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SEGAL Michel

SEGAL Michel

Né le 19 janvier 1958
Marié - 3 enfants. 
 

Professeur de mathématiques


Maîtrise de Mathématiques Paris VI
CAPES de Mathématiques
DU de Russe à Paris IV
 
Conservatoire National de Région - 1er prix de piano (1979)
Licence de concert - Ecole Normale de Musique de Paris - (1983)
Créateur d'une société de production (1986)
Conducteur musical de retransmission de concerts (1988)
Professeur de piano dans les conservatoires (1995)
Classes préparatoires de mathématiques
     Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) (1995)

Enseignant en collèges (banlieues) et lycées (Sèvres, El Salvador) depuis 1999
En poste à Paris depuis 2007
 
Ouvrages
Autopsie de l'école républicaine (2008) - Violences scolaires, responsables et coupables (2010) - Collège unique, l'intelligence humiliée (2011) - Ukraine, histoires d'une guerre (2014) - 

Tribunes dans Le Figaro, Les Echos, Le Monde

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Qui entoure le Président ?

Publié dans En France
La première qualité d’un chef, c’est de bien s’entourer. Et si toutes ses décisions sont prises à la lumière de ce qui lui est rapporté, alors cette qualité pourrait même être la seule que l’on attend d’abord d’un chef d’état.
Pourtant, à observer l’enchaînement des réactions de la France sur la scène internationale, en particulier sur la guerre civile en Ukraine, on se demande parfois si les principes les plus immédiats et les vérités les plus simples n’auraient pas été oubliés, noyés par une armée de conseillers au fond d’océans de discussions multilatérales compliquées et d’expertises en plans de communication. Nous, les simples gens, nous nous interrogeons.
 
Qui pourrait par exemple rappeler au Président que la guerre froide est terminée depuis plus de vingt ans et que toute la politique des Etats-Unis ne vise naturellement rien d’autre que la défense de leur puissance économique, dût-elle passer par la guerre ? Et qui pourrait alors lui faire remarquer que la politique de sanctions contre la Russie est celle de Washington mais pas la nôtre ? Mais pourquoi personne ne conseille au Président d’être lui aussi patriote, comme le sont Poutine et Obama, et de défendre avant tout les intérêts économiques de son propre pays en appliquant avec la Russie sa propre politique ? D’ailleurs, qui a bien pu conseiller à François Hollande de vouloir nous faire croire qu’il prenait la place de Jaurès à l’aide d’un piètre discours et d’une misérable mise en scène dans un restaurant, plutôt que de la prendre effectivement en s’élevant par une voix grande et indépendante au service de la paix, et donc de la vérité sur l’Ukraine ? Ses conseillers n’ont-ils pas pensé que dire cette vérité serait un hommage bien plus fort à Jaurès et à son désir de paix, et qu’une telle action n’en aurait que plus de puissance pour emporter notre adhésion et donner notre soutien au Président ?
 
Ses conseillers l’ont-ils informé que les Européens n’ont aucune envie d’entendre la voix unique de l’Europe si elle doit être guerrière, mais espèrent en revanche entendre celle forte et claire de la raison, du dialogue et de la paix ? Et si celle-ci devait être isolée, ne deviendrait-elle pas admirable d’être celle du premier à se lever ? Peut-on parler de Jaurès et renoncer à l’honneur et au courage ? Peut-on sans honte évoquer Jaurès et dans le même temps condamner sans jugement, et juger sans procès ni enquête ?
Personne n’a fait remarquer au Président que livrer la France à ce déshonneur, tout en laissant s’exprimer un déchainement de haines et de diffamations contre la Russie, n’a pour but que de satisfaire l’Amérique d’Obama tout en desservant nos intérêts ? Le Président sait-il que les aboiements de l’OTAN nous font peur parce que nous savons parfaitement qu’elle est prête à tout pour augmenter ses dépenses ? Et pourquoi aucun de ses conseillers n’avait averti le Président que les Russes apprennent dès l’enfance un principe opposé aux pratiques occidentales : "Ne promets jamais, ne menace jamais, agis" ?
François Hollande sait certainement que 80% des Russes sont satisfaits de leur Président, mais lui en a-t-on dit la cause ? Sait-il qu’elle est la fierté des simples gens à voir leur président défendre leurs intérêts ?
Alors, quel conseiller dira au Président qu’il a aujourd’hui devant lui une occasion inespérée, peut-être historique, à travers cette crise de gagner légitimement enfin à nos yeux et à ceux du monde la place d’un vrai chef d’état au service de son pays et de la paix ? Pourquoi n’aurions-nous pas le droit, nous aussi, d’être fiers ?
Mais de qui est donc composé l’entourage du Président de la République Française ?

Antisémitisme et russophobie...

Publié dans De par le monde
... 80 ans d’écart.

Quelqu’un a parlé d’Ukraine. La jeune femme charmante assise en face de moi a immédiatement dit, et avec beaucoup d’assurance : "Le seul problème, c’est qu’on n’arrive pas à punir Poutine". Je lui ai alors demandé de quoi il faudrait le punir et elle m’a répondu sans hésiter : "Oh, tu vois bien ce que je veux dire". Elle n’a pas jugé nécessaire d’ajouter un seul autre mot. Pour elle, comme pour beaucoup d’autres, le problème majeur en Ukraine est de punir Poutine pour l’empêcher de nuire, c’est le discours que l’on entend et lit tous les jours depuis bientôt six mois.

"On ne juge pas une politique en regardant comment elle commence, mais comment elle se termine", les mots sont d’Henry Kissinger. Et il a ajouté récemment à propos de l’Ukraine : "Harceler la Russie n’est pas un objectif, c’est plutôt la preuve de l’absence d’objectif". De fait, le pilonnage assourdissant de propagande auquel se livrent les USA contre la Russie de Poutine sans discontinuer depuis près de quinze ans aboutit aujourd’hui à une russophobie omniprésente et bien-pensante. Apprécier Poutine suffit à vous rendre infréquentable alors que le détester vous classe dans les gens raisonnés et bien informés. Les journalistes et les hommes politiques tiennent des discours foncièrement russophobes avec la gravité mal feinte de personnages médiocres qui aimeraient entrer dans l’Histoire en trouvant quelque chose d’important à dire. L’effet se répercute sur le public qui le renvoie après l’avoir amplifié à son tour. Comme un micro placé trop près des haut-parleurs, le phénomène ne cesse d’enfler. La russophobie n’est pas une conspiration, c’est un phénomène de masse incontrôlable. Ainsi on a pu voir le clip déshonorant de l’UDI-MODEM assimilant Poutine à Hitler. Ses dirigeants savent-ils que la Russie a payé un tribut de vingt-cinq millions de morts au nazisme en faisant preuve d’un héroïsme exemplaire ? Se rendent-ils compte de l’insulte ignominieuse et douloureuse qui est faite au peuple Russe qui a souffert plus qu’aucun autre ?

Devant de telles campagnes de haine et d’ignorance, on ne peut que s’interroger sur les informations données par les médias sur la crise ukrainienne. Quels journalistes ont rappelé que, dans les dix années précédant le début de Maidan, il y a eu en Ukraine cinq élections nationales validées par l’OSCE comme justes et régulières ? Que ces élections, législatives ou présidentielles, ont provoqué trois alternances et une cohabitation qui se sont déroulées sans incident ? Que les partis qui faisaient des scores significatifs étaient nombreux, comme le parti des régions, le parti de Timochenko, celui de Ioutchenko, le parti communiste, le parti centriste de Klitchko et le parti nationaliste ? Que les dernières élections avaient eu lieu un an seulement avant Maidan et n’avaient donné lieu à aucune contestation ? Quels journalistes ont admis que tous ces éléments indiquent objectivement que la démocratie en Ukraine ne connaissait pas de dysfonctionnement depuis la révolution orange et vivait en paix ? Quels journalistes ont rappelé que les hommes volant le pouvoir par la violence et par la trahison des accords du 21 février étaient très minoritaires (Yatseniouk : 7% aux présidentielles de 2010 et Svoboda : 12% aux législatives de 2012) ? Quels journalistes se sont émus de la lâcheté et du silence des trois ministres de l’UE signataires des accords du 21 février qui se sont enfuis alors qu’ils les avaient signés pour se porter garants de leur réalisation ? On ne sait plus très bien si les discours des journalistes ont démultiplié la haine antirusse, ou si c’est la russophobie qui les a amplifiés. Car le bon peuple de France n’écoutera que le discours d’Obama répété en boucle : tout cela est la faute des Russes et il faut les sanctionner.

Si les populations du sud et de l’est de l’Ukraine ont immédiatement et massivement rejeté le pouvoir illégal de Kiev en se rebellant contre ces gens violents et haineux, ce n’est pas par la faute de fantasmagoriques agents russes, mais pour la simple raison que ce pouvoir n’avait aucune légitimité autre que sa reconnaissance par les USA et l’UE au lendemain d’assassinats en masse, et alors qu’un président élu était encore en exercice. Depuis, dans certaines régions, le parti majoritaire et le parti communiste ont été interdits. La grande revendication de Maidan était la fin de la corruption et c’est un oligarque qui a été porté au pouvoir lors d’élections sans campagne se déroulant dans un climat de guerre civile. A en croire le discours américain intégralement relayé par nos médias, la démocratie serait enfin arrivée en Ukraine le 25 mai dernier, grâce à eux et malgré Poutine. Sans connaître le climat de défiance antirusse terrorisant les opinions, il est rigoureusement impossible de comprendre que ce discours puisse être tenu, relayé… et cru. Je défie quiconque de raconter les faits à une personne sensée et de lui faire acclamer l’Amérique et vilipender la Russie.
"Sont-ils tous devenus fous ?" se demande Jacques Attali, alors que le cœur, la raison et l’Histoire devrait naturellement nous pousser à des liens forts avec la Russie, et à une perception amicale et fraternelle du peuple Russe. Mais l‘Amérique d’Obama veille et travaille à ce que cela ne se produise pas.

Il n’y a pas lieu de revenir sur l’activisme ostentatoire des USA qui ont utilisé Maidan pour renverser un président élu et provoquer un début de guerre civile, ni sur la bêtise des fonctionnaires incultes et prétentieux de l’UE qui s’imaginaient victorieux en croyant attirer Ianoukovitch de leur côté : celui-ci ne négociait avec eux que pour faire monter les enchères face à la Russie. Il faut vraiment refuser de s’informer pour ne pas savoir que l’Ukraine n’a aucun avenir économique en tournant le dos à la Russie. D’ailleurs, en Ukraine, qui souhaite une impossible intégration à l’UE ? Des hommes politiques vendant des illusions et aspirant à leur promotion, quelques banquiers sans scrupules, des intellectuels férus d’Europe et les jeunes populations déshéritées de l’ouest rêvant d’un visa Schengen. Si le pays est à peu près coupé en deux, c’est plus sur une ligne de fracture pro et anti Russe que sur un penchant européen ou non. La prétendue "aspiration européenne" de l’Ukraine est un mensonge de notre pouvoir politique sans autre but que sa propre satisfaction, tout fier qu’il est de pouvoir encore exhiber des nations que l’UE ferait rêver. Il s’auto-satisfait ainsi dans l’idée que passer de l’influence de la Russie à celle de l’UE, ce serait marcher de l’ombre vers la lumière. Flatteries, orgueil, mensonges et illusions.

Les USA ont créé une puissante russophobie en Europe dont personne ne peut dire aujourd’hui à quoi elle mènera, pas plus que l’on ne pouvait percevoir où mènerait l’antisémitisme d’avant-guerre. Sous les traits du sympathique visage d’Obama, c’est bien une haine sourde et aveugle au bon sens qui a déjà permis de détruire ouvertement une démocratie de quarante-cinq millions d’habitants, de laminer son économie et de démarrer une guerre civile. Une armée bombarde sa population civile et l’OSCE l’encourage à aller plus vite, le tout avec l’approbation des spectateurs. Car il suffit que la Russie demande l’arrêt des combats pour que le bon peuple ferme les yeux sur l’horreur actuelle dans le Donbass en pensant secrètement "Cette rébellion est forcément un coup des Russes. Après tout, c’est normal d’éliminer des terroristes". Et après ? L’OTAN, dont la raison exigerait pourtant qu’elle soit dissoute sans délai pour le plus grand bien du monde, l’OTAN s’agite à l’odeur du sang, bombe le torse, accentue sa présence et augmente ses budgets, les hommes politiques font ouvertement preuve de la plus grande méfiance d’un ton pénétré et les journalistes justifient tout cela en expliquant sans honte la théorie imbécile et absurde d’une légendaire volonté expansionniste de la Russie. Irresponsables, tous ces gens-là ne font rien d’autre que ce que faisaient les scientifiques dans les années trente quand ils expliquaient que le juif est mauvais : ils préparent les populations à accepter le pire, peut-être même à s’en réjouir. L’Histoire ne présente jamais deux fois le même visage mais les hommes font souvent deux fois les mêmes erreurs. Lorsque j’ai fait part du parallèle entre ces deux haines collectives menant potentiellement à l’horreur avec enthousiasme et conviction, un ami m’a répondu : "Oui mais ce que l’on disait pour les juifs était faux, alors que pour les Russes, c’est vrai".

Poutine, ..

Publié dans De par le monde
Poutine, un chef d'Etat

On dit parfois que les gens se révèlent dans les épreuves difficiles. Il semble que ce principe se vérifie concernant l’ensemble des dirigeants des grandes puissances au travers de la crise en Ukraine. Le résultat est peu encourageant du côté occidental mais en revanche troublant du côté de la Russie. Regardez bien cette séquence, il s’agit d’un très court extrait (20 secondes) de la conférence de presse de Vladimir Poutine du 4 mars.
https://www.facebook.com/photo.php?v=537064639743799
A peu de choses près, Vladimir Poutine dit à la journaliste :
"Ecoutez-moi attentivement, il faut que vous compreniez une chose. Si cette décision a été prise, c'est uniquement pour défendre le peuple ukrainien. (...) Qu'ils essayent de tirer sur des femmes et des enfants, ils nous trouveront. Ils ne nous trouveront pas en face d'eux, mais derrière".
Ce qui est intéressant dans cette vidéo est que l'on mesure parfaitement la différence de traitement de la crise d'un camp à l'autre, et que cette différence est édifiante. Le ton de Vladimir Poutine, son émotion, sa foi pourrait-on dire est palpable. Il parle de défendre les siens, pas de défendre un principe. Il y a le temps des négociations, des discussions sur le droit international, des réflexions sur les intérêts de chacun mais à cet instant, on est bien au-delà des contingences et de la comptabilité. L'argument n'est plus juridique ou politique, il est moral. Et c'est une morale plus proche de la nature que de l'intellect. C'est toute la grandeur d'un vrai chef d'état qui apparait soudain lorsque celui-ci est capable de vérité dans des circonstances exceptionnelles, lorsque soudain il parle de l'essentiel : des hommes.
Président d'une des plus puissantes nations, ses lèvres tremblent un peu, il est visiblement submergé par quelque chose d'ordre physique, terriblement réel et qui guide son action. On peut penser que c'est une feinte, que tout cela est mis en scène (ce qui est peut-être vrai, peu importe), mais le discours, son allure, son émotion, le regard de l'orateur, tout cela porte sur la grandeur, sur le sentiment d'un honneur, sur le sens d'une fraternité, sur le courage d'un homme d'action.
Ce courage se ressent même dans la disposition des lieux qui n'est pas anodine et qui révèle une volonté de vérité. Poutine n'est pas derrière un bureau ou un pupitre sur une estrade entouré de proches ou de gardes du corps, à une dizaine de mètres des journalistes comme les hommes politiques le sont habituellement pour se protéger d'une proximité qui les empêcherait de dissimuler leurs mensonges ou leur théâtre. Il est seul, collé aux journalistes, sans notes, à la même hauteur qu'eux. Il n'a pas la posture de celui qui vient dérouler des déclarations convenues devant des journalistes blasés et ronflants, il n'est pas là pour communiquer, il est là pour leur parler. Il peut presque les toucher. A cet égard, le gros plan de la journaliste à qui il répond est troublant. Elle écoute réellement parce qu'il lui parle réellement. On est à l'opposé de ce à quoi on est habitué du côté occidental, à l'opposé des grand-messes, du formalisme, de la mesure, de la temporisation, de ces paroles qui ne sont que des paroles dans l'autre camp, de ces paroles qui ne sont jamais animées, c'est-à-dire qui n'ont pas d'âme, parce qu'elles sont prononcées par des technocrates qui n'ont ni foi, ni idéal, ni courage, ni valeurs morales, ni convictions. Ceux-là font des mises en scène médiocres qui sentent le fard et la perruque enfarinée. Dans un camp on agit, dans l'autre on communique.

Une autre chose assez troublante est son usage du "nous" : ils "nous" trouveront, "Nous" serons derrière eux. Ce nous est beaucoup plus fort que "la Russie", ou "les Russes", ou "nos soldats", car il fait référence à une communauté unie dans laquelle on ne distingue plus les militaires des civils ou des politiques, où l'on a l'impression que chacun, y compris Poutine lui-même, pourrait prendre les armes pour protéger les siens. Là encore, il y a quelque chose de fraternel et le signe d'une très forte unité du peuple sur des valeurs communes.
Au contraire, les dirigeants de l'autre camp utilisent souvent le "je" ou bien "Les Etats-Unis", " l'Union Européenne", "l'ONU", etc. Et quand ils emploient le "nous", ils font toujours référence à leurs partenaires, mais jamais à une communauté d'hommes. Le "nous" des dirigeants occidentaux n'est jamais un "nous" fraternel, ce n’est qu’un raccourci pour désigner ses alliés politiques. Même leurs mots les plus simples sont privés d’âme.
Enfin, ce qui ajoute à cette courte séquence une dimension spectaculaire, c'est la détermination exprimée en avertissement sous la  forme d'une image saisissante. L'image est saisissante car Poutine, contrairement aux dirigeants adverses, est parfaitement capable de rendre compte de la réalité d'une bataille et des soldats en quelques mots. Il sait de quoi il parle. L'image choisie est impressionnante car elle donne toute la mesure de sa force guerrière et de son efficacité qui va immédiatement à l’essentiel: "ils ne nous trouveront pas en face d'eux, mais derrière".
6 mars 2014

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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