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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

L'abus de mécénat

Publié dans Du côté des élites
L'abus de mécénat, un nouveau délit ?

"Les mirages de l’Art contemporain" seront en librairie le 24 mai avec cinquante pages supplémentaires sur l’Art financier. Voici un avant-goût des délices de la financiarisation de l’art avec les dérives du mécénat mis en lumière par le magazine "Pièces à conviction" de France 3 (1)
Après un François Hollande lyrique qualifiant la fondation Vuitton de "morceau d’humanité", les journalistes sont revenus sur les conditions de réalisation de cette œuvre de l’architecte Frank Ghery dans le Bois de Boulogne. Le projet ne respectait pas la charte des Bois, le Plan Local d’Urbanisme n’y autorisant pas de construction de plus d’un niveau, ce qui est un peu bas de plafond pour réaliser le "grand geste architectural" rêvé par Bernard Arnault. Que croyez-vous qu’il arriva, que le mécène et son architecte ont revu leur copie pour respecter la Loi ? Non, en 2011, la Loi changea exprès et par le biais d’une pratique scandaleuse, le "cavalier législatif", qui consiste à introduire des dispositions qui n'ont rien à voir avec le sujet traité par un projet de loi (le livre numérique en l’occurrence) Ainsi, les opposants ne sont pas au courant et, " ni vu ni connu, j’t’embrouille". C’est Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, autre grand lyrique, qui va déposer cet amendement sur mesure, fort cavalier pour une démocratie. M. Arnault eut ainsi les coudées franches et le projet, arrêté en justice par les riverains, repartit.
Oui mais c’est un généreux mécène, il serait inconvenant de lui reprocher de nous léguer ce "morceau d’humanité" ! Sauf que ce morceau est défiscalisé, depuis la Loi Aillagon de 2003, à hauteur de 60 % et qu’il est difficile d’obtenir des chiffres, tant la culture de l’opacité est répandue… dans la Culture, ou ce qui en tient lieu. Ainsi les chiffres des embauches de LVMH semblent, d’après l’enquête, bien surévalués. Combien a couté la fondation Vuitton ? Officiellement, 100 millions… le prix du rêve.
Oui mais les journalistes ont découvert (après ceux de Marianne) qu’entre le montant officiel et la réalité il y a un léger décalage : coût total, 800 millions dont 480 défiscalisés, c’est-à-dire payés par le contribuable qui fait un joli cadeau au mécène. Il n’y a pas que Koons qui aime nous faire des cadeaux payants, c’est une constante en matière de mécénat qui fonctionne comme une vente forcée, imposée aux contribuables.
Là, commence le plus gratifiant du reportage : le député qui a poussé le "cavalier" n’est pas au courant des conséquences financières : "Si j’avais su, je ne l’aurais pas fait" dit-il. La suite du reportage ne montre pas ce qu’autrefois on appelait "des idiots utiles", non, mais de braves gens "qui n’ont pas les chiffres en tête" comme M. Renaud Donnedieu de Vabres, pourtant un des 5 administrateurs de la Fondation Vuitton : incompétence ? Cynisme ? Et M. Aillagon, à l’origine d’une Loi sur le mécénat qui dérape (le cout de la dépense fiscale explose depuis 2004, multipliée par 7,7) : pas au courant non plus ! Seule Aurélie Filippetti parle sans langue de bois, mais elle n’est plus ministre, cela aide : elle ose dire que la générosité de ces mécènes est piochée dans la poche d’autrui. A quand un plafond de la défiscalisation pour cause de mécénat ? Lors du débat final, une intervenante souligna que le montant de l’évasion fiscale est équivalent à celui de notre déficit. (Mais c’est le contribuable qui est sans cesse culpabilisé d’être dépensier, resquilleur etc !). Faudra-t-il créer un délit d’abus de mécénat ? Pour notre part, nous proposerions plutôt de créer un anti prix pour les mécènes abusifs : le prix Bobi. Non pour l’assonance avec bobard mais en référence à ce personnage du roman "Que ma joie demeure". Bobi est un chic type, généreux. "Oui, commentait l’auteur, Jean Giono, il est généreux mais du bien des autres". Attitude fort répandue chez nos grandes consciences…

Paru sur www.sourgins.fr, envoyé par l'auteur, 10 avril 2018
(1) "Bernard Arnault, l'art de payer moins d'impôts",
une enquête de Stenka Quillet, diffusée dans "Pièces à conviction" le 28 mars 2018. Suivre ce lien et aller à la minute 34 :

https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-3/pieces-a-conviction/pieces-a-conviction-du-mercredi-28-mars-2018_2668210.html (
https://www.sourgins.fr/?email_id=96&user_id=370&urlpassed=aHR0cHM6Ly93d3cuZnJhbmNldHZpbmZvLmZyL3JlcGxheS1tYWdhemluZS9mcmFuY2UtMy9waWVjZXMtYS1jb252aWN0aW9uL3BpZWNlcy1hLWNvbnZpY3Rpb24tZHUtbWVyY3JlZGktMjgtbWFycy0yMDE4XzI2NjgyMTAuaHRtbA%3D%3D&controller=stats&action=analyse&wysija-page=1&wysijap=subscriptions

Peinture sans peinture

Publié dans A tout un chacun
Peinture sans peinture
 
La technique vient de parachever la dématérialisation totale de l’art : on peut maintenant peindre directement dans l’espace et y convier le spectateur muni d’un casque adéquat.
Une application de dessin en réalité virtuelle, Tilt Brush, vendue 20 dollars, aurait atteint le chiffre de 190 000 utilisateurs, un an seulement après le début de sa commercialisation par Google : deux commandes manuelles remplacent crayons, pinceaux et burins. Portrait de l’artiste en pilote informatique ? En fait, cet outil fut créé pour le divertissement d’un public d’amateurs mais des artistes s’en sont emparés, séduits par son côté "immersif" si tendance : le spectateur n’est plus face à l’art mais dedans ! Peut-on en conclure que la technique réalise un des rêves ancestraux de l’artiste : "mettre le spectateur dans son propre monde" ? Assiste-t-on à une apothéose ou à une déconfiture totale des arts visuels ? Car dans l’art traditionnel, le spectateur n’est pas conquis d’avance, il faut manier ses instruments de manière pertinente pour attirer son attention, sinon le public se détourne. Dans le cas de la réalité virtuelle, le spectateur est captif d’avance, par définition. Reste que, lassé ou déçu par ce qu’il découvre, il peut toujours enlever le casque. Il semble que les premiers essais de peinture virtuelle soient répétitifs avec abus de couleurs criardes et multiplication d’effets faciles, néon, fluo ou paillettes. Bref, il ne faudrait pas confondre réussite technique et brio esthétique…
Les musées ont depuis longtemps compris l‘intérêt pédagogique de la réalité virtuelle qui permet, par exemple, de reconstituer des architectures ou des événements passés, de manière vivante pour les cervelles avides de sensations. Les artistes, eux, expérimentent et certains rêvent déjà de travailler à plusieurs sur un même espace virtuel : la peinture deviendrait-elle un jeu vidéo comme un autre ? Beaucoup se demandent comment en vivre : en étant rémunéré lors de performances comme pour un spectacle ? Les galeries ne savent pas encore comment exposer les œuvres de réalités virtuelles. Mais cet art participatif a-t-il encore besoin d’un intermédiaire en galerie ? Voilà une invention qui risque de fuser, les réseaux sociaux aidant, par-dessus la tête des marchands comme des experts.
La technique, elle, a déjà une longueur d’avance : Google a mis au point des pinceaux sensibles aux sons qui réagissent en temps réel à la musique. A quand l’œuvre d’art connectée qui fasse grille-pain et réservation auto ?

Paru sur www.sourgins.fr, 27 juin 2017

Un humaniste s'en est allé...

Publié dans Du côté des élites
Un humaniste s'en est allé...

2017 aurait du commencer par une bonne nouvelle (le lancement d’un livre atypique : "Eco enluminures, cris de la terre" de Sérgio Bello) , hélas nous apprenons la disparition de Laurent Danchin, grande figure de la dissidence française.
Commissaire de nombreuses expositions d’Art Brut à la Halle St Pierre, correspondant de la revue internationale Raw Vision, Laurent Danchin fut un des premiers à publier contre l’AC (soit l’Art officiel, potentiellement financier), terme qu’il avait contribué à créer et diffuser. Il vit ces dernières annéesl’AC s’accaparer et financiariser un Art Brut méprisé jusque-là. Longtemps, Danchin imagina que l’Art Brut apporterait  fraîcheur et innocence "au sein d’une scène artistique particulièrement perturbée et indéchiffrable, (…) tout en rappelant, contre l’abus et l’imposture, ce qu’est la vraie création, Mais "cet enfant sauvage, mal élevé, qui n’aurait jamais été admis à la table des bourgeois, fait désormais l’objet, tous azimuts, d’une intense campagne de nettoyage et de récupération, (…) submergé au passage par la foule des opportunistes, des arrivistes ou des imposteurs", écrivait-il en 2014 (1).


Fils d’universitaire, Danchin  détestait l’Université pour son absence de curiosité, son fractionnement du savoir, ou son approche de l’Art théorique, "objective", en un mot conceptuelle. Diplôme en histoire de l’art à Paris X, titulaire d’ un DEA d’esthétique à la Sorbonne, il fit Normal Sup et devint professeur de lettres à Nanterre et Boulogne Billancourt expérimentant au quotidien, pendant 30 ans, la banlieue et les marges : il en gardait une passion pour la culture générale, seule capable d’empêcher l’émiettement d’une société devenue babélique. C’est ainsi qu’un ministère de la Culture séparé de l’Education contraint automatiquement, selon lui, la Culture à devenir de la consommation, un divertissement. Ses talents de pédagogue lui permettaient de défendre brillamment sa passion pour l’Art brut,  la culture dite "populaire", les "autodidactes" ou les créateurs singuliers comme Chomo, sculpteur ermite de Fontainebleau dont il fut l’ami.

Son œuvre a participé à la prise de conscience du totalitarisme "soft" que nous subissons. Il est l’auteur d’une grande bibliographie sur l’Art contemporain montrant, depuis 1980, l’ampleur du débat, quoique  souvent souterrain.
Son érudition, sa bonhommie et sa profondeur nous manqueront.
Il nous reste plusieurs vidéos, comme celle sur " la critique cultivée de l'Art contemporain"
cliquez . Animé avec Jean-Luc Giraud, son site Mycélium, cliquez  dont le nom suggère que les idées et les formes cheminent comme  les ramifications souterraines des champignons. Un des derniers textes publiés par Laurent Danchin figure dans le livre du plasticien brésilien Sérgio Bello "Eco enluminures, cris de la Terre". Cet ouvrage, à travers l’Amazonie, est un plaidoyer pour la Terre que l’homme assassine ; il est constitué de 27 enluminures poétiques et engagées, accompagnées de textes rédigés par 27 personnalités d’origine diverse, en écho à l’impact des images (site de Sérgio Bello cliquez ). Laurent Danchin s’y associa, comme le sociologue et philosophe Edgar Morin, l’astrophysicien Hubert Reeves, le critique d’art Gérard Xuriguerra etc... J’eus le plaisir d’en écrire le prélude,  Danielle Mitterrand la préface (texte inédit)… (diffusion du livre ;  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. )   

Un acte de lutte et de résistance, le pinceau ou la plume à la main, pour ouvrir dignement 2017 !

 




1) Préface de Aux frontières de l’art brut, un parcours dans l’art des marges, de Laurent Danchin, Collection mycelium, Éd. lelivredart 640 p.
Paru sur www.sourgins.fr
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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