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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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Quand Lourdes fait foi

Publié dans A tout un chacun
Quand Lourdes fait foi
 
Lourdes, tout simplement. Ce titre sans fioritures indique l’esprit dans lequel
Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont tourné leur documentaire sur les pèlerins de la cité mariale : la simplicité, la justesse. Ils en ont fait une œuvre d’une audacieuse beauté qui s’immerge, au sens littéral, dans le mystère humain de souffrance et de consolation déployé aux pieds de la Vierge, à la saison des pèlerinages. Des préparatifs du départ aux au revoir de la fin, les réalisateurs entretissent le cours de quelques vies singulières, de malades et d’hospitaliers, prises dans le grand flux vivant des processions, des offices, des brancardages vers les piscines, des soirées en ville, des campements de Gitans.
Et la mise en scène, parfois large et tonique, se fait douce comme une caresse pour approcher un corps douloureux, recueillir le murmure d’une prière. On revient de Lourdes les yeux et le cœur lavés. S’il n’y a pas de miracle, il y a la grâce, que les cinéastes ont su rendre sensible. Ni l’un ni l’autre ne sont croyants, pourtant. Alban Teurlay vient d’un milieu athée, "ce qui m’a donné une certaine fraîcheur: j’ignorais tout du cérémonial" ; Thierry Demaizière, élevé chez les jésuites, se dit agnostique : "Je crois à la force de l’esprit. Certains ont apprécié qu’on ne soit pas croyants, pour se libérer des discours que les cathos ont entre eux. Nous voulions des histoires assez universelles qui relèvent plus de l’anthropologie que de la foi. Nos copains athées nous ont dit : “C’est un film sur la condition humaine et sur les invisibles.”
 
"Aller au plus juste"
Dans leur tandem, Thierry Demaizière, journaliste, se qualifie comme «l’oreille» et Alban Teurlai, qui vient du montage, comme «l’œil». Depuis une quinzaine d’années qu’ils travaillent ensemble,
ils ont signé de nombreux portraits, de Karl Lagerfeld, Fabrice Luchini ou Vincent Lindon à Rocco Siffredi, la star du porno. Quel genre de portraitistes sont-ils? «Nous cherchons à aller au plus juste, au plus près, dit Thierry Demaizière. Et s’il y a une chose qu’on aime bien, c’est prendre des sujets sur lesquels il y a beaucoup d’a priori et d’idées toutes faites, pour changer le regard.» À cet égard, Lourdes était un excellent sujet.
"Lourdes est souvent traité à la télévision par le côté commercial, dans des reportages pas toujours soignés, observe Alban Teurlai. Il y a une sorte de condescendance : Lourdes, c’est la foi du charbonnier. Nous voulions apporter un souffle de cinéma, et aller au cœur. Comme on s’approchait de gens abîmés, il fallait mettre de la beauté. Il y a de la beauté par exemple dans ces multiples mains, vieilles ou jeunes, qui touchent la roche. Elles expriment à la fois un rapport au sacré et quelque chose de sensuel."

Avec eux, le folklore est tout de suite dépassé. Ils sont allés chercher des gens "qui étaient là pour de bonnes raisons". Et très vite la question du miracle a été oubliée. Très peu pensent qu’ils vont "repartir en courant". Seuls les Gitans sont des familiers du miracle, avec leur foi au goût de merveilleux. "Ils formulent quelque chose de particulier, dit Alban Teurlai. À Lourdes, ils retrouvent les bras maternels. “Je suis pris d’une envie de dormir, comme un enfant bercé dans les bras de sa mère”, dit l’un d’eux. La Vierge est vraiment pour eux la mère universelle, accessible même à ceux que le Christ intimide."
 
"S’attarder sur un détail"

Tous les pèlerins trouvent ici non la guérison, mais le réconfort et l’apaisement
. "Ils viennent pour être chéris, dorlotés, choyés, explique Thierry Demaizière. C’est comme une semaine de vacances où ils peuvent oublier leurs épreuves. Même la maladresse des soignants leur est douce, elle crée un dialogue, une complicité. Et tous ces hospitaliers venus pour laver, habiller, soigner, c’est scotchant dans un monde individualiste."
Et c’est très incarné. Filmer les corps disgraciés avec tant de respect et de naturel, peu de cinéastes sauraient. "La pudeur est affaire de regard, dit Alban Teurlai. Et de distance. Au lieu de nous éloigner, nous nous rapprochons jusqu’au très gros plan. S’attarder sur un détail permet de rester concret, charnel, et d’éviter l’indiscrétion. Une partie du corps représente le tout, par métonymie."
Durant les huit mois de tournage - et il fallait avoir le regard vif, le geste prompt, car une seule prise était possible -, les cinéastes ont gardé un axe : "L’idée centrale nous est venue d’une parole de Bernadette, raconte Thierry Demaizière. Quand elle a raconté sa vision de la Vierge, elle a dit : “Elle m’a regardée comme une personne.” " Ce principe cinématographique très sûr a guidé les réalisateurs dans leurs rencontres. Ils n’ont ajouté aucun commentaire "off". Les scènes parlent d’elles-mêmes. Comme Jean-Louis, avec son charme ironique, incapable de parler. On lui demande au début ce que Lourdes lui apporte. Réponse écrite : "Pas grand-chose." Si la foi rend sa vie plus facile : "Non." Mais quand on le retrouve à la fin, il prononce pour ceux qui l’ont entouré : "Je vous aime beaucoup !" C’est ce sourire lumineux, cette légèreté retrouvée que transmet le film. "On n’approche pas la foi mais la plénitude", confient ses réalisateurs.

Paru dans Le Figaro, 8 mai 2019

Vis, meurs et deviens

Publié dans Au delà
Vis, meurs et deviens

Dans une société qui fait tout pour esquiver et flouter la mort, Jean-Luc Jeener la réhabilite. "La mort est faite pour tous. Elle est utile et même essentielle à tous", écrit-il dans un bref essai percutant et salutaire Pour en finir avec la mort. Il la pose devant nous comme, dans la tradition picturale des vanités, ces crânes offerts à la méditation. Est-ce là le dernier mot de notre destinée, la dernière image de notre humanité ?
Comme il est homme de théâtre, donc d'action et d'incarnation, il ne reste pas immobile devant cette sombre figure. Il l'aborde librement, dialogue avec elle, entre dans ses raisons, la provoque parfois, bref l'envisage et la dévisage sous ses plus diverses facettes : le suicide, l'euthanasie, la peine capitale, les grandes croyances, le transhumanisme, l'eschatologie... Il creuse ce paradoxe : d'un côté on passe son temps à fuir toute rencontre avec la mort. Rituels funéraires furtifs, hypertrophie des lois sécuritaires... De l'autre on la propage, on la publie, on revendique le droit de supprimer la vie. "Entre la mort considérée comme inacceptable et abominable, et la mort totalement banalisée, il y a à retrouver du sens et de l'intelligence. Remettre la mort à sa juste place." Comme "une chose grave et belle", qui accompagne la vie de sa basse continue, dans une harmonie mystérieuse.

Une plume flexible et sensible
"Pour que la mort soit source de vie, il faut qu'elle soit acceptée comme une évidence. Vivre chacun de ses jours comme s'il devait être le dernier devrait être une règle." Étonnamment peut-être, Jean-Luc Jeener donne en effet envie d'apprivoiser la mort, de s'en faire une amie. Il aime la liberté, la lucidité, la responsabilité. C'est ce qui rend sa plume si tonique, si flexible aussi, sensible à toutes les nuances de la crainte, de l'affliction, de l'espoir.
Commençons par bannir la peur, cette mauvaise comparse "plus destructrice que la mort" parce qu'elle fige les oppositions. La mort serait le contraire de la vie, point. Alors qu'elles ont partie liée tout au long de l'existence. On traverse des épreuves et des pertes qui sont des morts intimes, capables de rejaillir en vie. Mais, à l'inverse, on peut aussi, pour se préserver de la mort extérieure, se condamner à une mort intérieure, une vie sans souffle, sans risque, sans élan périlleux vers l'inconnu.
Qu'est-ce que ce fantasme d'immortalité qui hante la psyché contemporaine, cette prolongation indéfinie de la durée ? Est-ce vraiment ce que nous désirons ? Chrétien ardent, Jean-Luc Jeener montre un autre paysage, radicalement nouveau, la vie éternelle ancrée dans la vie terrestre. Comme celui qui s'est aventuré dans les taillis obscurs et a découvert une clairière éblouissante, il indique le passage aux amis.
Pour en finir avec la mort, de Jean-Luc Jeener, Éditions Atlande, 153 p., 15 eur.

Paru dans Le Figaro,7 mai 2019

La Section Anderson

Publié dans A tout un chacun
La section Anderson

Le très beau documentaire de Pierre Schoendoerffer, Oscar 1968, sort pour la premièrefois sur grand écran.

La Section Anderson de Pierre Schoendoerffer n'était jamais sorti en salle. En effet, le film a été réalisé dans le cadre de la célèbre émission Cinq Colonnes à la Une. Voici pour la première fois, en version restaurée, dans un beau noir et blanc, une oeuvre que certains considèrent comme un des plus grands reportages de guerre.
En 1966, Schoendoerffer revient au Vietnam, cette fois-ci en pleine guerre américaine. Pendant six semaines, il filme les soldats du lieutenant Anderson, à travers la jungle des hauts plateaux. La caméra se tient au milieu de ces très jeunes gens (beaucoup sont des appelés, à peine sortis de l'adolescence), marchant avec eux à la recherche d'un ennemi invisible, du rasage à la lecture du courrier (ou à celle de Playboy) et des soudaines échauffourées au va-et-vient des hélicoptères emportant les blessés. On connaît leurs noms et leurs visages, et les blues chantés par un des soldats accompagnent les volutes de fumée de leurs cigarettes. Ou bien les tubes diffusés à la radio : "These boots are made for walking..."
Il faut un grand talent pour arriver à ce récit extrêmement dépouillé, mais d'une intense humanité.

Paru dans Le Figaroscope, 27 mars 2019

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