Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

Comment moderniser la politique familiale ?

Le Plan Valls comporte l'engagement suivant : "la modernisation de la politique familiale engagée en 2013 sera poursuivie, en renforçant l'équité des aides aux familles, et en orientant davantage les prestations vers l'emploi des femmes (0,8 Md€)".
La terminologie "aides aux familles" montre que ce gouvernement, comme d'ailleurs la plupart de ceux qui l'ont précédé depuis des décennies, commet une erreur conceptuelle aussi bien que factuelle, de première grandeur. On le comprendra aisément en prenant connaissance de l'origine du mouvement familial en France.

C'était en 1908, un jour où deux capitaines de l'armée française se présentèrent ensemble pour toucher leur solde. L'un était célibataire, l'autre – le capitaine Maire – était père de famille nombreuse. Les deux militaires conversèrent, et s'aperçurent qu'ils avaient perçu la même somme. "Mais comment fais-tu pour nourrir ta progéniture avec ce qui permet de faire vivre correctement, mais non luxueusement, une personne seule ?" dit en substance le célibataire. Maire convint qu'ils vivaient chichement. Apitoyé, son collègue voulut l'aider. Maire refusa : "je ne demande pas la charité, mais la justice", réfléchit-il à haute voix, ajoutant que ses enfants étaient l'avenir du pays, et que par conséquent, en les élevant, il devenait en vérité "créancier de la nation". Sa femme et lui devaient, tous les parents devaient, être reconnus comme apportant à la communauté quelque chose d'irremplaçable et précieux.

Fort de cette conviction, le capitaine Maire entreprit de mobiliser les parents de familles nombreuses, et en avril 1911 il organisa une première grande manifestation. Le rassemblement, aux Invalides, fut interdit ; il eut quand même lieu, et les pandores arrêtèrent le capitaine. Cependant, à cette époque, les pouvoirs publics étaient plus proches du peuple qu'aujourd'hui : Maire n'aboutit pas dans un cachot, mais dans le bureau de Raymond Poincaré, alors Président du conseil. Il en reçu de bonnes paroles, qui au demeurant ne furent pas suivies d'effet. N'importe, l'essentiel avait été dit : les familles ne demandent pas à être "aidées", les pères et mères de famille ont tout simplement le droit imprescriptible ("naturel", diraient certains juristes) de percevoir l'équivalent du service qu'elles rendent au pays en entretenant et en éduquant leurs enfants.

Reste à l'économiste à préciser quel est exactement le service rendu. Les travaux sur le capital humain, facteur de production deux à trois fois plus important que le capital physique, nous l'indiquent : c'est l'investissement dans le capital humain. Les États et les collectivités territoriales investissent dans les infrastructures, les entreprises investissent dans les outils de production, et les parents investissent dans les futurs travailleurs. Certes, la parentalité ne se limite pas, loin s'en faut, à cet aspect économique, mais il existe, il est important, et c'est lui qui requiert l'existence d'une politique familiale basée sur la justice commutative et en aucune manière sur la justice distributive.
Précisons encore. Un investisseur peut engager ses propres deniers, ou recourir pour partie à des actionnaires. Dans le premier cas, la totalité des bénéfices lui revient ; dans le second, le profit est partagé. Les prestations familiales, mais aussi la couverture maladie gratuite des enfants, et plus encore le financement de leur scolarité par les contribuables, constituent des apports d'actionnaires : ils devraient logiquement donner droit à une partie des bénéfices, disons par exemple la moitié, la fonction parentale donnant droit à l'autre moitié. Et quel est le rendement de l'investissement dans la jeunesse ? Il est formé par les cotisations vieillesse et d'autres versements, fiscaux ou sociaux, qui permettent aux retraités de disposer d'une partie de ce que produisent les travailleurs. Les retraités vivent du fruit de l'investissement qu'ils ont réalisé des décennies plus tôt, que ce soit en élevant des enfants ou en finançant une partie de leur entretien et de leur formation.

On remarquera au passage qu'il n'existe de retraites que par capitalisation. Ce mot a été réservé par l'usage à la capitalisation classique, basée sur l'accumulation de capital physique à travers des intermédiations financières, et on parle de "retraites par répartition" lorsque l'investissement est réalisé dans le capital humain : conservons cet usage, mais ne soyons pas dupes, la répartition est une forme particulière de capitalisation, et son fonctionnement est analogue à celui des fonds de pension : primo  investir, secundo  recevoir les dividendes de l'investissement réalisé.

C'est ce qu'avait bien compris Alfred Sauvy, qui disait : "nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants". Hélas les législateurs, partout dans le monde, sont restés sourds à son message et à celui des quelques auteurs anglo-saxons qui ont comme lui indiqué le lien étroit qui existe entre l'investissement dans la jeunesse et les pensions ; ils ont commis en la matière l'une de leurs plus énormes bévues : attribuer les droits à pension au prorata des cotisations destinées aux retraités. Ce sont en bonne logique l'activité parentale et les versements destinés aux enfants et aux jeunes, tels que les cotisations famille et les impôts finançant la formation initiale, qui devraient être à l'origine juridique des droits à pension comme ils en constituent la base économique.
Remarquons au passage que, si tel était le cas, la gestion des retraites par répartition serait grandement facilitée : une diminution de la natalité se traduirait par une diminution des distributions de droits à pensions futures, si bien que l'on n'exigerait pas des versements énormes de travailleurs en nombre restreint, comme on le fait dans les systèmes actuels où les droits à pension sont attribués sans tenir compte du nombre et du niveau de formation de ceux qui seront appelés à leur donner, en cotisant, un contenu effectif. Quand le droit positif s'écarte complètement de la réalité économique, la population en subit les conséquences !

Tout ceci permet de comprendre ce que devrait être la politique familiale : une partie de l'organisation d'échanges équitables entre générations successives. Les personnes qui n'ont pas d'enfant, ou qui en ont un seul, auraient intérêt à contribuer financièrement à l'entretien et à l'éducation des enfants des autres si c'était le moyen pour elles d'obtenir suffisamment de droits à pension pour leurs vieux jours. Et les parents de famille nombreuse auraient également intérêt à ce que des investisseurs partagent le financement de leur gros investissement dans la jeunesse, quitte naturellement à leur céder une partie convenable du fruit de cet investissement, sous forme de droits à pension.

À partir de là, on peut imaginer bien des variantes, ce qui déborderait le cadre du présent article. L'important est que, pour moderniser ou réformer intelligemment la politique familiale, il faut simultanément remettre en chantier les retraites par répartition et le financement de la formation initiale. Le système des échanges intergénérationnels a été démembré par des législateurs économiquement ignares ; une vraie réforme systémique, remettant en question le découpage de la réalité en Éducation nationale et "branches" de la sécurité sociale, est indispensable.
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Les "grandes voix" de l’UMP, Raffarin, Juppé, MAM, Copé, ont fustigé la position de Laurent Wauquiez auteur d’un livre, "Europe, tout doit changer" (Odile Jacob). Les noms d’oiseau ont volé lors d’une réunion politique : "irresponsable", "stupide", invraisemblable". Or, le vrai débat n’est en aucun cas entre pro et anti européens mais entre apparatchiks et dissidents, gardiens du temple et innovateurs, conformistes et créateurs. L’erreur fondamentale des premiers tient à leur incapacité à faire la distinction entre les institutions ou politiques bruxelloises d’une part et la réalité européenne d’autre part. Ils n’admettent pas que l’on puisse critiquer le système bruxellois, et vouloir le changer en profondeur, dans l’objectif de renforcer l’unité profonde de l’Europe, c’est-à-dire l’amitié, la solidarité, la reconnaissance du destin commun de ses peuples. Déplorer l’organisation et le fonctionnement actuels de l’Europe, perçue comme bureaucratique et indifférente aux souffrances populaires, dans la perspective de la transformer (comme le fait Wauquiez) n’est rien d’autre qu’un acte de foi européen. Franchement, que l’on ne soit pas capable de comprendre cela, me dépasse, me laisse pantois… Un sondage CEVIPOF de janvier 2014 révèle que 35% seulement des Français pensent que l’Union européenne est une bonne chose (47% en 2011). Faut-il ignorer ce malaise, y répondre par le mépris? Cette manière de verrouiller, d’interdire la réflexion et le débat par une attitude dogmatique fait le lit de l’extrémisme et prépare son succès aux élections européennes. M. Juppé, M. Raffarin et MAM ont occupé les plus hautes fonctions de la République depuis deux ou trois décennies et nous leur devons sûrement pour une part la félicité dans laquelle baigne aujourd’hui notre pays. Faute de laisser la place à une nouvelle génération politique, qu’ils la laissent au moins s’exprimer ! A quoi sert une campagne européenne sinon à réfléchir et à débattre de l’Europe ?
http://maximetandonnet.wordpress.com/
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Une majorité de Français (60 %) sont favorables à la suppression des départements et autant se disent prêts à la réduction de moitié des régions, selon un sondage Ifop pour Sud-Ouest Dimanche du 12 avril 2014. Pourtant, 76% des Français se déclarent être fiers de leur région (selon le baromètre Letopdesrégions 2014). Comment expliquer cette contradiction ?  
Des millions de Français viennent de subir des prélèvements fiscaux inédits : augmentation sans précédent de leurs impôts ou personnes devenues imposables alors que le chômage est extrêmement élevé. Dans ce contexte, on leur répète depuis des années qu’une réforme territoriale serait nécessaire et, désormais, qu’elle pourrait rapporter plus de dix milliards d’euros. Difficile de ne pas le croire alors que cette idée est diffusée à l’envie par les gouvernements successifs et soutenue par nombre d’experts dont les Français ne savent pas qu’ils méconnaissent la géographie de la France.

Pourtant, nombre de questions se posent : Les résultats de l’intercommunalité, avec sa généralisation mise en œuvre depuis 1999, prouvent-ils que toute fusion de certaines compétences a automatiquement des effets bénéfiques ? La méthode envisagée est-elle la bonne pour améliorer l’attractivité des territoires français et donc l’emploi ? Pourquoi une division par deux des régions et non par un et demi, trois ou quatre ? Des pays étrangers ont-ils des projets semblables ? Les pays étrangers n’auraient-ils que des grandes régions ? Les pays étrangers ont-ils systématiquement supprimé les échelons entre les régions et les communes ?
Il faut poser ces questions et donner les réponses vraies.

Premièrement, l’intercommunalité, à ce jour, a augmenté les charges sur les territoires sauf dans les cas, trop rares, où les élus l’ont mise en œuvre en respectant le principe de subsidiarité qui suppose de laisser les questions se traiter à l’échelon le plus bas où elles peuvent être mieux résolues. (1)
Deuxièmement, employer une méthode jacobine serait néfaste. Une fusion autoritaire ou quasi-autoritaire des régions se traduirait par de lourdes procédures qui mettront plusieurs années à se concrétiser effectivement. Le temps et l’énergie consacrés à de telles procédures priveraient les régions du temps précieux qu’elles doivent investir dans l’essentiel, le développement de d’attractivité de leur territoire. Pendant ce temps, les pays étrangers qui ne perdent pas de temps à courir après un optimum régional inexistant, donc à discuter du "sexe des anges" (2), avanceront. Parce qu’ils savent que cette idée technocratique selon laquelle il y aurait un découpage régional rationnel entraînant inévitablement une meilleure situation de l’emploi n’existe pas. Car, en effet, dans tous les pays, le découpage régional est issu de l’histoire (3). Il en résulte partout des régions plus petites, parfois plus petites que la région française la plus petite, et d’autres plus grandes, pourtant moins peuplées que la région française la plus peuplée, que ce soit en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Autriche ou au Etats-Unis.

L’une des forces des régions tient à leur identité dans la mesure où, lorsqu’elle est partagée, elle permet aux différents acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, de bâtir et d’œuvrer pour des projets communs. Les Français connaissent leur histoire ; ils savent que leurs régions sont culturellement et géographiquement différentes, y compris celles à faible identité partagée, comme le Centre et les Pays de la Loire. Ils savent aussi que, dans un monde globalisé, il est essentiel d’avoir des racines, car ce sont des outils de compétitivité. Pour ne citer que deux exemples, la réussite de la première entreprise française de pneumatiques (Michelin) ou celle de la première entreprise française de semences (Limagrain) tiennent aussi à ce qu’elles sont auvergnates et surtout qu’elles le sont restées. La réussite mondiale du festival des vieilles charrues à Carhaix-Plouguer est inséparable de l’identité bretonne de ses créateurs et organisateurs.

En 2008, seuls 39% des Français étaient favorables à  une suppression des départements (Ifop). L’approbation d’une telle réforme a donc progressé, en un peu plus de six ans, de 21 points, et le rapport de force s’est totalement inversé. Quelles sont les raisons de ce changement d'opinion ?
Ce changement d'opinion montrant une France favorable à une suppression des départements est également lerésultat d’un discours "politiquement correct" sur ce sujet, tenu à droite et à gauche, depuis des années. En outre, un sondage national sur un tel sujet doit être relativisé. En effet, les départements français ont une profondeur identitaire fort différente. La grande majorité est le produit d’une longue histoire, d’ailleurs bien antérieure à leur dénomination de 1790, puisque la Creuse était la Marche, l’Aveyron le Rouergue, le Lot le Quercy…
En revanche, d’autres départements ont une identité moins marquée. Les révolutionnaires de 1792 n’ont laissé à Lyon (4) qu’un département croupion pour les sanctionner d’avoir élu une majorité girondine. Les départements de l’Île-de-France datent des années 1960. Autrement dit, le parisien ou le lyonnais ne ressent pas le même sentiment d’éventuelle privation de son département que l’habitant du monde rural.

En outre, un tel sondage a un sens très relatif. Car, même si on supprime les départements, il faudra maintenir les missions qu’ils remplissent : aide à l’enfance, aide aux personnes âgées avec l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA), aide aux handicapés, entretien des collèges…
Et, dans la grande partie du territoire français, le département est un échelon essentiel car, dans le pays le plus vaste de l’Union européenne, c’est le seul échelon où s’exerce réellement la complémentarité entre le monde urbain et le monde rural. Les départements correspondent à une identité ancienne qui exerce toujours ses effets aujourd’hui car ils donnent des réponses de proximité qu’une région lointaine, chargée des grandes infrastructures, ne peut donner. Un seul exemple : transférez toutes les compétences du département de la Vendée à Nantes, il est à peu près certain que l’économie, donc l’emploi et les conditions de vie des vendéens, en pâtiront. Il faut se rappeler que la force de la France, c’est la dimension et la diversité de son territoire. Tuer les départements, c’est porter atteinte à ces atouts. En revanche, tout doit être fait pour améliorer la gouvernance des territoires. En ce sens, le projet de fusion Haut-Rhin, Bas-Rhin, un projet élaboré localement, malheureusement pas soutenu par Paris, était excellent. De même, les projets de mutualisation de moyens du Loiret, du Loir-et-Cher et l’Eure-et-Loir sont à encourager.
Rappelons aussi que nombre de pays ont des échelons correspondant aux départements : les Kreise en Allemagne, les provinces en Espagne, les comtés aux Etats-Unis...

Le taux de fierté régionale atteint le score de 96% en Bretagne. Les scores sont également très élevés concernant les régions Nord Pas de Calais, Lorraine, Aquitaine, Midi-Pyrénées, ou encore l’Alsace. Quelles sont les régions où ce redécoupage est sujet à de fortes polémiques ?
Partout, le redécoupage des régions françaises peut, s’il est imposé par le haut selon une logique technocratique, susciter des polémiques avant, pendant la procédure de fusion ou après, au vu de résultats probablement décevants.
Qui peut démontrer où se trouve la synergie à fusionner l’Alsace et la Lorraine ? D’une part, ces deux régions disposent de réglementations différentes dans de nombreux domaines. D’autre part, l’Alsace est tournée vers l’Allemagne rhénane et la Lorraine vers le Benelux. Qui peut démontrer a priori où se trouve la synergie à fusionner le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, deux régions qui ont, grosso modo, les mêmes problèmes de reconversion avec un avantage incontestable au Nord compte tenu d’une tradition d’entrepreneuriat et du désenclavement de Lille, la grande œuvre de Pierre Mauroy, ville passée d’une gare terminus (Lille Flandres) à une gare (Lille Europe) tête d’un réseau nord-ouest de l’Europe. 
Une fusion ne peut réussir qu’à condition qu’elle s’inscrive dans des logiques de meilleure gouvernance. Même la fusion Haute-Normandie-Basse-Normandie n’aura pas d’effets positifs si elle n’est pas précédée de la définition d’un projet commun.

Le redécoupage actuel a-t-il du sens ? Pourquoi redécouper les régions alors que les Français semblent y attacher beaucoup d'importance ?  
Le découpage régional actuel en France a du sens. Il n’est pas intervenu en un jour, mais se moule dans l’histoire longue des territoires. D’abord, il respecte les frontières départementales qui, rappelons-le, n’ont pas été imposées par l’Assemblée nationale de 1790, mais ont été laissées par l’Assemblé au libre choix des acteurs locaux qui ont le plus souvent retenu des limites historiques, donc identitaires.
Ensuite, la réflexion conduisant à la régionalisation actuelle a commencé il y a longtemps, avant la Première guerre mondiale. La France appauvrie par cette Première guerre l’a mise entre parenthèses et ensuite, il a fallu plus de trois décennies pour l’établir. Bien sûr, on peut imaginer des retouches à la marge. Mais aucun pays qui a voulu faire table rase de son passé territorial n’a obtenu de résultats probants.

Peut-on craindre une perte des identités régionales ?
Le risque de perte des identités régionales, de repères est réel et la capacité des personnes de s’investir dans la vie et le développement de leur territoire serait amoindrie. Regardons Paris. Supposons qu’en 1960, un gouvernement ait fait de Montreuil, Issy-les-Moulineaux, Saint-Denis ou Levallois-Perret des arrondissements de Paris. Ces territoires s’en porteraient-ils mieux ? Evidement non. C’est parce qu’ils ont conservé leur personnalité communale qu’ils se sont investis et connaissent des résultats meilleurs que s’ils avaient été mangés dans un Paris élargi.

Quelles régions ont déjà mis en place des mesures permettant leur regroupement ?
Examinons d’abord des pays étrangers. Dans aucun pays démocratique,une division par deux des régions n’a été effectuée, ni même envisagée. Le petit Delaware aux États-Unis ne demande nullement à rejoindre la Pennsylvanie ou le petit Rhode Island le Massachusetts. En Suisse, les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne tiennent à conserver leur autonomie, ce qui ne les empêche nullement de conduire ensemble de nombreuses réalisations. Et les cantons francophones suisses n’ont nulle envie de fusionner.
D’ores et déjà, dans les lois françaises, tout permet des synergies entre les régions. L’important est d’écarter ce qui gêne leur meilleure gouvernance, ce qui signifie par exemple, revenir sur les nombreuses mesures de recentralisation prises ces dernières décennies et supprimer les doublons qui alourdissent la gestion des territoires, doublons dont l’État est le plus souvent responsable. Par exemple, il est anormal que l’État conserve dans les départements des directions sociales aussi importantes alors que le social est de la responsabilité centrale des départements. Mais peut-être veut-il masquer ses propres responsabilités en faisant des régions et des départements les boucs-émissaires des malheurs de la France.

Notre maillage territorial est une belle dentelle fragile qui sera encore moins attractive si, au lieu d’être ce quelle est, c’est-à-dire du sur mesure, elle devient du prêt à porter. Etre compétitif dans le monde pour dynamiser, ce n’est pas seulement vendre des produits et des services, c’est aussi vendre l’identité territoriale qu’ils portent. Les gouvernements ne doivent pas croire que, grâce à un "grand soir" des régions et de départements, un miracle se produira. En revanche, ils doivent créer de meilleures conditions pour permettre aux régions et aux départements d’améliorer la gouvernance de leurs territoires. En particulier, il appartient à l’État de mieux jouer l’émulation entre les territoires, car c’est un élément essentiel de meilleure gouvernance. L’émulation territoriale permet d’obtenir davantage de résultats que l’intégration territoriale. C’est pourquoi il ne faut pas empêcher que cette émulation s’exerce par le bas. Les réussites du Futuroscope ou du Puy-du-Fou ont ainsi engendré nombre de réalisations, certes moins connues, dans d’autres territoires.

(1) Dumont, Gérard-François, Diagnostic et gouvernance des territoires, Paris, Armand Colin, collection "U", 2012.
(2) Dumont, Gérard-François, "L’optimum régional ou le sexe des anges", Pouvoirs locaux, n° 70, 2006.
(3) Dumont, Gérard-François, "Les régions d’Europe : une extrême diversité institutionnelle", Diploweb.com, 11 janvier 2014.
(4) Dumont, Gérard-François, "Lyon : la revanche d’un métropole",Population & Avenir, n° 712, mars-avril 2013.
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Munich ? Connais pas !
Depuis 1936, Hitler entendait, entre autres projets, remettre en cause le traité de Versailles qui avait mis fin à la 1ère guerre mondiale, et rassembler les germanophones. Après avoir réuni l’Autriche et l’Allemagne (Anschluss), il entreprit de récupérer les Allemands installés dans les Sudètes, au nord de la Tchécoslovaquie. Les 29 et 30 septembre 1938, Edouard Daladier, président du conseil des ministres français et Neuville Chamberlain, Premier ministre britannique crurent qu’il fallait sauver la paix à tout prix : pour apaiser Hitler, ils acceptèrent le dépeçage de la Tchécoslovaquie. Pour la France, c’était le reniement des assurances données aux pays de la Petite Entente, que nous avions constituée, de 1921 à 1927, entre la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie pour leur garantir notre aide contre les appétits autrichiens et allemands. En 1938, nous avions encore des forces armées qui auraient pu changer le cours de l’Histoire. Aujourd’hui, après avoir démantelé l’essentiel de notre appareil militaire, nous commettons les mêmes fautes qu’à Munich : nous croyons apaiser un dictateur en cédant à ses caprices, sans avoir un poids militaire suffisant.

Ni le Livre Blanc  rédigé par des courtisans du Président Sarkozy, ni le Livre Blanc rédigé par des courtisans du Président Hollande n’ont évoqué les risques d’une volonté russe de remise en cause de l’effondrement de l’URSS en 1991. Qu’elle soit tsariste, communiste ou poutinienne, la Russie est et restera impérialiste et messianique. Poutine a plusieurs fois répété que la disparition de l’URSS fut une catastrophe. Comment penser qu’il ne songe pas à reconstituer l’empire soviétique ?

Le 5 décembre 1994, après l’effondrement de l’URSS, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France avaient incité l’Ukraine à abandonner son armement nucléaire en échange de la garantie de son intégrité territoriale. Le 16 mars 2014, la Crimée était rattachée à la Russie, ce que les accords de Genève du 19 avril 2014 ont entériné. Cela suffira-t-il à calmer Poutine ? Quelles garanties en avons-nous ?
Publié dans De par le monde
Écrit par
En savoir plus... 0
Mediapart dévoilait hier une enquête approfondie sur Aquilino Morelle, proche conseiller de François Hollande. Le personnage tient depuis plusieurs années un rôle central – et l’on peut se demander d’ailleurs pourquoi il aura fallu tant d’années pour que la presse s’intéresse à son passé et à ses pratiques.
Il serait inutile de s’en prendre à la personne ; ce qui compte, c’est ce qu’elle représente. Le trafic d’influence auquel s’est livré M. Morelle jette une lumière nouvelle sur l’acharnement aberrant de la majorité pour libéraliser l’utilisation des embryons humains par les laboratoires. Mais sa portée est plus large encore.

Le plus significatif, et le plus grave, c’est en effet la contradiction absolue avec ce qu’écrivait au même moment la future plume de François Hollande. En 2010, Morelle publiait dans Libération une tribune qu’il faudrait reprendre mot pour mot aujourd’hui. Il y fustigeait "le rapport incestueux entre le pouvoir et l’argent", dont il accusait la droite, tombée selon lui dans "le déni – d’un tel cynisme qu’il tourne à la naïveté – de ce qu’est un conflit d’intérêt." Avec le recul, ces propos prennent une singulière tournure…
Ils révèlent surtout l’incroyable hypocrisie de leur auteur. Celui qui reprochait à la mondialisation "l’explosion indécente des rémunérations" se faisait alors payer 12 500 euros hors taxe pour un déjeuner d’influence. Et s’offrait ensuite le luxe de dénoncer la "perversion" de ces dirigeants "qui accumulent en quelques années une fortune en monnayant leur carnet d’adresses." On croit rêver.

Que M. Morelle ait choisi de servir les intérêts privés de multinationales du médicament pour en tirer des bénéfices personnels, ce n’était peut-être ni très légal, ni très moral, mais cela ne regarde que les juges – et sa conscience. En revanche, qu’il ait, comme responsable politique, à quelque mois d’une campagne présidentielle, dénoncé publiquement ce qu’il pratiquait en privé, cela regarde le citoyen.
Car, pour reprendre encore ses mots, "cette affaire permet à tous de saisir le sens de ce qui s’est passé depuis l’élection présidentielle : un mensonge de campagne suivi d’une volte-face." En l’occurrence, il s’agit d’une volte-face généralisée. François Hollande et ses proches sont arrivés à leurs fins par un discours diamétralement opposé à leurs actes, passés et futurs. Non que l’exercice du pouvoir les ait contraints de renier leurs convictions : le reniement dont il est question n’est même plus à cette échelle.

De là vient ce climat de mensonge permanent dans lequel est plongée notre vie publique depuis 2012. Mensonge partout, sur tout, toujours : "Je n’ai jamais eu de compte à l’étranger." "La courbe du chômage s’est inversée." "La reprise économique est là." "Ceci n’est pas un plan de rigueur." "J’ai découvert ces écoutes dans la presse." "La théorie du genre est une rumeur… " On pourrait poursuivre encore longtemps la litanie de ces mensonges lucides, conscients, publics, répétés "les yeux dans les yeux."
On pourrait leur pardonner de s’être trompés. Mais il ne s’agit pas de cela : ils nous ont trompés. D’où le sentiment de vertige qui saisit le téléspectateur un soir d’élections, l’impression absurde d’assister à un jeu de rôles inversé.
Le Parti socialiste dénonçait hier les politiques de réforme : il organise maintenant des plans d’austérité. Ceux qui s’en prenaient au discours de Grenoble assument aujourd’hui les premiers arrêtés explicitement dirigés contre les Roms. François Fillon était attaqué quand il se rendait à la béatification de Jean-Paul II, mais Manuel Valls ira à sa canonisation. Supprimer les départements était une faute, c’est aujourd’hui un grand projet. Plus grave encore : la droite faisait l’objet d’un procès permanent de la part des grandes consciences démocratiques, au point que Nicolas Sarkozy était accusé de vouloir créer une "monarchie républicaine" ; mais dans la République irréprochable de François Hollande, le chef du parti majoritaire est nommé par l’Elysée, les procureurs sont révoqués pour non-conformité politique, la figure principale de l’opposition est sur écoutes depuis des mois, des centaines d’opposants pacifiques sont jetés en garde à vue sans motif, et une jeune immigrée doit dénoncer ses amis parce qu’ils ont manifesté contre un projet de loi… Où sont passées les indignations d’hier ?

La plus grande faute de ces gouvernants, c’est qu’ils auront fini de dévaluer la parole politique. L’acte le plus nécessaire à la vie démocratique, celui de faire confiance, est devenu impossible. Au fond, notre pays n’a que des atouts, et son potentiel extraordinaire, son intelligence, sa générosité, n’attendent que de pouvoir s’exprimer ; il serait capable de relever tous les défis, sans le cynisme qui l’érode de l’intérieur. Car avec la dette, la crise et le chômage – qui en sont les résultats visibles, nos dirigeants lègueront à leurs successeurs un danger plus inquiétant encore, le poison mortel d’une défiance qui, en rendant tout engagement suspect, pourrait finir par dissoudre la société. Aquilino Morelle a démissionné, mais l’urgence est maintenant de tirer concrètement la leçon essentielle de ce nouvel épisode : il n’est pas de confiance sans conscience. Aucune "pédagogie" n’y changera rien. Quelles que soient nos convictions, soyons certains que nous n’avons pas d’avenir commun si nous n’apprenons pas à nous réconcilier avec le réel, pour retrouver dans l’exigence de la vérité la source d’une parole qui ne déçoit pas.
http://www.fxbellamy.fr/blog/  - Article publié par le Figaro, le 18 avril 2014
En savoir plus... 0
Qui ne se souvient du film 'A armes égales' où Demi Moore, la boule à zéro, s’échine à passer les tests physiques pour rentrer dans un corps de Marines ? Un vrai navet hilarant dû, hélas, à Ridley Scott généralement mieux inspiré.
La récente décision du ministre d’embarquer des femmes, à bord des SNLE - sous marins nucléaires lanceurs d’engins - m’y fait penser d’une façon irrépressible : Actuellement une campagne journalistique cherche à faire croire que tous les militaires mâles courent après les militaires femelles, le ministre s’indigne, promet des sanctions et, plus bizarre, l’accroissement de la féminisation. Il est bien évident que la féminisation de certaines unités pose plus de problèmes qu’elle ne procure d’avantages, complique la vie, nécessite des investissements et nuit à l’esprit de combat de l’unité.
Il n’empêche, on continue par pure idéologie et non pour des problèmes de recrutement masculin en cette période de déflation des effectifs. On biaise les concours en exigeant moins physiquement des femmes que des hommes comme si les militaires féminins n’allaient être confrontés qu’à des femmes comme aux jeux olympiques.
C’est de l’homéopathie, on soigne le mal par le mal, il est vrai que pour le ministre, la place des femmes dans les armées françaises, "est une fierté". En quoi, grand Dieu ? Seraient elles plus efficaces pour autant ? Si oui, n’engageons que des femmes.
Dans toutes les armées du monde, américaine, britannique, israélienne, la féminisation a provoqué des problèmes de rapports entre les deux sexes et il faut vivre dans l’irénisme pour croire qu’il puisse en être autrement, c’est vieux comme le monde.
Pour en revenir aux SNLE on va embarquer trois officiers par sous marin pour des patrouilles de soixante dix jours, "On vérifie que ça fonctionne et on étend si ça marche" Ca veut dire quoi ? On embarque trois femmes et on regarde si elles ne sont pas harcelées, violées, si les hommes ne se battent pas entre eux, ont des crises de jalousie etc… le tout dans un espace fermé de 140m de long où vit pendant 70 jours, un équipage de 111 personnes.
Franchement puisqu’il s’avère que la féminisation pose problème, limitons la aux unités où elle n’en pose pas trop.
Ou alors féminisons entièrement un équipage : 111 femmes vivant ensemble dans un tel espace confiné, ... !

Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Que pense l'UMP de l'Europe ? Que dit-elle ? Que propose-t-elle ? Qui l'incarne ?
Alain Lamassoure, sa tête de liste pour l'Ile de France, ou Henri Guaino, qui refuse de voter pour lui ? Laurent Wauquiez, qui veut réinventer l'Europe des six, ou Bruno Le Maire, qui trouve ça grotesque ? François Fillon, qui veut copiner avec Vladimir, ou Jean-François Copé, qui est plus proche de Barack ? Xavier Bertrand ou Alain Juppé ? Nadine Morano ou Luc Chatel ?
L'Europe de l'UMP est une auberge espagnole. On y trouve toutes les nuances de gris, de fédéraliste honteux à souverainiste éploré.
L'Europe, c'est la paix, nous serinent sans cesse les européistes qui n'ont plus que cet argument à se mettre sous la dent ; mais c'est la guerre à l'UMP ; la balkanisation, la guerre de tous contre tous.
Pas étonnant que François Baroin appelle au secours Nicolas Sarkozy afin que sa parole impose la paix des braves. Et le silence dans les rangs.
Mais quelle parole sarkoziste, celle qui fait ratifier le traité de Lisbonne alors que le peuple avait voté non au référendum de 2005 ou celle inspirée de Buisson et de Guaino réclamant le retour des frontières au cours de la présidentielle de 2012 ?

Autrefois, les choses étaient simples. L'Europe était la principale ligne de fracture idéologique entre les deux grands partis des années 70 : le RPR était favorable à une Europe des Etats et à l'indépendance nationale héritée du général de Gaulle ; l'UDF était pour une Europe fédérale, les Etats-Unis d'Europe. On peut dire que Guaino et Lamassoure sont deux représentants assez bien typés de ce vieux clivage. Mais l'évolution de Jacques Chirac passant de la dénonciation du "parti de l'étranger" (1979) au "oui" de Maastricht (1992) a troublé les électeurs. L'UMP est un hybride en quête d'une introuvable synthèse dont Juppé est le représentant le plus brillant.

Et puis, il y a la vie, et puis il y a le temps, et le moment fatal où la méchante Europe de la réalité tue la belle Europe des songes ; où l'euro n'apporte pas la prospérité promise, où la liberté de la circulation amène les Roms et les Kosovars, où la concurrence libre et non faussée interdit toute politique industrielle et remplace les ouvriers français par des Roumains et des Polonais. Et l'euroscepticisme galopant des Français, les querelles d'ego, de chefs, la volonté de chacun de monter dans les sondages, la préparation des primaires pour la présidentielle de 2017 ; et même aussi, parfois, cette question simple qui affleure à l'esprit de certains : et l'intérêt de la France, dans tout ça ?
Paru dans Le Figaro Magazine, 18 avril 2014
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0
Voici quelques mois, un esprit lucide et gouailleur souhaitait bien du plaisir à Vincent Peillon, quand il faudrait enseigner aux petits musulmans qu’ils pourraient devenir des petites musulmanes, et inversement. 
 
La gauche perd le support des Français issus de l’immigration
Les immigrés musulmans ont peu manifesté contre le mariage homo. Cette communauté n’a pas une vie facile en France. Elle fait souvent partie des classes populaires durement touchées par la crise, elle est souvent offensée par la police, stigmatisée par les médias et amalgamée à des courants extrémistes de l’Islam ou à des délinquants, et consciente enfin d’être manipulée à son corps défendant. Peu liée aux catholiques en pointe dans le mouvement, elle regardait le débat avec indifférence.
Aujourd’hui, le Pouvoir veut leur prendre le seul bien qui leur reste, le plus précieux, et le corrompre : leurs enfants. Rien ne va plus. L’amertume accumulée déborde.
Les Musulmans ne sont pas des "catholiques trop bien élevés". Si le Pouvoir veut les contraindre, ça se passera mal et il devra reculer. Du coup, les catholiques pourront adopter à leur tour le seul moyen adapté face à une entreprise totalitaire : la résistance civile. Les immigrés, notamment grâce à leurs valeurs familiales, sont donc une chance pour la France ?!
De plus, par sa gestion de l’affaire Dieudonné, le Pouvoir vient de perdre de nombreux jeunes, dont beaucoup sont issus de l’immigration.
Les raisons de fond de ce nouvel antisémitisme populaire lui échappent. Il repose notamment sur le rejet de certaines personnalités phares de l’élite dirigeante, BHL par exemple, qui symbolisent des politiques aventurières ou injustes. Par leur omniprésence médiatique, ces gens causent un abominable amalgame entre la communauté juive et des images détestées.
L’intérêt de tout groupe civilisé est aujourd’hui de se déclarer étranger à l’extrémisme idéologique de la gauche postmoderne. C’est ce qu’avait fait avec sagesse le Rabbin Bernheim, en publiant un texte de référence au moment de la discussion autour de la loi Taubira.
 
La gauche ne pourra plus diviser les Français au moyen de l’immigration
La gauche postmoderne avait depuis des décennies favorisé l’immigration. Elle n’avait certes pas créé les différences de potentiel entre Sud et Nord, ni le mécanisme des vases communicants entre ces espaces. Mais elle a encouragé ce mouvement spontané, partie par idéalisme, partie par calcul.
Elle espérait que les conservateurs seraient toujours fixés dans certains réflexes, et que les immigrés se comporteraient toujours en "idiots utiles". Les "petits Blancs" se montreraient inquiets, jaloux, hostiles, donc tout immigré, se sentant rejeté, ferait un électeur de gauche en plus. Une masse d’électeurs humanistes voterait automatiquement pour la gauche caviar, par répugnance envers le racisme. On rendrait du lustre à la laïcité en opposant Chrétiens et Musulmans, en réactivant, grâce à l’islamisme, la peur de la religion. Etc. Cela s’appelle jouer sur du velours.
Mais le stratagème ne fonctionne plus. La 'bobocratie' réussit au contraire la prouesse d’enclencher contre elle un grand mouvement d’unité nationale entre immigrés et "petits Blancs", entre catholiques, musulmans et humanistes civilisés, que le totalitarisme inquiète ensemble. Elle ne peut plus diviser, faire diversion, isoler ses victimes, les battre séparément.

Vers un bouleversement de l’espace politique 
L’extrême droite classique sert encore à protester, mais elle est en train de prendre un coup de vieux. Elle est peu capable de saisir cette aspiration à la dignité civique que donne l’adhésion à un bien commun républicain. Cette montée du principe démocratique au sein d’une nation moderne et humaniste. Cette réinvention de la fraternité politique qui ne bute plus sur les différences religieuses et raciales, alors qu'elles étaient jusqu'alors des moyens de division et des leviers de pouvoir pour une élite devenue illégitime.
Le Pouvoir a radicalisé les conservateurs et les a rendus intelligents. Toutes les victimes de la politique libérale-libertaire se découvrent et se trouvent mutuellement sympathiques, face à un Pouvoir technocratique et idéologique unanimement détesté.

La question des réformes structurelles du pays peut enfin être posée, ne pouvant plus être amalgamée à un nationalisme réputé raciste. Ainsi se crée l’unité d’un peuple black-blanc-beur, uni sous les trois couleurs de notre drapeau et contre la noblesse d’Etat énarchique et le clergé médiatique postmoderne.  
Il faut changer la politique culturelle et économique de nos Etats.
En particulier, il est urgent de réformer un système fiscal inique, d’abolir les privilèges dont jouissent les dirigeants de la sphère publique, afin de relancer la logique de développement économique et de progrès social grâce à nos entrepreneurs. C’est là que se déroule le combat pour la justice et la démocratie. La jeunesse n’a que faire du mariage entre homosexuels. La vieillesse n’a que faire de l’euthanasie.
Sans doute toutes ces idées et tous ces sentiments restent encore confus et mal exprimés. Il faudra aussi les débarrasser de bien des scories, notamment de tout antisémitisme. Néanmoins, la 'bobocratie' n’a pas face à elle un panel de réactionnaires sans amour, de brutes semi-fascistes, ou de modérés terrifiés à l’idée d’être confondus avec les uns ou les autres. La 'bobocratie' fait face à un front populaire massif exigeant le rétablissement du bien commun et de la République, aujourd’hui confisquée par une oligarchie issue de la haute fonction publique.  
Tous les catholiques qui vont à la messe ont pris l’habitude depuis une génération, de prier dans des assemblées en Noir et Blanc. La culture à laquelle le nouveau prolétariat va se référer sera un mixte de postmoderne routinier et de retour aux traditions solides. Les religions solidaires entre elles et respectueuses de l’Histoire peuvent réinventer la laïcité avec les humanistes civilisés. La multiethnicité, une chance pour la France ! ?
 
Telle est la transformation qui s’opère sous nos yeux.  
"Jupiter ôte la raison à ceux qu’il veut perdre." Il vient de l’ôter aux socialistes.
http://www.henrihude.fr/
Publié dans En France
Écrit par
En savoir plus... 0
Plaire, ou convaincre ? À ce jeu-là, Mitterrand avait écrabouillé Rocard. Le match Hollande-Valls s’annonce plus serré…
 
"On ne se hait vraiment bien qu’en famille", disait Sacha Guitry.
Mais Mitterrand et Rocard étaient-ils vraiment de la même famille ? Certainement pas, répond le documentaire diffusé sur France 5 dans sa collection "Duels". Sous un titre explicite – Mitterrand-Rocard, la haine et le mépris - Lucie Cariès nous fait revivre la guerre, ouverte ou secrète, que les deux hommes n’ont cessé de se livrer trente ans durant.
Tout les sépare, "comme s’ils ne respiraient pas le même air", note un journaliste ; et Jean-Paul Huchon, ex dircab de Michel, de préciser : "Chez Rocard, il y avait plus de détestation que de mépris ; chez Mitterrand, plus de mépris que de détestation". La balle au centre !
Cette incompatibilité d’humeur se double évidemment de désaccords politiques. En 2009, Rocard fêtait ses "soixante ans d’engagement socialiste" ; même à sa mort, Mitterrand n’en alignait pas autant. C’est qu’il avait flâné un peu partout, le "promeneur du Champ de Mars". À trente ans déjà, il aurait pu signer un Guide du Routard politicien.

Dans les années 70, outre le "débat de fond" qui fait fureur entre première et deuxième gauches, les deux hommes cultivent une inexpiable rivalité personnelle. Mitterrand ne cessera d’en sortir vainqueur, et pour cause : il fait de la politique, lui, quand l’autre fait encore joujou avec ses idées.
Pauvre Rocard ! Toujours un coup de retard… Après avoir trop attendu pour rallier Mitterrand, il se croit bientôt en situation de le contrer, puis de le défier. Pas longtemps, certes… À peine lui a-t-il mordillé le mollet qu’il est reconduit à sa niche.
En 88 pourtant, sondages obligent, le président réélu l’appelle à Matignon ; Michel tient-il enfin sa revanche ? Hélas il ne tient rien du tout, et son supérieur hiérarchique va se charger de le lui faire savoir.
Fin 90, Mitterrand n’hésite même plus à le rabaisser en public chez Anne Sinclair : "Je suis Président, Michel Rocard est Premier ministre, ce qui est déjà fort bien, et conforme à ses qualités." Rocard humilié, Rocard martyrisé – et pour finir Rocard congédié sans préavis.

Pourquoi ce combat inégal ? "Mon vrai problème, se rassure encore le veuf cocu, c’est que Mitterrand n’était pas un honnête homme." Allons Michel, un peu de sérieux ! Le vrai problème, c’est que tu t’en rendes compte maintenant, et accessoirement que tu n’aies jamais rien compris aux rapports de force.

Depuis le 1er avril, les médias ont pas mal glosé sur la nouvelle cohabitation "gauche-gauche" entre Hollande et Valls : et si, soudain, surgissait entre eux une sorte de rivalité - par exemple dans la perspective de 2017 ? Et qui, cette fois-ci, serait le chat et qui la souris ?
Ce qui est sûr, c’est que ce match-là n’opposera pas un utopiste à un cynique, mais deux politiciens de la même catégorie ; le spectacle ne s’en annonce que plus passionnant.
Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles
Publié dans Du côté des élites
Écrit par
En savoir plus... 0
Une même cacophonie interne affaiblit l’Union européenne et l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Ces rassemblements de façade, trop éloignés des citoyens pour se réclamer d’une légitimité démocratique, s’effritent à mesure qu’approche l’échéance des élections européennes du 25 mai. L’UE, construite de bric et de broc et à la va comme j’te pousse, est incapable d’apporter une position commune et claire à l’offensive de Vladimir Poutine pour tenter de déstabiliser l’est ukrainien après sa victoire en Crimée. L’UMP, pour sa part, se déchire publiquement à propos de cette même Europe, qui lui ressemble dans son inefficacité, son inorganisation, son absence de leader. Ce lundi matin, sur RTL, Bruno Lemaire a contredit François Baroin qui avait appelé, la veille, à une expression publique de Nicolas Sarkozy sur l’Ukraine et sur l’Europe : une péripétie supplémentaire dans une famille politique qui, de Laurent Wauquiez à Xavier Bertrand en passant par Henri Guaino, étale ses divergences et laisse apparaître ses manques de réflexions sur cette Union de plus en plus rejetée par la montée des "populismes" européens, qui ne sont que la prise de conscience des peuples de leur mise à l’écart par une oligarchie confortée par les juges de Strasbourg et les experts de Bruxelles. La panique se laisse voir un peu partout.
L’Europe, celle des nations et du libéralisme, est indispensable. Cependant, l’actuelle Union européenne, technocratie moralisatrice et despotique, indifférente aux peuples, aux cultures et aux frontières, ne mérite pas d’être reconduite en l’état. Une sanction électorale se profile contre ceux qui entendent maintenir, la gauche en tête, cette organisation vécue comme une contrainte par beaucoup de gens. D’autant que l’euro trop fort, dont tous les responsables s’inquiètent ces jours-ci, mériterait aussi un vrai débat sur la pérennité de la monnaie unique, hypothèse inabordable et sur laquelle j’avoue avoir une opinion fluctuante. Dans cette perspective électorale, Harlem Désir s’annonce d’ailleurs comme le fossoyeur du socialisme : après avoir co-conduit son parti à la raclée des municipales, l’ancien patron du PS, promu secrétaire d’Etat aux affaires européennes, ne pourra éviter la rouste des européennes. "On lui dit qu’il n’est pas compétent sur l’Europe, c’est faux !", a tenté de convaincre ce matin sur France Inter l’ancien ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, dans une solidarité de perdants. Mais tout est fait pour laisser le FN prendre cette fois la première place.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/
Publié dans Avec l'Europe
Écrit par
En savoir plus... 0

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version