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TRANCHANT  Marie-Noelle

TRANCHANT Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme :
à la revue ROC (cinéma et la télévision), dirigée par Pierre d'André (1972-1980)
au Figaro, rubrique cinéma, depuis 1980.
Collaboration à la revue Le Spectacle du monde (1995-2001)
     et à l'émission de critique de cinéma "Sortie de secours" sur Paris Première (1991-93).

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Welcome

Publié dans A tout un chacun

"Welcome" de Philippe Lioret est le récit de la rencontre de deux étrangers qui n'ont rien de commun et vont tisser des liens profonds, presque à leur insu. Simon, maître-nageur à la piscine municipale de Calais, appartient à la vie ordinaire. Bilal, le garçon de 17 ans qui vient lui demander des leçons de natation, surgit du monde parallèle des clandestins qui s'entassent aux abords de la ville. Au silence méfiant de Bilal répond d'abord l'indifférence de Simon, qui est en outre plongé dans le drame personnel d'un divorce. Mais Simon s'aperçoit que Bilal a passé la nuit à la piscine, découvre que son intention est de traverser la Manche à la nage pour rejoindre en Angleterre la jeune fille qu'il aime. Il se fâche, raisonne l'adolescent en lui montrant la folie de son entreprise, et, de fil en aiguille, le prend sous son aile, l'accueille chez lui, s'engage envers lui avec une responsabilité et une fidélité véritablement paternelles, au risque d'être dénoncé et arrêté.
Il y a beaucoup de naturel dans l'évolution des personnages, et l'interprétation très juste de Vincent Lindon et du jeune Firat Ayverdi contribue à leur donner une crédibilité psychologique. Ils n'obéissent pas à des idées mais aux circonstances et chacun réagit à la présence de l'autre. L'écriture dramatique, prenante, joue intelligemment sur deux registres : celui du mélodrame, qui met au premier plan les sentiments intimes, et celui du thriller social qui dépeint la réalité nocturne, cachée, angoissante, du monde des clandestins, des passeurs, des associations humanitaires et de la police.

Dira-t-on que tout cela semble bien "politiquement correct" ? "Welcome" a fâché le ministre de l'immigration, Eric Besson, qui a estimé que le réalisateur avait "franchi la ligne jaune" en comparant ce qui se passe à Calais à la traque des juifs sous l'Occupation. Comparaison certes excessive, et polémique hors film, qui ne doivent pourtant pas détourner de ce qui fait le mérite de "Welcome" : apporter une véritable matière à réflexion politique et morale. Ce n'est pas si fréquent dans le cinéma français, qui n'a pas la riche tradition anglo-saxonne du drame social et prend facilement les gros sabots du film à thèse.
Dira-t-on que Philippe Lioret joue sur la corde sensible ? Oui, c'est le principe même du mélodrame, de propager l'émotion, de communiquer par les sentiments, et le réalisateur gagne d'autant mieux que son jeune Kurde est touchant d'amour obstiné, son maître-nageur de générosité qui ne demandait qu'à se révéler. Tous deux font vibrer des sentiments nobles, avec une innocence qui appartient aussi au véritable mélodrame, et qui ne se confond pas avec les manipulations compassionnelles habituelles.

"Welcome" suit la règle racinienne de "plaire et de toucher". Dira-t-on que ce n'est pas ainsi qu'on fait de la politique ? C'est certain : l'intelligence du film est de s'en tenir au rôle du cinéma, et de faire une pure tragédie avec une réalité complexe, trouble, explosive. Le cinéma "art des visages" disait Dreyer, a ce pouvoir de donner un visage aux anonymes, et par là de nous rappeler que sous les dénominations globales, "clandestins", "sans-papiers", sous l'abstraction vague des "flux migratoires" à réguler, il y a des personnes humaines.
Si "Welcome" agit par l'émotion, la question que laisse le film se pose clairement à la raison : est-il juste de tomber sous le coup de la loi quand on vient en aide à un étranger en situation irrégulière ? Comment concilier la légalité et l'humanité ? 

Walkyrie

Publié dans Devant l'histoire

(...) (site endommagé en 2013)
est affecté à l'état-major de Hitler, en 1943. Scandalisé par les crimes nazis, il rejoint alors la conjuration des officiers décidés à éliminer le Führer. Il s'agit non seulement de commettre un attentat, mais d'organiser un coup d'État qui mettra fin au nazisme. Pour cela, les conjurés ont parasité un plan officiel de mobilisation de l'armée de réserve, prévu par Hitler lui-même en cas de putsch. Nom de l'opération : "Walkyrie". Stauffenberg, malgré ses handicaps physiques (il a perdu un oeil et une main), assure lui-même la mise en place des explosifs, le 20 juillet 1944, à la Tanière du loup, lieu perdu dans la forêt où Hitler tient une réunion d'état-major. L'explosion a bien lieu, mais, au QG berlinois, les officiers tergiversent. Certains veulent attendre la confirmation de la mort de Hitler, d'autres décident de lancer immédiatement l'opération "Walkyrie". Un major se présente pour arrêter Goebbels. Mais Hitler en personne annonce au téléphone qu'il est vivant. Les arrestations des responsables nazis commencées par les conjurés se retournent contre eux. Stauffenberg sera exécuté avec deux cents résistants allemands. 

C'est le conseil de Tom Cruise lui-même : lisez ! "Loin d'être exhaustif, le film invite à compléter son information par la lecture, nous a déclaré la star. Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur Stauffenberg et la résistance allemande".


Autour de Tom Cruise, très convaincant dans son interprétation sobre et vibrante de la haute figure de Stauffenberg, Bryan Singer (The Usual Suspects, X-Men) met en scène un thriller historique, dans la tradition du genre. La facture est classique, le réalisateur n'a pas cherché à faire le malin mais à donner des faits, des hommes, des lieux, l'évocation la plus authentique possible. Un travail de reconstitution remarquable, joint au sens américain du suspense, ici conçu comme un puzzle minutieusement construit en secret, puis violemment détruit.
Mais c'est le sujet qui est passionnant et qui fait la grandeur du film. Si l'attentat manqué est connu, on apprendra beaucoup de choses sur ses suites immédiates à Berlin, le désordre des communications, les erreurs et les ambiguïtés humaines. Le film donne aux événements leur cohérence historique et une dimension existentielle, servie par d'excellents acteurs. Le vrai suspense se joue dans les consciences, dans le risque de la trahison héroïque des officiers, dans leur serment de loyauté. "Walkyrie" est un bel hommage hollywoodien à la résistance allemande.

Walkyrie, un drame historique de Bryan Singer, avec Tom Cruise, Bill Nighy, Terence Stamp, Kenneth Branagh - Durée 1h50
Paru dans le Figaroscope, janvier 2009

La Pieta di Michelangelo

Publié dans Au delà

La Pieta di Michelangelo

(...) (site accidenté en 2013)
on peut contempler la Pietà de Michel-Ange à travers les admirables photographies en noir et blanc de Robert Hupka. Placée sous le haut patronage de la reine Paola, cette exposition bénéficie d'une très belle scénographie : l'espace est plongé dans l'obscurité, d'où une centaine de projecteurs à découpe font surgir les images d'ensemble ou de détail avec une intensité exceptionnelle.
C'est en 1964 que l'artiste américain, décédé en 2001, a longuement photographié la Pietà, envoyée à New York pour l'Exposition universelle. "Je me trouvais en présence du mystère de la vraie grandeur", a-t-il dit.
Depuis que la sculpture a été mutilée par un fou, on ne peut la voir que de loin, à Rome, derrière sa vitre blindée. L'objectif de Robert Hupka n'en est que plus précieux. Il offre une occasion unique d'entrer dans l'intimité du chef-d'oeuvre de Michel-Ange, et dans la méditation du mystère de douleur et de rédemption qu'il exprime.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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