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Alain JOLY Pasteur luthérien Des "Assises nationales" ont eu lieu à Madagascar les 2 et 3 avril dernier.
L’archevêque de Antananarivo, président en exercice du Conseil des Eglises chrétiennes (FFKM), y a participé, apparemment au titre de la seule Eglise catholique. Engluée dans une crise à épisodes multiples, marquée depuis bientôt trois mois de violences et de confusions, la Grande Ile est actuellement gouvernée de fait par une Haute Autorité de Transition, dont Andry Rajoelina est le président, tandis que Marc Ravalomanana tente depuis l’étranger de galvaniser une opposition qui le ramènerait volontiers au pouvoir. Le calendrier électoral prévu par les "Assises nationales", référendum en septembre 2009, législatives en mars 2010, présidentielles en octobre 2010, ne suffira pas à poser les bases de la vie démocratique. Tant que domineront l’importance des ethnies, la revendication d’appartenance identitaire à une confession religieuse, les réseaux d’influence liées au charisme d’un chef et à sa fortune, Madagascar ne fera pas l’apprentissage de la maturité démocratique. Le constat est sévère, mais c’est pour mieux pointer l’espoir profond enraciné dans ce pays qui a tous les potentiels pour y parvenir enfin. Le rôle des chrétiens est à cet égard fondamental : il est d’éduquer à la démocratie en prenant beaucoup de distance avec les modèles de gouvernance passées et d’éventuels choix idéologiques. Mais pour l’instant, la présence institutionnelle des Eglises est souvent ambiguë, car les quatre Eglises principales, catholique, luthérienne, réformée, épiscopalienne, sont réunies, par leur quatre dirigeants respectifs, en un Conseil d’Eglises chrétiennes (FFKM), dont l’œcuménisme s’est limitée à de l’interventionnisme politique. L’échec des négociations initiées récemment par ce Conseil a été d’autant plus flagrant que les chrétiens semblent entrer eux-mêmes en conflit, laissant deviner ce qu’on ne voulait plus croire, c’est-à-dire l’esprit des communautarismes partisans. L’inefficacité récente du Conseil tient en grande partie à cela. Ce qui paraissait aux observateurs étonnés un heureux consentement de responsabilité dans la vie nationale, a été, en définitive, révélateur des compromissions archaïques de la religion avec le pouvoir. Il y a grande nécessité à expérimenter, en fondement à tout autre démarche commune, un œcuménisme spirituel : les chrétiens cherchent ensemble à se reconnaître responsables devant Dieu et puis, devant les hommes et pour leur conciliation. Ensuite, nous remarquons qu’au regard de la tradition et de la théologie chrétiennes, et en contexte de culture politique malgache, aucune Eglise ne peut ni ne devrait se prétendre gardienne de la légitimité politique. Pourtant l’une d’elles (l’Eglise réformée dite FJKM) s’est positionnée dans ce sens. Les quatre Elises ne sont désormais plus unanimes dans leur engagement. Les chrétiens ont, individuellement, leurs convictions personnelles. Ils sont citoyens. Au niveau du corps ecclésial, donc de communauté, leur parole est prophétique et leur agir de communion. Ou bien ils font mentir le nom qu’ils portent. S’ils doivent participer aux évènements politiques de Madagascar, c’est tous ensemble. Nous leur croyons ce beau devoir d’y être présents, car la démission du christianisme signifierait celle des valeurs de l’Etat moderne et laïque. C’est à cette hauteur d’analyse et d’engagement que nous attendons les chrétiens malgaches. Chronique du Jour, Radio Fréquence protestante, lundi 6 avril 2009
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