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PINTON Michel

PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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François Fillon...

Publié dans En France
François Fillon l’homme qu’il nous faut ?
 
Les commentaires qui ont salué la victoire de François Fillon aux "primaires de la droite", reflètent l’espoir qu’une part importante de l’opinion publique met en lui. Sa personnalité attire la sympathie ; son programme suscite l’adhésion. Ceux qui ont voté pour lui le pensent capable de rétablir la situation dégradée de notre pays.
J’aimerais partager l’engouement de tant de mes concitoyens. L’examen des réalités m’oblige à plus de circonspection.
 
Parlons d’abord de la France. Laissons de côté les indicateurs économiques et sociaux. Chacun sait qu’ils ne sont pas bons mais ils ne montrent pas ce qui est le plus inquiétant. Allons droit à notre situation politique. Elle se caractérise par des fractures qui s’agrandissent et des tensions qui s’accroissent entre catégories de citoyens devenus étrangers les uns aux autres. Certaines des cassures sont anciennes : elles trouvent leur origine à l’époque pendant laquelle Giscard était notre Président. C’est le cas, par exemple, de la séparation qui s’est faite entre les cités habitées par les familles d’immigrés maghrébins et africains et les quartiers où vit la population de souche française ; d’autres remontent à Mitterrand : ainsi le gouffre qui s’est creusé entre les gagnants de la mondialisation –les favorisés des grandes métropoles- et les perdants –les classes moyennes des villes de province-. D’autres encore sont apparues plus tard. Le référendum organisé par Chirac, en 2005, a révélé le divorce provoqué par la construction européenne entre la "France d’en haut" et celle "d’en bas". Les lois sociales voulues par la gauche et notamment celle des "35 heures" ont exacerbé l’opposition entre les salariés protégés du secteur public et ceux qui reçoivent de plein fouet les coups de la concurrence universelle.
          
Le malheur de la France tient à ce qu’aucun de ses responsables politiques n’a sérieusement tenté, depuis quarante ans, de réduire les fissures quand elles sont apparues. Elles ont prospéré insidieusement, sont devenues lézardes puis coupures. François Hollande en a hérité. Loin de les réduire, il les a volontairement agrandies et en a même ouvert d’autres. Sa manière de faire, toute en cautèle et équivoque, a dressé les syndicats contre les entreprises, les conservateurs contre les féministes et les catholiques contre les homosexuels. Il va laisser la France plus profondément et plus gravement divisée qu’elle ne l’était quand il a pris le pouvoir. L’une des fractures qu’il a cru habile de cultiver est devenue particulièrement inquiétante : l’immigration désordonnée suscite une violence multiforme devant laquelle les pouvoirs publics sont désemparés.
                
Les candidats au poste suprême doivent être jugés d’abord en fonction de leurs capacités à recoudre les déchirures de notre tissu social. Les quatre millions de citoyens qui ont participé à la primaire de la droite l’ont senti d’instinct. Ils ont écarté Sarkozy et Juppé. Le premier a trop exhibé ce que les journalistes appellent son caractère clivant. Il n’est pas l’homme de la situation. Le second en est resté à des recettes du passé, qu’on sait inopérantes. Le choix des électeurs s’est porté sur Fillon. Il a su donner l’impression d’un homme d’Etat clairvoyant, calme et ferme. Ce sont les qualités dont nous avons besoin aujourd’hui au palais de l’Elysée.
La question est de savoir si Fillon est celui que la campagne a fait paraitre. A lire le détail de son programme, à écouter attentivement ses discours, à fouiller son passé de député et de ministre, la réponse n’est pas claire. On y découvre des ambigüités, des revirements, voire des retournements qui laissent perplexe. Et puis, comme si les redoutables défis qui l’attendent ne suffisaient pas à sa tâche, le candidat de la droite s’en est ajouté d’autres. Il s’est engagé à organiser cinq référendums successifs, dont deux dès septembre prochain. Je n’arrive pas à démêler les raisons de ces étranges consultations populaires : je crains qu’elles soient comprises comme le renfort qu’appellera un Président peu sûr de lui ou bien l’alibi dont il aura besoin pour justifier ses abandons.
                   
Il y a très peu de chances que notre peuple confie son destin, en mai prochain, à un candidat issu de la gauche. Elle a fait beaucoup de mal à la cohésion nationale. Tant qu’elle ne changera pas son projet politique, elle ne retrouvera pas la confiance de la majorité des électeurs ni même celle d’une minorité à ménager à tout prix. Le danger qui menace François Fillon vient de sa droite. Pour s’en préserver, l’ancien premier ministre doit convaincre les Français qu’il est réellement le chef que les circonstances appellent. S’il n’y parvient pas, la victoire ira à Marine Le Pen.

D’H. Clinton à F. Hollande

Publié dans Du côté des élites
D’Hillary Clinton à François Hollande
 
Ma dernière chronique a essayé de dégager les traits saillants de l’électorat qui a porté Trump à la Maison Blanche. Je propose aujourd’hui de revenir au scrutin du 8 novembre mais en tournant l’attention de mon lecteur vers l’électorat de la vaincue, Hillary Clinton. Sa défaite est pleine d’enseignements pour la vie politique française.
La candidate de gauche espérait gagner la bataille présidentielle en appliquant la méthode qui avait conduit Obama à la victoire en 2008 puis en 2012. Elle a tenté de rassembler, comme lui, tous les Américains qui se sentaient maltraités, marginalisés ou exclus dans leur identité propre : les Noirs, les Hispaniques, les femmes, les homosexuels, les très pauvres et d’autres catégories encore. Leur coalition, animée par les élites "progressistes" des grandes villes, allait former, selon les calculs de ses conseillers, une majorité électorale. Qui plus est, cette majorité, constamment grossie par l’adhésion grandissante des femmes, l’accroissement des immigrés "latinos" et le remplacement naturel des vieux par les jeunes, donnerait une suprématie durable au parti démocrate.
          
En quoi le projet de la gauche américaine nous intéresse-t-il ? En ce qu’il a été repris par la gauche française. En 2011, les intellectuels socialistes de "Terra nova" ont suggéré à François Hollande de l’appliquer à l’élection présidentielle qui approchait. Ils estimaient dépassée la stratégie d’une campagne "classe contre classe" à la manière de Mitterrand ou Jospin. Selon eux, le bloc ouvrier, socle de l’électorat de gauche, était irrémédiablement fissuré et affaibli. Le parti socialiste devait se transformer en porte-parole des identités refoulées : les femmes, les homosexuels, les immigrés et leurs descendants, les jeunes des banlieues notamment.
Les événements ont paru leur donner raison, comme aux Etats-Unis. Hollande a été élu en suivant leurs conseils. Mais ensuite, des deux côtés de l’Atlantique, l’opinion publique a évolué autrement que prévu. Le plus souvent, les analystes de gauche font retomber sur leur candidat la responsabilité des déconvenues. Ils mettent en avant la fadeur, les erreurs de jugement et les défauts de caractère d’Hillary Clinton dans un cas, de François Hollande dans l’autre. Il y a une part de vérité dans cette explication. Mais elle empêche de voir des failles beaucoup plus profondes. Je ne puis les explorer dans cet article. Je me limiterai à décrire leurs manifestations les plus voyantes.
      
Je prie mon lecteur de considérer quelques chiffres simples. De 2008 à 2016, le corps électoral américain s’est accru d’environ 10 % (de 213 millions d’électeurs à 231 millions). Selon la théorie politique que je viens d’exposer, les suffrages recueillis par la gauche auraient dû augmenter dans la même proportion et même davantage, puisque le nombre d’hispaniques, entre autres, a monté plus vite encore. Or le contraire s’est produit. Son candidat a obtenu 69 millions de voix en 2008 (Obama) mais seulement 65 en 2012 (Obama à nouveau) et 60 en 2016 (Clinton), soit une réduction lente et régulière (15% pour toute la période). Les deux mouvements sont allés en sens opposé et leur divergence précède la campagne d’Hillary Clinton.
Les politiques identitaires n’assurent visiblement pas la fidélité des électeurs concernés. Les Noirs américains ont voté massivement pour le parti démocrate en 2008. Ils s’en sont lentement détachés, au point de rejoindre en majorité la masse imposante des abstentionnistes en 2016. Un bon tiers des Hispaniques a déserté le camp démocrate et a rallié Trump. En France, les immigrés musulmans ont abandonné le parti socialiste aux dernières élections municipales et régionales. Quant aux femmes, elles votent désormais majoritairement à droite.
Il y a pire. La politique qui consiste à flatter les identités dites brimées a eu un contrecoup inattendu : elle a éveillé un puissant sentiment identitaire dans la majorité oubliée, c'est-à-dire chez ceux que la gauche appelle dédaigneusement, des deux côtés de l’Atlantique, les "petits Blancs". Toutes les études sociopolitiques montrent le désarroi et la révolte des électeurs de la "périphérie" ou de la "rust belt". Ceux-là ont rejoint en masse le pire adversaire de la gauche, le Front national en France, Trump aux Etats-Unis. Jamais un pareil aboutissement n’a été imaginé dans les plans de "Terra nova" ni par les conseillers d’Obama.
       
Pour compléter mon examen rapide des conséquences de la stratégie suivie par la gauche, il me reste à souligner encore un trait commun aux deux nations. Il y a quinze ans encore, les extrêmes étaient faibles en effectifs et influence ; les électeurs avaient tendance à se rassembler au centre. Sa conquête était l’enjeu principal des batailles entre la gauche et la droite. Mitterrand l’a emporté quand le centre français a basculé vers lui, après l’avoir longtemps rejeté. Bill Clinton a gagné le jour où il s’est tourné vers "l’homme oublié" du centre américain. Cette époque est finie. Aujourd’hui les extrêmes gagnent en puissance au point qu’il est devenu impossible de les ignorer. Trump et Marine Le Pen en ont donné la preuve pour l’extrême-droite, Sanders et Mélenchon pour l’extrême-gauche. Le centre ne fournit plus que de maigres bataillons à ceux qui s’appuient sur lui. Il est comme asséché. Hillary Clinton vient de l’apprendre à ses dépens aux Etats-Unis tout comme Juppé en France. On souhaite bien du plaisir à ceux qui, tels Bayrou ou Macron, pensent en faire le tremplin de leurs candidatures. Ils ne semblent pas avoir compris que la politique identitaire a détruit le centre.
        
C’est une mauvaise nouvelle pour nos démocraties. Le centre a été une force stabilisatrice de la vie politique. Il a, par son poids électoral, freiné et arrêté les impulsions excessivement partisanes de la droite et de la gauche. Son affaiblissement fait que les deux moitiés du corps électoral ne dialoguent plus, ne se comprennent plus et s’éloignent l’une de l’autre. Les alternances au pouvoir provoquent des secousses de plus en plus brutales dans l’administration et la société. Ceux qui ont voulu que la politique devienne identitaire, ne l’avait pas prévu mais ils en sont responsables.     

Un autre regard sur Trump

Publié dans Du côté des élites
Un autre regard sur Trump
 
L’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis suscite une vive inquiétude. Que peut-on attendre d’un homme qui s’est fait élire en divisant profondément ses compatriotes par ses propos sexistes, racistes, xénophobes et nationalistes ? Il a brisé l’unité de son pays et le fait entrer dans une ère d’instabilité et d’incertitude dangereuses pour l’équilibre du monde.
Je prends le risque d’apporter une autre opinion, non pas que je porte à Trump une confiance particulière mais parce que la situation actuelle de l’Amérique me semble différente de celle que nos observateurs décrivent.
 
Le point de départ que je propose, est une constatation objective : la nation américaine était déjà profondément divisée avant l’irruption de Trump sur la scène politique. Depuis des années, il était visible que les riches s’écartaient des pauvres, les Noirs des Blancs, les femmes des hommes, les chrétiens des athées etc.. La plupart de leurs divergences ont commencé d’apparaître il y a quinze ans. Elles se sont cristallisées dans une polarisation de plus en plus forte entre le bloc de la droite et celui de la gauche. Ces deux familles politiques ont cessé de se comprendre et de s’estimer. Je n’entrerai pas ici dans le détail des désaccords pratiques que les évènements ont fait surgir année après année. Ni Georges Bush ni Barack Obama, qui ont présidé aux destinées des Etats-Unis depuis l’an 2000 n’ont su réduire la fracture droite-gauche. L’un et l’autre ont vite déçu les espoirs qui les avaient portés au pouvoir. Tous deux ont laissé une Amérique plus déchirée qu’ils ne l’avaient trouvée au début de leurs mandats respectifs.
        
Trump n’est donc pas la cause des divisions qui traversent la société américaine. L’accusation est mal fondée. Mais ne peut-on pas lui reprocher d’avoir élargi les plaies et exacerbé les oppositions ? Nous avons un moyen objectif de le savoir. Les études statistiques dont les sociologues américains sont si friands, nous renseignent avec des chiffres précis. A-t-il, par exemple, attisé la guerre des sexes par ses déclarations machistes ? Nullement. La répartition des votes féminins entre droite et gauche est, en 2016, exactement la même qu’aux élections de 2012. Trump n’a pas fait moins bien que Romney, supposé plus ouvert aux préoccupations des femmes. Il y a plus surprenant encore : Hillary Clinton, qui s’était présentée comme un symbole des revendications féministes, a recueilli moins de votes féminins qu’Obama quatre ans plus tôt. La fracture de l’opinion demeure mais la campagne de Trump ne l’a pas agrandie.
               
Il est non moins inexact de l’accuser d’avoir accru les déchirures entre populations de races différentes. Il a reçu la même proportion de votes blancs et de votes noirs que Reagan. La division électorale entre les premiers et les seconds n’a pas empiré depuis un tiers de siècle. De même, il est faux de voir en Trump un "populiste" impénitent. Les classes cultivées ne le rejettent pas. Les Américains qui ont un diplôme universitaire lui ont donné leurs voix en majorité, du moins chez les Blancs. Enfin, si les juifs et les athées ont voté, comme à leur habitude, pour la candidate démocrate, les fidèles catholiques et protestants de race blanche se sont portés sans états d’âme sur le républicain. Trump a profité de divisions bien connues ; il ne les a ni créées ni élargies.
Quel a été alors son apport à l’élection présidentielle de 2016 ? On le trouve en un point et un seul : il a attiré à lui les votes de l’Amérique oubliée, celle du petit peuple des ouvriers et employés, marginalisés par la "mondialisation heureuse", concurrencés par la venue désordonnée d’immigrants peu regardants sur leurs conditions de travail, bousculés dans leurs vies familiales par la libéralisation des mœurs.
 
Chez nous, cette population "périphérique", négligée par les deux grands partis "de gouvernement" a rejoint le Front national. Aux Etats-Unis, le système politique étouffe toute tentative de troisième force.
L’astuce de Trump est d’avoir su parler à ces électeurs en déshérence. Aucun des candidats républicains qui l’ont précédé, même Reagan, n’a été capable d’obtenir un soutien aussi massif dans la catégorie des "non diplômés". Trump est une sorte de Le Pen qui aurait concouru à la primaire de la droite et du centre, l’aurait emporté sur Juppé, Sarkozy et les autres grâce au poids de l’extrême-droite et qui, réussissant à fédérer toutes les "sensibilités" derrière lui, aurait écrasé la gauche à l’élection présidentielle. 
             
Pour autant, il ne faut surestimer sa victoire. Elle est fragile. La coalition qui l’a porté au pouvoir est soumise à des pressions contradictoires qui pourraient conduire à son éclatement. Et puis, la gauche américaine est puissante. Elle a été vaincue de peu. Il suffirait d’un accident politique ou social pour retourner le rapport de forces. L’avenir du "trumpisme" est entouré d’incertitudes.  
Ne connaissant pas l’homme ni la sincérité de ses promesses, je me garderai de tout pronostic. Je me hasarde simplement à avancer qu’il ne me semble rien avoir d’un doctrinaire entêté dans ses vues. Il me paraît pragmatique, voire opportuniste. Ce ne sont pas des défauts dans la responsabilité qui va être la sienne. Ronald Reagan, son populaire prédécesseur, a montré qu’une certaine outrance verbale s’accommodait sans dommages de souplesse dans l’action. Le réalisme l’a rendu très prudent dans ses décisions. Peut-être Trump suivra-t-il la même voie.

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