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SOREL-SUTTER Malika

SOREL-SUTTER Malika

Née en France
École maternelle et primaire en France puis 15 ans en Algérie
     avant de revenir s’installer définitivement en France.

Essayiste
Ancien membre du Collège du Haut Conseil à l'Intégration

Ingénieur de l’École Polytechnique d’Alger
Troisième cycle de gestion de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Major de promotion)
 
Membre du jury du 'Grand prix de l’impertinence' de la Fondation prospective et innovation,
     présidé par le recteur Christian Forestier, administrateur général du CNAM.
Membre de la commission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration.
Membre du conseil d’administration
     de l’association de géopolitique et de défense Géostratégies 2000
 
Ouvrages 
Le Puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent - Fayard/Mille et une nuits (2007)
De quoi l’avenir intellectuel sera-t-il fait ? Ouvrage collectif - Le Débat, Gallimard (2010)
Immigration-Intégration : le langage de vérité - Fayard/Mille et une nuits (2011)
 
 
Articles publiés
Le Débat, Gallimard, mars 2012 : 'Regarder la réalité en face', critique de deux ouvrages de Gilles Kepel.
Le Débat, Galimard, septembre-octobre 2011 : 'Intégration, le devoir de vérité'
Le Débat, Gallimard, septembre 2008 : 'Penser l’intégration'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2011 :'L’école face au défi de l’inclusion'
Revue AFAE (Association Française des Administrateurs de l’Éducation), décembre 2010 :'Quand le communautarisme
     s’invite à la table de la République'
Enjeux et Débats de la Revue parlementaire : 'Le modèle français d’intégration n’a pas échoué, il n’a guère été appliqué', juin 2011
Les Échos de la fonction publique, juin-juillet 2011 : 'De l’immigration et de l’intégration'
L’Expansion, septembre 2011 : 'La République doit l’emporter sur les diasporas'
Le Figaro Magazine, mai 2011 :'Tout immigré doit puiser en lui la force de s’insérer dans la société française'
Valeurs actuelles, avril 2011 : 'Sur l’intégration, la France fait trop de concessions'
Le spectacle du monde, octobre 2010 : 'La France s’autodétruit sans rendre service aux immigrés'
Le Figaro, mars 2010 : 'Identité nationale : levons les tabous !'
La Libre Belgique, 8 octobre 2010 : 'Notre société a créé des fauves'

URL du site internet:

De la violence faite aux femmes

Publié dans A tout un chacun

Lorsque l’on parle de violences faites aux femmes, de quoi parle-t-on exactement, de violences physiques ? N’existe-t-il pas des violences symboliques  ?
Lorsque l’on parle des violences faites aux femmes, le plus souvent on veut parler de femmes victimes de coups et blessures, d’agressions sexuelles mais il y a bien d’autres actes de violence dans notre société envers les femmes. Avec le temps, nous disposons de plus en plus d’éléments car la parole se libère et les femmes acceptent, bien plus que par le passé, de porter plainte ou encore de répondre à des enquêtes de 'victimation'. Les violences faites aux femmes sont souvent le fait de personnes de leur propre entourage. Ces violences ont pour principale caractéristique de se répéter et cette proximité du ou des agresseurs fait aussi que les victimes peuvent malheureusement rencontrer des difficultés à parler et à dénoncer les violences dont elles sont victimes.
Au regard de ces violences que je viens de citer d’autres peuvent paraître de prime abord anecdotiques. Or elles ne le sont pas, puisqu’elles ont des conséquences dévastatrices sur le long cours, y compris sur l’ensemble de notre société. Dans le monde du travail, par exemple, il y a une violence constante qui s’exerce sur les femmes. Bien que notre société ait beaucoup évolué, en particulier grâce la séparation des Églises et de l’État – les religions ayant toutes, à des degrés divers, exercé de lourdes contraintes sur les femmes – et aussi grâce à la révolution culturelle de mai 68, il n’en demeure pas moins que les femmes, encore aujourd’hui en France, à diplôme et expérience équivalents, ne sont que très rarement considérées et traitées comme les égales des hommes. Cela se mesure au travers des salaires et des postes qu’elles parviennent à occuper dans la hiérarchie. Certaines femmes finissent par douter, puis par perdre confiance en elles-mêmes alors que le problème ne vient pas d’elles.
Autre forme de violence : le fait qu’encore de nos jours, alors même que les femmes travaillent à l’extérieur de leur foyer, 80% des tâches domestiques sont assumées par elles. Cela constitue une violence aux conséquences dévastatrices sur le long cours, car elle pousse les femmes au surmenage, à un sentiment d’incapacité à toute mener de front, puis à la spirale des antidépresseurs et des anxiolytiques. Tout le monde paie les pots cassés : les enfants, les époux mais également notre société. L’entrée des femmes dans le monde du travail n’a jamais été accompagnée d’une politique sérieuse de construction d’une véritable troisième voie qui aurait pu leur permettre de concilier avec sérénité vie familiale et vie professionnelle. L’absence de cette troisième voie a également eu une incidence directe sur le taux de natalité. C’est d’ailleurs cela qui a conduit à l’approche politique surréaliste et profondément irresponsable des pays de l’Union Européenne, qui consiste à prôner la nécessité d’accepter d’importants flux migratoires extra-européens pour pallier la faiblesse de la natalité.

Dans quels contextes se manifestent ces violences ? Certaines communautés, milieux sociaux ou lieux sont-ils plus exposés ?
Une étude fort intéressante, et très détaillée, a été publiée en octobre 2012 dans Économie et Statistiques. Elle s’intitule "Femmes agressées au domicile ou à l’extérieur : une analyse des risques". Cette étude révèle que les femmes ne sont pas touchées de la même manière selon leur niveau social et que les femmes diplômées sont plutôt victimes d’agressions de faible gravité. Or depuis des années, on dit aux Français, probablement pour ne pas "stigmatiser" certains milieux sociaux, que les violences faites aux femmes se retrouvent de manière identique dans tous les milieux. Il apparaît en réalité que "les femmes de milieux modestes subissent plus fréquemment des agressions sexuelles ou des violences intrafamiliales". Les deux auteurs dressent le portrait de femmes à risque dans lesquels on retrouve, en pôle position, les femmes des milieux ruraux et des Zones Urbaines Sensibles.

En 2007, une enquête avait été réalisée à la demande du Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Elle révélait l’ampleur et la gravité des violences faites aux femmes dans ce département. 23% des enquêtées – jeunes femmes entre 18 et 21 ans – disaient avoir été victimes de "violences physiques (coups, tabassage, menace armée, tentative de meurtre). Des actes qui se sont répétés plusieurs fois, pour la moitié d’entre elles". Les auteurs étaient presque toujours des membres de la famille ou des proches. Dans cette enquête, "13% des filles avaient été l’objet d’agressions sexuelles (attouchements, tentative de viol, viol)".

Dans son livre
La Loi du ghetto, le journaliste du Monde Luc Bronner, qui a pour terrain d’étude des banlieues sensibles, montrait que l’ordre social y était nettement plus contraignant pour les filles issues de l’immigration que pour les garçons, et que les filles étaient constamment sous contrôle. Le documentaire La Cité du mâle diffusé par Arte en septembre 2010 évoquait également la violence qui s’exerce au quotidien sur les filles de l’immigration.
Dans de nombreuses familles de l’immigration du Sud, nous sommes en présence d’un rejet de la mixité qui crée un climat de tension par rapport aux femmes. C’est pour cette raison que de plus en plus de filles se voilent. Elles se voilent pour tenter de masquer leur féminité et avoir ainsi la paix. J’engage les lecteurs d’Atlantico à lire la tribune que le philosophe Abdelwahab Meddeb avait publiée dans Le Monde en décembre 2009 au moment des discussions autour de la loi sur la burqa, loi qui avait été rendue possible grâce à la mobilisation première du député communiste André Gérin. Cette tribune intitulée "La burqa et le cercle des idiots" expliquait, je cite l’auteur, que "la burqa procède de la prescription du voile et la radicalise" et qu’"il n’y a pas de différence de nature ni de structure mais de degré et d’intensité entre burqa et hijâb, lequel est rien qu’en lui-même une atteinte au principe de l’égalité et de la dignité partagées entre les sexes".
On effectue souvent, à tort, la comparaison avec ce qui se passait au Moyen-Âge en Europe. Lorsqu’on se penche sur la question et qu’on interroge des médiévistes, on comprend rapidement que cette comparaison est inappropriée. Même au Moyen-Âge, l’interdiction de la mixité n’avait pas cours. Les femmes et les hommes se côtoyaient dans les lieux de vie : aux champs, à l’église…
Dans ses travaux, l’anthropologue Emmanuel Todd avait mis en évidence que dans les systèmes familiaux, "le statut des femmes, qu’il soit bas ou élevé, est essentiel car il définit en lui-même un aspect de l’existence sur lequel les peuples ne sont guère prêts à transiger". Le degré de développement d’une société – sur le plan des droits de l’homme –, son niveau de raffinement ou de rusticité, devrait se mesurer au travers du sort qui y est fait à la femme.
En octobre 2011, trois frères d’origine tunisienne comparaissaient devant le tribunal de Lyon pour avoir frappé et séquestré leur sœur car ils étaient en désaccord avec sa façon de vivre. Ils voulaient de surcroît la marier de force en Tunisie. Je ne pense pas que l’on puisse trouver en France, à notre époque, une seule famille de culture française dans laquelle des frères frapperaient leur sœur, la séquestreraient et voudraient la marier de force. Le respect de l’existence d’une liberté individuelle est crucial pour comprendre la difficulté d’insertion et d’intégration. La difficulté de l’insertion dans la société et d’intégration dans la communauté nationale de nombre d’enfants de l’immigration peut d’ailleurs se décrypter au travers du regard porté sur la femme. Ce regard n’est en effet que la traduction d’une mentalité, d’un système de principes et de valeurs. 

La situation va-t-elle en s’améliorant ? Existe-t-il des pistes pour améliorer la situation ?
Nous disposons désormais de suffisamment de données et de connaissances. Nous avons donc besoin d’actions concrètes, et non d’un énième observatoire des violences faites aux femmes. Nous avons besoin d’une politique avec plusieurs volets, les uns à objectif court terme et les autres qui travaillent pour le moyen et le long terme. Il faut séparer les problèmes selon leurs sources et tous les traiter simultanément.

Si l’on veut enrayer la spirale de la reproduction de la violence, il faut adopter la logique de la tolérance zéro et non tenter de dédouaner l’agresseur ou de banaliser son acte en cherchant à le justifier par des éléments tirés de son propre passé. Il faut continuer de déculpabiliser les femmes victimes d’agressions par rapport à ce qui leur arrive, pour les aider dans leur reconstruction psychique et aussi pour qu’elles cessent, comme c’est malheureusement souvent le cas, de couvrir leur agresseur lorsqu’il fait partie de leur entourage immédiat. 
L’école a un rôle de premier plan à jouer dans les représentations qu’elle transmet aux enfants. Cela passe par le discours mais aussi, dès la maternelle, par le choix des espaces de jeux que l’on met à disposition des enfants. Encore aujourd’hui, on continue malheureusement parfois de proposer des activités de jeu en fonction du genre. Les médias, les publicitaires, jouent également un rôle très important dans l’élaboration des systèmes de représentation.
Les parents aussi continuent, souvent inconsciemment, de censurer les capacités de leurs filles, et cela se mesure de manière très concrète : ils ont tendance à leur fermer les portes vers les métiers fortement valorisés tels que les métiers à dominante scientifique, et c’est une grande perte pour notre pays qui a tellement besoin de ces talents pour accroître sa compétitivité. La question de l’orientation scolaire des filles se joue bien plus dans les familles qu’à l’école, alors que l’on continue d’en rendre responsable le conseiller d’orientation. Il faut donc entreprendre des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des parents.
Les mères participent à l’éducation de leurs fils. Nous savons qu’elles peuvent reproduire des schémas archaïques et jouer un rôle qui est loin d’être négligeable dans la reproduction de la misère des femmes. Elles peuvent préparer leurs fils à devenir des hommes attentifs et des pères qui assument leur part de responsabilité dans la gestion quotidienne de la maison. Briser la chaîne du servage des femmes de demain est du ressort des mères d’aujourd’hui. 

En ce qui concernent le rôle spécifique joué par les mères dans les populations de l’immigration du Sud, deux sociologues avaient rédigé pour le compte de la Délégation interministérielle à la Ville en septembre 2003 un rapport intitulé "Jeunes filles et garçons des quartiers : une approche des injonctions de genre". Leur étude mettait en exergue le rôle assumé par les mères dans l’asservissement de leurs propres filles : "Ce sont les mères, véritables agents de 'dressage', qui sont chargées de ce travail". Ce travail, c’est celui du contrôle des filles afin qu’elles "se tiennent bien", c’est-à-dire conformément aux lois du groupe communautaire. Ce n’est pas par hasard qu’une association d’aide aux femmes a pris pour intitulé "Ni Putes Ni Soumises". Pour aider ces femmes, il nous faut cesser de penser qu’une victime ne peut pas elle-même endosser, à son tour, le rôle de "bourreau". Dans cette affaire, chacun doit être individuellement tenu pour responsable de ses actes, les mères comme les pères, comme les frères, comme les voisins, comme les cousins. La responsabilisation individuelle est ici d’autant plus impérative que l’éducation a été le plus souvent conduite dans la négation de la liberté individuelle. Sur le territoire français, l’État doit accepter d’assumer la mission qui lui incombe, celle de faire respecter les lois de la République. Et en France, selon la Déclaration des droits de l’homme et du Citoyen : "Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas".

Une erreur courante consiste à focaliser l’aide et l’attention sur les filles et les mères, puisque c’est sur elles que les contraintes pèsent le plus. Or il est capital de penser à ne pas exclure les garçons et les pères des dispositifs mis en œuvre sur le terrain, sous peine de risquer de renforcer leur animosité à l’égard des femmes et de les inciter à exercer encore plus de domination sur elles.

Paru sur Atlantico, 25 novembre 2012

Une société malade de ses non-dits et de ses peurs

Publié dans En France

Il suffit de regarder l’état actuel de la société pour constater qu’en matière d’intégration, nous sommes dans une situation d’échec. Bien sûr, il existe encore des parcours d’intégration individuels réussis, mais on ne peut plus parler de processus de masse tout simplement parce que le fait que l’on puisse, en nombre, vivre ensemble implique que l’on partage un minimum de savoir-être commun et que, sur ce plan, nous avons échoué. En grande partie parce que, depuis des années, les politiques travaillent la question en amateurs, se comportant comme si les phénomènes migratoires actuels étaient comparables aux migrations intra-européennes du passé alors qu’évidemment, il n’en est rien. Le fait d’intégrer des Russes, des Polonais ou des Italiens – avec qui la France partage les mêmes racines culturelles et religieuses mais aussi une certaine conception de la cité héritée des Grecs – n’a strictement rien à voir avec la difficulté à laquelle une société se trouve confrontée lorsqu’elle cherche à intégrer des populations qui ne partagent ni ses racines ni ses principes, ce qui est le cas de la France mais aussi du Canada, de la Suède, de l’Allemagne et de beaucoup d’autres pays aujourd’hui, avec certaines populations du Sud. En refusant de reconnaître qu’on était face à des processus d’intégration distincts, en se répétant que "cela se ferait dans le temps", on a persisté à ignorer les problèmes de fond. Ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, se rappellent à nous avec une force qu’on n’aurait pas imaginée il y a quelques années.

Intégration versus insertion
Toute réflexion sur l’immigration implique de différencier deux notions majeures : insertion et intégration ; ce qu’aucun politique ne fait, d’où l’état de déshérence dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui sur le sujet. L’insertion est le fait de respecter les lois du pays qui nous accueille et d’acquérir les codes socioculturels qui, s’ils sont ignorés, relèveront de la transgression ; cet apprentissage de règles de vie commune devant tout simplement nous permettre de nous mouvoir au sein de l’espace public. L’intégration relève d’un processus plus complexe qui consiste à rejoindre la communauté d’accueil dans le partage d’une vision commune, dans l’acceptation d’un héritage collectif, dans le sentiment d’appartenance à un même corps politique. C’est un processus d’adoption réciproque : par l’individu et par la communauté d’accueil.
Surtout, c’est une démarche individuelle qui doit conduire, lorsqu’elle réussit, à l’assimilation ; au fait que l’on soit reconnu par la communauté d’accueil comme portant le même projet de société. Enfin, et c’est très important, cette dimension d’intégration se joue sur le registre moral et affectif : c’est une relation qui se construit dans le temps et qui, à un moment donné, permet à la personne de s’assimiler au peuple d’accueil, de faire cause commune avec lui ; c’est quelque chose qui ne se commande pas mais qui se décide librement. Ce qui rajoute un niveau de complexité supplémentaire dans le cas de l’immigration actuelle puisqu’elle suppose l’existence d’un libre arbitre qui, de plus en plus souvent, tend à s’effacer au profit de la communauté d’origine.

Emancipation
Pour que quelqu’un partage le destin d’un autre peuple, il faut qu’il soit émancipé de ses propres origines. Qu’il dispose d’un libre arbitre ; qu’il ait le droit de choisir son propre destin. Or une des difficultés à laquelle nous sommes confrontés avec les populations venues du Sud est que ce sont des personnes très communautaires qui ne reconnaissent pas nécessairement l’existence d’un individu libre, émancipé, doté d’un esprit critique. Autrement dit, de tout ce qui, en France et plus largement en Europe, constitue l’héritage des Lumières. Sur ce plan, l’école a un rôle fondamental à jouer, un rôle d’émancipation qui correspond au projet initial de l’école de la République. C’est d’ailleurs pour qu’elle puisse mener ce projet à bien qu’on l’a soustraite à l’influence de l’Eglise : pour permettre aux enfants de se construire indépendamment du poids des communautés, jusqu’à devenir des citoyens libres et égaux en droits. Il faut donc bien comprendre que, si au lieu d’émanciper les personnes de leur communauté d’origine on les y renvoie systématiquement au nom de logiques de diversité et d’égalité des chances, on agit à rebours du processus d’émancipation et, par conséquent, à rebours du processus d’insertion. Ce que font depuis plus de vingt ans l’ensemble des institutions publiques, y compris l’école.

Identité
Dans les années 1980, les politiques avaient une carte à jouer avec la deuxième génération de l’immigration. Beaucoup de ces enfants d’immigrés, nés en France, ne s’y sentaient pas bien. On aurait dû être alertés par ce malaise, y voir un signal fort, la marque d’un dysfonctionnement dans le processus d’intégration de ces populations. Au lieu de cela, on a refusé de regarder la vérité en face ; celle qui consistait à admettre que ce n’est pas parce qu’on naît en France qu’on se sent français. Je le répète : faire sienne une identité nationale relève d’un processus individuel beaucoup plus complexe qui n’obéit à aucun déterminisme. C’est à cette époque que, face aux premières manifestations de malaise chez les enfants d’immigrés, il aurait fallu entreprendre une réflexion de fond sur la question de l’identité.
Pour cela, il suffisait de se souvenir de l’exemple de la décolonisation algérienne. De cette formidable erreur d’interprétation qui avait poussé la France à croire l’Algérie française alors qu’elle ne l’était évidemment pas ; alors que les Algériens existaient en tant que peuple. Cet épisode de l’Histoire française aurait dû nous aider à comprendre ce qui se passait mais nous avons préféré la facilité consistant à dire que le problème était uniquement de nature économique ; que si les gens se rebellaient, c’était parce qu’ils étaient pauvres. Là-dessus, le FN a commencé sa montée en puissance et il a récupéré ces questions ce qui, en réalité, arrangeait tout le monde puisqu’à partir du moment où l’extrême droite se saisit d’un sujet, cela implique que le reste de la classe politique ne peut plus en parler. Si bien qu’au final, le FN a fait le jeu de l’immobilisme national sur ces questions qui, aujourd’hui, menacent gravement le vivre-ensemble.

Flux migratoires
Je crois qu’un élément essentiel à prendre en compte est l’importance des flux migratoires. Là encore, personne n’ose regarder la vérité en face mais c’est un fait avéré : l’explosion des flux migratoires a favorisé le réenracinement culturel des enfants issus de l’immigration et explique qu’aujourd’hui, de plus en plus de gens se désinsèrent de la société et rejettent ses principes. C’est une réalité : à partir du moment où l’on réimporte en masse certains modes de vie et certains comportements, où l’on réinjecte dans certains groupes des codes qui ne sont pas ceux de la société française, on favorise la désintégration sociale. Si bien qu’au final, les flux migratoires non maîtrisés nous éloignent non seulement des projets d’intégration mais aussi d’insertion qui étaient les nôtres. Le phénomène est frappant en qui concerne les musulmans de France chez qui on constate une véritable recrudescence de la pratique religieuse. Il y a encore quelques années, cette ferveur et cette rigueur religieuse n’existaient pas.
Chacun pouvait être musulman sans pratiquer ou en ne le faisant qu’occasionnellement. Aujourd’hui, les derniers arrivés, quel que soit leur âge, s’érigent en juges et exercent une pression morale sur ceux qui étaient en voie d’insertion – le phénomène est particulièrement visible à l’école – en cherchant à leur imposer une culture qui n’est plus la leur et une vision du monde qui n’est tout simplement pas en phase avec les règles de vie et les principes de la société française. C’est dans ce type de contexte que la religion ne se vit plus comme une pratique individuelle librement consentie mais comme une race. Comme une ethnie à laquelle on appartient de par ses origines. Ce qui constitue une terrible régression.

Identité versus nationalité
En naturalisant à tour de bras des gens qui ne sont pas français et qui n’adhèrent en rien à la culture française, on a institutionnalisé l’idée de Français de papiers. Et ce faisant, on a décorrélé identité et nationalité. Si bien qu’on peut aujourd’hui être français de fait mais ne rien avoir en commun avec la société française. Ni le mode de vie, ni les principes, ni le projet ce qui, selon moi, confirme l’idée que nous sommes dans une situation de désintégration sociale.
On ne se rend pas compte – et la naïveté des politiques, de gauche comme de droite, dans ce domaine est réellement déconcertante – qu’en multipliant les abandons sur le terrain, en plaçant le respect de la diversité au-dessus de tout, jusqu’à renoncer aux exigences minimales de la société, on fait tout pour que les immigrés non seulement ne s’intègrent pas mais ne s’insèrent pas. Si bien que la responsabilité de cet échec est avant tout politique.
Ce constat est d’autant plus tragique que ce qui guide l’action politique dans ce domaine depuis des années est avant tout la volonté d’acheter la paix sociale. Pour l’obtenir, des élus sont allés jusqu’à contourner la loi de 1905 qui interdit le financement de lieux de culte par l’Etat pour financer des mosquées, jusqu’à accepter l’instauration de cantines halal, ce qui, pour un pays qui a fait la guerre à l’Eglise, revient à imposer aux gens de financer un culte ! Tout cela montre que, pour ne pas faire de vagues, on renonce sur les notions d’égalité, de laïcité… et ce faisant, on brade la République en espérant apaiser des tensions qu’au final on ne fait qu’attiser.

L’éducation
Le phénomène est particulièrement visible dans le domaine de l’éducation et ceci depuis les années 1980, époque à laquelle on a commencé, par souci de bien faire, à traiter les enfants issus de l’immigration autrement. A leur demander moins qu’aux autres en partant du principe qu’on ne pouvait attendre d’eux ni les mêmes résultats, ni les mêmes efforts. Cette tendance au misérabilisme a abouti à une forme de discrimination particulièrement néfaste car il est évident qu’on ne rend pas service aux enfants en n’étant pas exigeants avec eux. Ce n’est pas cela, respecter quelqu’un. Respecter quelqu’un c’est, au contraire, le pousser à atteindre son meilleur niveau, à progresser ; à lui enseigner l’endurance, l’effort.
Tout ce à quoi on a renoncé par peur de mettre certains en situation d’échec et qui a eu pour effet de poser d’emblée des limites à certains enfants. Voilà comment on a imposé dès l’école, avec les meilleures intentions du monde mais sur la base d’authentiques préjugés, un plafond de verre aux enfants issus de l’immigration. Ce qui est extrêmement pénalisant pour la suite, et notamment en termes de cette notion déterminante qu’est la confiance en soi.
Voilà pourquoi je suis persuadée qu’à jouer constamment la carte de la facilité, l’école a contribué à priver certains enfants d’immigrés des outils nécessaires à leur intégration. Et on persiste dans cette voie aujourd’hui en parlant de raccourcir les journées d’école, voire de supprimer les devoirs afin, encore une fois, de favoriser l’égalité des chances sans se rendre compte qu’on va à rebours de tout ce que l’on sait sur le développement intellectuel des enfants dans l’espoir insensé de mettre tout le monde au même niveau. Mais évidemment les différences perdureront : certains enfants travailleront avec leurs parents. D’autres ne le pourront pas.

Racisme anti-Blancs
La difficulté actuelle pour les politiques tient au fait qu’ils ont peur et que cette peur les place dans l’incapacité de nommer ce qu’ils voient. C’est elle qui fait qu’en matière d’intégration, on est passé d’une phase de contournement à une phase de renoncement, qu’on n’a pas un problème avec l’immigration mais un problème avec les Français qui sont racistes ! Voilà comment, depuis des années, on renonce à nommer les difficultés et comment, de ce fait, on ne se donne pas les moyens de les résoudre. Autre exemple : le fait qu’on s’interdise de nommer un phénomène tel que le racisme anti-Blancs qui est pourtant une réalité avérée dans certains quartiers où les flux migratoires ont abouti à une absence totale de mixité. Mais le nombre n’explique pas tout.
Si le phénomène est désormais visible – ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années, même dans les quartiers dits sensibles –, c’est qu’il va de pair avec la dépréciation de l’identité française par les politiques eux-mêmes qui, à force de cultiver le registre de la repentance et à force de concessions consenties au fil du temps au respect de la diversité, ont fini par totalement déprécier cette notion d’identité française. Par la vider de son contenu et par la charger d’une image dégradée. Dans ce contexte, comment s’étonner que les enfants d’immigrés parviennent de moins en moins à se sentir français, même lorsqu’ils ont la nationalité française ?

Devoir d’éducation
Beaucoup peut encore être fait pour sauver le vivre-ensemble, bien sûr, mais je pense qu’on a dépassé le stade où les choses pouvaient se régler à l’école. D’abord parce qu’on ne veut pas prendre la mesure de ce qui se passe et qu’on persiste à croire qu’on est face à un problème économique alors qu’on est face à un problème culturel. Problème encore une fois aggravé par les flux migratoires puisqu’en continuant à accueillir en masse, on compromet non seulement l’insertion de ceux qui sont déjà là mais aussi l’identité même de la France ; et on minimise le fait qu’en matière de populations immigrées, nous n’avons pas uniquement un devoir d’accueil mais aussi un devoir d’éducation, ce que Michel Rocard avait très bien dit au milieu des années 1980. Parce que je le répète, vient un moment où le processus d’intégration requiert de faire un choix. Si bien que, si les valeurs que vous importez dans votre besace se trouvent être incompatibles avec les valeurs du peuple d’accueil, il faudra y renoncer.
Ce qui est de moins en moins le cas à l’heure actuelle. Gilles Kepel l’a écrit dans son livre Banlieues de la République : les gens qui immigrent aujourd’hui ne le font pas pour rejoindre la France en tant que terre d’accueil mais pour rejoindre leur diaspora et vivre entre elle, en recréant ailleurs leur communauté d’origine. Et pendant ce temps, on en vient à traiter de racistes des Français qui revendiquent les principes d’égalité, de liberté et de laïcité et qui, en leur nom, refusent le voile ou le halal à l’école. Ce décalage entre deux réalités est pour moi extrêmement inquiétant.

Dysfonctionnement démocratique
Je pense que la situation est aggravée par le fait que nous n’avons plus d’hommes d’Etat mais uniquement des politiciens, ce qui fait une différence considérable. Churchill le disait : “Le politicien pense à la prochaine élection, l’homme d’Etat à la prochaine génération.” Les hommes comme Churchill et de Gaulle plaçaient l’intérêt de leur pays au-dessus du leur, ce qui n’est pas le cas de la plupart de ceux qui nous gouvernent, encore une fois, qu’ils soient de droite comme de gauche. C’est pourquoi je n’ai jamais voulu adhérer à un parti – ce qu’on me reproche beaucoup d’ailleurs car aujourd’hui, on veut vous savoir quelque part, on veut pouvoir vous mettre une étiquette. Ce qui explique aussi que l’on manque d’esprits libres, de gens qui ont le courage de leurs opinions, indépendamment de toute appartenance.
Pour moi, une grande partie des problèmes que nous connaissons actuellement s’explique par un dysfonctionnement démocratique. Cela fait des années que je travaille au sein des institutions politiques et je le vois : l’Ena est une caste qui fabrique des politiciens. Autrement dit, des clones qui ont instauré un système de réseautage, de cooptation et au fond de privilèges, et qui, les uns après les autres, perpétuent le système. Des gens qui ne connaissent rien aux réalités du terrain. Et pourtant, ce sont ces gens qui donnent le la ! Voilà pourquoi je pense qu’il faudrait supprimer l’Ena. Parce que la politique ne devrait pas être un métier.

Désintégration sociale
Le problème, c’est que les tensions augmentent sur le terrain parce que nous sommes face désormais à un refus du vivre-ensemble qui laisse craindre une vraie montée de la violence, de vrais troubles. Je ne pense pas que cela puisse un jour mener à l’élection de Marine Le Pen ; en revanche je suis convaincue que cela fera progresser l’abstention. Et l’abstention, c’est la fin de la chose publique. C’est une menace sur la démocratie puisque cela signifie qu’on ne se reconnaît plus dans les élites politiques ce qui, au final, crée un climat prérévolutionnaire. D’autant plus explosif qu’il s’accompagne aujourd’hui d’un contexte de crise économique. Voilà pourquoi je parle d’un climat de désintégration sociale.

Paru sur www.lenouveleconomiste.fr, 15 novembre 2012

Regarder la réalité en face

Publié dans En France

Selon son introduction, Banlieue de la Répu­blique se veut le résultat d’une étude sur "l’arti­culation entre société, politique et religion en banlieue", dont l’ambition est de "contribuer avec d’autres au dialogue sur la société française et ses valeurs". Cette étude a été confiée par l’Institut Montaigne à Gilles Kepel et une équipe de chercheurs. Elle a pour terrain d’enquête deux communes du département de la Seine-Saint-Denis (93), Clichy-sous-Bois et Montfer­meil. L’étude s’est également fixé pour objectif de "rendre la parole à des individus, dont la plupart sont citoyens français, mais dont la voix porte peu, étouffée par le discours que tiennent sur “les banlieues” ceux qui se prévalent d’auto­rité, sauf lorsque l’émeute en libère le cri".
Dès l’introduction, le ton est donné, et le parti pris des auteurs transpire ensuite au long de l’ouvrage, les gouttes perlant régulièrement entre les lignes. Bien que les auteurs aient pris le soin de préciser que l’étude ne comportait pas de recommandations, ces dernières sont en réalité distillées au fil des pages, orientant le lecteur. Le plus surprenant est que la plupart de ces recommandations paraissent n’avoir guère pris en compte le contenu des entretiens, dont beaucoup sont pourtant révélateurs des sources qui alimentent les problèmes d’insertion dans la société et d’intégration dans la communauté française. Ceux des lecteurs qui seraient, d’aven­ture, tentés d’exercer leur liberté de pensée et de jugement en se permettant une opinion diffé­rente de celle des auteurs sont d’avance enfermés dans la case des mauvais penseurs. Cette étude a toutefois l’immense mérite de nous faire accéder aux entretiens qui ont été conduits avec les habitants dont la majorité est de culture extra-européenne, comme il est précisé. Les pépites foisonnent et se ramassent à la pelle, dessinant au fil des pages un tableau édifiant des défis qui se posent chaque jour davantage à notre société.

Quatre-vingt-treize est un essai signé de Gilles Kepel seul, qui achève selon son auteur "un cycle sur la France et l’islam" et qui "voudrait surtout contribuer à une réflexion d’ensemble sur la France et son devenir". Son grand mérite est de nous offrir une remarquable description des mécanismes de l’implantation, puis de la diffusion de l’islam en France au travers de plusieurs des courants qui l’animent. L’auteur explicite les stratégies que ces courants déploient pour prendre le contrôle des âmes qu’ils ont identifiées comme musulmanes de par leur naissance. Il analyse notamment une dimension qui est centrale pour comprendre une partie de la dégrada­tion dans le temps de l’intégration culturelle des populations de l’immigration du Sud : le halal. Mais l’auteur n’échappe pas à la tentation de dissuader tout exercice de l’esprit critique. Ceux qui justement tentent de contribuer à une réflexion d’ensemble sur la France et son devenir, mais qui pensent différemment, font l’objet d’une entreprise de diabolisation. C’est ainsi, entre autres, que la philosophe Élisabeth Badinter se voit clouée au pilori, accusée d’avoir opéré un rapprochement avec l’extrême droite, et que la démographe Michèle Tribalat et le géographe Christophe Guilluy se trouvent assimilés à des idéologues identitaires.

Le statut des femmes, un puissant marqueur identitaire
L’auteur emprunte son titre à un essai de Victor Hugo qui dépeint une page de la Révolution française durant laquelle les enfants de France sont entraînés dans une guerre fratricide d’une violence inouïe. Gilles Kepel nous rappelle incidemment que l’auberge des Thénardier – ces aubergistes qui avaient fait de la misérable Cosette une petite esclave – se situait à Montfer­meil (93). Nous sommes au début du XIXème siècle. Fantine, la maman de Cosette, victime des mœurs d’une époque qui condamnait les filles mères, s’était trouvée réduite à vendre ses cheveux et ses dents pour continuer d’acquitter la pension de son enfant. Elle mourra d’épuisement, lais­sant son enfant seule sur terre. L’auteur semble vouloir, par cette présentation subliminale, suggérer une identification entre la situation des habitants de ces quartiers et celle des Misérables.
Ce rapprochement est sans fondement aucun. Aujourd’hui, dans notre pays, une multitude d’aides sociales viennent en aide aux nécessiteux, aux accidentés de la vie et aux plus démunis. Banlieue de la République précise même, à propos d’une partie de la population qui a été observée, que "la part des revenus réaffectée dans leur pays d’origine y est significative, si l’on consi­dère les propriétés qui y sont détenues, et les séjours fréquemment attestés qu’y effectuent les chefs de familles […] 60 % d’entre eux y possè­dent une ou plusieurs résidences, le plus souvent dans la capitale". Voilà qui pose la question de la hiérarchisation des priorités par les familles (1). Le projet éducatif des enfants n’y est pas placé en haut de l’échelle, loin s’en faut. Dans ces conditions, l’ambition politique d’égalité des chances est vaine, et révèle même une dose d’hypocrisie et de cynisme de la part de notre société, qui tait à ces familles un certain nombre de vérités.
Depuis l’époque de Fantine, la société a connu des évolutions considérées par les Fran­çais comme des progrès majeurs. Les femmes ont conquis la liberté de choisir leur destin. Cette liberté est devenue un droit fondamental et l’un des marqueurs les plus puissants de l’identité du peuple français. Tout ce qui vient menacer cette liberté est assimilé à une régres­sion, et à ce titre rejeté. C’est véritablement là que passe la ligne de démarcation, et c’est à partir de là que des modèles de société peuvent diverger : "Au cœur du système familial, le statut de la femme, bas ou élevé, est essentiel. D’abord, parce qu’il définit en lui-même un aspect de l’existence sur lequel les peuples ne sont guère prêts à transiger" (2)

Dans Banlieue de la République, Ece, d’ori­gine turque, née à Paris, évoque la chance que son père lui a donnée de faire des études longues – ce qui n’était pas du goût de sa mère : "Je me suis battue longtemps avec ma mère pour étudier", nous dit-elle. Elle témoigne : "Moi, j’ai eu la chance d’avoir une famille qui était civilisée et qui ne disait pas : “Toi tu es une fille, toi tu es un garçon”», et d’évoquer ensuite le fait qu’elle puisse travailler malgré son mariage : "J’ai la chance d’avoir un mari qui a une mentalité correcte. Donc, non, il n’y a jamais eu de souci […].» Les sociologues Horia Kebabza et Daniel Welzer-Lang avaient identifié le rôle que les mères pouvaient être amenées à jouer dans le processus d’asservissement de leurs propres filles : "La question du contrôle des femmes par les hommes n’est pas seulement une affaire privée, c’est un acte social dont les hommes ont à répondre devant leur communauté tout entière. Il existe une pression sociale sur les hommes qui ne savent pas “tenir leurs femmes”, et par ricochet sur les mères qui ne savent pas “tenir leurs filles”. Ce sont les mères, véritables agents de “dressage”, qui sont chargées de ce travail" (3) Le sujet est donc bien plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. C’est pourquoi l’approche la plus courante, qui consiste à se focaliser sur l’aide aux femmes en laissant de côté les pères et les garçons, est vouée à l’échec. Ce sont eux, en effet, qui détiennent le plus souvent les clés du verrou.

Linda, jeune mère d’origine syrienne de la communauté chrétienne de rite syriaque, s’in­surge : "Non, franchement j’aime bien mon quartier mais la mentalité des gens, elle m’énerve. Exemple, ils vont voir une meuf avec une mini-jupe, ça y est pour eux, c’est une salope !" Ce portrait avait déjà été brossé par le journaliste du Monde Luc Bronner : "“À partir de 12, 13 ans, elles existent d’abord dans le regard des autres.” Les jugements sont définitifs. Selon les vêtements portés, selon leur attitude publique face aux garçons, selon leur histoire personnelle, les filles peuvent être qualifiées de “putes” ou “crevardes” '4)" C’est pourquoi, lorsque les auteurs de Banlieue de la République nous assènent dès le début de leur étude que "Clichy-Montfermeil c’est la France même", on voudrait savoir de quelle France ils parlent au juste.
Comme l’a fort bien développé Luc Ferry (5), les sociétés occidentales sont entrées dans une nouvelle ère, celle de la sacralisation de l’être humain par l’amour. Sa réflexion permet de mesurer le gouffre qui existe entre nos sociétés et celles au sein desquelles l’être humain ne se voit reconnaître aucun libre arbitre.

Le halal, ciment de la muraille identitaire
Au long des entretiens publiés dans Banlieue de la République, tout comme dans le Quatre-vingt-treize de Gilles Kepel, apparaît en trame de fond la question du contrôle très strict des indi­vidus par le groupe, et leur amputation de toute liberté individuelle au sens où l’entendent les Français. Le contrôle du groupe s’exerce aussi bien sur les hommes que sur les femmes. Tout ce qui diffère de la norme est rejeté, tenu à l’écart. Il s’agit d’établir un cordon sanitaire qui mini­mise les risques de contamination. Dans les deux ouvrages, quoique avec plus de profondeur dans Quatre-vingt-treize, est traitée la question du halal qui, bien loin de se résumer au seul mode rituel de consommation des viandes comme beaucoup le pensent à tort, englobe toute une philosophie de vie qui consiste à tracer une frontière entre ce qui serait licite et ce qui ne le serait pas, allant jusqu’à s’immiscer dans les questions qui ont trait aux unions.

Aujourd’hui, le halal est devenu un des vecteurs les plus puissants de l’ "affirmation identi­taire" – expression employée par Gilles Kepel – aux côtés du voile des femmes. Gilles Kepel, qui parle même de "perspective de purification", rappelle que "durant les années 1990, les diri­geants des organisations islamiques politiques issues des Frères musulmans, focalisés sur la controverse du hijab à l’école qui leur paraissait la plus propice à faire émerger en France une communauté militante sous leur houlette, ne montraient pas d’intérêt pour les enjeux trop complexes du halal". L’affaire ne se résumerait donc pas à un simple attribut vestimentaire, comme de nombreux hommes et femmes politiques se sont plu à le penser, mais à un combat politique. L’offensive se déplace à présent sur le terrain du halal, comme l’explique Gilles Kepel : "Elle reflète la compétition entre salafistes et fréristes pour dominer l’expression de l’islam impératif dans le monde d’aujourd’hui – dont l’Hexagone, avec ses millions de musul­mans en terre occidentale, représente un champ de bataille important […]. L’enjeu, par-delà la viande et son marché, les critères du pur et de l’impur, l’exclusion ou l’inclusion dans le rapport à la société française globale, est le contrôle cultuel et politique sur la nouvelle génération des musulmans de France." En dépit de l’étau qui se resserre sur les musulmans par le biais de la question "halal", les auteurs suggèrent – jamais directement, toujours à mots couverts, de manière détournée ou ambiguë – que les cantines scolaires, désertées au motif qu’elles refusent d’enfreindre les règles de la laïcité, acceptent d’entrer dans une logique d’ "accommodement".

Les deux ouvrages mettent en lumière la stratégie de réenracinement culturel et religieux des jeunes générations par le biais de la trans­mission de la langue arabe. Et pourtant, Banlieue de la République recommande que soient mises en œuvre la totalité des propositions de la commission Stasi, dont "développer l’apprentissage de la langue arabe dans le cadre de l’Éducation nationale" : "Ces mesures – celles de la commis­sion Stasi – paraissent toujours d’actualité, et permettraient de répondre de manière appro­priée à un certain nombre de demandes et de récriminations exprimées dans l’enquête, en manifestant à la fois la dimension universelle et non discriminante du pacte laïque" ; façon de suggérer que, dans ses modalités actuelles, notre pacte laïque serait "discriminant"… Or, le contenu de ce pacte existait bien avant l’arrivée des migrants du sud de la Méditer­ranée. Pourtant, chaque fois que surgit un point de friction, les auteurs suggèrent qu’il revient à la société française de s’adapter en abandonnant des éléments de son pacte social et moral. Mais les principes et valeurs du peuple français sont le reflet de sa longue histoire poli­tique et culturelle, avec laquelle il n’a nulle envie de rompre. L’historien Pierre Nora le résume à la perfection : "la France n’est pas un terrain vague" (6)

Sur une trajectoire de ségrégation
Quatre-vingt-treize nous montre de quelle manière, et à quel point, les musulmans se trou­vent eux-mêmes manipulés, otages d’enjeux économiques et désormais politiques dont les conséquences ne manqueront pas de retentir un jour sur la cohésion sociale et nationale : "L’or­ganisation a tout mis en œuvre pour que le concept de l’intégration soit remplacé par celui de la citoyenneté : en d’autres termes, elle s’était efforcée de construire un espace de valeurs isla­miques autonomes dans le cadre de la citoyen­neté française" (7)

L’étude Banlieue de la République regorge de ces témoignages qui mettent en évidence la mise à l’écart de la culture française, qui se voit dépré­ciée, et l’affirmation d’une culture de l’entre-soi pour ne pas se trouver contaminé par des "impurs". Pour Sener, trente-huit ans, d’origine turque, résidant à Clichy-sous-Bois, gérant de restaurant, disposant d’un bagage d’enseignement supérieur et dont les enfants ont la nationalité française :"La pire des personnes d’Istanbul est plus sympathique que la meilleure personne d’ici […] on ne veut pas rester avec des étran­gers." Ceux qui sont ici qualifiés d’étrangers sont les Français de souche. L’endogamie est recherchée, et le rejet de l’exogamie assumé : "Une très forte proportion de nos interlocuteurs musulmans se sont dits opposés au mariage avec un conjoint non musulman." Selon l’anthropo­logue Emmanuel Todd, "le taux d’exogamie, proportion de mariages réalisés par les immi­grés, leurs enfants ou leurs petits-enfants avec des membres de la société d’accueil, est l’indica­teur anthropologique ultime d’assimilation ou de ségrégation, qui peut opposer sa vérité à celle des indicateurs politiques et idéologiques" (8). Sommes-nous sur une trajectoire d’assimilation, ou de ségrégation ? Un début de réponse nous est apporté par les travaux de la démographe Michèle Tribalat, selon laquelle "46 % des mariages dits mixtes enregistrés à l’état civil en France et 56 % de ceux qui ont été célébrés à l’étranger ont suscité ou régularisé une immigra­tion en France en 2006. C’est particulièrement vrai des mariages franco-algériens. J’ai estimé que, pour ces derniers, deux tiers des mariages célébrés en France et la quasi-totalité des mariages célébrés à l’étranger marquaient le début d’une histoire migratoire légale en France" (9).

Islam de France, ou  islam en France ?
Dans Quatre-vingt-treize, Gilles Kepel distingue "trois âges de l’islam de France". L’auteur nous apprend que des étudiants venus pour­suivre leurs études au nord de la Méditerranée y "sont restés pour faire carrière, entre autres dans la gestion de l’islam de France". Il expose avec une remarquable clarté le processus de tissage d’une toile d’araignée qui recouvre peu à peu des quartiers entiers puis les fait basculer du côté des "territoires perdus de la République" (10), en référence au fait que les principes républi­cains n’y sont plus les bienvenus. Malgré cela, on lit dans Banlieue de la République des affirmations aussi fantaisistes que : "ils sont nés sur le sol de leur nouvelle patrie, éduqués à l’école de la République, et donc imbus des valeurs communes qu’elle leur avait inculquées", ou encore : "l’émergence du halal qui s’est développé “par le bas” au long des deux dernières décennies comme un marqueur identitaire se consolidant avec l’entrée dans la citoyenneté française a permis en quelque sorte d’accompagner tranquillement le basculement de beaucoup de familles et d’individus dans la culture occidentale sans se renier". Que recouvrent, pour les auteurs, les termes de "valeurs communes" et de "culture occidentale" ? Comment interpréter le fait que parmi les "600 000 Tunisiens […] dont les deux tiers d’entre eux détiennent la double nationa­lité", comme l’écrit Gilles Kepel, un tiers de ceux qui ont voté aient choisi un parti islamiste  ? (11) Quand Gilles Kepel annonçait, en 2000, le déclin de l’islamisme et l’entrée prochaine des sociétés musulmanes "de plain-pied dans la  modernité, selon des modes de fusion inédits avec le monde occidental" (12), qu’entendait-il par-là précisément ? Bien qu’il démontre lui-même, au long de son essai, que nous ne sommes nulle­ment en présence de la naissance d’une nouvelle religion en territoire français, mais bien d’une religion importée, l’auteur persiste à évoquer un islam de France, quand il faudrait parler d’islam en France.
La question qui se pose, et qui n’est jamais posée, a trait à la relative facilité avec laquelle la pratique rigoureuse de la religion peut s’emparer de ces êtres, conduisant fatalement au commu­nautarisme et à la ségrégation. Celui ou celle qui a le courage et la force de respecter au mieux l’ensemble des commandements peut prendre valeur d’exemple pour les autres; cela dépendra étroitement des repères culturels qui auront été inculqués par la famille durant l’enfance (13).
L’exemplarité s’étend jusqu’à la "vêture", terme employé dans Quatre-vingt-treize. Une femme qui marche voilée dans la rue devient pour les autres musulmanes une leçon de morale ambu­lante qui peut ouvrir la voie à l’exercice, sur ces dernières, d’une pression de leur entourage. Les deux ouvrages nous citent des exemples d’étu­diants dont la brillante insertion sociale, études supérieures à l’appui – l’un est même diplômé de l’insead - n’a pas suffi à les empêcher de s’ins­crire dans un processus qui conduit au rejet des normes collectives françaises. Ce qui émane peu à peu au fil de la lecture, c’est qu’il n’y a pas de lien direct entre réussite sociale et insertion culturelle dans la société française.

Le mirage de la rénovation urbaine
Ce qui ne manquera pas d’interpeller les lecteurs de l’étude, c’est l’inquiétude qui habite nombre d’enquêtés à l’idée de voir les lieux rénovés de nouveau dégradés par les habitants eux-mêmes. Soda, femme de ménage malienne, est une mère très inquiète : "Ils font pipi dans les ascenseurs et dans les escaliers […] ici les enfants ils n’ont pas reçu une bonne éducation de leurs mères […] ils crachent sur les gens […]. Les gens, ils jettent les poubelles devant l’ascen­seur, parfois dans l’ascenseur […]. Il y a beau­coup de jeunes qui sont partis là-bas et ils nous ont raconté. Ici c’est comme en Afrique, c’est pas la France." Murielle, ancienne militante communiste quinquagénaire, explique qu’en tant que Français "on ne se sent même plus chez nous. On se sent très gênés. C’est grave". Elle a fini par déménager vers la Seine-et-Marne, et dit de son ancien quartier, qui a bénéficié d’un programme de rénovation urbaine : "Ils ont encore tendance à jeter les poubelles par les fenêtres." Binta et Fanta, deux Maliennes, expriment leur grande inquiétude : "Hier soir on n’a pas pu dormir à cause des cris et des vociférations des jeunes garçons postés dans la rue […]. On a trop peur des armes blanches, des couteaux avec lesquels ils traînent tout le temps."
Les lecteurs découvriront aussi que l’encla­vement peut avoir du bon. C’est lui qui a protégé Montfermeil des réseaux de trafic de drogue, contrairement à Sevran (14) qui dispose d’une bonne desserte. Ils liront également la description du ballet des hommes et femmes politiques – tous partis confondus – à la recherche de la bénédic­tion des associations islamiques. En violant les principes et valeurs de la République, en parti­culier la loi de séparation des Églises et de l’État, mais également l’indivisibilité du peuple qui impose de ne pas prendre en compte la sensibilité religieuse des individus, nos hommes et femmes politiques ont largement contribué à rendre les personnes de sensibilité musulmane otages d’enjeux de pouvoir : "Mais il demeure un fait indéniable que désormais, et même en intégrant la concurrence entre associations musulmanes qui segmentent le réservoir de voix concernées, le facteur islamique est devenu l’un des éléments du vote – à Saint-Denis comme dans de nombreuses autres villes à habitat populaire comportant les mêmes caractéristiques socio-démographiques." Aucun groupe qui tire sa force de sa taille ne peut trouver intérêt à laisser ses membres supposés s’intégrer à la commu­nauté française, donc lui échapper. La dégrada­tion dans le temps de l’intégration était donc inéluctable, d’autant que les flux migratoires, par leur importance, ont créé les conditions d’une reproduction des sociétés culturelles d’origine sur la terre d’accueil, avec le développement de véritables diasporas, «peuples qui gardent un sentiment de leur unité malgré l’éclatement géographique" (15). Pourtant, le rôle majeur joué par les flux migratoires dans la dégradation de l’in­tégration n’est pas vraiment abordé dans ces deux ouvrages.

Une charge inacceptable contre l’école et les enseignants
La charge menée contre l’école et les ensei­gnants est profondément injuste et injustifiée. La responsabilité de l’échec des élèves leur est régulièrement imputée : ceux qui ont échoué auraient été victimes de "l’indifférence de l’ins­titution scolaire" et n’auraient pas eu la chance de croiser des enseignants capables et motivés. Selon les auteurs, ce serait par ailleurs le gouffre qui existerait entre les enseignements que l’école dispense et les demandes du marché du travail qui serait en partie la cause du problème de l’in­sertion économique. On voit poindre ici une querelle qui avait été déclenchée par le monde de l’entreprise, qui aimerait pouvoir participer à l’élaboration des contenus des programmes scolaires. Or, ce n’est pas là que réside le problème. On découvre également que la forme d’autono­misation des établissements scolaires que l’ac­tuel ministre de l’Éducation nationale souhaiterait mettre en œuvre s’apparente à ce qui a déjà été testé sur le territoire scolaire de Clichy-Montfer­meil à partir de 2006, et dont les résultats restent très en deçà des taux de réussite nationaux. Ces solutions ne sont pas les bonnes, et élargiraient à terme la fracture scolaire.
Le conseiller d’orientation est quant à lui suspecté de racisme par les élèves, pour cause d’orientation vers des filières professionnelles. Les témoignages abondent qui mettent en évidence l’existence d’un environnement rebelle et turbulent défavorable à la réussite et d’un phénomène de bandes avec des jeunes qui passent une partie de leur vie au bas des cages d’escaliers pour cause d’exiguïté des logements et de taux de natalité élevé dans les familles. C’est peu de dire que "les conditions de l’éducation" (16) sont loin d’être réunies. Comment ces élèves pour­raient-ils s’investir dans un travail scolaire qui exige du calme, de la sérénité et de la régularité, d’autant que dans certains quartiers l’argent récolté par le biais du trafic de drogue peut exercer, par son volume, un attrait (17) certain sur les élèves ? Le rapport d’étude relève que la répression contre les trafics de drogue "affecte paradoxalement le paiement des loyers". Combien de temps va-t‑on faire semblant de croire que les parents ignorent tout des activités de leurs enfants, et faire peser sur ces seuls enfants la responsabilité intégrale de ce qui est en réalité la conséquence d’un défaut d’éducation ? C’est pourtant là que la difficulté croissante de l’école à assumer son rôle trouve sa source principale. Bien que les auteurs aient pris le soin de préciser que la réussite de l’éducation est largement conditionnée «par la filiation […] et pose des questions d’harmonisation entre les valeurs héri­tées par le canal familial et celles de la société d’accueil», les parents sont très peu présents dans leur réflexion.
L’ignorance des exigences et compétences requises pour l’exercice de certains métiers est édifiante. Redouane, bac + 4, avance que "malheureusement, on est dans un modèle de société qui nous mène à notre perte". Il aurait voulu être enseignant mais a échoué aux concours. Les auteurs précisent que Redouane "ne lit pas et ne semble guère à même ou désireux d’ac­croître son capital culturel".

Malgré tous les éléments dont les auteurs disposent grâce à leur travail d’enquête, ils concluent que la solution aux problèmes réside dans l’emploi, tout en ayant pointé l’une des causes de son impossibilité : le "capital éducatif et culturel inadapté d’une grande partie de la jeunesse qui n’est pas “employable” ".

Le châtiment du tonneau des Danaïdes
Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, plusieurs membres du comité directeur de l’Institut Montaigne, dont son président Claude Bébéar, rappellent que "beaucoup a été tenté et entrepris. Par exemple, le programme national de rénovation urbaine décidé en 2003 a mobilisé plus de 40 milliards d’euros, dont 600 millions d’euros pour la seule aggloméra­tion de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, épicentre des émeutes de 2005" (18). Nous pourrions y ajouter, entre autres, les moyens considérables consacrés chaque année, et depuis plus de trente ans, à la politique de l’éducation dite "prioritaire" ou aux zones fran­ches urbaines (19). Toujours selon les auteurs : "Aux yeux des Français, cette mobilisation n’a pas vraiment porté ses fruits et les résultats restent décevants. Par endroits, la situation économique, sociale et politique s’est tellement dégradée, que personne ne voit plus vraiment comment mettre fin à des logiques d’enferme­ment et de communautarisation." C’est bien le sentiment que la France subit le châtiment du tonneau des Danaïdes qui se dessine en effet au long des pages d’entretiens de l’enquête.

Certes l’identité d’un peuple est dynamique, et non figée. Mais il est illusoire, et dangereux, de laisser penser que ce qui est perçu par les Français comme portant atteinte à des droits fondamentaux au regard de leur histoire poli­tique et culturelle puisse être adopté ou assimilé. Il devient urgent d’accepter, collectivement, de regarder la réalité en face. "Celui qui voit un problème et ne fait rien fait partie du problème" (Mahatma Gandhi).
Lecture critique effectuée à la demande de l'historien et académicien Pierre Nora, publiée dans Le Débat (Marcel Gauchet)

1. Selon le rapport rédigé par Charles Milhaud, "L’in­tégration économique des migrants et la valorisation de leur épargne", daté de septembre 2006, ces transferts vers le pays d’origine atteignent la somme de 8 milliards d’euros par an.
2. Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés, Éd. du Seuil, 1994.
3. Horia Kebabza, Daniel Welzer-Lang, "Jeunes filles et garçons des quartiers: une approche des injonctions de genre", rapport réalisé pour la Délégation interministérielle à la Ville, septembre 2003.
4. Luc Bronner, La Loi du ghetto, Calmann-Lévy, 2010.
5. Luc Ferry, La Révolution de l’amour, Plon, 2010.
6. Pierre Nora, "Les avatars de l’identité française", Le Débat, n° 159, mars-avril 2010.
7. Gilles Kepel cite des extraits du discours du prési­dent de l’UOIF Fouad Alaoui prononcé le 23 avril 2011.
8. E. Todd, Le Destin des immigrés, op. cit.
9. Michèle Tribalat, Les Yeux grands fermés. L’immigra­tion en France, Denoël, 2010.
10. Sous la direction d’Emmanuel Brenner, Les Terri­toires perdus de la République, Mille et une nuits, 2002.
11. Le Monde.fr avec AFP, "Tunisie: le parti islamiste Ennahda arrive en tête en France", 25 octobre 2011.
12. Gilles Kepel, Jihad, expansion et déclin de l’islamisme, Gallimard, 2000.
13. C’est pourquoi la transmission du référentiel culturel français doit intervenir au plus tôt, par le biais d’une scolari­sation précoce. Cette recommandation figure dans Banlieue de la République.
14. "Le maire de Sevran veut l’armée pour lutter contre les trafiquants", Libération, 3 juin 2011.
15. Chantal Bordes-Benayoun et Dominique Schnapper, Les Mots des diasporas, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008.
16. Marie-Claude Blais, Marcel Gauchet, Dominique Ottavi, Les Conditions de l’éducation, Stock, 2008.
17. Sur l’argent brassé et distribué, lire l’article publié le 29 décembre 2011 par Le Figaro : "Les incroyables comptes d’un dealer marseillais". Le "bénéfice" du caïd cité dépasse les 100 000 euros par mois. Les "nourrices" qui gardent la marchandise reçoivent un salaire d’environ 5 000 euros par mois, de même que le guetteur.
18. "Pourquoi “Banlieue de la République” ? "par Claude Bébéar, Nicolas Baverez, Jacques Bentz, Guy Carcassonne…, membres du comité directeur de l’Institut Montaigne, Le Monde, 4 octobre 2011.
19. Bien que n’étant pas les plus pauvres selon les chif­fres de l’INSEE, ces quartiers bénéficient d’une priorité d’in­vestissement des deniers publics. Voir Fractures françaises de Christophe Guilluy, Bourin Éditeur, 2010.

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