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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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La Mante religieuse

Publié dans Au delà
Le premier film de Natalie Saracco, histoire d’une conversion, est aussi une étonnante aventure de cinéma.
Ce n’est pas ce film qu’on aurait dû voir, si tout s’était déroulé normalement. Après trois courts métrages, Natalie Saracco s’apprêtait à réaliser son premier long. Elle avait le scénario (une sorte de Roméo et Juliette d’aujourd’hui, dit-elle, un pur mélo), un producteur solide. Le projet prenait tournure. Elle en parlait, ravie, dans la voiture que conduisait une amie. Et soudain, l’accident. La voiture envoyée dans la rampe de sécurité après des voltes folles, les deux femmes encastrées, attendant les secours. Le premier mot de son amie, qui se moque généralement de sa foi, est pour lui dire : "Vite, on prie !".
"Je ne parvenais pas à respirer et je crachais du sang, raconte Natalie Saracco. Comme je viens d’une famille de médecins et de chirurgiens, j’ai fait mon diagnostic : hémorragie interne. Je sentais la vie me quitter, physiquement, et j’ai eu cette pensée : je ne me suis pas confessée". Alors, comme une réponse immédiate, elle voit le Christ "pareil aux images du Sacré-Cœur, en tunique blanche et le cœur apparent. Il pleure, et je lui demande, bouleversée : "Mon Seigneur, pourquoi tu pleures ?" "Parce que vous êtes mes enfants chéris, et que je ne reçois que froideur, indifférence et mépris. Il n’y a rien de pire que d’être renié par ceux qu’on aime". Et je lui dis : "Quel dommage de rendre l’âme au moment où je découvre cette immensité d’amour ! Avant, je ne Te connaissais pas vraiment… "
Avec sa lourde chevelure aux boucles sombres tombant sur un fin visage mobile, Natalie Saracco a l’air d’une gitane, dansante, brûlante. On la verrait bien au pèlerinage des Saintes-Maries de la Mer, animée de cette ferveur votive qui déferle du fond des âges, la voix rauque et les pieds nus. Et le film qu’elle sort aujourd’hui, La Mante religieuse, est comme un ex-voto baroque pour remercier de son retour à la vie, à une vie nouvelle. Ce n’est pas le récit de son accident. Mais c’est l’histoire d’une conversion, écrite avec ce sentiment d’urgence que donne la proximité de la mort : "Quand on a vu la fragilité de la vie, on est conscient qu’il faut agir tout de suite", dit Natalie Saracco.
Son héroïne, Jézabel (Mylène Jampanoï), artiste mondaine, s’adonne à toutes les expériences avec un cynisme désabusé, et la dernière à laquelle elle trouve un piment inédit consiste à séduire un jeune prêtre (Marc Ruchmann), aussi à l’aise dans la vie que dans sa foi. Il y a dans cette affaire un côté Liaisons dangereuses, sauf que la liaison la plus dangereuse (mais la chose n’avait pas échappé à Laclos) est la fréquentation du véritable amour. Là, le film touche juste malgré son aspect mal dégrossi et son habillage outrancier.
En tout cas, voilà. La Mante religieuse ne trouve pas preneur. Il faudrait plus de sexe, et si on pouvait éviter le coup de la conversion, carrément pas cool… Natalie Saracco dit non et repart à zéro. Pas de producteur, pas d’argent, juste sa conviction. Avec l’aide du frère Samuel, de la Communauté Saint-Jean, qui sera le conseiller religieux du film, elle entreprend de démarcher des patrons chrétiens, qui seront une quarantaine à financer le projet. Mais il manque un distributeur. Nathalie Saracco, qui fait décidément tout à l’envers (on ne monte pas un film sans distributeur), organise une avant-première dans un grand multiplex de Lille. "On nous a donné une salle de 90 places, raconte la réalisatrice.Les réservations explosaient. On est passé à la taille suivante : 150 places. Même chose. 300 places. Insuffisant. Finalement, on a atterri dans la grande salle de 700 places, qui était comble".
Miracle des réseaux ! "Cela fera partie de nos annales", a dit la direction du Kinépolis. Le film trouve un distributeur (Kanibal !), et continue à voyager de projections en débats jusqu’à sa sortie officielle, aujourd’hui. C’est une histoire de foi qui déplace les montagnes, et de buzz qui souffle où il veut.

Alexandre 1er

Publié dans Devant l'histoire
La double mort du tsar Alexandre Ier : une énigme russe bientôt élucidée ?
Il s’est produit plusieurs irrégularités curieuses, à la mort du tsar Alexandre Ier, qui eut lieu à Taganrog, port de la mer d’Azov, le 19 novembre 1825, à la suite d’un bref coup de froid. Ceux qui virent sa dépouille ne le reconnurent pas. Ils furent peu nombreux puisque, lors des funérailles à Saint-Petersbourg, on présenta à la vénération populaire un cercueil fermé, contrairement à la tradition orthodoxe. Depuis, la tombe du tsar a été ouverte à plusieurs reprises, aussi bien sous le régime tsariste que soviétique : chaque fois, le cercueil a été trouvé vide.
La fausse mort présumée du petit-fils de Catherine II, vainqueur de Napoléon en 1812, fait partie de ces grandes énigmes historiques qui passionnent la postérité et donnent carrière à l’imposture autant qu’à la légende. Mais dans le cas d’Alexandre Ier, il ne s’est présenté nul simulateur se faisant passer pour le tsar défunt. C’est plutôt l’inverse qui est arrivé : on a reconnu, à son corps défendant, un paysan à l’identité obscure comme l’illustre disparu.
Marc Jeanson, directeur de la société de production de documentaires DCX, s’apprête à redonner des couleurs à cet ancien mystère, en partant tourner Le secret du Tsar à travers la Russie, à commencer par la Sibérie.
Pourquoi la Sibérie ? Parce que là-bas vécut le starets Féodor Kouzmitch, réputé pour sa sainteté – il est aujourd’hui Saint de Sibérie - et qui ressemblait d’une façon frappante au tsar. Ses manières raffinées et la vaste culture dont témoignait son enseignement, notamment sa connaissance exceptionnelle des guerres napoléoniennes, révélaient un homme de haute naissance, familier de la politique et de la cour. De son vivant déjà, la rumeur courait. Tolstoï l’a assimilé à Alexandre Ier dans un de ses derniers écrits. Le futur Nicolas II est venu se recueillir sur sa tombe. Ces présomptions resteraient sans doute insuffisantes aux yeux des historiens si elles ne s’accompagnaient d’indices encore plus précis.
L’un des plus remarquables était contenu dans un petit étui de cuir que le starets portait toujours sur lui. "Ici réside mon secret", déclara Féodor Kouzmitch au moment de rendre l’âme le 20 janvier 1864. C’est un message crypté. Il a été déchiffré séparément par deux Russes émigrés l’un en Lettonie, l’autre en Bulgarie, qui aboutirent à la même traduction, publiée en 1927 dans un journal de l’émigration. Il ne reste qu’une dernière copie microfilmée de cet article, retrouvée à la bibliothèque de Nanterre par l’équipe de DCX. Il s’agit d’un bref texte du tsar Paul Ier, père d’Alexandre, daté du jour de son assassinat et disant que son fils participe au complot contre lui.
Ce parricide doublé d’un régicide hantait Alexandre 1er, qui avait à plusieurs reprises manifesté son désir de quitter la vie publique.
"L’énigme n’a cessé, depuis lors, de diviser les historiens. Et aujourd’hui, de nouvelles pièces importantes s’ajoutent au dossier " dit Marc Jeanson, qui mène, avec l’historienne Marie-Pierre Rey, spécialiste d’histoire russe et soviétique à l’université de Paris 1 Sorbonne, une double recherche, à la fois sur la personnalité du tsar et sur celle du starets, dont le rayonnement spirituel est toujours très vivace dans la région de Tomsk. Une enquête qui pourrait bien permettre de lever définitivement le voile sur cet extraordinaire mystère. Car d’autres archives attendent de parler. A suivre, comme on dit dans les feuilletons.

Les Cristeros

Publié dans Devant l'histoire
Le sujet est resté longtemps tabou. Si le cinéma a popularisé les noms des grands chefs révolutionnaires mexicains comme Zapata (interprété par Marlon Brando dans Viva Zapata, d'Elia Kazan en 1952) et Pancho Villa (avec Yul Brynner dans le rôle-titre du Pancho Villa de Buzz Kulik), c’est la première fois qu’il raconte ce chapitre ignoré de l’histoire du Mexique : l’insurrection des Cristeros, de 1926 à 1929. Les historiens eux-mêmes sont peu nombreux à l’avoir exploré, ce qui rend d’autant plus précieux les travaux de Jean Meyer qui ont servi de base au scénario de Cristeros, de Dean Wright.
Les trois années sanglantes de ce qu’on va appeler la Cristiada sont la conséquence d’une politique de plus en plus ouvertement hostile à l’Église, depuis que la guerre civile de 1910 a amené les révolutionnaires au pouvoir. Dans un pays profondément catholique, l’Église reste la principale institution sociale. La Constitution de 1917, promulguée par le président Carranza, comporte plusieurs articles durement répressifs pour faire disparaître le culte de l’espace public, limiter l’éducation religieuse et bannir les prêtres de la vie politique.
Cependant, précise Jean Meyer, "Carranza et son successeur, le président Alvaro Obregon
(1920-1924), laissent ces articles sans décrets d’application". Malgré des attaques ponctuelles, l’heure est à la prudence. Cette relative conciliation sera brisée par l’arrivée au pouvoir du président Plutarco Elias Calles, en 1924, homme politique de grande envergure, mais violemment anticatholique. Très vite, il active les décrets d’application par une "loi Calles" assortie de sanctions pénales pour les contrevenants. Elle prend effet le 1er août 1926, et ce jour-là "le gouvernement envoie des fonctionnaires et des policiers pour sceller les portes des églises après avoir fait leur inventaire. Un peu partout, les gens se soulèvent spontanément, et le sang coule". L’attitude inflexible de Calles va bientôt aboutir à l’affrontement. Décidé à éradiquer non seulement le pouvoir du clergé mais la pratique et le sentiment religieux, le président a sous-estimé la résistance de la population, qui avait pourtant montré son attachement au catholicisme par diverses manifestations et une pétition au gouvernement de deux millions de signatures demandant la réforme de la Constitution. Calles tranche : "La loi ou les armes."Ce sera les armes.
 
Les femmes au front
"En l’espace de quelques mois, les dissidents s’organisent ; on passe du stade de simples soulèvements sporadiques à celui de guerre", écrit Jean Meyer. Face à l’armée fédérale bien nourrie et entraînée, les combattants inexpérimentés qui s’élancent au cri de "Viva Cristo Rey !" (d’où leur nom de Cristeros) ne font pas le poids. Mais ils ont la force de leur conviction fervente et de leur esprit de sacrifice. "L’insurrection des Cristeros n’a d’autre objectif que la liberté de la foi, c’est ce qui fait son caractère unique", explique Hugues Keraly, auteur de La Véritable Histoire des Cristeros.
Elle touche toutes les catégories sociales, dans les villes et dans les campagnes, paysans, étudiants, bourgeois, intellectuels, anciens révolutionnaires comme le général zapatiste Manuel Reyes qui sera fusillé, soldats déserteurs de l’armée fédérale, de plus en plus nombreux. L’engagement des femmes est un trait marquant de la Cristiada. "Elles se font espionnes, ravitailleuses, organisatrices, et tiennent les rênes de la logistique et de la propagande."
En 1927 naît une brigade féminine placée sous le patronage de Jeanne d’Arc qui comptera quelque 25 000 femmes à la fin de la guerre. Peu à peu, l’expérience de la guerilla et l’autorité de chefs militaires ralliés à la cause, comme le général Gorostieta, qui deviendra commandant en chef des Cristeros, permettent aux rebelles de remporter de nombreuses victoires, et ils en arrivent même à organiser une administration civile. Leur épopée prendra fin en 1929, lorsque des accords négociés entre le gouvernement, le Vatican et les États-Unis rétabliront la paix civile et une relative liberté religieuse, en abandonnant les Cristeros.

Plusieurs fois oscarisé comme spécialiste des effets visuels, Dean Wright signe avec Cristeros sa première mise en scène. Il est à l’aise avec le récit historique, auquel il insuffle un dynamisme puissant, l’ampleur sauvage et le souffle épique du western, sans négliger la ligne dramatique des enjeux économiques et politiques du conflit. On passe de l’agitation des villes à la guérilla dans les hauts plateaux, des attaques spectaculaires aux préparatifs clandestins, des négociations diplomatiques à la tête de l’État aux décisions de conscience qui se jouent dans l’intimité.
Malgré certaines longueurs à la fin, Cristeros communique la ferveur mystique de cette guerre animée par une extraordinaire volonté spirituelle. Elle passe dans l’action des personnages anonymes comme dans les figures de chefs, tel le général Gorostieta, campé avec une autorité élégante par Andy Garcia. Son engagement à la tête des Cristeros, alors qu’il se dit incroyant, conduit au sens profond de cette aventure historique : la défense de la foi et de la liberté de conscience.
Historique de Dean Wright, avec Andy Garcia, Eva Longoria, Oscar Isaac - Durée 2 h 23
Paru dans Le Figaroscope, 13 mai 2014

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