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SOURGINS Christine

SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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Désastre des politiques culturelles

Publié dans En France
Derrière les chiffres, le désastre des politiques culturelles françaises
 
A l’approche de la Fiac, Artprice avait publié son rapport annuel qui souligne que l'art contemporain s'est imposé comme la locomotive du marché de l'art, avec un produit de ventes global de 7,6 Mrd et 1 800 % de croissance ces 15 dernières années : pendant celles-ci, il s’est construit plus de musées dans le monde que tout au long des XIXème et XXème siècles réunis. Plus de 700 nouveaux musées par an, alimentés pour partie par les 49 000 artistes contemporains recensés aux enchères. Or 68 % des recettes globales de l’art contemporain reposent sur 100 artistes, 35 % sur 10 artistes et trois (Jean-Michel Basquiat, Christopher Wool et Jeff Koons) totalisent même 18%, soit 320,5 m$, (presque 10 fois le résultat d’une année de ventes d’art contemporain en France, 35,6 m$). C’est dire si le marché est concentré ! La Chine vient de ralentir au profit des USA qui reprennent la première place, loin derrière on trouve Allemands (10,8 % du marché) et Britanniques (10,7%), au fond du classement : Italiens (2,6 %), Japonais (2 %), Indiens (1,5 %), Suisses (0,9 %), Brésiliens… à égalité avec les Français (0,8 %).
 
Artprice n’hésite pas à écrire que "la France peine cruellement à faire exister ses artistes dans l’univers hyper-compétitif du marché" ou que "l’offre manque de panache en France", ce qui n’est pas près de s’arranger avec la Fiac (173 galeries, dont 42 françaises) qui n’a cure de présenter aux visiteurs étrangers "le vivier français" (1). Même un Daniel Templon, pilier de la Fiac depuis 40 ans, se plaint de la direction impulsée par une Jennifer Flay qui préfère "dérouler le tapis rouge aux poids lourds internationaux" : "si nous avons si peu de crédit hors de nos frontières, cela résulte du mauvais sort qu’on nous réserve chez nous" dit-il. Le problème ne date pas d’aujourd’hui mais il s’accroît tellement que ceux qui se croyaient à l’abri sont touchés. Des galeristes parisiens ulcérés par les positions privilégiées octroyées aux galeristes étrangers, tentent de faire scission… mais le mal est fait : "n’achète pas un artiste français s’il n’est pas acheté par les américains" conseille un grand patron de la mode…. De fait, même un courant historique comme le Nouveau Réalisme dont on nous vante le grand retour, voit ses œuvres phares, à l’exception de celles d’Yves Klein, valoir moins de 10% du prix d’une œuvre pop américaine comparable (2).


D‘autres chiffres (3) cernent les conditions de vie, non des happy few de l’AC, mais du peuple des invisibles, les peintres et sculpteurs occultés. Les professionnels de la culture représentent 2,2 % de la population active… et perçoivent 23 700 euros en moyenne par an. Ces revenus d’activité sont inférieurs de 26% à ceux des autres actifs, avec une forte disparité homme/femme (19% au profit de la gent masculine). Encore cette rétribution repose-t-elle sur le cumul de plusieurs activités, et concerne tous les arts dont le spectacle vivant. Si on se recentre sur les plasticiens, le secteur est sinistré : en 2012 la moitié des artistes affiliés à la Maison des Artistes gagnent moins de 10 880 euros par an. Le déséquilibre homme/femme s’y creuse davantage : les hommes gagneraient en moyenne 50 % de plus que les femmes !
Or il est un chiffre du rapport Artprice que nos élites artistiques se gardent bien de nous seriner puisque la bureaucratie culturelle a choisi le conceptualisme : dans les ventes aux enchères, ailleurs dans le monde, la Peinture représente 61,2 % de part de marché de l’art contemporain !!!

(1) Comme le rapporte l’article du Figaro du 22 octobre 2015.
(2) Le Monde, 13 octobre 2015, page 10.
(3) Le Monde, 18 août 2015, p.13

"chaises musicales" de l'été...

Publié dans Du côté des élites
La valse des "chaises musicales" de l'été...
 
Eric de Chassey n’est plus à la tête de la Villa Médicis. A sa place, une femme, la première nommée directrice de la Villa : Murielle Mayette qui auparavant s’était illustrée à la Comédie française… pour avoir été contestée par la majorité de la troupe de Molière. Au moins  a-t-elle l’expérience du théâtre et ça tombe bien : la Villa Médicis accueille, pour deux ans, vingt-cinq pensionnaires, dans une dizaine de disciplines, qui vont de la musique à la cuisine, mais justement il n’y a pas de théâtre. Voyez si on est logique au ministère.
Depuis qu’il n’y a plus de concours pour entrer à la villa, mais une cooptation pure, tous les délices du copinage sont permis. Cette réputation tenace de la Villa, Eric de Chassey s’était donné mission de la combattre d’où ses propos parus dans la revue l’Oeil (de mai 2014 p.59) "L’idée que la villa serait un endroit dispendieux qui serait juste une sinécure pour les amis du président de la République avec des pensionnaires qui seraient des amis d’amis, si elle était vraie serait insupportable. Je comprends que recevoir des pensionnaires qui n’ont pas l’obligation de produire pendant leur séjour, ne soit pas dans l’air du temps" sic.
Génial, la villa Médicis : on ne vous demande rien à l’entrée, rien à la sortie; il serait plus juste de rebaptiser ces séjours "Vacances Médicis", (payées par la République, le prestige en plus)…Mais Eric de Chassey terminait par "en revanche les réformes devraient conduire à ce que le travail se fasse". Ce qui n’a peut-être pas plu à certains pensionnaires qui sont peut-être, finalement, des amis d’amis. Car Mme Mayette est soupçonnée d’affinités politiques avec un certain Manuel Valls. D’où un tollé : il faut sauver le soldat Eric de Chassey. Plusieurs dizaines d’artistes, des universitaires, ont signé une lettre ouverte pour demander son maintien. Selon eux, M. de Chassey aurait fait entrer l’institution dans le XXIe siècle ; ils n’ont pas été entendus.
 
Autre coup de théâtre, en juillet, le limogeage surprise de Nicolas Bourriaud qui était à la tête de l’Ecole des Beaux-Arts (Ensba) de Paris depuis 2011. Ce cofondateur du Palais de Tokyo en 2000, est aussi le penseur de "l’esthétique relationnelle" : quand Tirananija monte une baraque à moules dans un musée c’est de l’esthétique relationnelle, parfaite pour obtenir des subventions car, qui dit relation, dit lien social, donc art-citoyen, donc subvention… Nicolas Bourriaud avait incommodé des professeurs et des étudiants en mettant l’établissement public au service d’intérêts privés (au profit de la marque Ralph Lauren notamment ). Ceux-ci lui reprocheraient aussi de communiquer difficilement, cerise sur le gâteau, pour le chantre de l’esthétique relationnelle ! En juillet, on murmurait que pourrait le remplacer… Eric de Chassey (encore juché sur le siège éjectable de la villa Médicis). Se déclenche une pétition, encore une, pointant le népotisme et le "fait du prince" car l’épouse d’Eric de Chassey serait proche de Julie Gayet, la "confidente" de François Hollande. On attribue à N. Bourriaud le protectorat (désormais inutile) de Montebourg, (d’où le précédent repêchage de Nicolas par Aurélie Filippetti, ex-ministre de la culture et confidente du bel Arnaud). Cela doit être faux, car Nicolas Bourriaud n’aurait pas le front de parler de "République bananière" dans un entretien, non ?
Fleur Pèlerin, pour calmer le jeu, a nommé un professeur des Beaux-Arts, l’artiste Bustamante, célèbre pour avoir présenté un camion dans une chapelle et tenu des propos que lui-même a reconnu "limites" : "La femme, dès qu’elle a trouvé son territoire, elle y reste… Les hommes sont toujours dans la recherche de territoires vierges etc.". Bref, la femme est plan-plan et l’homme seul est un conquérant novateur (le palmarès des stars de l’AC illustre cette affirmation : l'AC minimise le rôle des femmes, tout en se targuant d’être le miroir du monde). Depuis, M. Bustamante est fâché avec une partie de la critique au point qu’Elisabeth Lebovici a annoncé sa promotion d’un avis de décès : "Les féministes ont la douleur de vous faire part de la nomination de Jean-Marc Bustamante à l’Ecole des beaux-arts..". Bustamante est à deux ans de la retraite : un choix pour patienter ?
 
Stéphane Corréard fut un temps candidat à la direction  des Beaux-Arts car ce commissaire artistique du Salon de Montrouge vient d'être remercié par les édiles. Ce Salon fut rebaptisé par Nicole Estérolle "Salon du schtroumpf émergent" car spécialisé dans la détection des jeunes loups d’un art contemporain plutôt transgresseur et promis à une carrière internationale rentable. M. Barak est nommé … le communiqué de presse est dithyrambique : "le Salon entame un profond renouvellement en faisant appel à l’analyse esthétique rigoureuse d’Ami Barak. Ancien directeur du Frac Languedoc-Roussillon… (où il avait été remercié, car il était très dynamique mais moins rigoureux semble-t-il sur les dépenses, ce que le communiqué ne dit pas). Le Salon de Montrouge veut favoriser son rayonnement à l’échelle nationale et internationale"… Le mot clé est lâché : M. Corréard n’était pas assez international, or l’art contemporain dans sa version officielle et financière, c’est l’art de la mondialisation. Difficile de faire carrière dans l’AC, on trouve toujours un plus pur qui vous épure : plus transgresseur, plus copinard, plus mondialiste, plus, plus, plus… A suivre...

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De Versailles à la Samaritaine

Publié dans Du côté des élites
De Versailles à la Samaritaine, l'emprise de la mondialisation
 
"Une tragédie !", c’est ainsi qu’Anish Kapoor réagit à la peinture jaune jetée contre son "Dirty corner", autrement dit "coin sale". L’artiste assure maintenant ne l’avoir jamais qualifié de "vagin de la reine" : ah, bon ? Les journalistes du JDD seraient –ils incompétents ? Kapoor refuse même la comparaison avec le Plug anal de McCarthy "sexuellement explicite et revendiquée comme telle", or  chacun sait, sans rire, que Kapoor est au-dessus de cela ; dans l’art très contemporain, le provocateur, c’est toujours l’autre. Kapoor s’est-il aperçu qu’un discours trop sexuellement connoté rend manifeste la véritable violation du patrimoine que constitue ce genre d’exposition ?
Si la direction de Versailles minimisait l’incident, l’artiste se plaint dans le Figaro : il se sent étranger en France et même dans son pays l’Angleterre (bien qu’anobli par la Reine…c’est dire) et s’inquiète de "l’intolérance" des extrémistes. Pas seulement des lanceurs de peinture, mais de ceux qui veillent sur un "passé sacralisé à l’extrême" sic. Dans l’art très contemporain, l’extrémiste, c’est toujours l’autre. Le vandale aussi. Pourtant toute son installation qui prend explicitement Versailles à rebours est un gigantesque piège à vandales, un appel grandeur nature, cornaqué par tous les médias, à venir "réagir". Le bénéfice est multiple : Sir Kapoor note que l’agression met "en évidence la force créative d'un objet inanimé", la presse est ameutée à nouveau et, l’agression changeant de camp, il peut jouer au martyr, se poser en moralisateur.
Une coïncidence montre d’autres retombées des manipulations du patrimoine.
 
Le 19 juin, le conseil d’Etat a autorisé le groupe de luxe LVMH, à remodeler, via la Samaritaine, Paris à sa guise : la construction d’un bâtiment commercial privé par Vuitton va donc détruire un îlot presque entier, pourtant protégé par les lois sur le patrimoine (abords de monuments historiques) et sur les sites (site inscrit de Paris) !
Or Paris a un tissus urbain unique au monde, (si elle n’est pas la seule ville qui puisse s’en flatter, on eut aimé Paris sonnant la résistance !) ; or ce joyau, qui, pour l’instant, nous vaut le déplacement des foules à travers la planète est en train d’être saboté, troué, déchiré, grignoté pour faire place à cette architecture passe partout dont l’arrogance marque l’empire de la mondialisation. Et ces opérations juteuses se dissimulent derrière les concepts mis au point pour imposer l’AC depuis des lustres : le passé, les acquis ? Mais voyons, il faut les "moderniser", les "actualiser" ou (plus fourbe) "dialoguer" avec eux pour mieux les "détourner" et se les "approprier" ; au nom de la "rupture" permanente toute les formes de "m’a tu vu" sont justifiées. C’est une régression de 40 ans en arrière, aux pires moments du pompidolisme immobilier. La tragédie, la vraie, est la vacance de l’Etat qui au lieu de défendre le bien public, laisse faire, voir accompagne son délabrement. La classe politique, de gauche comme de droite, se rend-elle compte que des affaires comme celles de Kapoor ou de la Samar rendent visible sa démission sinon sa compromission ?
 
L’AC, l’art contemporain officiel et financier, joue un double jeu :la violation du patrimoine ne sert pas seulement les cotes.Il s’agit (Kapoor le dit) de "désacraliser le patrimoine", autrement dit de le faire basculer du statut de bien commun intouchable à celui de marchandise monnayable. Pour réussir ce déclassement, il faut le ridiculiser, le mettre cul par-dessus tête, amener le citoyen à en rire, à se dire que Versailles est un Luna Park comme un autre. Donc humilier Le Notre, et son idéal d’harmonie incarné dans l’ordonnance du "jardin à la française", caviardé ici par un gros pâté sur le tapis vert, là par un vortex plongeant vers les abîmes en niant l’essence de Versailles. Or rien de plus facile que de perturber l’œuvre d’un autre, d’y agir en parasite en "semant le chaos" et s’étonner de récolter la tempête.
L’AC à Versailles signifie au public que désormais le n’importe quoi règne, qu’il n’y a plus ni critères artistiques ni cohérence historique, rien sur quoi le citoyen puisse s’appuyer pour revendiquer, résister. Une fois le patrimoine et l’histoire désacralisés, tout est à vendre au plus offrant. C’est le principe de la conquête à l’anglo-saxonne : la terre est à celui qui en donne le meilleur rendement. Ainsi a-t-on dépouillé les indiens, ainsi spolie-t-on aujourd’hui les vieux peuples européens de leur patrimoine. Pour ajouter l’amnésie à l’anesthésie, Louis XIV (comme Napoléon) sont en train de sortir des programmes scolaires. La mondialisation n’a pas besoin de citoyens mais de têtes de linottes qui applaudissent sur commande et payent. Waterloo, c’est maintenant.

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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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