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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Vandalismes culturels...

Publié dans Du côté des élites
Vandalismes  culturels...
 
Les vidéos montrant les destructions d’œuvres d’art à Mossoul viennent de soulever une émotion considérable. Mais n’y a-t-il pas d’autres formes de vandalisme, certes plus feutrées, mais du coup passées inaperçues ? Ainsi les décisions prises par la nouvelle direction de Louvre, risquant de réduire le "musée le plus fréquenté du monde" à un musée partiel et partial, discriminant.
 
En 2010, le pouvoir exécutif d’alors avait décidé de "créer au Louvre un département consacré aux arts des chrétientés d’Orient, des empires byzantins et slaves", décision entérinée par le Conseil d’administration de l’établissement public du musée, alors présidé par Henri Loyrette.
La création du département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient fut annulée le 15 avril 2013, jour de la prise de fonction du nouveau président du Louvre, Jean-Luc Martinez. C’est dire si cette décision a été prise rapidement, "sans qu’ait été menée une réflexion approfondie", comme le déplore dans une lettre à La Croix, l’ancienne responsable de la section copte au Louvre et conservateur général honoraire du patrimoine, Marie-Hélène Rutschowscaya.

Celle-ci montre qu’on ne peut, pour justifier cette suppression, invoquer des raisons d’économie. L’opération avait été prévue à budget constant, le personnel nécessaire se trouvant déjà au sein du Louvre. L’espace ne manquait pas non plus (le futur département devait occuper l’aile Richelieu) et les œuvres étaient déjà en possession du musée (1). Or elles sont actuellement présentées, lorsqu’elles le sont, dans un joyeux désordre, dispersées dans huit départements. Marie-Hélène Rutschowscaya parle d’ "aberration" : des objets coptes sont conservés au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines, au département des Objets d’art,… etc. Autrement dit, ces œuvres sont "déconnectées de tout contexte historique et culturel". Le musée en persévérant dans cette incohérence organise auprès du public (comme des chercheurs) l’invisibilité et l’illisibilité de ces œuvres et des cultures dont elles témoignent.

Le silence complet qui a entouré ce revirement étonne : quasiment pas d’échos dans les grands médias. Que n’auraient-ils pas dit si on avait supprimé le projet de département des arts de l’Islam, celui du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem, Marseille) ou celui des Arts premiers ?
 
Pourquoi renoncer ?
Il semble que ce nouveau département ait été un "sujet clivant" dès ses prémices. Certains conservateurs auraient déploré un regroupement d’œuvres en fonction de critères religieux. Voilà des conservateurs peu au fait de ce qui se pratique dans d’autres grands musées du monde, où une approche civilisationnelle, et non pas confessionnelle, est mise en place. Quelle manque de vergogne d’invoquer ce critère après l’ouverture des arts de l’Islam !
On nous dit également que ce projet aurait nécessité une importante réorganisation des autres départements et de leurs champs de compétences ; mais le département des arts de l’Islam posait les mêmes problèmes et cela n’a pas arrêté le projet.
Les expositions au musée du Louvre, Armenia sacra, Sainte Russie et Chypre en 2013 montrent l’intérêt suscité par ces sujets. De plus, l’actualité s’accélère au proche Orient et l’on ne peut plus dire, avec le ministère de la culture alors dirigée par Aurélie Filippetti, "que la création de ce département n'était pas une urgence".
Depuis, l’Etat islamique (ou Daesh) n’a cessé de sévir, détruisant massivement et les hommes et le patrimoine culturel : celui des chrétiens d'Orient, notamment en Syrie et en Irak, est directement visé. La lettre "noûn" stigmatise, pour la persécution, les Chrétiens comme autrefois l’étoile jaune, les juifs. La France ne s’engagera-t-elle qu’à larguer des bombes alors que le combat contre l’ignorance est fondamental ? Car l’ignorance nourrit le mépris et le mépris alimente la violence. Il est temps que le "devoir d’histoire" vienne apaiser et corriger le "devoir de mémoire" car la mémoire est passionnelle, partielle et partiale.
 
Vandalisme soft ?
Certes, l’exposition Koons prévue au Louvre début 2015, n’aura pas lieu : le mépris des chrétientés Orientales aurait rendu l’arrogante présence de l’Art contemporain, obscène, au sens premier du terme (2). Mais la douloureuse actualité de "l’Orient compliqué" devrait interroger la direction du Louvre : où est le respect de la diversité des cultures ?
La crédibilité de l’universalité du musée est en jeu mais aussi la crédibilité de la laïcité qui doit permettre à chaque culture d’être respectée… Ce genre de renoncement, qui se joue dans l’atmosphère cossue des administrations, n’est–il pas une forme de vandalismesoft ? La nôtre (3)..

Paru sur http://www.sourgins.fr

(1) Les estimations qui circulent font état de 11.000 pièces (10.000 œuvres coptes et un millier byzantines et post-byzantines). Elles concernent l’Europe orientale (Grèce, Balkans, Ukraine, Arménie) la Russie, le Proche-Orient chrétien (Liban, Palestine, Syrie…) et l’Égypte copte jusqu’au Soudan et  l’Éthiopie.
(2) Sinistre, de mauvais augure. L’AC, l’art très contemporain, a pour leitmotiv que "la destruction est une création", exposant à prix d’or le fruit de ses démolitions (ex
cliquez).
(3) D’autres exemples de vandalisme public : laisser se délabrer le patrimoine, voir l’état de certaines églises à Paris… l'éventuelle destruction des Serres d’Auteuil… etc.

Versailles, laboratoire...

Publié dans Du côté des élites
Versailles, laboratoire du malaise patrimonial
 
"Versailles, ce passionnant laboratoire de notre malaise patrimonial", la formule est d’Alexandre Gady, universitaire et président de la SPPEF (1) dans une tribune libre parue dans le dernier numéro de l’Objet d’Art.
Chacun connaît la politique d’ouverture du Palais, pour ne pas dire d’entrisme, déployée au profit de l’Art dit contemporain, l’AC, officiel et financier. On a tout dit sur ces opérations de captation du patrimoine au service d’intérêts particuliers. Une pièce d’une collection privée exposée dans un lieu de prestige historique voit sa cote renforcée, ce qui pose un grave problème de neutralité au service public. Mais on nous assurait que l’opération était, comme disent les américains, "gagnant/gagnant" pour Versailles aussi. Grâce à Koons (2008), Veilhan (2009), Murakami (2010) Venet (2011), Vasconcelos (2012), Penone (2013), Lee Ufan (2014), en attendant prochainement  Anish Kapoor (du 16 juin au 1er novembre 2015), Versailles gagnait…des entrées supplémentaires… donc des euros !
.
Problème :le palais de Versailles a-t-il besoin de public supplémentaire ? Oui, si l’on est fonctionnaire et que l’on participe à cette course effrénée au chiffre pour faire mousser sa carrière… au détriment du château qui souffre de cet afflux de visiteurs. Au point que la sagesse serait d’établir un numérus clausus, mais la bureaucratie culturelle fait mine de ne pas comprendre que le Palais est fragile et non extensible. Si elle le pouvait, elle construirait des ailes supplémentaires, certains y pensent, n’en doutez pas : passer à la postérité comme constructeur de Versailles au XXIème siècle, quelle gloire pour l’architecte, le "mécène", l’administrateur et le politique qui conduirait la manœuvre !
Utopie ? Que nenni.
Comme Versailles étouffe, les supposés gardiens du patrimoine ont déjà prévu d’altérer le corps central pour mettre en place un système de "rafraîchissement d’air", la température dans les appartements royaux étant intenable lors des grandes affluences. D’où, s’indigne Alexandre Gady, un véritable "traumatisme" pour le bâtiment avec la "destruction d’un bel escalier du XIXème, dépose d’une partie des marbres du Salon de la Paix, gaines dans les murs, sortie de la soufflerie apparente dans les parquets".
A quand des tapis roulants dans la galerie des Glaces pour accélérer le transit des touristes ?
La politique du chiffre, et donc celle des expositions promotionnelles d’AC, se retourne contre le bâtiment et "grève ses budgets de manière sensible, comme au Louvre où l’on dépense en ce moment 70 millions d’euros pour améliorer l’accueil de la pyramide, désormais saturée".
 
(1)
Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France.
Les architectures locales étaient  menacées par une nouvelle loi "biodiversité et paysages" : chacun aurait pu isoler sa maison par l’extérieur et n’importe quelle façade pouvait alors devenir un blockhaus mou, effaçant les modénatures et l’esthétique du bâtiment.
Pour voir ce qui risquait d’arriver,
cliquez.

Cette atteinte aux paysage remettait en cause l’économie du tourisme, une des rares non délocalisables ! La SPPEF et les associations de défense du patrimoine ont obtenu la protection des bâtiments construits avant 1948 et construits en matériaux traditionnels.

Jeff Koons

Publié dans Du côté des élites
Jeff Koons, mistinguett de l’Art contemporain…
 
Le Centre Pompidou présente, du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015, la première rétrospective majeure consacrée, en Europe, à l’américain Jeff Koons.
On y verra ses œuvres les plus connues, de 1979 à nos jours, "les 'icônes' les plus célèbres de l’art de notre temps, notamment Rabbit, Michael Jackson and Bubbles, Balloon Dog et la série d’aquariums Equilibrium" dixit le centre Pompidou qui conclut : "depuis 35 ans, il explore de nouvelles approches du "readymade" et de l’appropriation, jouant de la lisière entre culture des élites et culture de masse, poussant les limites de la fabrication industrielle et changeant le rapport des artistes au culte de la célébrité comme aux règles du marché". 
Bien sûr, il faut lire et rétablir : il engrange les dividendes du ready-made et de l’appropriation, érige la culture de masse en culture élitiste, il a monté sa PME qu’il fait passer, prestige oblige, pour un atelier à la Rubens (!), il est artiste d’abord pour son habileté à défrayer la chronique, il est passé d’un marché de l’art à un art de marché…
 
A cette occasion, Expo in the City organise le 29 novembre à 15h un immense lâcher de "chiens culturels"sic dans le quartier du Marais, des 'balloons dogs' qui n’attendent que d’être adoptés. "Attachés à des piquets, aux entrées des parcs, perdus dans les ruelles, aventurés dans le métro, attendant devant une porte, couchés au pied d’un banc, ils sont partout ! Chaque chien portera à son cou un collier et un code de tatouage permettant de découvrir son cadeau". Et quels cadeaux : des centaines de places pour aller voir l’expo Koons, "des funny dogs Conforama pour décorer chez soi", des diners au restaurant Le George, des parfums Balmain… Et un raton laveur ? Non, des places pour le spectacle Mistinguett. Jeff Koons, mistinguett de l’Art contemporain ? Ce serait désobligeant pour la meneuse de revue mais il est vrai que son nom en est venu à désigner une jeune femme soucieuse de son apparence…or Koons, n’est-il pas avant tout soucieux de son apparence ?
 
Ce lâcher de ballons frénétique, aussi infantile que consumériste, est à comparer avec celui qui eut lieu - le mois dernier pour célébrer la chute du mur de Berlin ; sobrement, un à un, des ballons lumineux s’élevèrent dans le ciel berlinois. Cette retenue dans le spectaculaire laisse songeur : les nazis, eux, sous l’Occupation, s’empressèrent de rouvrir cabarets et spectacles parisiens, ils entendaient réduire le rayonnement de la culture française aux strass et paillettes, faire de la France le Luna Park de l’Europe. Or qui a réussi cette disneylandisation de la culture européenne ? La réponse s’affiche, sourire étincelant, à Beaubourg : certes, le phénomène a commencé avant Koons mais il l’incarne jusqu’à la caricature. Car, après le supplément du Monde qui lui a consacré sa une, c’est le tour du Figaro de ce jour, tandis que le BHV a installé une reproduction géante de l’œuvre Popeye sur sa façade  etc.
 
Pour ceux qui n’auraient pas bien compris, Jeff Koons, le 30 octobre, fut invité au Collège de France à un colloque organisé par la philosophe Claudine Tiercelin : "La fabrique de la Peinture". Jeff Koons, le premier à intervenir, expliqua que, puisque ses productions étaient colorées, il était peintre. Chacun sait qu’il ne manie pas le pinceau, pratiquant la célèbre "mise à distance du geste du peintre", "il fait de la peinture sans y toucher, c’est une forme particulière de peinture" comme l’a précisé un autre participant, un vrai peintre lui, qui fait son travail lui-même, ce qui jusqu’ici était du dernier ringard : pour réentendre parler Peinture et même technique, avec force détails pratiques, il avait fallu avaler le boa constrictor Koons…
Et pour ceux qui n’auraient vraiment, mais vraiment pas compris : Koons, après Versailles, Beaubourg et le Collège de France devrait envahir le Louvre début 2015 !
http://www.sourgins.fr/

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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