Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

TABARD Guillaume

TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



A la Radio et à la télévision

- Radio classique
      éditorialiste politique sur Radio classique
- Public Sénat
- France info
- Radio-Notre-Dame

Dans la Presse écrite
Au Figaro (depuis 2000)
      rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro.
à La Croix (1995-2000),
à l'Académie Prisma Presse pour la presse magazine (1994-1995),
      rédacteur en chef de l’hebdomadaire France Catholique (1991-1995),
à La Correspondance de la presse (1988-1991)

Ouvrages
- Latin or not latin (2007)
- Maïti Girtanner (2006)
- Les Amis de l'hôtel de ville (2001)

 

URL du site internet:

Reconnaître les nouveaux...

Publié dans A tout un chacun
Reconnaître les nouveaux terreaux de l'antisémitisme
 
L'agression dont a été victime samedi Alain Finkielkraut révèle les ambiguïtés qui prospèrent aujourd'hui au sein d'une gauche communautariste et indigéniste.
 
L'agression verbale dont a été victime samedi Alain Finkielkraut confirme la nécessité d'un sursaut national contre l'antisémitisme, dont la manifestation organisée ce mardi par les partis politiques peut être un signe salutaire. Mais le débat politique n'est pas toujours à la hauteur de cette exigence, encore enfermé dans des grilles de lecture anciennes qui occultent les formes actuelles de l'antisémitisme en France.
Une partie des responsables partisans font des gestes et des paroles haineuses, entendues ces dernières semaines, l'expression d'un antisémitisme de "petits Blancs" qui trahirait la nature profonde des "gilets jaunes". Comme si les croix gammées taguées ou les "sales Juifs" proférés étaient l'expression de tout un mouvement. Celui-ci, incroyablement composite, semble ne plus avoir prise sur des débordements violents ou haineux qui le salissent. Mais il est paradoxal de voir les tenants habituels du "pas d'amalgame", notamment après les attaques terroristes, transformer tous les "gilets jaunes" en héritiers directs des groupes antisémites de l'entre-deux-guerres.

Il n'y a évidemment pas de bon antisémitisme et de mauvais antisémitisme, mais se tromper sur le diagnostic, c'est s'empêcher de lutter efficacement contre cette lèpre. Or ceux qui ont attaqué Alain Finkielkraut pour son "sionisme" et l'ont menacé de la "punition de Dieu" ne sont pas les disciples de l'antisémitisme maurrassien ou pétainiste.
Ce sont, à l'instar de celui qui a été identifié, des proches de réseaux islamistes dont l'antisémitisme se traduit par le refus de l'existence même de l'État d'Israël. Ce sont ceux qui, après les attentats de 2015, refusaient d'entendre parler de la Shoah à l'école. C'est précisément ce que l'auteur de L'Identité malheureuse a été un des premiers intellectuels à remarquer et à dénoncer ; ce qui lui a valu d'être mis au ban d'une intelligentsia attachée à débusquer toute trace d'islamophobie, quitte à minorer le péril de l'islamisme.

Ce changement radical du terreau de l'antisémitisme perturbe les schémas anciens qui permettaient de regarder le Rassemblement national d'aujourd'hui comme le prolongement de cet antisémitisme qui marquait certains fondateurs du Front national. Une cible facile qui permet d'ignorer les ambiguïtés qui prospèrent aujourd'hui au sein d'une gauche communautariste et indigéniste. Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants de La France insoumise se sont indignés qu'on puisse mettre en doute la force de leur combat contre l'antisémitisme. Mais c'est chez certains de leurs proches comme Thomas Guénolé ou Aude Lancelin que la dénonciation des agressions verbales contre Finkielkraut ont été équilibrées, sinon justifiées, par un procès fait au philosophe d'avoir "répandu la haine en France" contre "les jeunes des banlieues et les musulmans".
Il y a de fait au sein d'une certaine gauche un discours faisant des musulmans dans leur ensemble les prolétaires du XXIe siècle, victimes d'une oppression des États occidentaux et des "Blancs", le "sionisme" étant une des formes de cette domination à combattre. C'est sur les dangers de cette lecture-là que le débat politique doit s'engager.
Paru dans Le Figaro, 19 février 2019

Macron face au ...

Publié dans En France
Macron face au “néo-féodalisme” des barons
 
Vive les communes et les départements ! Quand, la semaine dernière, Emmanuel Macron parlait de "conversion personnelle" à effectuer, il parlait de sa manière de s'exprimer dans ses échanges directs avec les Français. Mais il est un autre domaine sur lequel le chef de l'État a aussi opéré une "conversion": sa relation aux territoires ; et plus particulièrement à l'organisation des territoires.
"La commune et le département correspondent à l'histoire pré-révolutionnaire et révolutionnaire du pays. Pour les citoyens, ce sont des relais identifiés avec l'État, des échelons reconnus et appréciés par eux", confiait-il lors de sa rencontre jeudi dernier avec des journalistes.
Une évidence ?
Oui, sauf que ce plaidoyer s'accompagne d'une critique des régions retaillées par François Hollande, "trop grandes et souvent sans identité véritable", et de l'intercommunalité, durcie par la loi NOTRe votée sous le même mandat.
 
Cette grille de lecture n'est pas neutre. Depuis trois décennies en effet, il y a, en matière d'organisation territoriale, une sorte de querelle des "anciens" et des "modernes" ; les premiers étant attachés aux structures les plus durables que sont la commune, le département, mais aussi l'État, quand les seconds ne jurent que par l'affirmation des échelons récents : l'intercommunalité, les régions, mais aussi l'Europe. Au fil des actes de décentralisation, les strates dites d'avenir n'ont cessé de se renforcer au détriment des échelons dits historiques. Or, parce qu'il est profondément européen et parce qu'il revendique l'étiquette de "progressiste", Emmanuel Macron était attendu du côté des "modernes". D'ailleurs, dans sa campagne et au début de son mandat, il semblait s'intéresser en priorité à l'affirmation des "métropoles".
 
Une constante française
La crise des "gilets jaunes" et le grand débat sont passés par là et le chef de l'État a mesuré le besoin de proximité et d'identification des citoyens. "Tout le monde connaît son conseiller départemental, personne ne connaît son conseiller régional", poursuit-il. Ainsi, au terme du grand débat, Macron entend bien lancer un puissant mouvement de "déconcentration" de l'État, c'est-à-dire de transfert de l'administration nationale vers le terrain, mais pas de nouvelle étape de "décentralisation", c'est-à-dire de transferts de pouvoirs aux collectivités locales. Cas particulier pour le Grand Paris : alors que le premier projet préfectoral prévoyait une fusion des départements de la petite couronne, ceux-ci ont désormais l'assurance d'être sauvés.
 
Mais au-delà de l'approche institutionnelle, la politique n'est pas loin. Élus au suffrage universel à la tête de vastes territoires, les présidents de région ont, selon Macron, la tentation du "néo-féodalisme" ; autrement dit du défi au pouvoir central. L'État central contre les puissances locales, le roi contre les grands féodaux : une constante française. Et un match d'autant plus actuel que trois présidents de région LR ont une ambition présidentielle: Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Cette bataille-là aussi commence.

Paru dans Le Figaro, 6 février 2019

Projet de référendum ...

Publié dans Du côté des élites
Projet de référendum de Macron, trois raisons d'être prudent
 
Un référendum ? "Je n'exclus rien", nous répondait jeudi Emmanuel Macron à propos de la rumeur circulant depuis une dizaine de jours d'une consultation organisée le 26 mai, jour des élections européennes. Qu'une telle hypothèse soit risquée n'est pas fait pour arrêter le président qui se vante, dans cette séquence, de "faire quelque chose d'inédit". Mais il est des expérimentations qui peuvent se révéler "hasardeuses", comme Lionel Jospin l'avait dit de la dissolution de 1997 qui l'avait involontairement conduit au pouvoir. Or, un référendum le 26 mai comporte trois risques.
Le premier serait d'occulter la campagne européenne proprement dite. Si une question politique était sur la table, qui imagine que l'on parle d'enjeux européens? Le débat serait purement national. De la part d'un autre pouvoir, on saluerait l'habileté tactique consistant à mobiliser sur autre chose que sur un scrutin qui n'a jamais passionné les électeurs. Mais de la part d'Emmanuel Macron, ce serait trahir son propre ADN. La colonne vertébrale de la pensée macronienne, c'est justement de défendre le primat de l'horizon européen ; c'est imposer comme sujet central une question considérée marginale. Au moment où il s'apprête à prendre une initiative forte, il torpillerait lui-même son grand dessein.
 
Le deuxième risque porte sur les thèmes soumis à l'arbitrage des Français. Le chef de l'État a déjà prévenu : pas question de s'en remettre au référendum pour décider de la politique économique, sociale ou fiscale. Dès lors, il ne resterait que les questions institutionnelles comme la réduction du nombre des parlementaires, l'instauration de la proportionnelle ou la modification des règles du cumul. Compte tenu des questions soulevées par la crise des "gilets jaunes", se contenter de demander au peuple de régler quelques curseurs relatifs à l'organisation de la vie politique, semblerait bien léger au regard de cette longue séquence qui a secoué le pays. Et si les questions posées ne sont que la reprise de ce que Macron avait déjà dans les cartons, il serait accusé de se servir de la crise des "gilets jaunes" comme d'un simple prétexte pour faire adopter des mesures que le Parlement aurait retoquées.
 
Enfin, le troisième risque est de confondre sondage et scrutin. Ce n'est pas parce que la réduction du nombre d'élus ou la proportionnelle sont plébiscitées dans les sondages que cela se traduira par une proportion équivalente de "oui" dans les urnes. Dans une campagne, toutes les évidences sont réversibles et la menace d'un vote sanction ad hominem toujours réelle. Avec le grand débat, Emmanuel Macron a repris la main. Mais il est encore loin d'avoir retrouvé la confiance d'une majorité de Français. La distance reste encore grande pour que la réponse à celui qui pose la question l'emporte sur la réponse à la question posée. Si un référendum est en soi une bonne idée, il est possible que le 26 mai - moins de quatre mois - soit trop proche pour éviter un vote passionnel. Pour Macron, où est la frontière entre l'audace et l'excès de confiance ? En 1997, Jacques Chirac aussi était convaincu de réussir son coup.

Paru dans Le Figaro, 4 février 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version