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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

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Jean Rochefort, le charme ...

Publié dans A tout un chacun
Jean Rochefort, le charme d'un acteur gentleman
 
Élégance, flegme et humour discrètement déjanté, c'étaient les marques de cet acteur cavalier, tout comme son invariable moustache et son nez mousquetaire. "Mon père disait toujours que j'étais lent et tardif !, racontait Jean Rochefort. Ce n'est pas faux : je me suis mis à l'équitation à 30 ans, j'ai attendu la quarantaine pour être vraiment connu au cinéma, et j'ai réalisé mon premier long-métrage à 80 balais ! »
Il y a cependant une chose que Jean Rochefort a découverte assez tôt : son envie de devenir comédien. Il en rêvait vaguement dans son adolescence nantaise : "Dans ma jeunesse, j'étais timide et assez solitaire. Le dimanche après-midi, j'allais voir Gary Cooper et je me disais : c'est là-bas qu'il faut habiter. Derrière l'écran… "
À 18 ans, il revient à Paris, où il était né en 1930, et un spectacle d'Olivier Hussenot déclenche le passage à l'acte. Jean Rochefort entre au Conservatoire où il aura pour condisciples Philippe Noiret, Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo, Annie Girardot. Recalé, il est repêché par la compagnie Grenier-Hussenot. Sa véritable formation se fait là, dans des petits rôles où il se jugeait lui-même maladroit et excessif pour dissimuler sa maladresse : "Il me fallait toujours des fausses barbes, sinon j'étais terrorisé."
 
Dans le cinéma par la petite porte
Le vedettariat, il n'y songeait pas plus que les copains, même si Belmondo réussit une percée imprévue : "Aucun de nous ne pensait à la célébrité. On voulait être sur une scène, pour le plaisir de jouer, c'est tout. Le statut d'acteur a beaucoup changé par rapport à notre jeunesse. À l'époque, nous étions socialement des romanichels." Et professionnellement, des artisans rompus à la variété des compositions : "J'appartiens à une génération qui a été formée bien plus pour aller vers les rôles que pour les tirer à soi. J'étais “possible” pour une quantité de rôles, mais pas le comédien irremplaçable d'un rôle."
L'aisance vient avec le métier, qui le conduit au TNP puis à la rencontre avec Delphine Seyrig. Ils joueront sept pièces du répertoire anglo-saxon d'avant-garde, notamment de Harold Pinter. "Personne ne l'a supportée aussi longtemps ! osait-il. J'en suis fier… Et je l'adore ! " Là, il a failli se faire cataloguer acteur cérébral. "Humour corrosif, spleen de bon aloi, distinction et canaillerie, hypocrisie", résumait-il comme on fait l'article.
 
Parallèlement, dès la fin des années 1950, il s'est glissé dans le cinéma par la petite porte, sans trop se faire remarquer dans des seconds rôles tantôt alimentaires tantôt amicaux, pour tourner avec les copains. "Longtemps, j'ai méprisé le cinéma, expliquait-il. Je me considérais comme un acteur de théâtre, qui acceptait parfois un film avec une indifférence complète pour le sujet."
Atavisme d'un rejeton de famille bourgeoise et cultivée, pour qui le théâtre faisait partie des arts nobles, contrairement au cinéma. Il a un jour rapporté ce mot de son père : "D'accord pour le théâtre, mais n'entrez pas au cinéma, cette friponnerie !" On voit aussi de qui il pouvait tenir son langage châtié, dont l'emphase rendait encore plus drôles ses vannes truculentes. Il n'y avait que lui pour s'avouer casanier en disant : "J'ai le tourisme mesquin."
 
Passionné d'équitation
Deux excellents réalisateurs ont façonné son talent comique : Yves Robert et Philippe de Broca. Avec Yves Robert, qu'il a côtoyé quand il faisait l'acteur au cabaret de la Rose Rouge, Rochefort tourne Le Grand Blond avec une chaussure noire et Le Retour du grand blond, dont la vedette est Pierre Richard,Salut l'artiste ! et Un éléphant ça trompe énormément, avec Claude Brasseur, Guy Bedos et Victor Lanoux, gros succès de l'année 1976. Une sorte de Mes chers amis à la française, qui raconte les tribulations d'une bande de copains avec les femmes.
Avec Philippe de Broca, il tourne notamment le délicieux Le Diable par la queue, en 1968, et dix ans plus tard, en tête d'affiche, Le Cavaleur, un titre qui lui sied autant que celui de cavalier. Patrice Leconte prendra la relève dans les années 1980 pour tirer de Jean Rochefort de savoureux accords de dérision mélancolique dans Tandem ou Le Mari de la coiffeuse. C'est dans les années 1970 qu'il a pris sa véritable stature à l'écran. Bertrand Tavernier lui offre alors ses premiers rôles importants, aux côtés de Philippe Noiret, dans L'Horloger de Saint-Paul puis dans Que la fête commence… qui lui vaudra le César du meilleur second rôle, celui de l'abbé Dubois.
Peu après, il remporte le César du meilleur acteur pour sa composition grave et hantée du capitaine dans Le Crabe-Tambour, de Pierre Schoendoerffer. À la même époque, en 1973 et 1974, Jean Rochefort s'essaie à la réalisation avec quelques courts-métrages, dont un consacré à Dalio. Il ne reprendra la caméra qu'en 2009 pour tourner, avec Delphine Gleize, Cavaliers seuls, consacré à son maître écuyer, Marc Bertran de Balanda.
 
Il s'est pris de passion pour l'équitation à 30 ans, sur un tournage, et, avec Bertran de Balanda, il a vite rattrapé le temps perdu : "Il vous apprenait à sauter les yeux bandés et les mains attachées." C'est à cette période qu'est né l'homme de cheval, adepte de l'équitation sportive, éleveur et dresseur installé près de Rambouillet. Il cherche alors une existence "calme, équilibrante", après la vie de noctambule parisien de ses débuts. "Le contact avec l'art équestre m'a fait progresser dans l'art dramatique. Je me souviens d'un professeur du conservatoire qui me disait : "Tenez votre cheval, Monsieur Rochefort !" Le cheval apprend à faire moins pour obtenir plus. Et il apporte une certaine onctuosité dans les rapports, il faut avoir “les mains douces”, créer un accord tactile. Cette tactilité m'importe de plus en plus avec l'âge. Sentir une présence tangible."
 
Flegme et humour
Dans Un éléphant ça trompe énormément, on a la version comique de Rochefort à cheval, jouant les débutants incapables de tenir en selle. Mais il aura une expérience équestre beaucoup plus amère à l'écran. Il devait interpréter Don Quichotte sous la direction de Terry Gilliam, lorsqu'il tomba gravement malade au début du tournage. Brusquement interrompu, le film ne reprit jamais. Outre le regret d'un rôle superbe dans une grande production internationale, Jean Rochefort gardait le remords d'avoir fait, bien involontairement, échouer cette œuvre. De ce fiasco Terry Gilliam tirera un documentaire, Lost in la Mancha, et ne renoncera jamais à son projet : L'Homme qui tua Don quichotte sortira en mai 2018 avec Jonathan Pryce et Adam Driver.
Jean Rochefort a, à ce moment-là, frôlé la mort, qui le hantait. Car, sous la maîtrise flegmatique et l'humour débridé, l'acteur était un angoissé chronique. "Quand j'étais jeune, il m'arrivait de penser à autre chose qu'à la mort environ cinq minutes par jour. Je suis un peu moins obsédé maintenant. Je pense que la mort est dans la salle d'attente mais que la vie a un peu de compassion. Elle patiente pour nous laisser ranger nos plumiers."
 
Avant que le rideau ne tombe définitivement après le dernier rappel, Rochefort jetait son regard bleu sur l'Homo sapiens, comme il aimait dire, avec un mélange de désenchantement distant et d'indulgence en quête de chaleur : "Il faut se méfier de l'homme, qui aggrave son cas de grand prédateur par son intelligence", disait-il en se remémorant d'horribles scènes de l'épuration vues à 14 ans. Mais, avec l'âge, il était devenu de plus en plus conscient qu'on a besoin des autres "pour survivre, pour transmettre, pour devenir soi-même". Après avoir pratiqué avec amour un métier "où il y a beaucoup de doutes, très peu de certitudes, qui est de l'ordre de l'impalpable", il avait décidé d'arrêter la vie d'acteur pour poursuivre dans la la réalisation. "Je vais écrire mes Fraises sauvages !" annonçait-il dans une interview au Figaro, lors de la sortie de Cavaliers seuls. Son intention n'était pas si sérieuse puisque huit ans plus tard on le retrouvait aux côtés de Sandrine Kiberlain dans Floride . Il fallait plutôt y voir la pirouette d'un acteur gentleman dont le panache n'a pas fini de nous chatouiller la mémoire.

Paru dans Le Figaro, 10 octobre 2017

"Silence" de Scorsese

Publié dans Au delà
"Silence" de Scorsese
 
Il y a déjà près d’un siècle que François Xavier est venu annoncer l’Évangile au Japon (en 1542), lorsque se déroulent les événements qui forment la trame de ­Silence. Les missionnaires jésuites, d’abord bien accueillis, ont suscité de nombreuses conversions, tant parmi les seigneurs que dans la population paysanne. Mais les bouleversements économiques et politiques ont amené la fermeture du pays aux étrangers.
L’expulsion des missionnaires, en 1587, est suivie du martyre des Japonais chrétiens (les crucifixions de Nagasaki, 1797). Ceux qui ne succombent pas ou ne renient pas leur foi (apostasie) deviendront des "chrétiens cachés". Et les suspects doivent abjurer régulièrement leur foi en piétinant l’image du Christ.
 
La question de l’apostasie est au cœur de l’histoire de Silence, à travers les personnages du jésuite Rodrigues et du Japonais Kichijiro. La foi personnelle peut-elle subsister après un reniement forcé sous la torture ?
Le père Guilhem Causse, jésuite, éclaire la vision profonde et complexe de Scorsese.
"Au moment de marcher sur l’image, Rodrigues perd pied, s’effondre : comme Pierre marchant sur les eaux. “Homme de peu de foi”, dit Jésus. Trop peu de foi dans le don de Dieu, trop de foi en sa propre force, jusqu’à l’effondrement et la main de Jésus qui vient le saisir. C’est la foi comme un don, plus fort que la foi en sa propre force. Le chant du coq alors retentit : c’est bien à Pierre que Rodrigues est identifié.
Dans le film, l’apostasie de Kichijiro et de Rodrigues est le moment où la foi est accueillie. La foi n’est pas un socle qu’on garderait intact au fond de soi : elle est un don, elle est Dieu qui se donne lui-même, sa présence. Mais le film présente aussi la figure de chrétiens qui vivent cette foi comme une force et une voix qui les fait tenir jusqu’au supplice. Les uns comme les autres ont en commun, selon l’espérance chrétienne, d’avoir donné priorité à la volonté de Dieu sur leur volonté propre, sachant que la volonté de Dieu est que tous les hommes vivent de son amour et que le mal dans le monde soit vaincu."
 
Cette universalité de l’Évangile est un autre thème de Silence, qui a des résonances très actuelles. Y aurait-il des civilisations, des cultures, incompatibles avec le message du Christ, comme le prétend Inoué, shogun et grand inquisiteur, pour qui le christianisme est foncièrement étranger à la nature japonaise.
Selon le père Guilhem Causse, l’écrivain Endo critique l’aspect européen d’un Dieu qui juge et sanctionne.
"Pour la culture japonaise, Dieu est d’abord entrailles miséricordieuses. Ces deux aspects, de justice et de miséricorde, sont présents dans la Bible et la tradition chrétienne : la civilisation japonaise est ainsi non seulement compatible avec le christianisme, mais elle vient rappeler aux Européens une dimension qu’ils risquent d’oublier.
Le film de Scorsese est davantage attentif à une autre question : qu’est-ce que la foi ? Qu’est-ce que nous dit de la foi, le fait que l’Église - la communauté de ceux qui mettent leur foi en Christ - soit fondée sur Pierre, qui a renié le Christ par trois fois ? Il y a là une question qui ne peut laisser aucun chrétien indifférent, qu’il soit japonais ou français."

Paru dans Le Figaro, 8 février 2017

Une jeune fille de 600 ans...

Publié dans A tout un chacun
Une jeune fille de 600 ans Jeanne d’arc

L’ermitage de Notre-Dame de Bermont, près de Domrémy, accueille depuis trois ans une nouvelle statue de la Pucelle d’Orléans, signée du sculpteur russe Boris Lejeune.
 
C'est encore tout frais : il y a trois ans, en 2013, la Jeanne d’Arc en bronze du sculpteur russe Boris Lejeune a pris place dans le jardin de l’ermitage de Notre-Dame de Bermont, à trois kilomètres de Domrémy-la-Pucelle (Vosges). La petite Lorraine venait prier presque chaque semaine en ce lieu, qui se trouve sur la route de Vaucouleurs, première étape de l’extraordinaire périple qu’elle allait accomplir en deux ans de Chinon à Reims, d’Orléans à Rouen, de la victoire au martyre.
La statue s’intitule La Vocation de Jeanne. L’artiste l’a saisie dans cet élan originel, quand elle répond à l’appel intérieur des voix de saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, qui la met en route : "Va, fille de Dieu." Elle accourt, posée sur la terre, ouverte vers le ciel, à la fois déterminée et gracieuse. Elle n’a pas encore le cheval que lui donnera le seigneur de Baudricourt avec une escorte pour aller trouver le dauphin de France. Mais elle brandit déjà l’étendard aux noms de Jésus et de Marie, cet étendard emblème de sa mission, qu’elle aimait, a-t-elle dit, "quarante fois plus" que l’épée qu’elle porte sur le côté mêlée aux plis de sa tunique. Son ardeur juvénile évoque bien l’enfant dont parle Péguy, à "l’âme récente" et à "la cotte neuve", s’en allant, innocente, "vers le plus grand des sorts".
 
"Lorsqu’on m’a proposé de créer un monument à Jeanne d’Arc pour Bermont en Lorraine, raconte Boris Lejeune, la première image qui m’est venue à l’esprit, c’est de sculpter Jeanne sur le bûcher, mourant en martyre. Mais bientôt le doute m’a saisi : est-ce là l’image de cette grande héroïne et de cette grande sainte qu’il nous faut aujourd’hui, à notre époque amorphe qui renonce tendancieusement à elle-même et à sa propre histoire ? Je me suis dit que, pour aujourd’hui, il faut une Jeanne d’Arc qui gagne, plutôt qu’une victime de trahison."
Il travaillait alors à une statue de Marie-Madeleine, inspirée par une icône byzantine qui la montrait "dans un mouvement impétueux", toute tendue vers le Christ crucifié, comme si elle avait voulu se fondre en lui. Et "de manière inattendue", un soir où il réfléchissait à l’image de Jeanne d’Arc, elle lui est apparue dans ce même mouvement. Il y a vu plus tard un lien théologique : "Pour l’une comme pour l’autre, le Christ est le centre et la source d’amour, le vecteur moral et éthique."
 
Fraîcheur et fougue 
Jeanne d’Arc est une des figures les plus représentées dans la statuaire française. Paris compte cinq grands monuments à son effigie, commandes d’État prestigieuses. Elle seule a autant de statues équestres, normalement réservées aux rois. On la rencontre sur les places publiques aussi bien que dans les plus modestes églises de village, où la dévotion populaire a installé d’innombrables Jeanne d’argile ou de plâtre. Héroïne historique, elle symbolise l’amour de la patrie et la flamme de la résistance qui triomphe des plus sombres défaites. Sainte et martyre, elle incarne la foi indéfectible qui mène des royaumes terrestres au Royaume de Dieu. Cette alliance unique, en une simple "fille de France", de la vision politique, de l’efficacité militaire, de l’engagement personnel audacieux au service d’une cause et de l’affirmation chrétienne, tranquillement inébranlable, fait que Jeanne d’Arc a traversé les âges et les régimes en parlant à tous. Mais, alors qu’elle avait connu un regain de ferveur lors de la Grande Guerre, on ne lui avait plus érigé de statue depuis la seconde moitié du XXe siècle.
 
C’est en 2012, à l’occasion du sixième centenaire de la naissance de la Pucelle, que cette nouvelle aventure artistique a pris corps, à l’initiative de l’abbé Guillaume de Tanoüarn. "J’aime célébrer les anniversaires, dit-il, et je souhaitais créer un événement autour de Jeanne." En lien avec l’association de Notre-Dame de Bermont, qui restaure l’ermitage depuis une vingtaine d’années, une souscription a été lancée. Elle s’est révélée insuffisante pour couvrir les frais de cette statue de bronze de 2,90 m, et l’artiste a dû pour une bonne part assurer le financement lui-même. Mais si ce déficit a causé un froid entre les parties, l’œuvre a cependant été inaugurée avec enthousiasme en 2013, en présence de nombreux souscripteurs. Et l’accord se fait sur sa beauté et le sens profond qu’elle porte pour aujourd’hui.
Cette jeune fille de 600 ans n’a rien perdu de la fraîcheur et de la fougue de ses 17 ans. "Alors que les statues de Jeanne d’Arc sont dans l’ensemble assez convenues, celle de Boris Lejeune n’a rien d’académique, commente Guillaume de Tanoüarn. C’est une manière nouvelle et simple de montrer une Jeanne très contemporaine, qui s’engage et nous appelle à l’engagement. Enfant d’un pays vaincu, elle se lève. Elle symbolise l’espoir, et la confiance ardente en son propre destin. Il faut découvrir ce pour quoi l’on est fait et croire qu’on a à apporter quelque chose d’unique, comme l’a dit le Pape. Notre temps est féru d’accomplissement personnel : Jeanne nous montre qu’on ne se trouve qu’en s’oubliant, en se dépassant, en prenant des risques, en se mettant en jeu, ce qui est le contraire de l’auto-idôlatrie."
 
Les pieds de la réalité 
Le site bucolique de Notre-Dame de Bermont, resté intact depuis l’époque, abrite désormais la plus ancienne représentation de Jeanne, fresque d’un peintre qui l’a connue, et la plus récente, cette sculpture inspirée qui connaît un vif succès. "On vient prier devant elle, dit son auteur, et pour moi, cette dimension spirituelle est le signe que j’ai réussi quelque chose. Je me suis inscrit dans la ligne de la statuaire gothique, qui est un équivalent occidental de l’icône."
Né à Kiev en 1947, descendant d’un soldat de Napoléon qui a fait souche en Russie, Boris Lejeune, qui est aussi poète, peintre et philosophe, s’est formé à la sculpture à Leningrad et s’est fait connaître en URSS avant d’émigrer en France en 1980, où il s’est marié. Installé à Provins, il se sent inspiré par la beauté de la Champagne, et il ouvre son art à un domaine nouveau en devenant le premier sculpteur de paysages en bronze. On peut admirer cinq de ses œuvres dans les jardins du boulevard Pereire, à Paris. Mais il a aussi travaillé pour de nombreuses villes, en France et au Luxembourg, et il est fier comme un enfant de la Bourgogne d’avoir célébré la Romanée-Conti en créant le merveilleux Ange au pied de vigne, en 2010.
 
Comme Jeanne, il a les pieds dans la réalité incarnée et l’âme ouverte au monde invisible de la spiritualité pure, "le royaume du divin avec ses saints, ses anges, ses prophètes". Dans son esprit, Jeanne d’Arc voisine avec le Pouchkine du célèbre poème Le Prophète. Et ce n’est pas un hasard, sans doute, si l’aventure va se poursuivre en Russie : Boris Lejeune a sculpté une nouvelle version de La Vocation de Jeanne, qui doit être installée à Saint-Pétersbourg au printemps prochain.
      

Paru dans Le Figaro, 6 août 2016

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