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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Petits trafics culturels ...

Publié dans Du côté des élites
Petits trafics culturels entre amis...
 
Une enquête publiée en début d’année par l’ONG humanitaire Human Rigths Watch (HRW) dénonce l’exploitation de milliers de travailleurs d’Abu Dhabi, ceux qui construisent le Louvre des sables, piloté par la maison-mère parisienne mais aussi un Guggenheim et un National Muséum en partenariat avec le British Muséum.
L’émirat compte 80% d’immigrés et des entrepreneurs qui ont la manie de confisquer le passeport de leurs employés ; ceux-ci, payés au bon plaisir de leurs maîtres, sont renvoyés à la moindre plainte. La France a vendu l’usage du prestigieux patronyme "Louvre" alors qu’elle n’est pas maître d’ouvrage : Jean Nouvel fut choisi par les émiratis qui gardent la main sur ces chantiers pharaoniques. Pas de syndicats, ni d’accès à la justice ; des travailleurs expulsés par centaines après la grande grève de 2013, des "frais de recrutement" perçus par des filières d’immigration ou les employeurs et donc des ouvriers endettés avant d’avoir touché un salaire… "Tout cela donne un cocktail toxique qui facilite le travail forcé et le trafic humain" a rappelé un des responsables d’HRW (1).
Du côté des fonctionnaires culturels européens qui collaborent à ces opérations, le discours est lénifiant : ils laissent entendre qu’ils profitent des chantiers pour influencer discrètement les responsables émiratis, vers plus d’humanité, de social et de démocratie. Mais peut-on dire à Abu Dhabi "faites ce que je dis et pas ce que je fais" ?
 
Ainsi, à Londres, en février 2015, plus de la moitié des chargés de sécurité à la National Gallery ont fait grève contre la privatisation des fonctions d’accueil et de surveillance du musée. Selon la direction, ces changements compenseraient la baisse de subventions publiques mais "aucun emploi ne sera supprimé". Cependant, un gardien ayant choisi de travailler en musée risque de se retrouver à garder un supermarché, si la société gestionnaire le juge bon. Une employée a déjà été mise à pied : prenant trop à cœur la défense du service public, elle avait divulgué les conditions financières du marché d’externalisation, et donc "violé le (sacro-saint) secret en matière commercial". En fait, les musées britanniques multiplient les emplois précaires ou externalisent allégrement leur personnel comme le War museum ; la Tate Gallery de Liverpool mais aussi le Victoria and Albert museum raffolent des fameux "contrats zéro heure" obligeant un salarié à venir travailler à la demande, convoqué par simple SMS, sans assurance d’un quelconque volume horaire… bref, une forme d’esclavage branché (2). Comment les musées européens peuvent-ils éduquer leurs homologues orientaux à des "bonnes pratiques" dont ils se délestent ?

En France, on peut même se demander si les mœurs des monarchies pétrolières ne sont pas en train de déteindre. Ainsi l’émir du Pas de Calais, pardon le président PS de la région, a vu "très démocratiquement" sa propre fille Elvire Percheron recrutée au Louvre Lens pour superviser la communication et le développement des publics. Depuis le début du mois la polémique enfle jusque dans le camp de l’élu. Un hourvari semblable avait éclaté en 2012 lorsque sa fille avait déjà tenté d'entrer au Louvre-Lens mais Henri Loyrette, alors président du Louvre, avait stoppé l’opération. En 2013, même tollé quand la dame avait été pressentie pour le poste qu'elle occupait à la région avant de postuler pour le Louvre-Lens. Une fille qui n’arrive pas à s’éloigner de son papa, c’est émouvant (3). Le Louvre-Lens défend un choix rationnel. "Nous avons auditionné six candidats pour ce poste (…). Elvire Percheron était nettement au-dessus du lot", c’est gentil pour les autres. En apparence, les règles sont respectées ; la candidate a master et DESS idoines mais les membres du jury ne seraient-ils pas proches du Président du Conseil Régional ? La décision finale a été prise par Jean-Luc Martinez président du Louvre et du conseil d'administration de Lens, mais elle est peut-être liée au déménagement des réserves du Louvre à Liévin, une opération nationale mais bizarrement payée par … la Région du Pas de Calais. (4)

Autrefois, un élu se faisait gloire de n’être soupçonnable en rien et surtout pas de népotisme : les temps ont bien changé. Quand ils entendaient le mot culture, certains sortaient un revolver, personnellement je sors mon agenda ; mais dans un bassin minier où le chômage règne, certains pourraient être tentés de dégainer le bulletin de vote…(5)
http://www.sourgins.fr

(1) Le Monde, 13 février 2015, p. 21.
(2) Le Monde, 10 février 2015 p. 27
(3) On se rappellera l’indignation soulevée contre le président Sarkozy qui voulait placer son fils à la tête de l’EPAD à La Défense, il y a quelques années : le tapage fut tel que le président recula.
(4) Il est question de transférer les réserves du Louvre à Liévin pour échapper à l’inondation de la Seine ; mais le site choisi semble… inondable ( ?) Cette externalisation des réserves serait une catastrophe majeure selon la Tribune de l’art, certains évoquant même "la fin de l’idée de "musée"" sic.
(5) Dernier petit trafic culturel : Agnès Saal, après avoir travaillé à Beaubourg, dirige l’INA, elle se voit reprocher 40 000 euros de notes de taxi en dix mois.

Exibit-B

Publié dans Du côté des élites
Le "vivre ensemble" à l’épreuve de l’Art contemporain
 
Exibit-B (B pour Black) est une déambulation-spectacle du Sud-Africain Brett Bailey, en douze tableaux-vivants représentant des scènes de l’histoire coloniale et postcoloniale.
Retour sur cette exposition, maintenant que les passions sont retombées.
 
Le jour de la première, le 27 novembre 2014, au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, l’accès fut bloqué par un collectif d’associations estimant que l’œuvre était raciste et portait atteinte à la dignité humaine. On y voyait des acteurs noirs croupir dans la cage d’un zoo humain, une reconstitution d’une scène d’esclavage, collier de fer au cou etc. 
Bailey est blanc, se déclare anti-raciste, en usant d’un stratagème récurrent dans l’art très contemporain, l’AC : dénoncer le mal par le mal. Quitte, en reconstituant le mal, à continuer de le propager, risquant d’enfermer les uns dans le statut de victimes et les autres dans le costume du bourreau : une société multi-ethnique est-elle forcément doloriste ? "Décolonisons l’imaginaire !" criait, aux portes de l’exposition, le "collectif anti-négrophobie" sic qui fut repoussé… manu militari.
A nouveau, se pose le problème d’une œuvre susceptible de troubler le "vivre ensemble" alors qu’elle bénéficie de fonds publics (qu’un mécène privé en prenne la responsabilité est une chose, mais une collectivité publique ?).
 
L’œuvre continua sa tournée à Paris, au sous-sol du 104, pour mieux conditionner les spectateurs : ils devaient se séparer de leurs affaires au vestiaire, passer par un détecteur de métaux, recevoir un numéro et l’instruction "vous ne pourrez pas revenir en arrière". Ils étaient alors "libres" de défile, à leur rythme mais un par un, dans la lumière tamisée des reconstitutions de la souffrance infligée aux Noirs. Les acteurs étant immobiles et silencieux, des panneaux explicatifs retraçaient le contexte. Ici git Angelo Soliman, historien et philosophe, vivant au XVIIIe siècle à la cour de Vienne et qui, mort, fut embaumé et exhibé en un Musée d’Histoire naturelle. Nombre de spectateurs révoltés, scandalisés par ce destin, ont célébré alors les vertus pédagogiques de l’exposition, s’indignant de l‘étroitesse de vue des opposants.
 
Or seule une approche historique, non partielle et partiale, pourrait avoir des vertus pédagogiques et rappeler, par exemple, que le royaliste Cadoudal qui n’était point noir, fut exécuté et, lui aussi, dépecé : au nom de la science, son squelette gesticula à l’Ecole de Médecine pendant tout le premier Empire.
Récemment, l’artiste d’AC Wim Delvoye tatoua le dos de Tim Steiner qui sera écorché à sa mort, sa peau étant exposée comme œuvre d’art : Steiner (obligé par contrat) a exhibé son dos au Louvre en 2012, sans émouvoir grand monde ( faut-il en déduire que tout est permis dès lors qu’on obtient consentement, quitte à payer ?).
Exibit-B ne travaille pas l’histoire humaine mais la mémoire du spectateur grâce à un protocole très simple, apte à faire monter l’adrénaline chez les plus endurcis : instruction impérative fut donnée aux acteurs-figurants de poser sur le visiteur un regard transperçant et de ne pas le lâcher.
Pour le performer jouant Angelo Soliman, l’immobilité, la concentration demandées sont éprouvantes physiquement, nerveusement : un parcours  dure entre trente et quarante minutes, plusieurs représentations avaient lieu chaque soir. Cependant le comédien défend le spectacle mordicus, les occasions de travailler sont rares mais ce n’est pas ce qu’il avance : "Harponner le spectateur, le hanter du regard, c’est inverser les rôles. Le voyeur n’est pas celui qu’on pense". Classique inversion des rapports de force dans une relation sado-maso… ?
 
Les opposants pétitionnèrent contre ce "zoo humain", tentèrent en vain d’interdire le spectacle via la justice ; les représentations, dans une ambiance tendue, s’arrêtèrent le 12 décembre, deux jours avant la date prévue.
En définitive, le grand argument pour défendre le spectacle fut : "Il faut voir "Exhibit B" avant de prendre position !" Voilà une injonction propre à une société mercantiliste "pour critique, obligation de consomme, de payer", d’être comptabilisé parmi les spectateurs et donc ...au bénéfice de l’œuvre contestée ! Cela revient à dire "vous n’avez pas le droit de dire que le curare est mortel, tant que vous n’y avez pas goûté !". Si on fait l’expérience on meurt … et la discussion cesse.
 
Certes, pour juger de l’ajustement des costumes, de la pertinence des décors (est-ce bien un objet d’époque ?), de l’éclairage (trop blafard, trop chaud ?) etc., il faut avoir vu. Mais pas s’il s’agit de critiquer la nature d’un spectacle et non sa mise en œuvre concrète. Or ici, les méthodes employées sont plus proches de la manipulation que du théâtre car elles impliquent violemment le spectateur dans l’œuvre ; il devient juge et partie et perd tout sens critique. L’efficacité, l’intensité de l’œuvre sont indéniables : des spectateurs secoués, les larmes aux yeux, "restent muets, incapables de verbaliser l'expérience qu'ils viennent de vivre". Cette soumission à une surdose d'émotions, sorte de "binge drinking" d'affects, enflamme la sensibilité et se désintéresse des conséquences. L’œuvre croit convertir à une cause humaniste, elle manipule, elle voudrait prémunir et laisse démuni... formaté un peu plus à la société du spectacle dénoncée par Debord.

www.sourgins.fr, 31 mars 2015

Vandalismes culturels...

Publié dans Du côté des élites
Vandalismes  culturels...
 
Les vidéos montrant les destructions d’œuvres d’art à Mossoul viennent de soulever une émotion considérable. Mais n’y a-t-il pas d’autres formes de vandalisme, certes plus feutrées, mais du coup passées inaperçues ? Ainsi les décisions prises par la nouvelle direction de Louvre, risquant de réduire le "musée le plus fréquenté du monde" à un musée partiel et partial, discriminant.
 
En 2010, le pouvoir exécutif d’alors avait décidé de "créer au Louvre un département consacré aux arts des chrétientés d’Orient, des empires byzantins et slaves", décision entérinée par le Conseil d’administration de l’établissement public du musée, alors présidé par Henri Loyrette.
La création du département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient fut annulée le 15 avril 2013, jour de la prise de fonction du nouveau président du Louvre, Jean-Luc Martinez. C’est dire si cette décision a été prise rapidement, "sans qu’ait été menée une réflexion approfondie", comme le déplore dans une lettre à La Croix, l’ancienne responsable de la section copte au Louvre et conservateur général honoraire du patrimoine, Marie-Hélène Rutschowscaya.

Celle-ci montre qu’on ne peut, pour justifier cette suppression, invoquer des raisons d’économie. L’opération avait été prévue à budget constant, le personnel nécessaire se trouvant déjà au sein du Louvre. L’espace ne manquait pas non plus (le futur département devait occuper l’aile Richelieu) et les œuvres étaient déjà en possession du musée (1). Or elles sont actuellement présentées, lorsqu’elles le sont, dans un joyeux désordre, dispersées dans huit départements. Marie-Hélène Rutschowscaya parle d’ "aberration" : des objets coptes sont conservés au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, au département des Objets d’art,… etc. Autrement dit, ces œuvres sont "déconnectées de tout contexte historique et culturel". Le musée en persévérant dans cette incohérence organise auprès du public (comme des chercheurs) l’invisibilité et l’illisibilité de ces œuvres et des cultures dont elles témoignent.

Le silence complet qui a entouré ce revirement étonne : quasiment pas d’échos dans les grands médias. Que n’auraient-ils pas dit si on avait supprimé le projet de département des arts de l’Islam, celui du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem, Marseille) ou celui des Arts premiers ?
 
Pourquoi renoncer ?
Il semble que ce nouveau département ait été un "sujet clivant" dès ses prémices. Certains conservateurs auraient déploré un regroupement d’œuvres en fonction de critères religieux. Voilà des conservateurs peu au fait de ce qui se pratique dans d’autres grands musées du monde, où une approche civilisationnelle, et non pas confessionnelle, est mise en place. Quelle manque de vergogne d’invoquer ce critère après l’ouverture des arts de l’Islam !
On nous dit également que ce projet aurait nécessité une importante réorganisation des autres départements et de leurs champs de compétences ; mais le département des arts de l’Islam posait les mêmes problèmes et cela n’a pas arrêté le projet.
Les expositions au musée du Louvre, Armenia sacra, Sainte Russie et Chypre en 2013 montrent l’intérêt suscité par ces sujets. De plus, l’actualité s’accélère au proche Orient et l’on ne peut plus dire, avec le ministère de la culture alors dirigée par Aurélie Filippetti, "que la création de ce département n'était pas une urgence".
Depuis, l’Etat islamique (ou Daesh) n’a cessé de sévir, détruisant massivement et les hommes et le patrimoine culturel : celui des chrétiens d'Orient, notamment en Syrie et en Irak, est directement visé. La lettre "noûn" stigmatise, pour la persécution, les Chrétiens comme autrefois l’étoile jaune, les juifs. La France ne s’engagera-t-elle qu’à larguer des bombes alors que le combat contre l’ignorance est fondamental ? Car l’ignorance nourrit le mépris et le mépris alimente la violence. Il est temps que le "devoir d’histoire" vienne apaiser et corriger le "devoir de mémoire" car la mémoire est passionnelle, partielle et partiale.
 
Vandalisme soft ?
Certes, l’exposition Koons prévue au Louvre début 2015, n’aura pas lieu : le mépris des chrétientés Orientales aurait rendu l’arrogante présence de l’Art contemporain, obscène, au sens premier du terme (2). Mais la douloureuse actualité de "l’Orient compliqué" devrait interroger la direction du Louvre : où est le respect de la diversité des cultures ?
La crédibilité de l’universalité du musée est en jeu mais aussi la crédibilité de la laïcité qui doit permettre à chaque culture d’être respectée… Ce genre de renoncement, qui se joue dans l’atmosphère cossue des administrations, n’est–il pas une forme de vandalismesoft ? La nôtre (3)..

Paru sur http://www.sourgins.fr

(1) Les estimations qui circulent font état de 11.000 pièces (10.000 œuvres coptes et un millier byzantines et post-byzantines). Elles concernent l’Europe orientale (Grèce, Balkans, Ukraine, Arménie) la Russie, le Proche-Orient chrétien (Liban, Palestine, Syrie…) et l’Égypte copte jusqu’au Soudan et  l’Éthiopie.
(2) Sinistre, de mauvais augure. L’AC, l’art très contemporain, a pour leitmotiv que "la destruction est une création", exposant à prix d’or le fruit de ses démolitions (ex
cliquez).
(3) D’autres exemples de vandalisme public : laisser se délabrer le patrimoine, voir l’état de certaines églises à Paris… l'éventuelle destruction des Serres d’Auteuil… etc.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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