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THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

De la Chine (3)

Publié dans De par le monde
De la Chine (3)   
Visible et Invisible
 
Les Livres Blancs de Monsieur Xi – en 2017 – et leurs projets de long terme, l'exposé de l'inaltérable progression de l'OBOR, les lénifiantes affirmations de "main tendue" furent un enchantement, dignes des plus beaux opéras traditionnels. Ensuite, 2018 nous offrit quelques sujets de fierté (les villes nouvelles, telles Rongcheng), un bienveillant tutorat auprès de la Corée du Nord dans ses tumultueuses relations avec la présidence nord-américaine et quelques perplexités relatives aux droits humains, à la sauvegarde de l'environnement et à l'emprise sur la Mer de Chine.
Soudain 2019 s'ouvre sur 2 coups de tonnerre : la "petite phrase" du Président XI, à l'adresse de Taïwan et de la communauté internationale toute entière lors de son discours solennel du 2 Janvier "...la Chine doit être réunifiée ... " ; le lendemain 3 janvier, la divulgation de l'arrivée sur la face cachée de la Lune d'une sonde chinoise ultra sophistiquée, confirme les sidérants progrès des technologies chinoises.
 
De fait, les recettes appliquées par le Parti et son emblématique président ne sont pas tellement innovantes et ne font que continuer celles préconisées par Den Xiaoping à la fin des années 70 (après les échecs successifs du Grand Bond en Avant et les plus grosses sottises de la Révolution Culturelle) : l'ouverture au monde et à la modernité, le développement des villes et l'éducation des campagnes… Mais cela a pris un tour nouveau, lié à la formidable évolution des moyens matériels et la maitrise -  désormais acquise – de super technologies nouvelles.
Après avoir été "l'usine du monde", la Chine s'applique à être désormais "sa propre usine", destinée à alimenter en tous domaines un marché intérieur gigantesque (potentiellement 4 fois le marché européen), tout en continuant à inonder le reste du monde de ses productions, non plus "ordonnées" de l'extérieur, mais ciblées. Bien sûr, les bénéfices colossaux du marché international doivent continuer : il faut gérer ensemble ces 2 facettes, car elles dépendent l'une de l'autre. S'il y a eu un léger "tassement" des exportations en 2017/18, dû à la relative mauvaise santé des Occidentaux et à la calamiteuse "America first", les différents marchés restent florissants, de même que le relais bancaire chinois reste très apprécié des politiques mondiales. L'entrée – tardive mais fracassante – de la Chine dans l'OMC implique l'évolution inéluctable de la vénérable institution, dépassée à la fois par ses nouveaux intervenants et les techniques de relations à "grande rapidité". Rester assis sur un tas de devises n'a plus grand sens.
 
Bien sûr, le formidable cheminement des communications vers l'Ouest déploie ses ambitions commerciales, technologiques et humaines : la Belt jusqu'à Duisbourg et ses annexes, les trains hebdomadaires Anvers - Beijin chargés de biens industriels, l'accord surprise avec le gouvernement italien (sans l'aval de Bruxelles), les gigantesques champs de panneaux solaires et d'éoliennes dans les interminables plaines de l'Asie centrale jusqu'à ce jour pratiquement inexplorée, les ouvertures dans les assurances, l'automobile, l'aéronautique (COMAC), les services, le design, les télécom, l'informatique, la robotique, le spatial, tout cela satisfait la vanité des leaders, interpelle le monde entier, insufflant une certaine crainte chez les décideurs... mais la véritable et première préoccupation des chef du Parti, le matin dès qu'ils se réveillent est l'obsession alimentaire : trouver une autre voie que celle – nécessaire mais odieuse – qui a consisté à affamer les campagnes pour que les villes-clefs de la croissance – puissent se développer...Comment nourrir et faire prospérer 2 milliards d'individus ?
L'étonnante et parfois paradoxale stratégie "tous azimuts" de la République Populaire Chinoise réside en entier dans cette préoccupation majeure : ne plus jamais revoir la famine. Sans s'encombrer d'embarrassantes annexes, on en peut distinguer les axes principaux : tout d'abord, améliorer, réhabiliter et développer les activités agricoles, non plus pour nourrir exclusivement les mégapoles, mais pour elles-mêmes et les provinces qui les animent. Ainsi, comme le Sechuan et d'autres contrées délaissées par le progrès, bénéficient désormais de la considération des autorités et voient leur niveau de vie s'améliorer de manière substantielle ; par ailleurs d'immenses zones intérieures, jusque-là ignorées font l'objet d'expérimentations agricoles prometteuses.
 
En second lieu, l'achat et (ou) l'exploitation de terres agricoles dans le monde entier complète déjà – ou complétera dans les décennies à venir – les ressources intérieures. Cela a commencé il y a déjà longtemps, (30 ans), d'abord dans la grande Afrique, délaissée par les stupides Occidentaux, et puis un peu partout, afin de diversifier les possibilités, (et parer aux éventuels troubles politiques). L'Europe, excellente contrée agricole, est fortement engagée dans ce processus (la Beauce) ; d'abord lieu de production, des établissements de transformation ont vu le jour, permettant d'envoyer vers la Chine farines, végétaux, laitages, gibiers et viandes, déjà prêts à l'emploi. Au-delà de leurs apparentes querelles, les Etats Unis vendent leurs surplus de blé, de maïs et même de riz au Parti Populaire de Chine avec une réelle satisfaction, réduisant ainsi leur déficit commercial. Les prises de participations dans les entreprises alimentaires sont nombreuses (le puissant groupe H/H dans Isigny ou l'achat de crus classés de Bordeaux et Bourgogne). Sous un angle tout aussi réaliste, début 2019, il s'avère que 28 % de la production mondiale de viande bovine est mâchée et digérée par les Chinois (peut-être agrémentée de ketchup ou de béarnaise) ce qui compense très avantageusement la baisse de consommation des Européens. L'ambition du Président Xi, pas du tout adepte du vegan, est que – sous peu – chaque Chinois "mange de la viande au moins une fois par semaine".
 
Enfin, se rendant compte de la croissance désormais absurde et contre-productive des mégapoles virant à l'extravagance (Shanghaï en est la parfaite illustration), le Parti a décidé de la création de multiples "villes moyennes satellites" dans des rayons de 150 à 300 kilomètres autour des grands pôles industriels et commerciaux. Entre les deux, des terres agricoles seront susceptibles de prospérer et nourrir les populations qui ne produisent que des algorithmes, du bitume et du papier. Cette attitude mentalement raisonnable ne fait que débuter : elle est quelque peu plombée par l'habitude de la corruption, la montée extravagante des prix des terres ou des loyers et l'expropriation brutale des anciens habitants (agriculteurs, petits commerçants, artisans) des régions ciblées. Ces villes nouvelles dont les buildings s'élèvent à grande vitesse, telles des cigarettes plantées dans la campagne, s'accompagnent aussi de vastes dévastations autoroutières, ferroviaires, de la création d'interminables hangars, déchetteries et autres nuisances peu favorables à un épanouissement heureux des esprits, des populations et de la nature.
Tout cela fait un peu désordre pour l'instant... Il faut avoir la patience d'attendre, comme le conseille Confucius.
 
L'autre aspect palpitant de l'ultra moderne aventure chinoise est son nouveau slogan "d'invincibilité" : son unité, sa croissance, son emprise sur le monde entier seraient invincibles, irrésistibles, irrépressibles... L'ascension est en effet fulgurante, l'adaptabilité à imiter, copier, puis inventer à partir des modèles proposés par les commandes des pays développés permet de mesurer le chemin parcouru en moins de 4 décennies. Les Etats-Unis en sont les premiers responsables (après avoir abandonné l'usine Japon, ils se sont massivement tournés vers l'usine Chine) et leur clientélisme leur revient maintenant dans la figure comme un boomerang mal orienté. C'est ce que symbolisent des groupes tels Huawei ou l'Agence Spatiale CNSA. On a parfois l'impression qu'une sorte de nouvelle Guerre Froide, cette fois entre les USA et la Chine est en train de recommencer, avec ses mortels excès, non plus vraiment nucléaires, mais avec la puissance spatiale. La même vanité... infantile et irresponsable …
Les progrès en tous domaines technologiques sont en effet considérables, dus à un énorme investissement dans l'éducation, la recherche des "têtes bien faites", l'abondance de la main d'œuvre, une propagande ciblée et des moyens financiers à l'aune de la réussite commerciale. Toutefois, les bémols sont nombreux, à commencer par cette fausse notion d'une Chine, que le monde entier gobe en pliant l'échine par avance. En fait il y a "les Chine" tellement différentes et multiples : ne jamais oublier les 12, puis 7, puis 3 Royaumes qui se battirent pendant des siècles, jusqu'à s'exterminer, ces peuples du Nord au Sud qui ne se comprennent pas, s'ignorent, et souvent se méprisent les uns les autres., les flux permanents de personnes déplacées, errantes, non identifiées... Le seul vrai lien est l'écriture... et le Parti, lequel fait (selon la formule de Max Weber) "tout tenir ensemble", avec sa tête de pont dirigeante aux allures de patriarche bienveillant. La corruption à tous les étages ne sera jamais éradiquée ; elle fait partie du système, de l'ADN des populations, inscrite dans les cerveaux d'une encre ancestrale. Quant au mythe occidental des Droits fondamentaux, il est illusoire, face - là aussi – aux traditions de violences exercées sur les récalcitrant et cette merveilleuse pratique de "l'effacement" des plus gênants (on l'a vu de près avec le sort réservé à ce malheureux consul à Lyon).
Allons... Il faut regarder la Chine avec bienveillance – puisque, dit-elle - elle veut notre bien, et aussi avec une certaine méfiance puisqu'elle veut peut-être aussi faire rendre gorge aux humiliations du système des Concessions... Le Dragon vaut peut-être mieux que les Dalton, et l'Europe n'est jamais qu'"une péninsule avancée de l'Asie" (Paul Valéry).

Envoyé par l'auteur, 21 mars 2019

Des cahiers, des ..., et du vent…

Publié dans Du côté des élites
Des cahiers, des discours, et du vent…  (mais aussi des propositions...)                       
 
La similitude entre les "Cahiers de Doléances" de 1789, leur contenu et leurs revendications, et ceux de 2018/19 a déjà été exposée (Magistro, livraison du 17 Février). Les dérives vécues dans toutes les capitales régionales, la violence "sans mots" (C. Delsol) et la muette perplexité du plus grand nombre, évoque la phrase lapidaire de Chateaubriand, fulminant contre "les factieux qui dénaturent les idées généreuses".
Au reste, tout le monde patauge, à commencer par nos gouvernants, confrontés à une configuration sociale qu'ils n'ont jamais envisagée, ni aux vraies réponses à apporter. Ce n'est pas en ressortant les vieux modèles d'Alfred Sauvy ("le ruissellement") ou de Paul Ricoeur ("le juste et le légal"), appris à l'Ecole, que l'on trouvera des apaisements, voire des solutions. A tous ces bafouillages, on a envie d'opposer le "Dire c'est faire" de Pierre Bourdieu,  - l'excès de discours non suivis d'effet étant le fléau de la politique politicienne - et d'inciter à sortir de l'auto-adoration discursive.
Si on y regarde d'un peu près, le salmigondis émanant des Cahiers réitère les demandes éternelles, qui n'ont guère évolué en 230 ans : "Moins d'impôts et de taxes, une réforme des institutions, davantage de justice et de liberté". C'est à la fois social et économique, particulier et général, et surtout profond. C'est peut-être cela qui n'a pas été compris. Si l'on veut bien y accorder un minimum d'honnête lucidité, il existe 4 réponses simples :
 
1* Le plus dur : faire admettre à l’État qu'il doit réduire son train de vie, ne plus s'occuper de tout et n'importe quoi, se substituer sans cesse aux initiatives issues de la population, se faire industriel, marchand, guérisseur, sauveteur de toutes les situations internes ou extérieurs. Arrêter - enfin - de se penser comme un "Grand Etat" interventionniste et omniscient. L'Européanisation et la mondialisation galopante doivent inciter à la modestie : la "puissance" française est devenue relative dans un conglomérat de Nations devenues moyennes. L'ère des grands Empires européens et de l'argent qui coulait à flots est terminée. Ce ne sont pas quelques "coups médiatiques" sur l'esplanade du 14 Juillet ou dans les salons de Versailles (tout cela fort coûteux) qui infléchiront l'évolution du monde tel qu'il est.
Un examen honnête et rigoureux des "postes de dépenses vaines", de la superposition des comités, conférences, conseils et commissions, le raccourcissement des circuits de décisions, devrait pouvoir amener rapidement à une diminution d'un bon tiers du gâchis d'argent. Soyons humbles et lucides comme un gentil banquier réformateur, dont l'unique souci est le bon usage de l'argent qui lui est confié.
 
2* Cette première lessive accomplie et ayant libéré des fonds, les gouvernants pourront "exaucer" la demande populaire : diminuer taxes et impôts. Tâche ingrate, laquelle doit absolument sortir des "petits arrangements" actuels ("je retire d'un côté et ajoute de l'autre"). On se croit malin, mais le "peuple" n'est pas idiot et sait compter…
En 2001 déjà, le grand économiste et académicien Michel Albert avait décrit le système fiscal français comme "une machinerie monumentale, originale et sclérosée". Il soulignait l'urgente nécessité d'une simplification, car la complexité - rendant illisible la clarté du système – induit l'injustice. La baisse des prélèvements obligatoires devrait "s'assortir d'une baisse des dépenses publiques dans une proportion équivalente". Il soulignait "le maquis des textes", la lourdeur et la lenteur des procédures, et aussi le "caractère vexatoire" de l'impôt qui "par son excès et ses inégalités est ressenti comme une atteinte à la dignité citoyenne". Il recommandait - en 2001 - de "déverrouiller les endroits où les dommages sont les plus rapides et néfastes". Sur le long terme, il préconisait une simplification drastique en abandonnant la plupart des "niches", instaurant une taxe unique, plafonnée uniformément, et d'inventer un impôt équitable sur la circulation des biens immatériels (1). Il manque sans doute à nos dirigeants (s'abritant derrière l'Europe), le courage des hommes de 1792 : tout répudier, mettre à plat et reconstruire.
 
3* Ces deux mises en œuvre s'accompagneraient d'une vraie décentralisation et Régionalisation : mener enfin à bien ce qui a échoué en 1964-69.
L’État central français - Paris - se mêle de tout et de n'importe quoi, décide au nom de "la Nation Une et Indivisible" de questions sur lesquelles il n'est pas vraiment compétent. Il peut, certes, surveiller, par le biais de son corps préfectoral, mais son absence de confiance dans les décideurs et élus locaux transparaît à toute occasion.
Paris craint les capacités locales qu'elles soient publiques ou privées. Certes, plusieurs siècles de centralisation royale, impériale et républicaine, assaisonnée de centralisme communiste n'ont rien arrangé. Ce faisant, elle entretient le fameux "mille-feuilles administratif" à grand renfort de circulaires, décrets et arrêtés qui s'entrechoquent les uns les autres, bloquant à la fois compétences locales et initiatives associatives. Cela coûte fort cher et entrave toute action.
Sans aller jusqu'à un fédéralisme à l'allemande, on peut aller vers une formule tolérante et renforcer le lien unissant le Sénat (Chambre par excellence des représentants territoriaux) et les Régions qui doivent pouvoir exprimer leurs différences dans un contexte apaisé, et pourvoir aux besoins basiques – santé, enseignement, environnement, fiscalité locale - des sociétés qui les peuplent. Le Nord n'est pas le Sud, ni l'Est ou l'Ouest. "De l 'expression des différences nait l'unanimité" (Tocqueville).(2)
 
4° Supprimer l'E.N.A. - ou du moins - la ramener à son rôle initial pour lequel elle a été créée (Ordonnance du 9 octobre 1945) qui était de reconstituer un Corps de haute administration dévastée par 5 années de guerre : Conseil d’État, Cour des Comptes, Finances et surtout former préfets et sous-préfets, indispensables à la cohésion nationale ; et non pas en faire la fabrique d'une chefferie soudée par un destructeur esprit de promotion, une vision sociale numérique et un vocabulaire opaque. La mentalité Enarque est celle - redoutable et dévastatrice - du "circuit fermé centralisateur". Dans cette école unique en son genre, chaque année, 10 à 15 % des promus ambitionnent de passer, sans le filtre de l'expérience et de la compétence, de la pouponnière aux "affaires"... désastre programmé... au-delà de leur infantile arrogance.
Avec cette "saine" réforme, préfets et sous-préfets accompagneraient enfin, dans l'harmonie et la raison, une bienfaisante décentralisation dans un territoire national qui n'est plus que "blocages".
 
Voilà donc 4 "chantiers" qui ont de quoi occuper largement la fin d'un quinquennat qui, pour l'instant, balbutie de rassurants courants d'air… Nous pataugerions peut être quelques mois (par leur caractère innovant) mais au moins, on verrait enfin cette fameuse "fin du tunnel" évoquée il y a si longtemps par un certain Jacquot. Et la possibilité d'une vraie renaissance.
 
A cela, il faudra ajouter rapidement la véritable et efficace prise en compte des deux extrémités du corps social : les plus jeunes et les plus âgés, non plus en les considérant comme une charge, mais comme un espoir et des alliés. "la jeunesse est notre richesse, la vieillesse notre sagesse" disent les peuples qui se portent bien.
Mais ceci sera pour une ultérieure chronique.
 
(1) Séance de travail du 22 janvier 2001, Académie des Sciences Morales et Politique
(2) A. de Tocqueville "De la démocratie en Amérique" Premier Livre

Envoyé par l'auteur, 4 mars 2019

... retour à la case départ

Publié dans En France
Un peu d'histoire, retour à la case départ                                     
 
Excédé autant que terrifié par les colères populaires récurrentes de plus en plus violentes sévissant dans son Royaume, Louis XVI décida en Janvier 1789 – conseillé par un entourage pétrifié – de réunir ses sujets en Etats Généraux, ce qui n'avait pas été fait depuis 1614. Les esprits chagrins peuvent remarquer le total manque d'esprit démocratique dans le gouvernement des Bourbons.
Les royales lettres de convocations, prévoyaient des élections à ces Etats, établissaient le règlement électoral, maintenait la représentation par "ordres" (Noblesse – Clergé – Tiers) mais doublait le nombre des élus du Tiers, "force vive de la Nation".
En effet depuis 1786-87, émeutes, jacqueries, violences, assorties de "cahiers de doléances" ne cessaient d'alarmer le pouvoir central, sans qu'aucune solution  puisse être envisagée : la pauvreté, la désespérance généralisée, l'exaspération fiscale, l'immobilisme économique, entretenaient une révolte sournoise, rampante, omniprésente. Il était temps de réagir.
 
Que réclamaient les Français ? Moins d'impôts et taxes, la réforme des institutions, davantage de justice et de liberté. Le 5 Mai, au terme de 3 mois de préparation, les Etats généraux s'ouvraient à Versailles en présence du Roi. Tardive et courageuse décision.
Il semblerait --230 ans (presque jour pour jour) plus tard – que pas grand-chose n'ait changé. Que réclament les bonnets et gilets rouges et jaunes, les muets et les anonymes, les braillards et les casseurs ? Moins d'impôts et de taxes, une réforme des institutions, plus de justice et de liberté.
Donc, retour à la case départ : toutes nos tergiversations, nos changements de leaders, notre électoralisme effervescent, nos élites incapables, n'ont rien changé à un contexte social et financier constant, encore que plus dense et complexe : le tissu social est toujours le même, avec sa misère et ses insoutenables opulences, quelle que soit la sauce à laquelle on l'accommode.
L'effort royal de 1789 se termina en stériles chamailleries, miné par une révolte grandissante : l'apparent désordre, néanmoins, cachait un gigantesque travail de "refondation", traduit par l'abolition des privilèges et droits féodaux, la constitution du Tiers en Assemblée nationale, la libéralisation progressive du travail, et "l'invention" d'une splendide Déclaration de droits en 17 articles fondateurs, assortie d'une monarchie parlementaire sur le modèle anglo-nordique... Mais tout cela fut englouti 2 ans plus tard par la proclamation d'une République Une et indivisible... On connaît la suite…
 
Aurons-nous, en 2019, un examen minutieux des "cahiers de doléances" établis sur le modèle de 1789, une écoute honnête d'une population déçue, exaspérée, exténuée par la surdité de ses décideurs et un centralisme dévastateur ? Aurons-nous un abbé Siéyès, un Mirabeau, un Condorcet, pour mettre le malheur hors la loi ? Certes, nous avons un mini Danton, (il s'apparente plutôt au Jérémy Mes-nerfs-lâchent de Pierre Dac), quelques Marianne édulcorées, plus du tout de Robespierre… Ce ne sont ni le renvoi d'un président ni la reconfiguration de l'Assemblée nationale qui feront s'évaporer nos maladies. Où allons-nous ?… coincés par un électoralisme hystérique et une Europe mastodonte.
Une ambition démocratique et libérale vieille de 230 années peut avoir du plomb dans l'aile, surtout confrontée aux "nouvelles technologies", aux réseaux sociaux, au spectacle permanent de la violence. Mais les Lumières appartiennent à un autre monde.
 
De fait, si nos décideurs ont un minimum de cervelle, le terme de ce fatras de gesticulations doit reposer sur quelques urgences simples : abandonner le délire fiscal, adopter un modèle stimulant et non punitif. Décentraliser : laisser respirer les initiatives locales est une véritable urgence. Il est également souhaitable d'aborder avec respect et considération les deux extrémités du corps social : les plus jeunes et les plus âgés : ne plus les regarder comme une charge, mais comme un espoir et des alliés.
Pour l'instant, le pouvoir et les citoyens pataugent dans d'insupportables contradictions, le "Tout Etat" n'est plus adapté. Les générations à venir doivent pouvoir dépasser notre accablant enlisement.
Le fameux (fumeux) Grand Débat National doit se terminer au printemps, juste avant les Européennes... Que peut-on en espérer ?     

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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