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TISOT  Henri

TISOT Henri

né le 1er juin 1937
Célibataire – sans enfants

Comédien


Conservatoire de Toulon (en compagnie de Mireille Darc), sous la direction de d’Armand Lizzani.
Conservatoire de Paris dans la classe de Béatrix Dussane (deux seconds prix)
Pensionnaire à la Comédie Française (1957)

Imitateur du Général de GAULLE , au théâtre des Dix Heures, à l’ABC, à l’Olympia, à Bobino
     - L’Autocirculation (vente du disque à 1 million d’exemplaires)
     - La dépigeonnisation (vente du disque à 300 000 exemplaires)
     Créateur de fait d’un genre qui depuis a fait école.

Réalisations
au théâtre, au cinéma, à la télévision
‘Le Temps des Copains’ (Jean Canolle) - rôle de Lucien Gonfaron – mis en scène par Robert Guez
     117 épisodes du premier feuilleton français (1960-1961) diffusé sur la chaîne TV de l’O.R.T.F.
‘La Nuit de l’été’ (Didier Decoin) – rôle de Louis XVI – mise en scène de Jean-Claude Brialy (1978)
‘Vient de paraître’ (Bourdet) – mise en scène Yves-André Hubert (1978)
‘Le Cocu magnifique’ (Crommelinck) – mise en scène Roger Hanin ( 1980)
‘L’Australienne’ (Rivemale) avec Henri Virlojeux - mise en scène Yves-André Hubert (1982).
‘Chat en poche’(Feydeau) – mise en scène Jean-Laurent Cochet ( 1965)
‘Topaze’  (Marcel Pagnol) – mise en scène Jean Meyer (1977-1978) –
’L’homme, la bête et la vertu’ – adaptation, mise en scène Henri TISOT – avec Marie Dubois ( 1980).
‘La Trilogie de Pagnol : Marius-Fanny-César’ (France 2 et Jacques Nahum) – rôle de Panisse
     (César avec Roger Hanin) - mise en scène de Nicolas Ribowski. (2000)
‘Le Manège du pouvoir’ (Jean-Pierre About) – mise en scène Thomas Le Douarec

40 ans d’étude de l’hébreu, avec son maître la rabbin Albert Abécassis, et le Professeur Tomatis.
Depuis 1987, diffusion de messages bibliques dont il est l’auteur
(Théâtre du Rond-Point (Renaud-Barrault), théâtre des Nouveautés, théâtre de la Madeleine, théâtre du Palais-Royal, … jusqu’à Rome sous l’égide de Théâtre Actuel -  plus de 500 représentations.
‘Les 7 Miracles de Jésus’ (1987-1989)
‘La Pêche Miraculeuse des 153 poissons’ (1990)
‘De de Gaulle à Jésus-Christ’ (1997)
‘A la Lumière de Dieu’ (1999)

Ouvrages
Le Copain et le Cabanon’ (autobiographique) 
‘Le Fils du Pâtissier’ (autobiographique)
‘La Crèche d’Henri Tisot’ 
‘Le Petit livre du Grand Livre’ 
‘Un Français fou de Dieu’
‘La Crèche d’Henri Tisot’ 
‘La Rencontre’ (préface d’André Chouraqui)
‘Le Rendez-vous d’Amour’ (préface de Paul Ricoeur)
‘Dialogue avec mon Ange gardien’ (2003)
‘Eve, la femme, l’injustice de tous les temps - La plus flagrante erreur judiciaire’ 
     (préface de Brigitte Bardot) (2008)

URL du site internet:

L'Imitation de Jésus

Publié dans Au delà

L'Imitation de Jésus

(...) (site endommagé en 2013)
seulement à ceux qu'Il sait capables de marcher derrière Lui : "Suis-moi !" Cela équivaut à dire : "Sois-moi !" En hébreu, "Suis-moi !" cela se dit, traduit littéralement : " Léra arrari - Marche derrière moi ! " - " Léra-marche-arrari-derrière moi ". Or à marcher derrière quelqu'un, cela incite à faire comme celui que l'on suit, à l'imiter donc.
Moi qui ai imité le général de Gaulle, je sais bien qu'à force d'imiter l'on devient, ou plutôt qu'en s'incurvant dans la personne que l'on imite, en prenant sa posture, on finit par penser et agir comme elle. Je n'ai certes jamais eu la prétention ou la mégalomanie de me prendre pour le général de Gaulle, mais je soutiens qu'en l'imitant, je le rappelais. Le public ne s'y trompe pas qui sait bien que tout en étant Henri Tisot, je suis un "rappel" si je puis dire du général de Gaulle. En conclusion, je ne suis devenu moi-même que parce que j'ai suivi le Général ou toutes autres personnes qui m'ont impressionné. Autrement dit : je ne suis que parce que "je suis" du verbe suivre.
Saint Paul qui a tout saisi, nous dira : "Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ."

À partir de là, on pourrait en conclure que sous sommes tous les imitateurs de quelqu'un dès lors que l'on partage ses pensées. Qui n'est pas imitateur je vous le demande ? Celui-ci devient un grand footballeur parce qu'il admire tel joueur, cet autre devient comédien, peintre, chanteur, danseur, astronaute ou simple plombier car ayant vu des pratiques de plomberie, il a voulu faire pareil : faire pareil ! Oui, qui n'est pas imitateur ? N'importe quel homme ou femme politique ne prend jamais que le relais de ceux qui l'ont précédé dans son parti.
Le mahatma Gandhi, l'apôtre de la non-violence a dit : "On devient ce qu'on admire". Il nous faut donc imiter pour devenir.
Jésus, notre Exemple, n'est-Il pas Lui aussi imitateur, imitateur de son Père ? Il dit à Philippe en Jean 14,9 : "Qui m'a vu a vu le Père", et mieux en Jean 5,19 : "Le Fils ne peut faire de lui-même, rien qu'il n'ait vu faire au Père. Ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement".
C'est le professeur Tomatis qui a été cause du fait que je me suis intéressé au Christ et à l'hébreu. Il m'a dit un jour : "Savez-vous, Henri qu'en hébreu, Bethléem signifie "maison du pain" ". J'ai aussitôt fait le rapport avec la déclaration de Jésus : "Je suis le pain de vie" et j'ai compris que la coïncidence n'était pas fortuite : Jésus, le pain de vie, est né à Bethléem, la maison du pain, autrement dit, dans la boulangerie.
"Qui vient à moi n'aura jamais faim. Qui croit en moi n'aura jamais soif." - "Quiconque VOIT le Fils et CROIT en lui a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour."
Et le Christ va jusqu'à énoncer ces paroles qui font scandale même parmi ses disciples : "Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous" (Jean 6,62) - "Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? " - "Dès lors nombre de ses disciples se retirèrent et cessèrent de l'accompagner" (Jean 6,66) - Jésus dit alors aux Douze : "Voulez-vous partir vous aussi ? " - Simon -Pierre lui répondit : "Seigneur à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (Jean 6,69).

Faim du Christ et soif du Christ
"
Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang une boisson". CHAIR - PAIN - PAROLE - SANG - BOISSON - VIE. Puisse Jésus déteindre sur nous ! Benoît XVI a parlé à propos de l’Eucharistie de "fission nucléaire au plus intime de l'être".
Mais prenons garde de ne pas nous tromper jusqu'à admirer qui l'on ne doit pas suivre. Un des philosophes considéré pourtant comme un des plus éminents, Martin Heidegger, a fait la pire erreur en suivant le pire des guides et en déclarant : "Le Führer est notre loi".
Ainsi donc, la plupart des gens me connaissent comme étant l'ancien imitateur du général de Gaulle que j'ai parodié de 1960 à 1971 après être sorti de la Comédie Française où j'avais été engagé à l'âge de 20 ans. Je suis entré dans la peau du Général, mais il a fini par voir la mienne, car, en effet, ma conscience a été captive de sa manière de penser. Jean-Jacques Gautier, le célèbre critique théâtral a écrit à mon sujet dans le Figaro : "Puis, il n'y eut plus De Gaulle, mais le masque avait déteint sur le visage". Une phrase du général de Gaulle m'a terriblement marqué, au point qu'elle est devenue comme le moteur de ma vie. En mai 1968 sur le tarmac de Villacoublay, au retour de son voyage éclair à Baden-Baden où il était allé consulter le général Massu alors que la France était dans la tourmente de mai 1968, à Georges Pompidou, son Premier ministre qui lui demandait : "Où en êtes-vous à présent mon Général ?", De Gaulle lui répondit : "Je me suis mis en accord avec mes arrière-pensées". A partir de là, j'ai compris beaucoup de choses. ("Arrière-pensées" - Catherine de Sienne, religieuse : 1347-1380, Grégoire XI, Avignon, Rome - "A ne rien dire on pourrit tout" - Christ : Verbe - Parole : Il faut donc l'ouvrir pas la fermer. Si le Verbe s'est fait chair c'est pour s'exprimer. "La Parole de Dieu, nous a dit Benoît XVI, se révèle dans la parole humaine". Saint Jean a dit : "Le Verbe s'est fait chair". Selon André Neher : "Le mot devient la chose qu'il nomme".) Le professeur Tomatis que j'allais connaître plus tard, savait tout ce que peut générer un mot : "En profondeur, tout est engrammé, génétiquement perceptible. C'est pour cela que le corps réagit si fort au langage. Un mot peut tuer, faire sourire, provoquer des sueurs froides, apaiser… […] Un mot lâché dans l'espace pénètre non seulement dans le système nerveux grâce à l'appareil auditif mais touche également l'ensemble du système neuro-végétatif. Quel voyage fabuleux ! […] Certains mots nous passent au-dessus de la tête et nous laissent de marbre, d'autres nous arrivent en plein visage, d'autres encore nous touchent au coeur ou nous coupent les jambes… Le discours que l'autre nous adresse est une caresse ou une rafale de mitraillette." "Nous sommes tous nés polyglottes" - Docteur Alfred Tomatis.

L'état du monde
J'ai aujourd'hui 71 ans, et je me fais un devoir de mettre mes arrières-pensées en avant. Et pour bien marquer l'état d'esprit dans lequel je me trouve, je veux citer cette phrase de Louis-Ferdinand Céline à laquelle j'adhère pleinement bien que je n'adhère pas à toutes ses déclarations : "Le monde n'est, je vous assure, qu'une vaste entreprise à se foutre du monde". Le Christ, Lui non plus, n'adhère pas au monde. Dans l'Évangile de Jean, Il s'adresse à son Père et dit à propos de ses disciples : "Je leur ai donné ta parole et le monde les a pris en haine, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais" (Jean XVII, 9,14,15). Jésus met bel et bien le monde en parallèle avec le Mauvais. Puis Il confie aux siens : "Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tiré du monde, le monde vous hait" (Jean XV, 18-19). Enfin, Il confie à son Père : "Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés, […]" - "Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les dans la vérité : ta parole est vérité. Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde" (Jean XVII 9 - 16,17,18). "Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie" (Jean VIII, 12). Ce qui me frappe tout particulièrement, c'est le fait que Jésus dise "je ne prie pas pour le monde" et aussi qu'Il nous affranchisse, en nous disant : "vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tiré du monde".

Honoré de Balzac a déclaré qu'en français, si on inverse certains mots, on découvre leur vraie signification. En effet, en renversant le mot monde on obtient le mot démon. Enfin, pour être tout à fait clair à propos du "monde", rappelons les propos d'un des rabbins les plus connus du monde juif, Rabbi Aquiva qui vivait au temps du Christ et fut comme Lui, martyrisé par les Romains. Il dit : "Le monde va son chemin ! Il n'y a rien à attendre du monde. Nous sommes condamnés à vivre dans le monde tel qu'il est et qui a été créé par Dieu. Et c'est précisément parce que le monde a été créé par Dieu tel qu'il est qu'il ne changera pas. Tout le problème est de savoir si l'homme est disposé à rendre un culte à Dieu dans le monde tel qu'il est".
Toutefois, ne perdons pas de vue que : "Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui" (Jean III, 17). "Oui, Dieu a tant aimé le monde - Qu'il a donné son Fils unique" (Jean III - 16). Et soyons réconfortés par les paroles de Jésus : "Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie" (Jean VIII, 12).
Cette dernière phrase a servi de postulat à un livre qui eut un énorme retentissement aux alentours de 1400, L'Imitation de Jésus-Christ . "Par la lecture des Textes sacrés s'opère une transfusion de sens. Comment ? Par une double lecture : nous lisons la Bible en même temps qu'elle nous lit. Quand nous cherchons à comprendre l'Écriture, nous nous comprenons nous-mêmes. Tout est là : Qui déchiffre se déchiffre". et dont la traduction de Corneille commence par ces mots : "Et quiconque veut être éclairé pleinement, - Doit apprendre de lui que ce n'est qu'à le suivre - Que le coeur s'affranchit de tout aveuglement". J'ai adopté le titre de cet ouvrage pour cette rencontre avec vous que j'ai intitulée : "L'Imitation de Jésus-Christ" selon Tisot.


Mais comment imiter le Christ
si on ne travaille pas à faire plus ample connaissance avec Lui ?

Il va donc s'agir de suivre Jésus, "la lumière du monde". Encore faut-il ne pas se mettre à la suite de l'idée reçue que l'on se fait de Jésus. Le cardinal Lustiger nous a mis en garde sur la fin de sa vie par cette terrible et terrifiante conclusion proclamée dans son livre La Promesse (éditions du Rocher) : "Le péché auquel ont succombé les pagano chrétiens, que ce soit les hommes d'Église, ou les princes, ou les peuples, fut de s'emparer du Christ en le défigurant, puis de faire leur dieu de cette défiguration" (dieu sans d majuscule).
Cette sorte de testament légué par Mgr Lustiger doit nous inciter à prendre conscience que : "La foi se nourrit de la compréhension des Écritures. On ne naît pas chrétien, on le devient" selon Tertullien, le premier écrivain chrétien de langue latine (155 - 222).
Il faut donc se mettre au travail, chercher, chercher, chercher sans relâche, il en sortira toujours quelque chose. Jésus nous dit : "Cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira ! " (Matthieu VII, 7).
Mais si on cherche, c'est qu'on doute. Certes. Je prétends que le doute est le muscle de la recherche.
Cela ne doit en rien nous empêcher de chercher, chercher, chercher sans cesse des réponses aux questions que l'on se pose (quand on s'en pose), ce qui n'est pas le cas de tout le monde parmi les humains. Me vient en mémoire l'histoire de ce rabbin qui courait dans sa ville en criant : "J'ai des réponses, j'ai des réponses, j'ai des réponses - est-ce qu'il y a des questions ? " Et aussi cette autre histoire symptomatique de notre impéritie chronique. Elle est contée par le Maggid de Mezerevitch. Il s'agit d'un narrateur qui a vécu de 1710 à 1772. Il dit : "Imaginez deux enfants qui jouent à cache-cache. L'un se cache, mais l'autre ne le cherche pas ! Dieu se cache et l'homme ne Le cherche pas. Imaginez sa peine ! " Le livre du Talmud nous a pourtant prévenus : "Dieu voile pour que l'homme dévoile".
À notre décharge, nous ne savons rien et on nous demande de tout savoir. Je voudrais avant de continuer notre route, vous transmettre cette constatation de Gilles Berheim, nouveau grand Rabbin de France : "Un enseignant ignore toujours ce qui, dans le contenu ou dans la forme de ce qu'il a dit, éveillera - à son insu - l'attention de ceux qui l'écoutent, et provoquera alors des associations et des enchaînements imprévisibles et, parfois, sans rapport direct avec la didactique qu'il poursuit".
Le cerveau humain sait faire le tri. Telle chose peut paraître essentielle à certains et pas à d'autres. Il faut faire confiance à l'Esprit Saint qui oeuvre pour nous, même si nous ne nous en rendons pas toujours compte.

Le dévoilement des paraboles
Passons à la question des questions : En quelle langue parle Jésus-Christ ? Quelle est sa langue privilégiée : l'hébreu, l'araméen, le français, l'anglais, l'italien, l'espagnol, le russe, le chinois, le coréen ?.. Le philosophe Emmanuel Lévinas a dit : "la langue est la mise en commun d'une idée". J'ai lu ailleurs : "Une langue est un filet jeté sur la réalité des choses. Une autre langue est un autre filet. Il est rare que les mailles coïncident". Si l'on vous disait : "Jésus parle uniquement le japonais. Vous apprendriez illico le japonais". Eh bien, je vous le dis : "Jésus parle uniquement en paraboles comme cela est dit dans les quatre Évangiles. Sans doute a-t-Il voulu choisir un langage universel pour s'adresser au monde entier : Jésus parlait en paraboles et sans parabole, il ne parlait pas ! C'est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu'il leur annonçait la parole, dans la mesure où ils étaient capables de l'entendre. Il ne leur parlait point sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples - Je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point et qu'en entendant, ils n'entendent ni ne comprennent - C'est à vous qu'a été donné le mystère du royaume de Dieu, mais pour ceux qui sont dehors, tout arrive en paraboles - Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles. Ainsi devait s'accomplir l'oracle du prophète : Ma bouche prononcera des paraboles, elle clamera des choses cachées depuis la fondation du monde".
"Les disciples s'approchant lui dirent : "Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?" - "C'est que, répondit-Il, à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, tandis qu'à ces gens-là, cela n'est pas donné. Car à celui qui a l'on donnera et il aura du surplus, mais à celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il a. C'est pour cela que je leur parle en paraboles" - "Alors laissant les foules, il vint à la maison et ses disciples s'approchant lui demandèrent : Dis-nous en clair la parabole… ".
Qu'est-ce donc qu'une parabole ? C'est un sens qui conduit vers d'autres sens, c'est la transfusion de sens dont j'ai parlé au début.
FILET - Savez-vous que le mot "net" en anglais dans la locution "internet" signifie "filet" ? Or, le Seigneur fait allusion au royaume des Cieux quand Il décrit le filet de pêcheur dont usent ses disciples qui vont devenir pêcheurs d'hommes. Ne semble-t-Il pas faire allusion à "internet" ? : "Le royaume des Cieux est encore semblable à un filet qu'on jette en mer et qui ramène toutes sortes de choses. Quand il est plein, les pêcheurs le ramènent sur le rivage, puis ils s'asseyent, recueillent dans des paniers ce qu'il y a de bon, et rejettent ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges se présenteront et sépareront les méchants et les justes pour les jeter dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents" (Matthieu XIII, 47-50). J'aime infiniment cette parabole. Elle nous incite à penser que notre cerveau est tout à fait comparable à ce filet de pêcheur dont parle Jésus. Notre cerveau est un étonnant ordinateur. Internet fonctionne en lui. Grâce au filet de pêcheur tout autant qu'avec notre cerveau, nous accomplissons des pêches miraculeuses pour peu que l'on consente à partir en mer et quitter la terre. La mer, l'eau est symbole de spiritualité, la terre de matérialité, c'est aussi simple que cela. Voila que par le truchement de la parabole, nous sommes passés de l'idée du filet à la comparaison avec le cerveau. De nos jours, on sait en effet que dans notre cerveau les neurones vont tous à la rencontre les uns des autres jusqu'à se tendre la main si je puis dire et faire la jonction dans un court espace que l'on appelle la synapse. Neurones et synapses dessinent un extraordinaire filet qui garde dans ses entrelacs tout ce qui nous paraît utile, enrichissant, bénéfique, bon à conserver en vue de se souvenir, de se rappeler. Cela s'appelle la mémoire, "ce merveilleux entrepôt" disait Jean Cocteau. Moi, je l'apparente plutôt à un congélateur car nos souvenirs semblent soumis à un dégel instantané à la seule évocation d'un mot qui y fait allusion. Il me suffit de penser au cabanon de mon enfance et tout surgit comme tout Combray ressuscite avec Proust et sa madeleine. Quel miracle ! Et à présent, le filet et le cerveau, vont nous propulser dans le cosmos. Le premier mot de la Bible dans le Premier Testament est le mot hébreu "bérechit " que l'on traduit par "Au commencement". Mais parmi les nombreuses significations que comporte et conserve ce mot - en ayant dénombré pour ma part de significatives - je veux en retenir deux troublantes, à savoir que, décomposé, le mot "bar-echit" signifie "un fils-barj-établirai- echit" - il peut s'agir de Moïse tout aussi bien que de Jésus. Et enfin, nous retrouvons le mot "filet" qui se dit "rechet" en hébreu, de telle sorte que "bérechet" signifie "dans le filet", la lettre B, "beith" au départ du mot veut dire "dans". Cosmos "Béréchet - Au commencement… Dieu créa le ciel et la terre… ", pourrait être retranscrit : "Dans le filet Dieu créa le ciel et la terre… ", et nous suggérer que "le filet" auquel il est ici fait allusion pourrait symboliser le cosmos tout entier criblé d'étoiles.

La phrase initiale de la Bible : "Au commencement Dieu créa le ciel et la terre", fait pendant à la phrase du début de l'Évangile de Jean : "Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu, sans lui rien ne fût de tout ce qui fût. De tout être, il était la vie et la vie était la lumière des hommes".
Je souligne que le disciple Jean, qu'on apparente au "disciple que Jésus aimait" a eu un certain aplomb de démarrer son évangile par le mot "au commencement" qui semble vouloir rectifier les dires du Premier Testament et les confirmer tout à la fois, puisque tout est mis en oeuvre dans le premier chapitre de la Bible au livre de la Genèse à partir de la Parole divine qui proclame "Que la lumière soit et la lumière fut" prouvant ainsi qu' "au commencement était le Verbe". Cela dit, le professeur Alfred-Angelo Tomatis a ajouté une sorte de codicille aux dires du Premier Testament ainsi qu'à l'affirmation johannique. Il énonce : "Au commencement était l'écoute, car à quoi aurait bien pu servir le Verbe s'il n'avait aucune chance d'être entendu". Ce n'est pas la profession de foi juive qui le contredira, elle qui proclame : "Écoute Israël, l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un" - "Chéma Israël Adonaï élohénou, Adonaï hérad". Toujours est-il que passant du filet au cerveau pour déboucher dans le cosmos, nous avons démontré qu'à partir d'une parabole de Jésus, on est propulsé vers l'infini, dans l'univers donc, mot qui, entre parenthèses signifie "uni vers Dieu". Les savants d'aujourd'hui dénombrent 1 000 milliards de planètes dans notre seule galaxie. La Parole du Christ nous conduit ainsi par la parabole à plonger dans les profondeurs abyssales et infinies des sens. Vous aurez remarqué que je m'attache à mettre l'accent sur des coïncidences dont chacune se trouve être le vecteur, le transmetteur de sens cachés. J'aime à la folie cette définition de Louis Pauwels qui appelait ces coïncidences si riches de sens "des coïncidences abusives". Cela invite, incite à penser que le hasard n'existe pas, ce qui fera dire à Anatole France : "Le hasard est le pseudonyme de Dieu quand Il ne veut pas signer".
La clef pour saisir les paraboles, c'est l'allusion.

Jean-Paul II
Jean-Paul II (Discours du 11 avril 1997 devant la Commission biblique pontificale) quant à lui, nous a donné une autre clef essentielle pour l'étude des Écritures : "En réalité, on ne peut exprimer pleinement le mystère du Christ sans recourir à l'Ancien Testament. L'identité humaine de Jésus se définit à partir de son lien avec le peuple d'Israël, avec la dynastie de David et la descendance d'Abraham. Priver le Christ de son rapport à l'Ancien Testament, c'est donc le détacher de ses racines et vider son mystère de tout sens. En effet, pour être significative, l'incarnation a eu besoin de s'enraciner dans des siècles de préparation. Autrement, le Christ aurait été comme un météore tombé accidentellement sur terre et privé de tout lien avec l'histoire des hommes. L'Église a vu les Écritures juives comme Parole de Dieu éternellement valable, adressée à elle-même comme aux enfants d'Israël. Cependant, ce qui se vérifie le plus fréquemment, c'est l'ignorance des profonds rapports qui lient le Nouveau Testament à l'Ancien, ignorance d'où découle chez certains l'impression que les chrétiens n'ont rien en commun avec les juifs".

Madame Salzmann qui me logeait 89, boulevard du Montparnasse du temps où j'étais Pensionnaire de la Comédie Française, de 1957 à 1967, Madame Salzmann était juive et me tint lieu de mère adoptive à Paris. Madame Salzmann ne cessait de s'étonner de cet extraordinaire élan qui me propulsait auprès de disait de moi : "Ce Tisot m'étonne sans cesse : il est plus juif que les juifs". Mais c'est lorsque ma grand-mère me rejoignait à Paris que le problème juif éclata au grand jour et qu'il atteignit je puis le dire à son paroxisme. Madame Salzmann avait une véritable passion pour ma grand-mère qui la faisait rire au-delà du permis. Quand il était question de sa venue, je m'enquérais auprès d'elle : "A votre avis Madame Salzmann où pourrais-je louer une chambre pour ma grand-mère ? Dans quel hôtel pas trop éloigné d'ici". La réponse ne se faisait pas attendre. Madame Salzmann s'exclamait : "Mais vous êtes fou, vous n'allez pas mettre votre grand-mère à l'hôtel. On va lui aménager un petit lit de camp et on la garde avec nous. Elle me fait tellement rire, ça vaut bien ça". Ma grand-mère était très reconnaissante à Madame Salzmann de l'héberger et souvent elle me confiait : "Ce qu'elle est brave cette Madame Salzmann. Rappelle-toi d'une que tu es bien tombé avec elle et Madame Marcelle sa dame de compagnie. Elles te gâtent. Comme là, entre nous, tu lui payes un loyer, mais elle n'est pas obligée de loger ta grand-mère. Non, il faut reconnaître ce qui est, elle est juive mais elle est brave ! "Madame Salzmann de son côté faisant également l'éloge de ma grand-mère, rétablissant ainsi l'équilibre : "Votre grand'mère est sensationnelle ! Elle n'est pas juive mais elle est formidable ! " Aussi, parfois, la conversation roulait sur le problème juif. Nous étions installés dans le grand salon de Madame Salzmann et ma grand-mère, avec un air de troisième couteau comme si elle devisait à propos de quelque chose qui ne pouvait pas être entendu par toutes les oreilles, ma grand-mère se lançait avec circonspection : "Dites Madame Sazmane (à cause de son accent méridional, elle avait des difficultés pour prononcer correctement le nom de Salzmann), d'après ce que m'a dit mon petit-fils, vous êtes… vous êtes juive quoi ! Ben mon Dieu, il en faut. Il faut de tout pour faire un monde. Mais au point de vue religion, vous croyez en quoi alors ? » Et Madame Salzmann se jetait à l'eau défendant le judaïsme qu'elle apparentait à juste titre au christianisme : "Mais écoutez, on croit strictement à la même chose que vous. Moïse a dit "Aime ton prochain comme toi-même" - Jésus a dit "Aimez-vous les uns les autres !" Mais c'est pareil, strictement pareil". Et puis, elle jetait la bombe par laquelle allait arriver le scandale. Elle concluait avec une évidence adéquate : "Mais d'ailleurs, Jésus est juif". Là, ma grand-mère tombait des nues, ça lui en bouchait un tel coin, qu'elle demeurait un moment la bouche légèrement entr'ouverte et l'oeil dans le vague. Puis, elle se reprenait et avec beaucoup de calme et de douceur, comme si elle ne voulait pas contrarier Madame Salzmann autant qu'elle était contrariée elle-même, et sur un ton qui en disait long sur le peu de crédibilité qu'elle accordait à ce qu'on venait de lui dire, elle balbutiait, bégayait, puis au final se reprenait : "Ah oui… Jésus est juif ? Ah bon ? Alors il est juif ? Mais depuis quand ? Enfin, je veux dire… Enfin quoi, il est juif quoi ? " Et finalement, elle avalait le morceau assez facilement tout compte fait. C'était une Eucharistie qui restait un peu en travers de sa gorge mais en faisant effort, ça passait et elle admettait avec logique : "Eh bé, qu'est-ce que vous voulez, qu'est-ce qu'on peut y faire ? S'il est juif, peuchère c'est pas de sa faute. On choisit pas. S'il est juif, tant pis ! il l'a pas fait exprès le pauvre". Moi, je me sentais un peu en porte à faux et voulant conclure, je mettais sans le vouloir le feu aux poudres : "Tu sais Mémé, Jésus, il est juif, tout simplement parce que sa mère est juive. Marie est juive ! " Ah ! alors là ! Jésus passe encore, mais Marie, la mère de Jésus, non ! il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Mémé se levait de sa chaise, presque en larmes et rejoignait Madame Marcelle à la cuisine et tout fort pour qu'on l'entende, l'interpellait : "Madame Marcelle, vous le saviez, vous, que Jésus était juif ? Non ? Eh bé je vous l'apprends. Mais le comble de tout c'est qu'il paraît que la Vierge Marie est juive aussi ? Ah non ça c'est le bouquet ! " Madame Marcelle ne se laissait pas démonter pour autant et stoïque concluait pour bien montrer qu'on ne pouvait plus s'étonner de rien : "Vous savez de nos jours, ils compliquent tout ! " Mais Mémé ne s'en tenait pas là et sa colère rentrée finissait par déborder par sa bouche dans ses paroles, et tout en se montant toute seule, elle regagnait la pièce où était installé son lit de camp et psalmodiait tout en se parlant à elle-même : "Ah non… j'aurais tout entendu, tout subi dans la vie : la Vierge Marie juive, hé bé, si on m'avait dit qu'il faudrait un jour entendre ça et de la bouche de mon petit-fils, oh ! non, des cris ! ! ! D'ailleurs avec mon petit-fils si on l'écoute, tout le monde est juif : Jésus, Marie, Joseph, les apôtres, saint Pierre et saint Paul. Et Marie-Madeleine, elle ne serait pas juive par dessus le marché, parce qu'alors là, ce serait le bouquet, il n'y aurait plus qu'à tirer le rideau ! Moi, si ça continue, je ne vais pas supporter d'entendre des balivernes pareilles. Si ça continue, je retourne à Toulon vite fait". Et elle claquait la porte de la chambre pendant que Madame Salzmann tout en riant sous cape n'en pensait pas moins. Entre deux rires à moitié réprimés, elle me confiait charitablement, chrétiennement dirais-je : "Écoutez Tisot, arrêtez, c'est toute une éducation vous comprenez. Vous risquez de rendre votre grand-mère folle avec toutes ces histoires. On ne peut pas revenir en cinq minutes sur des siècles de… de… " Je répondais pour elle : "D'idées reçues ! "

Le pape Jean-Paul II, dans l'indifférence totale du clergé français à pourtant mis les points sur les i le 11 avril 1997 devant la Commission Biblique Pontificale. Sa déclaration est frappée au coin du bon sens, du bon sang du Christ serais-je tenté de dire : "Vous êtes appelés à aider les chrétiens à bien comprendre leur identité. Une identité qui se définit avant tout par la foi au Christ, fils de Dieu. Mais cette foi est inséparable du rapport à l'Ancien Testament, du moment que c'est une foi dans le Christ "mort pour nos péchés", selon les Écritures, et "ressuscité… selon les Écritures" (Co 15, 3-4). Le chrétien doit savoir que, par son adhésion au Christ, il est devenu "descendance d'Abraham" (Ga 3,29) et qu'il a été greffé sur le bon olivier (cf.Rm 11,17-24), c'est-à-dire inséré dans le peuple d'Israël pour être "participant de la racine et de la lymphe de l'olivier" (Rm 11, 17). S'il possède cette forte conviction, il ne pourra plus accepter que les juifs en tant que juifs soient méprisés ou, pire, maltraités. […] Des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop souvent circulé engendrant des sentiments d'hostilité à l'égard de ce peuple. Ils ont contribué à assoupir bien des consciences ; de sorte que, sans faire de particularisme, à côté de chrétiens qui ont tout fait pour sauver les persécutés jusqu'au péril de leur vie, la résistance spirituelle de beaucoup n'a pas été celle que l'humanité était en droit d'attendre de la part de disciples du Christ". Non, on ne peut rien saisir sans l'apport et le rapport avec le Premier Testament. Pour preuve, LA MULTIPLICATION DES PAINS des Évangiles dont les symboles n'auraient plus aucun sens sans le rapport, l'allusion au Premier Testament : 5 PAINS - 2 POISSONS.

En réalité, ma conviction profonde est que la clef de toute connaissance réside dans le fait qu'une chose faisant allusion à une autre chose ouvre grande la porte du mystère. C'est ainsi qu'un jour, j'ai compris que toute connaissance s'établit par les liens que les choses ont entre elles et c'est ainsi que j'ai découvert que le buisson épineux dans le désert au milieu duquel Dieu se manifeste à Moïse au milieu des flammes, était en lien direct avec la couronne d'épines qui enserre la tête du Christ sur la croix. Paul Ricoeur, le grand philosophe protestant a écrit dans la préface qu'il a consacré à un de mes ouvrages : "Permettez-moi, cher Henri Tisot, d'extraire de votre ouvrage, une "allusion" qui donne à chercher : c'est le rapprochement que vous faites entre les épines du buisson ardent de Moïse et les épines de la couronne du Christ humilié. Ces épines joignent le Premier et le Deuxième Testament ; elles disent aussi le caractère "épineux" du chemin de la suivance du Christ". En réalité, j'affirme avec certitude, que le judaïsme est en vérité LE DICTIONNAIRE du christianisme.
On ne peut rien comprendre en profondeur du christianisme sans que soit établi le rapport avec le judaïsme. Le jeudi 19 août 2005, Benoît X VI l'a confirmé se référant aux racines juives du christianisme et s'appuyant sur une déclaration de Jean-Paul II, son vénéré prédécesseur. Benoît XVI a déclaré dans la synagogue de Cologne lors des JMJ : "Qui rencontre Jésus-Christ rencontre le judaïsme" (La Documentation catholique 77[1980], p.1148). Alors, la grande question que je pose à tous les chrétiens, moi qui, un peu prétentieusement mais avec humour néanmoins, me présente comme étant le goï le plus juif du monde, la grande question que je pose en conscience aux chrétiens : Peut-on être véritablement chrétien sans se "NATURALISER" juif ?
Je souhaite citer enfin cette phrase de Robert Cohen-Tanugi dans le journal Le Lien-Diaspora, phrase qui m'enchante parce qu'en butte à la mondialisation. Cette phrase me semble désigner le judaïsme comme étant le dernier rempart à la débâcle finale : "Les civilisations ont toutes tenté de faire disparaître le judaïsme parce que rebelle à l'assimilation et donc témoin d'une limite infranchissable à une uniformisation". Nous devons nous ingénier à ne pas être solubles comme me l'a dit mon ami Roger Hanin. Il s'agit de notre survie.

Origène nous morigène …
J'ai fait ce jeu de mot un peu facile pour faire comprendre qu'Origène nous invite à approfondir les Écritures et faire la différence entre ceux qui en sont capables et d'autres pas. Origène a probablement rédigé ses commentaires entre 244 et 249 au cours desquels il développe l'idée que "les simples ne savent pas s'élever au-dessus du sens littéral de l'Écriture. Par paresse ou incapacité, ils ne voient pas le sens caché. Et c'est pour eux et contre eux qu'Origène écrit et réagit par sa méthode exégétique. Car il ne s'agit pas de "se contenter" d'une lecture superficielle des Écritures, de s'en tenir aux "événements racontés". Il faut aller plus loin, dégager de ces événements leur sens spirituel, savoir en particulier tirer des leçons de vie de tel ou tel texte évangélique. Dans ces conditions peut-on parler de mépris, chez Origène, à l'égard des simples ?... Rappelons-nous que Jésus nous a obligés à monter sur la barque, parce qu'il veut que nous le précédions sur le rivage d'en face". Ce rivage d'en face n'est-ce pas la face cachée des Écritures ? Jésus marche sur l'eau, Il a puissance sur terre et sur mer, autant dire sur le matériel comme sur le spirituel. Simon-Pierre tente de Le suivre sur les vagues et coule. Jésus lui dit : "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? " (Matthieu XIV, 31). Le Christ est là pour nous sauver mais n'oublions pas que pour le Christ, ce n'est pas la Loi qui prévaut. Il dit un nombre de fois incalculable : "Va, ta foi t'a sauvé ! " Il ne dit jamais : "La Loi t'a sauvé ! ", bien qu'Il stipule : "N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : Je ne suis pas venu l'abolir, mais l'accomplir" (Matthieu V, 17). André Frossard m'a dit : "Il y a la loi, à partir de laquelle tout est particulier" La terrible question que je suis à présent amené à poser : nous considérons-nous comme faisant partie intégrante des disciples du Christ, ou bien sommes-nous noyés parmi les foules de tous ceux qui suivent Jésus ? Vous seuls pouvez répondre à cette question qui n'entame en rien l'amour que vous portez au Seigneur. Mais pour l'aimer, ne convient-il pas d'approfondir ses paroles, ses actes consignés dans les Évangiles ? Mais les chrétiens lisent-ils assidûment les Évangiles ?

Origène, l'éminent exégète qui vivait au troisième siècle de notre ère a développé vers l'an 250, la dichotomie entre foules et disciples : "Il avait une sorte de vision pyramidale de l'humanité. À la base de cette humanité on pouvait placer la masse juive ou païenne, indifférente sinon hostile, mais aimée par Jésus qui veut l'éclairer et la sauver ; puis nous trouvons la foule, ou plus exactement les foules qui entendent la prédication du Maître : c'est la masse des croyants, attachée à Jésus qu'elle regarde comme un prophète. D'ailleurs, il y a des différences entre les foules : celle de la seconde multiplication des pains est supérieure à celle de la première ; ou si l'on préfère, c'est la même, mais elle a progressé. À l'étage supérieur, se trouvent les disciples, qui accompagnent le Maître dans la plupart de ses déplacements et entendent son enseignement de façon plus constante. Puis, "parmi ceux à qui il a été donné de faire route avec Jésus et de voir sa maison, l'homme supérieur devient en outre apôtre" comme André et Jean qui ont suivi Jésus, vu sa maison et passé le reste du jour avec lui. Il y a ensuite les trois Apôtres privilégiés qui assistent à la résurrection de la fille de Jaïre et gravissent la montagne de la Transfiguration, parmi lesquels Pierre apparaît enfin comme celui qui a réussi à approcher de Jésus mieux que tout autre, qui bénéficie d'une connaissance extraordinaire du mystère, puisque "ce n'est pas la chair et le sang, mais le Père qui le lui a révélé". Souvenez-vous de ce passage de Matthieu XVI,16 où Jésus demande : "Au dire des gens, qu'est le Fils de l'homme ?" Ils dirent : Pour les uns, il est Jean-Baptiste ; pour d'autres, Elie ; pour d'autres encore, Jérémie ou quelqu'un des prophètes" - "Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ?" Prenant alors la parole Simon-Pierre répondit : "Tu es le Christ (mot grec qui désigne en hébreu le Messie), le Fils du Dieu vivant". (Christ est la traduction grecque du mot hébreu "Machiar-Messie", à savoir l'Oint, Celui qui a reçu l'onction). En réponse, Jésus lui déclara : "Tu es heureux Simon, fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi, je te le dis : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux : quoi que tu lies sur terre, ce sera tenu dans les Cieux pour lié, et quoique tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les Cieux pour délié". Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ". "Rabbi où demeures-tu ? " est-il demandé à Jésus qui répond : "Venez et voyez". Mais tous ne sont pas conviés à suivre Jésus jusque dans sa maison qui, entre parenthèses, désignait au temps du Christ le Temple de Jérusalem qui sera définitivement détruit par les Romains en 70 de notre ère. Certains seront conviés à monter avec Lui dans la barque sur le lac de Tibériade, d'autres à s'étendre sur l'herbe lors de la multiplication des pains, d'autres Le côtoyer au bord de la mer, d'autres encore à passer sur l'autre rive. Enfin certains, ont la grâce suprême de se joindre à Lui en gravissant la montagne où va avoir lieu la transfiguration, ou bien encore au mont des Oliviers, jusqu'à ceux qui l'accompagneront au pied de la croix. À chacun sa grâce ou son épreuve.

Pour ma part, les questions m'assaillent. Un de mes amis, Jean-Pierre Snyers pose une lancinante question : "Si Dieu existe, pourquoi le mal ? - Si Dieu n'existe pas, pourquoi le bien ? " D'Ormesson donne une réponse qui nous cloue le bec quand il dit : "Il n'y a rien de plus important que Dieu, qu'Il existe ou qu'il n'existe pas". Seuls les Textes sacrés du Premier comme du Nouveau Testament nous conforteront dans toutes les apories suscitées par nos questionnements.

 

Le passage de la mer des roseaux (Rouge)

Il faut savoir qu'en matière biblique, chaque mot de l'Écriture cache un mystère. Dieu dit à Moïse : "Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude" (Exode 20,2). Il est évident que si on lit la Bible disons au premier abord, elle ne vous révélera que ce qui saute aux yeux au premier abord. Mais si on approfondit et qu'on apprend que le mot "Égypte" par exemple, se dit "mitsraïm" en hébreu et signifie "étroitesse" en même temps qu'il désigne l'Égypte, alors on saisira que l'Éternel veuille les mettre au large dans le désert hors de l'Égypte et de son étroitesse. Sous la houlette de Moïse, ils gagnent le désert, en hébreu "midbar", mot qui vient du verbe "médaber-parler", et qui a aussi pour sens "parole -midbar- ce qui est de la parole". Le peuple juif s'enfuit donc de l'étroitesse de l'Égypte contraignante pour gagner les vastes étendues du désert et entrent ainsi dans le vaste domaine de la parole. Le peuple tout entier gagnera la mer des Roseaux, en hébreu "souf", mot qui désigne les roseaux du bord de l'eau, mais "souf" a aussi pour sens "limite". Les roseaux marquent la frontière entre terre et eau. C'est ainsi que, dépassant les roseaux et donc la limite extrême de la terre ferme, la mer s'ouvrira pour eux afin qu'ils s'engouffrent là où il n'y a plus de roseaux et donc plus de limite. C'est l' "eïn sof" magnifié par les kabbalistes, littéralement "plus de roseau - plus de limite", c'està-dire "l'infini". Ils laissent derrière eux la terre, le désert et l'Égypte et s'évadent de l'étroitesse pour gagner l'infini qui les accueille.
On pourrait se demander si ce célèbre épisode ne fait pas allusion à la naissance non seulement d'un peuple mais plus simplement à l'image de la naissance de l'être humain, les eaux matricielles libérant le nouveau né de l'étroitesse du ventre maternel pour l'offrir à la vie qui le projette dans l'infini. Pour ma part, j'espère vous avoir aidés à vous libérer des idées reçues qui sont des idées étroites et vous avoir incité à approfondir les choses de notre si belle religion chrétienne, sans omettre jamais l'idée développée par le philosophe Robert Veyne : "L'historien est celui qui se méfie de ce qui va de soi". L'exégète également s'il veut approcher le Mystère. Notre pape Benoît XVI, à qui on demandait ce qu'il voudrait transmettre aux jeunes, avait répondu sur Radio Vatican : "Je voudrais leur faire comprendre que c'est beau d'être chrétien !" C'est cette sorte de voyage interplanétaire que je vous ai invité à faire avec moi dans les parcelles cosmiques d'infini que recèlent les mots de la Bible.
Pour les juifs, c'est Moïse qui conduit la nacelle interplanétaire qui nous aide à laisser notre monde derrière, dessous, pour les chrétiens c'est Jésus et pour les musulmans, c'est le prophète Mohammed, béni soit il. On aborde l'infini dès l'instant où l'on accompagne des hommes qui le fréquentent. On s'élève, on s'envole avec eux.

Tout en ayant l'humilité de ne jamais me prendre pour le général de Gaulle, j'ai fini par épouser nombre de ses idées et tout particulièrement "la certaine idée" presque religieuse qu'il se faisait de la France : "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire ainsi que la raison. Ce qu'il y a en moi d'affectif, imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la Madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée imminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque pourtant ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n'est réellement elle-même qu'au premier rang ; que, seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur".

Je conclurai en soulignant que Simone Signoret a saisi beaucoup de choses, elle qui avoue, au tout début de son livre La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (Éditions du Seuil) : "Ce ne sont pas mes souvenirs qui ne m'appartiennent pas, c'est ma vie ! Je considère que l'on est que par les autres, et à partir du moment où on se raconte, on raconte les autres. Même les options qu'on peut prendre dans la vie sont toujours dues à quelqu'un d'autre, à une rencontre ou au fait qu'on veut être à la hauteur de l'opinion de quelques uns. Pas beaucoup, en fait. Je sais très bien que ce que j'appelle "ma conscience", c'est le regard de cinq ou six personnes. Pas nécessairement des gens que je vois souvent. Des gens qui ne savent pas du tout qu'ils sont ma conscience. Moi, je sais qu'ils me surveillent". Ce "moi, je sais qu'ils me surveillent" me va droit au coeur. Tous ceux qui habitent notre conscience - "Nous abritons tant de gens" a dit Claire Lalou - peut-être que ceux "qui nous surveillent", "veillent sur nous" en même temps. Pour bien faire saisir que l'on ne sait que grâce aux autres, le rabbin Josy Eisenberg a déclaré que "toute connaissance est référentielle". Jésus a ordonné à Simon-Pierre et à André son frère, ainsi qu'à Jacques et Jean, les fils de Zébédée : "Venez derrière moi et je vous ferai pêcheurs d'hommes" (Matthieu IV-19).
J'espère pour ma part avoir rempli, parmi vous ce soir, cet office sacré de pêcheur d'hommes et de femmes dont l'ambition est d'être les convoyeurs de fonds de l'héritage de Notre Seigneur Jésus-Christ.
AMEN.

"Quand on ne reconnaît plus les siens, c'est qu'on n'est plus des leurs. " (Louis Pauwels)
Oui, tous les Français ne ressentent pas obligatoirement l'urgence de demeurer français.
Aussi, c'est le corps en décomposition de notre pays que nous avons bien failli mettre en terre à la date fatidique du référendum du 29 mai 2005 lequel demandait aux Français de voter "oui" à la nouvelle Constitution européenne sur les conseils délétères du Président de la République d'alors, Jacques Chirac. La nouvelle Constitution avait en vue de déléguer les pouvoirs souverains acquis au fil des siècles par la France, pour les transmettre à l'Europe ou à ce que l'on appelle l'Europe qui n'est jamais, pour l'heure, qu'un tripot qui participe à la gabegie.
On était bien loin de " la certaine idée de la France" !

Lors du référendum sur la Constitution européenne, pauvres de nous, nous faisions figure du dernier carré et tandis que nous avions en bouche, prêt à le hurler, le mot de Cambronne, nous avions conscience qu'on devait lui accoler le seul mot qui était encore susceptible d'être véritablement français : le mot "non". Le philosophe Michel Onfray suggéra à l'occasion de ce référendum de poser aux Français la seule question valable parce que terriblement explicite : "Voulez-vous que ça continue comme ça ?" Cette question est toujours d'actualité, hélas !
Je n'oublierai pas non plus la honteuse déclaration, à mes yeux, de Jorge Semprun que je respecte pour son passé de déporté et qui osa soutenir que l'augmentation du coût de la vie en France depuis le passage à l'euro n'avait rien à voir avec l'Europe, de même que les délocalisations dont tant d'ouvrières et d'ouvriers ont a subir les effets nocifs et qui, à ses yeux, n'étaient en rien causées par l'Europe. Je lui aurait volontiers répliqué - je le fais ici - que ce qu'il soutenait était aussi inepte que si on lui disait qu'Hitler n'était pour rien dans la déportation des juifs et les chambres à gaz.
Qu'avait donc à voir l'Europe qui se préparait à nous engloutir et à nous déglutir, avec celle que préconisait le général de Gaulle qui l'avait en quelque sorte définie par ces quelques mots, fort à propos, lors de sa conférence de presse du 15 mai 1962 : "Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l'Europe, dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n'auraient pas beaucoup servi l'Europe s'ils avaient été des apatrides et qu'ils avaient écrit en quelque espéranto ou volapuk intégré."
Il est évident que le général de Gaulle était tout autant que le ministre anglais Kenneth Clark "pour les états d'Europe unis et pas pour les Etats-Unis d'Europe". Le Général était pour une confédération, c'est-à-dire pour l'association de plusieurs états qui gardent leur souveraineté.

Le 29 mai 2005 et 3 jours plus tard, les Pays-Bas rejetèrent également la Constitution. Les Français ont donc dit "non" à ces quelques lignes qui demeurent toujours dans le "traité simplifié" : "Article I-6 : Le droit de l'Union. La Constitution et le droit adopté par les institutions de l'Union dans l'exercice des compétences qui sont attribuées à celle-ci, priment le droit des Etats membres. "
Selon Boileau , "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément", ce qui est loin d'être le cas en ce qui concerne l'article I-6. A cette occasion, je rappelle que pour être fidèle à Beaumarchais, "il faut s'empresser de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer". C'est pourquoi je signale que lors d'une conférence donnée à Louveciennes, le Président Valéry Giscard d'Estaing signalait avec sa diction bien connue : "Je fais remarquer que nous avons choisi un papier fin pour imprimer ce texte afin de le rendre plus court".

Mais voilà que Zorro est arrivé en la personne du Président Sarkozy. Que l'on ne pense surtout pas que je vais me mettre à hurler avec les loups, car quitte à me tromper - l'avenir le dira - ayant voté pour lui, je considère que je dois lui donner toute ma confiance bien que je ne sois pas d'accord avec le fait qu'il ait fait adopter le Traité dit simplifié et qui ne l'est pas. Mais rien ne m'empêche de prophétiser et on verra à l'usage si j'ai vu clair ou pas : je pense que le Président Sarkozy, tôt ou tard, ruera dans les brancards de l'Europe et prendra la magnifique décision d'imprimer à l'Europe ses desiderata qui seront ceux de la France et pas obligatoirement ceux de l'Europe. La fédération s'inclinera devant le principe de la confédération. Vous verrez ! 

Oui à l'Europe mais pas celle-là. On ne connaît rien de la situation de nos voisins immédiats, alors que pouvons nous saisir des pays faisant partie de l'Union européenne qui se trouvent aux antipodes. Tout cela est totalement illogique. Toujours est-il que le clonage de tous les pays d'Europe depuis Maastricht est en marche et il atteindra dès lors son paroxysme à la suite de l'approbation par le Parlement réuni en Congrès le lundi 4 février 2008 à Versailles du projet de loi de révision constitutionnelle préalable nécessaire à la ratification du traité par 560 voix contre 181 et 152 absentions. Il me parait bon de se souvenir que les 181 parlementaires qui n'ont pas fait fi du "non" du peuple français lors du Référendum du 29 mai 2005 sont presque tous de gauche : 121 députés et sénateurs PS, 44 députés et sénateurs PCF, et seulement 5 députés et sénateurs UMP. Où sont donc passés les gaullistes ?
Le traité dit simplifié, a donc la possibilité d'être adopté suite au vote de Versailles, grâce à 560 "oui" contre les 16 millions de "non" du référendum du 29 mai 2005 (sic). Le projet de loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne devient donc effective le 14 février avec sa publication au journal officiel portant la signature de Nicolas Sarkozy et selon l'article 52 de la Constitution française ou plutôt ce qu'il en reste. Le traité entrera en vigueur en 2009, reste à mettre en place une nouvelle réforme constitutionnelle. Voilà, le tour est joué ! 

C'est donc la victoire des Etats-Unis d'Amérique qui instillent de longue date ce clonage aux nations de la planète entière. Ils épandent leur drogue mortifère, à savoir la mondialisation et la globalisation qui se repaissent toutes deux des individualités qu’elles ont en horreur. Telles les trous noirs dans l'univers, elles mangent tout ce qui éclaire. "L'Amérique est devenue aujourd'hui une entreprise d'hégémonie mondiale" confiait le Général à Alain Peyrefitte : "Notre politique, Peyrefitte, je vous demande de bien le faire ressortir : c'est de réaliser l'union de l'Europe. Mais quelle Europe ? Si elle n'est pas l'Europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques plus ou moins intégrés, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir. L'Europe dite intégrée se dissoudrait comme du sucre dans le café. C'est en réalité l'Europe des Américains, l'Europe des multinationales. Une Europe qui, dans son économie et davantage encore dans sa défense et dans sa politique, serait placée sous une inexorable hégémonie américaine. Une Europe où chaque pays européen, à commencer par le nôtre, perdrait son âme. Comment voulez-vous qu'on aille toujours plus loin vers l'enrichissement des riches et l'appauvrissement des pauvres ? Et qui est mieux placé que la France pour faire entendre la voix de ceux qui n'ont pas de voix ? Les peuples, ça existe et ça résiste. Ce sont les gouvernements qui n'existent pas quand ils sont à la merci de leurs partis, de leurs comités et de leurs Parlements. Je veux que l'urope soit européenne, c'est à dire qu'elle ne soit pas américaine".

Fort heureusement la mondialisation n'a pas que des adeptes. Comme j'ai eu le culot de le lui dire dans une de mes missives, Brigitte Bardot que je vénère, fait partie des femmes qui ont des c... afin de pallier au manque de celles de nombreux hommes. Elle s'insurge comme moi : "L'uniformité de cette mondialisation détruit, jour après jour, l'empreinte, le patrimoine, que des siècles de traditions différentes avaient apporté pour chacune des civilisations. Il n'y a plus de dépaysement, de couleur locale, d'architecture différente, d'us et coutumes à découvrir, de costumes provinciaux ou nationaux. Buildings et jeans sont devenus les deux emblèmes d'une banalisation mondialiste. Quel malheur ! "(Un cri dans le silence, Editions du Rocher).
Il faut bien dire que la plupart de événements dont nous avons à souffrir viennent en majeure partie de ce pays qui a pour nom "América", et il faut avouer que la source de tous les maux modernes est bien souvent américaine. Même s'ils nous ont libérés, cela ne leur octroie pas tous les droits. Merci de nous avoir libérés certes, mais est-ce une raison pour nous digérer ? Certes, gardons-nous de tout anti-communisme primaire comme de tout anti-américanisme du même acabit, mais il faut bien admettre que, comme le déclarait le révolutionnaire italien Gramsci : "L'ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, dans ce clair-obscur surgissent les monstres".
Je me sens totalement habité, hanté par ces mots que le général de Gaulle a un jour confié à un de ses affidés les plus sûrs, Jacques Foccart qui s'est consacré aux Affaires africaines et malgaches : "En réalité, ce peuple français meurt et se laisse mourir. Il a eu quelques sursauts. Et toujours et sans arrêt reviennent les adversaires qui disloquent tout cela. C'est un pays qui se dissout, je n'y peux rien. Comment voulez-vous lutter pour un pays qui est en train de se dissoudre, de s'en aller, de s'abandonner ? On ne peut pas tenir un pays malgré lui. On ne peut pas l'empêcher de se dissoudre malgré sa volonté, ce n'est pas possible. (…) (Jacques Foccard, "Le Général en mai" - Journal de l'Elysée - 1968-1969, Editions Fayard - Jeune Afrique). 

Peut-être faudra t-il en arriver un jour à cette solution extrême préconisée par Bertolt Brecht : "Puisque le peuple a tort, il faut dissoudre le peuple ! "Brecht disait-il cela pour rire ? Rien n'est moins sûr. Quant à Voltaire, il soutenait : "Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas instruit" - Lettre à Damilaville, 1766. D'ailleurs, la question ne se pose pas car le peuple n'a pas le temps de s'instruire. Et si le peuple était instruit, il a été dit qu'il ne serait plus le peuple.
Il n’y a plus qu'à espérer que l'Irlande dont la Constitution contraint le gouvernement à procéder par référendum, vote "non" lors de la consultation qui devrait avoir lieu probablement en mai 2009. Il serait plaisant qu'à cette occasion l'Irlande juge bon de s'approprier ce concept  d'Anatole France: "je n'ai pas besoin de faire partie du troupeau pour être rassuré ! "
On pourrait alors s'interroger et se demander si l'ombre inoubliable du général de Gaulle entreprenant sa marche sur les dunes irlandaises après avoir quitté le pouvoir en mai 1969, n'aurait pas imprimé sa trace indélébile dans l'esprit des Irlandais moins oublieux que les Français. Le sable irlandais est soumis bien sûr au vent qui souffle et qui efface tout, mais il est pourtant des vents de doctrines qui en s'incrustant peuvent influencer les référendums au point de les métamorphoser en mémorandums. N'est-ce pas souhaitable ?

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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