Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

THIBAUT Francoise

THIBAUT Francoise

Née à Paris

 
Essayiste, historienne
  

Professeur des Universités 
     (Paris II et XI, Besançon, Poitiers, Montréal, Varsovie, Beyrouth, NUS Singapour, Adélaïde, South Australia) (continument depuis 1990 pour des missions)
     (Droit international, procédures européennes et internationales, droit public français, science et sociologie politiques …
Professeur
     à l’Ecole Militaire Spéciale de Saint Cyr-Coëtquidan (1993-1997)
     à L’Ecole Supérieure de la Gendarmerie nationale (Melun) (pendant 14 ans)
 
Membre correspondant de l’Institut de France (Académie des Sciences Morales et Politiques)
Membre de l’Association française de droit constitutionnel(AFDC)
Ex Chargée de mission auprès  du Secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur
 
Chroniqueuse pour Canal Académie : plus de 100 émissions 
     Principalement consacrées à
     La Zone Pacifique, Asie du Sud Est, Japon, Singapour, Australie et Nouvelle Zélande
     L'histoire des découvertes, navigateurs et naturalistes (devenus académiciens)
     L'économie et socio-politique contemporaines
     Le 1er Empire français (avec Jean Tulard)
 
Ouvrages
Le virtuel et l’archaïque (1990)
Voies de passage et communications internationales (Ellipse) (1991)
Le cinéma de Louis Malle, une permanente transgression (Presses Univ. d’Aix–M.) (1994)
Métier militaire et enrôlement citoyen (PUF) (1998)
Le Japonais chante tous les matins (Publibook) (2005)
La Finlande, politique intérieure et neutralité active (LGDJ) (épuisé- non réédité)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Chevalier des Palmes académiques

URL du site internet:

... retour à la case départ

Publié dans En France
Un peu d'histoire, retour à la case départ                                     
 
Excédé autant que terrifié par les colères populaires récurrentes de plus en plus violentes sévissant dans son Royaume, Louis XVI décida en Janvier 1789 – conseillé par un entourage pétrifié – de réunir ses sujets en Etats Généraux, ce qui n'avait pas été fait depuis 1614. Les esprits chagrins peuvent remarquer le total manque d'esprit démocratique dans le gouvernement des Bourbons.
Les royales lettres de convocations, prévoyaient des élections à ces Etats, établissaient le règlement électoral, maintenait la représentation par "ordres" (Noblesse – Clergé – Tiers) mais doublait le nombre des élus du Tiers, "force vive de la Nation".
En effet depuis 1786-87, émeutes, jacqueries, violences, assorties de "cahiers de doléances" ne cessaient d'alarmer le pouvoir central, sans qu'aucune solution  puisse être envisagée : la pauvreté, la désespérance généralisée, l'exaspération fiscale, l'immobilisme économique, entretenaient une révolte sournoise, rampante, omniprésente. Il était temps de réagir.
 
Que réclamaient les Français ? Moins d'impôts et taxes, la réforme des institutions, davantage de justice et de liberté. Le 5 Mai, au terme de 3 mois de préparation, les Etats généraux s'ouvraient à Versailles en présence du Roi. Tardive et courageuse décision.
Il semblerait --230 ans (presque jour pour jour) plus tard – que pas grand-chose n'ait changé. Que réclament les bonnets et gilets rouges et jaunes, les muets et les anonymes, les braillards et les casseurs ? Moins d'impôts et de taxes, une réforme des institutions, plus de justice et de liberté.
Donc, retour à la case départ : toutes nos tergiversations, nos changements de leaders, notre électoralisme effervescent, nos élites incapables, n'ont rien changé à un contexte social et financier constant, encore que plus dense et complexe : le tissu social est toujours le même, avec sa misère et ses insoutenables opulences, quelle que soit la sauce à laquelle on l'accommode.
L'effort royal de 1789 se termina en stériles chamailleries, miné par une révolte grandissante : l'apparent désordre, néanmoins, cachait un gigantesque travail de "refondation", traduit par l'abolition des privilèges et droits féodaux, la constitution du Tiers en Assemblée nationale, la libéralisation progressive du travail, et "l'invention" d'une splendide Déclaration de droits en 17 articles fondateurs, assortie d'une monarchie parlementaire sur le modèle anglo-nordique... Mais tout cela fut englouti 2 ans plus tard par la proclamation d'une République Une et indivisible... On connaît la suite…
 
Aurons-nous, en 2019, un examen minutieux des "cahiers de doléances" établis sur le modèle de 1789, une écoute honnête d'une population déçue, exaspérée, exténuée par la surdité de ses décideurs et un centralisme dévastateur ? Aurons-nous un abbé Siéyès, un Mirabeau, un Condorcet, pour mettre le malheur hors la loi ? Certes, nous avons un mini Danton, (il s'apparente plutôt au Jérémy Mes-nerfs-lâchent de Pierre Dac), quelques Marianne édulcorées, plus du tout de Robespierre… Ce ne sont ni le renvoi d'un président ni la reconfiguration de l'Assemblée nationale qui feront s'évaporer nos maladies. Où allons-nous ?… coincés par un électoralisme hystérique et une Europe mastodonte.
Une ambition démocratique et libérale vieille de 230 années peut avoir du plomb dans l'aile, surtout confrontée aux "nouvelles technologies", aux réseaux sociaux, au spectacle permanent de la violence. Mais les Lumières appartiennent à un autre monde.
 
De fait, si nos décideurs ont un minimum de cervelle, le terme de ce fatras de gesticulations doit reposer sur quelques urgences simples : abandonner le délire fiscal, adopter un modèle stimulant et non punitif. Décentraliser : laisser respirer les initiatives locales est une véritable urgence. Il est également souhaitable d'aborder avec respect et considération les deux extrémités du corps social : les plus jeunes et les plus âgés : ne plus les regarder comme une charge, mais comme un espoir et des alliés.
Pour l'instant, le pouvoir et les citoyens pataugent dans d'insupportables contradictions, le "Tout Etat" n'est plus adapté. Les générations à venir doivent pouvoir dépasser notre accablant enlisement.
Le fameux (fumeux) Grand Débat National doit se terminer au printemps, juste avant les Européennes... Que peut-on en espérer ?     

Envoyé par l'auteur, 10 février 2019

Emmanuel et manu

Publié dans Du côté des élites
Emmanuel et manu                                                    
 
Les historiens de science politique ont tout de suite eu la "puce à l'oreille". Peu importent les arguments de campagne : plus personne n'y croit. Mais, après la prise de fonction (et non de pouvoir), les 2 premiers discours les plus importants, celui de la Sorbonne et celui déroulé devant le Congrès assemblé à Versailles, ont été révélateurs.
 
Le jeune et brillant élu – plus par défaut que par enthousiasme – proposait, nourri de ses humanités et de ses riches études, un monde idéal, ou du moins une Nation française idéalisée, enfin en accord avec elle-même, guidant la planète vers un lénifiant ciel bleu. Par le style, le choix des mots, le rythme et le phrasé, l'évocation d'un monde mieux gouverné (par lui) – donc meilleur - devait beaucoup, sous l'angle des réformes internes proposées, à une certaine Critique de la raison pure (1781), et pour notre politique internationale, le chemin était tout tracé par Le projet philosophique pour une Paix perpétuelle en Europe (1795). Deux axes développés par le grand Emmanuel Kant, universellement respecté. (1)
Précieux tuteur de la pensée pour l'étudiant zélé, saines lectures pour qui prévoit de gouverner un jour, mais dont il est tout de même recommandé de se méfier… Bref, tout cela ressemblait plus ou moins à une soutenance de thèse ou à une copie d'agrégation. Quel était, de fait, le sens de ce flot de frivolités quasi mystique, berceuse bienfaisante pour plus d'un représentant de la Nation ?
 
Qu'a retenu notre nouvel élu du foisonnant Emmanuel ? Point n'est question ici de faire l'exégèse d'une œuvre considérable, mais La Critique de la raison pure donne la clef de la gouvernance selon Manu : la base du raisonnement est que "toute politique est fondée sur le droit". La Raison ("faculté de connaître") est utilisée comme un outil objectif : le mécanisme de l'art de gouverner est un volontarisme dominé par la Loi : toute réforme doit avoir pour objectif "la réforme intellectuelle et morale de la Nation". La conquête du pouvoir s'incarne dans un solide schéma établi "a priori" permettant sur le long terme et à toute la population de conquérir davantage de liberté et d'égalité citoyenne. Kant répudie complètement le despotisme éclairé qu'il juge dangereux : il recherche au contraire une "liberté concrète dans la réalité". Donc, le chef de l’État a un Plan établi dont il ne se départira jamais, afin d'obtenir le meilleur des bienfaits collectifs. On peut ajouter à cela un peu de Fichte et de Hegel pour lequel "l’État est la sphère de la conciliation".
 
Quant au Projet philosophique de Paix perpétuelle, il nous éclaire tout à fait sur la vision de Manu : ce Projet déployé pour l'Europe et sur le long terme, propose l'élimination absolue de la guerre par la suppression des armées et de l'argent de la guerre. (ce que contredit le désir d'une armée européenne, mais le contexte actuel induit cette contradiction). La clef de la réussite de la Paix réside dans le libéralisme commercial, le cosmopolitisme, assortis du respect du droit des gens et la recherche d'un équilibre relationnel excluant l'inféodation et l'immixtion dans les affaires internes des Etats.
Après toutes les guerres, Kant recommande pour l'Europe de se diriger vers une "Ligue des Nations" assurant la liberté de circulation des personnes et des biens. Et selon une très belle formule, cette démarche est destinée à "supprimer l'anxiété des peuples". (2)
 
Tel peut être un résumé (maladroit) de l'éclairage kantien de la politique menée actuellement dans notre beau pays : vision très volontariste, légaliste et universaliste, construite sur du moyen et long terme par le président et son équipe gouvernementale. Si on adopte cette posture, on comprend mieux les incompatibilités et confusions abondamment répandues dans les médias.
 
MANU est donc arrivé à la Présidence avec une "ligne" politique bien claire dans la tête, décidé à la mettre impitoyablement en œuvre, dans le but de réveiller un hexagone endormi, vivotant sur des institutions plus embrouillées qu'efficaces, des gouffres financiers, une coûteuse mentalité d'assistanat permanent, ainsi que la plus totale absence d'éducation collective et sociale. Il s'inspire, certes, du brillant Emmanuel, mais aussi des exemples nordiques, du lointain Pacifique asiatique ou anglo-saxon. Ses réflexions "la France, pays des non-choix" ou "on rémunère les feignants", fort mal reçues (on le comprend) font office d'électrochoc, complétées par le sage constat du Premier ministre "aucune réforme solide n'a pu être accomplie depuis plus de 40 ans, car le pouvoir a eu peur des citoyens".
 
Premier Round : l'élection du jeune homme surprend, enchante, bouscule tous les cadres installés, brise et casse toutes les références usées. Dans l'esprit de Kant, il recrute autour de lui ceux qu'il considère "les meilleurs" dans chaque spécialité : on table sur un "gouvernement d'excellence", armé d'une baguette magique à l'effet quasi instantané.
 
Deuxième Round : l'équipe savante, éclairée, ouvre les "vrais" dossiers, ceux auxquels les trop brefs passages au Secrétariat présidentiel et aux Finances n'ont pas donné accès. Le constat est terrifiant. Mais il faut ne rien dire. Les nouveaux recrutés n'ont aucune "épaisseur politique", restent souvent des inconnus, assez timides, maladroits dans leurs discours et leur relation avec les médias. On se cogne brutalement dans la réalité : on ne gouverne ni avec de purs techniciens, ni avec des stars, quant aux vieux briscards enthousiastes, ils manquent de fiabilité. Tout cela vire un peu à la mayonnaise qui ne prend pas.
 
Troisième Round : le désir "d'aller vite" plaît au début : mais il y en a trop à la fois, c'est trop technique et mal expliqué. Comme Lénine l'a dit en 1920 "On ne réforme pas un vieux pays comme le nôtre en un claquement de doigts". Manu rêve de Paix, Emmanuel rêvait de Paix, mais on ne raye pas 250 ans de révolte, ni 40 années de non-sens en un an et demi. Par ailleurs, la patience n'est pas la plus éclatante qualité du peuple français. Son indiscipline est notoire, il aime la castagne.
 
Quatrième round : les jeux sont faits, rien ne va plus. C'est le retour de la castagne, la défiance, le désarroi de part et d'autre. Dialogue de sourds, trop de technique, pas assez d'humanité. Pauvre Samedi 2 Décembre ! Fini le soleil d'Austerlitz et le Sacre de Napoléon. Et le malheureux dormeur inconnu ? Il échappe de peu au gâchis. Un gouvernement K.O. debout tente de gérer un immédiat brutalement réaliste, sans toutefois se résigner à de pénibles reculades. Pour l'heure, il s'agit d'éloigner la peur du lendemain, de restaurer un minimum de confiance et abandonner l'illusion du pouvoir de l'argent. L'économie n'est pas "intelligente" quand elle saccage et soulève un sentiment d'aliénation. Souvenons-nous de "Charlot, des sous !" : rien n'a changé. Si ce n'est la forme de la violence, plus large, aveuglément destructrice.
 
Cinquième round, sixième, septième et encore d'autres sans doute... mais cela finit toujours par finir… La situation de fond est celle d'une anarchie "rampante", capable de s'enflammer au moindre faux pas. Compliqué et complexe, le divorce entre le regard présidentiel et la société qu'il entend modifier est profond. Le plus dur, pour un leader confiant en un programme qu'il pensait infaillible, va être d'admettre la nécessité de tracer une route différente. Parler normalement. Passer de l'illusion technocratique à la réalité d'un peuple déboussolé est sans doute l'exercice le plus difficile. Surtout lorsqu'on était certain d'avoir raison.
 
Maintenant, on patauge et piétine. Si Manu arrive à sortir de son auto-adoration, on peut tabler sur une éclaircie vers 2020. Peu avant son éventuel départ. Là, on retournera éventuellement vers l'incohérence : il faut environ 20 ans pour savoir si une réforme financière, fiscale, sociale, scolaire, ou autre, fonctionne (voir Antoine Pinay ou Schröeder). En Chine, monsieur XI, installé à vie chef de son Parti unique, doit continuer de sourire en coin. Devant les impasses revendicatrices ou revanchardes, la réelle détresse affichée, les projets réformateurs finissent en petites égratignures ; le repli vers des recettes anciennes est illusoire : l'inusable Warren Buffett (on n'est pas riche par hasard) l'a toujours proclamé "se tourner vers les recettes du passé ne sert à rien". (3)
 
Honnêtement, Manu est le prototype du "bon élève", dans un milieu protégé de classe moyenne. Il a beaucoup lu, défriché les "codes", les a souvent utilisés avec succès. Mais là, c'est bien plus difficile : le peuple français est retors, rétif, a une inépuisable capacité à s'auto détruire. Par ailleurs, du jour au lendemain, être confronté, tenter de faire jeu égal avec un Trump, un Poutine, être reçu comme un prince sous les ors des palais royaux puis le lendemain, devoir affronter des infirmières en colère, des chômeurs, et des abonnés des Resto du coeur, demande que le cuir se durcisse, que ces réalités opposées aient leur juste appréciation. Le désir de Paix perpétuelle sur une planète sauvée par lui devient un peu ridicule, et ne doit pas occulter la population qu'il doit tirer du marasme immédiat en se fiant à la Raison.
Pour la première fois depuis bien longtemps, l'équipe gouvernementale semble sincère et honnête. Il est aussi probable que ni le président ni les membres de son gouvernement n'avaient prévu, ni n'étaient préparés à la pluie d'"inattendus"- les plus souvent dramatiques - auxquels on est constamment confronté lorsqu'on gère un pays aussi complexe que la France. Chaque jour est consacré à "l'urgence", la réalisation des grands projets passe au second rang, parfois définitivement. La pression permanente, horripilante des médias, des journalistes dits "d'investigation" qui traquent le moindre mot malheureux, le moindre geste maladroit, est épuisante. Manu a mauvaise mine… Emmanuel n'y peut rien.
 
Le pouvoir n'est ni un jeu de go, ni une théorie applicable. Comme l'écrivit Winston Churchill "Le pouvoir c'est l'incertain, l'imprévisible et le dangereux", où les billes sont reprises très vite.
Bref, peut-être les Français attendaient- ils Brumaire ? Pour l'instant, ils ont François d'Assise parlant aux oiseaux...
 
(1) Emmanuel Kant, né et mort à Königsberg (1724 - 1804)
(2) Ce texte est écrit (et non terminé) en 1795. Kant a 70 ans. La Première République de la Révolution française se fige en Directoire. Emmanuel Kant ne connaitra pas les affrontements militaires des années 1798-1815. Ses projets pacifistes et universalistes ressurgiront régulièrement au terme des conflits les plus violents, notamment au sein de la Société des Nations en 1919.
(3) Warren Buffett a toujours proclamé les 3 principes de son enrichissement : "Ne jamais acheter quand ça monte, ne jamais vendre quand ça baisse, et ne jamais se tourner vers le passé".

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019

De la Chine... (2)

Publié dans De par le monde
De la chine (2)                                                              
[suite de l'article "De la Chine" (1) publié le 14 août 2018]

Le constant sourire de l'aimable président Xi JinPing pâlit un peu – très peu - en dépit de l'ouverture en grande pompe et trompettes de la gigantesque Foire Internationale de Shanghaï, qui réunit plus de 2 700 entreprises étrangères. La conjoncture planétaire n'est pas très engageante, et les beaux Plans à 50 années, assortis des pharaoniques projets de l'OBOR marquent le pas. Le jeu dévastateur du "je te taxe- tu me taxes- taxons nous tous ensemble" enclenché par la stratégie nord-américaine déstabilise les marchés, exclue nombre de partenaires d'un marché libéralisé, et condamne intervenants directs ou institutionnels à la prudence, cela sans perspective de long terme. Or une économie planétaire globalisée ne peut être solide si elle ne sait pas où elle va et n'a pas de réelle ambition de moyen ou long terme : "L'usine du monde" a donc quelques soucis, même si elle reste largement bénéficiaire.
Par ailleurs, les rouages internes de la République Chinoise, sont en difficulté en raison d'une société laborieuse mieux informée, malgré les censures médiatiques, du décalage croissant entre la nouvelle classe moyenne des grandes villes et la persistante pauvreté des régions agricoles traditionnelles ; enfin, le fossé entre le discours officiel et la réalité vécue reste prégnant : "les beaux discours ne consolent pas le peuple, ils l'abrutissent et le fâchent" (Proud'hon).
 
Dans ce contexte un peu gris – mais sans doute passager – il est possible de revoir quelques aspects de la stratégie Xi JinPing à la lueur de la tradition et du nouveau monde en train de s'ouvrir, en dépit de l'apparent chaos :
 
* La politique dispense un bon éclairage : les Chinois ont toujours souri des obsessions démocratiques des Occidentaux, de leurs manies électoralistes et de la constante remise en cause de leurs résultats. La disjonction expliquée dans les Livres Blancs entre un pouvoir fort et continu, lequel se conduit en "père de famille" et l'indispensable ouverture libérale de l'économie est confirmée : l'annonce, le 4 novembre, d'une ouverture plus large de la Chine aux importations de tous pays (hors les USA), et la perspective d'un ré-équilibrage, notamment avec les partenaires européens, serait pour ces derniers un véritable ballon d'oxygène, et pourrait commander un regard plus attentif vers le Grand Est.
Mais ce qui agace les Chinois, et leur souriant président, est la discontinuité des responsables occidentaux, l'obligation de s'adapter en permanence aux nouvelles têtes, à des politiques errantes et parfois contradictoires. Le désordre européen est un obstacle où les répétitifs scrutins envahissent le paysage. Xi JinPing et son puissant Parti aussi monolithique qu'unique, ont résolu, comme leurs prédécesseurs, impériaux ou communistes, la question de la continuité du pouvoir politique, en choisissant pratiquement le contrat à vie : Monsieur Xi durera aussi longtemps que Mao, que la Reine d'Angleterre ou l'Empereur du Japon (encore que ?) puisqu'il est bienfaisant, assurant ainsi la stabilité de la nation, indispensable à tout épanouissement économique.
 
A cet égard, le message des Livres Blancs de 2017-18 est clair, d'une grande lucidité sur la nécessité d'écarter les erreurs de l'instabilité et des "jeux de Cour". Seul un pouvoir central, non oppressif mais constant et ferme dans sa continuité, pourra développer l'économie, assurer à l'immense Chine la certitude du progrès. C'est (comme il a été déjà écrit) la version chinoise du système "control and confort " pratiqué avec succès à Singapour ou en Corée du Sud, dans lequel en exigeant de la population dans son ensemble un comportement raisonnable et "conforme", l'Etat bienveillant et paternel assure le bien-être social et un "vivre ensemble" à peu près satisfaisant. Le côté "Chine éternelle" ressurgit aussi, appuyé sur quelques principes confucéens des plus rassurants. Encore faut-il que le contrat soit rempli par le pouvoir ; or dans un contexte international aussi remuant et incertain, ce n'est pas chose facile.
 
Au surplus, on ne saurait négliger deux écueils incontournables :
D'une part, le plus grand ennemi de l'avenir de la Chine, est sa corruption endémique. Et à tous les niveaux, des plus hautes sphères au village le plus pouilleux du système. Que penser des nombreux potentats régionaux, vivant et prospérant à des milliers de li de Beijing dans la parfaite impunité que confèrent la distance de l'autorité centrale et la "camaraderie" au sein de la cellule locale du Parti ? Certes, il y a bien quelques limogeages emblématiques au plus haut niveau, comme celui de Wu Xiaohui (patron du tentaculaire groupe d'assurances Anbang) ou bien les doutes sur la fortune de Guo Guangchang (patron du groupe Fosun, racheteur en France du Club Med), mais cela reste parcellaire et sans réel effet tant l'argent est dilué dans toutes sortes de combinaisons nationales et internationales. D'ailleurs ces interventions gouvernementales dévoilent le second écueil du système : la manie "d'effacer" brutalement les gêneurs, ou ceux considérés comme "déviants" ; les prétextes sont multiples : dérives financières, mauvaises fréquentations, propos imprudents, risques d'ambitions inacceptables, la liste est longue… C'est ce qui est arrivé à Meng Hongwei, le directeur de l'Interpol (basé à Lyon) carrément "kidnappé" et disparu, au grand étonnement des Occidentaux. Ce n'est pas nouveau : tous les empereurs de toutes les dynasties ont toujours fait disparaître derrière un mur de silence ceux dont ils ne voulaient plus voir la face, et qu'ils considéraient comme dangereux ; les différents chefs révolutionnaires puis communistes ont fait de même. Ce qui conduit au plus grand danger pour un gouvernant : l'isolement, la surdité et le repli du pouvoir dans une spirale soit d'inertie soit de violence... laquelle finit toujours par générer une opposition. Cette violence soudain dévoilée à l'international laisse perplexe sur bien d'inavouables aspects du paradis asiatique.
 
* Le second risque du Contrat à 50 années est la difficulté à créer une cohésion sociale dynamique et durable : l'opposition entre villes et campagnes reste vive, même si d'appréciables progrès ont été accomplis pour certaines régions. Parfois le décalage s'amplifie au gré de grands chantiers innovants dont l'apport aux plus déshérités est fort douteux, détruisant de manière autoritaire l'environnement rural, les habitats, les emplois anciens. La condition des femmes en milieu rural reste très difficile, de même qu'en ville "le peuple des rats", ces ouvriers (et surtout ouvrières) sous-payés, logés en dortoirs ou entassés dans des sous-sols, reste une réalité. (1)
Autre souci, lequel a la particularité de juxtaposer une erreur tenace et une incontournable vérité : le mélange de la stratégie de l'enfant unique, qui fut en son temps une idée (et une contrainte) raisonnable afin de contourner une démographie galopante et le retour des famines, est assortie du vieillissement de la population dû, comme partout, aux progrès des soins médicaux et de l'alimentation ; sous peu, la République Populaire de Chine va se retrouver avec un déficit aggravé d'adultes – notamment de femmes capables à la fois de travailler et de procréer – et un poids considérable de personnes âgées.  Dans les villes, notamment, les jeunes femmes désormais "instruites", veulent "une carrière" et pas d'enfants. Par ailleurs, la stratégie de l'enfant unique est tellement ancrée dans les mœurs que la famille "élargie" tend à disparaître. L'abandon de la vie rurale par les jeunes générations produit également les effets pervers de la dislocation socio-familiale.
 
On ne réforme pas une société en quelques lustres...Surtout dans l 'espace chinois où territoires immenses et populations sont tellement divers. La mosaïque des groupes sociaux est infinie, tant par leurs mœurs que leurs croyances. Ne jamais oublier que certains groupes se détestent les uns les autres, et seraient facilement prêts à en découdre. Les Empires du Nord n'ont jamais oublié leur puissance perdue. L'évolution ne peut être que lente... même si Monsieur Xi aimerait plus de rapidité, mais on ne peut rien contre la mémoire et le temps. D'autant que la Chine est "lente" : son temps de réactivité est long, dû justement à la diversité et à l'immensité ; ce peut être aussi un atout. En Chinela vie est une longue patience. Monsieur Xi en est conscient, obtenant de ses pairs le plus long contrat possible, sa propre vie... afin de contrecarrer l'inexorable succession des Lunes.
Depuis le 11 mars 2018, celui que l'on surnomme désormais l'Empereur rouge a obtenu – à 65 ans et à la quasi-unanimité -  des représentants du peuple (2 contre, 3 abstentions sur 2 960 votes ) de conserver le pouvoir aussi longtemps qu'il lui plaira ; il est aussi Secrétaire général du Parti et chef des armées. Nous sommes donc dans un schéma connu, lequel mène parfois à la paranoïa et au rejet de toute dissidence si ténue soit-elle. Il apparaît en outre vis à vis de l'opinion comme un chevalier blanc exempt de tout soupçon, ne voulant que "le bien du peuple et d'une Chine qui a enfin sa place dans le contexte international". Pour l'instant, tout en inspirant une certaine crainte, le président Xi est fort populaire.
 
* Le grand absent du paysage idyllique proposé par le président Xi est l'environnement. Que la planète soit en train de mourir sous le poids d'une modernité saccageuse n'est pas son problème. Mais vu la place de la Chine dans le concert des nations polluantes, une réflexion honnête sur le côté dangereux de cette croissance à n'importe quel prix rendrait le message plus pertinent.
Le monde entier connaît la pollution aérienne des mégapoles chinoise, les ravages de l'énergie produite avec le charbon, le détournement des cours d'eau, la construction de barrages géants au détriment des habitants des vallées, des cultures et des forêts…
La liste est longue et s'allonge : on ne peut qu'adhérer au superbe programme OBOR "One Belt One Road " qui va désenclaver l'Asie centrale et contribuer au développement de la Chine et de la Russie intérieures. Mais à quel prix ?... Le premier axe (du nord de Beijing à Duisbourg en RFA) sera opérationnel dans sa totalité en 2023. Il l'est déjà partiellement. L'autoroute deux fois deux voies est accompagnée d'installations photovoltaïques gigantesques, de villes nouvelles préfabriquées, de dépôts de carburants et d'entrepôts de transit. Une voie de chemin de fer parallèle à la route est prévue, ainsi que des terminaux d'aéroports nouveaux. Les bretelles additionnelles vers le Pakistan, l'Inde, l'Iran, Moscou et la Baltique, sont programmées, voire commencées. La nouvelle route de la soie intrigue, inquiète ou enchante, on ne sait… Mais, sur place, ce ruban de béton à travers les vastes plaines centrales, apporte avec ses chantiers destructeurs, son matériel envahissant, sa pollution, bien des craintes. Les habitants locaux n'en profitent pas, au contraire, et sont peu associés. Là aussi la corruption bat son plein. La quasi-totalité de la main d'oeuvre est "importée" et chinoise. Que vont devenir la légendaire steppe de Dersou Ouzala (2) et le mystère du lac Baïkal, si cher à Sylvain Tesson, dont l'eau est encore la plus pure du monde ? Deviendront-ils des lieux de déchèteries industrielles, ravagés de résidus bitumineux ?
 
Que dire aussi, des "villes nouvelles" destinées à enrayer la croissance désordonnée des mégapoles, telle Xiong'an (dite "ville intelligente") au sud de Beijing, ou des zones économiques spéciales des districts de Rongcheng ou de Tianjin ? Cette démarche n'est pas nouvelle : déjà en 1980 Deng Xiaoping a créé la zone spéciale de Shenzhen près de Hong Kong, et en 1992 Jiang Zemin lança la zone nouvelle de Pudong à Shanghaï sur l'autre rive du fleuve, afin de désenclaver la ville asphyxiée. Mais le gigantisme des nouveaux projets effare, d'autant que leur mise en œuvre se fait de manière très autoritaire, avec l'objectif annoncé de "remodeler la vie des gens", et profite surtout aux géants des hautes technologies chinoises tels Alibaba ouTencent et Baidu, en y déployant l'intelligence du futur sensée transformer radicalement le tissu social et la vie urbaine.. Les requins de l'immobilier ne sont pas en reste, qu'il s'agisse du taux des loyers ou des possibilités d'acquisition d'un logement. Toutefois... certains chantiers sont en panne, et certains projets retardés ou simplement abandonnés. Le "peuple" est peut-être moins malléable qu'espéré, d'autant que la perspective de l'arrivée massive de grandes entreprises a fait flamber les prix. Des millions de gens ont été ainsi délocalisés et contraints, faute de moyens, de partir dans des districts voisins.
 
Heureusement, les Chinois ont la bonne habitude de ne vivre que dans le présent. Leur histoire lointaine ou contemporaine le leur a appris. Il y a aussi des bienfaits (peut-être n'en parle-t-on pas assez). La République vient tardivement à la protection de la nature : si le Parc National a été inventé aux Etats Unis en 1872 pour freiner les désastres des déboisements sauvages, les Chinois découvrent leurs propres richesses naturelles et tentent désormais de les protéger des exploitations abusives ou du béton. Ainsi, le premier Parc national de Chine a été ouvert dans la Province nord-ouest du Yunnan en 2006, à l'initiative d'une organisation non gouvernementale et des autorités locales. Mais sa portée est également politique puisque cette belle zone agricole traditionnelle est peuplée en fait d'agriculteurs et d'éleveurs tibétains.
 
L'angoisse alimentaire est omni présente dans la mentalité et le pouvoir de la Chine. Ses peuples ont eu tellement faim... toujours... La perspective de nourrir deux milliards d'individus reste la préoccupation majeure, souvent non exprimée. Elle peut expliquer en partie la main mise sur l'immensité d'Asie centrale dont les possibilités de développement ne sont pas exclusivement industrielles et commerciales, ainsi que l'achat de terres agricoles dans le monde entier, qu'il s'agisse de l'Europe, de l'Amérique latine et surtout de l'Afrique.
Les aventures environnementales de la République chinoise se prolongent en mer, avec ses ambitions de conquêtes des espaces côtiers, ce qui génère de constants conflits avec ses voisins les plus proches (surtout le Japon). L'édification de plateformes et d'iles artificielles le long de ses côtes inquiète, à la fois sur un plan écologique et politique. Son ambitieuse stratégie portuaire essaime tout au long de ses rivages, crée d'implacables zones destructrices des espaces naturels pour laisser place aux silos de carburant et au béton. Attendons la suite….
 
Sur le plan international, par l'ambition de ses projets, l'adoucissement de ses attitudes, l'apparente occidentalisation de ses stratégies et de ses manières diplomatiques, la République Populaire de Chine s'est hissée au tout premier rang des "puissances" de manière visible sous deux angles : d'une part dans le cercle de l'ONU et de la diplomatie multilatérale, elle tend à occuper les terrains récemment abandonnés par les Etats Unis, et se pose - elle aussi – en "arbitre du monde". Son rôle dans l'épineux problème nord-coréen est évident. Au Conseil de sécurité, elle ne pratique plus le veto systématique dans la foulée de la Russie, mais exprime souvent des choix modérés, conciliant ses propres intérêts et ceux de la communauté occidentale. En second lieu, la Chine se dégage progressivement de son étiquette "d'atelier du monde", uniquement manufacturier et marchand, pour accéder à une considération financière et diplomatique généralisée. Désormais au cœur des stratégies financières de rachats de dettes, d'avoirs bancaires et d'orientations de long terme dans les pays dits "émergents", son arbitrage est écouté. Ses alliances avec l'Inde ou le Pakistan étaient inimaginables il y a quelques années, de même que l'extension de ses influences en Afrique ou dans le pourtour de la zone Pacifique.
Aucune idéologie précise n'est imposée, le souci étant l'expression de perspectives d'avenir commun sous son impulsion. Par contre, le désir d'intégrer peu à peu Hong Kong dans le système de Chine continentale, de récupérer Taïwan et - pourquoi pas ? - d'ajouter Singapour à sa panoplie, est clairement exprimé. Si l'expérience réussit, les tentacules de l'OBOR se déploieront dans toutes les directions, aboutissant à tous les rivages océaniques, modifiant considérablement la géographie du commerce international et ses flux financiers. Cela peut se prolonger jusqu'en Méditerranée où la Chine est déjà partenaire du Pirée, de Gênes, de Valence. L'OBOR est prévu jusqu'à Brest et Santander vers 2030/35.
 
Qu'il s'agisse de l’État ou d'initiatives privées, la Chine est désormais sur tous les fronts de la finance, de la culture, du commerce et de l'innovation ; en témoigne la 5ème édition, en Juin 2018, du World Cities Culture Symposium à Chengdu, capitale provinciale du Sechuan, attirant pour la première fois en Chine, les représentants des 38 Cités membres de cette organisation créée en 2012, afin d'élaborer et de promouvoir des politiques culturelles communes dans le monde entier. Ou bien la 4ème Foire Internationale du Tourisme à Lhassa au Tibet qui met somptueusement en scène les atouts de la Région Autonome ; une façon de démontrer aussi que 50 ans de "colonisation" forcée n'ont, au bout du compte, apporté que des bienfaits. Le domaine de la science et de la recherche n'est pas oublié, puisque plus de 800 conventions de tous ordres sont conclues avec les Centres de recherche les plus innovants de la planète. (3) Le TOP 20 des meilleurs Universités mondiales comprend désormais pas moins de cinq Centres chinois, etc...
Le président Xi et ses proches font le pari du temps long, tout en exigeant un rythme accéléré de réformes et d'innovations. Même s'ils savent que les USA "tiennent" le monde par le billet vert et leurs réseaux d'information et de renseignements, ils misent sur l'affaiblissement du règne américain. Pour leur plus grand profit : puisque la stratégie yankee est "un repli sur soi et la haine de l'autre, laissons l'Amérique aux Américains, elle est bien assez vaste (…) la Chine offre l'ouverture au monde, sans imposer sa loi, ni mélanger cette démarche avec sa politique intérieure" (4) ... Sans commentaire.
 
Pour les Européens "l'éveil" chinois est une opportunité sans doute exceptionnelle, qui consistera à ne pas se laisser dévorer, mais à nouer des liens eurasiens de Brest à Shanghaï et du Cercle Polaire au Sechuan. Les relations sont déjà très avancées, mais se font davantage pays par pays, plutôt qu'avec l'entité Europe. A force de s'enliser dans leurs stériles chamailleries, les Européens - quels qu'ils soient – n'ont toujours pas intégré la formule de Paul Valéry : "l'Europe n'est qu'une péninsule avancée de l'Asie". Le regard rivé sur le turbulent "Ami" atlantique – qui sauve et lamine tout à la fois – ne suffit plus. L'Eurasie est une réalité qui couvre 12 fuseaux horaires et va de l'Arctique au Tropique du Cancer. Le président Xi en a, lui, parfaitement conscience et se donne les cartes pour s'approprier indirectement le plus gros marché économique du monde. Lors de la Réunion Asie-Pacific, de ce Novembre, il ne manque pas de fustiger amplement la politique "de très court terme" de la Maison Blanche et de présenter OBOR et les autres projets "comme une main tendue et non une menace". De ce point de vue l'alliance faite avec la Russie de Vladimir Poutine pour l'OBOR, renverse les perspectives. L'Europe occidentale a toujours considéré la Russie comme "un parent pauvre" : elle risque de se tromper maintenant. Alors qu'elle est alourdie de souvenirs affreux, bloquée dans ses contradictions, empêtrée dans la discorde, elle ferait bien de regarder vers l'Est nouveau qui se profile. Même si tout est loin d'être parfait, cela donnerait quelque espoir à sa jeunesse, comme le proposent les slogans affichés à l'entrée des villes et villages des provinces chinoises : "Notre jeunesse est notre richesse".

(1) Voir "le peuple des rats", Patrick Saint-Paul, Grasset, 2016
(2) Dersou Ouzala, légendaire chasseur de la taïga, aida en 1902 le capitaine Arseniev dans sa découverte de l'Asie centrale. Akira Kurosawa réalisa un film magnifique sur cet épisode, en 1974. 
(3) Soit dit en passant, une plateforme formidable pour les copies, les contrefaçons, etc...
(4) Transcription d'une chronique hong kongaise dans  Courrier International N°1445 juillet 2018

Envoyé par l'auteur, 17 novembre 2018

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version