction entre les fonctions de chef de l’Etat et de Premier ministre ou de gouvernement, vitale pour le bon fonctionnement de la politique nationale.
 
Mais tout se mélange, tout se confond dans le grand faisceau d’une surexposition médiatique et un étrange courant de bêtise et d’inculture politique notamment dans les plus hautes sphères de l’Etat. Le régime de culte de la personnalité dont la France s’enivre, la France médiatique, politique, élitiste, cette idée qu’un reflet médiatique, l’image du visage d’un homme concentre à elle seule l’ensemble de la responsabilité publique est la porte ouverte vers l’impuissance, l’humiliation et la déchéance. Elle a l’avantage de la facilité, de la simplicité, mais relève de la plus totale illusion : dans nos société complexe, un seul homme ne maîtrise presque rien. Elle donne l’illusion de l’autorité et de l’efficacité. Mensonge grossier et vulgaire : en précipitant le visage, censé incarner le pouvoir, dans un abîme d’impopularité (censé être responsable de tout), elle condamne la politique française à la défiance, au dégoût, au rejet populaire, donc inévitablement à la crise d’autorité et de confiance et au gouffre de l’échec permanent. Le même passage de l’idolâtrie hébétée au statut de bouc émissaire national se reproduit, de présidence en présidence, désastreux pour le moral des Français et l’autorité de l’Etat, dans l’aveuglement général… Une lueur de lucidité peut-elle un jour jaillir de quelque part ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 23 juillet 2017
Publié dans Du côté des élites
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Les trois techniques d’investissement
Dans le fond, il n’y a que trois façons de gagner de l’argent.
La première consiste à acheter un actif quand il n’est "pas cher" et à le vendre quand il est "cher". En termes techniques, on appelle ca "jouer le retour a la moyenne". L’un des bons exemples de cette façon de procéder consiste à comparer les performances historique du ratio entre les indices des bourses françaises et américaines, dividendes réinvestis et dans la même monnaie.

 


Les marchés financiers servent à mesurer la rentabilité du capital investi à tout moment. Sur le long terme, la rentabilité des sociétés françaises et américaines doit être la même et donc le ratio ne peut pas avoir de tendance, sinon, en l’absence de contrôle des changes, tout le capital disponible irait dans le pays à la plus forte rentabilité, ce qui ferait monter le taux de change du pays le plus profitable et donc ferait baisser la rentabilité du capital dans ce pays.
Comme on le voit, depuis 1970 le ratio des indices des deux marchés n’a en effet aucune tendance (ligne jaune qui est parfaitement horizontale)… ce qui n’empêche pas  le ratio des indices (ligne noire) de s’écarter massivement de la moyenne de temps en temps, pour des raisons en générale politiques comme en 1981 ou en 2016. Ce sont ces écarts dus à des paniques qu’il faut savoir utiliser à bon escient…
Par exemple, en ce qui concerne le dernier cycle, en 2008-2009, il fallait acheter la bourse américaine et vendre la bourse française, pour jouer le retour à la moyenne. Depuis le début de 2017, il fallait faire le contraire, vendre les USA et acheter la France.
En fait, depuis 1970, il y a eu sept grandes occasions d’acheter la France en vendant les USA et six occasions de faire le contraire, c’est-à-dire une occasion d’arbitrer à peu près tous les quatre ans.
 
La deuxième façon de gérer son argent est elle aussi très connue et consiste à "suivre le mouvement" : si "ça" monte j’achète, si "ça" baisse, je vends. Pour déterminer le sens du mouvement, les partisans de cette méthode utilisent des concepts tels celui de la moyenne mobile. Prenons l’or par exemple pour lequel il est difficile de faire une analyse objective de ce que serait sa valeur intrinsèque et comparons son cours journalier avec sa moyenne mobile à quatre ans par exemple.

 
 
Le raisonnement est simple : si le cours de l’or est inférieur à sa moyenne mobile à quatre ans (pourquoi quatre ans ? parce qu’historiquement, c’est ce qui a marché le mieux et donné le moins de faux signaux), l’or est structurellement orienté à la baisse et ce n’est pas la peine d’en avoir. Dans le cas contraire, en avoir peut se justifier. Il est intéressant de constater que le cours est aujourd’hui à 1241 $ par once et la moyenne mobile à 1245 $, soit a 4 $, ce qui n’est rien. La période négative pour l’or qui avait commencé en Décembre 2012 est peut être en train de toucher à sa fin… Et comme le dollar baisse…
A surveiller, de près… Ceux qui suivent cette technique n’achètent jamais au plus bas mais ne se font que très rarement prendre dans des énormes gamelles.

 
La troisième façon de gagner de l’argent en bourse est d’emprunter à un taux bas pour acheter quelque chose qui rapporte plus. Par exemple, j’emprunte à 2 % auprès de ma banque pour acheter une action qui me donne un dividende de 4 %… C’est de loin la technique la plus dangereuse tant la dette est certaine et le dividende incertain (il peut être supprimé à tout moment). Mon expérience personnelle a été qu’il est très difficile de s’enrichir avec l’argent des autres. Je déteste la dette, je dois le confesser, tant la dette est une atteinte à ma liberté individuelle. Pourtant, c’est cette technique que les banques centrales ont favorisé massivement depuis 2002 en maintenant des taux très bas, qui bien sûr n’ont en rien favorisé la croissance économique mais ont certainement aidé les riches à devenir plus riches, puisque que comme tout un chacun le sait, les banques ne prêtent qu’aux riches… et les banques centrales sont elles bien embêtées : si elles retirent maintenant leur soutien aux marchés, ils risquent de se casser la figure. Et si elles ne le retirent pas, des émeutes sont à craindre et ils risquent d’être pendus.
 
Le lecteur aura compris qu’en ce qui me concerne, je suis instinctivement un partisan de la première méthode et que je n’hésite pas à utiliser la deuxième pour affiner mon "timing". Le lecteur aura compris aussi que j’ai la plus grande répugnance à utiliser la troisième tant l’idée de m’endetter me rend mal  à l’aise. Un vieux fond paysan sans doute…
En ce qui concerne son portefeuille, le lecteur aura compris que le conseil de sortir des Etats-Unis pour investir ailleurs reste valable et que le moment de surveiller le cours de l’or, à tout hasard, est sans doute arrivé. Tout mouvement de hausse du métal jaune à partir du cours d’aujourd’hui déclencherait en effet un signal d’achat que chacun décidera de suivre -ou de ne pas suivre- selon qu’il est un "momentum player" ou pas…

La deuxième question qu’il nous faut maintenant traiter est : quels sont les actifs qu’il faut acheter parce qu’ils sont très en dessous de leur valeur théorique et quels sont ceux qu’il faut vendre.
A l’achat sur les monnaies je ne trouve guère que le yen et un peu moins la livre sterling. En ce qui concerne les marchés obligataires, à l’achat, je mets la Russie, l’Inde, l’Indonésie. En ce qui concerne les marchés des actions, toujours à l’achat, à peu près tout sauf les USA et l’Allemagne, avec une préférence pour les exportatrices en Grande-Bretagne, l’Asie du Nord et du Sud Est et le Japon.
En ce qui concerne les placements à éviter à tout prix : toutes les obligations de la zone euro qui n’offrent plus aucun rendement et souffrent même de rendements négatifs ici ou là, et en plus dans une monnaie qui n’est plus sous-évaluée depuis sa hausse récente.
Pour les actions américaines, sans être exagérément négatif, je préfère être ailleurs.
Passons au momentum.
En ce qui le concerne la plupart des marchés sont bien orientés et n’apparaissent pas dans une situation très dangereuse, quoique ces choses-là puissent se retourner très rapidement.

Et enfin, pour ceux intéressés par les techniques de portage (carry trade), les marchés les plus vulnérables sont sans doute les obligations de sociétés aux USA tant de nombreux fonds spéculatifs voir même des particuliers ont massivement emprunté pour toucher un rendement supérieur au cout de l’emprunt. Si tout le monde veut sortir à la fois, la porte risque d’être étroite et ce d’autant plus que les grandes banques centrales semblent vouloir arrêter les distributions d’argent gratuit

Conclusion
Préférez les actions en dehors des USA, sauf en Allemagne, ayez vos obligations en Asie tout cela n’est pas bien neuf. La seule addition consiste à surveiller le cours de l’or qui offre une configuration technique intéressante en ce moment Je n’aime pas l’or, mais s’il se met a monter, je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas participer.
Bonne chance et n’oubliez jamais que la première position que vous devez vendre sera celle qui vous empêche de dormir parce que vous avez déjà trop perdu.
Vous gérez un bilan et non pas un compte d’exploitation. Vendez à perte si nécessaire vos mauvaises décisions. Gardez le reste

Paru sur Institut des Libertés, juillet 2017
Publié dans A tout un chacun
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Les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité
 
Le Conseil d’État, saisi par l’association Anode qui regroupe les fournisseurs de gaz concurrents d’Engie (la société qui a pris la suite de Gaz de France), lui a donné raison : le maintien de tarifs réglementés pour le gaz naturel par le décret du 16 mai 2013 est contraire au droit européen, et de ce fait ce décret est annulé. Sachant que ce texte ne couvre que la période allant de sa publication à fin 2015, et que le Conseil d’État n’oblige pas Engie à revoir rétroactivement les contrats et à rembourser une partie des sommes encaissées, la décision est en elle-même platonique : la haute juridiction a sagement jugé que "l’incertitude grave qu’aurait fait naître l’annulation [des contrats Engie à tarif réglementé] sur la situation passée de plusieurs millions de consommateurs" excluait une telle révision. Les tarifs réglementés actuels, relevant d’un autre décret, ne sont pas davantage révisables.
Cette forte dépense d’énergie judiciaire, sans déboucher sur des corrections pour ce qui est du passé, met pour l’avenir les pouvoirs publics français au pied du mur : il va leur être difficile de persévérer dans la voie des tarifs réglementés. Cela pose la question : le passage à une tarification de marché, fluctuante comme un indice des prix de marché du gaz, est-il une bonne chose ?
 
Contrats à long terme versus achats au coup par coup
Il existe deux façons de s’approvisionner en gaz : les contrats à long terme, généralement conclus "de gré à gré" entre un producteur et un gros acheteur ; et les achats au coup par coup, qui passent le plus souvent par un intermédiaire de marché. Les contrats à long terme permettent aux producteurs, aux livreurs-vendeurs (dont Engie) et aux consommateurs de sécuriser débouchés, approvisionnements et prix pour plusieurs années. Rendre obligatoire les achats au coup par coup rend impossible cette relative stabilité des prix : si le prix du gaz à la production s’envole, les livreurs-vendeurs doivent répercuter cela dans leurs tarifs ou subir des pertes ; et si ce prix chute, ils sont contraints par la concurrence de diminuer les tarifs sur la base desquels ils s’efforcent de fidéliser et d’augmenter leur clientèle.
En recourant à des contrats à long terme, producteurs, livreurs-vendeurs et utilisateurs bénéficient donc d’une assez bonne stabilité des prix sur des périodes de quelques années. Bien entendu, les prix sont amenés à changer de temps à autre, parce que les coûts de production évoluent au fil des ans ; mais ces changements sont beaucoup moins fréquents que ceux des prix de marché qui évoluent de minute en minute.
Des modifications minimes au niveau de la production, de la consommation, et des anticipations des agents peuvent engendrer des variations immédiates et importantes des prix sur les marchés "spot", ceux où l’on conclut des ventes pour livraison rapide, et plus encore sur les marchés à terme et les options. Ces marchés de contrats souvent alambiqués sont généralement présentés comme permettant de réduire l’incertitude concernant les achats futurs, mais en fait ils produisent eux-mêmes une grande partie des risques contre lesquels ils offrent une protection, car ils se prêtent merveilleusement à la spéculation. L’organisation et le fonctionnement de ces marchés mobilise en pure perte des ressources humaines et technologiques très importantes.
 
Industriels versus marchands
Les contrats à long terme peuvent comporter des clauses d’ajustement : l’acheteur peut par exemple se faire accorder la possibilité d’obtenir des livraisons supplémentaires ou de réduire ses achats ; le vendeur peut obtenir des clauses de modification des prix dans certaines circonstances. Mais cette souplesse, indispensable puisque tout ne peut pas être prévu des années à l’avance, intervient dans le cadre d’un partenariat durable. Certains mois, le producteur livrera du gaz à des conditions moins rémunératrices que celles du marché spot, mais d’autres fois il recevra davantage : l’important est que, sur la durée, son activité soit rentable.
Avec les achats et ventes au coup par coup, la volatilité est beaucoup plus importante, et il n’y a pas de coopération entre partenaires : il existe un prix pour chaque transaction, et les prix peuvent varier très rapidement, en fonction de l’offre et de la demande qui sont pour une part importante spéculatives. En l’absence d’ajustements de type partenarial entre acheteurs et vendeurs ayant noué des relations à long terme, les contrats se succèdent à des prix qui peuvent évoluer très rapidement. Les échanges sont de type bousier : beaucoup d’acteurs achètent, non pas pour se servir du gaz dont ils deviennent ainsi propriétaires, mais pour le revendre avec une plus-value, si possible rapidement et sans en prendre livraison. Les opérations à terme, les "produits dérivés", se multiplient. Aux industriels qui achètent des options d’achat pour sécuriser leur prix de revient s’ajoutent non seulement des producteurs qui font l’opération réciproque (vente d’options d’achat, ou achat d’options de vente), mais aussi des financiers qui achètent et vendent des produits dérivés uniquement pour retirer des bénéfices de ce commerce.
Les acteurs de marché qui se comportent en financiers, et non en industriels, ont intérêt à ce que les transactions se réalisent le plus possible par leur intermédiaire, puisqu’ils en vivent ; ils cherchent donc à mettre des bâtons dans les roues des contrats à long terme. Pour ce faire, ils ont trouvé des alliés dans les politiciens et hauts fonctionnaires européens, qui ne jurent que par les marchés. L’Union européenne est devenue l’une des trois ou quatre grandes prêtresses de la religion du "tout marché", dont le dogme principal est que l’échange marchand doit occuper la totalité de la sphère de l’échange.
La réglementation européenne qui a permis à l’Anode d’attaquer en justice Engie, ex Gaz de France, est typique de ce refus d’accepter des échanges basés sur une coopération à long terme entre producteurs et distributeurs, échanges qui permettent aux consommateurs de bénéficier de prix assez stables. La période est propice, puisque les prix de marché du gaz sont bas, si bien que les distributeurs qui ne sont pas engagés dans des contrats d’approvisionnement à long terme peuvent vendre moins cher qu’Engie – pour peu qu’ils puissent utiliser son réseau de distribution.
 
Le monopole du marché est inefficace et inique
En effet, les sociétés qui vendent du gaz aux ménages français sont autorisées à se comporter comme les coucous qui, dit-on, au lieu de se construire des nids, utilisent ceux des autres oiseaux. Sans canalisations, la vente de gaz est limitée aux bonbonnes et au remplissage de réservoirs – qui ne vont pas sans poser quelques problèmes, de place et de sécurité. Le réseau existe, c’est celui de GDF, et il s’agit là d’un monopole naturel qui, moyennant une surveillance des prix par les pouvoirs publics (les fameux "tarifs réglementés"), fonctionne assez bien. Ce monopole naturel ne pouvait être battu en brèche que par un monopole artificiel, celui du marché, auquel il va devenir obligatoire de recourir. Si l’on en croit Les Echos du 20 juillet, l’un des ministres concernés, Nicolas Hulot, en a déjà pris son parti, disant à une audition au Sénat : "il faudra se plier aux injonctions de Bruxelles concernant les tarifs de gaz et d’électricité".
Les marchés constituent une forme d’échange intéressante, la plus efficace dans bien des cas, mais il n’existe aucune raison valable pour que les pouvoirs publics se fassent leurs promoteurs au détriment des autres formes d’échange. En agissant ainsi, nos gouvernants oublient un principe plus important, qui est la concurrence. Les formes non marchandes de l’échange doivent pouvoir concurrencer le marché à armes égales. L’État a certes à de nombreuses reprises, par le passé, abusé de son pouvoir pour limiter l’extension des marchés, mais ce n’est pas une raison pour qu’il commette maintenant l’injustice diamétralement opposée. Certains monopoles sont justifiés ; nous y perdrons s’ils sont supprimés sans autre raison que la propension des hommes politiques à enfourcher des dadas auxquels l’onction bruxelloise donne un label politiquement correct.

Envoyé par l'auteur, 24 juillet 2017
Publié dans A tout un chacun
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Le crépuscule des néoconservateurs

CHRONIQUE -
Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le mouvement néoconservateur - qui met la démocratie au-dessus de la paix -, né en Amérique en même temps que le reaganisme et sa lutte contre "l'Empire du Mal", a eu pour père spirituel un ancien militant trotskiste, William Kristol. Et son premier parrain politique, le sénateur Jackson, est venu du Parti démocrate. En 1996, Bill Kristol et Robert Kagan affirment, dans un article intitulé "Vers une politique étrangère néoreaganienne", que "les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l'Amérique sont presque toujours en harmonie". Cette réapparition de la morale en politique étrangère vient détrôner la doctrine Kissinger, qui privilégiait jusque-là l'impératif de la paix, toujours fondée sur la diplomatie classique et le maintien de l'équilibre des forces.

En 1997, les néoconservateurs Bill Kristol, Richard Perle et Paul Wolfowitz créent le "Project for the New American Century", destiné à maintenir l'hégémonie américaine sur la planète en empêchant l'émergence de toute puissance rivale et à créer un nouvel ordre mondial fondé sur le consensus moral, quitte à multiplier les interventions militaires en organisant des coalitions ad hoc. C'est le retour d'un wilsonisme particulier, le "wilsonisme botté", pour reprendre la brillante formule de Pierre Hassner.
Aux côtés de ces intellectuels figurent des hommes politiques du Parti républicain comme
Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Cette génération et ces idées seront propulsées au sommet de l'exécutif américain lorsque arrive à la Maison-Blanche, en janvier 2001, George W. Bush (qui ne partage pas les vues metternichiennes ou kissingériennes de son père). Mais elles se seront déjà manifestées dans le passage de Madeleine Albright au Département d'État, qui n'a que mépris pour le vieux système onusien interdisant l'ingérence des puissances dans les affaires intérieures des États membres. L'intervention militaire unilatérale de l'Otan au Kosovo foule-t-elle aux pieds la charte de l'Otan (purement défensive) et celle de l'ONU (qui exige un accord du Conseil de sécurité avant de lancer une guerre)? En vraie néoconservatrice qu'elle est, Madeleine Albright n'en a cure, qui souhaite faire prévaloir dans les Balkans sa conception de la justice.

Ce messianisme démocratique se retrouve dans les deux longues guerres que lancera George W. Bush. Je ne compte pas parmi elles la première guerre d'Afghanistan, qui est imposée au président américain par les attentats du 11 septembre 2001: le 7 octobre la guerre commence contre le régime des talibans, qui est chassé de Kaboul le 13 novembre. Ivres d'un succès aussi rapide, les Occidentaux qui organisent une grande conférence sur l'avenir du "Royaume de l'Insolence" à Francfort le 5 décembre 2001, promettent de reconstruire, de démocratiser et de développer l'Afghanistan. Ils confient cette tâche aux soldats de l'Otan, oubliant que le paysan afghan n'a jamais aimé croiser sur ses terres des soldats étrangers en armes. Plutôt que fonder le nouveau pouvoir sur la Loya Jirga (assemblée traditionnelle des chefs de tribu et des oulémas), on prévoit une élection du président au suffrage universel, dans un système à deux tours, qui ne fonctionnera jamais…
C'est le même messianisme démocratique qui fonde l'invasion militaire de
l'Irak de Saddam Hussein en mars 2003: les néoconservateurs siégeant autour de Bush nous expliquent qu'ils vont créer un "Grand Moyen-Orient démocratique", lequel engendrera mécaniquement la paix entre Israël et ses voisins arabes.
L'enlisement de l'Otan en Afghanistan et l'extraordinaire chaos créé en Mésopotamie par l'intervention militaire anglo-saxonne vont sonner le glas de la pensée néoconservatrice aux États-Unis. En adressant un message d'ouverture au peuple iranien et au gouvernement des mollahs deux mois après son investiture, le président Obama montre qu'il n'a strictement rien d'un néoconservateur.
Mais, entre-temps, l'école néoconservatrice américaine a fait des émules en Europe. Au Quai d'Orsay, sous les mandats Sarkozy et Hollande, le réseau des néoconservateurs est devenu si puissant et si bien organisé que leurs collègues diplomates l'appellent désormais "La Secte".

La pensée néoconservatrice, c'est-à-dire la soumission de la politique étrangère à une vision moraliste du monde, va être à l'origine de
la destruction par la France en 2011 du régime Kadhafi en Libye, et de la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie en 2012. Notre wilsonisme botté va atteindre un sommet en 2013, lorsque la DGSE livre des armes aux "rebelles modérés" de l'Armée syrienne libre (lesquelles se retrouvent très vite aux mains d'al-Qaida, soit vendues, soit saisies), puis lorsque le président Hollande annonce qu'il va faire la guerre au régime de Bachar al-Assad, avant de renoncer à cause du lâchage des alliés britannique et américain.
Aujourd'hui, la doctrine néoconservatrice a sérieusement du plomb dans l'aile, à Washington, à Londres, à Paris. Les trois puissances occidentales capables moralement et matériellement de se battre outre-mer ne sont plus disposées à le faire que contre leur ennemi principal, c'est-à-dire contre le djihadisme islamiste, qui tue leurs enfants, dans leurs rues. Elles ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde. Elles ont renoncé au rêve des néoconservateurs qui, sans en avoir forcément conscience, avaient renoué avec la "mission civilisatrice de la colonisation", chère à Jules Ferry. Elles veulent revenir à la diplomatie classique, qui ne soumet pas le dialogue à la vertu de l'interlocuteur. Elles veulent défendre leurs intérêts, ainsi que la paix dans le monde, à laquelle elles accordent un statut d'intérêt suprême.
Emmanuel Macron n'a pas plus d'affinités électives avec Bachar al-Assad que n'en avait François Hollande. Mais il pense, à raison, que tout processus de paix en Syrie excluant Bachar n'a aucune chance d'aboutir. Et qu'en diplomatie, il faut faire passer l'efficacité avant la leçon de morale.
Paru sur Figarovox, 17 juillet 2017

Publié dans De par le monde
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L’honneur de la France
 
Dimanche dernier, le Président de la République a commémoré l’arrestation, les 16 et 17 juillet 1942, de treize mille Juifs par la police parisienne, leur internement au Vel d’Hiv et leur livraison à l’occupant allemand. Il est juste que les plus hautes autorités de l’Etat manifestent par leur présence, le regret et la douleur de la nation devant cet acte cruel. Nous savons aujourd’hui que ces déportés ont presque tous péri dans les camps de concentration nazis.
Mais Emmanuel Macron a cru bon de faire plus. Reprenant un thème initié par Jacques Chirac en 1995 et développé par François Hollande en 2012, il a affirmé que la responsabilité de la sinistre rafle retombait exclusivement sur notre peuple. Il a fustigé une salissure indélébile sur notre honneur national : "C’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation". "Pas un seul Allemand n’y prêta la main".
     
Dans le demi-siècle qui a suivi la guerre, cette interprétation ignominieuse de l’événement en question a été repoussée par tous les responsables de l’Etat. De Charles de Gaulle à François Mitterrand, ils ont fait la distinction entre la France, qui s’opposait à l’occupant, et quelques Français dévoyés qui collaboraient avec lui. Une autre génération est aujourd’hui au pouvoir. Elle se croit meilleure juge de notre histoire que ceux qui l’ont faite. Elle affirme s’appuyer sur les recherches historiques les plus récentes pour rétablir la vérité.
Si faible que soit ma voix, je veux dénoncer ce qui est aujourd’hui un mensonge officiel. Il m’est insupportable que quiconque et surtout le chef de notre propre Etat, porte des coups à la dignité de la France. Certes, comme l’a dit le même Macron, un peuple se grandit quand il reconnaît les fautes qu’il a commises. L’Allemagne nous en donne l’exemple. Mais imputer à notre patrie un crime dont elle est innocente, c’est l’humilier et l’abaisser.
Pour prouver la culpabilité nationale, le Président nous présente un raisonnement simple. Les ordres d’arrestation sont venus de Vichy. Or "Vichy était le gouvernement de la France". Donc la France est responsable de la rafle.
       
Jusqu’en 1995, pareille énormité aurait scandalisé l’opinion publique. Jacques Chirac avait veillé à en atténuer l’effet en proclamant l’existence de deux France, l’une à Vichy, l’autre à Londres, l’une mauvaise, l’autre bonne. L’héroïsme de la seconde ne rachetait pas le crime de  la première mais il lui était une sorte de contrepoids. Sarkozy et Hollande ont repris cette thèse embrouillée et contradictoire sans rien y changer.  Macron ne s’embarrasse plus des précautions de ses trois prédécesseurs. Il choisit d’aller droit à ce qu’il considère comme une vérité "implacable". Pour lui, il n’y a jamais eu qu’un seul Etat français et une seule France : celle dont le chef s’appelait Pétain. Certes le régime a eu des adversaires : "ceux qui s’étaient engagés dans la résistance intérieure et extérieure" et ceux qui ont sauvé des Juifs. Mais ils n’étaient pas la France. Ils ne constituaient même pas une force significative. La preuve ?  Vichy "a pu compter sur toutes les forces vives du pays pour mener sa politique de collaboration". De glissement en glissement, le régime de Vichy retrouve aujourd’hui sa légitimité et la "France libre" perd la sienne.  Macron offre aux maudits de notre passé une revanche éclatante. Je ne sais pas s’il en est conscient.         
        
Comment explique-t-il que la vérité officielle de notre temps n’ait pas été admise par les survivants de la guerre ? Emmanuel Macron répond à nouveau sans détour. Il écarte les explications confuses de François Hollande, pour qui "l’époque (de 1945 à 1995) était à l’indifférence". "La France ne voulait ni voir ni savoir" et elle cachait le massacre "sous une chape de plomb". Notre Président refuse d’insinuer que ses deux grands prédécesseurs, Charles de Gaulle et François Mitterrand, ont été indifférents ou timorés. Il sait que personne n’y croit. Il leur accorde une excuse de nature politique : s’ils ont choisi d’être "mutiques" c’est parce qu’ils "ont fait primer l’apaisement et la réconciliation" des Français sur la vérité.
Mais cette "vérité irrévocable" est-elle aussi prouvée que Macron le proclame ? Examinons les faits. Qui exerçait le pouvoir à Vichy en juillet 1942 ? Exprimait-il la volonté libre de notre peuple ? Quatre mois plus tôt, Pétain, Chef de l’Etat en titre, s’était résigné, sous la pression de l’occupant, à nommer chef du gouvernement un homme qui n’avait pas sa confiance : Pierre Laval. "Pour avoir cédé aux intrigues de quelques Français et aux chantages des Allemands" écrit l’historien Robert Aron, le vieillard "a été forcé de couvrir de son autorité la politique de Laval sans pouvoir la modifier ni y mettre fin". Pitoyable "potiche" (l’expression est de Laval lui-même), Pétain a signé en avril un "acte constitutionnel" qui stipulait que "la direction effective de la politique extérieure et intérieure de la France est assumée par le chef du gouvernement", c’est à dire par un politicien honni par l’opinion publique, imposé par l’ennemi et engagé dans une "collaboration" que les Français vomissaient dans leur immense majorité. Qui peut, de bonne foi, prétendre que ce personnage, c’était la France ?
       
Fin juin 1942, les émissaires nazis exigent une "action" générale contre les Juifs, qu’ils soient français ou étrangers, résidant en zones libre ou occupée. Faute de quoi, ils menacent de faire subir à notre pays le sort de la Pologne martyrisée. Laval essaie, selon sa politique constante, de "finasser" sans s’opposer. Il arrive à une "transaction" : les Allemands ne déporteront pas les Juifs français de zone occupée ; en échange, la police française recevra de lui l’ordre d’arrêter les Juifs étrangers qui s’y trouvent, notamment à Paris. Laval décide seul, sans l’approbation d’aucune "force vive". Marché déshonorant, qui flétrit la mémoire de son auteur et de ses complices actifs, comme le sinistre Darquier de Pellepoix, commissaire aux affaires juives, ou passifs comme Benoît-Méchin, secrétaire d’Etat chargé des relations franco-allemandes. C’est accorder à de tels individus un honneur bien étrange que de proclamer aujourd’hui qu’ils étaient la France. Ils faisaient horreur à leurs contemporains qui les ont condamné à mort comme traîtres à la patrie. Et personne, a l’époque, n’a osé dire que de Gaulle avait tenté de les soustraire à la justice au nom de je ne sais quelle priorité à "l’apaisement et à la réconciliation".
      
La bonne question, n’est-ce pas alors de nous demander pourquoi nos dirigeants actuels s’acharnent à travestir les faits et à imposer une "vérité" outrageante ? La réponse tient en peu de mots : notre classe dirigeante déteste secrètement Charles de Gaulle et son œuvre. Elle ne supporte pas ce rebelle, qui a mis la souveraineté française plus haut que tout, a contesté l’ordre international organisé par Washington et a montré peu de tendresse pour les possédants. Elle voit en lui, à juste titre, un reproche constant à sa politique de souverainetés partagées, de solidarité atlantique à tout prix et de respect religieux de la liberté des marchés financiers. Le meilleur moyen de se débarrasser de ce gêneur, c’est de lui retirer toute légitimité. Macron s’y emploie avec l’ardeur d’un débutant. C’est pourquoi il est tant applaudi par la France d’en haut.      

Envoyé par l’auteur, 19 juillet 2017
Michel Pinton, Ancien député au Parlement européen
Publié dans Devant l'histoire
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Fiscalité locale : comment remplacer un projet incohérent
 
Supprimer la taxe d’habitation telle qu’elle est actuellement n’est pas une mauvaise idée, puisque l’administration fiscale connaît mal la valeur locative des biens immobiliers et fonciers, et puisque le chantier requis pour procéder à une bonne révision de dizaines de millions de valeurs locatives serait long et onéreux. Mais cela n’implique nullement qu’il faille faire dépendre encore davantage de l’État le financement des collectivités territoriales. Tout au contraire, la réforme devrait s’inspirer, en ce domaine comme en bien d’autres, des principes de responsabilité, de subsidiarité, de simplicité, de paiement des services rendus et d’efficacité.
Les élus locaux doivent être rendus clairement responsables aux yeux de leurs mandants de la part de pression fiscale qui découle des dépenses qu’ils engagent. Il importe donc que communes, départements et régions lèvent l’impôt au niveau requis par leurs dépenses. Toute dotation budgétaire en provenance de l’État devrait disparaître ; la seule exception concerne l’indemnisation par la collectivité nationale de sinistres difficilement assurables – évènements exceptionnels qui relèvent de la solidarité nationale.
 
Pour parvenir à ce but, il n’est pas nécessaire de disposer d’impôts spécifiques, comme la taxe d’habitation, actuellement dans le viseur des pouvoirs publics. Il serait à la fois efficace et simple de donner aux collectivités territoriales le droit d’ajouter un certain pourcentage à un impôt national. Les élections locales permettraient alors à chaque résident de choisir l’équipe présentant à ses yeux le meilleur rapport qualité/prix – ce qui est très difficile actuellement puisque les ressources des collectivités sont éparpillées entre divers impôts et les dotations budgétaires versées par l’État.
À titre d’exemple, prenons comme base l’impôt sur le revenu, préalablement rendu universel par incorporation de la CSG et de la CRDS. Cette opération est simple à réaliser : chaque tranche de l’IR, y compris la première, actuellement à taux zéro, verrait son taux augmenté de celui de la CSG-CRDS, dont les modulations selon la nature des revenus disparaîtraient. Communes, départements et régions n’auraient plus qu’à décider chacun d’une augmentation en pourcentage du taux de l’IR : chaque foyer fiscal saurait ainsi exactement à combien lui reviennent les services que lui rend chacune de ces 3 collectivités.
Il est également possible de rendre les seules communes bénéficiaires directs de cette fiscalité, charge à elles de financer départements et régions. Cette solution, logiquement, s’accompagnerait d’une élection des conseils départementaux et régionaux par les seuls conseillers municipaux : on permettrait ainsi au citoyen lambda, sans le surcharger de devoirs électoraux, de se voir proposer quelques "votations" sur des projets spécifiques, comme cela se fait chez nos voisins suisses, sans majorer au total les coûts électoraux (les élections au suffrage universel reviennent assez cher : plus de 200 M€ par exemple en 2012 pour les présidentielles et à peu près autant pour les législatives qui les ont suivies).
Le projet gouvernemental actuel – réserver la taxe d’habitation au cinquième le plus fortuné des contribuables – est incohérent : il n’évitera pas l’énorme travail de révision des valeurs locatives, et surtout il ancrera encore davantage la population dans l’idée que l’impôt n’est pas le paiement des services rendus par les collectivités territoriales ou par l’État, mais une sorte de punition infligée aux riches. Plus l’État organisera le pillage ostentatoire des riches, plus ceux-ci se sentiront moralement justifiés à organiser le pillage (plus discret mais bien réel) des classes moyennes, et cela, bien entendu, avec l’appui des pouvoirs publics.
Il est à craindre que le nouveau Président de la République ne soit pas hostile à cette façon de faire, mais il faut au contraire sortir de ce cercle vicieux où la démagogie nous enferme. Nous n’y parviendrons qu’en revitalisant la démocratie locale, et donc en rendant les élus locaux entièrement responsables des recettes comme des dépenses des collectivités qu’ils administrent.

Envoyé par l'auteur, 19 juillet 2017
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Les faits parlent pour la "Grande Muette"
 
Silence dans les rangs... Alignement ... Je ne veux voir qu’une seule tête : la mienne. ... Ce jeudi 13 juillet, sans le nommer, le Président de la République a vertement ”recadré” le Général d’armée de Villiers, chef d’Etat-major des armées (CEMA) qui avait observé en commission que les promesses de la campagne électorale sur l’augmentation des crédits militaires n’étaient pas tenues. Quoi de plus naturel ? Souvent ce sont les médias qui sont à fustiger quand ils construisent des scandales pour exister ! Ici, le scandale vient du fait que le CEMA a été tancé devant la France entière et à tort. En conscience et en responsabilité, il n’a fait que justifier les moyens nécessaires pour remplir les missions qui lui sont assignée. Au final, il y va de la vie des éxécutants.
 
Là encore les réflexes du Président datent d’un autre âge. Lyautey, un homme de notre temps, disait : "Quand les talons claquent, les esprits se referment". Une référence à ce Maréchal de France, qui ne confondait pas autorité et autoritarisme, s’impose :
"Un chef, celui qui commence par servir et par obéir pour apprendre à commander, et le fait de servir et d'obéir au mieux est déjà un acte de chef, puisque c'est donner l'exemple. Mais aussi, celui qui en servant et en obéissant n'abdique ni l'indépendance de son jugement ni le libre jeu de son initiative, qui observe et se prépare”, celui qui, plus tard, en donnant toujours l'exemple de la déférente discipline, saura ne pas se borner à obéir passivement et osera, quand sa conscience et la situation lui en font un devoir, soumettre librement son avis, avis qu'accueillent toujours, provoquent même les chefs dignes de ce nom"
Il va de soi qu’un tel chef connaît les codes écrits ou non qui font “la grandeur et les servitudes” de la vie militaire. Jamais un chef ne met en cause un de ses subordonnés devant les subordonnés de celui-ci. J’ajoute me souvenir du Général Bigeard qui, avec ses mots, disait qu’un militaire était propriétaire de son grade acquis par son travail et son courage (il y a malheureusement des exceptions) et que le mandat d’un élu n’était que provisoire et ne pouvait être renouvelé qu’en flattant, sinon en trompant, ses électeurs pour être réélu.
Après tout, les esprits avisés avaient tout de suite compris que la suppression du ministère de la Défense n’était pas un fait anodin. La Défense est partie à l’Elysée. Le ministère des armées n’est plus que le gestionnaire de hommes et du matériel des armées.
 
Avant de parler de service national universel, il serait temps de donner à lire au Président "Le rôle social de l’officier dans le service universel", écrit par le capitaine Lyautey en 1891. Il y énonce les règles de base d’un management à visage humain bien différent de celui qui se met en place selon les codes des potentats.
Et c'est bien là que le bât blesse. D'un côté, il y a le rôle social : "L'essentiel est de savoir ce que l'on veut et va l'on va. Or cela, écrivait-il, je le sais : faire prédominer sur tous mes actes le devoir social".  De l'autre, il y a le management déshumanisé, lié au rendement et à la productivité.
Cette actualité devient un jalon dans l'éclairage à donner sur la montée en puissance d'un autoritarisme qui se nourrit de la pratique des manipulations et qui exploite insidieusement la panoplie des faiblesses humaines. Le désaccord, (le mot est faible) sur le budget des armées n'est que l'arbre qui cache la forêt. Après tout ce qu'on a vu au cours de la dernière campagne présidentielle il est plausible de penser que le pouvoir avait, d'entrée de jeu, décidé d'évincer le Général de Villiers et que la fuite du huis clos avait été organisée. 
Un préfet en retraite m'a glissé que ce n'était que l'expression du complexe des jeunes "énarques" qui n'ont fait la guerre que devant une caisse à sable en s'adonnant au "Kriegspiel".  En tout cas, ce mercredi 19 juillet, le Général Pierre de Villiers (CEMA) a démissionné sans attendre le rendez-vous tardif fixé par le Président au vendredi, prenant ainsi de court ceux qui mettaient en place des contre-feu médiatiques pour le dédouaner. Il a repris la main et privé le Président de la République du plaisir de l'humilier une nouvelle fois en le "chassant" et par ricochet d'humilier tous les "soldats" des trois armées qu'il représente et défend.
Sa démission était bien le but recherché par le pouvoir. La recette est connue. Quand on veut se débarrasser de quelqu'un, sans mettre "les mains dans le cambouis", on crée les conditions opportunes pour l'amener à démissionner et, au mieux, à le faire condamner par l'opinion publique ; ceci avec l'appui complice de la majorité des médias. Sauf que ... l'avenir le dira.
 
C'est l'occasion de rappeler qu'Hubert LYAUTEY, victime idéologique de la mémoire sélective, a vécu le même type de situation à deux reprises.
Ministre de la Guerre en 1917, le Général Lyautey a été amené à démissionner parce que les politiques et les politiciens ne supportaient pas ses exigences visionnaires sur la conduite de la guerre. Il faudra attendre Clémenceau pour les mettre en oeuvre après le dramatique échec de “l’offensive Nivelle” à laquelle il était opposé. 
Résident général de France au Maroc, le Maréchal de France Lyautey estimant grave en 1924 la menace d'Abd el Krim à partir du RIF, se voit refusés par le Cartel des gauches les renforts qu'il demande. Devant son insistance, les pouvoirs militaires lui sont retirés, en septembre 1925, au profit du maréchal Pétain "bien vu" du Cartel. Il arrive au Maroc avec des moyens surdimensionnés, pour ne pas avoir compris que lorsqu'on veut montrer sa force pour en éviter l'emploi, on ne fait pas la guerre dans le Rif comme on l'a fait à Verdun.
Ne conservant que ses pouvoirs civils, le Maréchal Lyautey perdait la face : par ce biais on l'avait tout simplement amené à démissionner. Tout comme, pour l'évincer, on a refusé au Général de Villiers les moyens de remplir sa mission. Sa démission le grandit encore plus.

Envoyé par l'auteur, 20 juillet 2017
Colonel (er) P. Geoffroy, Président de l'Association Nationale Maréchal Lyautey
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La crise de la parole militaire
 
Il faut remonter au putsch du 21 avril 1961 pour trouver une crise aussi aigüe entre le chef de l’exécutif et la hiérarchie militaire. La grande différence est que le coupable du jour, le général d’armée Pierre de Villiers brutalement poussé à la démission, est aussi légitime au sein des armées que parfaitement loyal envers la République et son chef le Président, aussi unanimement apprécié des femmes et des hommes de l’Institution militaire que reconnu par l’ensemble de la classe politique.
Cette issue brutale est l’aboutissement d’une crise latente. Le feu couvait depuis longtemps que les responsables politiques étouffaient sous le couvercle d’un devoir de réserve perverti ; il a explosé sous l’effet d’un autoritarisme juvénile qui, détruisant brutalement une image forgée en deux mois par Emmanuel Macron à coup d’habiles postures martiales, a placé une institution et une nation dans la stupéfaction, brisant durablement le lien de confiance entre le chef des armées et ces dernières.
Cette acmé cristallise un malaise grandissant au sein de l’institution militaire, né certes de l’écart grandissant entre les missions et les moyens avec une nette aggravation depuis 2013, mais surtout de la croissante incompréhension par les responsables politiques de ce que sont l’armée, les militaires, leur psychologie, leur métier si spécifique. De plus en plus nombreux furent les responsables militaires, en activité ou non, à prendre la parole. Par peur du message on fit taire les messagers, les accusant de déloyauté, les punissant pour faire exemple. Les auditions des grands chefs devant la représentation nationale ne produisant que peu d’effet, c’est naturellement dans l’espace public – l’agora démocratique – que se réfugia la parole. Lors du dernier quinquennat, ce furent ainsi la voix des familles qui imposa au ministre l’amélioration des conditions de vie sur les théâtres d’opération ou l’accélération de la refonte du système de solde Louvois. C’est la multiplication des prises de parole sur le caractère impératif des réinvestissements de défense qui imposa l’idée lors de la campagne présidentielle du printemps dernier.
Ces propos officiellement combattus se sont faits mieux entendre parce qu’ils étaient plus légitimes. Pendant la guerre froide, la centralité de la dissuasion nucléaire, le nombre limité des opérations extérieures, avaient fait de la défense un exercice essentiellement politique et réduit le rôle du militaire dans la nation. La professionnalisation, la multiplication des opérations extérieures, la guerre réelle, son cortège de morts et de blessés, ont changé la donne. La guerre est devenue réalité : le sentiment de la responsabilité directe de la hiérarchie s’est accru tandis que l’expertise militaire a retrouvé une importance que le politique ne veut pourtant plus reconnaître. La tendance a même été d’en nier la nécessité : ainsi, la "nouvelle gouvernance" installée au cours du dernier quinquennat visait ouvertement à reléguer le militaire à son rôle technique, lui retirant par exemple la réflexion stratégique et la politique des ressources humaines, tel roitelet du cabinet décidant pour sa part des promotions et des carrières.
Parallèlement, l’intelligence de la chose militaire s’est réduite au sein de la classe politique, provoquant des crises politico-militaires graves comme celle née de l’accident de Carcassonne (2008) ou, pire, celle de ce 14 juillet, les deux ne traduisant au fond qu’une incompréhension profonde. Le sentiment juste de subir plus que les autres ministères – et souvent à leur place - les déflations et les réductions budgétaires a encore accru les aigreurs nées du décalage entre le temps court des préoccupations politiciennes et le temps long de la défense. Des tensions de plus en plus vives, des nécessités de plus en plus criantes, un couvercle de plus en plus lourd : inévitablement les prises de parole se sont multipliées, les rapports se sont tendus. La corde a cassé.
Crise dramatique que celle de ce 14 juillet ! La première erreur présidentielle est celle de l’humiliation publique devant les siens d’un grand serviteur de l’Etat se battant pour la défense des Français. La deuxième est celle du rapt des 850 millions d’euros dont tous les experts, de droite comme de gauche, estiment qu’il est une faute. La troisième est, au-delà des postures, l’évidence d’un manque de considération pour les armées. Mais le plus grave est le reproche fait à un fonctionnaire de très haut rang de donner - à huis clos - son avis technique à la représentation nationale.
Si le Parlement ne doit plus entendre que la doxa concoctée au plus haut niveau, alors la France fait bien face à une crise institutionnelle grave.

Envoyé par l’auteur, paru dans Le Monde, 20 juillet 2017
 
Général (2S) Vincent Desportes
Professeur des universités associé à Sciences Po, ancien directeur de l’Ecole de Guerre
Dernier ouvrage : La dernière bataille de France, Gallimard, Grand Prix 2016 de l’Académie Française
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La grande muette ?
 
Le différent entre le Président de la République et le chef d’état-major des armées incite à poser plusieurs questions :
1 - Est–il croyable que le candidat puis Président  Macron puisse soutenir qu’il a découvert le gouffre de nos finances après son élection ? Il y a dix ans le Premier Ministre Fillon constatait déjà qu’il était à la tête d’un Etat en faillite.
2 - On parle souvent de "Grande muette" à propos de nos armées. Mais quel texte de loi interdirait aux militaires de dire la vérité aux représentants de la nation ?
3 - Les responsabilités du pouvoir politique et des militaires sont différentes. Nul ne conteste le devoir du gouvernement de rétablir l’équilibre de nos finances. Mais le devoir des militaires est bien de se préparer à l’affrontement avec des ennemis de la France. En ont-ils les moyens actuellement ? Tout laisse penser que nos forces ne disposent plus des moyens nécessaires pour être utilisées de la Métropole au Sahel africain ou au Proche-Orient.
4 - Pour limiter nos dépenses, quelles opérations faut-il arrêter ? La réponse ne peut être donnée que par le gouvernement.
5 - De toute façon, plusieurs propositions du candidat Macron étaient irréalistes dans le contexte actuel. Comme je l’ai déjà écrit précédemment, rétablir un service militaire d’un mois pour toute une classe d’âge, hommes et femmes, était farfelu.
6 - Les divergences entre le ministère des finances et celui des armées sont une constante de l’histoire de la République. Rappelons qu’avant 1914, le ministère des finances s’opposa à la mise sur pied d’une artillerie mobile de gros calibre, estimant que le "75" suffirait. Il fallut les hécatombes d’août 1914 pour le ramener à la raison. A quand le désastre qui prouvera que le principe de précaution devrait s’appliquer au budget des armées ?
7 - Cela dit, le Général de Villiers a bien fait de donner sa démission : il faut, à un moment, contraindre nos dirigeants à une réflexion sur leur rôle et celui des armées.

Envoyé par l'auteur, 19 jullet 2017
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Derrière les propos de Macron, l'enjeu fondamental de la démographie africaine
 
Emmanuel Macron a provoqué un tollé avec sa déclaration sur la démographie africaine. Maxime Tandonnet rappelle que si l'Afrique ne s'engage pas dans un processus de transition à la fois économique et démographique, les conséquences migratoires seraient "désastreuses pour l'Europe".
 
La polémique stérile est devenue une figure imposée de la vie politico-médiatique française. Un mot, une phrase, ressentis comme sortant des sentiers battus de la pensée correcte et la crise d'hystérie se déclenche. Le psychodrame de la semaine est venu du chef de l'État en personne. "Des pays ont encore sept à huit enfants par femme. Vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien". Cette déclaration a provoqué un tollé dans une partie de la presse et des médias. Le mot de "racisme" a même été lâché. Ces paroles méritent-elles une pareille accusation ? Le sujet de la démographie africaine doit-il relever du tabou absolu ?
En vérité, d'après la division des populations de l'ONU, le taux de fécondité moyen de l'Afrique subsaharienne est de 5,4 enfants par femme, contre 1,5 en Europe. Toutefois, il est de 7,6 enfants au Niger, 7,1 en Somalie, 6,8 au Mali et au Tchad. À cet égard, M. Macron n'a fait qu'énoncer une réalité.
D'après les estimations de l'ONU, le nombre d'habitants du continent africain, de 808 millions en 2000 atteint aujourd'hui 1,2 milliard et sera de 4,2 milliards en 2100, soit un tiers de la population mondiale. L'Afrique sera alors 9 fois plus peuplée que l'Europe (500 millions d'habitants). Or, la démographie relève de tendances lourdes, difficiles à infléchir sur une ou deux générations : 41 % des Africains ont aujourd'hui moins de 15 ans et rien ne laisse prévoir pour l'instant une baisse de la natalité future.
La croissance économique permettra-t-elle à l'Afrique subsaharienne de nourrir cette population et de vivre dignement ? Telle est la vraie question... Or, la course de vitesse entre les courbes de la croissance démographique et de la croissance économique est loin d'être gagnée. Depuis deux ans, la première, de 2,7 % par an, excède même la seconde (1,5 % en 2016 et 2,5 % en 2017 selon la Banque mondiale) même si quelques pays réalisent plus de 7 % de croissance économique (Éthiopie, Rwanda, Tanzanie). La pauvreté est globalement en recul en Afrique, mais les inégalités internationales se creusent. Ainsi, selon la banque mondiale, le revenu annuel moyen en France est de $ 42 250 et celui du Niger de $ 410 : une différence de plus de 1 à 100 ! 250 millions d'Africains sont sous-alimentés (PNUD). Un tiers des enfants n'est pas scolarisé.
Toute l'histoire de l'humanité démontre que le développement économique et l'accès à la prospérité s'accompagnent d'une transition démographique et d'une chute de la fécondité. Pourquoi l'Afrique subsaharienne ferait-elle exception à ce constat ? Il n'est pas illégitime de souligner, comme l'a fait M. Macron, le lien entre démographie et développement.
L'enjeu est colossal pour l'avenir de la planète. Si l'Afrique ne s'engage pas à la fois dans un processus de stabilisation de sa démographie et de progrès économiques, politiques et sociaux de grande ampleur dans les décennies à venir, ce continent risque de devenir une poudrière. L'émergence de gigantesques métropoles livrées à la misère se traduira alors par une explosion de conflits ethniques et religieux, une montée des fanatismes, de la violence et du terrorisme. L'émigration fournira sans doute une solution à une partie de la population mais elle se heurtera inévitablement aux limites des capacités d'accueil et aux enjeux de cohésion sociale des pays de destination. Si l'Afrique devait sombrer dans le chaos, à l'horizon du siècle à venir, l'Europe y plongerait avec elle. L'avenir de l'Europe et celui de l'Afrique sont indissociables.
Il est entendu que le futur de l'Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Cependant, dans un monde global, certaines questions fondamentales relatives à l'Afrique s'imposent aussi à l'échelle planétaire : le volume et la réforme de l'aide au développement ; les règles du commerce international ; l'action internationale pour faciliter la modernisation économique, politique et sociale, la stabilisation et la transition démographique du continent africain. L'émancipation de la femme par l'instruction et le contrôle des naissances, notamment, est un sujet de caractère universel qui devrait transcender toute forme de tradition.
L'avenir du continent africain représente sans doute l'un des grands enjeux planétaires du siècle. Le destin de l'Afrique au cœur de l'avenir de l'humanité, mérite mieux qu'un procès en inquisition et une misérable polémique franco-française.
Paru sur Figarovox, 13 juillet 2017
Publié dans De par le monde
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