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Quand les entreprises ne se sentent plus du tout en sécurité
 
On peut toujours se féliciter d'avoir un taux de chômage qui baisse, une économie qui se tient, des entreprises qui ont encore plutôt le moral, des Start-up en quantité mais il ne faut pas se leurrer le climat actuel est économiquement suicidaire. Les entreprises sont arrivées tant bien que mal à surmonter les samedis festifs des gilets jaunes, mais certainement pas les commerçants qui ont vu leurs vitrines fracassées par des barbares et leur chiffre d'affaires réduit à néant certains week-ends pour cause de fermeture préventives. Et ça menace de recommencer.
 
On a surmonté les grèves des transports en particulier en région parisienne, remonté le moral de nos salariés qui subissent dans les transports en commun quasi toutes les semaines des arrêts sauvages, des retards inexpliqués, des "retraits" à chaque incident qui mérite soi-disant la solidarité de tout le personnel de la SNCF. Certes, nous sommes habitués, salariés et entrepreneurs français, à vivre professionnellement entravés de boulets aux pieds, qu'ils soient fiscaux, administratifs ou sociaux, mais l'ambiance se dégrade au rythme des alertes dans tous les secteurs, le moral aussi. On nous annonce en permanence que les politiques sont inquiets, que la confiance s'érode, que l'impuissance gagne, les médias en font des tonnes.
La grève annoncée du 5 décembre prochain pour lutter contre la réforme des retraites serait le début d'une longue révolte, révolte qui réjouit les "quartiers" et les extrémistes qui ne cherchent que des occasions pour casser et effrayer le bourgeois. Tout cela finit par être vrai, y compris parce que les prédictions sont souvent auto-réalisatrices. Lesdits "bourgeois" (réacs) même s'ils sont plus de 60 % à vouloir le bien du pays dans la tranquillité et souhaitent des réformes, sont insignifiants face à des minorités dites agissantes, et impunies au nom de la démocratie qu'elles bafouent. Si certaines revendications sont très légitimes, on ne pourra pourtant rien changer dans ce climat de tension.
Même les réformes économiques en discussion actuellement sont menacées par les risques de violence, comme les problèmes de sécurité posés par la vente d'alcool dans certains commerces alimentaires avec un risque de trouble à l'ordre public. Un pays où la sécurité n'est plus assurée, ni le soir, ni dans les transports en commun, ni dans la rue, est un pays économiquement et profondément menacé. Qui va investir en France si ce chaos permanent perdure ?
 
Il faut protéger nos boîtes !
 
La liberté de circuler entravée menace les entreprises : impossibilité de respecter certains contrats dans les temps, absences du personnel, engagements non sécurisés, retards accrus des paiements ... et lassitude chronique. Dans cette ambiance, la direction de l'entreprise freine sa propre croissance, on repousse les investissements, on brise l'acceptation à l'impôt qui finit par ne plus avoir de sens, on recule le recrutement "ce n'est pas le moment...".
Enfin les méfaits impunis de toutes sortes, sur la voie publique ou ailleurs, font naître un véritable sentiment d'injustice pour des entrepreneurs auxquels "on ne passe rien". La justice ne remplit plus sa fonction, la santé vacille, la police est agressée, les seules réactions ministérielles sont souvent de s'indigner sur les réseaux sociaux comme de simples spectateurs ! Nous en sommes là.
 
L’entreprise, seul socle de stabilité après avoir été inlassablement fustigée se révolte elle aussi, silencieusement. La sécurité est une nécessité économique, répétons-le et cela va loin : lorsqu'on refuse par exemple à un chef d’entreprise classée Seveso de lui communiquer les fichés S. ! Les menaces viennent de partout. Elles peuvent se classer en 8 familles : atteintes physiques sur site, atteintes à la réputation, fragilisation, désorganisation, atteintes aux savoir-faire, intrusions non consenties, fragilités humaines, risques financiers, et bien sûr
risques informatiques *
La Gendarmerie (DGGN) est d'ailleurs très active sans qu'on le sache et désamorce des cyber-attaques visant nos entreprises. Un des trois piliers de ladite Intelligence Economique avec la veille et l’influence vise notamment à identifier risques et menaces et à protéger les actifs matériels et immatériels, il s'agit de diffuser au sein de toute entité une culture de sécurité du patrimoine économique. Il faut protéger nos boîtes ! Et cela concerne tous les métiers et tous les collaborateurs de demain.
 
En attendant, c'est aussi la responsabilité de chacun d'entre nous de rétablir une "ambiance "de sécurité, il faut adopter une vigilance, se sentir concerné par tout, oublier le "c'est pas mon problème" rétablir l'autorité nouvelle sans complaisance y compris et surtout avec nos propres enfants : étudiants qui détruisent des livres et boycottent des personnalités de haut niveau. Non aux faux alibis démocratiques, non à la censure et non à l’idéologie galopante d'un politiquement correct ravageur. Le droit de grève comprend aussi un devoir : la responsabilité de ne pas en jouer sans vergogne pour des intérêts strictement personnels.
Il va falloir prendre conscience enfin que la stabilité économique de notre pays est très fragile et qu'elle est menacée. Tout ce qui a pu être fait dans la première partie de ce mandat présidentiel pour encourager la croissance, peut être anéanti en quelques semaines. N'abîmons pas notre pays comme des enfants gâtés, aidons-le à se réformer, même lorsqu’on n’est pas forcément d’accord avec la politique menée, l'urgence est là.
 
* Le mouvement ETHIC organise un colloque sur la cybersécurité le mardi 26 novembre prochain entre 8h30 et 12h00. (Informations :
https://www.ethic.fr/portfolio/cyber-securite-entreprises-a-de-jouer/
)
Invitations gratuites pour les lecteurs de Magistro
Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 14 novembre 2019
Publié dans En France
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Pourquoi les Français sont tristes
 
(...) France, France réponds à ma triste querelle…
 
Et à chacun de mes retours j’ai fait la même constatation : les français devenaient de plus en plus tristes. Et cette lente disparition de la joie de vivre en ce pays béni des Dieux est quelque chose de nouveau, car la France, aux yeux du monde entier a toujours représenté le pays où il faisait bon vivre, ce que souligne le dicton allemand/yiddish "heureux comme Dieu en France". De l’avis général, la France avait toujours été le pays le plus gai d’Europe, ce qui, hélas, n’est plus le cas aujourd’hui.
La question est donc : mais qu’est qui nous est arrivé pour que nous soyons saisis, nous Français, par cette dépression nerveuse collective ?
Et c’est à cette question que je vais essayer de répondre dans la mesure de mes moyens.
(...) En tout cas, voilà mes explications sur ce qui m’apparait comme difficilement niable.
 
Les soi-disant élites et le système d’enseignement ont tout fait pour détruire dans notre pays ce que RENAN appelait "la volonté de vivre ensemble". Depuis la présidence de GISCARD, tous les dirigeants nous expliquent que nous sommes un pays vieux, petit, fatigué, chargé de crimes historiques et qu’il est urgent d’abandonner notre identité pour nous fondre dans une nouvelle réalité "l’Europe". Dans le fond "on" ne cesse de nous expliquer qu’il est totalement ringard d’être fier d’être français. Et du coup, les Français se sentent un peu dans la situation de celui ou celle qui aime beaucoup Dalida mais qui n’ose pas le dire en bonne compagnie tant cela le classerait socialement. Jamais dans notre histoire, si ce n’est peut-être à l’époque de l’évêque CAUCHON qui jugea Jeanne d’ARC il n’y a eu un tel effort de la part des élites pour détruire l’identité française.
Depuis 1974 (encore GISCARD), la France a connu une très forte immigration, et tout le monde sait qu’il est très difficile d’intégrer une population nouvelle, surtout si elle est de civilisation différente, s’il n’est pas fait un effort constant d’assimilation de ces populations à la culture locale. Nos élites, toujours elles, guidées par ce qu’il faut bien appeler la haine de leur propre pays, ont cependant tout fait au nom du multiculturalisme pour que ces nouveaux entrants ne s’assimilent jamais. Et du coup les français ne se sentent plus chez eux et voient pointer des risques de guerre civile.
 
Et pour mieux détruire les solidarités locales, condition essentielle pour que cette volonté de vivre ensemble perdure, nous sommes devenus une société complètement étatisée. Plus rien n’est décidé à l’échelle locale. Durant les 50 dernières années (encore et toujours GISCARD), la part de l’État dans le PIB est passée d’un peu plus de 30% à plus de 57 %, ce qui veut dire en termes simples que nous sommes devenus un pays socialiste. Et le socialisme et le communisme amènent toujours et partout à une insupportable tristesse accompagnée d’une totale laideur. Je me souviens de l’atmosphère qui régnait en Allemagne de l’Est, en Hongrie, en Russie, en Roumanie avant la chute du mur de Berlin et elle était d’une pesante tristesse. Et qui plus est, tout était laid, les nouveaux immeubles, l’art officiel, les habits des hommes et surtout des femmes, les vitrines des magasins, tout était hideux et puait la pauvreté. Vivre sans espoir d’amélioration et dans des lieux qui sont laids engendrent rarement une grande gaieté. Et il faut bien dire qu’une grande partie de la population française, chassée de ses terres d’origine, vit dans la laideur et sans espoir que son sort s’améliore et cela tout simplement parce qu’une partie gigantesque de notre économie vit sous un régime socialiste et ou communiste…
 
Ce qui m’amène à une autre question : pourquoi le socialisme et le communisme engendrent ils toujours pauvreté et laideur ? La réponse est toute simple : parce que les décisions y sont prises de façon collective, en général par des comités. Et comme le disait CHURCHILL : "un chameau est un cheval pur-sang dessiné par un comité". Et le chameau est un animal abominablement laid, qui n’est utile que si vous avez à traverser un désert, ce qui n’arrive pas tous les matins.
Mais la réalité est simple : Il n’est de bonheur que dans la prise de risque individuelle, qui sera suivi par la réussite ou par l’échec, cela n’a aucune importance. Car seul l’individu crée, il n’y a pas de création collective et il n’y en a jamais eu. En fait, le collectivisme lui empêche toute création et donc tout sentiment de bonheur puisque créer c’est être l’égal de Dieu. Les Français ne peuvent plus créer de beauté là où ils sont, le socialisme ambiant les en empêche. Et cela les rend malheureux.
 
Ce qui m’amène bien sûr à une autre constatation. S’ils ne peuvent plus créer, il faut leur offrir un autre sentiment de remplacement. Et ce sentiment c’est la recherche éperdue de l’égalité entre tous qui est une impossibilité puisque nous sommes tous différents. Et donc, le socialisme et le communisme reposent sur une force et une seule : l’envie. La société que prône les PIKETTY de ce monde est une société moralement immonde, car, de tous les péchés capitaux, "l’envie" est le seul qui ne connaisse pas de satisfaction objective. Pour les autres, il existe des satisfactions : le glouton peut bouffer à s’en faire exploser la sous ventrière, l’avare accumuler autant d’or qu’il le peut, le dissolu connaitre autant d’aventures qu’il trouve de volontaires, pour l’envieux, rien ne le satisfera, jamais, et son cri de guerre est "Ce n’est pas tout de réussir dans la vie, encore faudrait-il que mes amis échouent", car il trouve sa satisfaction dans l’échec des autres. Et même si celui que vous enviez connait les pires malheurs, vous ne vous en sentirez pas mieux pour autant…
Mais il y a plus.
Comme l’a montré le sociologue allemand Helmut SCHOECK dans son livre "L’envie, ou l’histoire du mal", une société fondée sur l’envie ne peut pas ne pas se désagréger car l’envie comme principe organisateur de la vie en commun empêche tout lien social de se créer, et du coup, tout le monde est malheureux…Car l’envie enchaine les gens et les empêche d’être libres et donc de créer. Et une société qui ne crée plus, meurt, toujours et partout.
 
Ce qui m’amène à une troisième constatation fort bien mise en lumière par SOLJENITSYNE.
"Dans une société, si les hommes sont égaux, ils ne sont pas libres et s’ils sont libres, ils ne sont pas égaux". Et donc, les pauvres français, sous la conduite de leurs élites ont changé leur cri de guerre de "de l’Audace, toujours de l’Audace" en "Celui qui est au-dessus de moi est haïssable et celui qui est en dessous méprisable".
En termes clairs, et pour reprendre les analyses de SCHOECK, les français sont tombés sous l’emprise du Mal, car l’envie a toujours été le péché du plus beau des archanges, Lucifer. Il était le plus beau, mais Dieu lui était supérieur et cela était insoutenable Et ce n’est pas par hasard si le Mal est au cœur de l’œuvre de René GIRARD qui mit à jour les deux phénomènes structurants par lesquels le Mal se propage, le mimétisme d’appropriation (je veux avoir ce que possède celui que j’admire) et la crise du bouc émissaire (où toute la société se ligue contre un seul homme pour le tuer ou l’exiler alors même qu’il est innocent et que tout le monde le sait). Mais cette exécution, toujours violente, permet à la société de retrouver temporairement une unité factice (Voir "la violence et le sacré" ou "J’ai vu tomber Satan comme l’éclair" du même auteur).
 
Quelque part, les Français sont malheureux parce que l’on a remplacé dans leur société le dixième commandement : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton prochain", par le cri de guerre du socialisme : "à l’origine de toute fortune, il y a un crime, et ce crime c’est l’exploitation de l’homme par l’homme". 
La sagesse millénaire du Peuple Juif nous dit : "Ne regarde pas ce que les autres ont dans leur assiette.". Le Marxisme nous dit lui : non seulement tu dois regarder ce que les autres ont dans leur assiette, mais tu dois créer un groupe, un parti, pour reprendre violemment si nécessaire ce que ton voisin en a trop dans son assiette.
Voilà qui est en contradiction directe avec les dix commandements qui définissent les règles pour qu’une société puisse fonctionner pour les remplacer par d’autres fondées sur l’envie et qui elles permettront bien sûr de mentir, de voler, de tuer, de spolier et tout cela avec les meilleures intentions du monde…
 
Ce que je veux dire est encore une fois très simple : Ce dixième commandement est unique, car aucune législation au monde n’a encore émis une loi qui condamne les mauvais désirs ou les projets néfastes, qu’une personne peut cultiver ou élaborer dans son cœur. Cet ordre condamne le désir d’intention, c’est à dire la préparation avant le passage à l’acte, en d’autres termes les projets conçus ou mis en place dans la pensée d’un individu pour s’approprier ce qui ne lui appartient pas. Et ce que nous dit le décalogue est que c’est moi et moi tout seul qui doit lutter contre ce sentiment ignoble et que mon bonheur sur cette terre est à ce prix. Et ce que nous dit le socialisme c’est tout le contraire : que ce sentiment dégradant entre tous est légitime.
L’envie fait perdre à chacun sa Liberté individuelle et son Libre Arbitre. Le but de ma vie n’est plus de me "connaitre moi-même", comme le voulait SOCRATE mais de me définir par rapport à un autre, que je ne serai jamais. Et cela ne peut engendrer que le malheur et la stérilité.
Et là, comme JF REVEL, j’en veux beaucoup aux intellectuels occidentaux.
 
Le XXème siècle a engendré deux idéologies épouvantables le nazisme et le marxisme.
Après la défaite du nazisme, nous avons procédé à une vraie décontamination intellectuelle de cette maladie mentale.
Pour le Marxisme, qui a fait au moins autant de morts, nous n’avons jamais connu l’équivalent du procès de Nuremberg et du coup, les esprits faux qui le professent continuent à empoisonner tous ceux qui les écoutent.
Mais leur objectif a changé et pour le comprendre, il faut revenir à l’essence du Marxisme : la liberté individuelle, le libre arbitre n’existe pas, ma pensée est créée par mon environnement social et par lui seul. Autrefois, si j’étais riche, je pensais comme un riche et donc ma pensée était irrecevable. Aujourd’hui ce n’est plus être riche qui compte mais être blanc. Si je suis blanc, je n’ai rien à dire. Car, si je suis un homme blanc et éduqué, je continuerai à défendre les institutions qui ont permis aux hommes blancs éduqués de dominer le monde, comme la liberté d’expression par exemple ou le refus du crime de blasphème. Et si je suis un homme noir qui pense que ces idées ne sont pas si mauvaises, alors je me ferai traiter "d’Oncle Tom" par tous ces gens dont l’âme est laide. Et si je suis une femme, on me dira que je trahis la cause de l’égalité entre homme et femme…
Dans tous les cas de figures, mes idées deviennent irrecevables et doivent être censurées pour me contraindre au silence.
Et donc les idées qui ont dirigé ma vie : acceptation de la contradiction, méthode scientifique, laïcité, égalité de l’homme et de la femme, interdiction de l’esclavage, responsabilité des élites devant le pays et que sais-je encore cessent de ce fait d’être des absolus qui nous ont permis de sortir de la misère et de la tyrannie pour devenir des idées contingentes qui ne sont après tout que celles développées par quelques vieux mâles blancs il y a bien longtemps.
Et comme une bonne part de ces idées a été développée en France à un moment ou à un autre de son Histoire, le peuple de France, sans très bien comprendre pourquoi sans doute se sent d’une tristesse infinie tant il a l’impression que dans le fond, la France, ce n’est rien de bien spécial.
Et les français meurent de désespoir parce qu’ils sont tombés sous l’influence du Mal.

Paru sur institutdeslibertes.org, 4 novembre 2019
Publié dans A tout un chacun
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Quand Voltaire s’efface devant Mahomet et les Lumières devant la Soumission
 
On s’émeut. On se scandalise. On s’invective. L’étoile jaune avec l’inscription "Muslim" collée sur la veste d’enfants fait parler d’elle. C’était le but recherché. La manifestation contre l’islamophobie avait pour objectif de faire du musulman d’aujourd’hui l’équivalent du juif d’hier. Stigmatisé, ostracisé, persécuté par le "racisme d’État" de Vichy hier, de Paris aujourd’hui. Les protestations et les émois ne serviront à rien et ne feront que conforter les convaincus. Les minables justifications d’Esther BENBASSA, la sénatrice verte qui pose, hilare, à côté d’une de ces enfants, ressemblent à un pied de nez, voire à un bras d’honneur à ses détracteurs. Les Frères musulmans à la manœuvre tiennent là leur arme principale : la victimisation et la diabolisation de l’État français associé à Vichy et, par-delà, au régime nazi. Ils ne vont pas la lâcher.
 
Cette arme, ils ne l’ont ni inventée ni découverte. Ils l’ont trouvée en évidence dans les bagages de cette gauche qui, pour une partie, les rallie aujourd’hui au cri de "Allah Akbar". C’est la gauche antiraciste, et son aréopage d’acteurs et d’associatifs qui, en 1995, se rendit en pyjama rayé de déporté à la gare du Nord pour protester contre les expulsions de clandestins décidées par le ministre de l’Intérieur Jean-Louis DEBRE. C’est SOS Racisme, adoubé par l’Élysée sous François MITTERRAND, qui arbora une petite main de fatma, qui n’était pas par hasard de couleur jaune. C’est le même SOS Racisme qui avait alors pour slogan : "Qui touche à un musulman touche à un juif". Ce sont les leçons d’histoire données à l’école républicaine qui réduisirent la Seconde Guerre mondiale à l’extermination des juifs, et le régime de Vichy à l’Allemagne nazie. Et ce sont des historiens de gauche qui passèrent leur temps à montrer que la IIIe République avait la même politique discriminatoire à l’égard des étrangers que Vichy à l’égard des juifs.
 
Et c’est toute la gauche, qu’elle soit médiatique, universitaire, ou politique, jusqu’au président MACRON, qui ne cesse d’expliquer que nous sommes revenus dans les années 1930, et que les musulmans sont les nouveaux juifs de l’époque, et que ceux qui osent critiquer l’islam et montrer son incompatibilité avec la France et la République sont désignés à la vindicte sous le terme de nazis. C’est enfin toute une époque, la nôtre, qui privilégie l’émotion et le "ressenti" sur la raison et le savoir. Les musulmanes voilées se sentent stigmatisées et persécutées ? C’est qu’elles le sont ! Peu importe qu’elles s’autostigmatisent en portant leur voile quand les juifs étaient contraints de porter l’étoile jaune. Peu importe que personne n’assiste au départ de France de cohortes de musulmans persécutés par le racisme d’État quand de nombreux juifs ont quitté leur pays ces dernières années à cause des violences, et même des meurtres, commis dans des banlieues à majorité musulmane. Peu importe qu’au "palmarès" des actes racistes, ceux visant des catholiques arrivent largement en tête.
Les faits doivent s’effacer devant le "ressenti". La réalité devant la propagande. Les convictions devant l’électoralisme. Les Lumières devant la Soumission. Voltaire devant Mahomet. Et la gauche jadis bouffeuse de curés devant la gauche qui crie "Allah Akbar".

Paru dans Le Figaro Magazine,15 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Retraites : le grand cafouillage
 
Le journalLes Echos de ce matin 8 novembre consacre toute sa "deux" à ce qu’il appelle le "Nouveau cafouillage gouvernemental autour de la réforme des retraites". Jean-Paul DELEVOYE, nommé Haut-commissaire à la réforme des retraites, puis ministre, pour préparer et ensuite réaliser cette réforme, est sur la sellette : l’interview qu’il a donnée hier au Parisien déplait à l’Elysée, car elle montre que l’application du projet de réforme aux seuls nouveaux entrants dans le monde du travail, la "clause du grand-père", lancée par le Président, est une atteinte au bon sens. Ce diagnostic est partagé par tout véritable connaisseur du dossier, mais il déplait au chef de l’Etat, qui veut en fait se débarrasser d’un problème dont il comprend enfin qu’il est délicat.
Au vu du soutien énergique et continu apporté à Emmanuel MACRON par Les Echos, le changement de pied de la rédaction de ce journal est significatif : l’état de grâce est terminé, le président de la République n’a plus l’aura du jeune homme hyper doué dont l’intelligence pénétrerait tous les sujets.
 
Il y a quelques semaines, le Chef de l’Etat avait pris position en faveur d’une prise en compte de la durée de cotisation, et j’avais signalé ici même que cela manifestait sa mauvaise connaissance du dossier : en effet, quantifier les droits à pension par des "points" est précisément le moyen de sortir des absurdités et des injustices auxquelles aboutit un calcul en trimestres.
DELEVOYE l’avait compris ; il avait bâti son projet de réforme sur l’abandon du calcul par trimestres ou annuités, et son remplacement par les points, système bien connu des Français puisqu’il est en vigueur à l’ARRCO-AGIRC et dans la plupart des régimes complémentaires. Et voilà que son "patron" mettait les pieds dans le plat, torpillait le projet présenté dans le rapport DELEVOYE au terme d’un an et demi de consultations et de travaux, et de plus tout-à-fait conforme à la formule utilisée par le futur président lors de sa campagne présidentielle : chaque euro cotisé doit ouvrir les mêmes droits, quel que soit le métier du cotisant !
 
Comme si cela ne suffisait pas, voilà que notre nouveau Lucky Luke, l’homme qui dégaine plus vite que son ombre, a tiré une nouvelle balle : la "clause du grand-père", consistant à n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux entrants sur le marché du travail. Déjà au tapis, le rapport DELEVOYE est désormais ad patres, tué d’une balle dans la nuque. J’ignore ce que fera le Haut-commissaire devenu ministre, s’il avalera cette couleuvre ou s’il tirera sa révérence, ou encore s’il acceptera un compromis boiteux, mais ce qui est certain c’est que la réforme des retraites est mal partie. Il aurait fallu à la tête de l’Etat, ou au minimum à Matignon, un homme qui ait des idées claires et justes sur le sujet. Une fois de plus, la France attendra !...
 
Voilà qui nous met sous le nez une triste réalité : s’il s’est révélé être un stratège et un tacticien des plus doués en ce qui concerne la conquête du pouvoir, Emmanuel Macron est un amateur dans la conduite des affaires de l’Etat, particulièrement en ce qui concerne la conduite des grandes réformes nécessaires pour doter notre pays d’une protection sociale efficace et juste. 

Envoyé par l'auteur, 9 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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Une amnésie française : l’art engagé
 
La revue
Ligeia (1) vient de faire paraître un article auquel j’attache la plus grande importance : "Loin des Gilets Jaunes : l’Art politisé de la France des années 60/70". Attention, pas un article purement rétrospectif, encore moins nostalgique. Il a l’ambition de combler une lacune ou plutôt une amnésie collective, un vide de la pensée soigneusement entretenu par nos actuels médias : que s’est-il vraiment passé entre l’Ecole dite de Paris, où régnaient les PICASSO, MATISSE, CHAGALL etc. et la période actuelle, en gros celle qui commence avec Jack LANG au ministère de la culture ? Comment, d’une époque où Paris dominait l’art contemporain (au plein sens chronologique) et même l’art au niveau planétaire, est-on arrivé à une France culturellement à la traîne, voire assistée : pour restaurer notre patrimoine, il faut désormais faire appel aux compétences… des chinois, ce fut annoncé cette semaine pour Notre-Dame ; tant mieux pour le monument, (bravo aux chinois !) mais où est passée notre expertise ? Bref, il s’agit de la période qui précède immédiatement celle couverte par "Les mirages de l’Art contemporain" voir la vidéo de présentation cliquer (2).
Comment un monde où la Peinture-peinture était en pointe, prestigieuse, a pu faire place à l’indécrottable art bureaucratique d’aujourd’hui qui soutient essentiellement les productions conceptuelles et/ou mainstream, d’essence américaine, transformant nos centres d’art en tête de gondole de l’Art mondialisé ? Entre-temps, la peinture a été ringardisée et les quelques rares peintres qui sont tolérés aujourd’hui en avant de la scène française, sont comme les arbres qui cachent la déforestation où tous les autres végètent.
 
La conclusion de mon article donne une explication… inavouable. Car il fut un temps, les années 60/70, où les peintres crurent pouvoir faire bouger les choses à coups de pinceaux. Si on sait encore leur implication, en mai 1968, dans l’Atelier Populaire des Beaux-Arts avec les fameuses affiches, on a oublié leurs luttes pour défendre le patrimoine (sauvegarde de la Cité fleurie, contre les bulldozers des promoteurs) ou pour acquérir des droits sociaux : bien des artistes qui bénéficient de la sécurité sociale, par exemple, pensent qu’il en a toujours été ainsi et ne savent plus qu’ils doivent cette avancée sociale aux luttes de leurs aînés. Les artistes étaient sur tous les fronts y compris juridiques : en procès contre la Cavar, caisse de retraite spoliatrice imposée par l’Etat aux artistes, et dont le directeur partit sans laisser d’adresse… Contrastant avec l’actuelle atonie, (la crise des Gilets Jaunes, exceptées une pétition et quelques œuvres de Street Art, n’a guère ébranlé le milieu culturel), la France connaissait alors un art politisé, dont un des axes était le Salon de la Jeune Peinture,(3) longtemps installé au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or ce Salon remuant est aujourd’hui méconnu au point même d’être difficilement concevable…
 
Ces luttes ont été mises sous le boisseau car elles ont probablement inquiété le pouvoir qui, lui, a de la mémoire et décida d’une mise au pas des trublions culturels (ce sera le fameux subvention/subversion où la subvention musèle, apprivoise la subversion) mais aussi la réalisation du Centre Pompidou (contre lequel les artistes d’alors menèrent une bronca, qui s’en souvient ?). Ce courant artistique fut vigoureux jusqu’au début des années 80, mais au moment où, suite à l’élection de MITTERRAND, ces artistes crurent avoir gagné la partie, la situation fut habilement retournée. Raconter cette vingtaine d’années trépidantes dépasse le cadre de ce blog : je vous renvoie donc vers Ligeia, revue courageuse, qui a osé publier un article … censuré ailleurs ! Or c’est un travail d’historienne, qui examine pour tenter de comprendre. Mais il semble que quelques implications, disons "géopolitiques", aient apeuré (on rêve !) certains. Ce genre d’avanie prouve que la liberté d’expression est en grand danger en France et je crains, hélas, d’avoir à en reparler à propos de la récente publication d’une autre analyste mais n’anticipons pas … à suivre…
 
(1) Ligeia : N°173-176 juillet-décembre 2019 
http://www.revue-ligeia.com/contenu.php
(2) Christine SOURGINS, "Les mirages de l’Art contemporain", La Table Ronde, 2018. voir la video.
(3) A ne pas confondre avec l’appellation "jeune peinture" désignant un courant pictural de l’entre-deux-guerres dans le sillage de DERAIN…L’histoire de ce salon est éclairée par l’ouvrage de Francis PARENT, Raymond PERROT ; Pierre BOUVIER, François DERIVERY, Claude LAZAR, "Le Salon de la Jeune Peinture, une histoire", Patou, 2016 ; réédition augmentée de l’ouvrage de 1983.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 novembte 2019
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Emmanuel Macron : au-delà des mots
 
Le 7 novembre, Emmanuel MACRON a donné un interview à The Economist. Chacune des deux parties est resté dans son rôle. Le président s’est présenté en Européen convaincu dans une vision française de l’Europe, c’est-à-dire une Europe dirigée en sous-main par la France, en raison de sa force de frappe nucléaire, de son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, de son armée et de sa capacité à se projeter à l’étranger. De son coté, The Economist a soulevé les questions habituelles sur les divisions européennes et la réalité de l’Europe en tant qu’entité politique.
 
La déclaration du président sur la mort cérébrale de l’OTAN a suscité beaucoup de commentaires, y compris à l’étranger. Elle n’est étayée par aucun fait, hors l’attitude ambigüe de la Turquie, et les déclarations de Donald TRUMP. Elle vise à donner corps à son projet d’Europe de la défense. C’est une chimère. Une défense commune n’est possible que s’il existe une politique étrangère commune, définie sur la base d’intérêts ou d’ennemis communs. Ce n’est pas le cas. Les intérêts des pays européens, bien que proches, ne sont pas identiques. La Russie n’est pas l’ennemi de l’Union européenne. Elle est diabolisée par les néoconservateurs parce qu’elle se met en travers de leur projet hégémonique. Le complexe militaro-industriel s’en sert comme chiffon rouge pour justifier l’augmentation du budget américain de la défense. Une politique étrangère exige aussi une industrie de l’armement indépendante. A nouveau, ce n’est pas le cas. L’Europe s’approvisionne pour partie aux Etats-Unis. Les trois premiers importateurs sont la Grande-Bretagne, la Norvège et l’Italie. On sait les pressions exercées par Washington pour obliger un certain nombre de nations à acheter le F-35 – un avion au coût exorbitant dont le sénateur John McCAIN, ancien de l’aéronavale, avait demandé à ce qu’il soit abandonné !
 
A ce sujet, notons qu’aucune nation européenne n’achète d’armes à la France – l’un des cinq premiers exportateurs au monde. L’Allemagne – autre grand exportateur - fait mieux avec deux acheteurs : les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, pour un montant modeste en ce qui concerne ce dernier. Une fois encore, la tant vantée solidarité européenne fait défaut.
Une industrie de l’armement indépendante suppose une industrie nationale. Or, la France ne cesse de voir disparaître ses champions nationaux : Alstom, Technip, Lafarge, Dentressangle, etc. et demain Latécoère ! Ne faudrait-il protéger ces entreprises avant de parler de défense européenne ?
 
Emmanuel MACRON justifie la nécessité d’une défense européenne par l’émergence d’une nouvelle guerre froide sino-américaine qui n’existe pas encore, et qui n’existera sans doute jamais tant les liens économiques et financiers entre les deux nations sont forts. Les Etats-Unis ont tout autant besoin de la Chine que la Chine des Etats-Unis. La relation sino-américaine est l’histoire d’un pari américain qui a mal tourné. Les Etats-Unis ont parié que l’inclusion de la Chine dans les relations économiques occidentales au travers de l’Organisation mondiale du commerce et du Fonds monétaire international, transformerait le système politique chinois. Ils se sont trompés. Les dirigeants chinois se sont servis de cette ouverture pour moderniser leur pays, en se gardant bien de reléguer leur pouvoir au peuple. C’est un pari de dupes. Les Américains ont été dupés par les Chinois qu’ils pensaient duper ! La politique de Donald TRUMP est un combat d’arrière-garde, une guerre économique mal conçue qui ne peut conduire qu’à des résultats désastreux pour les deux protagonistes, et pour le reste du monde, s’il n’y est pas mis fin rapidement.
 
Revenons à la défense européenne. Les Etats-Unis qui considèrent l’Europe comme un sous-continent à leur main, ne toléreront jamais une défense européenne indépendante. Qu’arriverait-il si cette Europe s’alliait à la Russie ? Les Etats-Unis seraient marginalisées. La crainte exprimée jadis par Halford MACKINDER (1) se réaliserait. Précisons enfin que le souhait du président d’inclure la Grande-Bretagne dans la défense européenne ne fait pas sens. Ce pays a délégué pour partie sa défense aux Etats-Unis. Elle en serait donc le cheval de Troie.
 
En matière de politique étrangère, le discours du président a des accents gaullistes avec cependant une dose de néoconservatisme, comme l’indique ses remarques sur Bachar al Assad, la Turquie et la Russie. La présence de la France en Syrie est illégale. Rappelons qu’il n’a jamais été démontré que le président syrien avait utilisé des armes chimiques en 2013. C’est pourquoi Barack Obama a considéré que la "ligne rouge" n’avait pas été franchie, et a renoncé aux frappes aériennes. Emmanuel MACRON est tout aussi gaullien lorsqu’il déclare vouloir améliorer les relations de la France avec la Russie, mais son analyse s’appuie sur une vision néoconservatrice de ce pays.
En revanche, il est tout à fait dans son rôle lorsqu’il souligne la nécessité pour l’Europe d’être à la pointe des nouvelles technologies, en particulier dans le domaine des télécommunications avec la venue du 5G.
 
Au-delà des mots échangés lors de l’interview, il apparaît que dans sa définition de la politique étrangère de la France, Emmanuel MACRON fait face à un double dilemme. Il ne peut être Européen et gaulliste, et il ne peut être l’un ou l’autre sans irriter l’ami américain. C’est le dilemme de la France.
 
(1) Halford Mackinder postule que qui contrôle les plaines s’étendant de l’Europe centrale à la Sibérie – région qu’il appelle l’île-monde – contrôle l’Eurasie, et donc le reste du monde.
Envoyé par l'auteur, 12 novembre 2019
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Aux racines de la violence "gratuite"
 
Le docteur Maurice BERGER, psychiatre, est l’un des trop rares spécialistes français de la violence pathologique, et plus particulièrement de celle qui se manifeste chez des enfants, des adolescents et des jeunes. Il étudie "les processus à l’origine de la violence pathologique extrême", pour reprendre une expression qu’il a employée comme titre d’un chapitre de son ouvrage Voulons-nous des enfants barbares (Dunod, 2013). Il observe et analyse les échecs des institutions ayant à traiter ce problème dramatique, que ce soit la justice ou l’Aide sociale à l’enfance, institution dont il a depuis longtemps repéré et expliqué les insuffisances, pour ne pas dire le manque dramatique d’efficacité, dans deux ouvrages : L’échec de la protection de l’enfance (Dunod, 2004), et Ces enfants qu’on sacrifie … au nom de la protection de l’enfance (Dunod, 2014). Il veut contribuer à "prévenir et traiter la violence extrême" - sous-titre de Voulons-nous des enfants barbares ? (Dunod, 2013), et pour cela il analyse par exemple comment s’effectue le passage De l’incivilité au terrorisme, titre de l’ouvrage qu’il a publié chez Dunod en 2016.
 
Cette année, Maurice BERGER continue son travail salvifique, et qui le serait plus encore s’il était davantage écouté, en publiant Sur la violence gratuite en France (L’Artilleur, octobre 2019). Cet ouvrage, comme ceux qui le précèdent, devrait être lu par tous ceux qui ont en charge de lutter contre la montée de la violence dans notre pays, mais aussi par tous les citoyens soucieux de comprendre le monde où nous vivons et de porter au pouvoir des personnes ayant des idées réalistes sur les sujets importants, dont la violence fait partie. Les quelques aperçus que je vais donner du travail effectué par Maurice BERGER depuis des décennies ne sauraient évidemment pas remplacer la lecture de ses ouvrages.
 
Le rôle décisif de la petite enfance
"Quand on ne sait pas jouer à faire des accidents de voiture avec des modèles réduits, on joue en vrai". Trop d’enfants n’ont pas appris de leurs parents ou de leur entourage à imaginer, à construire des scénarios dont ils savent bien qu’ils ne constituent pas la réalité, à jouer un rôle dans une histoire inventée. Maurice BERGER éclaire à l’aide de cette observation le phénomène devenu chronique des incendies de voitures lors de certaines fêtes, renvoyant dans leurs buts les sociologues prompts à fournir une explication du type rancœur contre une société de consommation dont ces jeunes seraient exclus. Ces jeunes voyous, il discute avec eux dans un but thérapeutique, et voici ce qu’ils lui disent : "ces destructions de véhicules étaient un jeu, le but étant d’en brûler plus que ceux du quartier voisin".

Cette absence de la dimension "jeu" au sens normal, inoffensif, est héréditaire : "Il ne sert à rien de dire à des parents avec lesquels on n’a jamais joué lorsqu’ils étaient enfants, de jouer avec leur enfant, car ils n’ont pas d’enfant joueur en eux". Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire : l’équipe du Docteur Berger a pratiqué avec succès l’apprentissage du jeu aux enfants à problème et à leurs parents. Encore faut-il convaincre les uns et les autres de participer, le cas échéant en accordant une prime aux familles qui viennent ainsi, parents et enfants, apprendre à "faire comme si", à créer un monde imaginaire dans lequel on peut jouer à être et à faire ce que l’on n’est pas et ce que l’on ne fait pas réellement.
J’ai pensé, en lisant ce passage, à un jeu de mon enfance, le gendarme et le voleur. A la réflexion, il a certainement contribué à faire de votre serviteur, comme de bien d’autres, un citoyen respectueux du bien d’autrui. Il s’agit d’une sorte de vaccination psychique : mes aînés m’ont inoculé à faible dose le virus du vol, la lecture des romans de Maurice LEBLANC a complété ces parties de rigolade, et j’ai développé les anticorps correspondants. Arsène Lupin n’a pas été pour moi un modèle, mais la figure mythique qui confine le vol dans un monde totalement imaginaire. Ne pas jouer, ne pas comprendre la plaisanterie, tout prendre au sérieux, ne pas visiter par la pensée des mondes imaginaires, voilà l’origine de certains des maux qui rendent invivables trop de nos quartiers.
Maurice BERGER va jusqu’au bout de sa démarche analytique en attribuant une grande importance à "l’absence de pensée" comme source de la délinquance. "Certains jeunes n’ont pas de pensées. Je mesure l’énormité de ce que j’affirme là, et il m’a fallu plusieurs années pour accepter cette idée", écrit-il. Cette vacuité explique l’addiction à la destruction : "Détruire est le jeu de ceux qui n’ont aucune imagination, et il consiste aussi à démolir la construction des autres dont on envie la capacité de créer."
 
Les erreurs d’analyse
Il est fréquent de dénoncer "la ghettoïsation de certaines parties de la population" comme étant "à l’origine de la violence et du communautarisme", remarque Maurice BERGER. Or, estime-t-il, c’est inexact : "on est enfermé par autrui dans un ghetto alors qu’au contraire (…) la contrainte est intérieure, elle est autosécrétée, car c’est l’éloignement qui est angoissant, éloignement en pensée, mais aussi éloignement physique hors de son territoire."
Le Docteur BERGER donne des exemples à l’appui de cette affirmation politiquement incorrecte. D’abord celui des travailleurs saisonniers : ce sont pour beaucoup des européens de l’Est, alors que les jeunes des banlieues n’utilisent guère cette opportunité. Ensuite celui de la création de 350 postes à la SNCF réservés aux habitants des quartiers difficiles, avec installation du bureau d’embauche au cœur d’un de ces quartiers : 230 personnes seulement sont venues se renseigner ! Le chiffre des embauches finalement réalisées n’est pas indiqué, mais la leçon est claire : "Postuler aurait signifié se trouver seul, loin du groupe de ses semblables et sur un lieu inconnu, loin du territoire du groupe." Il faut intégrer le phénomène clanique comme une donnée très importante dans le traitement du problème posé par certaines banlieues.
 
Que faire ?
Les deux derniers chapitres du livre sous revue fournissent des pistes sur ce qu’il faudrait faire … et ne pas faire. Le but proposé par le psychiatre est clair : "aider des sujets prisonniers de leurs pulsions à penser et à se retenir". Cela de deux manières.
Premièrement, exemples à l’appui, le Docteur BERGER explique que beaucoup de ces jeunes n’ont pas conscience de la gravité d’actes tels que, par exemple, avoir frappé quelqu’un au point de le mettre dans le coma, ou avoir sodomisé un garçonnet de 5 ans. "En entretien, où il vient, car il a une obligation judiciaire de soins, il ne voit pas où est le problème, à part que ça lui cause des ennuis". La comparution devant le juge tardant, il pense que l’affaire est oubliée, et les séances avec le psychiatre ne donnent rien. C’est le jour où on lui annonce que l’audience aura lieu la semaine suivante qu’un déclic se produit : "Il me déclare que maintenant, il va réfléchir avec moi à ce qui s’est passé". Leçon à retenir des exemples de ce type : "la décision judiciaire est très souvent le seul repère, le seul indicateur qui fournit à un jeune un reflet de la gravité de ses actes."
 
Deuxièmement, en conséquence de ce qui précède, il faut "donner sens à la loi", utiliser le plus efficacement possible ce moyen de faire accéder à une conscience morale des jeunes qui "n’ont pas de regrets de leurs actes violents, sauf quand ils occasionnent des ennuis à leur famille." Et pour cela, il faut que le jugement intervienne rapidement. Juger un délit deux ans après sa commission, c’est laisser penser au délinquant qu’il n’a rien fait de grave, sentiment qui sera souvent confirmé par une ou des récidives, elles aussi dépourvues de conséquences immédiates pour le coupable.
Dans le même sens, le docteur Berger s’élève contre l’atténuation systématique des sanctions relatives aux premières agressions. "Actuellement, dans les faits, les mineurs ont compris qu’il existait un droit de premier tabassage, quel qu’en soit la gravité", explique-t-il exemples à l’appui. Il préconise une courte peine de prison, 15 jours par exemple, dès la première grosse bêtise, comme étant le meilleur et pratiquement le seul moyen de déclencher une prise de conscience et de rendre efficace le passage en centre éducatif renforcé (CER) ou en établissement de placement éducatif (EPE).
 
Bref, donner le sens du permis et du défendu, sans même parler de celui du bien et du mal, n’est pas une mince affaire quand il s’agit d’enfants et de jeunes dont l’éducation parentale a été déficiente. Les institutions créées dans ce but pourraient fonctionner plus efficacement si elles s’inspiraient des analyses et suggestions de personnes qui, comme le docteur BERGER, explorent l’univers de la violence depuis des décennies avec une grande lucidité accompagnée, comme il sied aux personnes intelligentes, d’une bonne dose d’humilité.

Envoyé par l'auteur, 12 novembre 2019
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Quand la moitié de l'Europe vivait sous le joug communiste

On croit souvent que le partage, après la deuxième guerre mondiale, de l’Europe en deux zones d’influence, l’une anglo-saxonne, l’autre soviétique, s’est faite à la Conférence de Yalta de février 1945. En réalité, ce sommet en Crimée entre STALINE, ROOSEVELT et CHURCHILL – où DE GAULLE ne parvint pas à se faire inviter - n’a fait qu’entériner un partage déjà ébauché par CHURCHILL et STALINE le 9 octobre 1944, à Moscou. Ce jour-là, commence une conférence interalliée où il s’agit de forcer le gouvernement polonais en exil à Londres, détenteur d’une vraie légitimité populaire, à constituer un "front commun" avec un "Comité de Lublin" communiste, forgé de toutes pièces par le "libérateur" soviétique. Une semaine plus tôt, l’insurrection de Varsovie a été écrasée dans le sang par les troupes hitlériennes, qui déportent toute la population et dynamitent tout le centre de la capitale, maison par maison, alors que les forces russes, déjà parvenues sur la rive droite de la Vistule, ont l’ordre de ne pas bouger.

L’obsession de STALINE, traditionnelle dans la politique russe, est de se constituer un glacis territorial et politique vers l’ouest, d’où sont venues, en trois siècles, quatre invasions (la polono-lituanienne, la suédoise, la française, l’allemande). Fidèle à lui-même, CHURCHILL est obsédé par les Balkans. Il n’a pas réussi à convaincre ROOSEVELT d’y débarquer (afin d’y limiter la progression soviétique) et il a très peur que la Grèce (où se déploie une puissante résistance communiste) puisse tomber dans l’orbite de Moscou. La Grèce, c’est la Méditerranée et il compte bien la maintenir comme un grand lac britannique, de Gibraltar à Alexandrie. Alors CHURCHILL fait un deal avec STALINE, qu’il griffonne sur un bout de papier, qui a été conservé. Les deux leaders s’attribuent des taux d’influence respectifs sur les pays en passe d’être libérés des nazis. CHURCHILL obtient un taux de 90 % pour la Grèce, mais concède un taux d’influence de 90 % à la "Russie" sur la Roumanie, pays où la résistance communiste est pourtant insignifiante. Pour la Bulgarie, ce taux descend à 75 %. La Hongrie et la Yougoslavie se voient attribuer un partage à 50/50.

A Yalta, les Soviétiques sont en position de force. Ils obtiennent que le Comité de Lublin forme l’ossature du futur gouvernement de la Pologne. Pour ROOSEVELT, la priorité est de finir la guerre avec le minimum de pertes en vies américaines. Le président des Etats-Unis accepte de laisser l’armée Rouge fournir l’effort de guerre le plus lourd, quitte à lui abandonner une plus vaste zone d’occupation. Il affiche une naïveté confondante à l’égard de STALINE, qu’il qualifie aimablement d’Uncle Joe. "Si je lui donne tout ce qu’il me sera possible de donner sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, il ne tentera pas d’annexer quoi que ce soit et travaillera à bâtir un monde de démocratie et de paix", expliquera ROOSEVELT à CHURCHILL. Les accords de Yalta prévoient des élections libres dans tous les Etats européens libérés et, en attendant, la constitution de gouvernement provisoires représentant "tous les éléments démocratiques des populations".

STALINE ne respectera pas cette clause. Dans les zones "libérées" par l’armée Rouge, les communistes vont réussir en trois ans, par l’intimidation, la constitution de "fronts patriotiques", la tricherie électorale et les assassinats ciblés, à prendre partout le pouvoir, pour le confisquer ensuite. Dès mars 1946, CHURCHILL, qui n’est plus au pouvoir, dénonce, dans un discours aux Etats-Unis, le "rideau de fer qui, de Stettin dans la Baltique, jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, s’est abattu sur l’Europe de l’Est". Partout, les communistes y installent des dicta
tures, qui prennent le nom de "démocraties populaires", et qui obéissent aux instructions du Kominform (cette organisation centrale des partis communistes vient, en 1947, ressusciter le Komintern d’avant-guerre). Plus de cent millions d’Européens se retrouvent sous le joug communiste. Les Occidentaux laissent faire.

Les élites libérales des pays d’Europe de l’est se sentent, une deuxième fois, trahies par l’Occident. Les Tchécoslovaques se rappellent la Conférence de Munich (septembre 1938), où les Anglais et les Français les ont abandonnés face aux nazis. Les Polonais se souviennent que lorsque les divisions allemandes les envahirent en septembre 1939, l’armée française resta l’arme au pied, au lieu d’attaquer le Reich sur son flanc ouest.
On ne peut pas saisir la mentalité d’esprit des Européens de l’est qui furent acculés à vivre sous le joug communiste, si l’on oublie ce sentiment très fort d’avoir été lâchés par l’Occident.

Cependant, la pénétration du communisme chez ces Européens orientaux est loin d’avoir été la même partout. Il y a des pays où elle a été facile, comme en Tchécoslovaquie. En 1938, ce pays jouissait d’un niveau de développement industriel comparable à celui de la France. La classe ouvrière y était importante et bien organisée. Les communistes obtiennent, sans tricher, 37,9 % des voix aux élections législatives de 1946. Ils attendront le coup de Prague de février 1948 pour confisquer le pouvoir et défenestreront le ministre libéral Jan MASARYK le 10 mars 1948. En Pologne, en revanche, la population n’a jamais été nombreuse à adhérer sincèrement au communisme. Ce pays était alors encore rural et catholique. Par ailleurs, les Polonais ne pouvaient pas pardonner aux Soviétiques le pacte MOLOTOV-RIBBENTROP d’août 1939 (partage du pays avec les nazis), le massacre de Katyn (assassinat au printemps1940 par le NKVD, la police secrète soviétique, de 14000 officiers polonais prisonniers de guerre), l’absence de soutien militaire lors de l’insurrection de Varsovie contre l’occupant nazi du 1er août au 2 octobre 1944.

Après la fin de la guerre, les Polonais ne connaissent la vraie histoire de leur pays que par le bouche-à-oreille. Car dans les cours d’histoire dispensés aux lycéens et étudiants, on oublie de mentionner le pacte germano-soviétique et on prétend que la responsabilité des massacres de Katyn incombe à l’Allemagne hitlérienne. On évite de s’étendre sur l’insurrection de Varsovie déclenchée par l’AK (Armia Krajowa, mouvement de résistance loyale au gouvernement de Londres), afin de réaffirmer le désir de souveraineté polonaise, à l’approche de l’armée Rouge, qui se gardera bien d’apporter la moindre aide militaire aux insurgés. La stratégie de STALINE, qui souhaitait une Pologne affaiblie, n’était bien sûr jamais évoquée ; on enseignait seulement que l’Union soviétique, le grand "pays frère", avait été le valeureux libérateur de la Pologne.

Le mensonge sur l’Histoire contemporaine a été une constante de l’enseignement scolaire et universitaire dans tous les pays de l’Europe de l’est vivant sous le joug communiste. Les familles des officiers exécutés à Katyn par la police secrète soviétique ne purent jamais récupérer les corps, qui avaient été jetés dans des fosses communes. Mais l’usage était, dans les cimetières des villages polonais, d’honorer l’officier mort par une stèle à son nom. Il était strictement interdit de mentionner le lieu de la mort (Katyn) et même l’année (1940). Il a fallu attendre 1990 pour que l’URSS reconnaisse qu’elle avait été responsable des massacres de Katyn.

La doctrine communiste n’enseignait pas seulement qu’une société digne de ce nom devait socialiser l’ensemble de ses moyens de production et d’échange. Elle enseignait aussi que la lutte des classes était le moteur de l’Histoire. Comme sous la Terreur française de 1793, le seul fait d’appartenir à une classe auparavant privilégiée pouvait vous faire jeter en prison. Le Comte ZAMOYSKI, chef d’une des plus vieilles familles polonaises, propriétaire de dizaines de milliers d’hectares en Galicie, vécut la confiscation de tous ses biens dès l’arrivée des communistes au pouvoir. Comme si cela ne suffisait pas, il fut mis en prison pendant sept ans, et libéré seulement après la mort de STALINE. Mais la justice maintint pour lui l’interdiction de s’approcher de plus de 50 kms de Varsovie… A sa sortie de prison, cet aristocrate qui parlait parfaitement le français, l’allemand et l’anglais finit par trouver un petit boulot de clerc dans une agence de voyages, bien sûr étatique.

Cependant, sous le joug communiste, le plus dangereux n’était pas d’être un ci-devant aristocrate ou grand bourgeois. Dans la plupart des cas, on se contentait de nationaliser vos affaires, de partager votre maison (où vous pouviez quand même garder une ou deux pièces pour vous et votre famille), et de vous éloigner de tout poste de pouvoir ou d’influence. Le plus dangereux était d’appartenir au mauvais courant au sein du parti communiste. Si vous vouliez vous débarrasser d’un rival politique au sein du parti, vous l’accusiez de "déviationnisme". C’est la méthode qu’a utilisée Matyas RAKOSI, secrétaire général du parti des travailleurs hongrois (le parti communiste unique au pouvoir) pour se débarrasser d’un rival brillant, à l’impeccable passé de résistant, ministre de l’intérieur en 1948, Laszlo RAJK. Après qu’il eut été "promu" comme ministre des affaires étrangères, il est immédiatement accusé de sympathies "pro-impérialistes". On l’arrête. On le torture. On lui promet la vie sauve s’il reconnaît des crimes imaginaires à son procès. Il passe aux aveux publics, mais le parti ne tient pas sa parole, et il meurt pendu le 15 octobre 1949. RAKOSI s’en tirera mieux. En 1956, lorsque la révolution commence en Hongrie, il fuit en Union soviétique, où il mourra, quinze ans plus tard, dans son lit. Déjà, sous la Terreur française, on notait que la Révolution dévorait ses enfants. Les treize premières années du communisme européen n’ont pas fait exception à la règle.

Il faudra attendre 1958, pour que le communisme européen arrête de tuer (tout en continuant à emprisonner). La dernière victime est le Hongrois Imre NAGY, pendu le 16 juin 1958 à Budapest. Ce communiste est nommé premier ministre en 1953, où il préconise une "Nouvelle voie", qui préfigure le "socialisme à visage humain" d’Alexander DUBCEK du printemps de Prague (1968). Ayant perdu le soutien du Politburo de Moscou, NAGY est relevé de ses fonctions en 1955, puis exclu du parti. Cinq jours après le début de l’insurrection de Budapest (qui commence le 23 octobre 1956, en soutien aux ouvriers polonais en grève), le Comité central du parti des travailleurs hongrois le rappelle au pouvoir. Il commet l’irréparable en retirant ses armées du Pacte de Varsovie le 31 octobre et en proclamant le 1er novembre la neutralité de la Hongrie auprès des instances de l’Onu, tout en appelant les grandes puissances à la garantir.

Les régimes communistes est-européens sont des dictatures qui ne suivent pas toutes exactement la même ligne. Le meilleur élève du Kominform est la République démocratique allemande, suivie à égalité par la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie. Ensuite vient la Pologne qui, en mauvaise élève de la théorie marxiste, a peu collectivisé l’agriculture et a toléré l’Eglise catholique, dont l’archevêché de Cracovie devient vite le principal foyer de résistance à l’idéologie communiste. La Roumanie du dictateur CEAUCESCU se prétend autonome par rapport à Moscou, sans pourtant jamais de franchir la ligne rouge qu’aurait constitué un retrait du Pacte de Varsovie (l’organisation militaire équivalente à l’Otan) ou du COMECON (le marché commun des pays de l’est). La Yougoslavie titiste vire à droite dès 1948, en se rebellant contre Moscou et en renouant avec l’Amérique, et prend une réelle indépendance. Bientôt elle devient le leader du Mouvement des non-alignés.
La petite Albanie suit le chemin inverse, elle reste stalinienne même après le rapport KHROUCHTCHEV au XXème Congrès du parti communiste soviétique, et se rapproche de la Chine de MAO. La paranoïa anti-étrangers du dictateur Enver HODJA aboutit à ce que ce charmant petit pays montagneux se couvre de bunkers, comme une clairière de champignons après la pluie.

Mais ces pays partagent tous la même caractéristique. L’armature du pouvoir suprême réside dans les services de renseignement. La méfiance règne partout. Politiquement, personne ne fait confiance à personne. Ces Etats communistes gâchent une énergie humaine considérable à organiser l’espionnage de tous par tous.
A Varsovie, Elzbieta, une dynamique vieille dame, qui préfère que son nom de famille ne soit pas publié, raconte un incident qui lui est arrivé un matin pluvieux d’avril 1962, et qu’elle a gardé pour elle jusqu’aujourd’hui. La veille au soir, son mari avait convié à dîner son vieux groupe d’amis datant de l’université. Comme à l’accoutumée, les jeunes hommes avaient bu, ri, chanté, joué de la musique et raconté des blagues sur les aberrations du système de production communiste. Le lendemain, en nettoyant le tapis du salon, Elzbieta y trouve un badge de l’Urzad Bezpieczenstwa (la police secrète), que quelqu’un a fait tomber de sa poche par inadvertance. Elle devient totalement paralysée, jusqu’à ce qu’on sonne à la porte. Deux hommes en longs manteaux de cuir noir se présentent : "Vous avez dû trouver chez vous quelque chose qui ne vous appartient pas ! Si vous voulez vous éviter des ennuis, oubliez cet incident, et ne parlez à personne de notre visite…". Le vieux groupe d’amis, dont aucun n’était membre du parti, continua à se réunir tous les mois pour festoyer. Jamais, jusqu’aujourd’hui, Elzbieta n’a réussi à identifier celui qui travaillait pour la police secrète…

Pour diriger l’économie étatisée, les partis communistes choisissent des cadres sur leur affiliation idéologique plutôt que sur des critères de compétence. Les grandes entreprises perdent l’habitude d’adapter leur offre à la demande. Les pénuries s’installent. On fait la queue pendant des heures pour acheter cinq tranches de jambon. C’est l’égalité, mais dans la misère. Enfin, pas tout à fait l’égalité, car les familles des hauts membres du parti parviennent à contourner les pénuries.

Les dysfonctionnements du système centralisé de production provoquent des mécontentements qui, faute de soupapes politiques, se transforment parfois en insurrections. Depuis la mort de STALINE (mars 1953), les langues se délient et les gens se libèrent de la peur. En juin 1953, en Allemagne de l’Est, une revendication d’ouvriers (pourtant communistes) du bâtiment à Berlin va dégénérer en manifestations puis en grèves. Le mouvement, très discipliné, s’étend à l’ensemble du pays. Les foules déchirent les drapeaux rouges. Les prolétaires ne veulent plus de la dictature du prolétariat. Est constitué un "gouvernement provisoire de travailleurs progressistes", qui réclame des élections libres. Le 17 juin, les chars soviétiques entre à Berlin-Est pour réprimer l’insurrection. 50 morts, 10 000 arrestations. Bertolt BRECHT ironise : "Puisque le peuple se trompe, il n’y a qu’à changer de peuple !"
A Poznan en Pologne de grandes grèves éclatent en juin 1956. L’armée les réprime dans le sang (au moins une cinquantaine de morts) mais le régime est obligé de concéder la création de conseils ouvriers dans les usines (qui seront abolis deux ans plus tard). La répression de l’insurrection de Budapest est de loin la plus sanglante. Les chars soviétiques envahissent la capitale hongroise le 4 novembre, mais la population résistera, les armes à la main, jusqu’au 10 novembre. Plus de 2 500 Hongrois et 700 Soviétiques sont tués. 200 000 Hongrois fuient en Occident à travers l’Autriche.

L’impact est considérable en Europe occidentale. Beaucoup d’intellectuels français "progressistes" démissionnent alors du PCF. Le parti communiste italien prend ses distances avec Moscou. Mais une chape de plomb recouvre l’Europe de l’est. La déstalinisation est stoppée net. Pour stopper une hémorragie de ses citoyens vers l’ouest capitaliste, la République démocratique allemande construit le mur de Berlin en 1961. Après la répression du printemps de Prague par les chars du Pacte de Varsovie au mois d’août 1968, la doctrine Brejnev de "souveraineté limitée" est clairement établie pour les démocraties populaires européennes.

Mais, à l’intérieur, les adhérents sincères au système communiste se font de moins en moins nombreux. Il y deux sociétés qui vivent parallèlement. La société officielle, avec sa police, ses médias aux ordres, ses mensonges d’Etat. Les intellectuels de la société civile ne croient plus, eux, qu’aux informations diffusées par Radio Free Europe ou par la Voix de l’Amérique.

Quand le nouveau pape JEAN-PAUL II, ancien archevêque de Cracovie, voyage en Pologne au début du mois de juin 1979, c’est littéralement l’ensemble de la population qui sort dans la rue pour l’acclamer. Les autorités communistes n’avaient pas anticipé un tel triomphe. Il est alors clair pour tout le monde que l’idéologie communiste est définitivement morte en Pologne. En août 1980, se crée un syndicat ouvrier indépendant aux chantiers navals de Gdansk. Le mouvement Solidarnosc se répand dans tout le pays. Pour éviter l’arrivée des chars soviétiques à Varsovie, le général JARUZELSKI instaure un état de siège en décembre 1981 et interne des milliers de syndicalistes. Les Occidentaux ne bougent pas. Confirmée à Yalta, la doctrine des sphères d’influence a tenu bon pendant 45 ans, jusqu’à ce que le communisme européen, à la suite du soviétisme, s’effondre de lui-même en 1989…

Envoyé par l'auteur, 10 novembre 2019
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Il faut européaniser l’Otan !
 
Dans une interview parue le 9 novembre 2019 dans l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel MACRON a dit que l’Otan était en état de mort cérébrale. La métaphore est pour le moins vigoureuse. Car, médicalement, on ne connaît personne qui se soit jamais remis d’une mort cérébrale. Or, si l’Otan ne va pas bien aujourd’hui, rien n’empêche objectivement qu’elle aille mieux demain. En parlant dru, le président français a néanmoins eu le mérite de réveiller les Européens sur un sujet important, qui est l’architecture de leur sécurité future.

Née en 1949 d’initiatives aussi bien anglo-françaises qu’américaines, l’Organisation de l’Atlantique Nord a parfaitement joué son rôle de défense de l’Europe occidentale face aux appétits soviétiques. Durant les crises de la guerre froide (Berlin, Cuba), le général de GAULLE a toujours joué le jeu de l’Alliance atlantique. Mais, soucieux de rendre à la France sa souveraineté sur ses armées, il avait pris la décision de les retirer de l’organisation militaire intégrée de l’Otan. Il avait signifié ce retrait en écrivant en 1966 au président JOHNSON, sans remettre en cause le bien-fondé de l’Alliance atlantique. De GAULLE était un allié exigeant, difficile, soucieux de parler d’égal à égal avec les Américains, mais c’était un allié. C’est d’ailleurs pour lui que Richard NIXON fera son premier voyage à l’étranger comme président des États-Unis.

À l’issue de l’effondrement politique, militaire et économique de l’URSS et de la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, l’Otan se cherche une raison d’être. Avec plus ou moins de bonheur, elle se lance dans des opérations dépassant le cadre de sa charte fondatrice.
Lors de la crise du Kosovo, les Occidentaux confient à cette dernière la mission de forcer la Serbie à quitter sa province rebelle, berceau historique de son église orthodoxe mais devenue avec le temps très majoritairement albanophone. Après trois mois de bombardements aériens, de mars à juin 1999, la Serbie cède ; ses forces de sécurité se retirent, aussitôt remplacées par celles de l’Otan. Cette dernière échouera dans sa tâche de pacification, incapable d’empêcher l’éviction, par l’intimidation et l’assassinat, des minorités non albanophones (serbe, tsigane, bosniaque, etc.).
CLINTON avait promis un "Kosovo multiethnique et pacifié". Il n’est aujourd’hui ni multiethnique, ni réellement pacifié, tant il est devenu un hub de criminalité et, depuis peu, d’islamisme. Mais les Américains en ont retiré l’avantage de pouvoir y établir une base militaire, le camp Bondsteel.
En décembre 2001, l’Otan accepte imprudemment la mission de reconstruire l’Afghanistan, tout juste abandonné par les talibans. Le pays se couvre de PRT (Provincial Reconstruction Teams). Les Occidentaux peinent à comprendre que les paysans afghans n’aiment pas voir chez eux des étrangers armés. Malgré plusieurs centaines de milliards de dollars dépensés, la greffe occidentale n’arrive pas à prendre en Afghanistan. Aujourd’hui les Américains cherchent la bonne manière de rendre aux talibans le "Royaume de l’Insolence".

Mais ces échecs ne doivent pas faire oublier le nouveau rôle protecteur de l’Otan face à la Russie de Vladimir POUTINE. En 2014, l’annexion de la Crimée et l’ingérence russe dans le Donbass ukrainien ont semé l’effroi dans les territoires européens jadis soumis au joug soviétique. À raison, l’Otan a réalisé des manœuvres militaires dans les pays baltes, afin de lancer un message clair au Kremlin. S’il n’y avait plus d’Otan, un déséquilibre stratégique considérable se créerait en Europe.
Il ne faut pas exagérer la menace de la Russie, dont le budget militaire est quatre fois inférieur à celui des pays européens de l’Otan, et huit fois inférieur à celui de l’Amérique. Mais il ne faut pas non plus la sous-estimer. Autant, avec leurs sanctions, les Occidentaux commettent une folie stratégique à pousser la Russie dans les bras de la Chine, autant ils ne sauraient montrer la moindre faiblesse militaire face à Moscou, quand bien même POUTINE afficherait les intentions les plus pacifiques du monde. En stratégie, les capacités sont plus significatives que les intentions.

Macron n’a pas été prévenu à l’avance de la décision américaine du 6 octobre de quitter le Kurdistan syrien. Les forces françaises se sont retrouvées en plan, sans moyen d’évacuer leur matériel lourd. La France a été traitée par les Américains comme un supplétif de deuxième ordre. C’est très désagréable, mais il faut garder la tête froide. Le Congrès et l’establishment militaire américain ne sont pas prêts à tirer un trait sur l’Otan. Trump a cependant raison de reprocher aux Européens ne pas dépenser assez pour leur défense. Ils devraient saisir l’occasion pour européaniser l’Otan. Pour en faire un instrument militaire capable de fonctionner en toutes circonstances, et indépendamment des aléas de la politique présidentielle américaine.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2019
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Un signal d’alarme pour les deux finalistes de 2017
 
La rengaine est connue : les sondages se trompent, les sondages ne veulent rien dire ; surtout à lointaine échéance d’un scrutin. Il est de fait facile d’opposer les résultats d’une élection aux chiffres publiés par les instituts quelques mois à l’avance. Mais, comme en toute matière, une donnée brute est inintelligible sans clés de lecture. En l’occurrence que dit le sondage Ifop publié dans Le Figaro ? Les Français s’attendent à un duel Macron-Le Pen, mais ils n’en veulent pas. Et c’est ce décalage qui peut conduire à chambouler l’offre qui leur est faite aujourd’hui.

En matière électorale, il existe trois types de mesures : le pronostic, le souhait et l’intention de vote proprement dite. Le premier n’exprime aucune préférence personnelle mais résulte d’une analyse de la situation du moment. Or, c’est un fait que, depuis le premier tour de la présidentielle de 2017, le duo Emmanuel Macron- Marine Le Pen domine le paysage, ni la droite ni la gauche qui ont exercé le pouvoir durant six décennies ne semblant à ce jour en mesure de reprendre la main. Un même pronostic peut donc réunir ceux qui s’en réjouissent (85 % des électeurs RN) et ceux qui le déplorent (81 % des sympathisants LR).
L’intention de vote, ensuite, exprime un choix ; mais sur la base d’une liste de candidats proposés, laquelle ne correspond pas obligatoirement au désir prioritaire du sondé. L’intention de vote est donc en partie un choix par défaut. On peut ainsi dire voter pour tel candidat pour faire barrage à tel autre, ou même si on se sent plus proche d’une autre personnalité, mais dont le nom n’est pas proposé. Le souhait, enfin, est sans doute ce qui correspond le mieux à l’intention profonde du citoyen sondé, mais il fait abstraction de l’offre effective.
Souvent, l’ensemble des indices (pronostic, intention de vote, souhait) finit par se rapprocher. Mais il peut arriver à l’inverse qu’ils divergent. Et que cette divergence impose un changement de la donne. C’est ce que l’on a appelé le "dégagisme", lequel s’est manifesté en 2017 avec l’irruption d’un Macron, inconnu deux ans plus tôt, la qualification de Marine Le Pen et la percée de Jean-Luc Mélenchon. Il est frappant de constater que le refus d’un duel Macron-Le Pen est quasi identique à celui d’un duel Hollande-Sarkozy, envisagé à même échéance en 2015.

Pourtant, le match retour semblait inscrit d’avance entre un président en exercice que personne n’imaginait alors ne pas être candidat et celui qui venait de reprendre la tête de l’UMP. L’offre semblait s’imposer. Les sondages d’opinion se sont chargés de dissuader Hollande et la primaire de la droite a éliminé Sarkozy. Les intentions de vote pouvaient être justes sur le moment et le pronostic aller de soi, la mesure du souhait aurait dû mettre la puce à l’oreille des acteurs et des observateurs. Un refus si manifeste de la revanche Macron-Le Pen est donc plus qu’une alerte pour les deux finalistes de la dernière présidentielle.

Paru dans Le Figaro, 12 novembre 2019
Publié dans Du côté des élites
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