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SEGAL Michel

SEGAL Michel

Marié - 3 enfants. 
 

Professeur de mathématiques


Maîtrise de Mathématiques Paris VI
CAPES de Mathématiques
DU de Russe à Paris IV
 
Conservatoire National de Région - 1er prix de piano
Licence de concert - Ecole Normale de Musique de Paris -
Créateur d'une société de production
Conducteur musical de retransmission de concerts
Professeur de piano dans les conservatoires
Classes préparatoires de mathématiques
     Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Enseignant en collèges (banlieues) et lycées (Sèvres, El Salvador)

 
Ouvrages
Autopsie de l'école républicaine (2008) - Violences scolaires, responsables et coupables (2010) - Collège unique, l'intelligence humiliée (2011) - Ukraine, histoires d'une guerre (2014) - 

Tribunes dans Le Figaro, Les Echos, Le Monde

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Poutine, ..

Publié dans De par le monde
Poutine, un chef d'Etat

On dit parfois que les gens se révèlent dans les épreuves difficiles. Il semble que ce principe se vérifie concernant l’ensemble des dirigeants des grandes puissances au travers de la crise en Ukraine. Le résultat est peu encourageant du côté occidental mais en revanche troublant du côté de la Russie. Regardez bien cette séquence, il s’agit d’un très court extrait (20 secondes) de la conférence de presse de Vladimir Poutine du 4 mars.
https://www.facebook.com/photo.php?v=537064639743799
A peu de choses près, Vladimir Poutine dit à la journaliste :
"Ecoutez-moi attentivement, il faut que vous compreniez une chose. Si cette décision a été prise, c'est uniquement pour défendre le peuple ukrainien. (...) Qu'ils essayent de tirer sur des femmes et des enfants, ils nous trouveront. Ils ne nous trouveront pas en face d'eux, mais derrière".
Ce qui est intéressant dans cette vidéo est que l'on mesure parfaitement la différence de traitement de la crise d'un camp à l'autre, et que cette différence est édifiante. Le ton de Vladimir Poutine, son émotion, sa foi pourrait-on dire est palpable. Il parle de défendre les siens, pas de défendre un principe. Il y a le temps des négociations, des discussions sur le droit international, des réflexions sur les intérêts de chacun mais à cet instant, on est bien au-delà des contingences et de la comptabilité. L'argument n'est plus juridique ou politique, il est moral. Et c'est une morale plus proche de la nature que de l'intellect. C'est toute la grandeur d'un vrai chef d'état qui apparait soudain lorsque celui-ci est capable de vérité dans des circonstances exceptionnelles, lorsque soudain il parle de l'essentiel : des hommes.
Président d'une des plus puissantes nations, ses lèvres tremblent un peu, il est visiblement submergé par quelque chose d'ordre physique, terriblement réel et qui guide son action. On peut penser que c'est une feinte, que tout cela est mis en scène (ce qui est peut-être vrai, peu importe), mais le discours, son allure, son émotion, le regard de l'orateur, tout cela porte sur la grandeur, sur le sentiment d'un honneur, sur le sens d'une fraternité, sur le courage d'un homme d'action.
Ce courage se ressent même dans la disposition des lieux qui n'est pas anodine et qui révèle une volonté de vérité. Poutine n'est pas derrière un bureau ou un pupitre sur une estrade entouré de proches ou de gardes du corps, à une dizaine de mètres des journalistes comme les hommes politiques le sont habituellement pour se protéger d'une proximité qui les empêcherait de dissimuler leurs mensonges ou leur théâtre. Il est seul, collé aux journalistes, sans notes, à la même hauteur qu'eux. Il n'a pas la posture de celui qui vient dérouler des déclarations convenues devant des journalistes blasés et ronflants, il n'est pas là pour communiquer, il est là pour leur parler. Il peut presque les toucher. A cet égard, le gros plan de la journaliste à qui il répond est troublant. Elle écoute réellement parce qu'il lui parle réellement. On est à l'opposé de ce à quoi on est habitué du côté occidental, à l'opposé des grand-messes, du formalisme, de la mesure, de la temporisation, de ces paroles qui ne sont que des paroles dans l'autre camp, de ces paroles qui ne sont jamais animées, c'est-à-dire qui n'ont pas d'âme, parce qu'elles sont prononcées par des technocrates qui n'ont ni foi, ni idéal, ni courage, ni valeurs morales, ni convictions. Ceux-là font des mises en scène médiocres qui sentent le fard et la perruque enfarinée. Dans un camp on agit, dans l'autre on communique.

Une autre chose assez troublante est son usage du "nous" : ils "nous" trouveront, "Nous" serons derrière eux. Ce nous est beaucoup plus fort que "la Russie", ou "les Russes", ou "nos soldats", car il fait référence à une communauté unie dans laquelle on ne distingue plus les militaires des civils ou des politiques, où l'on a l'impression que chacun, y compris Poutine lui-même, pourrait prendre les armes pour protéger les siens. Là encore, il y a quelque chose de fraternel et le signe d'une très forte unité du peuple sur des valeurs communes.
Au contraire, les dirigeants de l'autre camp utilisent souvent le "je" ou bien "Les Etats-Unis", " l'Union Européenne", "l'ONU", etc. Et quand ils emploient le "nous", ils font toujours référence à leurs partenaires, mais jamais à une communauté d'hommes. Le "nous" des dirigeants occidentaux n'est jamais un "nous" fraternel, ce n’est qu’un raccourci pour désigner ses alliés politiques. Même leurs mots les plus simples sont privés d’âme.
Enfin, ce qui ajoute à cette courte séquence une dimension spectaculaire, c'est la détermination exprimée en avertissement sous la  forme d'une image saisissante. L'image est saisissante car Poutine, contrairement aux dirigeants adverses, est parfaitement capable de rendre compte de la réalité d'une bataille et des soldats en quelques mots. Il sait de quoi il parle. L'image choisie est impressionnante car elle donne toute la mesure de sa force guerrière et de son efficacité qui va immédiatement à l’essentiel: "ils ne nous trouveront pas en face d'eux, mais derrière".
6 mars 2014

Pussy Riott, un procès exemplaire à Moscou

Publié dans Au delà

Le procès des Pussy Riott soulève de vraies questions de civilisation et il est extrêmement décevant que cette histoire russe n’ait pas été l’occasion d’en débattre. Tout d’abord, il faut rappeler que c’est l’église et non l’état qui portait plainte contre les Pussy Riott car, contrairement à ce que semblent suggérer les commentaires, le délit commis par le trio est à l’encontre de l’église et non de Poutine. On ne leur reproche pas de chanter contre Poutine mais d’avoir profané une cathédrale. Il faut dire également que le mot russe hooligan signifie voyou, et hooliganisme peut être traduit par "trouble à l’ordre public" ou encore par « vandalisme », mais certainement pas par son homonyme français qui n’a, en l’espèce, aucun sens. Pourtant, c’est ce qu’ont fait sans honte tous les journaux. Il faut donc croire que pas un seul des journalistes n’a fait un travail minimum : traduire le chef d’accusation. Beaucoup de commentateurs se sont enthousiasmés de l’aubaine et se sont précipités pour tout mélanger et crier à la répression, trouvant là une nouvelle occasion d’exprimer leur haine de Poutine. Et les mêmes moralistes demanderont bientôt les punitions les plus sévères contre ceux qui, en France, déposent des têtes de porc dans les mosquées. Or, il s’agit des mêmes questions : celle de l’existence du sacré dans nos sociétés occidentales d’une part, et de sa protection par l’état d’autre part.

Lorsque l’état n’assume pas cette défense, alors elle est assurée par les croyants eux-mêmes avec violence, ce qui mène autant à une défiance de l’état qu’à des risques de graves désordres. On peut donc considérer que c’est un devoir pour l’état que de punir les profanations, et sévèrement. Ces questions sont aigues en France avec l’émergence de l’Islam comme religion dominante sur un catholicisme si affaibli qu’il semble moribond. En Russie, on assiste à la renaissance du christianisme orthodoxe très proche de l’état après 70 ans d’interdiction dans un pays dont l’histoire est indissociable de celle de sa religion. C’est peut-être justement parce que la Russie n’est pas tout à fait occidentale qu’elle n’a aucune hâte de prendre le modèle d’une société où toute valeur spirituelle doit disparaître au profit d’une "sacro-sainte laïcité", devenue l’ultime valeur morale. Mais peut-on vraiment tremper un crucifix dans un verre d’urine en invoquant pour sa défense sa liberté individuelle de création ? Peut-on vraiment se filmer masqué en train de piétiner, hurler et sauter sur l’autel d’une cathédrale en invoquant pour sa défense sa haine d’un président de la république, élu, quoiqu’on en dise ?


Cet épisode n’aura été qu’une occasion pour de grands journaux de dire non seulement leur haine de Poutine, mais aussi leur mépris du peuple russe. Et lorsqu’on leur fait remarquer leur russophobie, leur réponse ne varie pas : il ne faut pas confondre la Russie de Poutine avec la Russie, ni l’Eglise orthodoxe avec la Russie, ni la xénophobie russe, réelle, avec la Russie, ni l’homophobie russe, réelle également, avec la Russie, ni le nationalisme russe avec la Russie. Ce qu’aiment ces journalistes, c’est une Russie qui n’existe pas, c’est celle d’un champion du monde d’échecs converti à la politique et qui fait moins de un pour cent aux élections. La vraie Russie, c’est celle qui a le courage d’interdire la gay pride devant le monde occidental, c’est celle qui a le courage de déférer en justice trois jeunes femmes élevées en martyre dans les capitales européennes parce qu’elles ont choisi de piétiner les symboles religieux pour mieux vendre leurs disques. Prendre de telles décisions, c’est ce dont les Russes ont toujours été capables dans les moments les plus importants de l’Histoire : l’héroïsme. La voilà, la vraie Russie.


Il aura fallu une dizaine d’années après la chute du mur pour que les Russes commencent à retrouver ce dont ils avaient été privés pendant deux ou trois générations et qui leur manquaient cruellement : la spiritualité. Ce point a visiblement échappé à ceux qui écrivent dans la presse et qui voient dans Moscou ou Saint-Pétersbourg la Russie toute entière. Ils n’avaient d’autre souci que de montrer les chrétiens comme une petite bande de fanatiques demandant le bûcher. Ils ont menti. Ils connaissent les cercles d’intellectuels occidentalistes, mais ils ignorent les dizaines et les dizaines de millions de gens heureux de vivre dans des bourgades où l’église a retrouvé sa place d’avant 1917.


La moyenne d’âge des musiciennes de Pussy Riot est significative : elles ont vécu leur enfance et leur adolescence sous l’ère Eltsine qui fût pour la Russie celle de l’errance et du chaos, où toutes les valeurs disparaissaient subitement, où régnaient seuls la violence et l’argent. Il n’y avait alors plus de religion, plus d’état, le pays était bradé aux oligarques et personne ne savait de quoi le lendemain serait fait. Cette période de barbarie moderne dans laquelle les jeunes femmes ont été élevées, dans laquelle elles ont grandi, elles l’avaient rendu comme un miroir dans un pays qui, sur le chemin de se retrouver une âme, ne compte pas se laisser faire.


se succédant au même rythme que les conférences sur le thème, les assises nationales et autres commissions de grands experts en tout genre, le ministère de l'éducation nationale ne pouvait pas faire l'économie d'une annonce de mesures un peu théâtrale.
On a donc vu Luc Châtel au journal de TF1 dimanche soir. Visiblement, il ne s'agissait pas d'agir mais de communiquer puisque les conseillers du ministre n'ont rien trouvé de mieux que de ressortir le vieil attirail des travaux d'intérêt général (ou commun). Désormais, dit le ministre Châtel, les collégiens et lycéens auteurs de violences verbales ou physiques devront accomplir des TIG au sein d'associations.
Lorsqu'un professeur en collège entend cela, il ne sait plus très bien s'il doit rire, se mettre en colère, ou simplement hausser les épaules. Car lorsque l'on connait un peu la situation, on sait que ce type de sanction est en vigueur en interne depuis les années 1980 mais que la procédure est suffisamment lourde pour n'être que très rarement appliquée. Les as de la rue de Grenelle ont jugé bon de l'alourdir encore en proposant maintenant de faire effectuer les TIG en dehors de l'établissement, ce qui la rend cette fois définitivement inapplicable. Suivi de contacts avec des associations (encore faudrait-il en trouver) acceptant de prendre en charge des adolescents jugés violents, vérification de leur présence et surveillance pendant leur TIG, problèmes d'assurance et de responsabilité, accord des parents (légalement obligatoire dans un tel cadre), procédures de décision (commission réunissant différents acteurs), ces quelques points auront vite fait de transformer la belle idée en une usine à gaz à l'arrêt avant même qu'elle ait émis son premier petit nuage de fumée.
Depuis longtemps déjà, pour plaire aux fédérations de parents, le ministère s'évertue à limiter les sanctions en en compliquant les procédures. Et cela fonctionne d'ailleurs plutôt bien, au point que mettre deux heures de retenue à un élève est devenu une démarche administrative parfois décourageante. De ce point de vue, ces TIG sont une continuation des politiques précédentes : c'est un peu comme si l'on décidait d'alléger les peines et de dépénaliser certains actes pour faire baisser la délinquance.
En réalité, le vrai problème auquel M. Châtel tente de faire face est le nombre d'exclusions définitives (environ 16 000 par an). Hélas, la communication est devenue le mode d'action prioritaire des décideurs du ministère et, ne distinguant justement plus la parole de l'action, ils se sont soudain imaginé que le nombre d'exclusions pouvait baisser par une annonce. Dévorés par une schizophrénie profonde, ils ne distinguent plus le monde réel de celui qu'ils ont construit par leur langage, ils ne comprennent pas que, plus qu'un problème, ces 16 000 exclusions définitives annuelles constituent un symptôme alarmant du dysfonctionnement de notre système éducatif. Et c'est un symptôme d'autant plus inquiétant que les enseignants en demandent davantage, par exemple lorsqu'ils attendent en vain de leur chef d'établissement qu'il convoque un conseil de discipline pour un élève ayant répondu froidement à son professeur : "Va te faire enc…".
Les pressions exercées par le rectorat sur les chefs d'établissement leur enjoignant de freiner sur les exclusions définitives ralentissent un peu l'évolution mais ne l'infléchissent pas. Le nombre d'exclusions continue de grandir, excessif du côté du ministère et insuffisant du côté des établissements, excessif dans les bureaux de la rue de Grenelle et insuffisant dans les salles de classe, excessif dans les discours et insuffisant dans le réel.
L'annonce de Châtel ne fait qu'exhiber sans honte et sans retenue l'incroyable méconnaissance du monde par les hommes politiques, autant que leur désespérante inconsistance. Il semble que l'on s'approche à grands pas de la nature d'une situation explosive telle que décrite par Lénine : "quand la tête ne veut plus et que le corps ne peut plus."

Paru dans Le Monde, juillet 2011

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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