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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Exibit-B

Publié dans Du côté des élites
Le "vivre ensemble" à l’épreuve de l’Art contemporain
 
Exibit-B (B pour Black) est une déambulation-spectacle du Sud-Africain Brett Bailey, en douze tableaux-vivants représentant des scènes de l’histoire coloniale et postcoloniale.
Retour sur cette exposition, maintenant que les passions sont retombées.
 
Le jour de la première, le 27 novembre 2014, au Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, l’accès fut bloqué par un collectif d’associations estimant que l’œuvre était raciste et portait atteinte à la dignité humaine. On y voyait des acteurs noirs croupir dans la cage d’un zoo humain, une reconstitution d’une scène d’esclavage, collier de fer au cou etc. 
Bailey est blanc, se déclare anti-raciste, en usant d’un stratagème récurrent dans l’art très contemporain, l’AC : dénoncer le mal par le mal. Quitte, en reconstituant le mal, à continuer de le propager, risquant d’enfermer les uns dans le statut de victimes et les autres dans le costume du bourreau : une société multi-ethnique est-elle forcément doloriste ? "Décolonisons l’imaginaire !" criait, aux portes de l’exposition, le "collectif anti-négrophobie" sic qui fut repoussé… manu militari.
A nouveau, se pose le problème d’une œuvre susceptible de troubler le "vivre ensemble" alors qu’elle bénéficie de fonds publics (qu’un mécène privé en prenne la responsabilité est une chose, mais une collectivité publique ?).
 
L’œuvre continua sa tournée à Paris, au sous-sol du 104, pour mieux conditionner les spectateurs : ils devaient se séparer de leurs affaires au vestiaire, passer par un détecteur de métaux, recevoir un numéro et l’instruction "vous ne pourrez pas revenir en arrière". Ils étaient alors "libres" de défile, à leur rythme mais un par un, dans la lumière tamisée des reconstitutions de la souffrance infligée aux Noirs. Les acteurs étant immobiles et silencieux, des panneaux explicatifs retraçaient le contexte. Ici git Angelo Soliman, historien et philosophe, vivant au XVIIIe siècle à la cour de Vienne et qui, mort, fut embaumé et exhibé en un Musée d’Histoire naturelle. Nombre de spectateurs révoltés, scandalisés par ce destin, ont célébré alors les vertus pédagogiques de l’exposition, s’indignant de l‘étroitesse de vue des opposants.
 
Or seule une approche historique, non partielle et partiale, pourrait avoir des vertus pédagogiques et rappeler, par exemple, que le royaliste Cadoudal qui n’était point noir, fut exécuté et, lui aussi, dépecé : au nom de la science, son squelette gesticula à l’Ecole de Médecine pendant tout le premier Empire.
Récemment, l’artiste d’AC Wim Delvoye tatoua le dos de Tim Steiner qui sera écorché à sa mort, sa peau étant exposée comme œuvre d’art : Steiner (obligé par contrat) a exhibé son dos au Louvre en 2012, sans émouvoir grand monde ( faut-il en déduire que tout est permis dès lors qu’on obtient consentement, quitte à payer ?).
Exibit-B ne travaille pas l’histoire humaine mais la mémoire du spectateur grâce à un protocole très simple, apte à faire monter l’adrénaline chez les plus endurcis : instruction impérative fut donnée aux acteurs-figurants de poser sur le visiteur un regard transperçant et de ne pas le lâcher.
Pour le performer jouant Angelo Soliman, l’immobilité, la concentration demandées sont éprouvantes physiquement, nerveusement : un parcours  dure entre trente et quarante minutes, plusieurs représentations avaient lieu chaque soir. Cependant le comédien défend le spectacle mordicus, les occasions de travailler sont rares mais ce n’est pas ce qu’il avance : "Harponner le spectateur, le hanter du regard, c’est inverser les rôles. Le voyeur n’est pas celui qu’on pense". Classique inversion des rapports de force dans une relation sado-maso… ?
 
Les opposants pétitionnèrent contre ce "zoo humain", tentèrent en vain d’interdire le spectacle via la justice ; les représentations, dans une ambiance tendue, s’arrêtèrent le 12 décembre, deux jours avant la date prévue.
En définitive, le grand argument pour défendre le spectacle fut : "Il faut voir "Exhibit B" avant de prendre position !" Voilà une injonction propre à une société mercantiliste "pour critique, obligation de consomme, de payer", d’être comptabilisé parmi les spectateurs et donc ...au bénéfice de l’œuvre contestée ! Cela revient à dire "vous n’avez pas le droit de dire que le curare est mortel, tant que vous n’y avez pas goûté !". Si on fait l’expérience on meurt … et la discussion cesse.
 
Certes, pour juger de l’ajustement des costumes, de la pertinence des décors (est-ce bien un objet d’époque ?), de l’éclairage (trop blafard, trop chaud ?) etc., il faut avoir vu. Mais pas s’il s’agit de critiquer la nature d’un spectacle et non sa mise en œuvre concrète. Or ici, les méthodes employées sont plus proches de la manipulation que du théâtre car elles impliquent violemment le spectateur dans l’œuvre ; il devient juge et partie et perd tout sens critique. L’efficacité, l’intensité de l’œuvre sont indéniables : des spectateurs secoués, les larmes aux yeux, "restent muets, incapables de verbaliser l'expérience qu'ils viennent de vivre". Cette soumission à une surdose d'émotions, sorte de "binge drinking" d'affects, enflamme la sensibilité et se désintéresse des conséquences. L’œuvre croit convertir à une cause humaniste, elle manipule, elle voudrait prémunir et laisse démuni... formaté un peu plus à la société du spectacle dénoncée par Debord.

www.sourgins.fr, 31 mars 2015

Vandalismes culturels...

Publié dans Du côté des élites
Vandalismes  culturels...
 
Les vidéos montrant les destructions d’œuvres d’art à Mossoul viennent de soulever une émotion considérable. Mais n’y a-t-il pas d’autres formes de vandalisme, certes plus feutrées, mais du coup passées inaperçues ? Ainsi les décisions prises par la nouvelle direction de Louvre, risquant de réduire le "musée le plus fréquenté du monde" à un musée partiel et partial, discriminant.
 
En 2010, le pouvoir exécutif d’alors avait décidé de "créer au Louvre un département consacré aux arts des chrétientés d’Orient, des empires byzantins et slaves", décision entérinée par le Conseil d’administration de l’établissement public du musée, alors présidé par Henri Loyrette.
La création du département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient fut annulée le 15 avril 2013, jour de la prise de fonction du nouveau président du Louvre, Jean-Luc Martinez. C’est dire si cette décision a été prise rapidement, "sans qu’ait été menée une réflexion approfondie", comme le déplore dans une lettre à La Croix, l’ancienne responsable de la section copte au Louvre et conservateur général honoraire du patrimoine, Marie-Hélène Rutschowscaya.

Celle-ci montre qu’on ne peut, pour justifier cette suppression, invoquer des raisons d’économie. L’opération avait été prévue à budget constant, le personnel nécessaire se trouvant déjà au sein du Louvre. L’espace ne manquait pas non plus (le futur département devait occuper l’aile Richelieu) et les œuvres étaient déjà en possession du musée (1). Or elles sont actuellement présentées, lorsqu’elles le sont, dans un joyeux désordre, dispersées dans huit départements. Marie-Hélène Rutschowscaya parle d’ "aberration" : des objets coptes sont conservés au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, au département des Objets d’art,… etc. Autrement dit, ces œuvres sont "déconnectées de tout contexte historique et culturel". Le musée en persévérant dans cette incohérence organise auprès du public (comme des chercheurs) l’invisibilité et l’illisibilité de ces œuvres et des cultures dont elles témoignent.

Le silence complet qui a entouré ce revirement étonne : quasiment pas d’échos dans les grands médias. Que n’auraient-ils pas dit si on avait supprimé le projet de département des arts de l’Islam, celui du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem, Marseille) ou celui des Arts premiers ?
 
Pourquoi renoncer ?
Il semble que ce nouveau département ait été un "sujet clivant" dès ses prémices. Certains conservateurs auraient déploré un regroupement d’œuvres en fonction de critères religieux. Voilà des conservateurs peu au fait de ce qui se pratique dans d’autres grands musées du monde, où une approche civilisationnelle, et non pas confessionnelle, est mise en place. Quelle manque de vergogne d’invoquer ce critère après l’ouverture des arts de l’Islam !
On nous dit également que ce projet aurait nécessité une importante réorganisation des autres départements et de leurs champs de compétences ; mais le département des arts de l’Islam posait les mêmes problèmes et cela n’a pas arrêté le projet.
Les expositions au musée du Louvre, Armenia sacra, Sainte Russie et Chypre en 2013 montrent l’intérêt suscité par ces sujets. De plus, l’actualité s’accélère au proche Orient et l’on ne peut plus dire, avec le ministère de la culture alors dirigée par Aurélie Filippetti, "que la création de ce département n'était pas une urgence".
Depuis, l’Etat islamique (ou Daesh) n’a cessé de sévir, détruisant massivement et les hommes et le patrimoine culturel : celui des chrétiens d'Orient, notamment en Syrie et en Irak, est directement visé. La lettre "noûn" stigmatise, pour la persécution, les Chrétiens comme autrefois l’étoile jaune, les juifs. La France ne s’engagera-t-elle qu’à larguer des bombes alors que le combat contre l’ignorance est fondamental ? Car l’ignorance nourrit le mépris et le mépris alimente la violence. Il est temps que le "devoir d’histoire" vienne apaiser et corriger le "devoir de mémoire" car la mémoire est passionnelle, partielle et partiale.
 
Vandalisme soft ?
Certes, l’exposition Koons prévue au Louvre début 2015, n’aura pas lieu : le mépris des chrétientés Orientales aurait rendu l’arrogante présence de l’Art contemporain, obscène, au sens premier du terme (2). Mais la douloureuse actualité de "l’Orient compliqué" devrait interroger la direction du Louvre : où est le respect de la diversité des cultures ?
La crédibilité de l’universalité du musée est en jeu mais aussi la crédibilité de la laïcité qui doit permettre à chaque culture d’être respectée… Ce genre de renoncement, qui se joue dans l’atmosphère cossue des administrations, n’est–il pas une forme de vandalismesoft ? La nôtre (3)..

Paru sur http://www.sourgins.fr

(1) Les estimations qui circulent font état de 11.000 pièces (10.000 œuvres coptes et un millier byzantines et post-byzantines). Elles concernent l’Europe orientale (Grèce, Balkans, Ukraine, Arménie) la Russie, le Proche-Orient chrétien (Liban, Palestine, Syrie…) et l’Égypte copte jusqu’au Soudan et  l’Éthiopie.
(2) Sinistre, de mauvais augure. L’AC, l’art très contemporain, a pour leitmotiv que "la destruction est une création", exposant à prix d’or le fruit de ses démolitions (ex
cliquez).
(3) D’autres exemples de vandalisme public : laisser se délabrer le patrimoine, voir l’état de certaines églises à Paris… l'éventuelle destruction des Serres d’Auteuil… etc.

Versailles, laboratoire...

Publié dans Du côté des élites
Versailles, laboratoire du malaise patrimonial
 
"Versailles, ce passionnant laboratoire de notre malaise patrimonial", la formule est d’Alexandre Gady, universitaire et président de la SPPEF (1) dans une tribune libre parue dans le dernier numéro de l’Objet d’Art.
Chacun connaît la politique d’ouverture du Palais, pour ne pas dire d’entrisme, déployée au profit de l’Art dit contemporain, l’AC, officiel et financier. On a tout dit sur ces opérations de captation du patrimoine au service d’intérêts particuliers. Une pièce d’une collection privée exposée dans un lieu de prestige historique voit sa cote renforcée, ce qui pose un grave problème de neutralité au service public. Mais on nous assurait que l’opération était, comme disent les américains, "gagnant/gagnant" pour Versailles aussi. Grâce à Koons (2008), Veilhan (2009), Murakami (2010) Venet (2011), Vasconcelos (2012), Penone (2013), Lee Ufan (2014), en attendant prochainement  Anish Kapoor (du 16 juin au 1er novembre 2015), Versailles gagnait…des entrées supplémentaires… donc des euros !
.
Problème :le palais de Versailles a-t-il besoin de public supplémentaire ? Oui, si l’on est fonctionnaire et que l’on participe à cette course effrénée au chiffre pour faire mousser sa carrière… au détriment du château qui souffre de cet afflux de visiteurs. Au point que la sagesse serait d’établir un numérus clausus, mais la bureaucratie culturelle fait mine de ne pas comprendre que le Palais est fragile et non extensible. Si elle le pouvait, elle construirait des ailes supplémentaires, certains y pensent, n’en doutez pas : passer à la postérité comme constructeur de Versailles au XXIème siècle, quelle gloire pour l’architecte, le "mécène", l’administrateur et le politique qui conduirait la manœuvre !
Utopie ? Que nenni.
Comme Versailles étouffe, les supposés gardiens du patrimoine ont déjà prévu d’altérer le corps central pour mettre en place un système de "rafraîchissement d’air", la température dans les appartements royaux étant intenable lors des grandes affluences. D’où, s’indigne Alexandre Gady, un véritable "traumatisme" pour le bâtiment avec la "destruction d’un bel escalier du XIXème, dépose d’une partie des marbres du Salon de la Paix, gaines dans les murs, sortie de la soufflerie apparente dans les parquets".
A quand des tapis roulants dans la galerie des Glaces pour accélérer le transit des touristes ?
La politique du chiffre, et donc celle des expositions promotionnelles d’AC, se retourne contre le bâtiment et "grève ses budgets de manière sensible, comme au Louvre où l’on dépense en ce moment 70 millions d’euros pour améliorer l’accueil de la pyramide, désormais saturée".
 
(1)
Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France.
Les architectures locales étaient  menacées par une nouvelle loi "biodiversité et paysages" : chacun aurait pu isoler sa maison par l’extérieur et n’importe quelle façade pouvait alors devenir un blockhaus mou, effaçant les modénatures et l’esthétique du bâtiment.
Pour voir ce qui risquait d’arriver,
cliquez.

Cette atteinte aux paysage remettait en cause l’économie du tourisme, une des rares non délocalisables ! La SPPEF et les associations de défense du patrimoine ont obtenu la protection des bâtiments construits avant 1948 et construits en matériaux traditionnels.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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