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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

L’inaliénabilité du patrimoine

Publié dans Du côté des élites
L’inaliénabilité (du patrimoine), tabou ou sagesse ?
 
En 20 ans, à peine plus de 2 000 plaintes déposées, or la commission interministérielle en charge du dossier vient de révéler que 57 500 œuvres d’art sont manquantes dans les inventaires de l’Etat (1). Près de 10 % se sont évaporées dans les musées de France, 15 % dans les musées nationaux, 60 % à l’étranger. Si certaines ambassades ont pu pâtir de troubles locaux, que dire de ce millier de disparitions qui a eu lieu à l’Élysée ?
 
Or son actuel locataire vient d’aggraver l’hémorragie en décidant tout seul (sans vote à l’assemblée, ni référendum) de mettre fin à la loi d’inaliénabilité du patrimoine. C’est grâce à cette règle d’or que l’Etat ne se comporte pas comme un collectionneur vénal qui revend selon ses caprices ou les intérêts d’un lobby. C’est à l’inaliénabilité que la France doit la conservation d’une richesse culturelle particulière. Ainsi, un conservateur américain disait à un collègue français : "En Amérique nous avons des chefs-d’œuvre, mais vous, en France, vous avez les chefs-d’œuvre et leur contexte !"
 
A priori, M. Macron serait animé de généreuses intentions : restituer des œuvres africaines pillées du temps des colonies. Ce sujet délicat mériterait d’être approfondi mais quelques réflexions montreront le terrain glissant où notre président nous entraîne. Car "Restitution", ce mot au parfum d’équité, cache de bonnes intentions dont l’enfer est pavé. Par exemple, certaines ethnies ont migré à l’intérieur du continent africain : faut-il restituer à leur pays d’origine ou à leur pays d’arrivée ? D’autres sont établies à cheval sur le Burkina et la Côte d’Ivoire, contenter les uns risquera de mécontenter les autres.  Mieux, comme nombre de musées africains, celui de Dakar possède des objets Bambara du Mali, des pièces de la Guinée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso ou du Benin… dont l’obtention initiale peut être sujette à caution : va-t-il restituer à ses voisins ? De par le monde, chaque pays a été tour à tour, envahisseur puis occupé, pillard puis pillé. Le précédent créé par M. Macron risque d’entraîner une cascade de demandes réveillant rancœurs et antagonismes, tout en flattant le nationalisme le plus étroit ; les objets africains, aux africains ; aux chinois, les objets chinois etc. Voilà qui sonnerait le glas du musée "universel" et obligerait à vider le couteux quai Branly, payé par le contribuable (autre forme de restitution dont on ne parle jamais : les occidentaux ont aimé, protégé, étudié, réparé, exposé aux yeux de tous, ces objets).
 
Monsieur Macron vient d’ouvrir une boite de Pandore car tout objet d’art, aujourd’hui en dehors de son pays d’origine, n’a pas forcément été  pillé  ou volé. Mais comment prouver un don ou un achat loyal, des siècles après ? Les preuves risquent d’avoir disparues. La sagesse voudrait qu’on s’inspire de la législation appliquée aux individus : passé un certain délai, il y a prescription ce qui participe à la paix civile. Il faudrait réfléchir à un délai pendant lequel les contestations seraient recevables (un siècle au moins) parce qu’on pourrait raisonnablement investiguer. Mais cela suppose une réflexion collective mondiale et non de décider sur un coin de bureau jupitérien. Pourquoi une telle précipitation ? Selon Didier Ryckner, de la Tribune de l’art, les 26 restitutions du 23 novembre 2018 masqueraient un vulgaire copinage : "l’une des personnes les plus actives pour demander ces "restitutions" est Marie-Cécile Zinsou, fille de Lionel Zinsou, ancien premier ministre du Bénin. Or, Lionel Zinsou et Emmanuel Macron se connaissent bien"  pour avoir travaillé ensemble à la banque Rothschild. Mieux, Lionel Zinsou"a été l’un de ses soutiens de M. Macron durant la campagne présidentielle" au point que  La Tribune Afrique le compte comme un des "hommes du Président". Comme Marie-Cécile Zinsou ne fait pas mystère de l’état déplorable des musées béninois, de là à penser que les restitutions macroniennes atterrissent "sans tarder" à la Fondation Zinsou, il n’y a qu’un pas… (2)
 
Rebaptisé "tabou" voir "fétiche" par ses détracteurs, le verrou de l’inaliénabilité a donc sauté. Ce qui ouvre des perspectives aux ambitieux marchands ou amateurs d’art : vendre la Joconde, et plus si affinité, devient possible pour combler, tant soit peu, notre dette vertigineuse. Sothby’s et Christie’s seraient ravies, les grands collectionneurs aux anges. Les tabous et fétiches ont parfois du bon, les Africains ne diraient pas le contraire : ceux de l’inaliénabilité seront-ils restitués au peuple français ?

(1) Toutes époques confondues, soit, sur un total de 467 000 oeuvres, près de 12%.
(2) plus d’infos sur cette affaire et sur la « méthode » utilisée : un rapport demandé à deux universitaires qui ne sont spécialistes ni de l’art africain ni des musées !
https://www.latribunedelart.com/inalienabilite-et-alienabilite
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 février 2019

Et l'Art dans le Grand débat ?

Publié dans Du côté des élites
Et l'Art dans le Grand débat ?
 
Rémy Aron, l’ancien président de la Maison des artistes, lance une pétition : "Stop au dirigisme artistique d’État ! Pour un respect de la diversité ! " ? En ces temps de discussions animées, y aurait-il une chance pour que les politiques écoutent enfin ? Diversité ne signifie pas forcément qualité mais c’est un préalable et une obligation démocratique.
Constatant l’échec de l’Etat (200 "inspecteurs de la création"et pas un seul artiste français au Top 200 des artistes mondiaux), que son inféodation à la spéculation financière multiplie pratiques opaques et conflits d’intérêts etc., la pétition en souligne les conséquences : l’exclusion des lieux institutionnels de la plupart des artistes non-alignés sur l’esthétique "Art Contemporain" globalisable et financiarisable, la disparition des savoir-faire etc. Les pétitionnaires demandent donc la création d’un groupe de travail parlementaire sur l’intervention de l’Etat dans la création artistique avec audit, publication d’un état des lieux et propositions de réformes. Vous pouvez la signer sur Change.org. La précédente commission, sous F. Hollande, n’avait même pas audité le président de la Maison des artistes (!) se cantonnant à écouter les hommes du système. L’administration, comme la presse française, restent dans le déni de la dissidence française … mieux connue à l'étranger.
 
S’il y a de la contestation dans l’Art, il y a aussi de l’Art dans la contestation. Dès novembre, Bansky a revendiqué sur Instagram une œuvre réalisée à Paris (un gilet jaune jetant un bouquet de fleur), avec ce commentaire : "Cinquante ans depuis le soulèvement de Paris en 1968. Le lieu de naissance de l’art du pochoir moderne". Si beaucoup d’actuels graffitis répondent à ceux de 68, comme "Faites l’amour, pas la galère", d’autres apportent une note écolo, très XXIème siècle : "Des banquises, pas des banquiers !". Le street-art (et c’est le moindre de ses paradoxes) est à la fois local et global, grâce à internet, il est donc un moyen idéal de diffusion des idées ou des soutiens. D’où la fresque réalisée à Miami, dans le quartier de Wynwood réputé pour ses œuvres en plein air, par MTO, un artiste français : des gilets jaunes anonymes se tenant la main en dessous de l’inscription : "Et d’ici Manu, tu nous entends ?".
 
Bien entendu, les ronds-points, lieux emblématiques de la contestation, ne sont pas en reste. Depuis des lustres on y érigeait des œuvres d’art, pas toujours plébiscitées par la population locale, or, le 8 décembre sur un rond-point à Wasselonne, en Alsace, est apparu un gilet jaune, œuvre du vitrailliste Roland Pfann, qui a même reproduit les bandes réfléchissantes grâce à un verre spécial.  Cliquer
Il y eu aussi l’initiative du street-artiste Pascal Boyart, PBoy, détournant "La liberté guidant le peuple" de Delacroix en y incrustant des gilets jaunes, rue d’Aubervilliers, à Paris. Mais l’esprit du temps ludiquo-lucratif reprenant ses droits, l’artiste y glissa douze mots codés cachés permettant de gagner 1000 € en bitcoin via un flashcode. Beaucoup plus polémique est la fresque en grande partie noir et blanc qui vient d’être peinte, ce dimanche, au même endroit (un espace autorisé pour l’art de rue) par le groupe Black Lines : 30 mètres de long sur le thème "Hiver jaune" et qui met en valeur Christophe Dettinger, le boxeur incriminé dans une échauffourée avec la police. Sans oublier une famille groupée devant le fenestron télévisuel où s’affiche "Rêve-olution"… A suivre.
Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 29 janvier 2019

Quoi de neuf en 2019 ?

Publié dans Du côté des élites
Quoi de neuf en 2019 ?
 
En ce début d’année, un souhait que les pouvoirs publics seraient bien inspirés de réaliser pour calmer les exaspérations fiscales : et si nous, français, prenions modèle sur certains pays européens en matière de transparence culturelle ? Si l’Espagne y arrive, pourquoi notre brillant ministère ne mettrait-il pas fin à une exception non pas culturelle mais cultuelle : le culte du secret en matière de dépenses pour l’Art dit contemporain ?
 
Le musée Centro del Carmen à Valence, expose, en ce début 2019, Daniel G. Andujar, un artiste d’AC. Son exposition "Sistema operativo" remixe, entre autres, des œuvres anciennes : nous sommes dans la banalité d’un art mondialisé. L’extraordinaire, l’inouï pour un visiteur français, ce sont les affiches dans les salles qui détaillent les frais occasionnés par l’exposition proposée au public et payée par celui-ci (car si l’entrée est gratuite, le gratuit est toujours finalement payant). Les visiteurs espagnols ont le droit de savoir jusqu’au prix des brochures ! L’artiste est payé à l’égal du commissaire qui est devenu une sorte de co-auteur de l’œuvre (5 000 euros chacun). Notons que la rétribution de l’artiste ne correspond pas à l’achat de l’œuvre proprement dite, il s’agit plutôt d’un cachet, d’un droit de monstration (l’installation une fois démontée, son concept sera remontré ailleurs). Il paraît que, pour les espagnols, cet affichage est une obligation démocratique. Pourquoi est-ce incroyable en France ?
 
L’administration culturelle française illustre, jusqu’à la caricature, les dérives d’une démocratie représentative devenue confiscatoire. Les fonctionnaires se targuent d’avoir reçu, in fine, leur fonction d’un élu, dès lors "l’Etat, c’est eux", et ils piochent dans les finances publiques sans vergogne : ils n’ont pas de compte à rendre au citoyen puisqu’ils agissent en son nom, pour son bien, et que, par son bulletin de vote, celui-ci a cautionné le système, le paye et est prié d’applaudir. Tous ceux qui récriminent ne peuvent donc qu’être d’horribles anti-démocrates qui-menacent-nos-institutions. Il est comique que ce soit la Monarchie espagnole qui donne, ici, des leçons de démocratie participative à la République française.
Car le remède aux dérives d’une démocratie représentative serait d’insuffler un peu de démocratie participative. Et la participation du citoyen suppose, au minimum, de l’informer. Alors, Monsieur Riester, seriez-vous capable d’afficher le coût des pneus, genre tracteur, délicieusement recouverts d’or et juchant les rampes du grand escalier central de l’Opéra de Paris, grâce à Claude Lévêque (
cliquer) (1) ? Chacun a conscience que le décor du Palais Garnier manquait un peu de faste routier mais, cher M. le Ministre, le citoyen aimerait comprendre pourquoi la Galerie Kamel Mennour rime avec toujours en matière d’expos dans des lieux de prestige ; qui choisit, où sont les "concours" ou "appels à projets" ? Qui sont les glorieux sponsors : les pneus restant une année, se pourrait-il que ce soit… Goodyear !?
(1) L’artiste en pneus, qui ne manque pas d’air, vient de signer une tribune de solidarité avec les Gilets jaunes… au milieu d’autres personnalités de l’AC  !!!!

Envoyé par l'auteur, 15 janvier 2019, paru sur www.sourgins.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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