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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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Remous écologiques

Publié dans Du côté des élites
Remous écologiques

Le réchauffement climatique a accaparé l’actualité de ces dernières semaines. Démission brutale de Nicolas Hulot, rapport alarmiste du GIEC, agitation des "gilets jaunes", déclaration solennelle d’Emmanuel Macron, nouveau plan national de "transition énergétique" … ces évènements ont été à la fois précipités et confus. Je propose ici de clarifier leur enchainement et d’éclairer leur signification.
 
Le réchauffement de notre planète est une réalité prouvée scientifiquement. Aucune autorité qualifiée ne la nie. Perplexes, les experts ont voulu savoir sa cause. La majorité d’entre eux croient la trouver dans l’activité humaine sous deux de ses aspects : l’utilisation intensive des combustibles fossiles –charbon, pétrole et, dans une moindre mesure le gaz- d’une part ; la déforestation d’autre part, notamment celle des deux "poumons verts" de la planète, l’Amazonie et le bassin du Congo. La première libère une quantité énorme de gaz à effet de serre (dioxide de carbone et méthane principalement). Les plantes sont d’autant moins capables de l’absorber que la seconde réduit le nombre d’arbres. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère et y retiennent la chaleur des rayons du soleil.
Tel est le diagnostic généralement accepté par les spécialistes. Il faut bien voir qu’il ne se fonde sur aucune certitude. Comme dans une investigation policière, les enquêteurs ont réuni un important faisceau de présomptions sur l’identité du coupable, mais aucune preuve irréfutable. C’est pourquoi certains scientifiques, qu’on appelle climato sceptiques, rejettent l’accusation portée contre l’activité humaine. Ils affirment qu’elle n’est pas la cause principale du réchauffement.
 
En l’état actuel des choses, l’élévation globale de la température est un peu supérieure à 1°C par rapport à ce qu’elle était avant l’ère industrielle, c'est-à-dire avant que le charbon puis le pétrole soient utilisés massivement. Que se passerait-il si cette hausse se poursuivait dans les décennies à venir ? Pour y voir plus clair, la communauté des Etats a demandé à un groupe international d’experts, le GIEC, quelles conséquences auraient pour la planète en général et pour l’humanité en particulier une augmentation de 1,5°C au-delà de ce qu’elle était au début de l’ère industrielle, et une autre, pire, allant jusqu’à 2°C.
Le GIEC a rendu son rapport en octobre. L’exercice auquel il s’est livré est très risqué. J’en parle en connaissance de cause. Ayant été prévisionniste moi aussi, je sais les démentis cinglants que les évènements s’amusent à opposer aux spéculations de l’esprit. Faire des prévisions à échéance de dix ou trente ans est une gageure surtout quand le champ à examiner inclut des domaines aussi divers que les phénomènes météorologiques –sécheresses, inondations, fonte des glaces-, la biodiversité, la qualité de vie, les migrations et même les risques de guerres. Dans un souci de prudence scientifique, le GIEC s’est entouré de conditionnels. Il n’attache aucune certitude à aucune de ses prévisions. Il se contente de leur attribuer trois niveaux de probabilités : faible, moyen et fort.
 
En définitive, ce qui est dit de notre avenir dans la prochaine décennie et les suivantes, n’est rien d’autre qu’un édifice de probabilités hissées les unes sur les autres. Elles sont scientifiquement fragiles. Elles sont d’autant moins fiables sur un plan pratique qu’elles concernent la Terre entière et non pas un pays donné. Les variations seront grandes d’une zone géographique à une autre.
Le rapport du GIEC est difficilement compréhensible par les non-spécialistes. Son entrelacement d’hypothèses croisées et de déductions aléatoires déconcerte une opinion publique qui s’inquiète du réchauffement climatique et qui a besoin de causes certaines et de décisions claires. Elle se tourne vers ceux qu’elle croit être des intermédiaires qualifiés : les porte-paroles de l’écologie politique. Chez nous, le plus écouté d’entre eux s’appelle Nicolas Hulot. Quelle leçon pratique tire-t-il du rapport ? Il l’a expliqué dans une émission télévisée de presque deux heures, il y a quinze jours. Selon lui, il faut en conclure que les énergies fossiles "sont les pires ennemies de l’humanité". "Le temps est court" affirme-t-il, avant que vienne "l’irréparable". Il annonce même un point de non-retour "dans deux ans et demi". Si nous ne réagissons pas, "la fin du monde" ou, tout au moins "la fin de l’humanité" sont inéluctables. Elles seront précédées par "la fin de la démocratie", des "migrations gigantesques" et des "guerres sanglantes". Hulot n’a aucune culture scientifique sérieuse. Cela ne l’empêche pas de transformer les prudentes estimations des experts en certitudes apocalyptiques. C’est ce que devient la science quand elle est récupérée par l’idéologie.
 
Emmanuel Macron avait cru habile de nommer ce prophète de la fin du monde au ministère de la "transition écologique". Le visionnaire de l’écologie salvatrice s’est brusquement trouvé au contact des réalités de notre société. Le choc a été rude.  Surpris et déçu par les résistances qu’il a rencontrées, Hulot a interprété ses échecs selon sa manière de considérer notre époque. "Les lobbys", proclame-t-il, lui ont barré la voie ; "l’urgence écologique" exigeait une "union sacrée" mais le gouvernement n’a pas osé la révolution qui s’imposait ; il a choisi une méthode stérile de "petits pas". Constatant qu’il dirigeait un "ministère de l’impossible", Hulot a démissionné avec fracas. Le gouvernement des hommes s’accommode mal des illuminations du prophète. 
 
Nos dirigeants politiques se sont retrouvés obligés de fixer un cap sans pouvoir se réclamer d’une nécessité prouvée par la science ni se cacher derrière le voile d’une idéologie. Ils ont dû se résigner à faire tout simplement leur métier : gérer les réalités. Le Président de la République en personne s’y est essayé mardi dernier.
Vue sans passion, sa tâche était assez facile. La France participe, selon certains calculs, pour moins de 1% à la production mondiale de gaz à effet de serre. Elle est loin derrière les grands pollueurs que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Elle est loin aussi derrière l’Allemagne. Notre politique de production d’électricité par l’énergie nucléaire –par définition indemne de toute émission de dioxyde de carbone- est citée avec éloge par le GIEC. Et puis la forêt, loin de reculer sur notre territoire, ne cesse de progresser. Nous n’avons pas à nous précipiter vers des décisions urgentes, ni en matière d’énergie éolienne, ni en ce qui concerne la voiture électrique ni en aucune matière délicate. Les nouveaux modes de "dé carbonisation" de l’air sont loin d’être au point techniquement et financièrement. Ils nécessitent encore de grands efforts de recherche. L’Etat doit encourager ces efforts mais n’a pas besoin de brusquer leur aboutissement.
 
Ce n’est pas cette voie de sagesse et de prudence que vient de prendre Emmanuel Macron. Tiraillé entre les sollicitations contradictoires des écologistes, des industriels, de la Commission européenne et d’autres encore, il a été incapable de se hisser jusqu’à l’essentiel et fixer une ligne claire et cohérente.  Nous sommes, plus qu’avant, encombrés de programmes inutiles, irréalistes, contradictoires et, au total, excessivement coûteux. Je ne les détaillerai pas ici. Mais, comme chacun le sait, ils ont conduit le gouvernement à nous imposer une "taxe carbone" fort peu nécessaire. La révolte des "gilets jaunes" en est sortie. Par un retournement inattendu mais compréhensible, la "transition écologique" par laquelle nos dirigeants pensaient se rendre populaires, est devenue synonyme de contraintes insupportables et de taxes injustes.
Le réchauffement climatique pose un curieux problème à notre bien commun. La science refuse de nous fournir une vérité solide qui servirait de base à un projet national. Les guides auxquels l’opinion est prête à faire confiance, se révèlent n’être que des songe-creux. Nos responsables politiques s’agitent entre dépenses incohérentes et impôts aveugles. Il est triste d’observer la dilapidation de nos forces.  Mais peut-il en aller autrement quand les élites flottent dans l’incertitude de la pensée et de l’action ?
Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018

La chancelière nous quitte

Publié dans Avec l'Europe
La chancelière nous quitte
 
La chancelière allemande a annoncé qu’elle mettrait fin à sa carrière politique dans trois ans. Sa décision a semé la consternation chez ses nombreux admirateurs à Berlin mais aussi à Bruxelles, Paris et même Washington. Pour eux, elle est une figure majeure de notre époque et une dirigeante indispensable. Elle défend avec une énergie inlassable, les valeurs les plus hautes du libéralisme avancé : les droits de l’homme, la libre circulation des biens et des capitaux, l’accueil généreux des migrants chassés de leurs pays, la soumission des intérêts nationaux à des règles universelles, impartiales et équilibrées. Sans elle, les grandes institutions qui soutiennent l’ordre libéral, comme l’Union européenne, l’Otan ou l’Organisation mondiale du commerce, seront-elles capables de résister aux assauts furieux des Trump, Poutine et autres Orban ?
 
Je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer madame Merkel. Ses idées me sont connues seulement par l’orientation de ses décisions publiques. Vues à travers ce prisme, elles sont assez claires pour m’avoir fait comprendre depuis longtemps que la chancelière n’est pas celle que ses zélateurs nous décrivent. Je vais essayer ci-après de peindre un portrait d’elle plus proche de la réalité.
 
Angela Merkel est essentiellement une fille de la culture prussienne. Sur le plan de la pensée et de l’action politiques, cette culture produit des personnalités qui associent sans effort apparent deux traits que nous Français pensons incompatibles : rigueur morale et cynisme pratique. Bismarck en a été le modèle le plus remarquable. Merkel est issue du même terreau. Comme son illustre prédécesseur, elle utilise tout naturellement une méthode qui mêle l’affirmation intransigeante de principes élevés et le calcul le plus égoïste. Nos dirigeants, formés à l’école de la politesse allusive et du compromis équilibré, en sont facilement désarçonnés. Napoléon III a été désorienté par les manœuvres de Bismarck. Sarkozy puis Hollande n’ont pas su comment s’opposer aux exigences de Merkel. Ils ont invariablement plié devant elle et ont souvent sacrifié l’intérêt français, au bien supposé de l’Europe et au bénéfice certain de l’Allemagne.
 
Mais ce serait faire trop d’honneur à la chancelière fédérale que de la hisser à la hauteur du Chancelier de fer. Il était un grand homme d’Etat, qui voyait loin, devinait le sens caché de l’histoire et savait anticiper les évènements. Elle n’est qu’une bonne ménagère qui s’active à tenir sa maison en ordre. Ses pensées et ses projets ne vont pas au delà des soins immédiats. Il a bâti une nouvelle Allemagne et imaginé une autre Europe. Elle se contente de gérer au jour le jour l’héritage de ceux qui ont reconstruit son pays et dessiné l’ordre actuel de notre continent. Avec elle l’action du gouvernement fédéral est tissée d’actions prudentes, de combinaisons timides et de choix à portée limitée.
 
Sa politique sans éclat serait une bonne chose pour l’Allemagne et pour l’Europe si le monde était immobile. La paix et la prospérité de nos peuples dépendent trop de la tranquillité germanique pour ne pas souhaiter qu’elle dure, fut-ce au prix d’une médiocrité assumée. Mais l’histoire a marché. L’ordre libéral dans lequel Merkel était si à l’aise, les premières années de son mandat, menace ruine. Des secousses violentes et inattendues – crise de l’euro, pression migratoire, arrachement du Royaume-Uni à l’Union européenne - ne cessent de l’ébranler. "Mutti" est dépassée par ces évènements imprévus. Elle y répond en s’accrochant obstinément à ses habitudes de bonne ménagère, comme si l’effondrement d’une maison pouvait être conjuré par des efforts accrus de propreté. La réalité glisse hors de ses doigts. La rigueur morale de l’esprit prussien n’est plus chez elle que raideur moralisatrice et son cynisme pratique se dissipe en calculs inopérants. Elle le sent vaguement. Alors il lui arrive de décider ce qu’elle pense être un pari audacieux, susceptible de redresser son autorité. Par exemple son gouvernement renonce à l’énergie nucléaire ou ouvre les bras aux migrants. Mais ce ne sont que des coups de tête brouillons. Ce que la presse d’outre Rhin appelle flatteusement son pragmatisme, est une suite de décisions sans cohérence ni portée.  
 
Le peuple se détourne de cette dirigeante qui ne sait plus où elle va. Son parti accumule les défaites électorales et, pire encore, il a été si déboussolé par les choix contradictoires de sa chef qu’il ne sait plus quelles valeurs il représente. Le SPD, épuisé par d’interminables et douteuses combinaisons avec la chancelière, s’aperçoit avec effroi qu’il a perdu son âme et que ses électeurs l’abandonnent en masse. C’est l’extrême droite qui tire profit du mode de gouvernement d’Angela Merkel. Triste aboutissement pour une femme politique qui nous est présentée comme le champion des valeurs libérales et centristes.
 
La chancelière met l’Union européenne dans une situation encore plus périlleuse. Elle divise la communauté de peuples dont elle se veut le meilleur garant. Sa façon à la fois moralisatrice et égoïste de gérer la crise de la monnaie unique, a suscité de tenaces rancœurs. Elles explosent aujourd’hui en Grèce et en Italie. En exigeant que le million de migrants invités par elle en Allemagne soient répartis dans tous les pays membres au nom d’une solidarité unilatérale, elle a lourdement pesé dans le départ de l’Angleterre et provoqué une vive tension avec la Pologne et la Hongrie. Les sanctions qu’elle a fait imposer à la Russie, en se couvrant du droit international, exaspèrent les pays baltes, la Finlande et l’Italie, qui voient bien que l’embargo pratiqué lèse leurs intérêts tout en contournant soigneusement ceux de leur partenaire allemand. 
 
Le concert de lamentations qui a accompagné l’annonce de son départ cache un soulagement et une impatience largement partagés. En Allemagne, des manifestants se retrouvent autour d’un slogan éloquent : "Merkel muss weg !". Qu’elle s’en aille tout de suite sans attendre encore trois années interminables ! Ces manifestants ont raison. La chancelière n’a plus rien à apporter à son peuple ni à l’Europe. En démissionnant au début de 2019, elle leur rendrait un ultime service.

Envoyé par l'auteur, 8 novembre 2018

Bientôt la PMA pour toutes ?

Publié dans Du côté des élites
Bientôt la PMA pour toutes ?
 
Le 15 juin dernier, le comité consultatif national d’éthique (CCNE) a donné un "avis " qui a fait beaucoup de bruit : il a recommandé aux pouvoirs publics d’octroyer aux femmes, un droit inconditionnel à la procréation médicale assistée (PMA).
Jusqu’à présent, la PMA est réservée à celles qui vivent en couple stable avec un homme et sont affligées d’une infécondité dûment constatée par un médecin. Le CCNE suggère d’étendre la sollicitude de la loi aux célibataires et à celles qui partagent leurs existences avec une autre femme, même si elles sont fécondes par nature.
En lui-même, l’avis du CCNE n’a aucune importance. Il ne représente qu’une somme d’opinions individuelles, qui ne sont pas toutes qualifiées sur le plan moral. Si les médias lui ont accordé tant d’attention, c’est parce qu’Emmanuel Macron avait promis, pendant sa campagne présidentielle, d’appliquer ce que le comité recommanderait. Voici l’avis rendu. La défausse que le candidat pensait habile est devenue une obligation délicate pour le Président.
A première vue, en effet, l’élargissement proposé paraît d’importance secondaire. Il intéresse des catégories très minoritaires, lesbiennes ou femmes seules désirant avoir un enfant. Mais il soulève de graves questions que les "sages" du comité contournent prudemment. Macron serait avisé de les peser avec soin. Examinons-les.
               
Le CCNE explique son avis favorable par un seul argument : il est vrai, écrit-il, que les femmes appartenant aux deux groupes visés ne sont a priori victimes d’aucune infirmité physique qui justifierait une intervention médicale. Mais elles sont atteintes "d’infécondité de choix ". Leur orientation sexuelle dans un cas, leur volonté d’autonomie individuelle dans l’autre, les privent de leur "droit à l’enfant ". Le gouvernement est invité à "pallier à leur souffrance" en leur donnant accès à un moyen artificiel de devenir enceintes.
Voici donc le pouvoir politique appelé à montrer sa compassion pour des frustrations qui ont un caractère purement subjectif. C’est une mission inhabituelle pour lui. Il a toujours mis son honneur à ne pas sortir du rationnel et de l’objectif. Je ne connais que deux exceptions. Les "souffrances" qui sont invoquées aujourd’hui prennent la suite des "extrêmes détresses" qui avaient ouvert le droit à l’avortement et des "humiliations insupportables" éprouvées par les homosexuels dont les unions ne pouvaient devenir des mariages. Une fois de plus, l’autorité politique est sommée, non pas de servir l’intérêt général et ses nécessités objectives, mais de contenter des désirs particuliers qui se sentent contrariés. L’expérience montre que donner satisfaction à des exigences de cette nature entraîne le législateur, à ses risques et périls, vers des terrains mouvants et obscurs.    
                 
Ne nous arrêtons pas aux élans sentimentaux dans lesquels le CCNE veut nous enfermer. Examinons "la PMA pour toutes" à la lumière du bien commun. Elle pose trois problèmes principaux.
                 
Le premier est de caractère pratique. La PMA n’est pas une opération simple. Elle coûte cher. Qui va la payer ? La secrétaire d’Etat aux droits des femmes a fait savoir qu’elle proposerait une prise en charge générale par des fonds publics, au nom de l’égalité des patientes. Il n’est pas évident, du point de vue de l’intérêt général, que le budget de l’assurance maladie ou celui de l’Etat, aujourd’hui déficitaires, n’aient pas d’obligations plus pressantes que de satisfaire des "désirs d’enfant" artificiels. Et puis, les statistiques montrent que les donneurs de sperme ne seront pas assez nombreux pour répondre à l’accroissement prévisible de la demande. Certains groupes de pression ont une solution toute simple : que l’Etat (encore lui) prenne à sa charge des campagnes publicitaires d’incitation au don de sperme, comme il le fait pour le sang. Cette mesure ayant peu de chances de convaincre un nombre suffisant d’hommes, l’Etat (toujours lui) est invité à étudier un système de rétribution anonyme. Le CCNE, si bienveillant qu’il soit à la cause des lesbiennes, se sent obligé de mettre le gouvernement en garde contre le risque de "marchandisation des produits du corps humain".  Comme on le voit, les dépenses publiques qu’entraînerait "le droit à la PMA pour toutes" sont susceptibles d’un emballement difficilement maîtrisable et feraient surgir, en prime, de délicats problèmes d’éthique. L’Etat serait pris dans un engrenage dont on ne voit pas l’aboutissement.
                 
Le second problème concerne la relation entre le savoir et la morale. Depuis la plus haute antiquité jusqu’à aujourd’hui, la médecine a eu pour but exclusif de restaurer autant que possible l’intégrité du corps humain, en prévenant, en guérissant ou en soulageant  les maladies et infirmités qui l’amoindrissent. Le praticien est tenu de suivre une règle morale stricte : il s’interdit de mettre ses connaissances au service d’une autre cause que celle-là. Notre époque a apporté une exception à sa mission. Depuis 1974, le code de la santé publique admet que le médecin se fasse l’exécuteur d’avortements voulus par des femmes enceintes sans autre justification que leur désir d’interrompre leur grossesse. Dans ce cas, le praticien renonce à se laisser guider par l’impératif moral de sa profession ; il applique passivement la volonté de sa cliente. "La PMA pour toutes" ouvrirait une autre brèche dans l’éthique médicale. Aider une lesbienne à avoir artificiellement un enfant, ce n’est pas soigner une maladie, mais contenter un désir. Le professionnel de la santé qui s’y prêterait, descendrait pour la seconde fois du rang de libre serviteur d’une morale universelle à celui d’esclave d’exigences individuelles. Le CCNE le pressent quand il s’inquiète timidement d’une dérive qui pousserait les praticiens à "répondre à une demande sociétale" au lieu de soigner des malades. L’accroissement des capacités techniques de la médecine s’accompagnerait de l’irresponsabilité morale du médecin. Une distorsion aussi flagrante menace notre société de débordements terrifiants.
                   
Le troisième problème touche l’enfant qui serait né d’une "PMA pour toutes". Le CCNE a l’honnêteté de reconnaître que "l’absence de partenaire masculin " n’est pas sans conséquences. Elle prive l’enfant d’un père non seulement dans sa vie, mais encore dans la connaissance de ses origines. Elle heurte un droit humain élémentaire. Certains idéologues croient pouvoir nous rassurer, exemples à l’appui : pour ce qui est des lesbiennes, la présence d’une seconde femme compense, disent-ils, l’inexistence d’homme ; les enfants élevés par ce genre de "couples" ne se distinguent pas des autres. Ne nous laissons pas égarer par leurs démonstrations intéressées. Elles n’ont aucune valeur probante. Le CCNE lui-même avoue qu’en ce domaine, il y a "absence de recherche fiable ". Les rares études menées avec une véritable rigueur scientifique rejoignent ce que le bon sens fait pressentir : les adolescents sans père, sont plus exposés que les autres aux troubles de la personnalité, à la drogue, à l’échec scolaire, au suicide. La présence d’une seconde mère, loin de les protéger, les perturbe davantage. En attendant d’y voir définitivement clair, il serait sage que notre classe politique applique le "principe de précaution", inscrit dans notre Constitution depuis quinze ans. Il n’a été invoqué que pour protéger les produits de l’agriculture. Nos enfants valent au moins autant que les plantes.
                    
Au total, "la PMA pour toutes" n’apporte rien de substantiel au bien commun des Français. Elle le met au contraire en danger sur le triple plan politique, moral et social. Quel homme d’Etat digne de ce nom pourrait dès lors prendre la responsabilité d’en faire une loi ?             

Envoyé par l'auteur, 12 septembre 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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