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TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

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Jacques Chirac, l’homme qui...

Publié dans Du côté des élites
Jacques Chirac, l’homme qui incarna tant de visages de la France
 
Le 5 avril 1967, l’annonce de la composition du gouvernement de Georges Pompidou s’achève par la nomination d’un secrétaire d’État à l’Emploi âgé de 34 ans. Jacques Chirac entre dans la vie publique et dans celle des Français. Il y restera plus d’un demi-siècle, un cas unique dans l’histoire politique française, tout juste égalé, en durée, par François Mitterrand. Du "bulldozer" - ainsi le surnommait Pompidou - impatient et conquérant, au vieil homme souffrant, il a offert tant de visages aux Français, il fut tant de visages de la France.
Si tous, puissants et anonymes, peuvent dire aujourd’hui avoir en eux "quelque chose de Jacques Chirac", c’est parce qu’il a tout été. Parfois successivement, parfois simultanément. Il a été l’homme de l’enracinement local et celui de la projection mondiale. Qui a eu plus l’amour du terrain que celui qui arpentait chaque centimètre carré de "sa" terre de Corrèze ? Et qui a le mieux interpellé la planète que celui qui s’opposa à la folle deuxième guerre américaine en Irak et s’inquiéta pour notre "maison qui brûle". En un temps où le cumul n’était pas mis au ban, il fut à la fois maire de Paris et député d’Ussel. Il fut en même temps chef de parti et chef du gouvernement. Énarque, il fut le moins techno de tous.
 
En un mot, Jacques Chirac fut le plus gourmand des politiques. Il a tout voulu, il a tout eu, jusqu’à ce Graal élyséen décroché deux fois. Il a tout été aussi et le "pragmatisme" de ses convictions a souvent été moqué ou dénoncé. Le "facho" Chirac est devenu "l’humaniste" apôtre de la tolérance. Le signataire critiqué de l’appel de Cochin est devenu le chantre incompris d’une Constitution européenne. Le premier ministre important le modèle libéral de Reagan et de Thatcher fut le président défenseur du "modèle social" français, jusque dans ses rigidités. Le "fana mili" pro-Algérie française justifia toutes les "repentances". Celui qui cautionna l’alliance municipale avec le Front national à Dreux restera comme le rempart le plus déterminé contre le lepénisme. Le plus volontariste des dirigeants fut aussi le plus prudent face aux réformes.
 
Quel fut le "vrai" Chirac dont on a annoncé si fréquemment l’arrivée d’un "nouveau", comme on le fait d’un millésime de beaujolais ? Tous évidemment. Et d’autres encore, tant cet homme d’apparence si proche et si lisible a gardé ses secrets, sur ce qu’il était, sur ce qu’il pensait, sur ce qu’il faisait ; secrets que des Mémoires hélas superficiels n’ont pas dévoilés. Et c’est parce que Chirac s’écrit au pluriel qu’il fut alternativement, et parfois simultanément, le plus aimé et le plus rejeté des Français. Le candidat qui a plafonné à 20 % à ses quatre premiers tours d’une présidentielle est celui qui a battu le record sans doute inégalable de 25,54 millions de voix recueillies sur son nom en 2002. S’il acheva son long mandat présidentiel dans l’impopularité, ne comprenant plus les Français et ceux-ci ne le comprenant plus, il retrouva leur affection en s’éloignant d’eux et, plus tristement, en s’éloignant de lui-même.
 
Cette relation complexe fait partie du roman français. Ces successions d’affection et de désaffection l’ont construit ; comme l’ont façonné cette alternance de succès (l’entrée à Matignon, la création du RPR, la conquête de l’Hôtel de ville, la consécration élyséenne) et d’échecs, de trahisons, de déceptions. Homme toujours au grand cœur et parfois sans scrupules, gâté par l’existence et souvent cabossé par la vie, il laisse aux historiens le soin de dire si sa présidence a épargné la France ou si elle a laissé passer des occasions de s’adapter au monde ; et aux politologues de dire si, fondateur du RPR et initiateur de l’UMP, il aura construit ou délaissé la droite. L’homme qui fit de la "fracture sociale" un slogan de campagne aura au fond incarné bien des contradictions françaises. C’est aussi ce qui l’identifie à ce pays qu’il a servi et qui le pleure.

Paru dans Le Figaro, 27 septembre 2019

La question de l'immigration

Publié dans En France
Un débat ouvert sur fond de scepticisme de l’opinion  (la question de l'immigration)
 
Voilà ce qui s’appelle faire du "teasing". Au fil des jours, Emmanuel Macron multiplie les prises de parole sur la question de l’immigration, qui fera l’objet d’un débat parlementaire, lundi prochain à l’Assemblée, puis mercredi au Sénat. Quel sera d’ailleurs le statut de ce débat ? Il ne sera ni introductif ni conclusif.
Il ne sera pas introductif car depuis que le chef de l’État a mis le sujet sur la table, les querelles ont déjà largement commencé. Non sans confusion, improvisation ou approximation puisque sur l’aide médicale d’État, par exemple, la polémique a démarré au quart de tour, sur son périmètre et sur son coût, alors que le ministère de la Santé n’a pas même encore reçu le rapport censé en faire l’évaluation. Il ne sera pas conclusif non plus car personne n’imagine que quelques heures dans un hémicycle, ou plutôt une succession de discours de quelques minutes chacun, suffisent à épuiser un débat récurrent et explosif depuis quatre décennies, ni n’aboutissent à des solutions concrètes et efficaces à court terme.
En s’emparant du sujet, Emmanuel Macron a pris, consciemment, un double risque. Celui de troubler une majorité plus à gauche que lui sur cette question et celui de décevoir une opinion plus à droite que lui en la matière. Et l’entreprise est d’autant plus ardue qu’il va à rebours de ce qu’il avait dit lui-même avant d’entrer à l’Élysée. Sur d’autres sujets périlleux, comme la réforme des retraites, il peut braver les résistances en s’appuyant sur ses engagements de campagne. Sur l’immigration, il doit justifier une conversion personnelle.
 
À ce stade, le chef de l’État est donc confronté à trois écueils. Celui de la "scoliose", comme on désigne à Matignon la torsion de la colonne vertébrale du macronisme. Jusqu’où pourra-t-il transgresser des tabous sans provoquer l’explosion de ses troupes et de son parti ? S’il cherche avant tout à rassurer les siens, il sera alors confronté au deuxième écueil : celui de l’écart entre l’ambition affichée - crever l’abcès d’un "mal français" consistant à ne pas "regarder la réalité en face", selon les propres mots du président - et les conclusions du débat. Des grands mots suivis de trop petites décisions exposeraient Emmanuel Macron à l’accusation d’être velléitaire. Comme Nicolas Sarkozy qui avait lancé avec fracas un débat sur "l’identité nationale" qui n’avait débouché sur rien. Ce deuxième écueil serait plus grave que le premier car il accroîtrait le sentiment d’impuissance donné sur la question de l’immigration par tous les gouvernements successifs. Ce risque-là oblige l’exécutif à sortir du débat parlementaire avec des propositions suffisamment fortes et concrètes pour être crédibles.
 
Mais il demeure un troisième écueil : le scepticisme de l’opinion. Le dernier baromètre de la confiance OpinionWay-Cevipof-Le Figaro révélait que 33 % des Français seulement croyaient aux statistiques officielles en matière d’immigration. Flux, coût, asile, reconduites… les chiffres ne compenseront jamais le choc des images et le poids des idées établies. C’est ce scepticisme-là d’abord que Macron devra vaincre. Et un débat au Parlement n’y suffira pas.

Paru dans Le Figaro, 26 septembre 2019

L’obsession des effets concrets

Publié dans Du côté des élites
L’obsession des effets concrets pour les citoyens
 
LE CONTRE-POINT - Le chef de l’État n’est pas tant intéressé par la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées.
 
En ce jour anniversaire du discours sur la "nouvelle société", il est tentant de présenter Emmanuel Macron en nouveau Jacques Chaban-Delmas, habité par le même désir de transformer le pays en sortant des clivages politiques traditionnels. Pourtant, il y a aussi du Georges Pompidou chez le chef de l’État. Ce même Pompidou qui limogea Chaban et jeta à la poubelle ce discours aujourd’hui présenté comme visionnaire.
Ce que reprochait en effet le président d’alors à son premier ministre n’était pas le caractère libéral et progressiste de son projet mais plutôt l’écart entre les belles incantations et leur transcription dans la vie quotidienne des Français. Pompidou voulait du concret, du tangible. Pas des mots. Macron aussi. Et plus encore au moment de lancer l’acte II de son quinquennat.
C’est à l’aune de cette exigence renouvelée qu’il faut comprendre l’exercice d’évaluation auquel sont soumis les ministres. Révélée notamment par Le Figaro, l’application utilisée pour mesurer  le "taux d’exécution" des chantiers ouverts par chacun d’eux est la mise en œuvre d’un engagement  de campagne du candidat En marche. Une lettre de mission, des objectifs à atteindre et une évaluation : le triptyque n’avait d’ailleurs rien d’original ; Nicolas Sarkozy avait annoncé le même avant de mettre en place un système d’évaluation des ministres, construit avec le concours d’un cabinet de conseil spécialisé. Celle-ci n’avait d’ailleurs pas été au-delà de l’effet d’annonce.
On voit mal comment il en serait autrement cette fois. Difficile en effet de définir des critères objectifs de réussite ou d’échec quand des réformes produisent leur effet avec un décalage de plusieurs années, ou que l’action gouvernementale est par nature soumise aux aléas de l’actualité.  Le ministre des Comptes publics, pour ne prendre qu’un exemple, peut-il être sanctionné pour ne pas avoir respecté un objectif de déficit, à cause de dépenses décidées par le président de la République lui-même ?
L’idée même d’évaluation est par ailleurs à double tranchant. D’un côté, elle rejoint l’exigence de l’opinion qui attend des ministres qu’ils rendent compte de leur action et qu’ils en soient responsables.  Mais de l’autre, en introduisant dans la sphère politique les méthodes de management de la sphère économique, elle instruit le procès souvent fait à Emmanuel Macron de croire qu’un pays se gère comme une entreprise.
Mais l’obsession du chef de l’État est moins la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées. Durant la crise des "gilets jaunes", il enrageait de voir tant de décisions prises au sommet se perdre dans les sables de l’administration. "La vie des gens, c’est un sujet présidentiel", confiait-il pour justifier l’injonction faite à ses ministres de ne pas croire leur travail achevé une fois une loi votée. Cette invitation à changer "l’État profond" est la véritable révolution copernicienne que  le président de la République attend de ses ministres. Même si c’est loin d’être le premier. Pompidou, déjà…
Paru dans Le Figaro, 17 septembre 2019

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