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SOREL-SUTTER Malika

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

URL du site internet:

Partis et immigration

Publié dans En France
Les partis et l'immigration

Les partis de gouvernement ont abandonné au FN la question de l'immigration
.
 
Stupeur et tremblements dans la "France d'en haut": un sondage Ifop pour Le Figaro donne la présidente du Front national vainqueur de l'élection présidentielle à venir dans l'hypothèse où elle affronterait François Hollande au second tour. En juillet dernier, un sondage Ifop la donnait déjà devançant Nicolas Sarkozy et François Hollande au premier tour. Voici donc le Front national "aux portes du pouvoir", comme s'en est alarmé le premier ministre Manuel Valls.

La créature qui avait été introduite dans l'arène politique par François Mitterrand en 1984, et qui avait été depuis lors utilisée par les partis de tous bords pour éviter de traiter les sujets qui se rapportent à l'immigration et à l'intégration, est en passe de pouvoir dévorer les apprentis sorciers. Le personnel politique persiste cependant dans son refus de reconnaître qu'il paie là son incapacité chronique à traiter les causes profondes des problèmes d'intégration qui angoissent de plus en plus les Français. Si ces angoisses n'avaient pas été avant tout d'ordre identitaire, ceux-ci auraient aussi bien pu se tourner vers le Front de gauche.
Manuel Valls, qui dégringole dans les sondages, devait sa popularité à son langage de vérité sur l'immigration et l'intégration ; à ses prises de position en faveur des principes républicains, en particulier la laïcité ; à l'autorité et au courage politique qui émanaient de lui. Mais lorsqu'il passe de la théorie aux travaux pratiques, les Français déchantent. Devenu ministre, il impose le port d'un matricule aux policiers ; les régularisations bondissent ainsi que les naturalisations - il promet même d'en faire davantage. Le pays vit à crédit et s'enfonce dans le chômage ; l'intégration culturelle ne se fait plus qu'à la marge. Qu'importe ! L'État poursuit sur sa folle lancée, continuant d'accueillir des centaines de milliers de nouveaux entrants chaque année.
 
À même cause, mêmes effets : c'est l'écart entre les paroles et les actes qui avait entraîné la chute de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait été élu sur la promesse de restituer aux Français le droit qui leur avait été confisqué d'être fiers de leur culture et leurs traditions. L'espoir placé en Nicolas Sarkozy qui est, tout comme Manuel Valls, quasiment seul dans son parti à oser traiter des fondements de l'identité des Français, fut lourdement déçu. Sitôt élu, il fit l'exact inverse de ce qui était attendu de lui : diversité culturelle érigée en dogme ; nominations à raison des origines ethno-raciales, donc rupture avec la méritocratie républicaine pour laquelle le peuple français avait pourtant déclenché la Révolution ; nomination d'un ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale qui s'empresse de soutenir que "la France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire" ; bousculant par ailleurs des codes de savoir-être auxquels les Français attachaient grande importance. Totalement absorbé par la résorption de la crise économique et financière, il ne vit rien venir : François Hollande fut l'instrument qu'utilisèrent les électeurs pour le faire disparaître de leur quotidien.
Les Français se sont comportés tels des enfants qui repoussent leur assiette sans s'inquiéter au préalable de ce qui leur sera servi à la place. Cette fois-ci, ils semblent vouloir jeter leur dévolu sur Marine Le Pen afin qu'elle les débarrasse d'une classe politique devenue insensible à leurs angoisses. 87 % des Français estiment désormais que les politiques se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens comme eux (Cevipof, janvier 2014).
La force de Marine Le Pen a été de le sentir et d'inventer le slogan UMPS qui lui permet d'amalgamer l'ensemble des partis de gouvernement. Ces derniers lui ont grandement facilité la tâche en désertant de concert la défense des principes républicains et en taxant, dans un réflexe quasi pavlovien, de lepéniste quiconque osait aborder de face les questions d'immigration, d'intégration culturelle, de nation, d'identité. Le Front national n'a pas besoin de travailler ; les autres partis le font pour lui. C'est ainsi que dans l'esprit des Français, ils ont établi une sorte d'équivalence entre le Front national et la patrie, terme qui est presque devenu tabou.
 
Depuis l'accession au pouvoir de François Mitterrand, les partis politiques n'ont eu de cesse d'abandonner, les uns après les autres, tous les domaines qui touchent de près ou de loin à l'identité des Français. Ainsi en est-il de la laïcité, qui au fil du temps est devenue une jauge à l'aune du respect de laquelle les Français identifient ceux qui sont aptes à vivre selon leurs normes et ceux qui ne le sont pas, n'hésitant pas à déserter certains territoires. Plutôt que de se pencher sur les raisons du malaise, les élus ont répliqué en instaurant la loi SRU.
Si les Français se tournent vers le Front national, c'est principalement en raison de son positionnement sur le sujet de l'immigration-intégration. En effet, les enquêtes montrent qu'ils n'adhèrent pas majoritairement au reste de son programme : 60 % se déclarent hostiles à toute sortie de l'Union européenne, 59 % se déclarent attachés à la monnaie unique (Viavoice, avril 2014).
À l'expression d'une insécurité culturelle grandissante, les hommes et femmes politiques persistent malheureusement dans leur aveuglement et répondent par des calculs d'appareils, des combines entre individus, des appels au centre (traduisez: bannissement du sujet de l'identité nationale), quand ils devraient regarder la réalité en face et privilégier à tout instant l'intérêt supérieur de la nation.

Paru dans Le Figaro, 11 septembre 2014

Restaurer l'Etat de droit

Publié dans En France
Y-t-il jamais eu, du point de vue historique, une véritable politique française en matière d’immigration ?
En tout premier lieu, il convient de rappeler que, contrairement à ce qui a été colporté, la France, comme l’ont mis en exergue les travaux, entre autres, de l’historienne Marie-Claude Blanc-Chaléard, n’est devenue terre d’accueil pour migrants que très récemment dans son histoire, puisque le phénomène démarre avec l’exode de paysans italiens qui fuient leur pays dans la période 1860-1870. Si l’on entend par politique d’immigration une planification qui tient compte de l’ensemble des variables de l’équation immigration, alors non, il n’y a jamais eu de véritable politique d’immigration. Pour ce faire, il eût fallu prendre en considération la capacité d’intégration culturelle des migrants, la capacité d’assimilation de la société française, ainsi que la réalité du marché de l’emploi. Aujourd’hui encore, malgré toutes les informations dont disposent les élites dirigeantes sur ces trois volets, et en dépit des nombreux voyants qui ont viré au rouge, c’est la fuite en avant qui tient lieu de politique d’immigration. Après moi le déluge pourrait être l’intitulé de la pièce dont les acteurs se recrutent aussi bien dans le monde politique que dans celui des médias, des intellectuels, du spectacle, sans oublier celui de l’économie et de la finance, pour laquelle tout obstacle à la libre circulation des biens et des personnes doit être abattu, car il empêche la maximisation des profits.

On continue à vanter la réussite de l’intégration des populations européennes, mais était-ce totalement vrai ?
On vit dans un fantasme absolu. Là aussi, ce point a été étudié. Je rappellerai les travaux de l’historien Daniel Lefeuvre, qui s’appuyait sur l’étude conduite par Pierre Milza concernant le flux transalpin de 1870-1930. Malgré leur très grande proximité culturelle avec les Français, seul un Italien sur trois a réussi à s’intégrer. Laisser croire que les immigrés extra-européens peuvent faire mieux est irresponsable, aussi bien vis-à-vis de la société française que des immigrés eux-mêmes, car ce mensonge est à la source d’un profond malentendu et a de graves conséquences.

Que doit être une intégration réussie ?
L’intégration consiste à s’approprier les principes et valeurs qui composent l’identité du peuple d’accueil, puis à les transmettre à ses descendants. La réussite du processus d’intégration aboutit à l’assimilation, qui se joue sur le registre affectif et moral. C’est un choix personnel. On intègre des individus, pas des peuples. C’est ce que le général de Gaulle avait compris, et c’est la raison majeure pour laquelle il avait décidé de décoloniser l’Algérie. Il suffit de relire ses propos consignés par Alain Peyrefitte. Comme je l’avais longuement développé devant la mission parlementaire sur la nationalité en février 2011, le fait d’avoir vidé l’intégration de son contenu est source de grands errements, lesquels perdurent malheureusement à ce jour comme en témoigne aussi bien le rapport "La grande nation pour une société inclusive" (février 2013) que le rapport en cinq volets sur la refondation de la politique d’intégration, rendus publics sur le site internet de Matignon en novembre 2013, et qui avaient déclenché, à juste titre, une véritable bronca.
L’assimilation est principalement une affaire de cœur ; pour preuve, les drapeaux que de nombreux jeunes issus de l’immigration brandissent chaque fois qu’une occasion se présente. Le pays de leurs parents ne leur a rien donné ; il est même la cause de l’exode de leurs ascendants, et c’est néanmoins pour lui que bat leur cœur. La France leur a donné tout ce qu’ils possèdent sur le plan matériel, mais elle ne reçoit que très rarement de démonstrations de reconnaissance. Les Français, et plus largement les citoyens des démocraties, qui sont devenus – exactement comme l’avait prédit Alexis de Tocqueville – individualistes et matérialistes, prêtent aux autres peuples leurs propres inclinations et s’entêtent à attribuer l’échec de l’intégration à la dimension économique. Or il n’en est rien. Autre illustration de l’échec du processus d’intégration : l’importation croissante sur le sol français des conflits internationaux.
En septembre 2008, auditionnée par la commission Simone Veil sur la Constitution, j’avais insisté sur le fait que la propension de nos élites à emprisonner les enfants de l’immigration dans la case "diversité" renforcerait l’importation des conflits qui engagent leurs peuples d’origine et finirait par peser sur la politique intérieure de la France. Témoin la violence des événements survenus à Sarcelles au cours du dernier week-end.

Notre modèle d’assimilation est-il mort ? Et si oui, pourquoi ?
Il y aura toujours çà et là des individus qui s’assimileront, mais c’en est fini pour le plus grand nombre.
L’importance des flux migratoires – augmentés d’un fort taux de natalité et de mariages mixtes qui sont pour nombre d’entre eux, comme l’a mis en évidence la démographe Michèle Tribalat, l’union de deux personnes partageant la même culture dont l’une possède des papiers d’identité français et l’autre pas – a conduit à la reconstitution des communautés d’origine. Les migrants se retrouvent sous la pression de leur groupe culturel, qui ignore la liberté individuelle. La société française étant plus tolérante, ils n’ont d’autre choix que de la considérer comme variable d’ajustement.
En 1981, Georges Marchais demandait l’arrêt de l’immigration. En 1990, Michel Rocard évoquait l’hypothèque qui pesait sur les chances d’intégration des étrangers installés. Ils n’ont pas été écoutés. L’assimilation a été rendue hideuse par ceux qui ont dépeint les Français comme des racistes prompts à discriminer. En dressant chemin faisant les enfants de l’immigration contre les Français, cette idéologie a compromis la construction de liens de fraternité, en l’absence desquels les nuages sombres s’amoncellent au-dessus de la France. Ajoutez à cela l’instauration de politiques publiques préférentielles fondées sur l’appartenance à la "diversité" – même si elles sont travesties sous d’autres critères –, et le tour est joué : l’assimilation ne possède plus guère d’attrait, d’autant que l’État ne respecte pas la corrélation qui devrait exister entre octroi des papiers d’identité français et assimilation. La perspective d’obtention de ces papiers, qui sont autant de titres de propriété sur la terre, constituait pourtant la plus puissante des motivations à l’assimilation.
 
Quel est à cet égard le degré de conscience des peuples face à leurs élites ?
Partout les peuples européens cherchent une parade, d’où les résultats que l’on sait aux récentes élections européennes. Le temps est révolu où les élites ne possédaient pas suffisamment d’informations sur le sujet.
Nous sommes otages d’une situation créée par la globalisation, où s’est formée une concordance inattendue d’intérêts. L’Union européenne a changé de cap par rapport à son projet d’origine. Elle est devenue ultralibérale et favorable à l’immigration de masse. Les peuples et leurs nations sont vus comme des obstacles.
C’est sous cet angle qu’il convient d’analyser la création de métropoles ou de grandes Régions qui affaibliront les États en les amputant de leurs prérogatives. Les élites nationales sont devenues, pour beaucoup, mondialisées ; leurs intérêts ne coïncident plus nécessairement avec les intérêts nationaux, d’où leur coopération à ce mouvement insensé qui menace le noble projet d’Union européenne, destiné à doter notre espace des attributs de puissance et d’influence indispensables dans la mondialisation.
 
Revenons plus particulièrement à la France. Que faut-il penser du slogan "France, terre d’immigration et de métissage" ?
Notre époque épouse de plus en plus les traits de la société décrite dans 1984 par George Orwell. Je renvoie à la lecture édifiante des rapports sur l’intégration que j’ai déjà mentionnés. En résumé, pour que l’Autre devienne un Français, il faut que le peuple français s’efface, rompe avec son identité. Rien n’est laissé au hasard ; même la langue française se voit contester son piédestal. À l’heure où je vous parle, contrairement aux signaux envoyés, ces rapports n’ont pas été enterrés. Il faut s’attendre à ce qu’ils ressurgissent grimés, et sous d’autres formes. Le retour sur le devant de la scène, le 14 juillet dernier, de l’octroi du droit de vote aux étrangers annonce la couleur.

Observez-vous un retour du religieux en France ? Comment analysez-vous la situation actuelle ?
Il n’y a pas vraiment de retour du religieux chez les Français, qui se sont sécularisés après des siècles d’affrontements fratricides et de souffrances. Il y a, du fait des flux migratoires en provenance de sociétés non sécularisées, où la religion est un principe d’organisation, une énorme difficulté à apprendre à vivre dans le respect des normes collectives propres à la société française. Une fois encore, ce sont les dirigeants politiques, y compris des élus locaux, qui se sont mis à violer le principe de séparation des Eglises et de l’Etat pour adapter la France aux nouveaux entrants, parfois sans même que ces derniers ne le demandent. Tout refus d’accommodement est désormais assimilé à une discrimination et fait naître des tensions.
Il suffisait pourtant que nos politiques veillent au respect de la laïcité tout en rappelant qu’elle existait bien avant l’arrivée de ces flux. La laïcité ne constitue, en aucun cas, une quelconque discrimination. Le refus de la respecter est de plus en plus mal vécu par les Français, qui y sont viscéralement attachés car elle est devenue un marqueur de leur identité ; et pour cause, puisqu’elle sous-tend des principes tels que la liberté individuelle, l’égalité homme-femme, la liberté de conscience. Pour contenir la propagation de la religion comme outil politique qui régit la Cité, il est essentiel que le législateur vienne préciser un ensemble de règles de cohabitation qui étaient jusqu’alors tacites entre les Français, car ils partageaient la même histoire politique et culturelle.

Les autorités religieuses chrétiennes sont-elles lucides à cet égard ?
Pas vraiment. Je suis d’ailleurs choquée par l’injustice que le pape commet lorsqu’il culpabilise les Européens en les accusant d’égoïsme et en leur demandant d’accueillir davantage de pauvres, oubliant que les Européens ont beaucoup fait. Il se focalise sur la souffrance des corps et néglige la souffrance morale de ceux qui fuient leur patrie. Il oublie que les migrants sont aussi pourvus d’une spiritualité, que l’épreuve de l’exil les poussera à reconstituer leur communauté spirituelle sitôt qu’ils se trouveront en nombre suffisant sur la terre d’exil. La compassion du pape participe malheureusement à desservir la paix sur le long terme.

Comment voyez-vous l’avenir et quel est votre message ?
Les Français ont préféré sacrifier l’avenir au présent. Ils n’ont eu de cesse de fuir les tensions et l’adversité, remettant le plus souvent les clés de leur destin entre les mains des politiques qui leur souriaient le plus. Ils ont privilégié la sympathie de façade à des qualités telles que le courage politique et la capacité à se projeter et à anticiper, dispositions indissociables d’une véritable aptitude au commandement. Chacun sent bien à présent que la situation peut à tout moment échapper à tout contrôle.
La citoyenneté est un exercice quotidien qui doit commencer par une vigilance accrue quant au respect des principes républicains, qui ne sont que la traduction du pacte moral qui lie les Français entre eux. Il faut tisser de nouveaux liens de solidarité pour sortir de l’individualisme et renouer avec la conscience d’appartenir au même corps politique, bien au-delà de clivages partisans mortifères. La jeunesse est l’avenir de tout pays. Face à l’indifférence grandissante de nos "élites" pour une grande partie de notre jeunesse, considérée comme non prioritaire, il est vital, afin de lui redonner foi en l’avenir, de restaurer la méritocratie républicaine à tous les étages de la société. Classe politique comprise.
Propos recueillis par Patrice de Méritens, parus dans Le Figaro Magazine, 25 juillet 2014

Elites sourdes au sort de la France

Publié dans Du côté des élites
La Cour de cassation a confirmé mercredi le licenciement pour faute grave d'une salariée voilée de la crèche Baby-Loup. Que pensez-vous de cette décision ? S'agit-il d'une victoire pour la laïcité ?
La situation que nous vivons est surréaliste. La République est laïque - c'est même inscrit dans sa Constitution -, et nous en sommes réduits à nous réjouir lorsque la Justice nous autorise à appliquer la laïcité. Parler de victoire pour la laïcité, c'est aller un peu vite en besogne. C'est seulement un pas qui va dans le bon sens, celui de la cohérence.

Cette décision règle-t-elle définitivement la question de la laïcité dans les entreprises ? Quelles sont les ambiguïtés qui demeurent ?
Cette décision va simplement permettre à Baby Loup de continuer d'exister pour peu que les élus, sur place, s'attellent enfin à lever les derniers verrous qui persistent sur le plan des financements. Cette décision n'est d'aucun secours pour les entreprises de droit privé, qui sont pourtant de plus en plus soumises à des revendications religieuses qui introduisent des contraintes de fonctionnement et portent parfois atteinte à la cohésion des équipes. C'est de notoriété publique, mais une fois encore, le législateur, au lieu d'anticiper pour éviter les tensions - ce qui est son rôle -, attend qu'elles se produisent.

Il faut garder à l'esprit que les Français se sont sécularisés après des siècles de longs combats, dont une guerre fratricide entre catholiques et protestants. Aussi, voient-ils d'un très mauvais œil l'accroissement sans précédent de signes extérieurs qui manifestent une appartenance religieuse dont, entre autres, un "signe extérieur fort tel que le port du foulard", pour reprendre la qualification exacte qui a été employée par la Cour Européenne des Droits de l'Homme (arrêt Lucia Dalhab, 15 février 2001).
Dans le même arrêt, la Cour développait par ailleurs la question de fond posée par le voile : "le port du foulard est imposé aux femmes par une prescription coranique qu'il est difficile de concilier avec le message de tolérance, de respect d'autrui, d'égalité et de non-discrimination que, dans une démocratie, tout enseignant doit transmettre à ses élèves". Nous sommes là au cœur de l'identité culturelle des Français et de bien d'autres peuples européens chez lesquels le statut actuel de la femme est, là aussi, fruit de plusieurs siècles de combats pour la liberté et l'égalité.
Comme chacun sait, en France, bien davantage que dans d'autres pays occidentaux, ce sujet est hautement sensible. Avant même qu'elle ne conquière sa liberté au sens où nous l'entendons aujourd'hui, la femme française était pleinement intégrée dans la vie de la cité, aussi bien dans les campagnes qu'à la ville où elle pouvait tenir salon littéraire. La femme française d'aujourd'hui est la descendante directe d'Agnès Sorel qui avait libéré les corps. Depuis, la beauté que la nature a conférée à la femme n'a plus à être cachée. Bien d'autres évolutions pourraient être citées qui ont participé à forger le regard que les Français portent sur eux-mêmes, sur les autres et sur le monde - c'est-à-dire, leur identité culturelle.

Faut-il légiférer sur cette question de la laïcité ?
84 % des Français sont favorables à une loi qui interdit les signes religieux ou politiques dans les entreprises privées (Institut BVA, octobre 2013). Il faut permettre à tous ceux qui souhaitent adopter la laïcité comme principe d'organisation de le faire en toute sécurité juridique. C'est un impératif absolu pour peu que l'on souhaite préserver la paix sociale, car nous ne sommes plus dans la situation où une culture et des fondamentaux communs faisaient que chacun comprenait de lui-même où sa liberté commençait à empiéter sur celle des autres.
Comme l'a très bien exprimé le Procureur Général Jean-Claude Marin lors de l'audience en plénière de la Cour de cassation, il convient en effet de distinguer entre "croyance et manifestation de cette croyance". Ce qui se traduit concrètement par l'existence d'un "for interne" et d'un "for externe". Et le Procureur Général de poursuivre : "le for interne, c'est la conviction intime, la foi profonde. Cette liberté est absolue et Inviolable". Par contre, le for externe qui est "la manifestation extérieure des croyances ou des convictions peut se heurter aux autres croyances, générer des conflits, troubler l'ordre public. C'est la raison pour laquelle la liberté de manifester sa conviction n'est pas absolue".

En 2007, vous publiiez Le puzzle de l'intégration. Comment la situation a-t-elle évolué sur cette question depuis ?
Il suffit de le relire pour voir que j'y avais anticipé tout ce qui se produit maintenant. Début 2011, j'avais également publié un programme politique détaillé sur les sujets de l'intégration et de l'école. À chaque fois, mon souhait était que le politique joue son rôle de garant de la paix tant que la situation était encore contrôlable. La plupart des responsables rencontrés, ceux qui détenaient des leviers d'action, sont restés plus ou moins sourds et indifférents au sort de la société française. J'ai souvent eu le sentiment de "prêcher dans le désert".

La victoire de l'Algérie, aussi bien contre la Corée du Sud que contre la Russie, a été célébrée dans toute la France par les supporters algériens. Certaines manifestations de joie et les violences qu'elles ont parfois entraînées ont pu choquer certains Français. Qu'est-ce que cela vous inspire ? Est-ce selon vous le reflet d'un certain malaise identitaire ?
Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans cette situation de malaise identitaire. N'importe quelle enquête met en évidence que nombre d'entre eux ne se revendiquent pas de l'identité culturelle française. Ils l'expriment d'ailleurs avec franchise et grande honnêteté.
Le malaise identitaire était le passage obligé de tous ceux qui s'engageaient dans le processus d'intégration culturelle car la construction de sa propre identité, surtout lorsqu'elle diffère fortement de celle de ses ascendants biologiques, est un processus jalonné de questionnements profonds mais aussi de souffrances morales inévitables. Nous ne sommes plus dans cette époque où existait une volonté d'intégration culturelle.
Le fait que les Algériens fêtent la victoire de leur pays est légitime. La seule chose qui puisse être reprochée c'est que certains parmi eux saisissent toute occasion, défaite ou victoire, pour attenter à l'ordre public et même procéder à des opérations de destruction. C'est le mépris de la France et de tout ce qu'elle représente culturellement à leurs yeux qui s'expriment ici. Mais là encore, il convient de hiérarchiser les responsabilités. Ce sont nos élites qui ont créé les conditions d'une telle expression. Je renvoie de nouveau vers mes ouvrages, où j'avais longuement décrypté le pourquoi du comment.

Vous critiquez le concept de diversité. Celui-ci mène-t-il finalement à l'effacement de l' "identité française" ?
Baby Loup en est l'exemple flagrant. Parce que la crèche a souhaité appliquer la laïcité, la vie lui a été rendue impossible et elle a dû partir, déménager, quitter le territoire de Chanteloup-les-Vignes. Le concept de diversité a été propagé par les élites politiques, intellectuelles, médiatiques pour désigner ceux qui n'étaient culturellement pas Français mais auxquels l'État attribuait pourtant, en toute connaissance de cause, des papiers d'identité français. En seulement quelques années, dans les échanges à huis clos au sein du monde de la haute administration et de la politique, nous sommes passés d'un "il n'y a pas de problème d'intégration. C'était exactement la même chose avec les Italiens" à un "c'est fini. Il est trop tard !" C'est la raison pour laquelle ils ont abandonné la République, et chemin faisant la France. Tous les discours lénifiants qu'ils continuent de servir aux Français, ils n'y croient pas eux-mêmes. J'ai été aux premières loges pour le voir et l'entendre.

Comme l'explique Michèle Tribalat dans son dernier livre, les politiques ont abandonné depuis une trentaine d'années le principe d'assimilation au profit d'une logique multiculturelle. N'est-il pas trop tard pour faire marche arrière ?
C'est ce que pensent beaucoup de nos politiques. Je continue quant à moi de penser que pour celui qui aime son pays, il n'est jamais trop tard pour participer à faire recouvrer à son peuple la maîtrise de son destin, c'est-à-dire la maîtrise de son projet de société. Dans mes différents ouvrages, j'ai longuement développé les raisons pour lesquelles j'étais opposée au fait d'imposer l'assimilation. Le choix de sa propre identité doit en effet être libre et non contraint. La liberté d'être est, à mes yeux, la plus importante qui soit. Par contre, il est évident que nul ne peut être exonéré du respect, sur un territoire donné, des normes collectives qui correspondent à l'héritage politique et culturel du peuple auquel ce territoire appartient.
En revanche, j'ai toujours précisé que l'octroi des papiers d'identité français devait obligatoirement correspondre à la réussite du processus d'intégration culturelle qui se matérialise par l'assimilation. Ce n'est là que respecter le contenu du code civil relatif à cette question. C'était le sens de la Charte des droits et des devoirs du citoyen français que nous avions élaborée au sein du HCI, et qui avait commencé à être mise en œuvre par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant. C'est autour de la question du respect de leur identité, et de tout ce que cela commande, qu'il faut chercher la source principale du divorce entre les élites et le peuple. Il est manifeste qu'au long de ces dernières décennies, les gouvernements qui se sont succédé ont pour beaucoup violé les termes du contrat de délégation de pouvoir confié par le peuple. Le fait que le pouvoir politique persiste à laisser entrer des flux migratoires et à distribuer des papiers d'identité qui sont autant de titres de propriété sur la terre est extrêmement grave. De même en est-il du droit du sol devenu totalement obsolète. Obsolescence que les gouvernants ont pourtant refusé de prendre en considération. À qui peut-on encore faire croire que naître sur une terre suffit à faire de vous un porteur de l'identité de cette terre ?

Vous êtes vous-même d'origine étrangère. Qu'est-ce qui vous pousse à mener ce combat sur l'intégration depuis tant d'années ?
Mon engagement est celui d'un combat pour la justice. Voir la France et le peuple français tant humiliés, violentés, y compris par leurs élites, m'était devenu insupportable. Rester assis et ne rien faire, c'est se rendre complice. Les citoyens doivent en prendre pleinement conscience car, tôt ou tard, notre époque, comme d'autres avant elle, sera passée au crible par des historiens. Au vu des moyens d'information fabuleux dont nous disposons, nous ne bénéficierons d'aucune circonstance atténuante telle que celle de l'ignorance des faits qui avait pu tantôt prévaloir.
Paru sur Figarovox, 27 juin 2014

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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