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MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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Morts pour la France

Publié dans En France
Morts pour la France
 
Treize morts. Une nouvelle fois, la France paie d’un lourd tribut son engagement au Sahel. Six officiers, six sous-officiers, un brigadier-chef, les garnisons de Pau, Gap, Varces, Saint-Christol en deuil ; mais, au-delà des unités, c’est le pays entier qui pleure ses enfants.
Dans une actualité bruyante et molle, qui se nourrit parfois de fausses indignations et d’émotions feintes, la mort brutale de ces jeunes gens engagés sur un théâtre d’opérations lointain, au péril de leur vie, a quelque chose de saisissant.
Depuis quelque temps, les experts militaires et les états-majors s’interrogent sur "Barkhane" et sur son devenir : combien de temps la France devra-t-elle rester dans la région ? À quand la montée en puissance des pays africains (le G5 Sahel) censés prendre le relais pour assurer la paix dans la région ? Mais les faits sont là : treize militaires français, pilotes d’hélicoptère ou commandos de montagne, ont été tués dans la collision entre deux appareils engagés dans une mission de combat. Leurs noms viennent allonger la liste de nos soldats tombés au Sahel, 41 à ce jour.
 
L’accident a eu lieu pendant une intervention aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. La présence de la France dans cette région s’explique par ses liens historiques avec ces pays. Elle est surtout justifiée par la situation que connaît le Sahel depuis des années : des groupes djihadistes polymorphes sillonnent la région, attaquent, harcèlent, se fondent dans la population, avec pour objectif d’installer le chaos. C’est pour rétablir la stabilité que la France est engagée depuis 2013. Par ricochet, elle veille à garantir sa propre sécurité intérieure. La paix dans notre pays se prépare aussi au Sahel. L’Adrar des Ifoghas (nord du Mali) est une manière de "ligne bleue des Vosges" qu’aucun stratège ne doit quitter des yeux.
Maintenant, l’heure est à l’émotion et au recueillement national ; et chacun de murmurer en pensant à ces hommes morts pour la France, c’est-à-dire pour nous : "Mère, voici tes fils qui se sont tant battus."

Paru dans Le Figaro, 27 novembre 2019

Lorsque Greta paraît

Publié dans Du côté des élites
Lorsque Greta paraît  (Greta Thunberg devant l'Assemblée nationale)
 
Ce mardi, en pleine canicule, des parlementaires reçoivent à l’Assemblée nationale Greta Thunberg, la jeune militante de la cause climatique censée apporter un peu d’air frais sur le sujet. Apprenant sa venue, précédée d’un murmure flatteur, on songeait à la définition de la jeune fille par Flaubert - horresco referens : "Articuler ce mot timidement. Toutes les jeunes filles sont pâles et frêles, toujours pures." C’est dans le Dictionnaire des idées reçues ; à l’évidence, celles-ci ont toujours cours.
Lorsque Greta paraît, comment ne pas applaudir à grands cris ? La scénographie est parfaite. "Pâle et frêle", "pure" donc, elle vient de Suède, le pays des Nobel et du fameux modèle social, dont les arpents de neige disent assez le caractère immaculé de sa cause. Ses faits d’armes ? Être allé à Davos en train plutôt qu’en avion, avoir lancé avec succès des grèves scolaires pour le climat et surtout, surtout, morigéner et culpabiliser ses auditoires de puissants. Comme dans la chanson, Greta dit non, non, non, sans guère expliciter ses solutions pour sauver la planète, puisque telle est la mission qu’elle s’est octroyée. Il faut selon elle "serrer le frein à main". Toutefois, on ne sache pas qu’elle soit encore allée proposer cette conduite en Chine et en Inde, deux des plus gros pollueurs de la planète. Elle réserve ses flèches aux courtois, trop courtois, dirigeants occidentaux.
Sa candeur et sa belle intransigeance sont de son âge, qui est sans pitié. Dans notre époque "juvénolâtre", il la désigne même pour nous instruire sur la situation du climat.
Car ce qui est incroyable, c’est de voir une société s’en remettre à une toute jeune fille pour aborder des problèmes dont les spécialistes assurent qu’ils sont complexes, certains peut-être déjà insolubles, et surtout pleins de paradoxes.
Nous vivons dans un monde curieux : sceptique, revenu de tout, se défiant de ses élus et des experts ; et voilà que, contre toute raison, il demande à une enfant d’être sa princesse.

Paru dans Le Figaro, 23 juillet 2019

La dignité d'un homme

Publié dans A tout un chacun
La dignité d'un homme
 
C’est fini. Vincent Lambert, cet homme dont l’avenir a tenu en haleine la France entière, est entré dans le grand mystère de la mort. Une certitude : le voici dans la paix.
Sa famille se déchirait à son sujet. Les médecins aussi se divisaient sur l’état d’un malheureux reclus dans une zone obscure de la vie, en état "pauci-relationnel". On allait de procédures en recours, d’appels en cassation.
Qui n’a été étreint par l’émotion devant le sort incertain et cruel qui lui fut réservé durant des années ? Chacun sentait bien que cette affaire ne se limitait pas aux procédures judiciaires, ni aux décisions médicales, mais engageait toute la société et sa conception de la dignité humaine.
Le contexte passionné, le tumulte médiatique qui l’entourait n’ont pas facilité la réflexion. Était-on dans une "obstination déraisonnable" autorisant, selon les termes de la loi, qu’on mette fin aux traitements ? Mais la nutrition et l’hydratation sont-elles vraiment des "traitements" ? Alors, comment qualifier leur interruption ?
C’est fini, mais l’histoire tragique de Vincent Lambert continue de nous hanter : qu’est-ce qu’une vie ? par quoi se définit-elle ? Malgré les avancées pour un meilleur accueil des malades, des personnes handicapées, des personnes âgées, un air du temps pousse à évaluer une vie par son "utilité", sa "productivité". À cette aune, les jours d’un homme dans un état "pauci-relationnel" ne valent guère.
La médecine fait des prouesses et, partant, elle fait bouger les lignes longtemps intangibles de la conception et de la mort. Ses progrès donnent le vertige et font naître des questions qui ne manqueront pas de se poser lors des débats bioéthiques qui s’annoncent - demain sur la PMA et un jour sur l’euthanasie ou la GPA. Quels principes doivent-ils nous guider ? Faut-il faire systématiquement droit au "désir", celui d’enfanter, celui de mourir ? Faut-il se soumettre à la performance médicale ? À la rentabilité économique ? Notre temps enivré de puissance technologique et scientifique doit impérativement retrouver le chemin de la sagesse.

Editorial, paru dans Le Figaro, 12 juillet 2019

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