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MONTETY de  Etienne

MONTETY de Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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Michel Houellebecq

Publié dans A tout un chacun
Michel Houellebecq voyageur du bout de nos nuits

La séquence sanglante vécue en France aurait pu briser la carrière de ce livre. Le lecteur, se demandait-on, choqué par deux attentats meurtriers provoqués par des terroristes islamistes aurait-il le cœur à lire un roman dont le thème est la conversion massive de la France à l’islam. La réponse est là : le livre se vend.
Le grand mérite de Houellebecq, que lui reconnaissent ses lecteurs, est de se colleter àson époque. Il n’a jamais refusé l’affrontement. Tentation de l’eugénisme, horreur économique, obsession sexuelle, il a toujours osé l’exploration des zones d’ombre de l’homme contemporain. Il le fait avec ses armes d’écrivain : l’ironie, l’absurde.

Il y a plusieurs livres dans Soumission, habilement entrelacés.
D’abord le récit d’un écrivain naturaliste. Son héros, le mot est un peu fort pour ce piteux professeur d’université, s’appelle François. Houellebecq décrit son état, ses pauvres aspirations et pour ainsi dire sa vie quotidienne. Il est réduit à une humanité préoccupée de la satisfaction immédiate de ses besoins. C’est dans ce contexte morose d’une société à bout de souffle que l’écrivain imagine le surgissement dans la vie politique française de 2022 d’un parti musulman dont le leader, un brillant sujet, accède au pouvoir suprême. Les partis traditionnels font alliance avec lui pour écarter Marine Le Pen. Horresco referens.
La petite société politique et médiatique, avec ses mœurs panurgiques, son vocabulaire attendu, ses acteurs (de François Bayrou à David Pujadas), et donc ses limites, est décrite avec une précision de journaliste politique. Parfois un bon roman vaut mieux qu’un long discours.

L’autre livre est celui d’un critique littéraire qui étudie Huysmans, mais aussi Péguy, Bloy et consorts. Quelle est la raison de cette excursion ? Faire montre de sa culture ? L’auteur ne s’empare de l’auteur d’Àrebours que pour s’interroger sur l’attente de Dieu qui hante nos sociétés modernes. C’est là peut-être le cœur du livre, sa dimension la plus forte. François se lance dans une enquête sur l’œuvre et la vie de Huysmans, qui le conduit jusqu’à Ligugé, pour arriver à ce verdict : au XIXe siècle, sa recherche mena Huysmans au pied de la Croix. Aujourd’hui pense Houellebecq, elle le conduirait à la mosquée. Cette question de "la revanche de Dieu" dépasse le roman et même l’actualité immédiate. Sa conclusion est fortement discutable. Elle ne peut cependant pas être écartée d’un revers de manche.

La troisième caractéristique de ce roman est de ressortir au conte philosophique. Soumission, c’est une version 2022 des Lettres persanes, où Usbek et Rica s’écrieraient : "Comment peut-on ne pas être persan ?" L’élection de Mohammed Ben Abbes imaginée par Houellebecq produit sur le pays un effet de sidération. Si l’on observe çà et là quelques troubles, force est d’admettre que la société française dans son ensemble consent rapidement à son islamisation. Les maux qui la frappent depuis trente ans s’évanouissent comme par enchantement. Les pétromonarchies investissent massivement, le chômage disparaît. L’Europe, devenue une Euroméditerranée, fonctionne enfin. Houellebecq repeint l’avenir en couleurs pimpantes. Le vert est plus que jamais la couleur de l’espérance. "Allah is watching you." Mais contrairement au Grand Frère d’Orwell, qui annonçait un avenir effrayant, dans ce livre, se "soumettre" est une attitude enviable. Qu’on en juge. La grande misère de l’homme s’évanouit au profit d’une nouvelle sociabilité, épanouissante – jusqu’à ce qu’on s’avise qu’elle passe par la polygamie.
C’est gros, mais ce faisant, le provocateur interroge la modernité, secoue notre mentalité démocratique et laïque, malmène la condition féminine contemporaine. Pis : devant nos dénégations indignées, il nous nargue, façon Baudelaire : "Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère."

Alors pourquoi le lecteur adhère-t-il àl’entreprise ? Probablement pour exorciser par la lecture de cette fiction – qui vire parfois à la farce grinçante - un spectre menaçant : l’extrême fragilitéde notre société, telle qu’elle lui est apparue tragiquement la semaine dernière.
Il lit Houellebecq  comme le bourgeois du siècle dernier allait au vaudeville : en espérant que ce dont il rit sur scène ne se réalisera pas dans sa vie. Et qu’une fois le rideau retombé, les lumières vont bien se rallumer.
Le Figaro 16 janvier 2015

Droit de vivre

Publié dans A tout un chacun
Droit de vivre
 
Le rapport Claeys-Leonetti remis vendredi à François Hollande n'épuisera probablement pas le débat sur la "fin de vie".
Notre société ultramédicalisée a rendue ténue la frontière entre la vie et la mort. Et, dans le même temps, elle ne cesse d' "évacuer" celle-ci (le mot est de Jean Leonetti lui-même). Ecrasé par cette perspective, projetant dans les situations de détresse qu'il observe à l'hôpital l'angoisse de son propre sort, l'homme moderne paraît désemparé. Témoin, le vocabulaire qu'il utilise. On ne meurt plus dans notre époque douce et froide : on "part".
Les mots ont leur importance dans ce dossier sensible. Ainsi "le droit de mourir dans la dignité", expression fétiche des militants de l'euthanasie qu'a reprise hier le président de la République. Le droit est-il suffisant pour prendre en compte toutes les facettes de la fin de vie ? Au reste, quel droit pour un malade dont la fin est proche ? Droit de mourir ou au contraire droit de vivre ses derniers moments entourés de la bienveillance et de la compassion de sa famille et du corps médical ?
 
"Droit de mourir dans la dignité", "droit à l'enfant" et, partant, "droit" à la nationalité pour celui-ci (la décision du Conseil d'Etat validant la circulaire Taubira sur les enfants nés à l'étranger par GPA est à cet égard instructive), voici que l'homme moderne s'avance jusqu'aux deux extrémités de la vie, jadis intangibles. Il veut avoir prise sur elles, fort de son droit et des avancées de la science.
Que va-t-il faire ?
S'orienter vers un monde où la question de la naissance et de la mort est abandonnée aux médecins et aux parlementaires. Ou se mobiliser pour redonner du prix à toute existence, fût-elle amoindrie par la maladie, la pauvreté, le handicap, et conférer à sa fin une signification magnifique.
 
L'homme peut bien conspirer contre la vie. La technique le lui permet. La loi l'y autorisera, un jour ou l'autre. Et après ? Au fond de lui résonne une voie intérieure qu'il ne parviendra jamais à chasser complètement : "Qu'as-tu fait de ton frère ?"

Editorial, paru dans Le Figaro, 13 décembre 2014

La star et le saint

Publié dans Au delà
Dimanche, le pape François canonisera deux de ses prédécesseurs Jean XXIII et Jean Paul II. C'est dans les pas de Karol Wojtyla que Bergoglio semble avoir mis les siens. Entre le Polonais qui fit sortir il y a trente-cinq ans le Vatican d'Italie et l'Argentin qui le fait maintenant sortir d'Europe, que de points communs. Leurs pontificats semblent également placés sous le signe de la liberté. Une photo célèbre montre François affublé d'un nez rouge. Jean Paul II non plus n'avait pas son pareil pour jouer avec les photographes du monde entier. Par leurs initiatives personnelles ou pastorales, leurs déclarations, les deux hommes ont en commun d'aimer surprendre une époque avide de nouveauté.
C'est ainsi , le caractère prophétique de leur mission de Vicaire du Christ passe par les médias, les petites phrases et les images fortes qui leur assurent une immense popularité.
Mais s'il n'y avait que de sympathiques anecdotes pour résumer leur action, qu'est ce qui les différencierait des rockers en tournée, ou des acteurs du Festival de Cannes ?
C'est que le souverain pontife, hier Jean Paul II aujourd'hui François, se sert de ce magistère international que lui offre la modernité non pour accroître sa notoriété mais pour prêcher à temps et à contretemps. Il n'a pas à plaire à ses fans, pas davantage à se soucier de sa réélection.
L'annonce de l'Evangile à un monde en crise, l'exhortation à la paix, la dénonciation du sort injuste fait à l'enfant à naître, au pauvre, au malade, au vieillard menacé, François, à l'instar de son prédécesseur, ne manque jamais une occasion de rappeler les hommes à la sagesse. Il ne mâche pas ses  mots. Il n'a cure d'on-ne-sait quels "éléments de langage". Car un pape ne parle jamais en son nom mais au Nom de Celui qui l'a envoyé.
C'est d’ailleurs toute la différence entre une star et un saint.
Paru dans Le Figaro, 26 avril 2014

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