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MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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Un nom immaculé

Publié dans Devant l'histoire
Un nom immaculé
 
Le pays entier se souvient de Verdun.
Il célèbre ces dix mois où l'armée française tint bon dans la boue sous la mitraille allemande lancée à l'assaut de la ville et de ses forts.
Le général Joffre fit entrer la bataille dans l'histoire, en déclarant à l'instar d'un Napoléon : "Vous serez de ceux dont on dira : "ils ont barré aux Allemands la route de Verdun" ".
Les deux tiers de l'armée française furent engagés dans la bataille. C'est pourquoi Verdun symbolise, plus que les taxis de la Marne, plus que la Somme, la guerre des Français entre 1914 et 1918.
 
En écoutant le récit de cette année terrible, notre époque admire la conduite des poilus et de leurs officiers, stupéfaite par leur résistance à la souffrance, leur ténacité. Parmi eux, on trouve Maurice Ravel, le lieutenant-colonel Driant (Danrit en littérature), le général Pétain et le capitaine de Gaulle, mais aussi des dizaines de milliers de Français, paysans et ouvriers, tous au coude-à-coude dans les tranchées et dans l'assaut. Cent ans après, l'évènement nous paraît démesuré, inhumain rapporté à nos existences contemporaines.
Le septième cercle de l'enfer de Dante.
 
Verdun brille aujourd'hui dans le ciel de notre mémoire collective comme un nom immaculé. Personne ne se risquerait à critiquer ce fait d'armes. Ce n'est pas le cas de tous, même dans la Grande Guerre. On se souvient encore du premier ministre Lionel Jospin qui en 1998 jugea utile de rendre justice aux mutins de 1917 (600 soldats), au risque de faire passer au deuxième plan les millions de héros anonymes qui accomplirent sans broncher leur devoir de citoyen.
 
La bataille d'Austerlitz a été passée sous silence en 2005 pour cause de polémique sur le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte. La colonisation, la collaboration, la guerre d'Algérie, autant de débats historiques infinis, où la polémique vient souvent obscurcir l'essentiel.
Rien de tout ça avec Verdun. Avec cette commémoration, la France d'aujourd'hui salue la France d'hier faisant face à l'adversité, fidèle à son serment : "On les aura".

Paru dans Le Figaro, 20 février 2016

Avoir raison avec Sartre…

Publié dans A tout un chacun
Avoir raison avec Sartre…
 
"Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la crèche." Cette injonction ne vient pas d’un élu s’adressant à ses concitoyens pour signifier son désaccord avec l’Association des maires de France (AMF), qui juge ce vieux symbole "pas compatible avec la laïcité". Elle est signée d’un grand écrivain français. Qui ? Mauriac, Frossard, éditorialistes prompts à tremper leur plume dans le bénitier de leurs convictions chrétiennes ? Non : il s’agit de Jean-Paul Sartre.
En 1940, en captivité en Allemagne, l’auteur de La Nausée avait rédigé et monté avec ses camarades une représentation de la Nativité, dans la grande tradition des spectacles du Moyen Âge - il jouait un Roi mage ! On y trouve ces mots retentissants.
Le philosophe a raison : chacun a droit à la crèche. Pour les chrétiens, elle est la représentation de la naissance du Sauveur annoncé par les prophètes de l’Ancien Testament. Pour les autres, croyants ou non, qu’évoque cette reconstitution simple et touchante qui fait partie du patrimoine français - pas besoin d’aller en Provence pour le constater ? Ils peuvent y voir une famille dans l’émerveillement d’une naissance, ou encore, pourquoi pas, une famille soudée dans l’épreuve de l’exil, de la précarité, etc. Quelle que soit la signification de la crèche, tous sont conviés à la joie de contempler un enfant qui attendrit le monde entier, ainsi que le montre la présence des modestes bergers, puis des savants venus d’Orient.
Aujourd’hui, les édiles et les tribunaux sont en plein doute. La crèche est-elle un symbole religieux ou une tradition ? L’attitude des uns, les décisions contradictoires des autres prouvent leur malaise. Or, interrogé quelque vingt ans plus tard, Sartre s’était expliqué sans mal : "La Nativité m’avait paru le sujet capable de réaliser l’union la plus large des chrétiens et des incroyants."
La crèche, gage d’union… En ces temps où il n’est question que de concorde et de fraternité, les tenants d’une laïcité excessive seraient bien inspirés de méditer la leçon.
Il vaut toujours mieux avoir raison avec Sartre que tort avec l’AMF…

Paru dans Le Figaro, 22 décembre 2015

L'honneur d'un commandant

Publié dans Devant l'histoire
Hélie de Saint Marc, l'honneur d'un commandant
 
Le maire de Béziers a inauguré samedi une rue Hélie Denoix de Saint Marc. L'électorat pied-noir, nombreux dans cette ville, a certainement été sensible à ce geste qui met à l'honneur une figure des dernières heures de la présence française en Algérie.
La gauche, elle, s'est indignée. Manuel Valls a commenté la cérémonie : "C'est rance, c'est triste" et Stéphane Le Foll dénoncé "la nostalgie de l'Algérie française".
"Rance", "nostalgie", des mots qui conviennent bien mal à la personnalité du commandant de Saint Marc.
 
Né en 1922, il était entré très jeune dans la Résistance (réseau Jade Amicol). Est-il rance ce geste de révolte, cet engagement courageux qui lui valut d'être arrêté par la police allemande et déporté à Buchenwald où il passera dix-huit mois dans un des pires satellites du camp, Langenstein ?
"Les justes mouraient comme des chiens, écrira-t-il plus tard dans ses Mémoires. Les crapules avaient leur chance (…). Dans ma chute, j'ai éprouvé la validité de quelques attitudes éthiques élémentaires: refuser la lâcheté, la délation, l'avilissement."
 
Après la Libération, il choisira la carrière des armes, servant en Indochine et en Algérie. En désaccord avec la politique du général de Gaulle -notamment le choix du FLN comme unique interlocuteur des négociations pour l'indépendance-, il entraîna le 1er régiment étranger de parachutistes dans la sédition, en rejoignant les généraux du putsch d'Alger. Il paiera cet acte d'une condamnation de dix ans de réclusion.
À son procès, de nombreux observateurs comme Jean Daniel, Jacques Duquesne, Gilles Perrault furent frappés par sa personnalité lumineuse et sa hauteur de vues. Sa déclaration devant le tribunal militaire en avait saisi plus d'un : "Depuis mon âge d'homme, Monsieur le Président, j'ai vécu pas mal d'épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d'Algérie, Suez et puis, encore, la guerre d'Algérie…"
Il n'était ni un idéologue, ni un factieux.
 
Fut-il nostalgique l'homme qui, tournant le dos à tout militantisme, se lança dans l'écriture de livres (avec le concours de son neveu l'éditeur Laurent Beccaria) qui rencontrèrent un large public? Leur qualité valut à l'un d'eux, Les Champs de braises, de recevoir le prix Femina. Et l'armée française lui décerna son prix littéraire Erwan-Bergot.
À la même époque, Saint Marc prononça des centaines de conférences. À chaque fois, son auditoire était frappé par son souci de faire des événements qu'il avait vécus un récit apaisé. Il parlait posément de sa vie, de ses passions, de ses doutes, de ses contradictions, sans que jamais n'affleure l'esprit de revanche. Son message évoquait souvent la résistance, c'est-à-dire un état d'esprit face à l'oppression ou à des ordres qui heurtent manifestement la conscience de l'homme. L'actualité du monde (terrorisme islamique, menace technologique, dérives médicales) donnait à ses propos une résonance exceptionnelle.
 
Un moment important de la vie d'Hélie de Saint Marc avait été ce jour de septembre 1982 où il avait été réintégré dans ses droits ; ses décorations lui avaient été restituées. Cette réhabilitation, il la devait à un personnage qui a façonné François Hollande et que tout le PS révère: c'était le président Mitterrand. En novembre 2011, par les mains du président Nicolas Sarkozy, la République française l'avait fait grand-croix de la Légion d'honneur.
 
À ses obsèques à Lyon, en août 2013, se pressaient tous les corps constitués de l'État, au premier rang desquels le sénateur maire de la ville, Gérard Collomb, qui salua alors "une figure d'une extrême intégrité, un être authentique habité d'un humanisme profond". Honneurs, décorations, reconnaissances : Hélie de Saint-Marc n'était cependant pas dupe des grandeurs d'établissements : "Je cherche constamment à décaper sur mon visage, écrivait-il, le fard insensible qui vient à ceux qui accède à une petite renommée, ceux qu'on mentionne en note dans les livres d'histoire (…). Je me souviens du Revier de Langenstein, de la cellule de Tulle et d'une chambre d'hôpital la nuit. Là, j'ai rencontré la vérité de mon destin." Rance ? Nostalgique ?
Manuel Valls et Stéphane Le Foll devraient s'inspirer du conseil qu'Hélie de Saint Marc donnait à ses jeunes lecteurs : "comprendre avant de juger".

Paru sur Figarovox, 16 mars 2015

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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