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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Toujours l’Europe

Publié dans Avec l'Europe
L’Europe est un espace sans cesse disputé, convoité, conquis et recomposé, toujours en mouvance, fait de peuples proches mais rivaux, souvent migrants, de Princes exigeants, opiniâtres ou fantasques.
Cette "péninsule avancée de l’Asie" comme l’écrivit Paul Valéry, demeure, entre Méditerranée et Océan Glacial, entre Atlantique et Caspienne, le centre d’une suractivité conflictuelle inouïe, d’un maelstrom idéologique permanent. Le tourbillon créatif européen, dans le domaine du pouvoir et de la conduite des sociétés est constant, et à peu près unique dans l’histoire des peuples.
Dans son célèbre Pourquoi la Grèce Jacqueline de Romilly rappelle que les Cités grecques furent les creusets de l’originalité des Européens dans la réflexion politique. L’idée du partage démocratique auquel est lié le partage de la permanence de la Cité, fonde – au-delà et bien plus profondément que toute autre théorie – le concept européen du pouvoir moderne tel qu’il a traversé les siècles pour arriver à la démocratie élective et référendaire contemporaine. Mais sans doute faut-il une longue maturation dans les désastres pour y parvenir.
 
Le temps présent nous en donne l’éblouissante démonstration : la recomposition dans le malheur, la solidarité dans l’adversité. Les Européens, dans leur majorité, ont maintenant dépassé, au terme de plus de deux siècles d’évolution, le stade de l’Etat-Nation primitif (encore que certains peuples y accèdent à peine).
Toutefois parmi les 28 de l’Union et la Cinquantaine de l’Assemblée du Conseil de l’Europe, l’expérience et le savoir politiques sont suffisamment ancrés pour que l’on puisse espérer une sagesse minimale commune. Ils ont assez bien compris que  fragmentés et dispersés ils resteraient "petits" à bien des égards, isolés et souvent fragiles. L’Europe invente le transnational, le commandement commun, la médiation permanente, "l’arrangement" à l’européenne.
Dépasser la grave crise rampante actuelle – laquelle est très loin d’être terminée – à laquelle se surajoutent bien des péripéties (prévisibles ou pas ?) est le souci majeur. Elle se présente sous deux aspects : l’un économique et financier, le plus visible dont tout le monde parle et s’occupe ; l’autre sans doute plus profond et inexprimé clairement, une recherche identitaire renouvelée, créatrice de la solidification d’un avenir commun. Simplement, les Européens, même les plus modestes ou anonymes "attendent" quelque chose de la société à laquelle ils appartiennent, de ceux qui les dirigent, qu’ils soient civils ou militaires, des réponses aux questions qu’ils se posent, collectives ou individuelles.
 
Peut-on aller plus avant ?
D’abord se défaire de toutes les balivernes effervescentes qui polluent les mentalités depuis 40 ans. En France ni les nostalgiques 30 Glorieuses, ni le "travailler moins pour partager le travail" ni le "travailler plus pour gagner plus", ni les "pactes", ne tiennent la route. La troisième voie de Tony Blair s’est perdue dans les couloirs des banques en faillite. L’hyper libéralisme de Friedman, Hayeck et quelques autres a mené au gouffre. La mode est maintenant à la détestation du capitalisme mondialisé "fossoyeur des sociétés avancées", selon de dictatoriaux écologistes bureaucratiques. Arrêter aussi d’accepter la pensée nord-américaine comme définitivement "supérieure" et prophétique : les Etats Unis aux aussi boivent des tasses aussi amères que monstrueuses, qu’ils dissimulent autant qu’ils le peuvent et surmontent en travaillant comme des fous, en rejetant tout appauvrissement visible. Leur force est d’être persuadés d’être indestructibles et d’avoir opté définitivement pour un système politique qu’ils ne remettent jamais en question. Contrairement aux Européens, toujours prêts à l’exercice d’expériences nouvelles.
 
Ensuite rejeter l’homme-masse : Bientôt 8 milliards d’individus sur la planète, 11 prévus aux alentours de 2055. La terre, déjà un peu chiche sur la ressource, pourra-t-elle supporter cette surabondance, ces agglomérations géantes de 20, 30, 40 millions d’âmes à gérer et nourrir. Nous sommes désormais en plein dans les "villes-mondes" annoncées par de visionnaires sociologues et les économistes il y a 40 ans et qui signalaient, outre les problèmes économiques posés, l’impossibilité de surveiller, faire régner l’ordre commun, réguler les violences et les marginalismes destructeurs de la société globale.
On peut s’inquiéter de l’avènement de l’individu-masse, cet être "indifférencié", répétition d’un type générique destiné à accomplir des tâches préétablies par des ordinateurs.
 
Toutes les sociétés ont, à leur apogée, pratiqué toutes sortes d’aliénations économiques, mais de nos jours, cela devient la plus grande généralité. Dès l’école – qui n’est plus un lieu d’instruction mais un laboratoire de formatage – on recherche l’individu conforme en tous points, le non aléatoire qui se continue de manière familiale, par des jeux et les programmes télévisuels : bientôt ficelé dans des crédits pour études, des loyers étudiés, des endettements pour propriété, vacances et frais d’enfants obligatoires afin que la machine puisse continuer de financer santé collective et retraites. Ceux jugés trop ineptes pour entrer dans ce quadrillage sont impitoyablement rejetés, abandonnés dans le fossé de l’ignorance, voués à trouver par eux-mêmes une raison d’exister, ce qui le plus souvent aboutit à la violence, à d’artificiels paradis.
 
Le rétrécissement (très rapide) de la liberté d’opinion et de création laisse foudroyé : l’acculturation scolaire généralisée, la mono information lénifiante ou au contraire alarmante, le culte des jeux de tous ordres, les rythmes individuels formatés dans des bureaux, l’obligation d’être "informatisé" sous peine d’exclusion et de disparition (la mort numérique), tout cela fait froid dans le dos. L’originalité fait peur, la nouveauté doit être conforme à ce qui existe déjà. Cetindividu masse n’est pas malheureux : environné de "droits garantis" il suit la trajectoire autorisée du "control and confort" lui assurant formation, travail, revenus, respectabilité et retraite. S’il est question de l’envoyer défiler sur les boulevards, ou bien à la guerre, ce sera sur le même schéma, afin de sauver son petit palais conforme, ses pleins d’essence et son assurance-vie.
 
La gestion numérique du monde est aussi irréaliste que catastrophique parce que tentaculaire et acceptée sans aucun frein ni critique : souhaitée, souhaitable, bienfaisante souvent, elle est devenue oppressante, aveuglément autoritaire, et désormais nuisible en bien des domaines, obligeant à des accélérations inutiles, confondant les individus et les comptes bancaires dans une dictature numérisée ; le malheureux interlocuteur de chair et de sang est réduit à l’état de code barre. La dématérialisation de nombreuses gestions, l’incompréhension dans laquelle est souvent plongé le citoyen ordinaire, la disparition de relations humaines situées dans la réalité et non plus dans le virtuel sur écrans ou téléphone, conduit irrémédiablement au naufrage social.
L’Europe n’est pas faite pour cela.
L’Europe doit lutter contre cette deshumanisation.
L’Europe doit ré inventer son propre territoire social dont, elle a toujours fini par maitriser les mouvants contours, à travers toutes les tentatives autoritaires, (on ne les citera pas toutes), de l’Empire romain au Communisme, même si parfois ce fut long et pénible. La gestion dématérialisée du monde crée l’angoisse, l’instabilité politique et institutionnelle, génère le refuge dans les extrémismes.
 
Entre conformisme obligé et marginalisation, si on n’y prend garde, se dessinent deux tendances : d’une part,- pour reprendre une expression désormais établie - une extension du domaine de la lutte : bien qu’enveloppé de son linceul de confort formaté l’individu standard doit perpétuellement batailler pour garde sa place au soleil, son identité, sa respectabilité, sa petite marge d’opinion, promouvoir ses choix : même envoyer ses enfants dans l’école de son choix est une bataille, tout comme accéder au crédit, au logement, au numérique ; partir en vacances commence le plus souvent par une bataille autoroutière, ferroviaire, voire aérienne…ce qui fut longtemps un privilège dégénère lentement en cauchemar, et les cartes bancaires ne comptabilisent plus aucun secret.
La seconde nouveauté vient d’une nouvelle conception de l’espace de bataille conçu désormais comme "un volume physique global", baignant dans un multi contrôle international, insinué lentement et qui ne fera que s’amplifier au fur et à mesure des innovations techniques. Là-dedans la "vie à l’européenne" - ou "à la française" restera limitée, voire gommée, par force ou par raison : la puissance du contrôle social ira s’amplifiant, sous égide sans doute nord américaine (peut être chinoise ?), car malgré les ratés et les contradictions, les Etats Unis continuent de peser sur les destinées planétaires de manière incontournable.
 
Tout cela baigne dans de profondes contradictions parce que l’Europe est à la charnière de 2 mondes : celui qu’elle a inventé et imposé depuis peut être les Croisades, au travers de ses propres inventions intellectuelles et ses perpétuelles autodestructions créatrices et celui, nouveau, qui lui échappe et qu’elle ne maitrise plus que partiellement car le reste de la planète, qui lui fut soumis, a commencé à créer ses propres repères. Ou bien, elle s’adaptera en se "recréant" juridiquement, économiquement et socialement ou bien elle sera avalée et digérée par les gigantesques dragons de la nouveauté.
Allons ! Courage ! Ce n’est jamais que Jonas et la baleine, ou bien Georges et le lézard fumant qui recommencent…

Un peu d’Europe

Publié dans Avec l'Europe
L’Europe poursuit son chemin.
Unis, les Etats et les citoyens composant l’Union européenne constituent une force incomparable, un contrepoids idéal à une quelconque hégémonie mondiale. Il faut faire confiance aux Européens pour dépasser cette articulation délicate entre "le monde d’hier" et la glissade vers le renouvellement. Ils l’ont déjà fait. Cela se fera dans la lenteur, ce sera laborieux. Nous allons beaucoup nous chamailler, comme d’habitude, mais au bout il y aura un ensemble de compromis, des "arrangements" juridiques et financiers, entre autres… La transaction aura été accomplie. Si elle échouait, cela voudrait dire que l’Europe n’existe plus. Mais cela n’arrivera pas.
 
Certes, les Européens contribuent à l’hégémonie mondiale, mais ils l’infléchissent aussi, la balisent de leurs propres directives : on le voit dans le cadre de la banque, du commerce et de la communication : les seuls empêcheurs d’exploiter en rond le monde entier et de créer des monopoles abusifs sont les Européens.
Même si depuis Seattle en 99 le "monstre" commercial a traversé le Pacifique pour s’allier au Soleil Levant. Depuis la crise rampante qui sévit depuis 2008, les horizons les plus sombres ont été détournés malgré lenteurs et disputes : cela a parfois du bon, car les salutaires révisions d’attitudes de la Banque Mondiale et du FMI ont été largement enclenchées sous l’impulsion des alarmes de Bruxelles.
Le vaste système de l’ONU, la compréhension de l’OTAN ont longtemps été vécus sans contrepoids, dans une perspective Est-Ouest. Cela a duré un demi-siècle. Nous traversons une salutaire période de transition, à l’air plutôt désordonné, mais dont les orientations générales se dessinent assez continument malgré les tendances lourdes, incontournables, des hoquets planétaires ; évitons les Cassandre : la période vécue est une formidable opportunité pour réformer, innover, aider l’Europe à grandir.
 
Les Etats européens, en tant que tels, auront de moins en moins de poids et de droits régaliens : ils quittent souvent -  dans la douleur et le dos au mur – des monopoles et des privilèges acquis laborieusement parfois en mille années. Ils y gagnent en arbitrages, en savoir-faire, en contrôle financier, en médiation. L’art diplomatique tel qu’il se pratique, est européen et son "moule" est obligatoire pour être un interlocuteur entendu et respecté. Ce faisant, les Européens ont un nouvel apprentissage à mener : celui du partage et du compromis (y compris dans le commandement militaire). La règle de droit et son délicat maniement contribuent beaucoup à ce travail ; les Européens y sont virtuoses : ils les ont inventés ; il s’agit d’un travail de deuil et de renaissance, un travail d’ 'éternisation' puisque la violence et les désastres dureront aussi longtemps que l’humanité. Cela prendra beaucoup de temps.
 
Des négociations et des accords qui ont échoué depuis 40 ans émergent peu à peu du chaos et de la nécessité : l’obligation de solidifier, fournir une assise forte à l’Euro sous peine de le voir disparaitre, créent une gestion de crise unifiée et cohérente. Laquelle va s’amplifier, de manière quasi mécanique. Les profondes modifications démographiques, la résurgence d’intégrismes variés, la misère endémique, l’injustice économique, l’urbanisation effrénée, créent de nombreux foyers conflictuels, qu’il est désormais impossible de survoler. "Gouverner" est devenu autant "faire face" que "prévoir". Même en n’étant plus que 12% de la population mondiale, les Européens ont encore beaucoup à inventer et à donner au monde.
 
Sans optimisme arrogant, sans pessimisme millénariste, il faut être rassuré d’être Européen, car l’Europe, sous ses oripeaux chaotiques et contradictoires, reste le centre de l’invention juridique internationale : dans son originalité, elle renouvelle complètement la plateforme des choix et des moyens de gestion des sociétés. Elle dépasse la notion fédéraliste, évite l’organisation internationale classique, crée de nouveaux créneaux de droit et de rapports de pouvoir. Elle nous indique – encore timidement – des sentiers non balisés, contourne les blocages onusiens, défait les démons anciens, et, dans une lenteur faite de lucidité, s’oriente vers de nouveaux espaces juridiques à construire sans scénarios a priori. Ni s’enfermer dans de trop rigides schémas. Les accidents de la vie communautaire sont si nombreux ! Flotter au gré de son propre destin, maintenir le cap malgré les coups venus d’outre atlantique, et surtout croire en un avenir protecteur d’une société en quêté de confiance, tel peut être le credo souhaitable.
 
Les Européens accomplissent leur innovante destruction consistant à désétatiser une partie des pouvoirs des Etats souverains pour trouver un cadre structurel plus vaste, correspondant mieux aux nécessités de notre époque, au nombre d’âmes à gérer dans leur vaste diversité, aux nécessaires rapidités financières. La capacité de création juridique est illimitée. Tout comme celle, d’ailleurs, des violences sociales qui peuvent surgir à tout moment. Il n’est pas certain que la subtile alchimie des composantes produise l’élixir souhaité, mais les avancées actuelles – dans un contexte très difficile – permettent quelque sérénité. Au-delà, il est très curieux de voir la France – qui œuvra tant pour l’Europe -  devenue un foyer de résistance à cet élan créatif.
 
C’est dans la réalité – sa réalité – que l’Europe trouve son énergie et recomposera son propre cadre. Elle a voulu aller trop vite (sans doute pour effacer le contexte et les séquelles de Guerre Froide), en laissant des trous béants dans sa trame juridique, sociale et financière. Elle en a pris conscience, en payant d’ailleurs le prix fort. Et elle trace maintenant de nouveaux sentiers. Un certain Fukuyama nous promit la fin de l’histoire il y a bientôt 40 ans, tout comme un Jérémy Rifkin tenta de nous persuader dela fin de la propriété et de la fin du travail, sous l’emprise de raisonnements excessivement globalisants et d’une supériorité économique aussi éternelle que le soleil.
Toutefois, il n’est pas inutile de rappeler que les effets de domination finissent toujours par dépérir, même les plus prégnants. La prévision manque au pouvoir : elle lui échappe : la prospective ne lui permet pas de prospecter l’inattendu, car il ne peut s’imaginer. On n’imagine qu’avec ce que l’on connait déjà, surtout en politique et en économie. Voilà le risque. Il faudra donc improviser, s’adapter, inventer, ce que tente en ce moment l’Europe, mais avec de bons outils, parmi lesquels lecadre juridique est essentiel.
 
Les Européens doivent proposer une alternative : leur propre refondation, justement pour que l’histoire ne finisse pas en "marché unique mondialisé". Et puis les Européens ont toujours 3 énigmes à résoudre, auxquelles ils n’ont toujours pas donné de réponse, et dont les péripéties les préservent de l’ennui : 
- Que faire de l’Islam ?
- Que faire des survivances de l’ancien Empire Austro-Hongrois ?
- La Russie est-elle européenne ?
Seul un Européen peut résoudre un problème européen.
Donc, on attend la suite, même au prix de l’abandon de quelques illusions dorées.

Quel régime ?

Publié dans En France
Une Monarchie républicaine ou une République monarchique ?      
 
Quelle étrange nation que la France !...Toujours "je t’aime moi non plus" avec ses leaders, ses chefs, ses élus, ses présidents : à peine choisis, déjà critiqués, mis à mal. Seuls échappent à ces querelles de ménage mal assorti, les "chefs", les vrais, ou du moins ceux ressentis comme tels. Depuis Charles de Gaulle, le Français cherche… vainement… celui (ou celle) qui les fera renouer avec le Nirvana du pouvoir, la sanctification de l’énergie républicaine.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le Français, tout en se faisant le champion de la démocratie élective, du renouvellement constant des leaders par son vote éclairé, est en fait un nostalgique de la stabilité, de l’icône installée, pour tout dire, de la continuité du pouvoir. Le véritable concept de l’esprit politique et constitutionnel français c’est le "monarque" : le type qui gouverne seul, qui décide, commande, surveillé (de loin) par des élus dûment encerclés de contraintes procédurières et qui sont sensés exprimer la constante voix du peuple. Lequel, peuple, l’a également porté au pouvoir dans l’enthousiasme.
 
Les plus jeunes et les mal informés s’imaginent que ce schéma émane du modèle présidentiel nord-américain. Pas du tout : nous portons en nous cette mentalité autoritaire d’un décideur solitaire depuis … Richelieu, Mazarin, Louis  XIV qui ont édifié le centralisme royal. Puis, une fois raccourci un Louis XVI hésitant qui ne savait pas parler au peuple, dans une pagaille de revirements insensés pour la conquête d’un conglomérat de peuples déboussolés (il ne s’agit pas encore d’une nation), après avoir essayé divers recettes de pouvoir collectif, se propulse au poste suprême un petit officier au teint jaunâtre, plus ou moins inventé  par des ligueurs trop peu méfiants. Se faisant "directeur", puis "consul", puis "consul à vie" et enfin "empereur",  en moins de 6 ans, le dénommé Bonaparte recrée l’image du sauveur tout puissant.
 
Le "bon peuple" contemporain, abreuvé de statistiques, d’informations politico sociales contradictoires, de publicités vantant à la fois le bonheur de la consommation et la détresse des bas salaires, les dangers de l’endettement et les voitures à crédit, cherche confusément cet individu, le "sauveur", le "rassembleur" providentiel.
Mais qu’on ne se fasse pas d’illusions : Quel que soit le nouvel élu suprême, la nouvelle équipe au pouvoir, les impôts ne baisseront certainement pas, les allocations ne seront  ni restituées ni augmentées, les entreprises ne rouvriront pas leurs portes aux chômeurs, et il n’y aura aucun coup de baguette magique pour diminuer une dette dont on ne mesure même plus ni le degré ni la pertinence. Les leçons du passé devraient pourtant nous éclairer : ce n’est pas parce que le monarque change que tout s’arrange. Mais comme le proclame l’incontournable Warren Buffet "s’inspirer du passé ne sert à rien".
 
Pourtant, pour faire court, quelques "élémentaires" :
 
*  La Révolution française créa le "gouvernement populaire" moderne : c’est la volonté du peuple, avec son effet majoritaire qui doit gouverner : après avoir été réservée aux représentants élus (monarchie constitutionnelle) , la glissade vers le gouvernement direct du peuple fut rapide : on passe alors au gouvernement "de masse". La Révolution nord-américaine fut celle d’un Tiers affairiste et souvent prospère, menée par un petit nombre. En France on trouve une toute autre dimension : le Peuple-masse, dont la volonté est exécutée par d’interchangeables acteurs jusqu’à ce qu’un "chef" émerge du chaos. Autrement dit, on revient à un Monarque déguisé en patriote, lequel recentralise l’Etat au nom de la nation. Avec un autre vocabulaire, d’autres insignes, on retourne à un absolutisme monarchique ; cela recommencera avec la Seconde république suivie du second Empire, puis, la notion de peuple souverain ayant été exportée, elle nous reviendra sous la forme du marxisme léninisme, appelé communisme, tout aussi intolérant et totalitaire.
 
*  Cette lecture de l’organisation de la collectivité entretient la toute-puissance de l’Etat central, doté d’une administration générale animée par des serviteurs fonctionnarisés, c'est-à-dire échappant au marché ouvert du travail. Cela permet la continuation puis l’extension des monopoles d’Etat, toujours au nom du peuple sur lequel les successifs gouvernements veillent avec amour et dévotion. Là aussi, par cet habile et pesant tour de magie, l’essentiel de la productivité de la nation échappe au marché concurrentiel. En soi, ce n’est pas mauvais, mais encore faut-il que ce soit géré avec lucidité et le gout de l’anticipation. La France n’arrive pas à se dépêtrer de ces pratiques : la SNCF ne sait toujours pas si elle a des usagers ou des clients, (ce qui est très différent), de même que l’EDF-GDF, etc… L’absence de concurrence a tué et tue les entreprises d’Etat.
 
*  C’est également la Révolution française qui a inventé la "guerre de masse" : la Patrie étant en danger, tout le peuple a été invité à s’enrôler pour vaincre l’ennemi : cela ne tardera pas à prendre une dimension inquiétante, deviendra très vite une guerre de conquête et de pillage (toujours au nom du peuple, et non plus des intérêts des chefs, au moins en apparence), et changera totalement la physionomie des affrontements : A partir des guerres napoléoniennes – où on trouve jusqu’à
400 000 acteurs sur le pré (Leipzig 1813) - cela ne fera désormais que croitre et embellir jusqu’aux deux Guerres dites Mondiales et leurs millions de morts et de blessés. Ce faisant ces conflits tendent progressivement à s’étendre aux populations civiles – le peuple – pour lesquelles les armées ont été créées et sont sensées les protéger.
 
* L’autoritarisme d’Etat et son centralisme aboutissent forcement à l’absence totale du sens de la transaction : en France on ne sait pas négocier, on ne transige pas, on décide. Les discussions dites syndicales tournent toujours court car les représentants économiques sont relégués aux extrêmes, donc sont eux aussi intolérants. L’accaparement des leviers de décisions par des écoliers supérieurs qui n’ont jamais rien dirigé a entrainé une rupture quasi définitive entre le monde de l’entreprise et du travail et l’univers immobile de l’Etat, lequel a mis des crampons à ses confortables baskets. La non-confiance est totale : en France tout "patron" est bon à abattre et l’enrichissement en dehors du cercle vertueux de la Française des Jeux (monopole d’Etat) est immédiatement soupçonnable .
 
*  Dans ce cocon du "tout Etat" la France a développé les mythes de la liberté individuelle et celui de l’égalité : le principe de base étant "puisque l’Etat bienveillant s’occupe de tout, je peux exclusivement m’occuper de moi-même". Deux cent vingt années de liberté individuelle ont abouti à un égocentrisme insupportable, un mépris d’autrui, de tout être différent. L’ "autre" est ennemi, il dérange. Il est très curieux de voir que dans un Etat collectiviste, le sens du collectif est aussi mal perçu et pratiqué. Par ailleurs,  l’égalité telle qu’elle est prévue dans la Déclaration des Droits connait une lecture erronée : le texte (rédigé par des bourgeois prudents qui se méfiaient du peuple) dit "tous les hommes naissent libres et égaux en droit" : ce qui veut dire que le cadre juridique offre à chacun la possibilité de construire son propre statut égalitaire : l’égalité est à construire, elle est relative, et non pas acquise et absolue. Le mythe égalitaire est redoutable. Et mensonger. Une grande part de nos conflits et de nos paresses vient de cette erreur de lecture et de compréhension, que d’ailleurs l’Etat se garde bien de rectifier.
 
*  Enfin, émergeant d’un millénaire de chrétienté oppressante (ou jugée telle) la République révolutionnaire a érigé la laïcité en principe national. S’en est suivi une lutte infernale (c’est le cas de le dire) entre l’Eglise catholique dominante et les républicains laïcs ; ce qui est une lecture imbécile : on peut être chrétien et républicain, de même que laïc et attaché au pouvoir personnel. Passons. L’éradication du monde religieux  continue, malgré les efforts successifs de tous les régimes politiques successifs. Notre calendrier moderne est l’exact reflet de ce combat : Noël et le 1er de l’An, le délibéré détachement des vacances scolaires de printemps de la fête de Pâques, au 14 juillet républicain répond le 15 aout marital, Novembre voit le 1er et le 11 novembre batailler pour les morts, le bouquet est en mai où 1er et 8 mai s’opposent à Ascension et Pentecôte, coutant ainsi une semaine de salaire aux entrepreneurs. Il est savoureux que le Jour du Seigneur (dimanche, jour de Dieu) traditionnellement chômé (en principe) soit si âprement défendu par les CéGéTistes et autres défenseurs des Gauches radicales. Par ailleurs, et c’est sans doute le plus préoccupant, la laïcité à la française est essentiellement négative. ("l’Etat ne participe d’aucune croyance"). Ainsi il a laissé se développer dans une friche totale, le mépris et la non considération, un Islam aux multiples facettes, devenu la seconde croyance de l’hexagone, et dont il est maintenant impossible de mesurer l’impact et d’en prévoir les conséquences sociales. L’anti chrétienté ne suffit plus, il faudrait ouvrir plus grand les yeux et les oreilles, et, au lieu de se lamenter, tenter de comprendre.
 
Bref, les Français attendent, cherchent un héros salvateur, autoritaire mais juste, à la fois inventif et conservateur, financier mais populaire, un monarque partageux, un laïc  œcuménique, rassurant mais novateur… autrement dit, vu les milieux actuels de décision,  un leader introuvable… Courage….

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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