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TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

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Réguler les Gafa, ou en faire...

Publié dans En France
Réguler les Gafa, ou en faire un régulateur ?
 
Coïncidence au Parlement. Alors que le Sénat vote à son tour le projet de loi de Bruno Le Maire taxant les Gafa, l’Assemblée vote la proposition de loi de Laetitia Avia contre la haine en ligne. Les deux sujets sont bien distincts quant à leur contenu : ici, une mesure fiscale, là, la diffusion de contenus. Mais dans les deux cas, les plateformes numériques sont visées ou à tout le moins interpellées par l’autorité politique.
Si on met la taxe Gafa en regard du dispositif sur les "droits voisins" voté, sous l’impulsion de la France, au Parlement européen, l’intention est de réguler les "géants du numérique", comme on les appelle. Avec le dispositif de la proposition de loi Avia, il s’agit au contraire d’en faire des régulateurs de la diffusion de contenus qu’ils reconnaîtraient eux-mêmes comme étant haineux, racistes ou homophobes. Régulés d’un côté, régulateurs de l’autre ; taxés ou contrôlés d’un côté, érigés en "gendarmes" de l’autre : on pourrait croire à deux traitements contradictoires. L’opposition est en fait en trompe-l’œil. Dans les deux cas, les plateformes numériques sont dans le viseur du législateur.
 
Avec la taxe Gafa ou les "droits voisins", un signal leur est envoyé leur rappelant qu’elles ne peuvent pas assécher un marché publicitaire national, en échappant à toute contribution fiscale alors que les entreprises nationales y sont astreintes. Dit autrement, les prévenir qu’elles ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Mais avec la lutte contre les propos haineux, le gouvernement - même si le "vecteur" choisi est une initiative parlementaire, il met en œuvre une volonté d’Emmanuel Macron - place les Gafa devant leurs responsabilités ; ou plus précisément les charge d’une responsabilité dont, c’est le moins qu’on puisse dire, ils n’étaient pas demandeurs. Sommées de retirer dans les vingt-quatre heures des contenus incriminés par la future loi, les plateformes numériques se voient transférer un pouvoir appartenant au juge.
Ce qui pose de graves questions de fond. Mais qui recèle aussi un enjeu symbolique. Emmanuel Macron est en effet souvent dépeint, pour le meilleur ou pour le pire, en président d’une "start-up nation", c’est-à-dire d’un pays tournant son économie vers l’avenir en exaltant l’univers numérique plutôt qu’en s’attachant aux vieilles industries du passé. Or, qui incarne l’envol du numérique mieux que les Gafa ? Lesquels, aux yeux de l’opinion, sont synonymes de dérégulation, de mondialisation sans contrôle, de libéralisme débridé. Dans un pays fragile, comme l’a confirmé la crise des "gilets jaunes", le chef de l’État doit donc se garder de toute assimilation à ces "ogres"-là ; et se poser en défenseur d’un modèle protecteur français. Au risque de devoir se contenter du symbole - la taxe Gafa ne serait efficace qu’à l’échelle européenne ; ou du paradoxe, en chahutant un autre modèle français : la régulation de la liberté d’expression avant tout par la précieuse et irremplaçable loi de 1881.

Paru dans Le Figaro, 9 juillet 2019

Le cri d’alarme de Darmanin...

Publié dans Du côté des élites
Le cri d’alarme de Darmanin envers les classes populaires
 
Classes laborieuses, classes dangereuses. Cette thèse sur Paris au XIXe siècle a marqué des générations d’historiens. Aujourd’hui, c’est l’absence des classes laborieuses dans son électorat qui est dangereuse pour Emmanuel Macron. Et c’est un de ses ministres, Gérald Darmanin, qui pousse le cri d’alarme. "Le clivage conservateurs-progressistes ne doit pas se transformer en clivage patriciens-plébéiens, les bourgeois et les élites étant la majorité présidentielle, et le peuple étant le Rassemblement national", prévient le ministre des Comptes publics dans un entretien au Point.
Toutes les analyses des résultats aux européennes ont souligné le glissement politique du macronisme, symbolisé par la percée de la liste Loiseau dans les villes et les secteurs historiquement les plus ancrés à droite. Lui-même issu des Républicains, dont il a été exclu après son entrée au gouvernement, Gérald Darmanin pourrait a priori s’en réjouir. Mais l’élu de Tourcoing s’inquiète plutôt de la signification sociologique de ce glissement.
 
L’opposition entre deux France - celle qui tire profit de la mondialisation et celle qui s’en sent victime, celle des "insiders" et celle des exclus, celle des cœurs de métropole et celle de la périphérie urbaine et de la ruralité - n’est pas nouvelle. Ce fut la France du "oui" et celle du "non" au référendum européen de 2005 puis celle du duel Macron-Le Pen à la présidentielle de 2017. Mais ce clivage s’est creusé à la faveur du scrutin du 26 mai.
Darmanin ne se contente pas du constat. Sa sortie est une mise en garde adressée à son propre parti. Quand il rappelle que "l’usine est aussi importante le coworking", il pointe la caricature que La République en marche donne parfois d’elle-même en se faisant le porte-voix d’une "start-up nation". Quand il met en lumière le danger d’une formation qui se réduirait à "un mouvement de cadres et de chefs d’entreprise", il pointe une dérive possible de LREM, que son renforcement auprès des catégories aisées pourrait accélérer.
 
Gérald Darmanin se défend de viser le président de la République qui, selon lui, partage ce constat. Ni Édouard Philippe, même s’il voit le premier ministre davantage capable de conquérir Paris que de reconquérir les catégories populaires. Mais le ministre des Comptes publics veut jouer sa participation. Non pas celle de représentant de l’aile droite du gouvernement, mais de chef de file d’une aile populaire. Car à ses yeux, "on ne peut pas réformer le pays sans l’adhésion des classes populaires ni gagner l’élection présidentielle sans le peuple", comme il le dit encore dans Le Point.
Pour Darmanin, l’acte II du quinquennat doit reposer sur deux jambes: l’écologie et le progressisme sociétal, d’une part - il veut rapidement le vote de la PMA ; le "populaire" d’autre part, c’est-à-dire l’accent sur le fruit du travail, le mérite ou la lutte contre l’islamisme politique. Pour lui, encadrer LREM de deux "flotteurs", droit et gauche, est hors sujet. Son objectif : convaincre un tiers de ces catégories populaires plus séduites aujourd’hui par le Rassemblement national que par la droite et par la gauche. Faute de quoi le macronisme serait en danger de mort.

Paru dans Le Figaro, 6 juin 2019

Le paradoxe d’une campagne...

Publié dans Avec l'Europe
Le paradoxe d’une campagne européenne transformée par Macron en test national
 
L’implication présidentielle a fait passer le débat de fond, sur les projets européens, au second plan.
 
À regarder les têtes de liste débattre jeudi soir sur BFMTV de traités commerciaux, de règles et d’éthique migratoires, de travail détaché… on se réjouissait que la campagne commence enfin. En fait, elle s’achevait. C’est l’une de ses particularités : jamais campagne européenne ne fut aussi brève depuis le premier scrutin, en 1979. La cause en est connue, la longue séquence "gilets jaunes" - grand débat, expression d’un malaise franco-français auquel l’exécutif a apporté des réponses elles aussi nationales. Séquence suivie de la tragédie Notre-Dame, qui a renvoyé la France à son histoire, à son identité et à ses querelles. Il n’est resté qu’un mois pour s’intéresser à l’Europe. D’où un débat croupion et souvent convenu.

La seconde particularité de cette campagne fut un débat croupion. Ce n’est pas inédit: tous les présidents ont plus ou moins soutenu la liste de leur parti ; Nicolas Sarkozy avait même tenu meeting pour l’UMP en 2009. Mais Emmanuel Macron a battu tous les records, multipliant les modalités d’expression jusqu’à l’entretien de ce vendredi sur YouTube qui lui permet de contourner les délais imposés aux médias audiovisuels "classiques". Jusque dans les affiches, ce fut une campagne Macron. Le risque politique pris par le chef de l’État a été déjà abondamment commenté : cette montée en première ligne fait des européennes un référendum sur sa personne. Mais, au-delà de la tactique, cette implication a conduit à un triple dévoiement du débat européen. Peut-être involontaire mais bien réel.

Elle a d’abord transformé une confrontation idéologique en compétition arithmétique. Le président de la République a voulu initialement montrer le choc de deux visions, l’une "progressiste", l’autre "populiste". En désignant explicitement "l’ennemi", la liste du Rassemblement national, il a fait lui-même de la première place au soir du 26 mai la question essentielle, pour ne pas dire unique, de la campagne. C’est un piège que déplorent nombre de figures de son gouvernement et de sa majorité. C’est un comble : il sera ainsi préférable pour Macron que la liste Loiseau fasse moins d’élus qu’espéré mais soit un dixième de point devant la liste Bardella plutôt qu’obtenir plus d’élus - donc plus de poids dans le futur Parlement - en étant un dixième de point derrière elle.

Corollaire de la sacralisation de cet enjeu : le débat de fond, sur les projets européens, est passé au second plan, au profit d’un énième avatar d’une campagne politique nationale. Encore un comble pour le chef de l’État : il voulait mettre l’Europe au centre du débat français, c’est sa personne qui se retrouve au centre du débat européen.

Enfin cette focalisation sur le duel LREM-RN conduit à un décalage entre l’affiche française et le paysage européen. Dans le futur Parlement de Strasbourg, ces deux forces compteront, mais aucune ne sera en mesure de gouverner ou d’imposer seule le futur équilibre politique au sein de l’Union. C’est le troisième comble pour Macron : il n’a eu de cesse de promouvoir un élargissement du jeu partisan à l’échelle de l’Union, jusqu’à défendre l’idée de listes transnationales ; il a fini par valoriser un match qui ne domine l’échiquier qu’à l’échelle de la France. Il a fait ce qu’il reprochait aux autres de faire avant lui.

Paru dans Le Figaro, 25 mai 2019

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