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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

L’Art contemporain...

Publié dans Du côté des élites
L'art dit contemporain, de fraîcheur en décrépitude ...

D’où vient, chez nos élites, cette désinvolture vis-à-vis du patrimoine (1) ?
Pourquoi traitent-ils les chefs d’œuvre de l’art ancien, vénérables mais fragiles, comme s’ils étaient de vulgaires biens de consommation ?
Ce mépris de la pérennité des œuvres s’est accru avec l’hégémonie de l’Art dit contemporain, l’AC, où l’œuvre, le plus souvent conceptuelle, peut souvent se résumer à un mode d’emploi qu’on actualise au gré des expositions : l’aspect matériel est donc secondaire, le jetable règne. Les artistes d’AC (et même déjà certains artistes modernes) ayant volontiers privilégié des matériaux nouveaux ou choisis hors des matières habituellement sollicitées par l’art, le boomerang de la réalité revient à l’envoyeur ….
 
Ainsi les PVC finissent par exsuder des molécules visqueuses recouvrant la surface de l’œuvre d’une couche de poisse, merveilleuse attrape-poussière. Cette crasse gluante n’est pas facile à extirper. Les ludiques "Pénétrables" que Soto produisit à partir de 1967 sont composés de tubes PVC souples où le visiteur, généralement juvénile, aime à se faufiler.. Le Centre Pompidou ne cesse de remplacer ces tubes afin d’éviter que "les enfants soient englués comme dans un piège à mouches" sic !
Autre danger : les animaux empaillés, "et surtout les insectes naturalisés, qui sont des mets de choix pour …les insectes nécrophages" dixit la restauratrice Grazia Nicosia (2) qui s’est inquiétée des coléoptères séchés constituant le matériel de prédilection du très officiel Jan Fabre, grand artiste d’AC, pour qui naguère le Louvre a déroulé le tapis afin qu’il vienne redorer (infecter ?) le musée : ces ravageurs ayant tendance "à s’échapper pour aller contaminer d’autres œuvres".

Le plus cocasse pour un art qui se dit "in", "branché top mode", à la fine pointe du contemporain est qu’il est plus vite que d’autres, frappé d’obsolescence technologique. Les machines de Tinguely s’arrêtent, les installations vidéo du coréen Nam June Paik tombent en panne, celles de Boltanski sont menacées par la disparition des lampes à incandescence car les nouvelles ampoules n’ont pas une lumière de même température, l’effet visuel produit semble alors "anachronique". Toutes sont victimes de la loi du marché : une technologie chasse l’autre et c’est à juste titre que certains ont repris, pour les œuvres d’AC, la phrase que Levi-Strauss appliquait aux villes américaines : "elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans passer par l’ancienneté"
 
Comment réagit le monde de l’AC face à ce retour de la réalité ?
"Nous ne nous interdisons jamais d’acquérir une œuvre simplement parce qu’elle serait éphémère ou à priori trop fragile" précise le directeur du CNAP. Le centre national des arts plastiques considère donc que tout va bien, tant que le contribuable paye comptant. Certains responsables se sentent cependant confortés dans leurs achats d’œuvres immatérielles. Le Frac Lorraine s’est spécialisé dans ces œuvres qui ne risquent pas de s’abîmer mais quand même d’être vite oubliées à force d’exister si peu, sa directrice Béatrice Josse déclarant "Cela m’amuse de souligner que le capitalisme est capable d’acheter tout et n’importe quoi !"(3).
Les artistes n’ont pas l’intention de changer non plus et Morgane Tschiember déclare "si j’ai envie d’utiliser du papier journal, je ne vais pas m’interdire de le faire au prétexte que c’est trop fragile". Certes, chacun est libre d’œuvrer comme il l’entend, c’est sûr,…à condition de ne pas berner le client.
Et celui-ci commence à regimber ainsi que certains galeristes, devenus méfiants suite aux retours pour réparations qui engloutissent les marges.
Mais la palme de la franchise revient à l’artiste François Morellet, ses propos font montre d’un humanisme débordant et permettent de ne plus s’étonner de rien : "Mon œuvre quand je serai mort, je m’en fous complètement, sincèrement du fond du cœur…Tous ces cons qui seront encore vivants, alors que je serai mort, qu’ils crèvent aussi"
A méditer par nos très opaques commissions d’achats qui ne donnent jamais leurs critères de choix, ni les prix , ni les intermédiaires vendeurs… rien que la note à payer aux contribuables.

(1) voir le dernier Grain de sel et les misères d'Apollon à Versailles –
(2) Le Monde du 22/03/14, pages 4 et 5. –
(3) Le Monde du 23/04/2013 et cf
le Grain de Sel du Mardi 25 janvier 2011


 
 

Mécénat ou OPA ?

Publié dans Du côté des élites
En avril 1814, Fontainebleau avait vu l’abdication de Napoléon ; ce château, en avril 2014, semble devenu le théâtre de l’abdication des élites républicaines. Inspiré de celui de Marie-Antoinette à Versailles, le théâtre impérial construit par Napoléon III est devenu le "théâtre Cheikh Khalifa bin Zahed al-Nahyan", suite aux 5 millions de pétrodollars déboursés par l’émir d’Abu Dhabi, pour financer des travaux de restauration. Laissons de côté les commentaires désobligeants relatifs à la nationalité et à la religion du financier, concentrons-nous sur les faits.

L’affaire s’est enclenchée sous Nicolas Sarkozy dans la foulée de l’accord historique conclu avec les Émirats, sur le Louvre Abu Dhabi. C’est M. Renaud Donnedieu de Vabres qui, en 2007, a accepté cette "contrepartie". Or s’il y a contrepartie, il ne s’agit plus de mécénat : le mécène est, par définition, un homme aussi riche que généreux, qui ne marchande pas son aide. Il est normal de le remercier, par des discours, des cérémonies, d’apposer une plaque sur un mur, bien en vue, rappelant son geste méritant. S’il y a une vraie "contrepartie" du mécénat, elle est dans l’estime que la population et de tous les amoureux de l’art, d’où qu’ils viennent, portent au bienfaiteur ; bref, en ce qu’autrefois on nommait "la Renommée".
Or ici, puisque l’émir achète un nom, il ne s’agit plus de mécénat mais d’une vile OPA, déguisée en mécénat. Cette offre d’achat, ici, n’est même pas publique : c’est une offre d’achat privatisant un bien public. Or acheter le nom de Napoléon pour (à terme) 10 millions d’euros, c’est brader le patrimoine historique … Le patronyme de Napoléon a donc été soldé, vitam aeternam, pour moins de la moitié du salaire annuel d’un sportif parisien, tel Zlatan Ibrahimovic qui a gagné 23,5 millions d'euros en 2013.

On a peine à croire qu’un ministre ait si mal conseillé l’émir car, pour ce qui est de renforcer la renommée d’Abu Dhabi, c’est raté : la bronca va bon train et une pétition circule pour exiger le maintien du nom d’origine. Mme Filippetti va-t-elle rattraper cette bévue ? On pouvait l’espérer, tant M. Hollande, homme de gauche, s’est employé à défaire les œuvres de son prédécesseur, homme de droite. De plus, on se souvient que, lors de la campagne présidentielle, la future ministre de la culture avait publiquement regretté que le nom de l’entrepreneur lorrain, Wendel, soit inscrit sur les murs du centre Pompidou Metz. Wendel, qui a reçu en 2012 la distinction de "Grand Mécène de la Culture", n’avait pourtant pas demandé qu’on baptise le centre "Pompidou-Wendel". Ce genre d’achat de nom, travesti en mécénat, est courant en Amérique du Nord, pas en France, ainsi que le déclare Gilles Fuchs créateur de l’Adiaf (1): "je pense que le mécénat se caractérise avant tout par la générosité et la discrétion" (2). 
Mais la collusion des fonctionnaires de la Culture avec le marché et la finance a sournoisement engendré la servilité des hommes de l‘Etat : le prestige de servir le Bien public leur est apparu fort terne, face aux plaisirs (et aux avantages sans doute) de complaire à l’oligarchie financière. La ministre a donc mangé son chapeau, pour venir, tout sourire, inaugurer le théâtre de Fontainebleau, avec Cheikh Sultan Bin Tahnoon al-Nahyan, membre de la famille royale.  

Que faire ? Il y a peu de chance qu’on débaptise le théâtre ; des complications diplomatiques seraient en vue. Peut-être faudrait-il plutôt pétitionner pour qu’un projet de loi interdise explicitement de vendre nos appellations d’origines contrôlées. D’ailleurs celles-ci ne sont-elles pas inaliénables au même titre que n’importe quel patrimoine culturel de la France ? N’y-a-t-il pas, là, une grave infraction au principe d’inaliénabilité, caractéristique du droit français ? Les descendants de l’Empereur vont-ils attaquer en justice pour défendre les droits d’auteur de leur ancêtre, Napoléon III, constructeur du théâtre ? Ce serait tout à leur honneur… et à leur avantage si on se souvient des précédents exploits de M. Renaud Donnedieu de Vabres.

Ainsi, quand le bâtiment du ministère de la Culture, rue Saint-Honoré à Paris, a été emballé d’une résille en métal qui dénaturait les lignes de l’édifice initial, celui de l’architecte Georges Vaudoyer, ses héritiers attaquèrent l’Etat. Le tribunal administratif de Paris condamnait, en 2007, le ministère à leur payer un euro symbolique tout en déclarant irrecevable la demande de dépose de la résille. Mais il laissait ouverte la voie d’une demande gracieuse devant le ministre, celle-ci étant susceptible de recours. Afin d’éteindre tout risque de poursuite du contentieux, Renaud Donnedieu de Vabres a signé aux héritiers Vaudoyer un chèque de 300 000 euros... contre l’avis du comptable de son propre ministère. Selon le site du Nouvel Obs (3), la Cour des Comptes note que "la convention conclue à cette occasion, par laquelle l’État a contracté une dette qui n’existait pas, suscite d’importantes réserves".

On notera les coïncidences de dates des deux affaires (2007) et le "contracté une dette qui n’existe pas" ! Ainsi marche l’affairisme culturel : distribution dans l’urgence de chèques pour colmater des brèches que le ministère crée lui-même par impéritie et non-respect des lois (du droit moral en particulier ); puis, les caisses étant vides, recours flagorneur au premier carnet de chèques venu… plus quelques hausses d’impôts et le bal peut continuer….. Est-il admissible que l'autorité de tutelle ait laissé Mme Baldassari déraper de 30 à 52 millions d’euros, pour rénover le musée Picasso ? 
Les relations de l'Etat et de la Culture ne sont affaire de convictions ni de gauche, ni de droite : c'est une affaire d'intérêts financiers...

(1) Association pour la Diffusion Internationale de l'Art Français
(2) Martine Boulart, "Artsistes et mécènes" Ellipse, 2014, p.384. 
(3) http://rue89.nouvelobs.com/2010/02/14/avec-donnedieu-des-ayants-droit-touchent-300-000-fois-la-mise-138147

http://sourgins.over-blog.com/

Où sont les femmes ?

Publié dans A tout un chacun
Dans une publication récente, Annette Messager déclarait : "Comme Aurélie Filippetti, je déplore qu’il n’y ait pas une seule femme à la direction d’un musée de France…. ". C’était raté pour le nouveau directeur du Louvre, et pour prendre à la tête du centre Pompidou…. encore raté : toujours des hommes.  Or voilà que la Ministre  révoque une des rares femmes, Mme Baldassari, qui dirigeait un grand musée, le musée Picasso … Cherchez l’erreur.
Le communiqué du ministère ne met pas en cause les compétences de cette dernière, loin de là. Par respect pour le travail scientifique accompli, le ministère lui a proposé de réaliser l’accrochage de la collection pour la réouverture du musée ! Cela ne frise-t-il pas la goujaterie ? Ou bien "rien ne va plus avec la directrice" et on l’évince ; soit on la garde jusqu’en 2015, fin de son mandat. Mais que signifie cette sanction accompagnée de la réalisation du plus important aux yeux du public, l’accrochage ? On imagine l’enthousiasme de la directrice, virée et sommée de continuer son travail. A l’encontre de Mme Baldassari, "on" évoque un climat stressant, les employés du musée seraient au bord de la crise de nerf. Soit, mais Ariane Warlin avait révélé un climat similaire au Louvre…et personne n’a débarqué Mr Loyrette. Parce que c’est un homme ? (voir le Monde du 14 mai 2014)

Les temps sont durs pour les femmes dans l’AC nouveau genre que les institutions nous concoctent. Voir la mésaventure arrivée à Dominique Poncet, samedi dernier lors de la Nuit des musées. Le Palais de Tokyo multiplie spectacles et performances, ouvrant les lieux "à toutes les richesses de la banlieue" d’où des piles de pneus ( à brûler ?) ; la journaliste de France 3, n’est pas très à l’aise dans l’agitation générale. Lâchée au milieu d’une troupe d’improvisation, elle est goulument embrassée ( ?) agressée ( ?) par un jeune très décomplexé. "Respect" est pourtant un terme sur lequel les jeunes sont très chatouilleux en banlieue. Devant cette pratique de la "femme en libre-service", le journaliste, bien à l’abri en studio,  s’empresse de rigoler : "C’est ça la culture !" ; présent, Jack Lang, ex ministre de cette Culture, approuve et trouve cela "très drôle"
Ceci venant après Conchita Saucisse (c’est la traduction de Wurst), parodiant lors de l’Eurovision une femme à barbe, forgeons d’urgence un néologisme car, bien sûr, si les femmes ne rient pas, c’est qu’elles n’ont pas d’humour…  Proposons "drôlement  correct". Ce n’est pas pour rien que l’Art très contemporain, l’AC, vit sous l’emprise de l’urinoir Duchampien, objet autant potache que machiste…

Et pour conclure cette semaine en apothéose, voilà que la comédienne iranienne, Leila Hatami, membre du jury du Festival de Cannes s’attire les foudres des mollahs de Téhéran… pour avoir fait la bise à Gilles Jacob, le président du Festival, lors de la cérémonie d’ouverture.
Bref, quelque soit la "culture" de la mondialisation, celle des coincés ou celle des décomplexés, la femme est toujours à disposition...
http://sourgins.over-blog.com/

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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