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RIGNAC Paul

RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

URL du site internet:

De l’enseignement musical

Publié dans Du côté des élites
Les méthodes globales appliquées à l’enseignement musical ?
 
C’est une réforme rampante et insidieuse qui se met en place par étapes depuis plusieurs années dans l’enseignement musical. Il est à craindre qu’un nouveau cap soit franchi avec la publication récente du rapport du violoniste Didier Lockwood intitulé "Transmettre aujourd’hui la musique" (rapport destiné au ministère de la Culture). Ce rapport vient ajouter la caution d’ "experts-pédagogues" à des méthodes désastreuses déjà bien implantées dans certains conservatoires et écoles de musique.
 
D’emblée, il est intéressant de remarquer que le comité d’experts dont les témoignages ont été sollicités pour l’élaboration de ce rapport est presque exclusivement constitué de technocrates de l’enseignement musical. Dans la liste présentée en tête d’ouvrage, on cherche en vain la mention d’une carrière artistique. En tout, 24 présidents, directeurs, secrétaires-généraux, formateurs, responsables, pédagogues etc. sont répertoriés, mais on ne trouve pas l’indication d’une seule compétence instrumentale ou vocale dans leurs titres et fonctions. On ignore donc s’il existe parmi eux un seul véritable musicien. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas. Je constate avec effarement que "musicien", de quelque discipline que ce soit, n’est pas une qualité digne d’apparaître en face du nom des "experts" consultés. Pour "transmettre la musique", c’est un peu dommage…
 
C’est un des aspects les plus caractéristiques de la gouvernance actuelle (qu’elle soit de droite ou de gauche) en matière d’enseignement artistique : le titre administratif par obtention du DE (Diplôme d’Etat) ou du CA (Certificat d’Aptitude) est l’unique valeur sûre, l’unique critère de qualité, l’indispensable outil de recrutement. Hors de ces références technocratiques, point de salut. La carrière artistique et l’expérience personnelle n’ont plus guère de valeur (même si virtuellement il est possible d’obtenir le CA sur notoriété). On en arrive, dans certains secteurs de l’enseignement artistique, à des aberrations telles que des titularisations de gens qui n’ont jamais pratiqué la discipline qu’ils enseignent. Mais ils ont obtenu le DE ou le CA en apprenant dans les livres.
 
La déconnection d’avec le réel commence là. Ensuite, on décrète entre éducateurs technocrates, avec l’appui de quelques rares musiciens fourvoyés dans un pédagogisme fumeux, que l’apprentissage d’une technique instrumentale et celui du solfège sont traumatisants pour les enfants, voire nuisibles au développement de leur sensibilité artistique. On va même plus loin : l’improvisation instrumentale, sans aucune notion de solfège, serait un facteur d’harmonie sociale… pourquoi pas ?... mais ces thèses idéologiques sont énoncées en des termes que je laisse au lecteur le soin d’apprécier : "Il ne peut être de véritable démocratisation de l’éducation musicale sans une ouverture à l’ensemble des esthétiques, alliée à une déconstruction des représentations qui leur sont associées dans l’imaginaire collectif, afin d’abolir les clivages symboliques susceptibles d’opposer les différentes formes d’expression musicale et leurs publics." Où est la transmission de la musique dans ce verbiage ?...
 
Autre citation : "L’ajustement des différentes fréquences instrumentales ne saurait être dissocié d’une mise en résonance des corps et des cœurs, qui composent dans toute sa vitalité l’accord orchestral, miroir d’une concorde sociale ainsi établie, dont il convient de faire émerger la conscience chez les élèves, en leur apprenant à éliminer avec une promptitude croissante, tout d’abord par pupitre, puis conjointement, les battements fréquentiels caractéristiques des discordances instrumentales."  Voilà des indications utiles et concrètes pour former une classe d’orchestre… un chef d’orchestre qui tiendrait devant ses musiciens des propos aussi abscons n’achèverait ni sa phrase ni sa répétition.
 
La transmission de la musique cède donc le pas à des objectifs idéologiques d’ordre politique et sociologique tels que la démocratisation de l’enseignement musical, la musique comme vecteur du "vivre ensemble", la déconstruction des représentations de l’imaginaire collectif, etc.
 
Après ces tristes exemples de logorrhée technocratique, revenons à l’une des mesures phares du rapport Lockwood : jusqu’à l’âge de 11 ou 12 ans, il est recommandé de s’abstenir de toute notion de lecture ou d’écriture musicale. L’enseignement artistique se ferait donc exclusivement par une approche globale, sans que l’élève ait à connaître l’alphabet musical avant l’adolescence. C’est une imposture. Dans une telle perspective, "transmettre aujourd’hui la musique" revient très exactement à ne rien transmettre du tout. Le désastre des méthodes globales de lecture ne suffit-il pas à décourager toute velléité d’extension de ces méthodes à d’autres disciplines comme la musique ? Apparemment non.
 
Traditionnellement, le musicien est considéré comme le maillon d’une chaîne. Qu’il le veuille ou non, il reçoit d’abord un patrimoine accumulé depuis des générations. Il apporte ensuite sa propre personnalité, parfois son génie. Il peut même bousculer ce patrimoine, le révolutionner, mais ce sera toujours avec un instrument de musique et avec une codification que l’on appelle des notes de musique, inscrites sur une portée. Le mieux est encore d’apprendre à lire ces notes le plus tôt possible, de façon à maitriser très vite le langage indispensable à un véritable épanouissement instrumental.
 
Prétendre, comme le fait le rapport Lokwood, que l’on peut jouer d’un instrument et s’y épanouir sans connaître la technique de l’instrument ni les codes de lecture et d’écriture musicale est une tromperie. Cela peut fonctionner, par exemple, dans certains secteurs marginaux de musiques ethniques (parfaitement respectables et souvent captivantes) où la transmission orale et le mimétisme sont de tradition. Mais dans le cadre de patrimoines musicaux aussi complexes que les musiques occidentales dites "classiques", on n’échappe pas au respect de règles contraignantes d’apprentissage technique et solfégique. On sert la musique, on ne s’en sert pas pour son épanouissement personnel avant d’en connaître les bases. On doit travailler, parfois durement, avant de chercher à "s’épanouir".
 
Le réel, en matière de musique, c’est l’expression de tout ce qui est possible et imaginable par l’intermédiaire d’une intonation et d’un rythme. C’est une perspective gigantesque, incommensurable, que l’homme n’aura jamais fini d’explorer. Intonation et rythme sont codifiés sur une portée par la hauteur des notes et par leur durée, dans le cadre de séquences mesurées. Ce n’est pas bien compliqué. Le solfège ainsi défini est un merveilleux outil au service de la liberté d’interprétation. S’il peut apparaître parfois comme une contrainte (horresco referens), il devient très vite libérateur dans la mesure où il ouvre toutes les portes du rêve, de la sensibilité et de la création.
 
Il n’est évidemment pas question de se figer dans un mode d’enseignement définitif et sclérosé. Il convient de rester attentif aux expériences pédagogiques nouvelles dont beaucoup, très intéressantes, sont évoquées dans le rapport Lockwood. L’improvisation n’est pas une mauvaise chose en elle-même, mais on ne peut pas faire que cela, ni surtout l’ériger en palliatif des carences d’un enseignement en perdition. Donner une part à l’improvisation, oui, bien sûr, mais en lien avec une formation musicale solide, et ce dès le plus jeune âge.
 
En outre, priver les enfants du solfège et de la technique instrumentale témoigne d’un mépris incroyable pour leur sens de l’effort comme pour leurs capacités artistiques et intellectuelles. C’est le degré zéro de la confiance entre le maître et l’élève. C’est le nivellement par le plus bas.
 
La révolution pédagogique à laquelle on assiste fait "table rase du passé" comme l’ont fait les révolutions totalitaires du XXe siècle. C’est une révolution culturelle en marche, dont les premières victimes seront nos enfants et notre patrimoine artistique. Elle va de pair avec la déculturation entreprise au niveau de l’école. Il est peut-être temps que les parents d’élèves se révoltent contre cette nouvelle dictature "musicalement correcte", au moins s’ils ne souhaitent pas voir leurs enfants traités comme des crétins et soumis à des pressions idéologiques invraisemblables dans le cadre d’un enseignement musical détourné de sa vocation artistique.

Totalitarisme gastronomique

Publié dans A tout un chacun
Totalitarisme gastronomique

Décidemment, mes petits séjours parisiens me donnent de plus en plus l’impression d’être un candide provincial qui s’étonne de tout ce qu’il découvre dans la capitale. Cette fois-ci, à peine arrivé dans le métro, j’aperçois une grande affiche publicitaire montrant une belle tête de bovin charolais. Ah ! me dis-je in petto, quelle joie de voir ainsi vanter à Paris l’un des fleurons de notre agriculture, l’élevage d’une des plus belles races à viande du monde, fruit du labeur de plusieurs générations d’agriculteurs français.
 
Hélas, en lisant le texte de l’affiche, je découvre qu’il s’agit en réalité d’une opération de propagande végétarienne (ou végétalienne ?...) visant à interdire la consommation de viande. C’est assez mal fait, et la rhétorique est pour le moins vaseuse. Jugez plutôt : la photo du bovin est placée sur le côté droit de l’affiche. Sur le côté gauche, on peut lire le texte suivant : "Vous vous en sortez très bien ! Sans côte de bœuf." Sous ce texte, dans une bulle sortant des lèvres du bovin, la réponse suivante : "Moi pas."
La déduction logique est donc que les consommateurs de viande prélèvent des côtes sur des animaux vivants pour satisfaire une monstruosité gastronomique. Après avoir assouvi leur voracité abjecte, ils laisseraient donc les pauvres bovidés finir leurs jours sans côtes… c’est tellement débile que l’on a peine à imaginer comment un groupe de pression a pu concevoir pareille idiotie et comment la RATP a pu accepter de l’afficher.
Pour parachever l’ouvrage, un texte placé en bas de l’affiche invite les grands malades qui s’adonneraient encore à la consommation de viande à contacter une adresse Internet : "La viande, trouvez la porte de sortie sur  vegan-pratique.fr". Là, quelque gourou les prendra sans doute en charge pour les rééduquer conformément à des normes gastronomiques totalitaires.
 
Ce type de propagande sectaire et dictatoriale est insupportable. Je n’empêche pas les végétariens ou les végétaliens de manger ce qu’ils veulent. En fait, je m’en fiche complètement. Alors, qu’ils laissent les autres manger ce qui leur plait. Comme disait ma grand-mère (qui était une femme de bon sens) : "si vous n’aimez pas ça, n’en dégoutez pas les autres !"
 
Pour mémoire, l’homme est omnivore, et c’est peut-être la raison pour laquelle, à la différence du lapin, il possède des canines qui lui permettent, éventuellement, de manger de la viande. Personne n’est obligé de consommer de la nourriture carnée, mais c’est une liberté que l’on doit préserver. C’est aussi un ensemble de secteurs d’activités qui mérite notre estime et notre considération pour tout ce qu’il a apporté de positif à l’humanité, pour le magnifique patrimoine paysager qu’il entretient, pour le régal qu’il offre à nos papilles, pour la santé et le développement que la viande rouge a apportés à des millions d’êtres humains sur tous les continents…
 
En haut à droite de l’affiche apparaît un logo : "éthique animaux L214". Quand on se réclame de l’éthique, on lui témoigne un minimum de respect. Alors, on évite d’employer des mensonges absurdes sur les pratiques alimentaires des autres. Ne soyons pas naïfs, au delà de ces querelles gastronomiques affligeantes (et montées en épingles par la RATP), c’est plus qu’une coutume alimentaire, c’est un pan entier de notre agriculture (et de notre culture tout court) qui est attaqué sous couvert de "bons sentiments" envers les animaux. Le combat peut paraître secondaire au regard d’une actualité tragique, mais soyons vigilants : ce sont autant de petites agressions qui peuvent pervertir des âmes sensibles et causer, à la longue, de réels dégâts dans une société en train de perdre tous ses repères.

Hommage aux morts d’Indochine

Publié dans Devant l'histoire
Hommage aux morts d’Indochine
 
Le 8 juin est la journée d’hommage aux morts pour la France en Indochine. Récemment, deux soldats français décédés dans les camps de concentration japonais se sont vus reconnaître le titre de "Morts en déportation" grâce à l’intervention d’un avocat à la retraite, maître François Cartigny. C’est un évènement considérable pour toute la communauté des Français d’Indochine, soit environ 40 000 personnes (civils et militaires), qui furent soumises au joug japonais entre le 9 mars et le 15 août 1945. Apparemment, les autorités françaises jouent la montre pour éviter d’admettre l’évidence et de rendre justice, non pas à deux personnes seulement, mais aux 3 000 victimes de détentions de toutes sortes (environ 2 500 militaires et 500 civils), soit à peu près 8% de la population européenne d’Indochine. Chiffre énorme qui devrait faire réagir tout observateur impartial, avant que les derniers survivants de cette époque aient disparu.
 
Cette population européenne semble depuis toujours vouée à l’incompréhension et à l’oubli. Sans doute parce que, sous les vents idéologiques dominants, elle apparaît comme un ensemble de "sales colonialistes". Et puis, comme l’Indochine était restée jusqu’en 1944 sous l’autorité (au moins nominale) du régime de Vichy, elle est en plus considérée comme "collabo". L’épuration qui la frappa en 1945 n’a pas assouvi les rancunes tenaces dont elle est l’objet. La résistance de renseignement qui a pu se développer en Indochine à cette époque est à peine reconnue à sa juste valeur, tout comme l’héroïsme de ceux qui luttèrent contre les agressions japonaises de septembre 1940 et du 9 mars 1945. Rappelons seulement que le taux de pertes de l’armée française face aux Japonais fut alors de 20 %. En fait de collaboration, on a fait pire. Et que dire du martyre des populations civiles dont certaines, comme à Hanoi ou Hué, devront attendre le mois de mars 1946 pour être libérées…
 
Pour comprendre ce qui s’est passé en Indochine, il y a un préalable indispensable : ne pas décalquer la situation de la Métropole sur celle de la colonie. À partir de là, on pourra commencer à apprécier la situation indochinoise en fonction des critères qui lui sont propres et qui font toute sa spécificité. C’est seulement à cette condition que l’on pourra porter un jugement historique équitable sur une période tragique et extrêmement complexe, sur quelques personnages controversés (comme les autorités coloniales de l’époque), mais surtout sur la grande masse des oubliés et des méprisés, les combattants, les résistants, les morts en déportation, les victimes d’assassinats et de tortures indicibles, les familles brisées, les femmes violées, les populations déplacées, les fruits du labeur de plusieurs générations détruits ou pillés.
 
Il serait inexact de dire que rien n’a été fait en leur mémoire. Une chapelle de la cathédrale Saint-Louis des Invalides est aujourd’hui dédiée aux militaires et civils d’Indochine. La persévérance de plusieurs associations d’anciens n’est pas étrangère à cela. Grâce soit également rendue aux autorités qui ont permis cette réalisation. Souhaitons encore que tous les "Morts en déportation" du fait des Japonais, que toutes les victimes de détention concentrationnaire et de tortures soient enfin officiellement reconnus comme tels, il est plus que temps.
 
Cet article est dédié à la mémoire du sous-lieutenant André Breitenstein, héros de l’aviation française et de la résistance en Indochine, décédé à Hanoi le 4 septembre 1945 des suites de sa détention au camp de concentration japonais de Hoa-Binh. "Mort pour la France" à l’âge de 26 ans, Chevalier de la Légion d’Honneur et Médaille Militaire à titre posthume. Il était le beau-frère de mon ami Claude Guioneau, lui-même résistant d’Indochine.

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