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TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

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Macron : plutôt non à Le Pen ...

Publié dans Du côté des élites
L’engagement de Macron, obtenir un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe"
 
CONTRE-POINT - Emmanuel Macron espère réveiller son propre électorat en agitant l’épouvantail de l'extrême droite et admet ainsi l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne.
 
Dramatisation de l’enjeu, simplification du message, personnalisation de la campagne. C’est le triptyque d’Emmanuel Macron pour arracher une victoire aux élections européennes. L’entretien qu’il accorde à la presse quotidienne régionale en est une nouvelle illustration. Alors que les sondages les plus récents placent la liste RN de Jordan Bardella sensiblement devant celle de son parti, LREM, conduite par Nathalie Loiseau, le chef de l’État prend un risque : celui de surdimensionner l’impact d’une éventuelle seconde place. Mais a-t-il d’autre choix que de prendre ce risque ?
Même si le chef de l’État ne s’était pas impliqué à ce point dans la campagne, le résultat de la liste Loiseau aurait été lu comme un baromètre de sa popularité. Comprenant qu’il n’échapperait pas à la dimension de référendum sur sa présidence, l’occupant de l’Élysée a préféré assumer jusqu’au bout cette logique. En tentant de transformer cette contrainte en outil de mobilisation. Dans un scrutin marqué par une forte abstention, la seule stratégie utile pour une force politique est en effet de parvenir à faire se déplacer ses sympathisants hésitants. Et, avec un dispositif de la majorité de faible envergure, seul Macron peut réveiller les macronistes.

Cet engagement personnel a un triple prix. Pour la fonction présidentielle d’abord. En ciblant directement un parti politique, le RN, Emmanuel Macron met à mal sa vocation à incarner l’unité nationale. Chef de l’État et chef de campagne appartiennent à deux registres différents. Même si, foin d’hypocrisie, tous ses prédécesseurs sont descendus d’une manière ou d’une autre dans l’arène électorale durant leur mandat. Le second prix est payé par le débat européen. Car la mise en scène du match entre les listes LREM et RN ramène cette campagne à un simple défi arithmétique. D’ici au 26 mai, il y a fort à parier que la préoccupation politique et, par ricochet, l’écho médiatique ne tourneront qu’autour de cette seule question : qui décrochera la première place ? La confrontation des visions s’effacera derrière la comparaison des sondages. La bataille des courbes plutôt que le choc des idées.

Le président de la République pourra légitimement prétendre que, loin de vouloir échapper à la confrontation idéologique, il la provoque en pointant la menace que représente à ses yeux une percée des "populistes". Mais, et c’est le troisième prix de cette implication frontale contre le parti lepéniste, le choix de la dramatisation le conduit à jouer en contre plutôt qu’à attirer sur un projet positif. Le pari initial d’Emmanuel Macron était de convaincre les Français de la pertinence et du pouvoir attractif d’un idéal européen. En agitant l’épouvantail de l’extrême droite, il admet implicitement l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne. Il voulait que le débat, en France et dans toute l’Union, s’organise autour de ses propositions à lui ; c’est en mettant Marine Le Pen et ses alliés au centre du jeu, qu’il espère réveiller in fine son propre électorat.
Par son entretien à plusieurs quotidiens régionaux, le chef de l’État s’efforce, cette fois, de mieux valoriser les apports de la construction européenne. Mais, parce qu’il reste moins d’une semaine, le mouvement naturel de la campagne conduira plus certainement à la simplification du duel qu’à l’explication de l’action ou d’une vision. C’est en obtenant un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe" que Macron peut encore remporter la bataille du 26 mai.

Paru dans Le Figaro, 21 mai 2019

Le nouvel équilibre européen de Macron

Publié dans Avec l'Europe
Des valeurs et des frontières, le nouvel équilibre européen de Macron
 
Plus original dans la forme, plus classique sur le fond. S’adresser directement et simultanément aux habitants des vingt-huit pays de l’Union européenne - Royaume-Uni compris -, c’est inédit pour un dirigeant européen. Ce choix recèle un double message. Le premier est qu’Emmanuel Macron croit en une citoyenneté européenne transcendant les appartenances nationales. Ce n’est pas une surprise. Dans son discours de la Sorbonne, il avait plaidé pour des listes transnationales aux européennes. Ce projet a été balayé par ses partenaires, il en reprend l’esprit à travers cette tribune.
Second message : par cet appel direct, il rompt avec la pratique habituelle des europhiles qui, au nom de la logique communautaire, se méfient à la fois de toute mise en avant personnelle et de toute adresse directe aux peuples. C’est une nouvelle forme du "en même temp" macronien : faire le pari de l’élan individuel et solitaire pour relancer un projet collectif. Comme s’il voulait marier le style d’un de Gaulle et les convictions d’un Delors.
Cette synthèse assumée sort des figures imposées du débat européen où les "fédéralistes" s’opposent en tout point aux "souverainistes". Bien sûr, Emmanuel Macron ne change pas radicalement de grille de lecture. Son combat reste plus que jamais tourné contre les "nationalistes" - qu’il a renoncé depuis quelques mois déjà à appeler "populistes". Contre ce "repli nationaliste" qui est "un rejet sans projet" ; contre ces "exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations qui promettent tout et son contraire".
Mais le président français procède à deux inflexions majeures. La première est de sortir de la réponse frontale. Au "nationalisme", il n’oppose pas le "fédéralisme", mais la "souveraineté européenne", notion autrement plus tempérée et équilibrée. Au "repli", il n’oppose pas "l’ouverture", mais la "protection". Face à ceux qui veulent moins d’Europe, il ne propose pas plus d’Europe, mais au contraire un retour à ses "valeurs" fondatrices : liberté, protection, progrès.
Une expression résume sa vision : "une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières". Ce dernier mot est essentiel. Longtemps l’invocation des frontières appartenait au registre des souverainistes. Il était synonyme de fermeture, de repli. C’était un mot-clé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, lorsqu’il voulait reconquérir l’électorat FN. Certes, les frontières que défend Macron sont à l’échelle de l’ensemble de l’Union, pas à celle des États. Mais les europhiles, dont il est, ont admis que le projet européen serait définitivement rejeté par les peuples s’il ne répondait pas d’abord à ce besoin de protection dans tous les domaines (commercial, social, identitaire, sécuritaire…). Macron a compris que les "nationalistes" avaient prospéré sur l’impuissance, voire le refus, des instances communautaires à prendre en compte les peurs des peuples.
D’où sa deuxième inflexion : ne plus entretenir un clivage interne à l’Union en pointant du doigt les "méchants": la Hongrie, l’Italie, la Pologne ; mais tenter de susciter un sentiment commun d’appartenance face aux menaces extérieures de la Russie, la Chine ou les États-Unis.
Pour gagner son match avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron rejette la carte d’une eurobéatitude qui n’a plus guère d’adeptes. S’il sort de la caricature, il lui reste malgré tout à réenchanter le rêve européen. Une "agence", une "conférence", un "office", une "banque"… Les propositions formulées dans sa tribune sont peut-être pertinentes. Mais insuffisantes pour croire à la "renaissance européenne" qu’il appelle de ses vœux.

Paru dans Le Figaro, 5 mars 2019

Schiappa, ... erreur tactique

Publié dans Du côté des élites
Schiappa, attaque idéologique, erreur tactique
 
Voilà ce qui s'appelle rater sa cible. Une interview de Marlène Schiappa dans Valeurs actuelles, voilà qui était osé. Pour les deux parties, tant l'hebdomadaire d'une droite assumée et la secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes semblent aux antipodes l'un de l'autre. Pour Valeurs actuelles, une preuve d'ouverture. Pour Schiappa, l'occasion de démontrer que son féminisme ne l'empêche pas de dialoguer avec ceux qui ne pensent pas comme elle. Et plus encore, de convaincre qu'elle a des positions plus équilibrées que ses adversaires le prétendent.
Et de fait, dans cet entretien, elle réaffirme son opposition à la GPA, s'indigne du déni sur les agressions sexuelles commises par des migrants, dénonce – enfin ! - la chronique salace et sexiste de Daniel Morin sur France Inter humiliant la journaliste Charlotte d'Ornellas, pourfend l'écriture inclusive et fustige ces débats féministes dont les hommes sont exclus. Bref, l'intention initiale n'était pas de "choquer le conservateur", mais plutôt de le toucher.
 
Pourquoi alors ce postulat aussi aberrant qu'insultant d'une "convergence idéologique" entre la Manif pour tous et "les terroristes islamistes" ? Pourquoi prétendre qu' "il y a des slogans de la Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues" ? Des survivants du Bataclan se souviendraient-ils donc d'avoir entendu leurs agresseurs chanter - dans une tonalité grégorienne, on imagine – "un père, une mère, c'est élémentaire", avant de sortir leurs kalachnikovs ?
Au moment où la quasi-totalité des dirigeants de droite se reprochent aujourd'hui d'avoir combattu dans la rue la loi Taubira, on ne demande pas à une ministre sincèrement "progressiste" de ne pas critiquer les opposants au mariage et à l'adoption pour tous. Mais si le choc des arguments peut être vif, l'outrance ne grandit jamais celui ou celle qui en fait preuve. Et il est toujours paradoxal de vouloir dénoncer le sectarisme de ses adversaires idéologiques en versant soi-même dans la caricature, voire la diffamation en qualifiant d' "homophobie" toute opinion non conforme à un discours officiel et en amalgamant un conservatisme sociétal qui s'assume sans pour autant l'imposer à un islamisme de nature totalitaire.
 
Mais, au-delà du débat de fond, Marlène Schiappa commet trois erreurs tactiques.
La première la concerne, elle : renouer avec une image d'amateurisme ou de celle par qui la polémique arrive, qu'elle s'efforçait de corriger avec opiniâtreté.
La deuxième concerne son gouvernement et sa majorité : avec une telle sortie, difficile pour Emmanuel Macron de convaincre de sa volonté d' "apaiser" la société, de rechercher le "consensus" sur les questions sociétales les plus délicates, de tirer les leçons d'une méthode qui avait "humilié" les opposants au mariage pour tous. Après Agnès Buzyn estimant qu'en choisissant François-Xavier Bellamy LR n'aura plus de "républicain que le nom", le mistigri de l'intolérance revient dans le jeu des Marcheurs.
La troisième erreur concerne la droite : alors que Macron mise sur un divorce à droite sur les questions sociétales, Marlène Schiappa a réussi à réconcilier la droite Wauquiez et la droite Pécresse dans une même condamnation de ses attaques contre la Manif pour tous.

Paru dans Le Figaro, 22 février 2019

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