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L’UMP est dans tous ses états. Elle s’est aperçue que l’une de ses nouvelles promues dans l’organigramme, issue de la "diversité" était aussi membre du "siel", un groupuscule apparenté au front national. Siel, ma vertu !
Vent de panique, Mme NKM, à l’origine de cette nomination, voyant sa belle robe immaculée dangereusement exposée à la salissure médiatique, a juré qu’elle "ne savait rien" et l’heureuse élue a été éjectée sans autre forme de procès. Le parti lepéniste suit le cheminement inverse, exhibant fièrement, comme un trophée, sa nouvelle coqueluche, prise de guerre médiatique à l’UMP, désormais "chargée de la culture". C’est fou comme les gens, un peu partout, sont prêts à  vendre leur âme dans la perspective d’un siège parlementaire ou d’un maroquin ministériel. Quant au parti socialiste, à travers le président de la République en visite à la Cité de l’immigration (le crime de notre système politique est d’avoir confondu, depuis Mitterrand, chef de parti et chef de l’Etat), il vient de nous ressortir "le vote des étrangers".
35 ans, oui 35 ans, 35 ans, que cette promesse a été formulée, dans les 110 propositions !
Ils ont été 17,5 ans au pouvoir (5+5+5+2,5). Et ils ne l’ont jamais fait. Et ils n’ont même jamais essayé. Et ils continuent, sans le moindre complexe, à ressortir périodiquement ce vieux serpent de mer tout en sachant qu’ils ne le feront jamais. Ils invoquent l’obstacle Constitutionnel mais de fait, ils n’en ont jamais eu tellement envie. 
Toutefois, le seul fait de l’évoquer, cela divise la "droite" (tiens, on apprend au passage que M. Raffarin n’y est "personnellement pas hostile"). Cela fait gagner quelques points au front national, ce qui est toujours bon à prendre, avant les élections, pour affaiblir " la droite". Cela resserre les rangs à gauche avec un petit parfum gauchisant qui plaît aux militants.
Franchement, cette classe politique, dans sa course au ridicule, franchit les bornes du supportable. Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans le marasme du chômage de masse, de l’exclusion des jeunes et de la désintégration, sans que cela n’intéresse plus personne. Samedi soir, j’ai dîné avec l’un de mes amis, agrégé de maths, une "tête bien faite", comme dirait l’autre. Il m’a dit : "je n’accepte plus d’être pris pour un con, j’ai déchiré ma carte d’électeur, je ne voterai plus jamais."
Il se disait "plutôt à gauche." Comment ne pas le comprendre? C’est aussi une question de dignité.
http://maximetandonnet.wordpress.com
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L'Ordre des choses
 
(...)
La caractéristique des intellectuels français depuis quelques décennies semble être la critique et le misérabilisme. Ils ne s’intéressent qu’à "la misère du monde", incapables de voir que "pourtant ça vit" ! C’est cet élan vitaliste qui m’intéresse, depuis de longues années.
Bien sûr il y a des problèmes, des inégalités, des difficultés. Mais il y a aussi, notamment dans les jeunes générations, des formes de solidarités tout à fait innovantes, une tension créatrice (en témoignent par exemple le nombre important de créations d’entreprises), une véritable ouverture à l’autre. Je n’ai jamais cru que la révolution allait changer le monde, mais je ne crois pas plus que la fin d’un monde soit la fin du monde. La société change, les valeurs évoluent, pour le meilleur et pour le pire. Et contrairement à nombre de "chevaliers à la triste figure", je m’attache plus à faire ressortir le meilleur que le pire.
(…)
La Modernité (17ème – 20ème siècles) s’élabora sur le principe d’individualisme : des individus libres et égaux en droits, "désaffiliés" de toute appartenance communautaire (géographique, corporative, familiale, religieuse etc.) se liaient contractuellement par le biais de l’Etat.
La société actuelle (cette "postmodernité" que nous avons bien du mal en France à accepter) voit resurgir un besoin de solidarités de proximité, d’appartenances communautaires. Mais au contraire des communautés traditionnelles, qui déterminaient dès la naissance les statuts des personnes, les "tribus" postmodernes sont électives et plurielles. Une même personne s’identifie à un groupe de musique, un club sportif, une mouvement caritatif ou tout autre passion ou hobby. Il y a donc effectivement un besoin de communautés, mais ceci n’a rien à voir avec le communautarisme qui organise le pouvoir en fonction des appartenances communautaires uniques et prédéterminées.
En revanche, il est clair que l’incantation anti-communautaire n’aboutit qu’à creuser un peu plus la fracture entre le peuple et les élites.
(…)
Les études sur la cyberculture menées au sein du centre d’Étude sur l’Actuel et le Quotidien (www.ceaq-sorbonne.org) ont montré que , contrairement à ce qu’il est fréquent de dire, l’augmentation des rencontres "virtuelles" n’isole pas, mais se double de celle des rencontres réelles.
Internet et les nouvelles technologies participent à ce changement de valeurs et à la construction de nouvelles formes de socialité, plus communautaires, plus émotionnelles, plus sensibles, mais ne sont en aucun cas un obstacle à la relation. Bien au contraire, à l’encontre d’un soit-disant individualisme, les forums de discussion, "Face Book" et autres sites communautaires soulignent à loisir que la marque de l’époque est bien le "relationisme" !
 (…)
J’ai dit depuis longtemps et je le montre de manière très approfondie dans “L’Ordre des choses” (1), que justement ce qui caractérise la société postmoderne, c’est la fin de l’individualisme. Bien sûr l’individu en tant que réalité physico-chimique existe, mais il est de plus en plus déterminé par l’autre, il "s’éclate" dans l’autre. L’identité de chacun n’est plus stable et définie, mais fluctuante au gré d’identifications successives. Alors oui une société d’atomes, ou plutôt de configurations d’atomes, se composant et se recomposant, chaque atome n’existant que comme élément d’un tout.
(…)
Il y a sans doute une sorte d’hystérie étatique : plus l’Etat est impuissant, plus le pouvoir politique perd de sa légitimité, plus le risque de sécession du peuple est réel, plus l’Etat légifère. Comme le disait Gibbon, dans son livre classique sur la fin de l’empire romain:  "le Sénat légifère, mais ne règne pas". Le prurit législatif est le signe le plus sûr de la décadence.
(…)
Disons que les formes politiques de la modernité et l’organisation sociale qui en découlait sont saturées : elles ont perdu de leur pouvoir fédérateur, elles n’assurent plus la cohésion sociale, le vivre ensemble.
Ceci ne signifie pas que le vivre ensemble disparaisse, bien au contraire. Au tripode de la modernité, travail, rationalisme et progressisme succède celui de la postmodernité : créativité, raison sensible, progressivité.
Mais les intellectuels, les élites ne savent pas trouver les mots pertinents pour analyser ce changement. Ce n’est plus seulement le paradigme économique qui rend compte de la vie en société, mais une prise en compte des manifestations corporelles, sensibles, spirituelles, émotionnelles.
L’Ordre des choses appelle à "penser la postmodernité", c’est à dire à regarder un réel bien plus riche que la seule réalité économique, un réel comprenant le jeu, le rêve ; pour le dire autrement, pas seulement l’esprit, mais l’âme et l’esprit.
(…)
A la verticalité de la loi du Père succède l’horizontalité de ce que j’aime appeler "la loi des frères". Cette horizontalité va de pair avec un présentéisme, c’est à dire une attention à ce monde-ci plutôt qu’une attente de l’au-delà ou des lendemains qui chantent.
Mais si Dieu n’est plus projeté dans un au-delà qui rend ce monde-ci "immonde" (Saint Augustin), ceci ne signifie en aucune façon l’absence de spiritualité ni même de rapport au sacré.
Celui se vit plutôt comme un "sacral" (Régis Debray), c’est à dire une forme de "transcendance immanente". Le sacré est présent, ici et maintenant. Le passé au lieu d’être "dépassé" est intégré dans le présent, et celui-ci n’est plus attente du futur, mais bien enrichissement du présent par ce futur.

Original transmis par l'auteur, paru aussi sous la forme d'interview dans Le Figaro, 17 décembre 2014
(1) CNRS Editions
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La famille dans la crèche 

La tradition laisse entendre que saint François d’Assise serait le créateur des crèches, telles que nous les connaissons.
Lors de la nuit de Noël de l’an 1223, dans les Abruzzes, celui que son père désigna sous le nom de François, car il revenait de France au moment de sa naissance, fit dresser un autel au-dessus d’une mangeoire entourée d’un âne et d’un bœuf dans une grotte afin d’évoquer Bethléem. "Et l’enthousiasme des habitants fut à la mesure de la ferveur du saint", raconte Nadine Cretin, auteur du Livre de Noël, avant de préciser que le développement de la crèche repose en fait sur deux évènements. (1) Les mystères qui se déroulaient sur les parvis des églises, devenus trop bruyants et trop divertissants, furent interdits au XVIe siècle. La lutte contre la Réforme encouragea par ailleurs les représentations immobiles de la nativité et contribua à l’apparition des premières crèches dans les églises.
Les représentations de la Nativité sont toutefois plus anciennes puisqu’elle fut un des thèmes privilégiés de la décoration des églises.
On en voit même des traces dans les catacombes.
Les artistes à travers le temps puisèrent leur inspiration dans l’Évangile de saint Luc et composèrent de multiples chefs d’œuvre que nous admirons aujourd’hui dans les demeures, les maisons, les musées, les églises et les chapelles. Nous pouvons même les dater selon la disposition des personnages et notamment de la Vierge Marie.
L’art romain La représentait allongée près de Jésus emmailloté.
Au XIIIe siècle, elle se pencha au-dessus de son visage, tandis qu’Il était couché dans la mangeoire.
Au siècle suivant l’Enfant-Jésus se tint dans les bras de sa mère ou sur son sein pour Le nourrir.
Puis au XVIe, sous l’influence italienne, Marie se montra agenouillée près de son Fils, dans une attitude d’adoration.
 
Le mot crèche vient de l’allemand krippe et désigne la mangeoire. Évoluant dans sa description, la crèche décrit aujourd’hui l’étable ou la grotte de Bethléem. Avec le temps, les crèches ont pris de l’ampleur, notamment dans les régions du sud de la France ; on ne décrit plus les santons de Provence (2) et qui n’a pas entendu la Pastorale des santons de Provence récitée par Fernandel ?
Mieux encore, Naples s’est fait une spécialité des crèches. Les "fabricants" ont installé depuis des lustres leurs ateliers dans la viaS. GregorioArmeno. Et la plus belle collection de crèches anciennes est réunie à l’intérieur de l’ancienne chartreuse de San Martino qui domine la ville. Là, le visiteur émerveillé court d’une vitrine à l’autre, tentant de pénétrer dans ce monde fait de rocailles, de chansons, de musique, de couleurs, de bruits, d’odeurs et de parfums…
 
Noël n’est pas seulement un décor, il est enraciné au plus profond de notre civilisation, de notre culture et de nos comportements. Ses "histoires, ses rites, ses coutumes et traditions" habitent le plus grand nombre des hommes qui peuplent la terre. Durant la période médiévale, l’acclamation, Noël ! Noël ! était le cri de joie poussé par le peuple à l’occasion de tout heureux événement qu’il soit politique, privé ou sentimental. Quelques esprits chagrins s’en sont pris à cette fête et à ses symboles, certes inspirés par la religion catholique, mais davantage païens. On se demande quelle tristesse s’est emparée de ceux-là qui ne parviennent plus à ressentir l’émotion que provoque l’émerveillement devant les illuminations, les chants, les sapins chargés de boules brillantes et ces crèches composées avec tendresse, car elles sont à l’image de toutes les familles.  
 
(1) Le livre de Noël par Nadine Cretin , Flammarion, 2001.
(2) Santons et traditions en Provence, par Marthe Seguin-Fontes, Flammarion, 2001.
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Russie : levons les sanctions
 
Sous le coup des sanctions et de l’effondrement du prix du pétrole, l’économie russe souffre, le rouble baisse, et l’inflation galope. Devons-nous nous en réjouir ? Bien sûr que non. La Russie est un partenaire de l’Union Européenne, un client et un fournisseur et d’un point de vue économique nous avons tout intérêt à sa prospérité. Politiquement aussi nous avons besoin de la stabilité de la Russie et Vladimir Poutine a la confiance de son peuple.
De toute façon les Russes sont un peuple qui sait souffrir et qui l’a toujours montré au cours de l’histoire. Politiquement nous n’obtiendrons rien et d’ailleurs nous n’avons rien à gagner à un changement et tout intérêt à rétablir la confiance avec la Russie.
L’Ukraine est le motif des sanctions, ont-t-elles quelque chance de modifier la situation ?
La Crimée qui n’aurait jamais dû quitter la Russie, ne redeviendra jamais Ukrainienne et d’ailleurs sa population ne le souhaite pas. Pour le reste de l’Ukraine on accuse Poutine de vouloir annexer les régions russophones du Donbass, rien n’est moins sûr, il préfèrerait certainement une solution politique laissant à ces régions une large autonomie. Mais actuellement, l’Ukraine a coupé les ponts économiques et monétaires avec ces régions qu’elle soumet à un bombardement à la mode de Bachar el-Assad, faisant des milliers de victimes civiles. Il est bien probable que la Russie apporte un soutien économique et militaire, mais peut-elle faire autrement ?
Il faut ouvrir des négociations à trois, Ukraine, Russie, Union Européenne, mais surtout sans les Etats Unis avec la volonté d’aboutir à une solution politique acceptable maintenant l’Ukraine dans ses frontières actuelles.
Pour démarrer ce processus, levons les sanctions unilatéralement et sans condition, profitons de la période de Noël.
Nous avons besoin de la Russie dans d’autres domaines en particulier pour lutter contre le terrorisme en Irak et en Syrie, c’est le seul combat qu’il faille mener : nous sommes en guerre contre l’islamisme qui suscite partout le terrorisme, unissons les efforts de tous les pays de bonne volonté sans exclusive idéologique.
Et cessons de susciter d’autres problèmes chez les voisins de la Russie, Moldavie, Géorgie, Biélorussie, nous n’avons rien à y gagner.
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Plug anal : et si on parlait du véritable objet du délit ?
 
L'installation de Paul McCarthy, place Vendôme au mois d'octobre, a rempli sa fonction : créer la polémique. Ce que les défenseurs de l'artiste n'avaient pas prévu en revanche, c'est que l'événement mettrait en lumière un milieu fermé, nuisible à la création artistique.

En France, pour des raisons complexes, les débats sur l’Art contemporain dans les grands médias sont extrêmement rares. 
Généralement, lorsqu’il y a un "scandale" dû à la provocation d’une œuvre d’AC, on assiste seulement à l’exécution des fascistes coupables de "vandalisme". Pour dire combien le débat est rare, le dernier remonte à 1996. Un article de Jean Beaudrillard dans Libération avait mis alors le feu aux poudres. Il avait écrit : "L’Art contemporain spécule sur la culpabilité de ceux qui n’y comprennent rien ou qui n’ont pas compris qu’il n’y avait rien à comprendre". Toute la presse s’est impliquée pendant plusieurs mois dans une confrontation violente d’opinions.
Il y eut même en mai 1997, un colloque à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris organisé par le Monde et le Ministère de la Culture. Il tourna au procès de Moscou : Jean Clair et Jean Philippe Domecq furent jugés et condamnés comme alliés objectifs des nazis. La salle pleine d’artistes a ri et protesté, la tribune fut huée. La presse internationale assistait à l’événement et le commenta abondamment. Le lendemain, presque rien dans la presse française : le débat fut enterré pour vingt ans. 
Entre 1997 et 2014, les provocations de l’AC ont été innombrables. Rappelons-nous par exemple les évènements autour de Piss Christ. Le scénario se déroulait toujours de la même façon : la provocation "artistique" - réaction du public - concert d’indignation médiatique.

Le piège conceptuel de Mac Carthy est donc la dernière péripétie d’une longue histoire : depuis quarante ans des centaines d’œuvre d’AC (1) ont envahi les monuments les plus prestigieux afin de remplir leur mission humanitaire : "détourner", "mettre en abîme", "donner à penser". Versailles, le Louvre, Notre-Dame de Paris et tant d’autres lieux ont servi à l’usage. Le scandale crée évènement, visibilité, cote. La France est le pays d’élection des fabricants de cote, en raison de l’aura et de la légitimité internationale de son patrimoine. La vente de ces biens immatériels est aujourd'hui un commerce d’Etat.
Le "Plug anal” est-il donc un événement nouveau ? Non : le concept et le piège sont parfaits, la dramatisation (2) a très bien fonctionné. Cependant, la deuxième partie de la procédure, celle de l’orchestration médiatique, ne s’est pas passée "normalement". Certes les gardiens de l’art officiel se sont indignés unanimement : Maire de Paris, Ministre de la Culture, Présidente de la FIAC, Président de la République… Mais tout a "dysfonctionné" car le clergé culturel n’a pas entonné d’un cœur unanime les lamentations sur le danger "fasciste", "l’intégrisme catholique" et "l’obscurantisme populiste". A gauche comme à droite, la presse est divisée. Le fait qu’il n’y ait pas eu que le scandale, mais aussi un débat - est donc en soi un événement majeur.

Est-ce la provocation de trop, celle qui révèle au grand jour la faille du système ?
En URSS, le début du basculement en 1974 a été provoqué par une exposition sauvage de dissidents dans un terrain vague, balayée par des bulldozers. L’image captée par un journaliste étranger a fait le tour du monde. Ce petit événement a produit de grands enchaînements. Serions-nous dans une situation semblable ? L’enterrement du débat par les grands médias qui a eu lieu en 1997 ne peut plus se reproduire aujourd’hui en raison d’Internet, en 1975 à Moscou il a suffi que l’information soit relayée par la Presse internationale pour que le pouvoir absolu de l’Etat soviétique en matière artistique soit fragilisé. 
 
En 2014, les grands médias permettent, pour la première fois depuis vingt ans, à des opinions divergentes de s’exprimer : Jack Lang au Grand Journal de Canal Plus émet des doutes, Philippe Dagen tire la sonnette d’alarme : il est imprudent, dit-il, de révéler ainsi la fabrique de fausse monnaie qu’est le marché de l’AC.
Il contrebalence la position du  chroniqueur du Monde (3) qui compare avec enthousiasme Mac Carthy à Gustave Courbet. Si le Canard Enchaîné dénonce le fascisme rampant, oh ! Surprise, au Figaro, Rioufol et Natacha Polony critiquent le Plug. Dans Marianne, Eric Conan met à nu les ressorts du système et désigne la collaboration des fonctionnaires, etc. L’incident n’est pas clos après la FIAC, les hebdomadaires et mensuels consacrent de l’espace au débat. Comme en 1997 il s’inscrit dans la durée.

Le Plug anal, événement artistique pour une fois controversé, a laissé voir à la fois son réseau de soutien et sa finalité financière. Censé "dénoncer la société de consommation" il est surtout un produit d’appel très visible, réservé aux très grands collectionneurs, entraînant dans son sillage maints produits dérivés, une véritable industrie d’objets sériels. Les moyens formats sont destinés aux galeries et les chocolats et sextoys à la boutique de l’Hôtel de la Monnaie. Car il a paru évident aux membres du Haut Conseil Culturel en charge de sa programmation d’organiser l’exposition "La Fabrique de Chocolat"… Tout le monde sait qu’il existe entre excrément et argent un lien symbolique fort.

Quelle est en définitive la nature de l’objet du délit ? C’est un chef d’œuvre d’AC, promu par l’Etat. Si l’on regarde la composition de ce Haut Conseil, il rassemble les noms de l’art officiel en France : Président de Maison de Vente, inspecteurs de la création, universitaires, journalistes, politiques, conseillers à la Cour des Comptes, galeristes, toute une société de personnes liées en bonne partie par les mœurs. La liste dévoile l’étrange exception culturelle française où l’Etat est le centre d’un réseau où secteur public et privé se mélangent, au service d’un marché de l’art contrôlé, ostracisant les artistes vivant et travaillant en France.

Pour la première fois apparaît de façon claire et factuelle, grâce à une faille des "gate keepers médiatiques", la réalité d’un système fermé, financièrement pervers, qui stérilise la création.

Paru sur Atlantico, 15 décembre 2014
 
(1) AC, acronyme de "Art contemporain" utilisé par Christine Sourgins dans "Les Mirages de l’Art contemporain" Ed. de la Table Ronde pour distinguer ce courant conceptuel de l’ensemble de la création d’aujourd’hui.
(2) Il n’est pas impossible que la gifle et le dégonflage fasse partie du scénario de l’œuvre
(3) Le Monde, 20 octobre 2014 : "Place Vendôme, le créateur et les crétins"
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Loi Macron : de qui se moque-t-on ?
 
Après avoir amusé la galerie pendant deux ans avec des lois sociétales, le gouvernement s’attaque aux rigidités qui bloquent la croissance. Nul ne doute que le statut des professions réglementées peut être toiletté mais pourquoi en inclure certaines et en exclure d’autres, les taxis parisiens, par exemple ? Il est plus facile de s’attaquer aux notaires qu’à la SNCF qui peut immobiliser le pays pendant plusieurs semaines.
La loi Macron est un faux-semblant.
Elle doit donner l’impression à Bruxelles que l’on fait beaucoup pour réduire le déficit budgétaire qui, rappelons-le, passe de 4,1% en 2013 à 4,4% cette année, puis 4,5% en 2015 et 4,7% en 2016, (1) c’est-à-dire en augmentation constante en dépit d’un matraquage fiscal démarré en 2011 !
Faut-il alors s’offusquer des commentaires de la chancelière allemande ?
Pour rendre son dynamisme à la France, il faut la transformer en profondeur, refonder son mode de fonctionnement et l’esprit qui l’anime. Les rapports Attali, Gallois, Enderlein-Pisani-Ferri nous y invitent ainsi que ceux de la Cour des comptes ou d’organismes internationaux, comme l’OCDE, le FMI et la Commission européenne. Au vu de leur contenu, il n’est pas exagéré de dire que la loi Macron n’est rien d’autre qu’un fourre-tout qui détourne l’attention des vrais problèmes tout en faisant mine de faire quelque chose.
 
Réformer la France en profondeur signifie la débarrasser du carcan dans lequel elle est enfermée depuis 1945, donc réécrire le statut de la fonction publique, privatiser les places fortes de la CGT que sont la SNCF, EDF, ERDF, etc., réécrire le code du travail, réformer le régime des retraites, la fiscalité, etc. (pour plus de détails, lire les rapports ci-dessus).
Il faut aussi modifier la philosophie qui anime notre organisation constitutionnelle, territoriale, économique et sociale, organisation où tout part d’en haut et rien ne vient d’en-bas. C’est la chose la plus difficile car c’est remettre en question une organisation héritée des rois de France, de l’Eglise catholique, de la République, du Premier Empire, et bien sûr des communistes. Tâche herculéenne s’il en est mais néanmoins nécessaire.
Il n’échappe à personne en effet que les nations les plus dynamiques sont celles qui fonctionnent sur un mode fédéral (Allemagne, Suisse, Etats-Unis, etc.). (2) La France est dirigée par une triarchie : les grands corps de l’Etat, l’administration et les syndicats de la fonction publique et parapublique. Le peuple n’a pas son mot à dire, d’où ses révoltes incessantes (aéroport de Notre Dame des Landes, Bonnets rouges, patrons de PME, etc., etc.).
Réformer la France c’est retirer le pouvoir à cette triarchie pour le donner aux Français. (3)
 
Mais pourquoi changer ?
Parce que nous ne vivons plus à l’époque des Trente glorieuses.
Parce que si nous ne faisons rien, nous allons dans le mur.
 
Les Trente glorieuses sont révolues. La chute du mur de Berlin, l’adoption par la Chine de l’économie socialiste de marché, et les technologies de l’information et de la communication ont bouleversé notre monde. La crise des subprimes a servi de catalyse à ce bouleversement que nous ne maîtrisons pas. Face à une croissance molle dont personne ne connaît la cause, les économistes parlent de "stagnation séculaire" (le FMI n’a cessé de revoir ses prévisions mondiales à la baisse depuis 2011).
Dans ce contexte, il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que la compétition mondiale s’aiguise, chaque pays tentant d’agripper un peu de cette croissance molle – situation qui n’est pas s’en rappeler les années 30 d’autant que l’hégémonie du dollar est remise en question tout comme l’avait été l’hégémonie de la livre sterling. Il nous faut nous adapter à cette nouvelle donne.
 
Si nous ne faisons rien, nous allons dans le mur.
L’accroissement du déficit budgétaire mentionné ci-dessus s’accompagne d’un accroissement de notre endettement qui passe de 92,% du produit intérieur brut en 2013 à 98,1% cette année, 101,2% en 2015, et 102,1% en 2016. Membres du gouvernement, hauts fonctionnaires et commentateurs se félicitent du faible taux d’intérêt payé par la France (moins de 1% sur les obligations à 10 ans). Combien sont conscients de sa fragilité ? Nous bénéficions d’une constellation éphémère de faits insolites (politique de la Réserve Fédérale, faiblesse de l’investissement, effet euro, etc.). En l’absence de progrès, les marchés financiers font relever les taux d’intérêt français. L’ajustement sera brutal. Le taux des obligations italiennes à 10 ans a doublé en un an, celui des obligations grecques a triplé en 18 mois. Le taux français pourrait passer de 1 à 2%, voire 5%, en très peu de temps. A titre d’exemple, une augmentation de 2% se traduirait par un accroissement de la charge d’intérêt de 40 milliards. (4) Où trouver cette somme ? Le ras-le-bol fiscal interdit une nouvelle augmentation des impôts et taxes. C’est le mur.
 
Le monde est violent. Les relations entre pays sont des rapports de force. Pour tenir son rang de puissance mondiale et assurer l’avenir de ses enfants, la France doit se réinventer. C’est à ce prix que les hommes politiques gagneront le respect de leurs concitoyens. Messieurs Macron et Valls, cette loi fourre-tout est un leurre. Retirez-là pour vous attaquer aux vrais problèmes.

Le Cercle Les Echos, 12 décembre 2014
 
(1) Chiffres de la Commission européenne, automne 2014.
(2) La Chine est un faux exemple de réussite autoritaire. Son modèle économique est à bout de souffle.
(3) Cette inversion du pouvoir exige un changement de mentalité chez les gens d’en-bas habitués à tout attendre d’en-haut.
(4) Etalée sur trois ans (durée moyenne de l’endettement français).
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L’interdiction des feux de cheminée à Paris et en Ile de France s’inscrit dans la longue litanie des mesures de sécurité imposant contraintes et servitudes au nom de la santé.
 
Depuis la fin du XX° siècle, on ne compte plus les objets de la vie courante qui ont été mesurés, recalibrés, complexifiés, pour obtenir une plus grande sécurité – une sécurité totale, pour éviter complètement les accidents ménagers, pour purifier l’air et l’eau, pour éviter les déchets, et j’en passe. Les locaux, dès qu’ils doivent accueillir le public, sont à présent assujettis à des normes draconiennes. Les regroupements d’enfants doivent se doter de moniteurs surdiplômés. Etc., etc. Toutes ces mesures qui visent la sécurité des personnes ont rendu impossibles nombre de rencontres qui se passaient à la bonne franquette. Et ont augmenté exponentiellement le coût de la vie. Bien des objets ont vu leur prix multiplié par cinq au titre de la sécurité. Bien des petits budgets sont écrasés par ces exigences, qui contribuent largement (on ne le dit pas assez) à l’appauvrissement des sociétés européennes. A cette œuvre de réglementation effrénée, les instances nationales et les instances européennes s’affairent fébrilement : à celle qui imposera les normes les plus exigeantes et garantira à l’usager le plus de tranquillité d’esprit.
 
Une bonne partie des charmes de la vie est sacrifiée à la sécurité de la vie.
Cela s’opère au nom du dit principe de précaution : où ce qui apparaît comme précaution est en réalité certitude. Tout est bon pour littéralement anéantir le moindre risque. Et c’est un comportement facile à généraliser, qui se trouve peu de contradicteurs : qui critiquerait le casque obligatoire pour les jeunes skieurs, ou la ceinture de sécurité dans les poussettes ?
 
Quel est le sens de cette évolution ?
Elle dépeint toute entière la transformation radicale qui nous fait passer de la modernité à la post-modernité : il ne s’agit plus de "sauver le monde", mais de sauver les vies. Les utopies des lendemains qui chantent, les attentes de régénération sociale, la perspective de changer les structures pour atteindre la perfection, tout cela a fait long feu, plombé par les déceptions. Que chacun sauve sa peau ! Ce sera déjà bien assez. Désormais l’Etat va servir à ça.
 
Michel Foucault dans ses cours au Collège de France avait proposé le concept de biopolitique pour décrire l’Etat affairé à protéger la vie. Le Pouvoir n’est plus là pour garantir le sujet humain autonome, et s’assurer qu’il a bien les moyens de diriger son propre destin ; il est là pour garantir la santé et la vie biologique de ses administrés. On perçoit bien ce que cela signifie en termes disciplinaires : la protection de la santé relève de la science, elle ne souffre pas la critique (qui préfèrerait être malade ?), et justifie la contrainte d’Etat.
Depuis la modernité, et nous le voyons déjà chez Descartes, le salut de l’âme a été remplacé, comme projet final, par la santé du corps. Il y a contrainte insupportable quand un pouvoir s’occupe directement d’organiser le salut des âmes. Mais on peut se demander s’il n’y a pas contrainte insupportable quand un pouvoir prend entièrement sous sa coupe la santé des corps. Car la préoccupation de notre santé et de celle de notre famille, fait partie du souci du destin personnel. Et réclame notre appréciation quotidienne, que l’instance étatique n’a ni le droit ni le titre de nous voler entièrement. C’est nous qui décidons du genre de risques que nous sommes prêts à faire courir à notre enfant adolescent pour qu’il apprenne précisément ce qu’est un risque. Et s’il est juste que les pouvoirs sanctionnent des particuliers qui exagéreraient les dangers encourus, il est injuste que les pouvoirs édictent jusqu’aux détails de ce que nous pouvons ou non oser. Le soin de la santé n’est pas entièrement une science, il est largement le fruit d’un débat personnel pour peser les joies et les risques.
 
C’est bien le rôle d’un Etat moderne de se préoccuper de santé publique. De lutter contre les épidémies. De combattre l’obésité ou l’alcool au volant. Mais la difficulté commence quand l’Etat ne pense plus qu’à ça. Quand il toise chaque objet au millimètre et règlemente chaque comportement, quand il passe son temps à compter les morts et les calories. On s’aperçoit alors qu’il ne nous reste plus aucun idéal commun, national, social. Nous ne savons plus où nous allons, ou voulons aller : vers plus de liberté, plus d’égalité, plus d’Europe – et laquelle ? Nous savons seulement, à présent, que chacun d’entre nous veut rester en vie. Et pourquoi faire ? Bien malin le lecteur qui répondra à cette question. Cette évolution correspond à celle qui nous fait passer dusocial au sociétal. Elle répond à la déception immense face aux idéaux collectifs du XX° siècle. Elle traduit une forme de naturalisme inquiétant : biologie d’abord, les gènes à la place de l’âme. N’y a-t-il donc plus rien au-dessus de la vie ? Faut-il sauver la vie au prix du sens de la vie ?

Paru dans Le Figaro,  9 décembre 2014
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Droit de vivre
 
Le rapport Claeys-Leonetti remis vendredi à François Hollande n'épuisera probablement pas le débat sur la "fin de vie".
Notre société ultramédicalisée a rendue ténue la frontière entre la vie et la mort. Et, dans le même temps, elle ne cesse d' "évacuer" celle-ci (le mot est de Jean Leonetti lui-même). Ecrasé par cette perspective, projetant dans les situations de détresse qu'il observe à l'hôpital l'angoisse de son propre sort, l'homme moderne paraît désemparé. Témoin, le vocabulaire qu'il utilise. On ne meurt plus dans notre époque douce et froide : on "part".
Les mots ont leur importance dans ce dossier sensible. Ainsi "le droit de mourir dans la dignité", expression fétiche des militants de l'euthanasie qu'a reprise hier le président de la République. Le droit est-il suffisant pour prendre en compte toutes les facettes de la fin de vie ? Au reste, quel droit pour un malade dont la fin est proche ? Droit de mourir ou au contraire droit de vivre ses derniers moments entourés de la bienveillance et de la compassion de sa famille et du corps médical ?
 
"Droit de mourir dans la dignité", "droit à l'enfant" et, partant, "droit" à la nationalité pour celui-ci (la décision du Conseil d'Etat validant la circulaire Taubira sur les enfants nés à l'étranger par GPA est à cet égard instructive), voici que l'homme moderne s'avance jusqu'aux deux extrémités de la vie, jadis intangibles. Il veut avoir prise sur elles, fort de son droit et des avancées de la science.
Que va-t-il faire ?
S'orienter vers un monde où la question de la naissance et de la mort est abandonnée aux médecins et aux parlementaires. Ou se mobiliser pour redonner du prix à toute existence, fût-elle amoindrie par la maladie, la pauvreté, le handicap, et conférer à sa fin une signification magnifique.
 
L'homme peut bien conspirer contre la vie. La technique le lui permet. La loi l'y autorisera, un jour ou l'autre. Et après ? Au fond de lui résonne une voie intérieure qu'il ne parviendra jamais à chasser complètement : "Qu'as-tu fait de ton frère ?"

Editorial, paru dans Le Figaro, 13 décembre 2014
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Une Monarchie républicaine ou une République monarchique ?      
 
Quelle étrange nation que la France !...Toujours "je t’aime moi non plus" avec ses leaders, ses chefs, ses élus, ses présidents : à peine choisis, déjà critiqués, mis à mal. Seuls échappent à ces querelles de ménage mal assorti, les "chefs", les vrais, ou du moins ceux ressentis comme tels. Depuis Charles de Gaulle, le Français cherche… vainement… celui (ou celle) qui les fera renouer avec le Nirvana du pouvoir, la sanctification de l’énergie républicaine.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le Français, tout en se faisant le champion de la démocratie élective, du renouvellement constant des leaders par son vote éclairé, est en fait un nostalgique de la stabilité, de l’icône installée, pour tout dire, de la continuité du pouvoir. Le véritable concept de l’esprit politique et constitutionnel français c’est le "monarque" : le type qui gouverne seul, qui décide, commande, surveillé (de loin) par des élus dûment encerclés de contraintes procédurières et qui sont sensés exprimer la constante voix du peuple. Lequel, peuple, l’a également porté au pouvoir dans l’enthousiasme.
 
Les plus jeunes et les mal informés s’imaginent que ce schéma émane du modèle présidentiel nord-américain. Pas du tout : nous portons en nous cette mentalité autoritaire d’un décideur solitaire depuis … Richelieu, Mazarin, Louis  XIV qui ont édifié le centralisme royal. Puis, une fois raccourci un Louis XVI hésitant qui ne savait pas parler au peuple, dans une pagaille de revirements insensés pour la conquête d’un conglomérat de peuples déboussolés (il ne s’agit pas encore d’une nation), après avoir essayé divers recettes de pouvoir collectif, se propulse au poste suprême un petit officier au teint jaunâtre, plus ou moins inventé  par des ligueurs trop peu méfiants. Se faisant "directeur", puis "consul", puis "consul à vie" et enfin "empereur",  en moins de 6 ans, le dénommé Bonaparte recrée l’image du sauveur tout puissant.
 
Le "bon peuple" contemporain, abreuvé de statistiques, d’informations politico sociales contradictoires, de publicités vantant à la fois le bonheur de la consommation et la détresse des bas salaires, les dangers de l’endettement et les voitures à crédit, cherche confusément cet individu, le "sauveur", le "rassembleur" providentiel.
Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions : Quel que soit le nouvel élu suprême, la nouvelle équipe au pouvoir, les impôts ne baisseront certainement pas, les allocations ne seront  ni restituées ni augmentées, les entreprises ne rouvriront pas leurs portes aux chômeurs, et il n’y aura aucun coup de baguette magique pour diminuer une dette dont on ne mesure même plus ni le degré ni la pertinence. Les leçons du passé devraient pourtant nous éclairer : ce n’est pas parce que le monarque change que tout s’arrange. Mais comme le proclame l’incontournable Warren Buffet "s’inspirer du passé ne sert à rien".
 
Pourtant, pour faire court, quelques "élémentaires" :
 
*  La Révolution française créa le "gouvernement populaire" moderne : c’est la volonté du peuple, avec son effet majoritaire qui doit gouverner : après avoir été réservée aux représentants élus (monarchie constitutionnelle) , la glissade vers le gouvernement direct du peuple fut rapide : on passe alors au gouvernement "de masse". La Révolution nord-américaine fut celle d’un Tiers affairiste et souvent prospère, menée par un petit nombre. En France on trouve une toute autre dimension : le Peuple-masse, dont la volonté est exécutée par d’interchangeables acteurs jusqu’à ce qu’un "chef" émerge du chaos. Autrement dit, on revient à un Monarque déguisé en patriote, lequel recentralise l’Etat au nom de la nation. Avec un autre vocabulaire, d’autres insignes, on retourne à un absolutisme monarchique ; cela recommencera avec la Seconde république suivie du second Empire, puis, la notion de peuple souverain ayant été exportée, elle nous reviendra sous la forme du marxisme léninisme, appelé communisme, tout aussi intolérant et totalitaire.
 
*  Cette lecture de l’organisation de la collectivité entretient la toute-puissance de l’Etat central, doté d’une administration générale animée par des serviteurs fonctionnarisés, c'est-à-dire échappant au marché ouvert du travail. Cela permet la continuation puis l’extension des monopoles d’Etat, toujours au nom du peuple sur lequel les successifs gouvernements veillent avec amour et dévotion. Là aussi, par cet habile et pesant tour de magie, l’essentiel de la productivité de la nation échappe au marché concurrentiel. En soi, ce n’est pas mauvais, mais encore faut-il que ce soit géré avec lucidité et le gout de l’anticipation. La France n’arrive pas à se dépêtrer de ces pratiques : la SNCF ne sait toujours pas si elle a des usagers ou des clients, (ce qui est très différent), de même que l’EDF-GDF, etc… L’absence de concurrence a tué et tue les entreprises d’Etat.
 
*  C’est également la Révolution française qui a inventé la "guerre de masse" : la Patrie étant en danger, tout le peuple a été invité à s’enrôler pour vaincre l’ennemi : cela ne tardera pas à prendre une dimension inquiétante, deviendra très vite une guerre de conquête et de pillage (toujours au nom du peuple, et non plus des intérêts des chefs, au moins en apparence), et changera totalement la physionomie des affrontements : A partir des guerres napoléoniennes – où on trouve jusqu’à
400 000 acteurs sur le pré (Leipzig 1813) - cela ne fera désormais que croitre et embellir jusqu’aux deux Guerres dites Mondiales et leurs millions de morts et de blessés. Ce faisant ces conflits tendent progressivement à s’étendre aux populations civiles – le peuple – pour lesquelles les armées ont été créées et sont sensées les protéger.
 
* L’autoritarisme d’Etat et son centralisme aboutissent forcement à l’absence totale du sens de la transaction : en France on ne sait pas négocier, on ne transige pas, on décide. Les discussions dites syndicales tournent toujours court car les représentants économiques sont relégués aux extrêmes, donc sont eux aussi intolérants. L’accaparement des leviers de décisions par des écoliers supérieurs qui n’ont jamais rien dirigé a entrainé une rupture quasi définitive entre le monde de l’entreprise et du travail et l’univers immobile de l’Etat, lequel a mis des crampons à ses confortables baskets. La non-confiance est totale : en France tout "patron" est bon à abattre et l’enrichissement en dehors du cercle vertueux de la Française des Jeux (monopole d’Etat) est immédiatement soupçonnable .
 
*  Dans ce cocon du "tout Etat" la France a développé les mythes de la liberté individuelle et celui de l’égalité : le principe de base étant "puisque l’Etat bienveillant s’occupe de tout, je peux exclusivement m’occuper de moi-même". Deux cent vingt années de liberté individuelle ont abouti à un égocentrisme insupportable, un mépris d’autrui, de tout être différent. L’ "autre" est ennemi, il dérange. Il est très curieux de voir que dans un Etat collectiviste, le sens du collectif est aussi mal perçu et pratiqué. Par ailleurs,  l’égalité telle qu’elle est prévue dans la Déclaration des Droits connait une lecture erronée : le texte (rédigé par des bourgeois prudents qui se méfiaient du peuple) dit "tous les hommes naissent libres et égaux en droit" : ce qui veut dire que le cadre juridique offre à chacun la possibilité de construire son propre statut égalitaire : l’égalité est à construire, elle est relative, et non pas acquise et absolue. Le mythe égalitaire est redoutable. Et mensonger. Une grande part de nos conflits et de nos paresses vient de cette erreur de lecture et de compréhension, que d’ailleurs l’Etat se garde bien de rectifier.
 
*  Enfin, émergeant d’un millénaire de chrétienté oppressante (ou jugée telle) la République révolutionnaire a érigé la laïcité en principe national. S’en est suivi une lutte infernale (c’est le cas de le dire) entre l’Eglise catholique dominante et les républicains laïcs ; ce qui est une lecture imbécile : on peut être chrétien et républicain, de même que laïc et attaché au pouvoir personnel. Passons. L’éradication du monde religieux  continue, malgré les efforts successifs de tous les régimes politiques successifs. Notre calendrier moderne est l’exact reflet de ce combat : Noël et le 1er de l’An, le délibéré détachement des vacances scolaires de printemps de la fête de Pâques, au 14 juillet républicain répond le 15 aout marital, Novembre voit le 1er et le 11 novembre batailler pour les morts, le bouquet est en mai où 1er et 8 mai s’opposent à Ascension et Pentecôte, coutant ainsi une semaine de salaire aux entrepreneurs. Il est savoureux que le Jour du Seigneur (dimanche, jour de Dieu) traditionnellement chômé (en principe) soit si âprement défendu par les CéGéTistes et autres défenseurs des Gauches radicales. Par ailleurs, et c’est sans doute le plus préoccupant, la laïcité à la française est essentiellement négative. ("l’Etat ne participe d’aucune croyance"). Ainsi il a laissé se développer dans une friche totale, le mépris et la non considération, un Islam aux multiples facettes, devenu la seconde croyance de l’hexagone, et dont il est maintenant impossible de mesurer l’impact et d’en prévoir les conséquences sociales. L’anti chrétienté ne suffit plus, il faudrait ouvrir plus grand les yeux et les oreilles, et, au lieu de se lamenter, tenter de comprendre.
 
Bref, les Français attendent, cherchent un héros salvateur, autoritaire mais juste, à la fois inventif et conservateur, financier mais populaire, un monarque partageux, un laïc  œcuménique, rassurant mais novateur… autrement dit, vu les milieux actuels de décision,  un leader introuvable… Courage….
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La vraie création de richesse
 
Il n’y a de richesse que d’hommes disait Jean Bodin au XVIème siècle. La richesse n’étant que le mariage du beau et du bien, vus par le groupe, la richesse n’est vraie que pour le groupe et ne pourrait être vraie pour la Terre entière que si notre culture, notre notion du beau, du bien et du vrai, était imposée à l’ensemble de la Terre, ce qui serait certes un manque d’humilité mais surtout un manque d’intelligence.
Toutes les idéologies se sont fracassées et disloquées à se croire universelles et le capitalisme est en train de vivre son crépuscule après tant d’autres pour cette même raison. Chacun devrait travailler le mythe biblique de la construction de la tour de Babel qui voulait transpercer le ciel et qui a amené Dieu à lui donner un coup d’arrêt et à créer des cultures différentes.
 
Pour définir la richesse il faut d’abord avoir un groupe qui la définit et sans groupe cohérent, il n’y a pas de définition cohérente de la richesse. Or le drame du XXIème siècle est l’absence de groupe cohérent venant après le drame du XXème siècle qui était l’absence de spiritualité. C’est pourquoi il faut à la base en revenir à un groupe suffisamment grand pour avoir une monnaie et suffisamment petit pour que le bon sens puisse rester un filtre efficace.
Il faut bien voir pourquoi ce groupe est une absolue nécessité. Il est nécessaire parce que c’est son regard qui va définir la richesse et c’est son gouvernement qui va instiller de la monnaie au fur et à mesure que le groupe croira voir sa richesse augmenter.
Cette augmentation de richesse est double.
Elle se fait par la procréation et par le travail.
 
La procréation est une création de richesse et une société quelle qu’elle soit s’enrichit en faisant des enfants. Mais la richesse n’étant qu’un regard, il peut y avoir des exceptions comme cela a été le cas en Chine de 1979 à 2014. Même aujourd’hui en Chine, si 2 enfants sont tolérés, ce qui est la définition des encombrants, le 3ème enfant est toujours un déchet et un délit pour les parents. Ils ne sont en aucun cas considérés comme des richesses. Mais en règle générale, hors la Chine, les enfants sont une richesse, plus de 2 enfants par couple, un enrichissement du groupe, moins de deux enfants par couple, un appauvrissement du groupe. Si nous sommes dans le cas général où l’arrivée d’enfants est une richesse reconnue par le groupe, le gouvernement introduit dans la masse monétaire l’argent nécessaire à son éducation sans pour autant l’exagérer. Cette introduction est de la bonne inflation si nous redonnons à l’inflation son vrai sens de quantité de monnaie qui enfle, qui croit.
 
L’augmentation de richesse par le travail est plus délicate car elle se fait par une adéquation fine entre le groupe, son gouvernement et sa monnaie, justement ce qui manque tant aujourd’hui.
Le groupe donne son regard sur un objet fabriqué ou sur un service rendu, et ce regard définit s’il s’agit pour ce groupe d’une richesse, d’un encombrement ou d’un déchet.
Si le groupe et son gouvernement pensent que le bien ou le service créé est un déchet ou un encombrement, le gouvernement s‘interroge sur les raisons du désir de celui qui s’est appauvri pour posséder ce bien ou ce service. Si seule la publicité a fait croire à une richesse et si l’on est dans l’apparence et non dans la réalité, le gouvernement laisse généralement l’acheteur vivre les conséquences de sa liberté de choix mais il peut aussi le protéger de la tromperie en usant d’un de ses pouvoirs régaliens (police, justice ou finance).
Les entreprises redistribuent aux salariés, aux actionnaires et à la collectivité, la richesse en monnaie que leurs clients sont venus abandonner pour satisfaire leur désir et pour s’enrichir en nature du bien ou du service que l’entreprise distribue après l’avoir imaginé et/ou fabriqué. Mais la richesse en nature créée par l’entreprise est immédiatement consommée par le client s’il s’agit d’un service et dans ce cas elle n’existe plus. En revanche s’il s’agit d’un bien matériel et que le groupe et son gouvernement pensent que ce bien est une richesse, le gouvernement introduit dans la masse monétaire la valeur de la richesse créée car il y a enrichissement du groupe.
 
Le gouvernement devrait constater l’enrichissement du groupe par l’enrichissement de l’entrepreneur en lui versant individuellement mais sans exagérer ce qui a enrichi collectivement le groupe. Cet enrichissement de l’entrepreneur producteur de biens devrait être similaire quelle que soit la taille de son entreprise, du petit artisan aux entreprises du CAC 40. Cette introduction de monnaie est encore de la bonne inflation si nous reprenons toujours son vrai sens de quantité de monnaie qui enfle.
On voit clairement que la vraie création de richesse est à la fois très subjective car dépendant du regard du groupe et particulièrement lente et aléatoire car dépendant du travail de l’homme et des salles de travail de la femme. Il faut aussi réaliser que la mort appauvrit le groupe comme la naissance l’enrichit et qu’une richesse à sa création peut rapidement devenir un encombrement ou un déchet et qu’une richesse n’est éternelle que si elle ne s’abime ni ne s’oxyde. L’évaluation de la création de richesse amputée de la destruction de richesse est très délicate et elle est confiée au gouvernement qui bat monnaie.
S’il insère trop de monnaie, la monnaie se dépréciera automatiquement par la dévaluation pour ceux qui épargnent et par la hausse des prix pour ceux qui consomment. Si l’évaluation que fait le gouvernement de l’augmentation de richesse est trop faible et s’il n’insère pas assez de monnaie, la fluidité des échanges deviendra visqueuse et l’activité du groupe se ralentira.
Un bon gouvernement, maître de sa monnaie, doit ne faire que de la bonne inflation. Il introduit toujours ce qu’il faut de monnaie pour que les échanges restent fluides tout en veillant à ce qu’une mauvaise inflation ne se traduise pas par de la dévaluation et de la hausse des prix. Inutile d’énumérer les raisons qui font que nous en sommes si loin !
La difficulté aujourd’hui est que le groupe est un agrégat de groupes contradictoires qui n’ont pas le même regard.
 
La grande majorité des Politiques, les médias, les banques, les publicistes et les multinationales forment un groupe européaniste et mondialiste. Ce groupe se moque de l’origine de la monnaie et de son sens profond. Il est composé de gens sans vision qui se payent très bien pour ne tenir que par une fuite en avant de plus en plus vertigineuse. Ils laissent se développer grâce à l’emprunt une croissance irresponsable de la richesse de l’électeur qui ne correspond absolument pas à la croissance de la richesse du groupe et qui est compensée par les appauvrissements cachés des entreprises et des Etats. Ces derniers cherchent à se refiler la patate chaude et à se renflouer désespérément, qui sur le contribuable, qui sur le client.
Ils ont tous besoin de justifier l’automatisation de tout, inventée par le XXème siècle et qui confond les richesses créées au départ avec les encombrants et les déchets que la production obligatoire génère ensuite. Ce groupe appauvrit tout le monde en dépensant des sommes folles en publicité pour tout transformer en richesses et pour trouver chaque jour de nouvelles victimes et pour surtout ne pas les protéger. Ce groupe prépare, totalement inconsciemment pour la plupart de ses membres, la mondialisation de notre regard européen, une nouvelle tour de Babel, la désertification de la Terre, et la guerre entre les humains de plus en plus nombreux qui auront les mêmes désirs sur une planète incapable de les satisfaire tous.
Les peuples qui sont au contact de la réalité, ont gardé eux, du bon sens et forment des groupes bien différents. Ils changent leurs dirigeants à chaque élection, voient que cela ne change rien, se replient sur leurs familles, sur leurs amis et souvent sur la corruption. Ils sont écartelés entre leur côté électeur qui se réjouit de vivre mieux que leurs grands-parents et leurs côtés contribuables et consommateurs qui n’arrêtent pas de voir tout grimper. Chacun voit bien qu’à part leur avenir personnel, les puissants n’ont aucune vision d’avenir et qu’il faut s’attendre au pire.
 
Le divorce entre les peuples et leurs dirigeants donne malheureusement un pouvoir médiatique important aux gourous des dirigeants, les Attali, BHL, Minc ou autres Reynié qui ont investi tous les espaces politiques pour ne plus être dérangés par des changements apparents qui ne changent plus rien sur l’autoroute commun vers le désastre.
C’est aux peuples à s’intéresser sérieusement à l’avenir de leurs enfants en commençant par comprendre ce qui se passe.
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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