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TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

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Un débat sur la PMA ...

Publié dans Du côté des élites
Un débat sur la PMA sous pression politique
 
Ancien ministre, député LREM et ex-prétendant macroniste à la mairie de Paris, Mounir Mahjoubi l’a dit clairement. Son "objectif" est "d’annoncer dans la loi qu’il faudra débattre de la GPA". Ce n’est pas la position du gouvernement qui, par la voie d’Agnès Buzyn notamment, rappelle qu’Emmanuel Macron a pris deux engagements dans sa campagne : celui d’étendre la PMA et celui de ne pas ouvrir le débat sur la GPA ; et que les deux seront tenus.
 
La pression est cependant bien réelle, au sein de la majorité et à gauche, pour inciter l’exécutif à faire de la généralisation de l’accès à la PMA un point de départ et non un aboutissement. Le souhait de Mahjoubi et d’autres députés LREM d’aller vers la GPA n’a suscité aucune réaction ou rappel à l’ordre de la part du parti présidentiel alors qu’ils vont plus loin que la volonté du chef de l’État, tandis que l’opposition d’Agnès Thill à la PMA lui a valu une exclusion de son groupe et de son parti. Lors de la Marche des fiertés, des responsables de gauche ont défilé sous le mot d’ordre "marre des lois a minima", sous-entendant que le texte de la ministre de la Santé serait trop timoré alors qu’outre l’extension de la PMA il modifie les règles de la filiation et permet aussi la congélation d’ovocytes.
 
Dans son discours de politique générale, Édouard Philippe a redit son souhait "d’atteindre une forme de consensus sur ces dossiers", reprenant la condition initiale fixée par Emmanuel Macron pour légiférer en la matière. En deux ans, pourtant, les Français, qui ont fortement participé aux états généraux de la bioéthique, n’ont guère évolué. "Il y a deux blocs d’un poids identique, chacun aux alentours de 40 %, qui ne vont pas changer d’avis, fait remarquer à l’AFP Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’Ifop. Et 20 % de la population qui va osciller dans ses réponses en fonction de l’argumentaire proposé"
 
Mais les conditions politiques du débat ont évolué. Officiellement, les principaux groupes parlementaires reconnaissent la liberté de vote à leurs députés. Mais la tonalité est différente de part et d’autre de l’Hémicycle. À LREM, plus que la liberté de vote, on brandit cette "avancée" avec la volonté d’en faire un marqueur progressiste fort.
Chez Les Républicains, cette liberté est au contraire mise en avant comme une preuve d’un refus d’en faire un motif de clivage entre la majorité et l’opposition, et plus encore un motif de clivage interne. Autrement dit, les pro-PMA entendent assumer leur combat quand les anti-PMA se préparent à faire profil bas.
 
On le voit aussi au sein du gouvernement. Ceux qui étaient hostiles à cette nouvelle étape ou exprimaient des "réserves" assurent désormais, à l’instar de Bruno Le Maire, vouloir "comprendre les arguments des autres" ou s’abritent derrièrele respect d’une promesse de campagne. Ceux qui y sont favorables, à l’inverse, l’affirment haut fort, comme Muriel Pénicaud, qui, au "Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI", a présenté la PMA comme "une première grande étape". Ce qui signifie qu’il y en aura d’autres… Comme pour Mahjoubi, annoncer des combats à venir, c’est faire comprendre que celui qui est en cours est déjà réglé. Donc en banaliser la dimension transgressive.

Paru dans Le Figaro, 24 juillet 2019

L’appartenance nationale ?

Publié dans En France
L’appartenance nationale mise en question

Les drapeaux algériens brandis dans les rues à la suite de la qualification des Fennecs, dimanche, interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale.
 
C’est un match qui avait marqué les esprits. Et avivé les tensions politiques à l’aube d’une campagne présidentielle dont on a surtout retenu la présence de Jean-Marie Le Pen. Le 6 octobre 2001, les équipes de football de la France et de l’Algérie s’étaient opposées au Stade de France. Le score a été oublié, mais pas les sifflets qui recouvraient La Marseillaise et accompagnaient chaque action d’un joueur français. Les jeunes supporters de l’équipe algérienne présents au Stade de France avaient pourtant la nationalité française pour l’immense majorité d’entre eux. Le débat avait alors été nourri sur les ratés de l’intégration.
Près de vingt ans plus tard, la question se pose toujours. La compétition, cette fois, ne concerne pas la France, mais le seul continent africain. Mais à chaque fois que l’Algérie dispute un match important, les espoirs et les craintes, les explosions de joie ou les déceptions s’expriment de ce côté-ci de la Méditerranée. Deux questions distinctes d’ailleurs posent autour des débordements qui ont accompagné la qualification des Fennecs, en demi-finale la semaine dernière, en finale ce dimanche. Il y a bien entendu celle des violences qui ont conduit à 282  interpellations et à 249 gardes à vue ; à des forces de l’ordre caillassées à Marseille et des véhicules incendiés à Lyon. Mais ces attitudes sont loin d’être l’apanage de ces supporters-là.

L’autre question est celle de ces drapeaux algériens brandis dans les rues et qui interrogent sur la nature du sentiment d’appartenance nationale. Pour ces jeunes, pour la plupart de la troisième génération, donc nés en France de parents souvent eux-mêmes français, s’envelopper de ce drapeau n’est en rien comparable à des supporters de Rennes arborant le drapeau breton. Il ne s’agit pas de fierté régionale mais d’une sorte de carte d’identité, désignant le pays auquel ils se sont attachés en priorité.
Des études ont montré que loin de s’atténuer au fil des générations - les plus récentes n’ayant jamais vécu ailleurs qu’en France -, ce sentiment s’affirmait plus fortement encore chez les plus jeunes. Comme en témoigne la forte progression de prénoms "arabo-musulmans" donnés à la naissance, selon les calculs du politologue Jérôme Fourquet.

Phénomène marginal ? Minoritaire ? Impossible à quantifier en tout cas. Mais il y a bien un conflit d’appartenance qui constitue un défi pour la cohésion nationale. La communauté algérienne en France est évaluée à quelque 500.000 ressortissants. Mais le consulat recense 815.000 électeurs, en raison du nombre des binationaux. Enfin, l’universitaire Michèle Tribalat estime à 2,5 millions la population française "d’origine algérienne", c’est-à-dire englobant trois générations successives. C’est auprès de l’ensemble de cette communauté que la question est posée de la capacité de la France - de son histoire, de ses traditions, de son modèle de société - à être le creuset commun d’une société plurielle dans ses origines. Et à faire du 14 Juillet la véritable fête nationale de tous ceux qui habitent sur son sol.

Paru dans Le Figaro,16 juillet 2019

Réguler les Gafa, ou en faire...

Publié dans En France
Réguler les Gafa, ou en faire un régulateur ?
 
Coïncidence au Parlement. Alors que le Sénat vote à son tour le projet de loi de Bruno Le Maire taxant les Gafa, l’Assemblée vote la proposition de loi de Laetitia Avia contre la haine en ligne. Les deux sujets sont bien distincts quant à leur contenu : ici, une mesure fiscale, là, la diffusion de contenus. Mais dans les deux cas, les plateformes numériques sont visées ou à tout le moins interpellées par l’autorité politique.
Si on met la taxe Gafa en regard du dispositif sur les "droits voisins" voté, sous l’impulsion de la France, au Parlement européen, l’intention est de réguler les "géants du numérique", comme on les appelle. Avec le dispositif de la proposition de loi Avia, il s’agit au contraire d’en faire des régulateurs de la diffusion de contenus qu’ils reconnaîtraient eux-mêmes comme étant haineux, racistes ou homophobes. Régulés d’un côté, régulateurs de l’autre ; taxés ou contrôlés d’un côté, érigés en "gendarmes" de l’autre : on pourrait croire à deux traitements contradictoires. L’opposition est en fait en trompe-l’œil. Dans les deux cas, les plateformes numériques sont dans le viseur du législateur.
 
Avec la taxe Gafa ou les "droits voisins", un signal leur est envoyé leur rappelant qu’elles ne peuvent pas assécher un marché publicitaire national, en échappant à toute contribution fiscale alors que les entreprises nationales y sont astreintes. Dit autrement, les prévenir qu’elles ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Mais avec la lutte contre les propos haineux, le gouvernement - même si le "vecteur" choisi est une initiative parlementaire, il met en œuvre une volonté d’Emmanuel Macron - place les Gafa devant leurs responsabilités ; ou plus précisément les charge d’une responsabilité dont, c’est le moins qu’on puisse dire, ils n’étaient pas demandeurs. Sommées de retirer dans les vingt-quatre heures des contenus incriminés par la future loi, les plateformes numériques se voient transférer un pouvoir appartenant au juge.
Ce qui pose de graves questions de fond. Mais qui recèle aussi un enjeu symbolique. Emmanuel Macron est en effet souvent dépeint, pour le meilleur ou pour le pire, en président d’une "start-up nation", c’est-à-dire d’un pays tournant son économie vers l’avenir en exaltant l’univers numérique plutôt qu’en s’attachant aux vieilles industries du passé. Or, qui incarne l’envol du numérique mieux que les Gafa ? Lesquels, aux yeux de l’opinion, sont synonymes de dérégulation, de mondialisation sans contrôle, de libéralisme débridé. Dans un pays fragile, comme l’a confirmé la crise des "gilets jaunes", le chef de l’État doit donc se garder de toute assimilation à ces "ogres"-là ; et se poser en défenseur d’un modèle protecteur français. Au risque de devoir se contenter du symbole - la taxe Gafa ne serait efficace qu’à l’échelle européenne ; ou du paradoxe, en chahutant un autre modèle français : la régulation de la liberté d’expression avant tout par la précieuse et irremplaçable loi de 1881.

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019

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