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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

 

Jusqu'au 21 février 2010, l'exposition Monumenta présente "Personnes", oeuvre de Christian Boltanski. Né en 1944, ce plasticien de "réputation internationale", pour qui le vêtement est un matériau-clé, occupe à lui tout seul les 13 500 m2 du Grand Palais, avec 69 rectangles de 35 m2 composés de vêtements usagés, au sol. Chaque parcelle de fripes est encadrée par des potences, reliées par des câbles, supportant des néons électriques. A ces montants s'accrochent des hauts parleurs diffusant le son de battements de coeur. Le tout est dominé par une pulsation plus sourde qui résonne sous la verrière, comme un bruit d'usine. Au milieu de la nef, une pyramide de vêtements d'une quinzaine de mètres de haut, est surplombée par une grue de chantier dont la pince métallique descend, saisit quelques hardes, les remonte puis s'ouvre : les linges retombent et la pince recommence son manège... La référence (récurrente chez lui) à Auschwitz est explicite, l'artiste précisant que la pyramide de vêtements évoque "la mise à mort de masse" (1). La guenille est donc la métaphore de la dépouille corporelle. L'installation du Grand Palais, outre la shoah, Hiroshima, un campement humanitaire, est censée évoquer aussi "les cercles de l'enfer de Dante" ; la commissaire y voit  une interprétation contemporaine du Jugement dernier. La pince de chantier qui agrippe les hardes, si elle est inspirée du jouet des fêtes foraines attrapant des peluches, est aussi "la main de Dieu". Le ton révérencieux qui règne dans la presse le suggère : l'oeuvre a des implications sacrées…qui ressemblent à un règlement de compte avec les trois monothéismes.


Personne divine
Est visé le monothéisme du judaïsme. Le geste de la pince mime de la notion d'élection. En haut de la pile, elle saisit quelques éléments, les élève au pinacle puis les laisse tomber, abandonne ceux qu'elle avait élus. Cette élection est moins un choix qu'une pioche au hasard, Boltanski parle de "la loi de Dieu" à ce propos.
L'Islam se trouve aussi impliqué : cette évocation de la shoah est mise en relation par l'artiste lui-même avec une mosquée "leurs coupoles sont très hautes, mais le sol est couvert de tapis et les lustres suspendus très bas" (2), toutes choses reprises par son dispositif, sans qu'il ne redoute aucun amalgame.
Boltanski, tout en se déclarant incroyant, "parle de son art comme d'un art "très chrétien". Le culte des reliques est qualifié sur le site de Monumenta "projet d'art contemporain avant l'heure". "Des saintes reliques du Christ aux reliques des saints, le principe est d'exposer des "restes" et de les laisser "agir". D'une certaine manière, il n'en va pas autrement dans l'art de Christian Boltanski : les reliques ne sont plus des reliques de saints, mais des vestiges d'anonymes, des traces d'inconnus, avec lesquels il semble être question de communiquer. Ce "laisser agir", élimine la prière et par elle le recours à Dieu en tant que personne, qui décide d'agir, ou pas, par l'intermédiaire des reliques….Chez Boltanski, la relique possèderait une sorte de fluide qui agirait ipso facto : un automatisme aveugle, immanent, régit le monde. On peut dire que la première personne exclue de cette exposition intitulée "Personnes" est précisément la personne divine. Ce que confirme les déclarations de l'artiste : ce qui l'intéresse dans le christianisme c'est "l'humanisme d'une religion qui s'est débarrassée d'un dieu puissant pour donner la place à chaque individu".

Personnes humaines
Qu'arrive-t-il donc à la personne du visiteur ? L'artiste déclare lui proposer une expérience plus qu'une exposition, le privilège d'être à l'intérieur de l'oeuvre. "Il s'agit d'une expérience dure et je suis convaincu que les gens éprouveront un soulagement en sortant". Il se fait fort de provoquer "un retournement de la tragédie vers la vie". Là, il y a une grave contradiction avec l'affirmation rebattue d'une oeuvre (et d'un art) "attestatoire" du réel. Si elle est pur constat du réel, l'oeuvre est de plain-pied avec lui, et ne peut espérer provoquer ce retournement bienfaisant. D'ailleurs le réel, contemporain du vernissage, c'est le séisme d'Haïti : la vision des gravats et des cadavres de Port au Prince, rend cette exposition terriblement décorative, dotée d'une morbidesse très BCBG. Les médias et l'actualité nous ont montré une catastrophe devant laquelle le cataclysme de Monumenta est "une petite niaiserie conceptuelle" pour reprendre une expression de l'artiste, stigmatisant de ce qu'il voulait éviter.
Boltanski ne constate pas le réel, il le manipule. Il cherche a provoquer un malaise, un "climat anxiogène" (d'où le refus de chauffer l'exposition : le froid aidant à l'effroi) pour que le visiteur accepte comme joyeux, le gris du quotidien, de la crise, des délocalisations, des licenciements, c'est un professeur de sinistrose qui vise à entériner l'état des choses : pour empêcher les gens de se plaindre, il suffit de leur suggérer que ce pourrait être pire. Boltanski dénie au spectateur le droit de juger son travail, dès qu'il y rentre il est phagocyté : "Même les réactions des spectateurs, ses peurs ou ses colères, sont partie intégrante de l'oeuvre" "le jugement sur l'oeuvre, le fait qu'on aime ou pas, n'est plus pertinent ; il ne s'agit que d'éprouver et d'être imprégné".
Proposer au visiteur d'enregistrer les battements de son coeur, tient alors de l'appât et du piège. La participation est un classique de l'Art dit contemporain qui se veut convivial et ludique. En participant, le public fait partie de l'oeuvre ; comme on ne peut être juge et parti, forcément, la participation pousse au cautionnement. Pour enregistrer les pulsations cardiaques, une cabine est prévue à cet effet. Le visiteur pourra, en conserver un enregistrement gravé sur CD, mais si le visiteur donne généreusement le bruit de son coeur, pour recevoir un enregistrement il lui faudra débourser 5 €. Réussir à faire payer aux gens le bruit de leur propre coeur est un coup de maître.
Le concept de ces enregistrements pourrait éclairer les intentions profondes de Boltanski. Le site indique : "Depuis 2005, Christian Boltanski poursuit en effet une collecte d'enregistrements de battements de coeur à travers le monde, afin de rassembler tous les coeurs des hommes. Véritable projet universel et utopique, Les Archives du coeur seront conservées, à l'abri du temps dans l'île japonaise de Teshima, mise à sa disposition par un mécène." Ce texte présente un grand humaniste ; l'entretien vidéo livre une vérité autre : Boltanski déclare qu'il a beaucoup utilisé la photographie ou encore le nom des hommes pour évoquer les personnes disparues mais que, finalement, il en est arrivé au battement de coeur. Car ce bruit intime, mais mécanique, est beaucoup moins évocateur que l'image : "ça ne redonne pas la vie mais ça signale encore plus leur disparition". Ce qui l'intéresse dans la disparition de l'autre, ce n'est pas l'autre, c'est la disparition même. Voilà qui incite à relire ses oeuvres antérieures, qu'on a peut-être un peu trop vite célébrées comme altruistes et compassionnelles. Ce désir d'être au plus près de l'anéantissement, certains sont prompts à y voir une démarche christique de salut ; n'est-il pas plutôt le désir de goûter à l'ivresse du néant ?

Personnes artistiques
Boltanski ne chôme pas : parallèlement à Monumenta, une autre exposition se déroule au Mac/Val d'Ivry "Après" (après la mort, bien sûr) ; "Personnes" quittera le Grand Palais pour être "rejouée" à New York ; il représentera la France à la Biennale de Venise en 2011 ; son épouse Annette Messager avait déjà eu cet honneur. En France, il y a des familles d'artistes officiels, des privilégiés qui obtiennent rubis sur l'ongle l'immensité du Grand Palais, traditionnellement dévolue aux Salons. Ceux-ci, financièrement étranglés par le ministère, doivent, aux dépends de la qualité, multiplier les exposants pour s'acquitter de leur dîme. En 2009, les 2300 exposants des cinq salons historiques (Artistes Français, Indépendants, Comparaisons, Dessin et Peinture à l'eau, Société Nationale des Beaux-Arts) ont payé cher pour voir leur exposition écourtée péremptoirement. Au prétexte des célébrations de la chute du Mur de Berlin…les artistes furent chassés comme manants.

Boltanski ne connaît pas ces vicissitudes, il peut se consacrer à son oeuvre ultime, le chef d'oeuvre absolu : il a vendu sa personne en viager à un joueur de casino devenu milliardaire en Tasmanie. Filmé, jour et nuit, par trois caméras, sauf dans sa chambre à coucher, jusqu'à sa mort : le geste est faustien. Le viager est calculé sur huit ans ; au-delà le joueur est perdant, en deçà, gagnant. Or "le diable de Tasmanie" sic se vante de ne jamais perdre ; "Boltanski défie la mort" lit-on, et le voilà promu héro d'une société qui la cache. A une époque où l'esclavage existe toujours, Boltanski vend tranquillement sa vie, et garde son brevet médiatique de grand humaniste. La télésurveillance inquiète, les scanners des aéroports violent l'intimité : faites comme moi, semble dire l'artiste, accommodez vous.
La servitude volontaire, Boltanski s'y entend comme personne….

(1) et (2) Le Monde, 10 et 11 janvier 2010, p.22

Un cas d'inquisition dans l'Education nationale

Publié dans En France

M. G.P. était professeur de dessin dans un collège d'enseignement privé sous contrat fort imprudemment, il fit dessiner ses élèves et, pour aggraver son cas, accrocha sans vergogne leurs oeuvres sur les murs de la classe. Une première fois, le 15 janvier 1979, une inspectrice, Mme M., IPR, (inspectrice pédagogique régionale), découvre les preuves de cette activité réactionnaire gravissime : le dessin.
Elle commence ainsi son rapport d'inspection. "Dans une classe de 4ème Monsieur P. tenant compte de la saison enneigée propose à ses 24 élèves, une étude d'observation sur le parc alentour…". Voilà le corps du délit : non seulement les élèves dessinent mais en plus, ils peignent sur le motif ! "Monsieur P. demeure par trop ancré dans le désir de "réaliser" au détriment de la sensation-individuelle" (...) c'est encore au niveau de l'illustration qu'il se situe, (...) et les croquis, tracés au tableau, par un élève manifestent la gêne collective à "dessiner". C'est dire à quel point le dessin est antisocial. Pour porter l'énervement de l'inspectrice à son comble, Mr G.P. passe un fond sonore, mais au lieu d'un rock endiablé, il choisit "Pierre et le Loup"… L'inspectrice réagit et propose au professeur de s'amender : "L'inquiétude de ce professeur et son intégrité laissent espérer une volonté de remise en cause, par une information à laquelle il s'engage. Je lui suggère donc, parallèlement à une bibliographie, quelques outils pédagogiques qui lui permettront d'aborder des thèmes plus abstraits, des travaux plus créatifs". "Il sent qu'une démarche moins directive (c'est ici le mot clé) dans "l'exécution" et mieux structurée dans le "Vécu" apporterait à son propos une efficacité plus grande (...) apprenant moins à "réaliser", plus à VOIR et à sentir, parce que mieux à exprimer". Après cette belle page de lyrisme administratif (dont nous avons respecté le sens sublime de la ponctuation), et dans son immense mansuétude, madame M. colle 12/20 à notre professeur qui s'en tire donc avec une décote, ses notes administratives étant de 19,5 !
M. G.P. est aimé de ses élèves, couvert d'éloges par leurs parents, ses collègues, et sa direction lui rédige un certificat mentionnant que "les enseignants de sa qualité qui sont d'instinct pédagogues ne se rencontr(e)nt point aussi aisément que l'on pourrait l'imaginer". Oralement sa hiérarchie lui indique : "surtout ne changez rien", et, à mots couverts : "je ne comprends rien à ce que cette inspectrice raconte".
On ne change effectivement pas une méthode qui gagne. Or, dix ans après, retour de l'inspectrice, le 30 mars 1990. Catastrophe : la classe est couverte de dessins d'élèves qui se sont portraiturés les uns les autres et M G.P. est pris en flagrant délit : il fait dessiner ses élèves : des heptagones, des figures qui s'étudient au compas et passionnent ses élèves de 3ème ; l'inspectrice est au bord de la crise de nerf !
Elle perquisitionne dans les armoires pour chercher d'autres dessins compromettant et écrire fébrilement pendant une heure les moindres paroles du prof récalcitrant. Or M G.P. est en droit d'atteindre l'échelle AECE (Adjoint Enseignant chargé d'enseignement) ; c'est une échelle de titulaire indispensable pour accéder au Capes, et devenir professeur certifié. L'inspectrice saute sur l'occasion pour sévir. Début du second rapport d'inspection : "Je regrette de me trouver en situation d'obligation de pénaliser, par un refus catégorique à l'accession au titre d'AECE, M. P., enseignant, fort sympathique par ailleurs, mais qui n'a pas déplacé d'un iota ses engagements, ni sa vue sur les contenus de notre discipline depuis 79, date de ma première inspection. J'avais, à l'époque, très précisément pointé l'urgence à recycler les objectifs du travail".

Quels sont les objectifs d'un professeur de dessin en collège, d'après une inspectrice IPR fort zélée ? "1) se saisir d'éléments du vocabulaire plastique susceptibles de communiquer du "Sens". 2) investiguer le visible et le sensible par des mises en situation d'apprentissage qui s'articulent sur les dynamiques du questionnement, de l'induction, de l'exploration, … etc.".
Puis le réquisitoire continue. "La tranquille certitude de notre collègue a conduire des exercices aussi formalistes qu'impositifs est désarmante. En 1979, je décidais de lui faire confiance assurée qu'il avait compris l'urgence d'une révision des contenus de son enseignement. Ou je me suis mal fait comprendre ou j'ai parlé à vide mais la situation présente reste comme la situation antérieure : totalement hors du champ disciplinaire". Elle qualifie le travail de M G.P. d'exercices formalistes "sur des schèmes de conception établis par l'enseignant. Le professeur sait, les élèves réalisent". L'arrière pensée marxisante est claire : il y a un possédant (la connaissance) et des élèves en situation d'exploités (qui réalisent). Vient le meilleur : "Il est une chose assurément sur laquelle nous n'avons pas à tenir le contrat : celui de l'acquisition de maîtrises ou de simples savoir-faire. Les textes des programmes, très ouverts, sont clairs sur ce point. La finalité du cours d'Arts Plastiques n'est pas l'acquisition de savoir-faire mais la capacité à mieux comprendre pour pouvoir, en agissant, plastiquement, communiquer du Sens". L'interdiction de transmettre un savoir est donc officiellement proclamée. "Nous ne sommes pas professeurs d'arts Appliqués, ni professeurs d'éducation Artistique, ni professeurs de dessin mais professeurs d'Arts plastiques. Cette terminologie engage des contenus et des stratégies particulières". "Il faudrait en préambule que M. P. ne reste pas convaincu que ce qui lui est proposé vient d'un goût personnel de l'inspecteur ou d'une mode "universitaire". Si c'était le cas, il aurait raison d'attendre que le vent tourne. Or il ne s'agit pas de cela". Autrement dit il ne s'agit pas d'une volonté de l'inspectrice... mais de la ligne du parti (pédagogiste) : M. G.P. est donc un déviationniste et elle lui propose une rééducation. "Si M. P. veut être AECE, qu'il ressaisisse le champ disciplinaire (on croirait plutôt lire le camp disciplinaire )", "C'est un vigoureux travail de balayage d'habitudes, une autre manière de penser son enseignement et un solide travail de recyclage qui sont à mettre en chantier". "M. P. doit prendre contact avec la Direction Diocésaine de Paris pour suivre impérativement des stages en pédagogie et didactique de la discipline Arts Plastiques". Suit une discussion sur les livres recommandés lors de sa première visite par l'inspectrice ; l'ouvrage phare étant "La pédagogie institutionnelle" de Michel Lobrot (1).
Il est piquant (et consternant) de voir à quel point l'utopie de cet ouvrage a conduit à pratiquer ce qu'il prétendait dénoncer : un chapitre intitulé "l'enseignant vit dans la terreur de l'inspecteur" est devenu prémonitoire des dérives de ce pédagogisme. Ecrire que l'inspecteur "émet une opinion après avoir assisté à une malheureuse heure de classe durant laquelle l'enseignant aura joué une abominable comédie, avec le consentement tacite de ses élèves" est prophétique. Sauf que M. G.P., lui, n'a pas joué la comédie et est resté intègre, ce que, gentiment, lui reprocheront ses collègues : pourquoi n'avoir pas fait semblant comme eux ? En cela ils appliquent, sans l'avoir lu, Lobrot à la lettre, qui dénonçait un système où "la seule chose qu'on lui demande (au prof) est la soumission" : le soutien à notre professeur persécuté sera mou… Evelyne Tschirhart, qui a écrit en 2004 un ouvrage très vivant (2) sur la vie d'un professeur d'arts plastiques aux prises avec le système scolaire, s'interroge : "jusqu'à quand les enseignants vont-ils accepter de se plier aux diktats des "docteurs Folamour" de la pédagogie ? "

Epilogue
A l'encontre de notre professeur, (dont le seul tort est de n'avoir pas mesuré l'ampleur de l'idéologie au pouvoir), la répression de la disciple de Lobrot sera implacable : avis défavorable au titre d'AECE. Elle essaya en outre de le faire licencier de son travail ; heureusement, elle échoua : un contrat d'association empêchait Mr G.P. de se retrouver au chômage, après 20 ans de bons et loyaux services. L'inspectrice, teigneuse et tracassière, ne réussira pas non plus à l'envoyer, comme d'autres collègues, en maison de repos. Cependant, l'affaire pèse toujours sur la vie de M. G.P. qui n'a pu obtenir son Capes et n'est parti en retraite qu'au 8ème échelon, après 30 ans de travail, alors qu'en général on part au 11ème. Inutile de dire que cela entraîne également des conséquences financières dont pâtit toujours M. G.P.

Tous les inspecteurs pédagogiques régionaux ne sont pas des commissaires idéologiques, mais le cas de M. G.P. est loin d'être isolé, en témoigne le réquisitoire de Thomas Clerc en 2006 (3). "Les inspecteurs de l'Education nationale, chargés de surveiller et de noter les professeurs, sont en effet la pire survivance du soviétisme du système". Ces fonctionnaires "ont abandonné un métier dont ils se font ensuite les conseillers, les spécialistes et les juges : bel exemple d'émulation à l'envers que celui qui consiste à former des professeurs par ceux qui ont avant tout cherché à ne plus l'être". Ils constituent "une caste qui préfère se taire plutôt que d'admettre son inutilité nocive", au service d'une "institution chargée de perpétuer les dysfonctionnements" et qui  menace "les principes mêmes de l'enseignement sur lesquels ils veillent". Et T. Clerc demande la suppression du corps des inspecteurs "qui décourage les professeurs, abaisse le niveau et alourdit la machine éducative" ; (il ajoute que  l'ancien leader de 68, Alain Geismar, a rejoint leurs rangs … ).
Quant à M. G. P., il fait toujours de la résistance : même en retraite, pour le plaisir, il continue de donner des cours de dessin ! "Le dessin est intrinsèquement pervers", penseront tous les "lobrotomisés" qui peuplent encore l'éducation nationale.


(1) La pédagogie institutionnelle, Michel Lobrot, Collection Hommes et organisations dirigée par J. Ardoino, éd Gauthier-Villars, 1975.
(2) Evelyne Tschirhart, L'école à la dérive, Les éditions de Paris Max Chaleil, 2004, p.131, 199. Au lieu de dessin, on verra qu'on propose maintenant aux enfants des bagarres aux pinceaux et à la peinture, d'emballer la cour de récréation, … etc.
(3) L'inspecteur ne rappelle jamais, Thomas Clerc, maître de conférence à l'université de Paris-X Nanterre, Le Figaro, 20 juillet 2006, p. 14.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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