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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

Présentisme... et...

Publié dans Du côté des élites
Présentisme ... et imposture
 
Le "présentisme" n’est pas nouveau. Mais il prend des proportions inquiétantes.
Il consiste en politique et en gouvernement des sociétés à "gérer uniquement le présent", la succession des incidents quotidiens, à faire face épisodiquement aux évènements, accidents, malheurs, bonheurs, commémorations, ratées, réussites, obligations de la société globale, sans avoir de continuité, ni de programme de long terme à offrir.
Dans cette noyade de miettes de pouvoir et discours, aucune perspective d’avenir n’est donnée ; les promesses faites lors des campagnes électorales sont devenues fumées, les redressements envisagés sont gloutonnement dévorés par les obligations de l’instant, les gouffres financiers s’amplifient, les erreurs ne sont ni avouées, ni pardonnées.
Bref, le fossé de la méfiance et de la surdité ne cesse de grandir entre administrés désabusés et gouvernants amidonnés de leur propre contentement.
 
Le "présentisme" est d’abord détecté et nommé au Japon : il est très reproché au Premier Ministre Shinzo Abé  et à son gouvernement, lesquels, gestionnaires de la 3ème puissance économique mondiale (statistiques FMI et BM), n’ont aucune perspective d’avenir à offrir à leurs concitoyens, aucun projet durable pour une population en proie à l’inquiétude devant la stagnation persistante de son niveau de vie, une montée importante et rapide de la pauvreté (phénomène des évaporés) et une situation démographique catastrophique qui conduit tout droit à "la disparition du Japonais dans ses iles aux alentours de 2100". Pour se tirer d’affaire, Shinzo Abe – 63ème premier ministre  de l’histoire moderne - a provoqué des élections anticipées en décembre 2014, remportées haut la main, ce qui lui permet de pouvoir continuer paisiblement ses "Abenomics" c'est-à-dire ses rafistolages économiques et financiers, palliatifs supposés à  une dégradation plus radicale.
A sa décharge, il est honnête de signaler que le "présentisme" est une "vraie" constante de la mentalité de la société japonaise : le Japonais vit  "l’instant", la fugacité du temps, obéit sans barguigner aux injonctions venues du haut, qu’il soit écolier, étudiant, employé, cadre, retraité ; c’est encore plus vif pour les femmes lesquelles sont encore avant tout  "obéissantes". On décèle cette tendance dans la langue japonaise, la littérature, la musique, les arts : la fragilité de cette civilisation si particulière a enjoint à ses acteurs –soumis aux volcans, aux tsunamis, aux guerres internes, aux famines, de ne se soucier ni du passé ni de l’avenir, en préservant l’insularité.
 
Le Présentisme a atteint la France : quand a-t-il commencé ? On ne saurait le dire. Après Mai 68 ? Avec l’élargissement inconsidéré de l’Europe Unie ? Avec les excès d’optimisme d’une droite surfant sur du pseudo gaullisme ou d’une gauche vaguement jaurésienne enfin au pouvoir ? De la bataille irresponsable de ces deux tendances apparemment opposées mais complices, qui n’ont cessé, depuis 50 ans de détricoter ce que  l’autre avait fait ?  De l’absence de vrai projet social et économique ? D’une excessive vanité nationale trop encline à encenser le passé au détriment de vraies ambitions d’avenir ? D’un nombrilisme tel que l’évolution rapide et si radicale du monde n’a pas été perçue ?
Le "présentisme" a deux aspects complémentaires : Il consiste d’abord, dans la gestion de la société globale, à faire face au jour le jour aux incidents et accidents de parcours : la moindre ratée, le moindre malheur, toute carence se révélant soudainement, font l’objet d’une annonce immédiate d’intervention judicieuse, d’une réglementation oubliée, d’une mesure législative nouvelle, de recrutements de  personnels, de fermeture de ce qui ne marche plus, etc… Sans préciser que les lois nouvelles mettent environ deux ans à être votées, que la plupart ne reçoivent que peu de décrets d’application, qu’il faut "former" les gens recrutés et que cela prend souvent beaucoup de temps, que la plupart des annonces faites dans la hâte ne seront suivies d’aucun effet, que l’argent est dilapidé à tors et à travers.
On fait de l’innovation a postériori.
Cela au détriment de mesures "vraies" de long terme, de réformes structurelles profondes que personne n’ose entreprendre de peur de perdre le fauteuil confortable de sa fonction, de l’insertion d’un véritable dialogue démocratique entre le personnel politique (qui plane dans ses illusions et utopies) et les populations, les acteurs économiques, les laissés pour compte d’un tissu social en perdition, d’une réforme totale d’un système scolaire périmé. Le pouvoir se méfie du peuple ; il en a peur, en fait, depuis toujours, peut-être, en France, avec nos 4 révolutions, nos 11 constitutions, nos 5 républiques, nos 3 empires, nos guerres religieuses et civiles. Le peuple se méfie du pouvoir dans lequel il n’a aucune confiance et qui ne lui a jamais appris ni la transaction ni la mansuétude.
 
L’autre aspect, encore plus inquiétant est le "présentisme dans les médias" : il faut se montrer, il faut "paraitre", il faut "causer dans le poste" (comme disait Desproges), être aux matinales des radios, aux 20 heures télévisés, cadrer ses annonces avec les plages d’infos et de pubs. Il faut convoquer les journalistes ou  téléphoner aux directeurs de chaines afin qu’ils vous convoquent.
Tout cela est vaguement mortifère et bien des pères de famille saturés en profitent pour aller promener le chien.
L’irruption des médias de masse dans la vie politique est une vraie catastrophe, crée une collusion d’intérêts qui n’ont qu’un seul but : faire de l’audience et du fric.
 
Par ailleurs, il faut aussi être "sur tous les évènements" nationaux et internationaux : Il faut être à Quimper, à Davos, à Cambera, aux G8, G10, G20, à Bruxelles (là où se prennent les vraies décisions), à Strasbourg, à Washington (là où se prennent les autres vraies décisions), aux J.O. de Perpette les oies, à la finale de la coupe du monde, de France, de n’importe quoi ; il faut aller embrasser les sinistrés, les blessés, les assassinés ; consoler les mères, les veuves, les orphelins, inaugurer les Philarmonies même si on n’est pas musicien, décorer les méritants annuels, recevoir des ambassadeurs entêtés, couper des rubans, dévoiler des plaques, faire des risettes sur les marches devant les photographes et les caméras, commémorer tout ce qui se présente sans distinction, avec, si possible, quelques autres égarés institutionnels, à défaut de la Reine d’Angleterre qui a fait prévenir qu’elle ne se dérangerait plus tant son avenir est devenu court.
Bref, il faut se montrer, être "présent", du moins en apparence. Nous sommes entrés dans l’ère de la gesticulation et du spectacle. Pas dans celle de l’efficacité et du sens.
 
Devant ce délire de "paraitre", une question vient à l’esprit du plus crétin : les journées n’ayant que 24 heures, et même si on se déplace vite, quand ces gens de pouvoir travaillent-t-ils vraiment ? Quand approfondissent-ils les dossiers, quand réfléchissent-ils à leurs vraies tâches ?
Il a été calculé que les "politiques de haut rang" consacrent environ un tiers de leur temps utile à "communiquer". Quoi ? Et à qui ? On sait bien qu’ils prononcent des discours (parfois très beaux) écrits par d’autres, parce que c’est long d’écrire un beau discours ; on sait bien que leurs paroles de réconfort, de félicitations ou d’encouragement, sont des façades de bienséance… mais l’indifférence vaniteuse affleure souvent et vexe le citoyen ordinaire.
On en revient à la magnifique formule de Pierre Bourdieu "Quand dire c’est faire" (Ce que parler veut dire, Fayard 1982) : parce qu’il aura annoncé une action, l’homme politique est persuadé qu’il l’a accomplie.
 
Le problème de tout ce "paraitre", renforcé par les stratégies télévisuelles, conduit au redoutable fléau de l’imposture et du conformisme : Imposture des gouvernants, conformisme obligé des gouvernés dont la liberté d’opinion et de pensée se trouve étrangement réduite dans ce maillage fin de la "pensée unique". Il faut être "conforme", béat devant ce qu’on nous délivre à voir et à entendre, risquant d’être vampirisé par "le corps étatico-moral" qui nous enveloppe de son linceul de banalités. Même les déclarations dites énergiques, tous les pactes, conventions, sursauts solennels sonnent tels des rabâchages de situations déjà vécues, tellement "jouées" sur écran ou derrière le petit piédestal des déclarations officielles coincé entre deux drapeaux, qu’ils en sont devenus fades et risquent de laisser indifférent.
Il faut se souvenir de la belle formule de Soseki Natsume dans son essai si lucide Et puis…de 2003, à propos du Japon et de sa propre société : "… Par la grâce d’une éducation réduite au strict minimum, les gens de ce pays sont tellement exploités, à en avoir le tournis, qu’ils succombent tous en chœur à la neurasthénie"…
Protégeons nous avec énergie d’un tel destin.

Toujours l’Europe

Publié dans Avec l'Europe
L’Europe est un espace sans cesse disputé, convoité, conquis et recomposé, toujours en mouvance, fait de peuples proches mais rivaux, souvent migrants, de Princes exigeants, opiniâtres ou fantasques.
Cette "péninsule avancée de l’Asie" comme l’écrivit Paul Valéry, demeure, entre Méditerranée et Océan Glacial, entre Atlantique et Caspienne, le centre d’une suractivité conflictuelle inouïe, d’un maelstrom idéologique permanent. Le tourbillon créatif européen, dans le domaine du pouvoir et de la conduite des sociétés est constant, et à peu près unique dans l’histoire des peuples.
Dans son célèbre Pourquoi la Grèce Jacqueline de Romilly rappelle que les Cités grecques furent les creusets de l’originalité des Européens dans la réflexion politique. L’idée du partage démocratique auquel est lié le partage de la permanence de la Cité, fonde – au-delà et bien plus profondément que toute autre théorie – le concept européen du pouvoir moderne tel qu’il a traversé les siècles pour arriver à la démocratie élective et référendaire contemporaine. Mais sans doute faut-il une longue maturation dans les désastres pour y parvenir.
 
Le temps présent nous en donne l’éblouissante démonstration : la recomposition dans le malheur, la solidarité dans l’adversité. Les Européens, dans leur majorité, ont maintenant dépassé, au terme de plus de deux siècles d’évolution, le stade de l’Etat-Nation primitif (encore que certains peuples y accèdent à peine).
Toutefois parmi les 28 de l’Union et la Cinquantaine de l’Assemblée du Conseil de l’Europe, l’expérience et le savoir politiques sont suffisamment ancrés pour que l’on puisse espérer une sagesse minimale commune. Ils ont assez bien compris que  fragmentés et dispersés ils resteraient "petits" à bien des égards, isolés et souvent fragiles. L’Europe invente le transnational, le commandement commun, la médiation permanente, "l’arrangement" à l’européenne.
Dépasser la grave crise rampante actuelle – laquelle est très loin d’être terminée – à laquelle se surajoutent bien des péripéties (prévisibles ou pas ?) est le souci majeur. Elle se présente sous deux aspects : l’un économique et financier, le plus visible dont tout le monde parle et s’occupe ; l’autre sans doute plus profond et inexprimé clairement, une recherche identitaire renouvelée, créatrice de la solidification d’un avenir commun. Simplement, les Européens, même les plus modestes ou anonymes "attendent" quelque chose de la société à laquelle ils appartiennent, de ceux qui les dirigent, qu’ils soient civils ou militaires, des réponses aux questions qu’ils se posent, collectives ou individuelles.
 
Peut-on aller plus avant ?
D’abord se défaire de toutes les balivernes effervescentes qui polluent les mentalités depuis 40 ans. En France ni les nostalgiques 30 Glorieuses, ni le "travailler moins pour partager le travail" ni le "travailler plus pour gagner plus", ni les "pactes", ne tiennent la route. La troisième voie de Tony Blair s’est perdue dans les couloirs des banques en faillite. L’hyper libéralisme de Friedman, Hayeck et quelques autres a mené au gouffre. La mode est maintenant à la détestation du capitalisme mondialisé "fossoyeur des sociétés avancées", selon de dictatoriaux écologistes bureaucratiques. Arrêter aussi d’accepter la pensée nord-américaine comme définitivement "supérieure" et prophétique : les Etats Unis aux aussi boivent des tasses aussi amères que monstrueuses, qu’ils dissimulent autant qu’ils le peuvent et surmontent en travaillant comme des fous, en rejetant tout appauvrissement visible. Leur force est d’être persuadés d’être indestructibles et d’avoir opté définitivement pour un système politique qu’ils ne remettent jamais en question. Contrairement aux Européens, toujours prêts à l’exercice d’expériences nouvelles.
 
Ensuite rejeter l’homme-masse : Bientôt 8 milliards d’individus sur la planète, 11 prévus aux alentours de 2055. La terre, déjà un peu chiche sur la ressource, pourra-t-elle supporter cette surabondance, ces agglomérations géantes de 20, 30, 40 millions d’âmes à gérer et nourrir. Nous sommes désormais en plein dans les "villes-mondes" annoncées par de visionnaires sociologues et les économistes il y a 40 ans et qui signalaient, outre les problèmes économiques posés, l’impossibilité de surveiller, faire régner l’ordre commun, réguler les violences et les marginalismes destructeurs de la société globale.
On peut s’inquiéter de l’avènement de l’individu-masse, cet être "indifférencié", répétition d’un type générique destiné à accomplir des tâches préétablies par des ordinateurs.
 
Toutes les sociétés ont, à leur apogée, pratiqué toutes sortes d’aliénations économiques, mais de nos jours, cela devient la plus grande généralité. Dès l’école – qui n’est plus un lieu d’instruction mais un laboratoire de formatage – on recherche l’individu conforme en tous points, le non aléatoire qui se continue de manière familiale, par des jeux et les programmes télévisuels : bientôt ficelé dans des crédits pour études, des loyers étudiés, des endettements pour propriété, vacances et frais d’enfants obligatoires afin que la machine puisse continuer de financer santé collective et retraites. Ceux jugés trop ineptes pour entrer dans ce quadrillage sont impitoyablement rejetés, abandonnés dans le fossé de l’ignorance, voués à trouver par eux-mêmes une raison d’exister, ce qui le plus souvent aboutit à la violence, à d’artificiels paradis.
 
Le rétrécissement (très rapide) de la liberté d’opinion et de création laisse foudroyé : l’acculturation scolaire généralisée, la mono information lénifiante ou au contraire alarmante, le culte des jeux de tous ordres, les rythmes individuels formatés dans des bureaux, l’obligation d’être "informatisé" sous peine d’exclusion et de disparition (la mort numérique), tout cela fait froid dans le dos. L’originalité fait peur, la nouveauté doit être conforme à ce qui existe déjà. Cetindividu masse n’est pas malheureux : environné de "droits garantis" il suit la trajectoire autorisée du "control and confort" lui assurant formation, travail, revenus, respectabilité et retraite. S’il est question de l’envoyer défiler sur les boulevards, ou bien à la guerre, ce sera sur le même schéma, afin de sauver son petit palais conforme, ses pleins d’essence et son assurance-vie.
 
La gestion numérique du monde est aussi irréaliste que catastrophique parce que tentaculaire et acceptée sans aucun frein ni critique : souhaitée, souhaitable, bienfaisante souvent, elle est devenue oppressante, aveuglément autoritaire, et désormais nuisible en bien des domaines, obligeant à des accélérations inutiles, confondant les individus et les comptes bancaires dans une dictature numérisée ; le malheureux interlocuteur de chair et de sang est réduit à l’état de code barre. La dématérialisation de nombreuses gestions, l’incompréhension dans laquelle est souvent plongé le citoyen ordinaire, la disparition de relations humaines situées dans la réalité et non plus dans le virtuel sur écrans ou téléphone, conduit irrémédiablement au naufrage social.
L’Europe n’est pas faite pour cela.
L’Europe doit lutter contre cette deshumanisation.
L’Europe doit ré inventer son propre territoire social dont, elle a toujours fini par maitriser les mouvants contours, à travers toutes les tentatives autoritaires, (on ne les citera pas toutes), de l’Empire romain au Communisme, même si parfois ce fut long et pénible. La gestion dématérialisée du monde crée l’angoisse, l’instabilité politique et institutionnelle, génère le refuge dans les extrémismes.
 
Entre conformisme obligé et marginalisation, si on n’y prend garde, se dessinent deux tendances : d’une part,- pour reprendre une expression désormais établie - une extension du domaine de la lutte : bien qu’enveloppé de son linceul de confort formaté l’individu standard doit perpétuellement batailler pour garde sa place au soleil, son identité, sa respectabilité, sa petite marge d’opinion, promouvoir ses choix : même envoyer ses enfants dans l’école de son choix est une bataille, tout comme accéder au crédit, au logement, au numérique ; partir en vacances commence le plus souvent par une bataille autoroutière, ferroviaire, voire aérienne…ce qui fut longtemps un privilège dégénère lentement en cauchemar, et les cartes bancaires ne comptabilisent plus aucun secret.
La seconde nouveauté vient d’une nouvelle conception de l’espace de bataille conçu désormais comme "un volume physique global", baignant dans un multi contrôle international, insinué lentement et qui ne fera que s’amplifier au fur et à mesure des innovations techniques. Là-dedans la "vie à l’européenne" - ou "à la française" restera limitée, voire gommée, par force ou par raison : la puissance du contrôle social ira s’amplifiant, sous égide sans doute nord américaine (peut être chinoise ?), car malgré les ratés et les contradictions, les Etats Unis continuent de peser sur les destinées planétaires de manière incontournable.
 
Tout cela baigne dans de profondes contradictions parce que l’Europe est à la charnière de 2 mondes : celui qu’elle a inventé et imposé depuis peut être les Croisades, au travers de ses propres inventions intellectuelles et ses perpétuelles autodestructions créatrices et celui, nouveau, qui lui échappe et qu’elle ne maitrise plus que partiellement car le reste de la planète, qui lui fut soumis, a commencé à créer ses propres repères. Ou bien, elle s’adaptera en se "recréant" juridiquement, économiquement et socialement ou bien elle sera avalée et digérée par les gigantesques dragons de la nouveauté.
Allons ! Courage ! Ce n’est jamais que Jonas et la baleine, ou bien Georges et le lézard fumant qui recommencent…

Un peu d’Europe

Publié dans Avec l'Europe
L’Europe poursuit son chemin.
Unis, les Etats et les citoyens composant l’Union européenne constituent une force incomparable, un contrepoids idéal à une quelconque hégémonie mondiale. Il faut faire confiance aux Européens pour dépasser cette articulation délicate entre "le monde d’hier" et la glissade vers le renouvellement. Ils l’ont déjà fait. Cela se fera dans la lenteur, ce sera laborieux. Nous allons beaucoup nous chamailler, comme d’habitude, mais au bout il y aura un ensemble de compromis, des "arrangements" juridiques et financiers, entre autres… La transaction aura été accomplie. Si elle échouait, cela voudrait dire que l’Europe n’existe plus. Mais cela n’arrivera pas.
 
Certes, les Européens contribuent à l’hégémonie mondiale, mais ils l’infléchissent aussi, la balisent de leurs propres directives : on le voit dans le cadre de la banque, du commerce et de la communication : les seuls empêcheurs d’exploiter en rond le monde entier et de créer des monopoles abusifs sont les Européens.
Même si depuis Seattle en 99 le "monstre" commercial a traversé le Pacifique pour s’allier au Soleil Levant. Depuis la crise rampante qui sévit depuis 2008, les horizons les plus sombres ont été détournés malgré lenteurs et disputes : cela a parfois du bon, car les salutaires révisions d’attitudes de la Banque Mondiale et du FMI ont été largement enclenchées sous l’impulsion des alarmes de Bruxelles.
Le vaste système de l’ONU, la compréhension de l’OTAN ont longtemps été vécus sans contrepoids, dans une perspective Est-Ouest. Cela a duré un demi-siècle. Nous traversons une salutaire période de transition, à l’air plutôt désordonné, mais dont les orientations générales se dessinent assez continument malgré les tendances lourdes, incontournables, des hoquets planétaires ; évitons les Cassandre : la période vécue est une formidable opportunité pour réformer, innover, aider l’Europe à grandir.
 
Les Etats européens, en tant que tels, auront de moins en moins de poids et de droits régaliens : ils quittent souvent -  dans la douleur et le dos au mur – des monopoles et des privilèges acquis laborieusement parfois en mille années. Ils y gagnent en arbitrages, en savoir-faire, en contrôle financier, en médiation. L’art diplomatique tel qu’il se pratique, est européen et son "moule" est obligatoire pour être un interlocuteur entendu et respecté. Ce faisant, les Européens ont un nouvel apprentissage à mener : celui du partage et du compromis (y compris dans le commandement militaire). La règle de droit et son délicat maniement contribuent beaucoup à ce travail ; les Européens y sont virtuoses : ils les ont inventés ; il s’agit d’un travail de deuil et de renaissance, un travail d’ 'éternisation' puisque la violence et les désastres dureront aussi longtemps que l’humanité. Cela prendra beaucoup de temps.
 
Des négociations et des accords qui ont échoué depuis 40 ans émergent peu à peu du chaos et de la nécessité : l’obligation de solidifier, fournir une assise forte à l’Euro sous peine de le voir disparaitre, créent une gestion de crise unifiée et cohérente. Laquelle va s’amplifier, de manière quasi mécanique. Les profondes modifications démographiques, la résurgence d’intégrismes variés, la misère endémique, l’injustice économique, l’urbanisation effrénée, créent de nombreux foyers conflictuels, qu’il est désormais impossible de survoler. "Gouverner" est devenu autant "faire face" que "prévoir". Même en n’étant plus que 12% de la population mondiale, les Européens ont encore beaucoup à inventer et à donner au monde.
 
Sans optimisme arrogant, sans pessimisme millénariste, il faut être rassuré d’être Européen, car l’Europe, sous ses oripeaux chaotiques et contradictoires, reste le centre de l’invention juridique internationale : dans son originalité, elle renouvelle complètement la plateforme des choix et des moyens de gestion des sociétés. Elle dépasse la notion fédéraliste, évite l’organisation internationale classique, crée de nouveaux créneaux de droit et de rapports de pouvoir. Elle nous indique – encore timidement – des sentiers non balisés, contourne les blocages onusiens, défait les démons anciens, et, dans une lenteur faite de lucidité, s’oriente vers de nouveaux espaces juridiques à construire sans scénarios a priori. Ni s’enfermer dans de trop rigides schémas. Les accidents de la vie communautaire sont si nombreux ! Flotter au gré de son propre destin, maintenir le cap malgré les coups venus d’outre atlantique, et surtout croire en un avenir protecteur d’une société en quêté de confiance, tel peut être le credo souhaitable.
 
Les Européens accomplissent leur innovante destruction consistant à désétatiser une partie des pouvoirs des Etats souverains pour trouver un cadre structurel plus vaste, correspondant mieux aux nécessités de notre époque, au nombre d’âmes à gérer dans leur vaste diversité, aux nécessaires rapidités financières. La capacité de création juridique est illimitée. Tout comme celle, d’ailleurs, des violences sociales qui peuvent surgir à tout moment. Il n’est pas certain que la subtile alchimie des composantes produise l’élixir souhaité, mais les avancées actuelles – dans un contexte très difficile – permettent quelque sérénité. Au-delà, il est très curieux de voir la France – qui œuvra tant pour l’Europe -  devenue un foyer de résistance à cet élan créatif.
 
C’est dans la réalité – sa réalité – que l’Europe trouve son énergie et recomposera son propre cadre. Elle a voulu aller trop vite (sans doute pour effacer le contexte et les séquelles de Guerre Froide), en laissant des trous béants dans sa trame juridique, sociale et financière. Elle en a pris conscience, en payant d’ailleurs le prix fort. Et elle trace maintenant de nouveaux sentiers. Un certain Fukuyama nous promit la fin de l’histoire il y a bientôt 40 ans, tout comme un Jérémy Rifkin tenta de nous persuader dela fin de la propriété et de la fin du travail, sous l’emprise de raisonnements excessivement globalisants et d’une supériorité économique aussi éternelle que le soleil.
Toutefois, il n’est pas inutile de rappeler que les effets de domination finissent toujours par dépérir, même les plus prégnants. La prévision manque au pouvoir : elle lui échappe : la prospective ne lui permet pas de prospecter l’inattendu, car il ne peut s’imaginer. On n’imagine qu’avec ce que l’on connait déjà, surtout en politique et en économie. Voilà le risque. Il faudra donc improviser, s’adapter, inventer, ce que tente en ce moment l’Europe, mais avec de bons outils, parmi lesquels lecadre juridique est essentiel.
 
Les Européens doivent proposer une alternative : leur propre refondation, justement pour que l’histoire ne finisse pas en "marché unique mondialisé". Et puis les Européens ont toujours 3 énigmes à résoudre, auxquelles ils n’ont toujours pas donné de réponse, et dont les péripéties les préservent de l’ennui : 
- Que faire de l’Islam ?
- Que faire des survivances de l’ancien Empire Austro-Hongrois ?
- La Russie est-elle européenne ?
Seul un Européen peut résoudre un problème européen.
Donc, on attend la suite, même au prix de l’abandon de quelques illusions dorées.

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