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SOREL-SUTTER Malika

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

URL du site internet:

La laïcité, rempart de la République

Publié dans En France
Après cinq années de procédure, la Cour de cassation se réunit en assemblée plénière le 16 juin pour examiner l'affaire Baby Loup.
Lors de l'audience à la Cour d'appel de Paris, en octobre dernier, l'avocat de la puéricultrice licenciée en raison de son refus d'ôter son voile sur son lieu de travail a plaidé la nécessité, pour la direction de la crèche, de respecter "le contexte local". Il a souligné à plusieurs reprises que dans ce quartier les musulmans étaient présents "en proportion significative". Selon l'avocat, la crèche devrait donc "se plier à la diversité" et il ne lui appartient pas de "faire de l'intégration et de corriger des dysfonctionnements communautaires".
Fin 2013, Baby Loup a dû déménager et changer de commune. Le concept de diversité imposé en France avec beaucoup d'inconscience mène, dans les faits, à l'effacement de la diversité culturelle. L'avocat de la puéricultrice a le mérite d'énoncer le véritable enjeu que révèle cette affaire. Quel corpus de lois, quelles règles de savoir-être, qui ne sont que la traduction de l'histoire culturelle et politique d'un peuple, doivent être appliqués et respectés ? Ces lois et ces règles doivent-elles être aujourd'hui adaptées à chaque territoire en fonction des populations ? Si oui, le peuple français acceptera-t-il de renoncer à l'unicité et à l'indivisibilité de la République ? La responsabilité qui pèse sur les épaules des hauts magistrats de la Cour de cassation n'est pas mince ; leur décision sera lourde de conséquences.

La suppression de fait de la circulaire Chatel sur l'encadrement des sorties scolaires par des parents d'élèves est un autre motif d'inquiétude. Cette circulaire Chatel, édictée pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, vise à soustraire, pendant le temps scolaire, les élèves des tensions identitaires qui vont croissant dans notre société, dans la louable perspective de leur assurer une sérénité qui favorise leurs chances de réussite scolaire. Ce sont en effet le plus souvent les centres de transmission du savoir qui sont ciblés dans un premier temps. Rappelons-nous l'affaire du voile de Creil en 1989. Cette stratégie, je l'ai aussi observée en Algérie dans les années 1980. Bien d'autres pays pourraient aujourd'hui être cités.
Or, le 23 décembre 2013, en réponse à une demande de clarification du Défenseur des droits Dominique Baudis, le Conseil d'État émettait un avis selon lequel "le principe de laïcité n'est opposable qu'aux agents de la fonction publique et non pas aux usagers". Pourtant, les parents accompagnant une sortie scolaire ne sont en aucun cas des usagers. Ils collaborent à l'encadrement d'une sortie pédagogique qui se déroule sur le temps scolaire. La laïcité doit donc s'appliquer. Il n'y a aucun flou en la matière.
Or, sitôt entré en fonction, le nouveau ministre de l'Éducation nationale, Benoît Hamon, a déclaré que, concernant l'accompagnement de sorties scolaires par des mères voilées, "il faut regarder au cas par cas, et faire preuve de discernement". Dans les faits, il enterre la circulaire Chatel. L'application du principe de laïcité est appelée à devenir l'exception et non la norme.
Dans un contexte général de confusion et d'incohérence, il était illusoire d'espérer que des immigrés et leurs descendants issus de sociétés qui n'ont pas été sculptées par les mêmes courants de pensée que la société française - celles-là ignorent la liberté individuelle ainsi que la séparation du spirituel et du temporel, et le religieux prime sur le politique - puissent se résoudre à respecter la laïcité. Lorsque des êtres humains migrent, ce sont aussi des systèmes de perception des autres et du monde qui les accompagnent. Si le choix leur est laissé, alors leur décision est naturellement celle qui leur provoquera le moins de tensions personnelles. C'est humain.

C'est pourquoi on assiste, partout en Europe, à un refus de se conformer aux normes collectives des pays d'accueil. La capitulation par anticipation de nos élites nourrit les revendications communautaires. Aucune sphère n'est épargnée: enseignement supérieur, hôpitaux, prisons, armées.
La fragilisation de la société française ne date pas d'aujourd'hui. En 1981, le gouvernement de l'époque a institué, sur la base d'un diagnostic erroné, des politiques inégalitaires entre les territoires, qui débutèrent avec les ZEP. Ces erreurs se poursuivent depuis alors que, hier comme aujourd'hui, nous ne sommes pas confrontés à une problématique d'ordre socio-économique, mais identitaire.
Lors du Forum international contre l'islamophobie qui s'est déroulé à Paris mi-décembre 2013, des intervenants affichaient la couleur le plus tranquillement du monde: ils voulaient "obtenir l'abrogation de la circulaire Chatel". Ensuite, déclaraient-ils, il serait facile de faire tomber la loi du 15 mars 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école.
Ceux qui pensent que ces controverses sont le fait de crispations féministes ou de poussées de fièvre laïciste ; ceux qui ont inventé le vocable d' "intégristes de la laïcité" pour mieux l'affaiblir se sont fourvoyés. Ils ont, le plus souvent sans le savoir, endossé le rôle d'idiots utiles, participant à décupler les forces qui œuvrent à faire voler en éclats notre société. La laïcité constitue notre dernier rempart. Quelle que soit notre culture de naissance, sachons nous réunir dans un élan collectif pour la préserver. Il n'est que temps. Il ne tient qu'à nous que rien ne soit perdu, car, comme l'écrivait le général de Gaulle, "vingt siècles d'histoire sont là pour attester qu'on a toujours raison d'avoir foi en la France" ; j'ajouterai, et en son peuple.
Paru sur Figarovox, 17 juin 2014

Communautarisme et universités

Publié dans Du côté des élites
Le directeur de l'IUT de Saint-Denis a été visé par des menaces de mort à caractère islamiste. Dans un rapport rédigé en 2013, le HCI dénonçait la montée du communautarisme dans les universités. Cette affaire vous donne-t-elle raison ? S'agit-il d'un cas isolé ou est-il emblématique de certaines dérives?
Oui, cette affaire donne pleinement raison au Haut Conseil à l'Intégration ainsi qu'à sa mission laïcité. La situation de notre enseignement supérieur est très préoccupante. Nous n'avons cessé de tirer la sonnette d'alarme aussi bien auprès de la majorité actuelle que de la précédente. Les difficultés rencontrées ne sont pas récentes, et elles se sont amplifiées au fil du temps. En 2004, la Conférence des Présidents d'Universités avait déjà été saisie d'un grand nombre de problèmes, à telle enseigne qu'elle s'était même appliquée à élaborer un "guide laïcité et enseignement supérieur" pour aider le personnel sur le terrain.

Lors de nos travaux, nous avons été stupéfaits de constater que ces problèmes pouvaient se poser partout, y compris dans les classes préparatoires à nos grandes écoles où des jeunes hommes refusaient de passer l'oral avec un professeur femme et où l'étude de la pensée de philosophes tels que Voltaire ou Thomas d'Aquin pouvait être refusée par certains élèves. Dans certaines universités des tapis de prière étaient sortis en plein cours, et dans d'autres des élèves imposaient que la pause coïncide avec la rupture de leur jeûne lors du mois de Ramadan. Beaucoup d'autres situations sont décrites dans notre rapport au sujet, par exemple, de l'affectation de moyens matériels aux associations d'étudiants qui peuvent parfois conduire à des dérives communautaristes, aux phénomènes de prosélytisme ou encore au voile.
Cette affaire de l'IUT de Saint-Denis doit être l'occasion d'ouvrir la voie à de larges enquêtes, y compris administratives, sur la réalité de ce qui se passe sur le terrain et aussi sur un point important que nous avons constaté lors de nos travaux, à savoir que dans certains établissements la direction est encline à cacher la vérité, voire à la travestir, plutôt que de venir en aide aux enseignants ou aux personnels administratifs lorsque ceux-ci osent aborder les problèmes qu'ils rencontrent dans l'exercice de leurs fonctions. Il faut trouver le moyen de placer cette hiérarchie face à ses responsabilités.

Qu'est-il advenu du rapport du HCI ? Celui-ci a-t-il été enterré ? Si oui, Pourquoi ? Comme l'avait souhaité Michel Rocard, alors Premier ministre, à sa création en 1989, le HCI dépend de Matignon. Les rapports du HCI sont publiés à la Documentation française. Mais pour celui qui traitait de la laïcité dans l'enseignement supérieur, nous n'avons pas pu obtenir de feu vert. Pour vous donner une idée de ce que représente cette décision de non-publication, je souhaiterais faire le parallèle avec le rapport "La grande nation : pour une société inclusive" qui a, lui, été publié par la Documentation française. Son auteur est devenu Président de Sorbonne Universités tandis que le HCI a été mis hors d'état de soutenir la République et ses principes. Ont également été publiés à la Documentation française les rapports qui avaient, à juste titre, déclenché un véritable tollé dès leur mise en ligne sur le site du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Je renvoie ici le lecteur à la lecture des articles du Figaro qui évoquaient le contenu, à certains égards stupéfiant, de ces rapports sur l'intégration.
Oui, le rapport de la mission laïcité a été enterré et la mission laïcité a été remplacée par l'Observatoire de la laïcité présidé par Jean-Louis Bianco, selon lequel "la France n'a pas de problème avec sa laïcité". C'est donc pour traiter de l'inexistence de ces problèmes que Jean-Louis Bianco a récemment décidé de n'y consacrer, toujours selon ses dires, qu'un seul jour par semaine, pour pouvoir rejoindre la nouvelle ministre de l'écologie Ségolène Royal en tant que conseiller spécial.
Afin que vos lecteurs ne se méprennent pas sur mon propos, je rappellerai ici que j'ai toujours exercé l'ensemble de mes différentes missions au sein du HCI de manière bénévole. Cette mise au point étant faite, je souhaiterais saisir l'occasion que vous me donnez pour dire que notre mission laïcité n'a pas renoncé à défendre la laïcité et que notre rapport sera publié chez Le Publieur à la fin de ce mois-ci sous le titre "Faire vivre la laïcité".

Pour comprendre pourquoi notre rapport a été enterré, il faut remonter un peu dans le temps. En août 2013, la mission laïcité du HCI voit ses travaux sur la laïcité dans l'enseignement supérieur fuiter sur le site du journal le Monde. Leur publication était programmée pour septembre. On assiste alors aussitôt à la montée d'une grosse vague d'indignation et le HCI reçoit une volée de bois vert de la part, entre autres, d'élites du monde politique, universitaire et médiatique.
Manuel Valls, qui est le ministre de l'intérieur de l'époque, apporte quant à lui immédiatement un soutien appuyé à notre travail. Par contre, la position de la ministre de l'enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, est tout autre. Elle déclare qu' "aucune université n'a saisi le ministère à ce sujet : c'est donc que ça ne pose pas de problème. Qu'on n'invente pas des problèmes là où il n'y en a pas." Plusieurs présidents d'université appuient la prise de position de la ministre. Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d'université, déclare qu' "on ne traite pas un non-problème par une loi" et que le rapport du HCI est "déconnecté des réalités". Or il se trouve que Jean-Loup Salzmann est justement le président de l'université dont relève l'IUT de Saint-Denis.

Le réel finit toujours par s'imposer, ce n'est jamais qu'une question de temps. Dans le cadre de l'élaboration de notre rapport, nous avions auditionné Jean-Loup Salzmann et j'étais présente à cette audition. De même, je me souviens très bien d'un autre président d'université, cette fois-ci parisienne, qui n'avait pas ménagé sa peine pour abonder dans le sens de la ministre Geneviève Fioraso. Mais tandis qu'il s'exprimait dans les médias, affirmant qu'il n'avait jamais eu connaissance d'un quelconque problème de respect de laïcité au sein de son propre établissement, j'avais sous les yeux un document signé de lui dans lequel il abordait les problèmes de laïcité qui se posaient chez lui et qui préoccupaient ses services. Il mentait donc "les yeux dans les yeux". J'avais regretté à l'époque que les médias, sur ce sujet de la laïcité, se contentent d'un journalisme de salon qui se borne à relayer les propos de notables, plutôt que d'aller mener leur enquête à la source, directement sur le terrain, y compris en caméra cachée car la peur a désormais élu domicile sur un certain nombre de campus.

Les dérives communautaristes sont-elles sous-estimées par le gouvernement actuel ?
C'est bien plus grave que cela. Sous-estimer une situation sous-entend que l'on a déjà franchi un seuil et que l'on a accepté de la regarder en face. Or, nous sommes confrontés à un refus de voir la réalité telle qu'elle est. Vous savez ce que disait Charles Péguy à propos de l'indispensable lucidité ? "il faut accepter, non seulement de dire ce que l'on voit, mais aussi de voir ce que l'on voit, surtout lorsque ce que l'on voit ne s'accorde pas à notre vision du monde."
La cécité volontaire d'une part de nos élites n'est pas le seul fait de la majorité actuelle. Cela fait plus de trente ans que cela dure, et cette cécité se joue des frontières de nos partis politiques. Elle frappe à l'aveugle. Cela fait des années que j'observe de près ce qui se passe au sein du monde politique. Si nos élites avaient voulu agir, elles l'auraient pu. Elles ont beaucoup parlé des principes républicains mais ont très peu agi. Parfois, elles ont même agi à rebours de l'intérêt supérieur de la cohésion nationale. Ce sont alors autant de signes qui ont été interprétés comme un drapeau baissé, ou comme une invitation à fouler encore plus au pied la France et sa République. Il y a désormais urgence à agir.

Au lieu d'assister à des matches d'improvisation théâtrale, François Hollande, dans sa fonction de Président de la République garant du respect des principes constitutionnels, aurait davantage sa place aux côtés de la crèche Baby Loup qui est confrontée à une crise financière telle qu'elle fait désormais planer sur elle la menace du dépôt de bilan. Le tort de Baby Loup ? Avoir demandé le respect de la laïcité à ses employés. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, le sénateur-maire socialiste Philippe Esnol, qui avait su si bien soutenir Baby Loup, n'est plus aujourd'hui maire de Conflans-Sainte-Honorine. La nouvelle majorité municipale tarde à mettre ses pas dans les siens, et le Conseil Général connaît lui aussi quelques lenteurs. Baby Loup a lancé un appel aux dons et les citoyens peuvent voler à son secours. C'est une évidence, Baby Loup dérange, tout comme la laïcité dérange de plus en plus en France. Où que je regarde, l'heure semble être à la résignation et à la capitulation.

Que préconisez-vous pour y remédier ?
Les citoyens, d'où qu'ils viennent, ne doivent plus accepter que leurs élites politiques s'affranchissent de leurs obligations de respecter et faire respecter les principes républicains. Le plus important de ces principes est la laïcité, car elle joue le rôle d'une véritable digue. Sans elle, la société française finira par vivre ce que la société algérienne a vécu au tournant des années quatre-vingt-dix. J'ai fait une partie de mes études en Algérie. Beaucoup des signes que j'ai pu observer là-bas, je les observe à présent ici.

Le propos de mon dernier livre était justement de proposer un certain nombre de recommandations politiques. La première des urgences, c'est d'accepter de mettre enfin en œuvre ce que Georges Marchais préconisait dès janvier 1981 : "il faut stopper l'immigration officielle et clandestine", disait-il, et les raisons qu'il en donnait n'ont pas pris une ride. L'importance des flux migratoires dans le contexte international que nous connaissons a conduit au ré-enracinement culturel des enfants de l'immigration, les coupant peu à peu de l'intégration et éloignant de ce fait la perspective d'une coexistence sereine sur la durée.
Paru dans Figarovox, 22 mai 2014

"Non, M. le Président, ...

Publié dans Du côté des élites

... la polémique sur la Marseillaise n'est pas ridicule"

La polémique suscitée par une ministre de la République qui a refusé de chanter l'hymne national lors d'une cérémonie officielle est fondée, plus que fondée, d'autant que la réaction de ladite ministre est venue enfoncer le clou. Au vu des mécontentements que son comportement a déclenché, elle aurait pu choisir de calmer le jeu avec des mots apaisants. Mais non, elle a préféré en remettre une couche et outrager la nation et sa République en évoquant un "karaoké d'estrade". Pour comprendre la portée de l'outrage, il suffit d'imaginer un instant l'émoi et le tollé qu'une telle attitude aurait déclenché aux Etats-Unis d'Amérique si Madame Taubira n'avait pas été ministre ici, mais là-bas et qu'elle avait tenu ces mêmes propos à l'égard de l'hymne américain. Gageons que Barack Obama n'aurait eu d'autre choix que de s'en séparer. N'allons pas rêver que l'État, de ce côté-ci de l'Atlantique, renoue avec le respect du peuple et de ses symboles, et que le Président de la République François Hollande ou son Premier ministre Manuel Valls demande de ce fait sa démission à la Garde des sceaux.

En France, le peuple, en sa qualité de dépositaire de l'identité française, se trouve contraint d'avaler des couleuvres en guise de repas quotidien, et cela ne date pas d'hier. Rappelons-nous les propos tenus par l'un des ministres du gouvernement de François Fillon qui suggérait que la France n'avait en quelque sorte jamais existé, puisque selon sa perception basée sur on ne sait quelle histoire : "la France n'est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion (…)"
Éric Besson n'a pas été démissionné alors que, là aussi, si le respect de la France et de son peuple avaient constitué des pré-requis de gouvernement, il l'aurait été.

Un autre exemple me vient à l'esprit, celui d'Henri Guaino auquel un ancien Premier ministre, Alain Juppé, demande de prendre congé de son parti politique. À y regarder de près, ce qui vaut à Henri Guaino d'être aujourd'hui la cible de nombreuses attaques, c'est de défendre à propos de l'Union Européenne la position exprimée par le peuple français envers une constitution rédigée sous l'égide de l'ancien Président de la République Valéry Giscard d'Estaing, avant que le Président Nicolas Sarkozy ne méprise le résultat du référendum en le contournant comme l'on sait et ce, avec le soutien d'une partie non négligeable de la classe politique. Et dire que notre classe politique ose encore se prétendre qualifiée pour donner des leçons de démocratie sur la scène internationale !

Lambert Wilson, maître de cérémonie du festival de Cannes, s'est cru obligé d'ajouter son grain de sel, exprimant sa sidération que notre hymne national soit encore chanté au vu de ses paroles qui seraient, selon lui, racistes, et trouvant qu'il serait temps d'en changer. Revient à ma mémoire un doux souvenir. C'était un soir du mois d'août il y trois ou quatre ans, à la tombée de la nuit sur la grande plage de Cannes. Nous étions des milliers assis sur le sable, les yeux levés vers le ciel pour assister au festival international de pyrotechnie. La musique de la Marseillaise retentit, annonçant que la prochaine équipe à concourir serait l'équipe française. Comme un seul homme, la plage se leva aussitôt spontanément et entonna à pleins poumons l'hymne national. Le peuple français se reconnaît dans sa Marseillaise. Le désamour des Français pour l'équipe nationale de football a été largement nourri par le refus de beaucoup trop de ses joueurs d'entonner l'hymne national. 63% des Français ont une mauvaise image de l'équipe nationale.

Quant à moi, la Marseillaise m'a toujours remué les tripes. Dans mon cœur, la France est indissociable de la Marseillaise. Ses paroles portent la voix des aînés, de ceux qui nous ont précédés. Elles font à présent partie du legs indivis qu'évoquait Ernest Renan. L'historien et résistant Marc Bloch écrivait qu'il "est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération" et que "peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner". Au sacre de Reims et au récit de la fête de la Fédération, j'ajouterais volontiers la Marseillaise !

Le Président Hollande se trompe lourdement en qualifiant - depuis l'Arménie - de "ridicule" la polémique déclenchée par l'outrage de la garde des sceaux à la Marseillaise qui est, rappelons-le, inscrite à l'article 2 de la Constitution, et qu'au titre de l'article 5 de cette même Constitution, il incombe au Président de la République l'obligation de veiller sur son respect. Avec cette polémique, nous ne sommes pas à la périphérie de la politique mais en son cœur. Au travers de cette question de respect du peuple, de ses principes et de ses symboles, c'est celle de la représentativité des élites politiques qui est posée. Qui représentent-elles au juste ? Je partage pleinement la défiance croissante des citoyens envers ceux qui ont fait de la politique leur métier ad vitam æternam, et chaque jour qui passe, une nouvelle décision politique vient augmenter mon niveau de défiance. Hier, c'était Benoît Hamon qui ouvrait la porte au voile dans les accompagnements scolaires. Avant-hier, François Hollande qui œuvrait à restaurer les seigneuries en découpant la France en 10 duchés. Ce qui est regrettable à plus d'un titre, c'est qu'à chaque fois les sujets sont traités avec superficialité, sans aucune vision, et que les citoyens ne sont guère informés des tenants et aboutissants. Parfois, le peuple est même traité de manière cavalière, pour rester polie. Lorsque l'élève Leonarda a été récupérée pour rejoindre sa famille sur le point d'être expulsée du territoire national, de nombreuses voix se sont élevées pour rappeler que les sorties scolaires faisaient partie intégrantes du temps scolaire. Et à présent, lorsque le ministre de l'Éducation Nationale se lave les mains du respect de la laïcité et se défausse sur les chefs d'établissement en leur demandant d'apprécier les situations au cas par cas, alors, comme par enchantement, les sorties scolaires ne sont plus partie intégrante du temps scolaire.

La polémique sur la Marseillaise vient une nouvelle fois éclairer le gouffre qui se creuse jour après jour entre les élites politiques et le peuple français. Chaque nouveau coup de canif ne fait qu'effilocher un peu plus le lien de confiance jusqu'au jour où ce dernier rompra, comme il a déjà rompu au cours de l'Histoire.
Paru dans Le Figaro (vox), 14 mai 2014

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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