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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Versailles, laboratoire...

Publié dans Du côté des élites
Versailles, laboratoire du malaise patrimonial
 
"Versailles, ce passionnant laboratoire de notre malaise patrimonial", la formule est d’Alexandre Gady, universitaire et président de la SPPEF (1) dans une tribune libre parue dans le dernier numéro de l’Objet d’Art.
Chacun connaît la politique d’ouverture du Palais, pour ne pas dire d’entrisme, déployée au profit de l’Art dit contemporain, l’AC, officiel et financier. On a tout dit sur ces opérations de captation du patrimoine au service d’intérêts particuliers. Une pièce d’une collection privée exposée dans un lieu de prestige historique voit sa cote renforcée, ce qui pose un grave problème de neutralité au service public. Mais on nous assurait que l’opération était, comme disent les américains, "gagnant/gagnant" pour Versailles aussi. Grâce à Koons (2008), Veilhan (2009), Murakami (2010) Venet (2011), Vasconcelos (2012), Penone (2013), Lee Ufan (2014), en attendant prochainement  Anish Kapoor (du 16 juin au 1er novembre 2015), Versailles gagnait…des entrées supplémentaires… donc des euros !
.
Problème :le palais de Versailles a-t-il besoin de public supplémentaire ? Oui, si l’on est fonctionnaire et que l’on participe à cette course effrénée au chiffre pour faire mousser sa carrière… au détriment du château qui souffre de cet afflux de visiteurs. Au point que la sagesse serait d’établir un numérus clausus, mais la bureaucratie culturelle fait mine de ne pas comprendre que le Palais est fragile et non extensible. Si elle le pouvait, elle construirait des ailes supplémentaires, certains y pensent, n’en doutez pas : passer à la postérité comme constructeur de Versailles au XXIème siècle, quelle gloire pour l’architecte, le "mécène", l’administrateur et le politique qui conduirait la manœuvre !
Utopie ? Que nenni.
Comme Versailles étouffe, les supposés gardiens du patrimoine ont déjà prévu d’altérer le corps central pour mettre en place un système de "rafraîchissement d’air", la température dans les appartements royaux étant intenable lors des grandes affluences. D’où, s’indigne Alexandre Gady, un véritable "traumatisme" pour le bâtiment avec la "destruction d’un bel escalier du XIXème, dépose d’une partie des marbres du Salon de la Paix, gaines dans les murs, sortie de la soufflerie apparente dans les parquets".
A quand des tapis roulants dans la galerie des Glaces pour accélérer le transit des touristes ?
La politique du chiffre, et donc celle des expositions promotionnelles d’AC, se retourne contre le bâtiment et "grève ses budgets de manière sensible, comme au Louvre où l’on dépense en ce moment 70 millions d’euros pour améliorer l’accueil de la pyramide, désormais saturée".
 
(1)
Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France.
Les architectures locales étaient  menacées par une nouvelle loi "biodiversité et paysages" : chacun aurait pu isoler sa maison par l’extérieur et n’importe quelle façade pouvait alors devenir un blockhaus mou, effaçant les modénatures et l’esthétique du bâtiment.
Pour voir ce qui risquait d’arriver,
cliquez.

Cette atteinte aux paysage remettait en cause l’économie du tourisme, une des rares non délocalisables ! La SPPEF et les associations de défense du patrimoine ont obtenu la protection des bâtiments construits avant 1948 et construits en matériaux traditionnels.

Jeff Koons

Publié dans Du côté des élites
Jeff Koons, mistinguett de l’Art contemporain…
 
Le Centre Pompidou présente, du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015, la première rétrospective majeure consacrée, en Europe, à l’américain Jeff Koons.
On y verra ses œuvres les plus connues, de 1979 à nos jours, "les 'icônes' les plus célèbres de l’art de notre temps, notamment Rabbit, Michael Jackson and Bubbles, Balloon Dog et la série d’aquariums Equilibrium" dixit le centre Pompidou qui conclut : "depuis 35 ans, il explore de nouvelles approches du "readymade" et de l’appropriation, jouant de la lisière entre culture des élites et culture de masse, poussant les limites de la fabrication industrielle et changeant le rapport des artistes au culte de la célébrité comme aux règles du marché". 
Bien sûr, il faut lire et rétablir : il engrange les dividendes du ready-made et de l’appropriation, érige la culture de masse en culture élitiste, il a monté sa PME qu’il fait passer, prestige oblige, pour un atelier à la Rubens (!), il est artiste d’abord pour son habileté à défrayer la chronique, il est passé d’un marché de l’art à un art de marché…
 
A cette occasion, Expo in the City organise le 29 novembre à 15h un immense lâcher de "chiens culturels"sic dans le quartier du Marais, des 'balloons dogs' qui n’attendent que d’être adoptés. "Attachés à des piquets, aux entrées des parcs, perdus dans les ruelles, aventurés dans le métro, attendant devant une porte, couchés au pied d’un banc, ils sont partout ! Chaque chien portera à son cou un collier et un code de tatouage permettant de découvrir son cadeau". Et quels cadeaux : des centaines de places pour aller voir l’expo Koons, "des funny dogs Conforama pour décorer chez soi", des diners au restaurant Le George, des parfums Balmain… Et un raton laveur ? Non, des places pour le spectacle Mistinguett. Jeff Koons, mistinguett de l’Art contemporain ? Ce serait désobligeant pour la meneuse de revue mais il est vrai que son nom en est venu à désigner une jeune femme soucieuse de son apparence…or Koons, n’est-il pas avant tout soucieux de son apparence ?
 
Ce lâcher de ballons frénétique, aussi infantile que consumériste, est à comparer avec celui qui eut lieu - le mois dernier pour célébrer la chute du mur de Berlin ; sobrement, un à un, des ballons lumineux s’élevèrent dans le ciel berlinois. Cette retenue dans le spectaculaire laisse songeur : les nazis, eux, sous l’Occupation, s’empressèrent de rouvrir cabarets et spectacles parisiens, ils entendaient réduire le rayonnement de la culture française aux strass et paillettes, faire de la France le Luna Park de l’Europe. Or qui a réussi cette disneylandisation de la culture européenne ? La réponse s’affiche, sourire étincelant, à Beaubourg : certes, le phénomène a commencé avant Koons mais il l’incarne jusqu’à la caricature. Car, après le supplément du Monde qui lui a consacré sa une, c’est le tour du Figaro de ce jour, tandis que le BHV a installé une reproduction géante de l’œuvre Popeye sur sa façade  etc.
 
Pour ceux qui n’auraient pas bien compris, Jeff Koons, le 30 octobre, fut invité au Collège de France à un colloque organisé par la philosophe Claudine Tiercelin : "La fabrique de la Peinture". Jeff Koons, le premier à intervenir, expliqua que, puisque ses productions étaient colorées, il était peintre. Chacun sait qu’il ne manie pas le pinceau, pratiquant la célèbre "mise à distance du geste du peintre", "il fait de la peinture sans y toucher, c’est une forme particulière de peinture" comme l’a précisé un autre participant, un vrai peintre lui, qui fait son travail lui-même, ce qui jusqu’ici était du dernier ringard : pour réentendre parler Peinture et même technique, avec force détails pratiques, il avait fallu avaler le boa constrictor Koons…
Et pour ceux qui n’auraient vraiment, mais vraiment pas compris : Koons, après Versailles, Beaubourg et le Collège de France devrait envahir le Louvre début 2015 !
http://www.sourgins.fr/

"The Tree"

Publié dans Du côté des élites
L'affaire McCarthy
L’œuvre de l’artiste américain Paul McCarthy était intitulée "The Tree", plastiquement elle était à mi-chemin entre un sapin de Noël et un sex-toy de 24 mètres. Elle a été vandalisée place Vendôme (vandalisme qui consiste, semble-t-il, à avoir débranché la soufflerie). Précédemment, un inconnu avait giflé l’artiste avant de réussir à s’enfuir. L’installation, provisoire, était prévue dans le cadre de la Fiac, qui s’ouvre mercredi à Paris.
L’artiste n’a pas insisté pour qu’on regonfle sa baudruche. Dans le milieu de l’art international et financier, être vandalisé est un honneur, cela prouve qu’on a produit une œuvre qui "questionne", "interpelle" et, compliment suprême, "provoque", "bouscule" : c’est la condition du chef d’œuvre selon l’AC. Pour McCarthy l’opération est donc positive : tous les médias en gloussent encore (sauf, peut-être, les grandes chaines TV qui semblent avoir moins couvert l’affaire… mais BFM en a amplement parlé), voilà un bon coup de pub pour lancer son exposition de prestige à la Monnaie de Paris, le 24 octobre.

Même le président François Hollande s’en est ému lors de l’inauguration de la Fondation Louis Vuitton, hier soir : "La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son œuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle". Voilà une phrase toute faite qui prouve que le locuteur ignore tout, mais vraiment tout, des œuvres un peu salissantes de McCarthy. Se souiller, il adore - cf. ces performances où il se macule de ketchup. Un conseil, M. le président, pour  fréquenter MacCarthy, munissez-vous d’un parapluie…
 
Que transgresse vraiment cette œuvre, puisque tout le monde, institutionnel et marchand, tout ce qui est officiel est d’accord, Comité Colbert compris ? Ce comité est censé incarner l’excellence française : l’excellence du ridicule, sans doute, mais où sont les artistes vivant et travaillant en France ? "The Tree" transgresse "l’ordre moral" nous dit-on, sans rire. Quel ordre moral ? S’il y a aujourd’hui un ordre moral qu’il faudrait assouplir, attendrir, c’est, par exemple, celui de Daesh : mais là on chercherait en vain nos courageux rebelles officiels…
Peu importe d’ailleurs l’interprétation de l’œuvre : le travail formel, quand il existe dans l’art officiel, sert le plus souvent à tendre un piège au regardeur. C’est le cas ici, le spectateur a le choix entre 2 options : sapin ou sex-toy. Mais peu importe, le procédé rejoint celui des illusionnistes qui attirent l’attention du public tandis que le tour de passe-passe se joue ailleurs. L’affaire McCarthy n’est pas un problème d’esthétique mais, d’abord, un cas d’illégitimité démocratique.
 
Qui a décidé que "The Tree" occuperait l’espace public ? Et au nom de quoi ? La Mairie de Paris se défend, elle n’a choisi ni l’artiste ni l’œuvre : "la mairie n’a pas dépensé un euro, ni pour le montage ni pour la surveillance de cette œuvre place Vendôme. Nous n’avons fait qu’autoriser son installation dans l’espace public" affirme le premier adjoint chargé de la culture. La Mairie met donc, sans vergogne, l’Inestimable, c’est-à-dire l’histoire et le patrimoine d’une capitale, au service des intérêts du grand marché de l’art international.
Grâce à un petit cadeau du contribuable, au passage, elle offre à l’œuvre sa seule légitimité. La rue vient de désavouer, mais on ne sait les mobiles exacts du "vandale" et s’il faut vraiment en faire le porte-parole d’une majorité jusqu’ici silencieuse…
Le problème récidive avec la Monnaie de Paris qui réserve à McCarthy, pour sa réouverture, sa première grande exposition française, "Chocolate Factory" ? Encore un lieu patrimonial objet de ce que Jean Clair appelle "une titrisation de l’art".
La titrisation consiste initialement à noyer des produits financiers toxiques au milieu de produits sûrs : cette pratique du mercantilisme mondial a engendré, pour une part, la Crise de 2008. L’équivalent existe en art : dans la prestigieuse Monnaie de Paris, on contemplera, paraît-il, des godes chocolatés brandis par des Pères Noël qui sont des ordures, c’est bien connu. Peut-être faudra-t-il s’interroger sur le risque de laisser à disposition des fonctionnaires (pas trop bien payés, c’est vrai) une puissance symbolique considérable : il y a là, pour eux, une tentation permanente de céder aux sirènes de la finance triomphante…
 
Le public des contribuables, lui, saigné à blanc, assiste aux farces et attrapes d’une petite caste, jouant au chamboule tout dans les rues et avec les monuments de la capitale. A la moindre protestation, la nomenklatura se drape avec arrogance dans la dénonciation de "l’intolérance", de "l’obscurantisme", bref "la France d’en bas" qui ose ne pas applaudir : le mal à abattre, ce sont les empêcheurs de faire du business en rond.
Que des jouets pour millionnaires revendiquent une place dans l’espace public est déjà un peu bizarre : comment, leurs hyper-collectionneurs n’ont pas de quoi les loger ? Mais que l’AC qui, sociologiquement, représente une toute petite part des pratiques artistiques de la population, rafle sans arrêt toute la place et même la place Vendôme, c’en est une autre…
 
L’Art officiel et financier en occupant sans arrêt, d’œuvres provisoires en œuvres provisoires, le terrain, tout le terrain qui compte, est la vraie censure, la véritable intolérance.
Peut-être faudra-t-il inventer un mot nouveau : désobéissance culturelle.
Blog de Christine Sourgins, 21 octobre 2014

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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