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STROHL Helene

STROHL Helene



Inspectrice générale des affaires sociales honoraire (IGAS)


Ancienne élève de l'Ecole nationale d'administration (ENA)
Etudes de théologie et d'histoire.
 
Ouvrages
Le placard à confitures (roman)
Un amour menaçant (roman)
L'Etat social ne fonctionne plus (essai) (2008)
Les nouveaux bien-pensants  avec Michel Maffesoli (2014)
La France étroite, face à l’intégrisme laïc, l’idéal communautaire avec Michel Maffesoli (2015)

Recettes d'hier et d'aujourd'hui, le livre de la jeune mariée
 
Auteur de nombreux rapports
     consacrés à la psychiatrie, l'aide sociale à l'enfance, le handicap et divers sujets sociétaux,

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Pourquoi des jeunes Français...

Publié dans A tout un chacun
Radicalisation ou besoin frustré de racines ?
Pourquoi des jeunes Français comme les autres deviennent des fanatiques ?

 
Comme toujours, en ces temps de détresse, il est important, à côté de la légitime et nécessaire émotion, de savoir mettre en perspective. Et, au-delà d’une simple vision politique, ou même sociologique, il convient de savoir prendre le recul anthropologique.
Donc, pourquoi des jeunes gens sont-ils manipulables et 'fanatisables' jusqu’à tuer leurs pairs, assis aux terrasses de café, amateurs d’un groupe de Rock ou supporters d’une équipe de football ? Que représente pour eux l’État islamique ?
Peut-on expliciter cela en trois points :
 
- L’État islamique a pour objectif l’application d’une loi unique, la croyance en une doctrine unique et l’obéissance à une autorité unique. Il représente la volonté de ce que le sociologue Auguste Comte appelait reductio ad unum, réduction à l’Un.
Notons que dans un passé, pas si lointain que cela, les Églises chrétiennes (catholiques et protestants) ont assouvi à loisir ce fantasme de l’Un, dans les guerres de religions, l’Inquisition, l’effort missionnaire et les conversions plus ou moins forcées. L’État laïc dans son grand effort "civilisateur" de transmission au monde entier des valeurs de la modernité représente cette même volonté d’éliminer l’hétérodoxie dans les croyances et dans les mœurs. En ce sens les versions intégristes et fondamentalistes de l’Islam représentent l’ultime tentation de cette volonté d’unité.
Les cibles choisies pour cette opération d’assassinat collectif sont représentatives a contrario de ce combat d’arrière-garde : rassemblements de petites tribus, unies par un même goût, de la fête et du manger ensemble, d’un groupe musical, d’une équipe de foot, mais totalement diverses dans leurs appartenances ethniques, religieuses, sociales et politiques.
 
- Deuxième point : pourquoi de jeunes Français, élevés à l’école laïque, dans un État qui poursuit tout signe d’appartenance religieuse exhibé dans l’espace public se retrouvent-ils bras armés d’un combat se disant sacré ou religieux ? Justement, ceci montre de manière tragique, le retour sous forme perverse d’un besoin de sacré que le rouleau compresseur du rationalisme avait voulu évacuer.
Ces jeunes dits "radicalisés" ne sont-ils pas le fruit d’un besoin non assouvi de "radicalité" ? C’est-à-dire de retour aux racines, à ce qui est premier, fondamental, la quête commune du sens, le partage des sentiments, en bref le religieux au sens étymologique du terme, religare, relier. On ne peut s’empêcher de penser que la radicalisation des jeunes terroristes islamistes représente un déficit de radicalité, un manque d’expression possible du sacral.
 
- Enfin, face à cela, observons les réactions de la population, l’opinion publique. Le massacre de gens ordinaires a touché émotionnellement énormément de personnes : chacun connaissait quelqu’un qui a été touché, ou qui connaissait quelqu’un qui a été touché ou quelqu’un qui aurait pu l’être.
Rien d’abstrait dans ces émotions, pas de défense d’une "valeur", mais tout simplement la perte d’un être cher. La mort comme le dirait Brassens même pas pour des idées !
"Restez enfermés chez vous, ne vous rassemblez pas, ne sortez pas" ont martelé les autorités qui ont fermé les lieux de rassemblement, les marchés, les espaces sportifs, les bibliothèques, les musées…. Messages relayés dans un premier temps par les médias surfant sur la vague de peur. Mais surprise, les rues n’ont pas été vides, les clients se sont rencontrés et ont parlé ensemble chez les commerçants voisins des marchés fermés, de petits rassemblements se sont faits spontanément, dehors ou chez les uns et chez les autres.
Les habitants n’ont pas fait "comme si de rien n’était", ils n’ont pas voulu immédiatement oublier, mais ils ont fait preuve d’une certaine insoumission face à l’état d’urgence et de panique sinon créé, du moins entretenu par les autorités. Comme si la bonne réponse à l’ascétisme du monothéisme exacerbé de l’État islamique (monothéisme, monoidéisme, monotonéisme disait Nietzsche) était non pas la lutte "nation contre nation", non pas la guerre des religions, mais l’expression de la vitalité de l’être ensemble.
Pleurer, parler, rire, raconter et encore raconter est une forme d’hommage collectif aux victimes, un témoignage de "compassion" (souffrir avec) envers les proches et l’affirmation commune du vouloir vivre ensemble.   

Réforme du collège : pourquoi ...

Publié dans A tout un chacun
Réforme du collège : pourquoi les profs ne l'appliqueront pas
 
Quelques semaines auront été occupées par une polémique à propos de "la réforme du collège".
Curieux pays que le nôtre où l'on peut gloser à l'infini sur les instructions données aux enseignants sans se préoccuper jamais de savoir s'ils les suivent.
Curieux pays également que celui qui imagine que seul le critère de l'âge détermine le niveau des acquisitions possibles, que n'interviennent ni le goût, ni le talent, ni l'histoire personnelle et familiale des élèves.
Curieux pays enfin qui croît que réformer, changer du tout au tout un système scolaire dont tous reconnaissent qu'il a est à bout de souffle, se réduirait à introduire quelques heures plus ludiques dans l'enseignement pour lutter contre l'ennui et l'apprentissage express d'une deuxième langue vivante pour faire accéder tous les enfants aux privilèges des échanges linguistiques et culturels!
 
Cette réforme, dont beaucoup peinent à comprendre la structure se donne pour objectifs de réduire les inégalités sociales que l'école ne parvient pas à supprimer et à lutter contre l'échec scolaire.
Lutter contre l'échec scolaire, est-ce baisser le niveau des acquis attendus (casser le thermomètre) ou tenter de favoriser les apprentissages des élèves moins bien entourés familialement et ne devrait-on pas alors :
- détecter précocement les troubles de l'apprentissage et orienter les parents en difficultés vers les aides adéquates ;
- enrichir l'environnement ludique et culturel des enfants dès leur jeune âge, de manière à permettre à tous, d'être stimulés par le jeu, par la lecture, par les activités sportives et les diverses découvertes ;
- préserver la cohésion du groupe, de manière à n'exclure ni les mauvais, ni les bons élèves, trop souvent harcelés comme "fayots".
- procurer aux enfants de familles pauvres les moyens matériels de faire des études longues dans de bonnes conditions.
 
Comme les objectifs de "la Réforme" sont flous, les stratégies le sont aussi, qui mêlent des réformes du contenu de l'enseignement et des modes de transmission, sans vraie rigueur. D'autant et c'est là que le bât blesse, comme d'habitude, une fois que la polémique aura cessé, personne ne se souciera de voir si les enseignants appliquent bien la réforme, s'ils concèdent aux enseignements pluridisciplinaires le temps pris aux enseignements de leur discipline, si l'enseignement d'une deuxième langue correspond à l'appétence des élèves, si l'accompagnement personnalisé utilise des techniques de remédiation ou se contente de répéter ce que les élèves ne veulent pas entendre etc.
Il faut le savoir, et c'est pourquoi les enseignants ne se rebelleront pas longtemps contre cette réforme, hormis une visite de l'inspecteur tous les trois ou cinq ans, personne ne se soucie du contenu de l'enseignement dispensé : si les "programmes" sont suivis, c'est bien sûr parce que les enseignants sont en grande partie d'anciens bons élèves dociles, qui appliquent les consignes, mais c'est aussi parce que les manuels les reprennent et qu'enseigner autrement implique de fournir aux élèves des documents, des exercices préparés spécialement.
 
Et pourtant on égraine les réformes, en ajoutant ou supprimant des bouts de programme dans la croyance générale et revendiquée depuis Jules Ferry, selon laquelle tous les enfants de France, font la même leçon, à la même heure !
Cette croyance est bien sûr une imposture totale ! et ne pas reconnaître et tenir compte du niveau différent des élèves, des différences de talents, de la pluralité des intelligences, de la diversité des appétences et des compétences, c'est reconduire ad aeternam la stratification sociale, qui considère que le pouvoir et l'argent doivent revenir à ceux qui ont réussi les concours et les examens, sans se soucier d'ailleurs de leurs compétences réelles (en dehors de celles de répondre aux questions de l'examen), au détriment de ceux qui sont habiles manuellement, technologiquement, artistiquement, 'relationnellement', qui savent concevoir un objet ou résoudre un problème en situation, qui savent négocier et anticiper les réactions des autres etc.
 
On entend dire ça et là que la polémique opposerait les Anciens et les Modernes, pourtant rien n'est plus conservateur que le débat actuel.
Tout d'abord parce que personne n'a pensé à savoir ce qui dans l'enseignement actuel dégoûte les enfants en échec d'apprendre. Car on ne peut pas se contenter d'incriminer le statut social de leurs parents.
Le débat n'oppose pas non plus les tenants d'un enseignement identitaire, national (ah les Lumières françaises) ou multiculturel (oh, l'Islam) mais ressortit de la même attitude pédagogique qui privilégie les têtes bien pleines sur les têtes bien faites. Peu importe la période ou les évènements historiques étudiés, à condition que leur étude soit approfondie (au contraire du zapping actuel qui surfe de la préhistoire au 20e siècle en quatre ans!) et remise dans un contexte chronologique, anthropologique et géographique.
Peu importe qu'on "étudie" Maupassant ou Stendhal, Annie Ernaux ou Marc Lévy, à condition qu'on apprenne à lire, à comprendre ce qu'on lit, à éprouver des émotions et à les exprimer.
Certes, le lycée de nos grands-parents formait en reproduisant les notables et leur culture générale, et il était impensable de ne pas connaître Rabelais ou Balzac, Mozart ou Schubert, Ingres ou Delacroix. Le stock de connaissances a bien sûr totalement changé et la question n'est plus tant de savoir ceci ou cela, mais bien de pouvoir mobiliser un savoir utile. Non pas au sens 'économiciste' du terme, ni au sens professionnel, mais un savoir utile, ici et maintenant, pour penser les situations, professionnelles et sociales dans lesquelles on est.
Et cet apprentissage de la pensée passe par une connaissance approfondie, quelle que soit le contenu de celle-ci. La version latine est un merveilleux exercice de logique, d'écriture et d'aventure, mais l'apprentissage de n'importe quelle langue développe le cerveau et la culture et les leçons de l'histoire ne sont pas meilleures ou plus importantes selon qu'on raconte le Moyen-Age ou la Révolution française.
Enfin, le consensus selon lequel les déterminismes sociaux sont primordiaux augmente, mais personne ne se soucie d'adapter les politiques scolaires et extrascolaires à ces spécificités.
Ainsi déplore-t-on l'absence de scolarité des enfants roms, sans se résoudre à leur offrir une éducation et une instruction communautaires, adaptées à leur mode de vie et à celui de leurs familles.
 
On critique et à juste titre l'isolement du professeur devant sa classe, mais comment fait-on une équipe et comment peut-on imaginer qu'un chef d'établissement puisse manager des personnes sur lesquelles il n'a ni autorité, ni pouvoir de choix?
Croit-on vraiment que des enseignants qui se croisent épisodiquement dans la salle des professeurs (les enseignants étant présents 18h pour environ 40 à 50 heures d'amplitude ouvrée de l'établissement), qui ne sont pas tenus et qui d'ailleurs ne font pas de réunion avant le conseil de classe de fin du premier trimestre, vont travailler ensemble ?
Pense-t-on que les enfants sont insensibles à l'ambiance de leur école ?
Les écoles de quartiers et les écoles de village comme les lycées de la République constituaient autant de communautés intégrées dans un environnement lui-même communautaire. Bien sûr, les hussards noirs transmettaient le même message, les mêmes savoirs et la même morale. Mais en même temps, ils habitaient à l'école ou à côté, ils accompagnaient leurs élèves dans la campagne, ils connaissaient leurs parents.
Ces communautés-là n'existent plus. Mais il en existe d'autres. Celles des quartiers notamment. Qu'on s'efforce avant tout de casser, par peur de la bande de délinquants ou du communautarisme religieux.
Dès lors, notre enseignement est devenu en quelque sorte hors sol. Les contenus enseignés ne répondent pas aux passions et aux souhaits des jeunes pas plus que l'ambiance de l'établissement.
Pourtant c'est bien l'intérêt présent, immédiat qui peut seul les motiver et non pas la menace sans cesse agitée du chômage futur.

Paru sur Figarovox, 25 mai 2015

Une société qui paye,...

Publié dans En France
Une société qui paye, mais n’accueille pas
 
Une fois admis les effets de la guerre en Moyen Orient sur les récents évènements français, il faut se poser des questions plus concrètes.
Certes Saïd, Chérif et d’autres sont partis s’entraîner hors de France et ont peut-être été commandités ou soutenus par des réseaux étrangers ; ils ont visé une cible frappée par une fatwa et un commerce juif. Il n’empêche, ils sont Français, nés ou élevés en France et nous ne pouvons donc pas rejeter toute la responsabilité de leur parcours et de leur haine à notre égard sur "le parti de l’étranger".
On ne peut pas non plus l’imputer à leur religion, ni même à leur entourage. Ils ne sont en rien représentatifs des musulmans français qui ont toujours clamé leur refus de ce type de combat et ont choisi, sans état d’âme,  pour ceux d’entre eux à qui ces dessins apparaissaient outrageants, l’arme du procès.
 
Deux questions se posent donc : pourquoi ont-ils embrassé la cause de la défense contre un outrage fait aux images sacrées de leur religion et pourquoi ont-ils voulu défendre jusqu’à en tuer et mourir leur communauté ?
Il apparaît que pour une grande part des jeunes qui embrassent cette cause, leur conversion ou du moins leur zèle pratiquant est tardif. Le fanatisme n’est pas ce qui leur a été transmis dans leur éducation religieuse, s’ils en ont eu une. Plus souvent ils n’en ont pas eue.
Leur recherche religieuse fait pourtant écho à un phénomène plus large : dans notre vieille Europe qui avait cru éradiquer les religions, il y a bien un retour du sentiment religieux et du besoin d’une appartenance communautaire. Plus ce besoin sera dénié, surtout dans des milieux où la transmission par les familles des mythes et rites ne s’est pas faite, du fait de la transplantation due à l’immigration, plus il risque de resurgir de manière perverse et violente.
La violence dont ils ont fait preuve envers les journalistes de Charlie Hebdo n’était pas comme on l’a dit, barbare, sans signification. C’était une réaction justement à ce qu’ils ont d’autant plus ressenti comme une humiliation que leur identité musulmane était récente, fragile et peu enracinée.
 
Les caricatures diverses de Charlie Hebdo relèvent de l’idéologie selon laquelle aucune autorité, légale, morale, religieuse ne doit être respectée ou plutôt toutes peuvent être critiquées par l’humour. C’est le fondement de la culture française, ainsi que le disait Cabu, tout peut être caricaturé.
Pour la plupart des athées ou croyants critiques de notre pays, la croyance est affaire de conscience individuelle, de libre arbitre et non pas d’appartenance communautaire.
Chacun construit son identité sociale par ses diplômes, son statut professionnel, éventuellement son statut familial et la religion représente une sphère privée, individuelle et cachée. D’où l’interdiction du port de signes religieux dit ostentatoires, c’est à dire visibles. La foi, le rapport aux dieux, la recherche spirituelle sont cantonnés à la forteresse de la conscience individuelle.
 
Ce qui a choqué les croyants dans les caricatures de Charlie Hebdo c’était le blasphème : pour un croyant le sacrilège n’est évidemment pas aussi anodin que pour un incroyant qui n’a pas conscience de la force sacrée de l’image. Mais certains ont aussi été humiliés par la moquerie. Le ressenti du moqué n’est pas objectif, c’est un sentiment.
La blague antisémite n’est acceptable (et largement pratiquée) qu’à l’intérieur de la communauté juive. Sinon c’est de l’antisémitisme.
Les catholiques, au long passé majoritaire dans notre pays se sentent blessés par les blasphèmes, les moqueries. Mais il s’agit, en France, d’un vieux combat, aux lances émoussées par l’histoire.
Les protestants ont fait de cette ironie moqueuse une culture.
Il me semble qu’il ne peut en être de même que de quelques musulmans, ceux   à qui leur position sociale ou intellectuelle offre une protection suffisante pour ne pas se sentir rejetés.
Car pour ces jeunes, l’Islam est avant tout ce qui leur procure une communauté d’appartenance. C’est à dire un groupe auquel ils peuvent s’identifier, qui les fait exister. Dès lors, la moquerie les humilie.
 
La moquerie intra-communautaire est une bonne manière de relativiser les idoles, quelles qu’elles soient. Mais la moquerie exercée sur une communauté par d’autres est ravageuse. Surtout quand on est dans un pays qui réclame le respect des idoles et des rites nationaux, la Marseillaise, le drapeau français, les autorités de l’Etat, les magistrats …
Mais pourquoi ces jeunes là, ripostent-ils en tuant et en se battant à mort ? Pourquoi se sont-ils jetés corps et âme et de manière aussi exclusive dans les bras de ces gourous recruteurs ?
Quelle alternative leur a-t-on offerte ?
Ecoutons ce que disait de Saïd et Chérif leur avocat Vincent Ollivier, qui a défendu Chérif en 2005, au moment où il est arrêté parce qu’il allait partir combattre : "Les frères, comme une sœur et un autre frère, ont eu une enfance bouleversée par la mort de leurs parents, des immigrés algériens. Né à Paris, Chérif Kouachi passe son enfance en foyer, avant de vivre de petits boulots. Il était comme un certain nombre de jeunes : il avait un travail alimentaire qui lui permettait de financer une existence qui n'était pas des plus intéressantes".
On a appris ainsi que pendant la maladie de leur mère, ils ont été hébergés en foyer de l’enfance pendant deux ans, puis les deux aînés auraient passé six ans dans une maison d’accueil pour enfants de l’aide sociale à l’enfance, en Corrèze.
Ce sont donc des orphelins, à qui les services d’aide sociale à l’enfance n’ont pas pu préserver ce qui leur restait de famille et qui ont été envoyés, eux les enfants venus d’Algérie, puis ayant grandi à Paris, en Corrèze.
En Corrèze on se rappelle des adolescents sages, bien intégrés, participant aux clubs de foot locaux, ni violents, ni indisciplinés.
Ils finissent leur scolarité et après six ans, le département de Paris (qui paye leur hébergement en Corrèze) estime que son devoir est fini, qu’ils sont grands, éduqués et ils reviennent dans leur ville d’origine, sans doute vaguement suivis par des services de "jeunes majeurs", peut-être largués là, sans autre procès !
La France a fait son devoir : elle a payé, il est vrai cher. Une journée de Maison d’enfant à caractère social coûte au département entre 150 et 200 Euros par enfant. Plus tard, ils obtiendront d’autres aides encore, un logement en foyer, un contrat aidé et enfin des logements sociaux. Rien à dire, notre système social fonctionne, en tout cas il dépense.
Sauf que personne ne se demande ce que ça signifie pour des jeunes de grandir sans personne, sans aucun adulte, aucun groupe d’adultes à qui s’identifier. Sans personne dont il sache, intimement, que sa croissance, ses résultats, ce qui lui arrive, sont pour l’autre important.
Un éducateur raconte qu’il a déposé un jeune à la gare, il avait dix-huit ans et "la prise en charge" s’arrêtait. Il lui a  dit : à droite c’est Pôle emploi, à gauche la prison, à toi de choisir.
 
Plus de la moitié des jeunes placés en région parisienne et particulièrement à Paris sont envoyé en province. Les institutions ou les familles d’accueil peuvent y être de qualité, il n’empêche qu’il ne s’agit en aucun cas d’un séjour d’enracinement, d’un lieu où l’on construit ses souvenirs.
Les établissements sont laïcs et neutres. L’enfant y est nourri, logé, éduqué, mais plus rarement entouré de cette chaleur de proximité sans laquelle l’enfant ne peut acquérir ni sécurité intérieure, ni paix. C’est une enfance dans laquelle on ne transmet ni mythes, ni rites qui permettraient de structurer l’imaginaire. C’est dans ce terreau stérile et sec que viennent se nicher les discours de haine et d’extrémisme.
Bien sûr la capacité de résilience des enfants est grande et nombre d’orphelins ou d’enfants placés sauront construire plus tard les liens familiaux et sociaux nécessaires à leur vie.
Mais si l’on veut empêcher que les imams autoproclamés et autres gourous fondateurs de communautés terroristes continuent à recruter, il faudra offrir à tous ces jeunes désaffiliés et en manque d’un foyer bienveillant, un environnement communautaire où ils pourront s’enraciner et apprendre à aimer la vie ici et maintenant.
 
C’est en étant bien dans son environnement de proximité, en s’identifiant à plusieurs communautés de proximité (religieuse peut être mais aussi artistiques, sportives, politiques peut être) que chacun pourra être tolérant et bienveillant envers les autres communautés.
L’athéisme et le catholicisme n’ont plus l’exclusivité des appartenances ; il faut donc que notre République une et indivisible apprenne à pratiquer la tolérance et la coexistence pacifique entre les diverses tribus.
Sans en exclure ni en stigmatiser aucune et en pratiquant un humour bienveillant et d’abord auto-critique.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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