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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

URL du site internet:

Du ministère de la Culture

Publié dans En France
  "Passer d‘une culture pour tous à une culture pour chacun" (1) sic.

Rien moins que d‘inverser la politique culturelle qui fut l’ambition de Malraux. Pourquoi ? Parce que la "démocratisation culturelle a échoué" : la faute à qui ? A un ministère qui crée un art officiel administré par une caste de fonctionnaires liés aux intérêts mercantiles ? Non, vous n’y êtes pas : l‘obstacle à une politique de démocratisation culturelle, c'est … la culture elle-même ! Car elle conduit "sous couvert d'exigence et d'excellence, à un processus d'intimidation sociale" et cette quête d' "exigence et d'excellence" de la "culture pour tous" en ferait une culture d‘élite, horresco referens ! La "culture pour chacun", serait plus populaire, et pourrait, à partir de l'intime, déjouer l' "intimidation sociale" pour créer du lien social. Contradiction dans les termes : plus on se replierait sur l’intime, plus on resterait entre soi … plus on se relierait aux autres !
"La culture, j'aime à le dire, est du domaine de l'intime", confie le Ministre. Donc la culture est tombée au niveau de la religion en régime de laïcité : ravalée au niveau d’une affaire personnelle ! En réalité, on ne saurait opposer "culture pour tous" à "culture pour chacun" sans détruire ces deux acceptions, tant elles sont complémentaires : car c‘est au sein d‘une culture générale qu'on peut forger la sienne propre.
Mais non, on nous promet de passer d’une culture de l’offre à une culture de demande : la culture presse-bouton en somme. Et à 2 vitesses : ceux qui "slament" resteront entre eux, (cela ne les dérangera guère, la vie en clan et en tribu étant tendance) ; les amoureux de La Princesse de Clèves s’apprêtent, eux, à dépérir : pas de subventions pour une aristo ! La "culture pour chacun" découragera encore plus toute pratique artistique jugée "élitiste" par l'élite économico-médiatique au pouvoir.
Le ministère bouge pour que rien ne change : l’Etat n’a pas besoin de citoyens cultivés mais juste de consommateurs.
L’exigence, l’excellence ? Beurk, dit le Ministre !  Rappelons lui, ce mot de Goethe : "la barbarie, c’est le refus de l’excellence".

11 janvier 2011

(1) Document interne de sept 2010 : "Culture pour chacun. Programme d'actions et perspectives". 

La braderie du Patrimoine

Publié dans En France

 

On devrait toujours se méfier des gens qui n’aiment pas la Princesse de Clèves. Fussent-ils présidents de la République. En marge du G20, pour faciliter sa diplomatie, Mr Sarkozy a annoncé la restitution à la Corée de 297 manuscrits des XVII et XVIIIème siècles (1). Emoi des milieux culturels mis devant le fait accompli, le fait du Prince. Car cette décision a été prise contre l’avis des experts (en ce domaine, les colonnes de Buren furent le précédent qui ouvrit la voie). Officiellement il s’agit d’un prêt mais, selon un détournement duchampien, ce prêt vaut restitution de fait et les manuscrits ne reviendront jamais en France.

De Michel Laclotte à Pierre Rosenberg, les historiens s’insurgent contre ce viol du principe d’inaliénabilité : toute œuvre répertoriée ne doit pas sortir des collections publiques, ceci est bien plus qu’une coutume, c’est une éthique qui a construit le patrimoine français, a valeur d’identité culturelle et a été confirmé par la loi sur les musées en 2002. Jusqu’ici la France n’avait restitué que les restes la célèbre Venus Hottentote en 2002 et quinze tête Maories en 2010. Le fait qu’il s’agisse de corps humains en fait évidemment des cas particuliers, mais la surenchère actuelle donne raison à ceux qui s’y opposaient : tout précédent crée un appel d’air. Dans ces 2 cas pourtant, le Parlement a du légiférer, sinon tout déclassement d’objet doit être validé par une commission. Ainsi celle-ci a autorisé en 2009 la restitution de fresques égyptiennes entrées illégalement en France.
Pour contourner la règle de l’inaliénabilité, l’Elysée a inventé le prêt à longue durée. En voilà du créatif, de l’inédit ! Le ministre de la Culture n’a pas été consulté : Frédéric Mitterrand essaya d’obtenir une rotation "plus rapide" des manuscrits, en vain. Bruno Racine, président de la Bibliothèque Nationale, espérait des prêts croisés, refusés.

Le grand argument sarkozien est éthique : ces manuscrits ont été "pillés par la marine française en 1866". Or, au-delà d’un siècle, vouloir procéder à ce type de restitution c’est avoir la prétention de refaire l’Histoire. Alors refaisons là : nombre de sculptures dont l’Egypte exige la restitution, par exemple, auraient finies concassées par les indigènes qui manquaient de matériaux de construction ou de combustible. Les œuvres dérobées par des Occidentaux ont au moins été sauvées. D’où l’idée qui jusqu’ici régissait les échanges internationaux : il y a un patrimoine universel de l’humanité et celui-ci doit échoir à ceux qui en prennent soin.

M. Sarkozy bénéficia alors du renfort décisif de Jack Lang qui déploie dans une Tribune du Monde une argumentation décoiffante : ces manuscrits appartiennent à l’identité coréenne et non au patrimoine universel ! Comme si nous avions deux catégories étanches ! Don Quichotte, parce qu’il fleure bon l’Espagne, ne pourrait donc pas être universellement revendiqué ? C’est justement en étant enraciné qu’on peut atteindre l’universel. Il est vrai que depuis des décennies un lessivage de cerveau prétend le contraire…

On ne souligne pas assez que l’occident a dédommagé depuis longtemps les pays demandeurs de restitutions. Car en étudiant longuement ces œuvres, en les présentant au public, les occidentaux ont construit la renommée, non seulement des pièces en litige, mais du pays et de l’art dont elles proviennent, ce qui assure aujourd’hui à ces mêmes pays une manne touristique. Que saurions-nous de l’Egypte si Champollion n’avait percé le mystère des hiéroglyphes ? Les descendants de Champollion seraient fondés (s’ils avaient l’avidité des pays demandeurs) à exiger un pourcentage sur les revenus du tourisme égyptien ! Plus grave, la querelle des restitutions est d’abord dommageable aux objets d’art : certains pays s’acharnent à réclamer des œuvres en sécurité dans les musées occidentaux alors que l’urgence devrait être de faire cesser les pillages ou les fouilles clandestines, ou de découvrir des œuvres encore plus époustouflantes que celles connues jusqu’ici.
Voilà donc une nouvelle affaire de rétro commission, cette fois "rétro" signifie mise au pillage du passé pour palier au manque d’imagination des politiques qui se conduisent comme des bobos dilapidant l’héritage familial. Pour vendre des mirages, faudra-t-il maintenant se délester du "Bleu de Ciel" de Kandinsky, encore à Beaubourg. Pour un porte-avions promettre une marine de Vernet ? Pour faciliter la signature d’un gros contrat TGV, l’ancienne Gare d’Orsay pourrait laisser partir "La Gare St Lazare" de Monet en prime. Total doit-il obtenir une autorisation de forage ? Allons, un Rembrandt bien noir et un Soulages en bonus !

Autre perle du détournement de mot : les œuvres soustraites au principe d’inaliénabilité participeraient de la "respiration des collections nationales", comme c’est poétique ! Il faut vite prévenir Mme Royal qui se méprend sur son sort : régulièrement de gentils voleurs viennent faire "respirer" ses affaires ! Bientôt la victime devra dire merci de ces providentielles aérations ! Il y avait autrefois, une vieille lune, un truc ringard qui fait rire, parce que notre époque évoluée est au-dessus de ça : la "Haute Trahison"…
Et nous, si nous demandions aussi des restitutions ? Que la perfide Albion nous rende le corps de Jeanne d’Arc … en attendant le remboursement des emprunts russes ...?

(1) Voir l’article de Michel Guérrin dans Le Monde du 25 novembre, p.25.

L'art de la titrisation culturelle

Publié dans A tout un chacun

Jean Clair l’a évoqué dans Le Monde ("Contre l'art des traders"), puis Aude de Kerros dans Les Echos : la "titrisation culturelle" va bon train. La titrisation consiste initialement à noyer des produits financiers toxiques au milieu de produits sûrs : c’est une des pratiques du mercantilisme mondial qui a engendré la Crise de 2008. Elle se pratique aussi dans l’Art Financier, à tous les niveaux : Versailles, valeur sûre, se voit farci en Koons et Murakami ; les collections nationales, comme l’or de la Banque de France, sont la garantie des œuvres contemporaines (proposées à la vente par ailleurs) : Koons ou Murakami vaudraient autant que le joyaux de l’histoire séculaire d‘un peuple, ils créeraient le patrimoine du futur…
Mais la titrisation  se joue aussi à l’échelon d’une galerie, comme le révélait la visite de la Fiac ou de ses émules. Une galerie expose un beau Soulages des années 50, par exemple, soit il n’est pas à vendre, soit il vaut très très cher (il faut le conserver pour rééditer ce genre d’opération). Mais à côté ou pas très loin, on expose un second couteau de l’Abstraction lyrique, une œuvre moyenne, même époque, même mouvance, mais avec un prix beaucoup plus abordable. L’astuce consiste à mettre en appétit l’acheteur avec une pièce maîtresse pour qu’il se rabatte sur ce qu’on veut lui fourguer… Beaubourg expose régulièrement Jean Prouvé : normal, cet architecte, ingénieur et designer présida le jury du concours international qui choisit…. l'architecture du Centre Pompidou. La Monnaie de Paris vient de lui rendre hommage et Prouvé a également une exposition à l’Hôtel de Ville de Boulogne, ajoutons à ce tir groupé, la Maison Ferembal remontée aux Tuileries, le temps de la Fiac. Or  l'événement de la rentrée, l'arrivée du roi new-yorkais du marché de l'art international, Larry Gagosian, débute comme par hasard… avec une expo Prouvé (en association avec la galerie Seguin) au 4, rue de Ponthieu. Là, dans le nouveau White Cube du maître du Financial Art, on ne s’étonnera pas de trouver le plus ennuyeux, le plus standard, de l’industrieux et industriel Prouvé. Les plus belles pièces sont en musée… avis aux cobayes de la titrisation culturelle !
On s’étonnera en revanche de voir le catalogue de l’autre exposition d’ouverture de Gagosian, celle de Twombly, rédigé par Mme Marie-Laure Bernadac, par ailleurs conservateur chargée de l’Art contemporain au Louvre. Il y a 25 ans, on chapitrait les élèves de l’Ecole du Louvre : il est strictement défendu à un conservateur, agent de l‘Etat, d’avoir une activité liée au privé, au commercial. Ceci afin d’éviter les conflits d’intérêt… Au fait, cette loi (fort sage) a-t-elle été abrogée ? Un poste confortable dans le giron de l’Etat, qui permet d’abriter des activités lucratives, la titrisation de la culture a pignon sur rue (de Ponthieu).

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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