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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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"The Tree"

Publié dans Du côté des élites
L'affaire McCarthy
L’œuvre de l’artiste américain Paul McCarthy était intitulée "The Tree", plastiquement elle était à mi-chemin entre un sapin de Noël et un sex-toy de 24 mètres. Elle a été vandalisée place Vendôme (vandalisme qui consiste, semble-t-il, à avoir débranché la soufflerie). Précédemment, un inconnu avait giflé l’artiste avant de réussir à s’enfuir. L’installation, provisoire, était prévue dans le cadre de la Fiac, qui s’ouvre mercredi à Paris.
L’artiste n’a pas insisté pour qu’on regonfle sa baudruche. Dans le milieu de l’art international et financier, être vandalisé est un honneur, cela prouve qu’on a produit une œuvre qui "questionne", "interpelle" et, compliment suprême, "provoque", "bouscule" : c’est la condition du chef d’œuvre selon l’AC. Pour McCarthy l’opération est donc positive : tous les médias en gloussent encore (sauf, peut-être, les grandes chaines TV qui semblent avoir moins couvert l’affaire… mais BFM en a amplement parlé), voilà un bon coup de pub pour lancer son exposition de prestige à la Monnaie de Paris, le 24 octobre.

Même le président François Hollande s’en est ému lors de l’inauguration de la Fondation Louis Vuitton, hier soir : "La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son œuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle". Voilà une phrase toute faite qui prouve que le locuteur ignore tout, mais vraiment tout, des œuvres un peu salissantes de McCarthy. Se souiller, il adore - cf. ces performances où il se macule de ketchup. Un conseil, M. le président, pour  fréquenter MacCarthy, munissez-vous d’un parapluie…
 
Que transgresse vraiment cette œuvre, puisque tout le monde, institutionnel et marchand, tout ce qui est officiel est d’accord, Comité Colbert compris ? Ce comité est censé incarner l’excellence française : l’excellence du ridicule, sans doute, mais où sont les artistes vivant et travaillant en France ? "The Tree" transgresse "l’ordre moral" nous dit-on, sans rire. Quel ordre moral ? S’il y a aujourd’hui un ordre moral qu’il faudrait assouplir, attendrir, c’est, par exemple, celui de Daesh : mais là on chercherait en vain nos courageux rebelles officiels…
Peu importe d’ailleurs l’interprétation de l’œuvre : le travail formel, quand il existe dans l’art officiel, sert le plus souvent à tendre un piège au regardeur. C’est le cas ici, le spectateur a le choix entre 2 options : sapin ou sex-toy. Mais peu importe, le procédé rejoint celui des illusionnistes qui attirent l’attention du public tandis que le tour de passe-passe se joue ailleurs. L’affaire McCarthy n’est pas un problème d’esthétique mais, d’abord, un cas d’illégitimité démocratique.
 
Qui a décidé que "The Tree" occuperait l’espace public ? Et au nom de quoi ? La Mairie de Paris se défend, elle n’a choisi ni l’artiste ni l’œuvre : "la mairie n’a pas dépensé un euro, ni pour le montage ni pour la surveillance de cette œuvre place Vendôme. Nous n’avons fait qu’autoriser son installation dans l’espace public" affirme le premier adjoint chargé de la culture. La Mairie met donc, sans vergogne, l’Inestimable, c’est-à-dire l’histoire et le patrimoine d’une capitale, au service des intérêts du grand marché de l’art international.
Grâce à un petit cadeau du contribuable, au passage, elle offre à l’œuvre sa seule légitimité. La rue vient de désavouer, mais on ne sait les mobiles exacts du "vandale" et s’il faut vraiment en faire le porte-parole d’une majorité jusqu’ici silencieuse…
Le problème récidive avec la Monnaie de Paris qui réserve à McCarthy, pour sa réouverture, sa première grande exposition française, "Chocolate Factory" ? Encore un lieu patrimonial objet de ce que Jean Clair appelle "une titrisation de l’art".
La titrisation consiste initialement à noyer des produits financiers toxiques au milieu de produits sûrs : cette pratique du mercantilisme mondial a engendré, pour une part, la Crise de 2008. L’équivalent existe en art : dans la prestigieuse Monnaie de Paris, on contemplera, paraît-il, des godes chocolatés brandis par des Pères Noël qui sont des ordures, c’est bien connu. Peut-être faudra-t-il s’interroger sur le risque de laisser à disposition des fonctionnaires (pas trop bien payés, c’est vrai) une puissance symbolique considérable : il y a là, pour eux, une tentation permanente de céder aux sirènes de la finance triomphante…
 
Le public des contribuables, lui, saigné à blanc, assiste aux farces et attrapes d’une petite caste, jouant au chamboule tout dans les rues et avec les monuments de la capitale. A la moindre protestation, la nomenklatura se drape avec arrogance dans la dénonciation de "l’intolérance", de "l’obscurantisme", bref "la France d’en bas" qui ose ne pas applaudir : le mal à abattre, ce sont les empêcheurs de faire du business en rond.
Que des jouets pour millionnaires revendiquent une place dans l’espace public est déjà un peu bizarre : comment, leurs hyper-collectionneurs n’ont pas de quoi les loger ? Mais que l’AC qui, sociologiquement, représente une toute petite part des pratiques artistiques de la population, rafle sans arrêt toute la place et même la place Vendôme, c’en est une autre…
 
L’Art officiel et financier en occupant sans arrêt, d’œuvres provisoires en œuvres provisoires, le terrain, tout le terrain qui compte, est la vraie censure, la véritable intolérance.
Peut-être faudra-t-il inventer un mot nouveau : désobéissance culturelle.
Blog de Christine Sourgins, 21 octobre 2014

Eloge du vide

Publié dans Du côté des élites
En cette rentrée 2014, l’artiste américaine Lana Newstrom pense, du haut de ses 27 ans, avoir l’idée de génie du siècle en vendant… de l’invisible ? Pour voir l’invisible. Ses premières expositions ayant eu peu de succès, elle s’avise de ne rien faire mais de le faire savoir. Son expo cartonne, avec le soutien de son galiériste : 4 oeuvres vendues pour plus de 35000 $ chacune. De l’art interactif qui obtient du spectateur ce que voulait Duchamp qui disait "ce sont les regardeurs qui font les tableaux" ? Et qui réalise le rêve de l’hyper finance : vendre le néant à prix d’or ? Un observateur en conclut qu’il est plus facile de critiquer quand on peut voir l’oeuvre… autrement dit, le vide, lui, prête peu le flanc à la critique : quel serait un "mauvais vide" ? Un néant défectueux ? Un rien erroné ? Contrairement aux apparences, il est possible que Paris ait eu la primeur d’un néant monumentalement  raté….
L’art contemporain excelle à réinventer le fil à couper le leurre tous les 4 matins. On se rappelle qu’Yves Klein avait exposé le vide dans la Galerie d’Iris Clert dès 1958… quelques disciples et épigones plus tard, le centre Pompidou avait organisé, en 2009, une rétrospective du vide, une première mondiale nous assurait-il : 9 salles entièrement vides et un catalogue de 500 pages. Mais pourquoi 9 salles ?  Est-ce pour la symbolique du chiffre neuf ? En quoi ces 9 vides sont-ils différents ? Parce que les artistes ne sont pas parvenus au néant de la même manière, pardi ! Prenez 9 bocaux identiques : dans l’un il y a des cornichons, dans un autre des clous, dans le 3ème de petits cailloux, ... etc. Videz-les. Le premier vide est censé vous inspirer des sensations gustatives, le second des souvenirs piquants et douloureux, le 3ème avec un peu d’imagination vous conduira au petit Poucet,.. etc. Notez la richesse du vide, inépuisable, quand les mots s’en emparent, opposé au désarroi du béotien confronté à neuf salles vides dans un musée dont il est le financier obligé…le visiteur se sent soudain une parenté shakespearienne avec le roi Lear : "nothing come from nothing" a-t-il envie d’hurler…
Mais  les initiés (maintenant vous l’êtes) à la richesse de signification du vide, ne peuvent, eux, que déplorer la timidité Beaubourienne, la pingrerie du Centre Pompidou si chiche de son vide intérieur : quoi, neuf petites salles seulement pour un projet si grandiose ! Cela s’appelle gâcher une première mondiale ; c’est tout Beaubourg qu’il eut fallu vider pour montrer, avec courage, ce que la politique culturelle officielle avait dans le ventre.
Petit gag de rentrée qui peaufine notre initiation à la vacuité : Lana Newstrom est un de ces leurres qu’affectionne internet … mais qui manquent singulièrement de pédagogie… De qui Lana Newstrom est-elle le nom ? Incontestablement de toute une mouvance de l’AC, mais le hoax montre que le discours a changé. Klein justifiait sa quête d’immatérialité par les théories Roses+Croix. Le jeune Buren refusait d’exposer car l’œuvre dématérialisée se voulait un vertueux contournement du système mercantile. Notez qu’aujourd’hui ceci ne serait plus crédible, il faut, pour être entendu, afficher 35000 $, au moins.
La réalité a depuis longtemps dépassé la fiction : l’exposition de Klein, celle de
Buren (et déroulez la page jusqu’en bas) la rétrospective sur le vide du centre Pompidou, n’ont pas fait l’objet du même buzz… dommage…
Paru sur le blog de Christine Sourgins - http://www.sourgins.fr/

L’Art contemporain...

Publié dans Du côté des élites
L'art dit contemporain, de fraîcheur en décrépitude ...

D’où vient, chez nos élites, cette désinvolture vis-à-vis du patrimoine (1) ?
Pourquoi traitent-ils les chefs d’œuvre de l’art ancien, vénérables mais fragiles, comme s’ils étaient de vulgaires biens de consommation ?
Ce mépris de la pérennité des œuvres s’est accru avec l’hégémonie de l’Art dit contemporain, l’AC, où l’œuvre, le plus souvent conceptuelle, peut souvent se résumer à un mode d’emploi qu’on actualise au gré des expositions : l’aspect matériel est donc secondaire, le jetable règne. Les artistes d’AC (et même déjà certains artistes modernes) ayant volontiers privilégié des matériaux nouveaux ou choisis hors des matières habituellement sollicitées par l’art, le boomerang de la réalité revient à l’envoyeur ….
 
Ainsi les PVC finissent par exsuder des molécules visqueuses recouvrant la surface de l’œuvre d’une couche de poisse, merveilleuse attrape-poussière. Cette crasse gluante n’est pas facile à extirper. Les ludiques "Pénétrables" que Soto produisit à partir de 1967 sont composés de tubes PVC souples où le visiteur, généralement juvénile, aime à se faufiler.. Le Centre Pompidou ne cesse de remplacer ces tubes afin d’éviter que "les enfants soient englués comme dans un piège à mouches" sic !
Autre danger : les animaux empaillés, "et surtout les insectes naturalisés, qui sont des mets de choix pour …les insectes nécrophages" dixit la restauratrice Grazia Nicosia (2) qui s’est inquiétée des coléoptères séchés constituant le matériel de prédilection du très officiel Jan Fabre, grand artiste d’AC, pour qui naguère le Louvre a déroulé le tapis afin qu’il vienne redorer (infecter ?) le musée : ces ravageurs ayant tendance "à s’échapper pour aller contaminer d’autres œuvres".

Le plus cocasse pour un art qui se dit "in", "branché top mode", à la fine pointe du contemporain est qu’il est plus vite que d’autres, frappé d’obsolescence technologique. Les machines de Tinguely s’arrêtent, les installations vidéo du coréen Nam June Paik tombent en panne, celles de Boltanski sont menacées par la disparition des lampes à incandescence car les nouvelles ampoules n’ont pas une lumière de même température, l’effet visuel produit semble alors "anachronique". Toutes sont victimes de la loi du marché : une technologie chasse l’autre et c’est à juste titre que certains ont repris, pour les œuvres d’AC, la phrase que Levi-Strauss appliquait aux villes américaines : "elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans passer par l’ancienneté"
 
Comment réagit le monde de l’AC face à ce retour de la réalité ?
"Nous ne nous interdisons jamais d’acquérir une œuvre simplement parce qu’elle serait éphémère ou à priori trop fragile" précise le directeur du CNAP. Le centre national des arts plastiques considère donc que tout va bien, tant que le contribuable paye comptant. Certains responsables se sentent cependant confortés dans leurs achats d’œuvres immatérielles. Le Frac Lorraine s’est spécialisé dans ces œuvres qui ne risquent pas de s’abîmer mais quand même d’être vite oubliées à force d’exister si peu, sa directrice Béatrice Josse déclarant "Cela m’amuse de souligner que le capitalisme est capable d’acheter tout et n’importe quoi !"(3).
Les artistes n’ont pas l’intention de changer non plus et Morgane Tschiember déclare "si j’ai envie d’utiliser du papier journal, je ne vais pas m’interdire de le faire au prétexte que c’est trop fragile". Certes, chacun est libre d’œuvrer comme il l’entend, c’est sûr,…à condition de ne pas berner le client.
Et celui-ci commence à regimber ainsi que certains galeristes, devenus méfiants suite aux retours pour réparations qui engloutissent les marges.
Mais la palme de la franchise revient à l’artiste François Morellet, ses propos font montre d’un humanisme débordant et permettent de ne plus s’étonner de rien : "Mon œuvre quand je serai mort, je m’en fous complètement, sincèrement du fond du cœur…Tous ces cons qui seront encore vivants, alors que je serai mort, qu’ils crèvent aussi"
A méditer par nos très opaques commissions d’achats qui ne donnent jamais leurs critères de choix, ni les prix , ni les intermédiaires vendeurs… rien que la note à payer aux contribuables.

(1) voir le dernier Grain de sel et les misères d'Apollon à Versailles –
(2) Le Monde du 22/03/14, pages 4 et 5. –
(3) Le Monde du 23/04/2013 et cf
le Grain de Sel du Mardi 25 janvier 2011


 
 

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