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MATTEI  Jean-Francois

MATTEI Jean-Francois

Né le 9 mars 1941
Marié – 3 enfants
 
Professeur émérite à l’université de Nice-Sophia Antipolis


Agrégation de Philosophie
Doctorat d’État ès Lettres
Diplômé de Sciences politiques   
 
Chargé de cours à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence (depuis 1973)
Professeur à l’Université de Nice-Sophia Antipolis (depuis 1980)
     Directeur du département de Philosophie de 1984 à 1988
     Directeur du DEA de la formation doctorale "Philosophie et Histoire des Idées" (depuis 1995)
     Responsable du Master "Philosophie" (depuis 2004)
 
Conseiller auprès du Ministre de l’Éducation nationale en 1993-1994 (Cabinet du Ministre)
Membre du Conseil National des Universités (XVIIe section) de 1992 à 1995 (Vice-Président),
     puis de 1995 à 1998, et de 2003 à 2006
Membre du groupe d’experts n°6 en Sciences Humaines et Sociales
     de la Mission Scientifique et Technique
     du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1994 à 1998, et de 2002 à 2007
Président de la Commission de spécialistes en Philosophie de l’Université de Nice depuis 1997,
     et membre des Commissions de spécialistes en Philosophie des Universités
     de Paris-Sorbonne (Paris IV) et de l’Université de Bourgogne (Dijon)
Membre du Conseil Supérieur Régional de la Recherche et de la Valorisation
     de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1994 à 1998
     Vice-Président responsable de la Commission n ° 2 (Sciences Humaines et Sociales)
Vice-Président de l’Académie Interdisciplinaire des Sciences de Paris depuis 1996
Membre de l’Institut universitaire de France (élu en 1996, réélu en 2002, membre du Bureau)
Membre du Comité d’Éthique
     du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement
     (CIRAD) (depuis 2000)
Membre du Conseil National pour un Nouveau Développement des Sciences Humaines  et Sociales
     (nommé par le Ministre de l’Éducation Nationale) de 1998 à 2001
Responsable en Philosophie et en Sciences humaines pour le
     (Comité Français d’Évaluation de la Coopération Universitaire avec le Brésil)
     (COFECUB) (depuis 1998)
Expert pour la philosophie auprès du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
 
Professeur invité à l’université de Marmara (Istanbul) depuis 1991
Professeur associé à l’université Laval (Québec) depuis 2003
 
Ouvrages
L’Étranger et le Simulacre - Essai sur la fondation de l’ontologie platonicienne (1983)
La métaphysique à la limite - Cinq essais sur Heidegger, avec Dominique Janicaud (1983)
     Traduction anglaise : Heidegger, from Métaphysics to Thought (New York, 1994)
L’exotisme de la raison, édition critique de l’ouvrage inédit (1770)
     de Nicolas BRICAIRE de la DIXMÉRIE, Le Sauvage de Tahiti aux Français,
     suivi d’un Envoi au Philosophe ami des Sauvages (Papeete, 1989)
L’ordre du monde - Platon, Nietzsche, Heidegger (Paris, 1989)
     Traduction espagnole (Buenos Aires, 1995)
La naissance de la Raison en Grèce (Actes du congrès de Nice de 1987) (1990) - réédition (2006)
Les Œuvres Philosophiques (volume III de l’Encyclopédie Philosophique Universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI
     Ce Dictionnaire recense 9 500 oeuvres de 5 500 penseurs de tous les temps et de tous les pays, en toutes disciplines, avec le concours de 1 500 collaborateurs français et étrangers (1992)
Pythagore et les pythagoriciens ("Que sais-je ?", 1993)
     Traductions grecque, roumaine, suédoise, chinoise. 3e édition revue et corrigée (2001)
Platon et le miroir du mythe, De l’Âge d’or à l’Atlantide (1996, réédition 2002)
Albert Camus et la philosophie, avec Anne-Marie AMIOT (1997)
Philosophie, éthique et droit de la médecine, avec Dominique FOLSHEID (1997)
Le Discours philosophique, volume IV de l’Encyclopédie philosophique universelle,
     sous la direction de Jean-François MATTÉI (1998)
La Barbarieintérieure - Essai sur l’immonde moderne (1999, 3e édition augmentée (2002)
     Traductions espagnole, roumaine, brésilienne
     Prix du Cardinal Mercier de l’université de Louvain (2001, réédition 2004)
Heidegger et Hölderlin - Le Quadriparti (2001)
Philosopher en français (Actes du colloque de Nice de 1999) (2000)
Civilisation et barbarie - Réflexions sur le terrorisme contemporain,
     avec Denis Rosenfield (2002)
     traduction brésilienne
Heidegger et l’énigme de l’être (2004)
     traduction chinoise
De l’indignation (2005)
Platon (2005, réédition 2007)
     traductions grecque, turque et chinoise
Nietzsche et le temps des nihilismes (2005)
La Républiquebrûle-t-elle ?, avec Raphaël Draï (2006)
L’Énigme de la pensée (Nice, Paris, Montréal, Bruxelles, Genève, 2006)
La Crisedu sens (2006)
Le Regard vide - Essai sur l’épuisement de la culture européenne (2007)
     Prix de littérature et de philosophie de l’Académie Française en juin 2008.
Albert Camus et la pensée de Midi (Nice, Paris, Montréal, 2008)
 
Fonctions éditoriales
Membre du Comité scientifique de la revue Les Études philosophiques (depuis 1985)
     du Conseil de rédaction de la revue Laval Théologique et Philosophique  (Québec) (depuis 1997)
Membre du Comité de rédaction de la revue Cités (depuis 2003)
Directeur de la revue Noesis (depuis 2003)
Directeur de la collection Thémis-Philosophie (depuis 1995)
Directeur de la collection "Chemins de pensée" (Nice, Paris, Genève, Montréal, Bruxelles) (depuis 2006)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur

URL du site internet:

Liberté de conscience et mariage pour tous

Publié dans A tout un chacun

François Hollande avait annoncé que le mariage civil homosexuel, appelé plus délicatement mariage gay ou, plus généreusement, mariage pour tous, allait faire l’objet d’une loi. Votée, elle serait donc appliquée dans toutes les communes de France. Devant les réticences d’un nombre croissant de maires, et avant les manifestations de protestation des 17 et 18 novembre, le Président de la République avait reconnu, dans sa conférence de presse du 13 novembre, la "liberté de conscience" aux édiles qui refuseraient de marier deux personnes de même sexe. Il justifiait sa décision par la possibilité d’élargir les délégations des maires à leurs adjoints et, plus généralement, par le "texte de liberté", et non "de division" que serait la future loi.
Aussitôt, les militants du mariage homosexuel, et, par conséquent, de l’homoparentalité qui est l’enjeu ultime de leur combat, ont protesté contre le revirement apparent de François Hollande qui se rétractera quelques jours plus tard. Noël Mamère, toujours mesuré, a parlé d’une "capitulation en rase campagne". Quant au Nouvel Observateur, il a dénoncé le "socialisme mou qui dégouline méchamment sur sa droite" et "la lâcheté d’un chef de l’État", en le traitant avec élégance de "Flanby" et de "mollasson". La question, cependant, n’est pas celle du caractère plus ou moins flexible du Président de la République, mais celle de la liberté de conscience de ceux qui sont inflexibles. Et l’on ne peut être qu’inflexible devant la remise en cause de ce principe fondamental de notre culture qui est, précisément, la liberté de choix.

Or, les atteintes à cette liberté, à la fois liberté de pensée et liberté d’action, la réduisent comme peau de chagrin dès que quelqu’un, serait-il de gauche, met en question la doxa dominante. Ainsi la loi Veil, en 1975, avait accordé aux médecins la clause de conscience en matière d’avortement en se fondant sur le préambule à la constitution de 1946 selon lequel "nul ne peut être lésé dans son travail ou dans son emploi en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances". Et le Conseil constitutionnel, le 27 juin 2001, a décidé que "la liberté de conscience constitue l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République" (§ 13), en référence à l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi".

En dépit de ces principes juridiques, et, bien avant eux, des principes moraux qui ont conduit à les établir, les médecins qui font jouer leur clause de conscience en matière d’IVG sont critiqués par ceux qui ne respectent pas leurs choix tout en exigeant qu’on respecte les leurs. Il en va de même dans l’affaire du mariage pour tous. Ceux qui, religieux ou laïcs, anthropologues, psychiatres ou psychanalystes, et, plus généralement, citoyens hétérosexuels ou non, qui refusent ce simulacre de mariage, sont accusés de tous les maux, le conservatisme et la réaction étant les moindres, le fascisme et le totalitarisme étant les pires. Le problème n’est pas celui de la versatilité d’un président de gauche en matière de mœurs, mais celui de l’obstination d’hommes de gauche qui dénient à leurs adversaires la liberté de conscience qu’ils s’accordent à eux-mêmes.

Camus disait déjà que les progressistes de son temps, qui interdisaient à la droite de dénoncer les camps soviétiques, étaient "hémiplégiques"
(Le Parti de la liberté, 1956). La gauche d’aujourd’hui n’est toujours pas guérie de cette paralysie qui affecte son côté droit. La liberté de conscience ne saurait être qu’à gauche, et la servitude, comme l’inconscience, qu’à droite. On rappellera aux belles âmes que l’un des acquis de la culture européenne, de Platon aux Stoïciens, et de St Paul à Kant, a été la conquête de l’universel en matière de conscience. Et c’est la liberté, qui ne fait qu’un avec le droit de penser par soi-même tout en respectant les pensées d’autrui, qui permet d’accéder à cette conscience, la chose du monde la mieux partagée. Je ne dispute pas ici de la légitimité du mariage pour tous qui, à s’enfler à la mesure de la grenouille de la fable, risque d’exploser et de devenir un mariage pour personne. Je ne m’intéresse qu’au droit de tenir un discours, s’il le faut à contre-courant de l’opinion publique, dès lors qu’il s’appuie sur ce principe intangible qui est le droit à la liberté de conscience.
Le lecteur aura compris que mon propos est politiquement incorrect. Mais je prétends, comme Rousseau dans sa profession de foi, à "l’honneur de penser", et de penser différemment. Beaucoup d’homosexuels demandent la reconnaissance de leur sexualité différente tout en exigeant de la société une identité de traitement avec les hétérosexuels. Ils en ont le droit, puisque chacun doit penser et agir librement. Mais que leurs partisans n’imposent pas aux autres de renoncer à une liberté de conscience qui, à bien des égards, leur fait encore défaut.

Paru dans Le Figaro, 24 novembre 2012

Les discours de Dakar comparés

Publié dans En France

"Je ne viens pas faire un discours pour effacer le précédent", avait prévenu François Hollande avant son discours de Dakar. C’était reconnaître implicitement que le choix de la capitale africaine et la teneur de son propos étaient calqués sur le discours du précédent président de la République à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007. On avait surtout retenu la petite phrase sur "l’homme africain [qui] n’était pas assez entré dans l’histoire". Mais les commentateurs avaient délaissé le reste du discours qui, dans sa critique du colonialisme de l’Europe, n’était pas loin de la contrition. En témoigne cet extrait du même discours :
"Les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique. Ils ont eu tort".
On pouvait difficilement voir dans ces propos une humiliation des Africains alors que la condamnation des Européens, serait-elle rhétorique, était prononcée par un dirigeant européen. Au demeurant les critiques du discours de Dakar ont imputé à Nicolas Sarkozy une thèse généralement admise, depuis Kant, Hegel ou Marx. Le concept d’histoire, en entraînant celui de progrès, est une invention européenne qui a été exportée dans le monde par les penseurs ou les dirigeants qui s’en réclamaient. Le fondateur de l’école des Annales, Fernand Braudel, reconnaissait ainsi, dans sa "Grammaire des civilisations", que "l’Afrique noire, en somme, s’est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur". (1)  
C’était la reprise de la distinction bergsonienne entre les sociétés ouvertes et les sociétés closes, celles qui s’ouvrent sur le monde et celles qui se replient sur leur culture. L’histoire européenne fondait-elle pour autant une hiérarchie des civilisations ? C’est un Africain, le philosophe Cheikh Anta Diop, qui, dans son "Antériorité des civilisations nègres. Mythe ou vérité historique" (1976), a soutenu que la civilisation égyptienne de race noire était première par rapport aux autres civilisations, ce qui justifiait l’unité culturelle de l’Afrique. Etait-ce une humiliation de l’Europe ou de l’Asie ?
Quoi qu’il en soit de l’opportunité du discours de Dakar de Sarkozy, le discours de Dakar de Hollande, privé du même ressort idéologique, ne pouvait que proposer une thèse plus consensuelle. Pour ce faire, le président de la République avait préparé son intervention avec six grands intellectuels africains dont le Congolais Elikia M’Bokolo, directeur du centre d'études africaines à l'EHESS, et Mamadou Diouf, directeur des Etudes Africaines à l’université Columbia.

Mais à quoi se résume ce discours destiné à mettre fin aux équivoques du discours postcolonial ? D’une part, à répéter une nouvelle fois, Sarkozy l’ayant fait comme les autres présidents, que le modèle inégalitaire françafricain est révolu au profit d’un partenariat égal, et le refus d’imposer, ou seulement de "proposer un exemple". Hollande soutient qu’il n’est pas venu en Afrique "pour imposer, ni pour délivrer des leçons de morale". Or c’est pourtant ce qu’il a fait en parlant des "relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité", et en affirmant qu’il saluait chez ses hôtes "le respect des droits de l’homme, l’égalité devant la loi, la garantie de l’alternance, les droits des minorités, la liberté religieuse". En clair, le nouveau président, comme l’ancien, a proposé, et laissé entendre, qu’il imposait le modèle démocratique qui n’est pas de
tradition africaine.
François Hollande continue, ainsi, à son corps défendant, à modeler son action sur celle de ses prédécesseurs qui faisaient la leçon à l’Afrique comme Tintin faisait la leçon aux élèves africains. Mais il ne leur apprend plus l’arithmétique. Sans faire acte de contrition comme certains l’attendaient, il se contente d’observer avec une acuité qui n’échappera à personne : "L’Afrique est un grand continent qui va devenir aujourd’hui un grand continent émergent".

Publié par Atlantico, le 13 octobre 2012

Troubles de l’identité

Publié dans Avec l'Europe

L'Union européenne s'est vue récompensée, ce vendredi, du prix Nobel de la paix. Une reconnaissance suprême qui vient honorer son travail en faveur de la paix durable en Europe. A l'heure de l’euroscepticisme et de la crise économique, cette récompense viendra-t-elle booster son capital confiance ?

Atlantico :
Le jury du prix Nobel a décidé de récompenser l’Union européenne du prix Nobel de la paix. Au-delà de l’aspect politique de cette décision, peut-on y voir une victoire de la culture européenne qui, malgré la crise, arrive toujours à susciter l’espoir, voire, un peu d’admiration ?

Jean-François Mattéi :
Dans un premier temps, j’ai été réticent quand j’ai appris que ce prix avait été décerné à l’Union européenne, née en 1992 avec le Traité de Maastricht, car j’ai trouvé que cela venait peut-être un peu tard. La guerre s’est achevée en 1945, nous sommes en 2012, cela fait donc 67 ans que la paix règne en Europe car elle a su se l’imposer et l’imposer à ses membres. Ma seconde réserve résidait dans le fait que l’on décerne ce prix à une institution et non pas à un homme. Ce n’est pas M. Barroso, le président de la Commission qui est récompensé, mais une abstraction que l’on ne peut pas réellement situer. J’aurais tout de même préféré que l’on mentionne Jean Monnet et Robert Schuman qui en sont les fondateurs.
Cela étant dit, je tempère ma réserve en constatant que le prix Nobel qui aurait pu récompenser tout autre pays ou tout autre personnalité que l’Union européenne, sanctionne mais de façon positive, l’Europe qui depuis cinquante ans est toujours en échec d’elle-même d’une certaine manière. On ne sait plus trop ce que l’on entend par "Europe". On voit toujours une sorte d’hésitation des Européens à se déclarer comme tels ou à croire vraiment à l’avenir de l’Europe comme ils ne croient plus réellement dans son passé. Voyez le sondage qui a été fait auprès du peuple allemand qui montre que l’appartenance à l’Europe ne sert plus du tout ses intérêts ni ceux de l’Allemagne.

Les peuples concrets sont donc hésitants envers l’avenir de l’Europe et son renforcement juridique et politique sous forme d’une fédération. De nombreux intellectuels ont critiqué le passé de l’Europe et lui imputent tous les maux de la mondialisation, en occultant toutes ses réussites. Aussi on peut espérer qu’avec cette récompense qui vient saluer la paix européenne, on reconnaisse à l’Europe une identité et une fécondité qui n’est pas assumée.

Peut-on espérer que cette récompense puisse guérir l’ambivalence européenne qui veut que son peuple la regarde avec méfiance tandis que les étrangers lui portent un regard toujours admiratif ?
Il faut l’espérer, et ce serait une victoire car en réalité les étrangers aiment cette Europe. La preuve, nombreux sont ceux qui quittent leur pays pour trouver de meilleures conditions de vie au sein des pays européens. Le modèle européen continue à fasciner les autres peuples. Le meilleur exemple est la Chine qui s’est mis deux fois à l’heure européenne. La première avec le marxisme de Mao Zedong, le marxisme qui je le rappelle est une idéologie européenne, et la seconde, lorsque, renversant les codes, elle s’est mise à l’écoute du capitalisme et de la mondialisation qui sont aussi des inventions européennes.
Le modèle même de la femme et de l’homme européen s’est imposé partout, de telle manière que des millions d’asiatiques ont eu recours à la chirurgie esthétique afin de débrider leurs yeux et remonter leurs pommettes. Il y a donc un phénomène de fascination/répulsion dans le monde entier du modèle européen qui s’exprime sous la forme du vêtement, des apparences, mais plus profondément sous la forme de la reproduction des principes de rationalité européenne.


A-t-on la une occasion pour les européens de recommencer ou de commencer à s’aimer ou les réflexes de rejets sont-ils désormais trop forts ?
Si j’en juge par les premières réactions qui ont fusé sur Internet et dans les journaux, caractérisée par l’ironie des Européens – à gauche, à l’extrême-gauche et à droite peut-être aussi – envers ce prix considéré comme une médaille au chocolat du jury des Nobel pour donner confiance à l’Europe, les choses peuvent paraître négatives.

Mais on peut croire que cela marque une sorte de renouveau, du moins dans la classe politique, à défaut des peuples qui sont toujours en retard et sceptiques envers les décisions politiques au contraire d’autres pays, tels que les États-Unis qui s’inquiètent du développement de l’Union européenne.
Nous parlons tout de même d’un espace de plus de 500 millions d’habitants. S’il arrive à se fédérer en fonction de son passé et de véritables prévisions d’avenir, ce continent pourrait être plus riche que les États-Unis et peut-être même que la Chine . Mais pour cela, il faut que les Européens aiment davantage leur culture et leur avenir et que les responsables européens parviennent à prendre des décisions courageuses. Si on en reste toujours à cette sorte de marché commun généralisé, on ne parviendra jamais à appliquer la devise de l‘Europe "In varietate concordia" soit "La concorde dans la diversité". C’est cette concorde, à la fois sur le plan de la paix, sur le plan politico-économique et culturel, qu’il manque à l’Europe.

Ce qui a fait l’Europe, avant même la touche de Jean Monnet et de Robert Schuman, c’est la culture car elle s’est construite depuis le Moyen-Age jusqu’aux Lumières du 18ème siècle. On oublie parfois que l’économie – en dépit de la crise – n’est pas tout. Il y a de nombreuses possibilités, de réserves et de richesses.
Même si d’un premier abord on ne comprend pas cette récompense, elle est en quelque sorte, l’aboutissement de siècles et de siècles de réflexions philosophiques. L’idée même de décerner des prix Nobel en physique, chimie, médecine qui sont tous les domaines de rationalité dans lesquels l’Europe a brillé pratiquement depuis le Moyen-Age montre que la grande tradition européenne est la pensée, qu’elle soit philosophique, politique, économique, médicale, éthique, et sociale. C’est la dimension intellectuelle et culturelle de l’Europe qui a été saluée, plus que sa réalité économique qui est, comme on le sait, assez pauvre.


L’Union européenne avait été fondée sur le principe de paix soutenue par des préceptes économiques. Elle vit désormais sa quatrième année de crise durant laquelle nombreux ont été ceux à parier sur sa mort ou en tout cas sa refonte. Cette paix symbolique qu’on lui reconnait aujourd’hui est un principe qu’elle a les moyens de continuer à défendre ?
Oui je le crois, car l’Europe est la terre des principes. Principe de rationalité, découvert par les Grecs, développé par les Européens. Principe éthique, de liberté, d’égalité et de création de l’État de droit, qui est une invention des Européens. Principe politique de ce que certains philosophes ont appelé, à propos de l’Europe, le "souci de soi". Les Européens ont toujours eu le souci de leur personne, de leur âme ; c’est tout de même l’Europe qui a inventé l’idée de conscience morale et de liberté. S’il fallait changer de référence, je citerais le philosophe tchèque Jan Patocka qui définissait l’Europe comme le "souci de son âme". L’expression avait été reprise par François Mitterrand dans son discours d’Aix-la-Chapelle. Il y a une âme européenne, un principe qui l’anime qui consiste principalement à avancer vers l’avenir tout en sauvegardant ses valeurs. Mais pour cela elle doit maîtriser son passé.
L’Europe parle désormais d’arrêter son programme pédagogique Erasmus car son budget a été amputé de 4 milliards le menaçant quasiment de mort. Si ce programme capote, se serait symbolique car au-delà de sa haute qualité éducative pour les jeunes gens – et donc l’avenir – cela porterait un coup fatal à la symbolique d’Erasme qui fut l’un des plus grands humanistes européens.

Publié sur Atlantico, 14 octobre 2012

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