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WALTER Xavier

WALTER Xavier

Né le 29 juin 1945
Marié –  enfants
 
Ecrivain


Études de lettres classiques à la Sorbonne
Collaborateur du ministre Alain Peyrefitte (1979 à 1999)
     aux plans politique, journalistique et éditorial, dont
     communication, à Chengde, lors du bicentenaire de l’ambassade anglaise (1993)
     communication au Forum du xxie siècle, à Pékin (1996)  
     communication au Colloque international de sinologie, Paris (1998)
 
Professeur retraité de littérature française.
Ancien chroniqueur au Figaro,
Collaborateurs de diverses revues,
Animateur d’émission à Radio-Courtoisie
 
Ouvrages
     Collaboration aux ouvrages d’Alain Peyrefitte
          
          Sur la Chine des Qing
L’Empire immobile
     Récit de l’ambassade Macartney à Pékin en 1793 (1986-1989)
La Vision des Chinois (1991) 
Le Regard des Anglais - l’ambassade Macartney (1998)
          Sur la Chine moderne
Elaboration et mise en forme de La Tragédie chinoise (1990)
Mise en forme de La Chine s’est éveillée… (2 éditions, 1996 & 1997)

      Travaux personnels sur la Chine
John Barrow, Un Anglais en Chine au xviiie siècle (1994)
     Edition critique annotée de l’ouvrage de Barrow (1804) à l’origine du mépris
     des "longs nez" pour le monde chinois 
Relations internationales en Asie Pacifique (1998)
     Collaboration à l’ouvrage collectif, Bésanger et Schulders,
     (contributions personnelles : 1. Introduction - 2. "Perspectives d’Asie",
     3. "Chine-Russie, le tournant ?")
Le Voyage de l’Hippopotame jusqu’en Chine sous le règne de Louis XVI, chronique (2001)
     Reconstitution, à partir de textes du temps, du voyage d’un navire de commerce français,
     l’Hippopotame, de Bordeaux à Canton
Monsieur Liu - roman à la manière de la Chine (2003)
Pékin Terminus, En chemin de fer jusqu’en Chine à la veille de 1914, chronique (2004)
     Reconstitution, à partir de textes du temps, d’un voyage en transsibérien au printemps 1911 
Chronique de France, de Chine et d’ailleurs (2005)  
     Mes souvenirs de collaboration avec Alain Peyrefitte
Petite histoire de la Chine (2007)
La Troisième mort des missions de Chine, 1773-1838 (2008)
Confucius attendait-il Jésus-Christ ?
     Essai sur confucéisme et christianisme, en collaboration avec
     Pierre Perrier, Thomas fonde l’Église en Chine (65-68)
     (Débuts de preuve de la venue de l’apôtre Thomas en Chine, sous Mingdi, des Han).
 
Chine rouge, t. 1, "Édifier un socialisme à la chinoise", Chronique, àparaître, février 2010
Chine rouge, t.2, "Un pays vieux et jeune à la fois", Chronique, àparaître automne 2010
 
     Autres ouvrages
Avant les grandes découvertes, Une image du monde au xive siècle, le Voyage de Mandeville  
Conversations avec Henri comte de Paris (1999) 
     Publication d’entretiens politiques et sociaux avec le chef de la Maison de France (1908/1940)
 Un roi pour la France, Henri comte de Paris -  Biographie politique (2002)
Actualité du doute, actualité de la foi (2007)
Paysan militant, Jacques Le Roy Ladurie
     Biographie politique du leader syndical paysan avant la Seconde guerre mondiale

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Où en est l’Église en Chine ?

Publié dans De par le monde

connaît des décisions qui pourraient permettre d’attendre une évolution de l’institution", écrivais-je dans le no 24 de la NRU, me référant au P. Heyndrickx (1), sinologue et directeur de l’Institut Ferdinand-Verbiest à l’Université de Louvain. "Dans quel sens, l’évolution ?", me demandais-je, assuré que c’était difficile à dire. Mais force était de constater que les rapports entre Rome et Pékin semblaient s’être améliorés en 2010 avec notamment le sacre de dix évêques ayant reçu l’accord des deux parties. Or, fin 2010, (mea culpa, je n’en avais pas tenu compte) deux "affaires" étaient venues gâter les relations sino-romaines. En novembre, le P. Joseph Guo Jincai avait été sacré évêque de Chengde (2), au Hebei, sans l’aval romain, les évêques de la région ayant été contraints à concélébrer la cérémonie. Les auteurs de la manœuvre ? Des conservateurs, communistes ou autres. Rome avait senti le piège, annoncé que le cas serait étudié. Guo tombait-il sous le coup de sanctions canoniques ? La question n’appelait pas de réponse urgente. Le Pape tenait à entendre les témoignages d’évêques chinois qui "fourniraient des informations complètes et objectives". Or, Pékin a la haute main sur tout contact avec l’extérieur. En décembre, lors de la première session de la VIIIe Assemblée nationale des représentants catholiques, Mgr Fang Xingyao avait été porté à la présidence de l’Association patriotique des catholiques chinois (3), Évêque "officiel" reconnu par Rome, 47 ans, il siège à la Conférence consultative politique du peuple chinois (la Chambre haute) et avait accepté ces dernières années de prendre part à des sacres illicites. C’est en outre un proche d’Anthony Liu Bainian, 77 ans, son prédécesseur à la tête de l’Association, "homme fort" de l’Église "officielle", à la botte du gouvernement, et désormais le très actif président honoraire de l’Association patriotique et de la Conférence des évêques.

En février 2011, à la seconde session de la VIIIe Assemblée, deux décisions ont été prises. L’une regardait les nouveaux statuts adoptés par la Conférence : elle stipule qu’ "en matière de foi et de morale les évêques doivent suivre les directives pontificales" – mais quel crédit apporter aux mots, quand les faits tendent à les démentir ? L’autre émanait du gouvernement : désormais "les décisions regardant les affaires de l’Église seront prises par le président de la Conférence des évêques" et non plus, comme depuis les années 1950, par l’Association patriotique, agent du PCC. Ces dispositions permettent en droit aux évêques de constituer des commissions pour la pastorale, la liturgie, la coopération entre évêchés. Or, les réalités semblent rendre prématuré tout optimisme. On peut espérer de ces libertés nouvelles un accroissement du nombre des catholiques "officiels", mais – il faut le savoir – Rome n’a pas reconnu la Conférence des évêques et – fait significatif – Mgr Ma Yinglin, son président, a été élevé à l’épiscopat sans l’aval romain. Enfin, sur les six assesseurs, l’évêque de Mindong, Zhan Silu est aussi "illégitime", la Conférence ne compte aucun évêque "clandestin" et l’Association patriotique en charge de leur organisation est fondée à prendre part à ses débats. Le P. Heyndrickx n’était-il pas excessivement optimiste à juger qu’ "en dépit d’atteintes nombreuses à la loi de l’Église, une nouvelle étape de la construction de l’Église en Chine avait commencé" ? À croire que, "malgré leurs inquiétudes", les prélats chinois avaient conscience de l’ "opportunité de croissance mise entre leurs mains" ? Croissance, sans doute. Orthodoxie ? À voir…

Avis du cardinal Zen Ze-kiun, ancien évêque de Hongkong
Le cardinal Zen Ze-kiun nourrit aussi une forte espérance, mais il est autrement "réaliste" que son frère flamand. "Les  fidèles  en  Chine  attendent  une  explication   claire  de  ce  que  devrait  être  leur Église"», lui répond-il (7). Pour lui, le dialogue mené avec les seuls catholiques "officiels" concourt "à amener les catholiques à renoncer à leur foi et à la discipline ecclésiastique". J’ai toujours eu le sentiment que l’ancien évêque de Hongkong était quelque peu "ultramontain", eût-on dit jadis en France. Sa sévérité est extrême à l’endroit du P. Heyndrickx, "fervent admirateur de l’Ostpolitik du cardinal Casaroli" ! Il se permet de lui rappeler que, "si le dialogue revêt une importance primordiale, (…) dans le cas évoqué, notre Saint-Père a été très sérieusement insulté". Les événements de l’automne 2010 ? "Un camouflet au Pape ! (…) Nos partenaires ont claqué la porte au nez de leurs trop accommodants interlocuteurs." Pour le cardinal la situation de l’Église en Chine est "désastreuse", du fait notamment de ceux qui ont poursuivi de leur propre chef une "Ostpolitik", au mépris des "instructions claires sur la direction de l’Église", énoncées en 2007 dans la Lettre à l’Église en Chine, et de l’avis de la commission créée par le Pape afin qu’elle le conseille sur les problèmes chinois. Or, celle-ci estime qu’il n’y a plus de compromis possible : "On ne peut pas renoncer aux principes de sa foi ni à la discipline ecclésiastique élémentaire pour faire plaisir au gouvernement de Pékin". Et Mgr Zen d’accuser le cardinal Dias, préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, et le P. Heyndrickx d’avoir cru qu’ "ils savaient mieux que les autres ce qu’il convenait de faire" ! L’Église en Chine est "fragile", "incertaine", estime-t-il. "Nos évêques ont besoin qu’on leur apporte un surcroît de courage, ils ont reçu une compassion mal placée", qui les mena à s’enliser "dans un assujettissement servile". On leur a dit : "Frères, nous vous comprenons", leur signifiant en fait : "Nous vous comprenons, même si, sous la pression, vous obéissez aux ordres du gouvernement" ! En l’occurrence, obéir au gouvernement revient à "trahir la loyauté due au Pape et à l’Église universelle". Si Chengde et la VIIIe Assemblée ont amené quelques prélats à s'expliquer auprès de leurs prêtres, la plupart, "comme l’a dit le P. Heyndrickx, a été enthousiasmée par cette situation". Suit ce jugement : "C’est par bonté d’âme que le Pape se retient de qualifier de “schismatique” la fraction de l’Église qui proclame sa volonté d’indépendance". Le P. Heyndrickx en rejette "la responsabilité sur de vagues éléments conservateurs du PCC" ? Mais, répond Mgr Zen, "tout le monde peut se rendre compte que Liu Bainian tire toutes les ficelles", que les évêques à la tête de l’Association patriotique et de la Conférence des évêques sont "des fantoches" ! Le cardinal juge "ridicule" que le P. Heyndrickx "remette toujours sur le tapis la communauté “clandestine”, quand il est question de la punition que mériteraient les membres de la communauté “officielle” ", et se demande comment on peut mettre "sur un pied d’égalité nos frères persécutés et ceux qui sont portés aux nues par le gouvernement". Peu lui chaut que le P. Heyndrickx le range au nombre des "éléments extérieurs réagissant plus vite que Rome pour condamner les évêques chinois" ! Il achève sur un aveu de compassion. "Pendant que l’on recherche qui sont les coupables, tout reste au point mort dans l’Église en Chine", au mépris de fidèles qui attendent "une explication claire de ce que doit être l’Église." Excessif, Mgr Zen, dans sa perspective de romanisation des chrétiens chinois ? Il ne peut ignorer que la christianisation de la Chine requiert une sinisation du christianisme.

Pour le P. Vermander, SJ, patron de l’Institut Ricci à Taipei, il y a une "approche chinoise" (8) du Christ : il doit là-bas avoir "le visage chinois". Aux yeux des chrétiens chinois, dit-il, qi – "l’élément le plus subtil entrant dans la combinaison de toute chose" – anime le Dieu incarné : par là, "le Galiléen est passé du lac de Tibériade au fleuve Jaune". Hardi ? D’aucuns sont allés plus loin. Ainsi de Lu Zhengxiang, ministre de la République chinoise de 1912 à 1919, converti au catholicisme, entré chez les bénédictins après son veuvage (9) : il savait la sinisation du christianisme indispensable pour qu’il "passe" en Chine, exigeait l’usage du chinois comme langue ecclésiale (10), estimait (11) au nom de la fraternité universelle prêchée par le Christ que "la rénovation" de l’Église en Chine ne pouvait "demeurer unilatérale". L’apport culturel de Rome à la Chine, appelait celui de la Chine à la romanité. Lu disait "indispensable" d’établir des liens culturels "aussi forts que possible entre la capitale de la chrétienté universelle et la race jaune" (12) ; ils donneraient "à l’Église Mère de toutes les Églises de n’être pas seulement la capitale spirituelle du monde chrétien, mais de devenir la capitale culturelle et morale de l’univers". Lu n’oublie pas qu’il est issu de la plus vieille civilisation vivante de notre planète, laquelle s’est toujours regardée comme zhonghua – l’ "éclat central" –, le cœur lumineux de l’univers. Pour lui, cet "éclat central", tout terrestre, il revient au chrétien chinois de le faire passer à Rome, le christianisme excessivement occidentalisé ne pouvant que s’enrichir des apports de grandes civilisations qui fleurissent depuis des millénaires ! Il serait intéressant de connaître le sentiment du cardinal Zen (13) sur la vision de ce shanghaïen, décédé abbé mitré en 1949.

Mgr Hon Taifai
Originaire de Hongkong, comme Mgr Zen, Mgr l’archevêque Hon Taifai est secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Pour lui, "malheureusement" parmi les évêques de son pays, "le  nombre  des opportunistes  a  augmenté". Les condamne-il ? Mgr Hon combine avec talent prudence du mandarin et subtilité romaine, réticentes l’une et l’autre à rendre un jugement "blanc ou noir" ! Si sa nomination fin décembre 2010 lui a valu "beaucoup de félicitations de communautés et d’évêques de Chine continentale", lesquels la considéraient "comme un authentique cadeau de Noël de la part du Pape", elle n’a pas suscité de réaction ni de la part du gouvernement chinois ni de celle des organismes de l’Église 'officielle'. À la veille de sa nomination (14), alors que se déroulait à Pékin la VIIIe Assemblée, il était à Shanghai. "Les amis et les étudiants avec qui j’en ai parlé étaient très critiques. J’ai également discuté avec des personnes qui revenaient de Pékin ; critiques elles aussi, elles disaient avoir subi d’énormes pressions pour participer à cette Assemblée". Contrainte générale ? Non. "Beaucoup adhèrent spontanément à la “politique d’autonomie” de l’Église de Chine par rapport au Saint-Siège, y compris parmi les évêques reconnus par Rome. (…) 45 évêques d’un âge moyen inférieur à 50 ans ont participé à cette assemblée. Certains y ont été menés de force, la majorité, non". Opportunisme ? Oui. Mais surtout, "manque de formation adaptée au sein du clergé". Les candidats à l’épiscopat ? "On n’a pas toujours promu les meilleurs" et préféré souvent "des nominations de compromis". Pékin le sait, les évêques illégitimes ne sont jamais vraiment acceptés par les fidèles. Le gouvernement s’emploie donc à ce que des prêtres fidèles à ses instructions soient élevés à l’épiscopat avec placet romain. Ils le reçoivent : "Rome a toujours eu le souci d’éviter les sacres illégitimes". Si au moindre compromis Pékin estime "faire une grande concession", Rome a compris qu’un refus de placet n’empêcherait pas le sacre du candidat du gouvernement. "Le message était clair, le gouvernement a rappelé à l’Église : "Chez moi, c’est moi qui commande" – signal qui nous a presque fait revenir aux années 1950", estime Mgr Hon.

Pour lui, si le Saint-Siège a des efforts à faire, "il serait bon de savoir si Pékin a envie de trouver un accord avec lui", et il en vient à la "divergence d’opinion entre deux grands connaisseurs de la Chine", Mgr Zen et le P. Heyndrickx. Pour ce dernier, reconnaît-il, Pékin a de bonnes intentions, ce qui le convainc que "ce qu’on appelle les “communautés clandestines” n’ont plus raison d’être". Le cardinal "qui connaît très bien la réalité et la mentalité chinoise", refuse sa confiance aux "autorités communistes", considère "à juste titre" que s’il veut susciter la confiance, le gouvernement se doit d’accomplir des actes concrets : laisser, par exemple, à l’Église "la liberté de choisir ses évêques". On en est loin ! Mgr Hon déplore des "lacunes" dans le choix des candidats à l'épiscopat, soutient, comme Mgr Zen, que "les communautés clandestines ont encore des raisons d’exister". Interrogé sur l’excommunication dont sont passibles évêques illicites et ceux qui les ont sacrés, il accorde des "circonstances atténuantes" à ceux qui ont été "contraints de jouer un rôle dans ces cérémonies". Quant à ceux qui ont été sacrés, "le Saint-Siège entend, avant toute excommunication, enquêter sur les cas individuels". Des postulants se sont fait "sacrer illicitement avec l’arrière-pensée qu’au bout d’un temps assez bref et sur leur prière, Rome leur accordera pardon et légitimité" ? Calcul condamnable, mais pardonnable ! Mgr Hon en vient à s’interroger sur les motivations de Pékin. Elles ne sont pas idéologiques, tel l’athéisme marxiste. Marx est mort, Mao, momifié. La Chine a fait retour sur elle-même : s’agit du problème millénaire de l’intrusion d’un pouvoir extérieur dans zhonghua ! Lisez le sinologue François Jullien (15) : "Deng Xiaoping, successeur de Mao le dictateur, a su transformer le parti communiste chinois en une nouvelle version de la vieille “bureaucratie céleste” – omniprésente et morale". Rien moins que souple ! Ce conformisme, dit encore Jullien, est l’aptitude "à se conformer en supprimant au nom de l’harmonie l’expression légitime des antagonismes" – lesquels du coup perdent leur légitimité. He, l’harmonie – une harmonie sociale pratique (16) – est ce que poursuit tout gouvernement "céleste", chaque Chinois ayant le devoir d’y concourir. Point de chimère de type égalitaire ! Je songe à la Loi des XII Tables (Rome, ve siècle avant notre ère) : on y lit Salus populis suprema lex esto, "Que le salut du peuple soit la loi suprême", au prix, si besoin est, de tous les droits individuels. Sagesse empirique.

Les "affaires" se multiplient …
Au printemps 2011, les "affaires" du genre qui a suscité les réactions des trois ecclésiastiques cités, se sont multipliées. Donnent-elles raison au cardinal Zen ? À mes yeux, elles donnent raison surtout à François Jullien. Furent concernées tant les communautés catholiques "clandestines" que les "Églises domestiques" protestantes, la plupart sans statut légal. Ces communautés dont les membres se réunissent chez des particuliers connaissent un bel essor. Partant, elles sont regardées avec une extrême méfiance par les autorités et soumises, outre les tracasseries administratives, à des persécutions chroniques. Les persécutions du printemps 2011 ont commencé avec l’ "Église domestique" de Shouwang, "illégale" puisqu’elle a refusé d’intégrer le Mouvement patriotique des trois autonomies qui coiffe les communautés protestantes "officielles". Forte de quelque mille membres, elle est l’une des plus importantes de l’agglomération pékinoise. À la veille de Pâques, malgré les arrestations qui par dizaines frappaient leur communauté dimanche après dimanche (les personnes arrêtées étant en général libérées dans la journée), les pasteurs de Shouwang, forts de l’audience de leur communauté liée à ses réseaux sociaux, annoncent leur volonté, lors des fêtes de Pâques, d’"éveiller les consciences des dirigeants chinois par une action pacifique et pieuse". Défi inacceptable qui leur vaut de voir interdire leurs cérémonies pascales. En Chine depuis toujours toute réunion est d’abord suspecte. "Se rassembler en public n’est pas une forme de contestation du gouvernement", rappellent les pasteurs sur leur site Internet. Les soutiens de Chine et du dehors se multiplient. Pour Christian Solidarity Worldwide la persécution dont la communauté fait l’objet trahit "la paranoïa du gouvernement chinois", et d’inviter les autorités de Pékin à respecter les droits constitutionnels des Chinois, lesquels droits comptent "la liberté de religion". Depuis février 2011, les brutalités qui touchent l’ "Église" de Shouwang et autres communautés religieuses, se sont étendues aux milieux intellectuels et artistiques, voire à toutes organisations privées perçus comme contestataires dans le domaine politique et social. Confucius a dit : "Qui n’occupe pas de position dans le gouvernement n’en discute pas la politique" (Lunyu, VIII, 14) ; ils l’ont oublié, les "intellectuels" qui se voient volontiers "occidentalisés" et nourrissent les plus naïves illusions sur le "Grand Ouest" et sa conception fort théorique de la liberté. Leur appétit en est d’autant plus vif que la tradition chinoise laisse au particulier, dans sa vie quotidienne, toute latitude d’entreprendre, dès lors que l’entreprise ne paraît pas menacer l’ "ordre" : ci, "place assignée à chacun, hiérarchie", dont, depuis des milliers d’années les "mandatés du Ciel" ont pour seule charge d’assurer la sauvegarde. Les dirigeants chinois redoutent-ils geming – "perte du mandat du Ciel" en langue classique, "révolution" en chinois moderne ? Ils éprouvent un malaise face à toute "licence" que se permettent lesdits "intellectuels". La méfiance administrative séculaire à l’endroit de tout groupe qui échappe au contrôle "mandarinal", ne peut qu’être aiguisée par la tournure prise par l’appétit chinois de liberté dans ces milieux d’un certain niveau de culture. En outre, l’intérêt porté à ces événements dans les pays anglo-saxons accentue l’impatience de Pékin. La BBC diffuse des images où l’on voit des policiers en civil arrêter, le jour de Pâques, des "personnes suspectes" assemblées pour prier et les entasser de force dans des cars ; le président de ChinaAid, ONG américaine qui entend dénoncer les atteintes aux droits de l’homme en Chine, publie des communiqués du type : "Le gouvernement de Pékin montre à nouveau son mépris total pour les libertés fondamentales de tout citoyen que sont la liberté religieuse et la liberté de réunion. Il faut que le monde libre reste solidaire des croyants persécutés en Chine". C’est jeter de l’huile sur le feu ! Les Occidentaux qui ignorent tout de la Chine n’en ont pas conscience. Pékin qui n’ignore rien de la masse protestante fût-elle dispersée et composée de cellules autonomes "clandestines", sait que si – à la différence des catholiques romains – aucun lien formel ne les rattache à l’extérieur, des liens informels nombreux, parfois puissants les rapprochent du monde anglo-saxon et font d’eux des ennemis de l’intérieur.(17)

Pékin frappe à droite, à gauche, les petits plutôt que les grands. Démarche répressive traditionnelle qu’illustre la formule "saigner le poulet pour effrayer les singes", sensée concourir à la quête toujours recommencée de l’ "harmonie", seule visée qu’un monde intégralement empiriste sait pouvoir poursuivre. La sagesse chinoise commande de se garder de ce qui échappe aux réalités tangibles : "Le Maître ne traitait ni des prodiges, ni de la violence ni du désordre ni des Esprits" (Lunyu VII, 21), faute de connaissances positives. Le néo-confucéen Zhu Xi (xiie siècle) explique : "Parler de choses extraordinaires, c’est exciter les hommes à ne pas suivre les règles ordinaires ; parler d’actes d’audace et de violence, c’est affaiblir en eux une indispensable patience ; parler de résistance à l’autorité, c’est les inciter à violer la justice ; parler des Esprits, c’est brouiller leurs idées sur la Voie". La sagesse commande de suivre "les règles ordinaires". "Parler de résistance aux lois ou à l’autorité, c’est inciter les hommes à violer la justice", dit encore Zhu Xi. Début mai, Églises d’Asie observait : "Depuis quelques mois les pressions policières se sont nettement accrues sur tous ceux qui, dans les sphères intellectuelle, artistique, environnementale ou judiciaire, tentent de faire entendre une voix libérale, appelant à la poursuite des réformes ou dénonçant les abus du pouvoir". Abus du pouvoir, cette "reprise en main policière" dont, entre autres, des prêtres catholiques "ont fait les frais" ? Combien de milliers de Chinois "molestés" sur les 1 300 millions que compte l’Empire ? La part du feu, dira le bon sens populaire, dût notre vision idéale de la justice en souffrir. En une Chine qui sait toute perfection inaccessible – ainsi de l’absolue justice – le désordre concourt à multiplier les "injustices" dont tout un chacun peut se rendre coupable ! Préserver l’ordre – fût-ce au prix de l’arbitraire, de l’erreur – seul moyen accessible de tendre vers l’ "harmonie" dont l’instauration, sous les impératifs de la réalité, est telle

"La mer, la mer, toujours recommencée" (18)
Quelques cas de cet arbitraire ? Dans la province du Hebei qui entoure l’immense enclave formée par les communautés urbaines de Pékin et de Tianjin, la communauté catholique "clandestine" a connu de fortes contraintes : début avril, un jeune prêtre catholique "clandestin" est interpellé par des policiers en civil alors qu’il se rend chez des paroissiens ; il est interrogé par des fonctionnaires des Affaires religieuses, puis transféré vers un lieu inconnu. En janvier, un autre prêtre a été arrêté par la Sécurité publique et a fait l’objet d’un traitement pénible : insomnie, injures… Relâché pour la Fête du Printemps – Nouvel An lunaire – à la requête de sa famille, il est bientôt emprisonné à nouveau. Un autre prêtre "clandestin", attiré dans un piège, est arrêté à la mi-mars : son lieu de détention, les charges qui pèsent contre lui sont inconnus. Cette vague d’interpellations répond à une campagne d’ "éducation politique", lancée par les autorités visant à contraindre les éléments "clandestins" du clergé à rejoindre les communautés "officielles". Le 28 avril, dans son rapport annuel, la Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde dénonçait "les graves violations" de la liberté religieuse perpétrées en Chine. "Églises domestiques" protestantes, catholiques "clandestins" ne sont pas seuls en cause : bouddhistes tibétains, musulmans ouïghours, adeptes du Falungong (19), n’échappent pas à toutes sortes de contraintes. Pékin a réagi : un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a invité "la soi-disant Commission américaine sur la liberté religieuse dans le monde à respecter les faits et à cesser d’intervenir dans les affaires intérieures de la Chine". Bouddhistes tibétains sous l’autorité morale du Dalaï-lama, musulmans ouïghours, sunnites turcophones liés toujours à leurs frères d’Asie centrale, ne sont pas vraiment intégrés à l’univers chinois. Quant aux adeptes du Falungong, ils n’ont qu’un vice : leur nombre !

Nombreux sacres épiscopaux  à venir…
Les catholiques "clandestins" ne sont pas seuls à connaître des difficultés, les communautés "officielles" souffrent de contraintes, notamment à propos du choix des évêques. Dans le diocèse de Shantou, Guangdong, l’élection d’un candidat à l’épiscopat qui s’est tenue le 11 mai, a donné lieu à de fortes pressions et, scrutin sans surprise, le P. Joseph Huang Bingzhang, candidat du gouvernement, a été élu avec une belle majorité : sur les 72 bulletins il n’y avait que 3 votes hostiles et 3 abstentions. Selon l’un des votants, durant le scrutin le nombre des "aides" en civil – des agents de la Sécurité publique – était supérieur à celui des votants. D’autres ont reconnu avoir subi des pressions avec menaces de représailles, un prêtre a avoué avoir voté "contre sa conscience". Ce processus électoral en vigueur dans les structures "officielles" de l’Église catholique chinoise n’est pas reconnu par Rome. Si au sein d’un diocèse dont le siège est à pourvoir, les prêtres, des religieuses, des responsables laïques sont appelés à désigner le candidat à l’épiscopat, ces élections sont généralement "arrangées", et les votants ne peuvent désigner que le candidat choisi par les autorités. À noter qu’à Shantou, évêché dont la chrétienté dynamique est en croissance, le siège épiscopal n’était pas vacant. En 2006, le Pape y a nommé un des doyens des prêtres locaux, le P. Zhuang : sacré secrètement, il n’est reconnu par les autorités que comme "prêtre officiel". Lors de la Semaine sainte, les agents des Affaires religieuses l’ont empêché d’exercer son ministère ; ils manœuvraient depuis des années pour y faire du P. Huang le prochain évêque "officiel". Le P. Huang, 44 ans, curé de la cathédrale Saint-Joseph, député à l’Assemblée nationale populaire, préside l’Association patriotique au Guangdong et a été élu, en décembre 2010, un des vice-présidents nationaux de ladite Association… D’autres provinces connaissent des phénomènes similaires : au Sichuan, les délégués du diocèse de Chengdu ont élu le candidat officiel à l’épiscopat par 41 voix sur 45 suffrages exprimés. Si les cinq sièges épiscopaux du Sichuan sont désormais pourvus d’un candidat, deux seulement ont été reconnus par Rome. Depuis le début de 2011, 11 candidats à l’épiscopat ont ainsi été désignés. L’un d’eux a même été sacré et installé, le 30 mars : Mgr Liang Jiansen, 46 ans, évêque de Jiangmen, Guangdong ; il bénéficiait du placet romain. À la mi-mai, dix sacres étaient en préparation. Certains élus avaient reçu l’assentiment pontifical, d’autres non. Mais les responsables de l’Association patriotique réaffirmaient leur volonté de nommer des évêques à leur gré, fût-ce sans le consentement romain, et leur président, Mgr Fang, précisait que désormais les prêtres élus n’avaient plus qu’à attendre l’accord de la Conférence des évêques de Chine pour être sacrés. Pour sa part, Liu Bainian, l’actif président honoraire, déclarait que, "si la politique d’autonomie en matière religieuse se traduisait par des élections et des ordinations épiscopales décidées en Chine seule, le Vatican se devait d’apporter son soutien aux prélats élus".

Pour maints observateurs cette réaffirmation de la politique de Pékin au regard de l’Église catholique est conjoncturelle ; elle intervient alors qu’on assiste à un durcissement du régime lié à des causes qui n’ont rien de religieux : outre la crise monétaire planétaire qui frêne son industrie, la Chine pâtit d’une grave sécheresse. Celle-ci sévit notamment dans le centre du pays entrainant une pénurie d'électricité qui gêne parfois gravement les entreprises et pousse les prix à la hausse. La province du Hubei connaît sa plus grave sécheresse depuis 50 ans. Près de 70 000 réservoirs d'eau y sont à sec, ainsi que de nombreux petits cours d'eau, ce qui va réduire les récoltes de céréales et affecter l'aquaculture dont le Hubei est le premier producteur en Chine, La situation "va pousser à la hausse l'indice des prix à la consommation" (20) et à des difficultés économiques aux lourdes conséquences sociales – lesquelles, vieux mal chinois, n’incitent guère au civisme. Pékin maintiendra l’ordre, fût-ce par la contrainte. Ainsi, pour ce qui regarde les catholiques, la promotion à la tête de certains diocèses – pas tous (21) – d’évêques au gré de la seule Conférence des évêques de Chine – soit du gouvernement chinois.

Le conflit latent entre Pékin et le Saint-Siège allait-t-il s’aggraver ? Mi-mai, Églises d'Asie affirmait que les responsables de l’Association patriotique, "soutenus par Pékin", avaient réaffirmé "leur volonté de nommer des évêques sans le consentement de Rome". Benoît XVI qui a fait du dossier chinois une de priorités de son pontificat, a alors lancé un appel solennel à la prière de l'Église universelle pour les catholiques de Chine. "Par la prière nous pouvons obtenir que l'Église en Chine demeure, une, sainte et catholique, fidèle et ferme dans la doctrine et dans la discipline ecclésiale." Pékin a réagi et le porte-parole du ministère des Affaires étrangères déclaré : "La Chine espère que le Vatican pourra admettre la réalité de la liberté de culte et de développement du catholicisme en Chine et créera par des actions concrètes les conditions du développement de relations entre elle et le Saint-Siège". Rome et Pékin parlent-ils la même langue ? Pékin place le débat sur le terrain de la diplomatie et des libertés, le Pape s’est adressé, non aux politiques, mais aux catholiques, et a placé l’enjeu sur le terrain de la foi. Peut-on comprendre le Saint-Père à Pékin, quand il dit : "En Chine comme ailleurs le Christ vit sa passion. Alors qu’augmente le nombre de ceux qui L’accueillent comme leur Seigneur. Il est rejeté, ignoré ou persécuté par d’autres" ? Le Pape pour qui l’enjeu de la situation est "l’unité des catholiques chinois avec l’Église universelle", s’adresse aux évêques dont "certains souffrent de pressions dans l’exercice de leur ministère épiscopal", les invitent à résister "à la tentation d’un chemin indépendant", termine, s’adressant à la Vierge dont la grâce peut "éclairer ceux qui sont dans le doute, consoler les affligés, fortifier ceux qu’égarent l’opportunisme et ses flatteries : Vierge Marie, Secours des chrétiens, Notre Dame de Sheshan (22), prie pour nous". Sans tarder, Catholic Online, important site Internet chinois, mit en ligne une traduction de l’homélie pontificale. Le texte n’a pas été retiré, comme l’exigent souvent les autorités pour des informations sensibles ; le dossier ouvert aux commentaires, non plus. Surprenant ? Oui et non : les services chinois cherchaient à connaître l’état d’esprit des catholiques qui avaient pris connaissance des paroles papales.

Sacres suspendus ou que les autorités veulent suspendre
En mai 2011, la vie de l’Église en Chine suivait un cours incertain. Le 20, au Shandong, un évêque "officiel" était sacré – le P. John Lu Peisen, 45 ans, désormais titulaire du diocèse de Yanzhou ; le siège en était vacant depuis 2005. Sacré avec l’accord de Rome, Mgr Lu l’a été par trois évêques "en communion avec le Pape", en présence de deux autres prélats eux aussi reconnus par Rome. Le président de la Conférence des évêques, Mgr Joseph Ma Yinglin, sacré sans mandat pontifical, avait fait savoir qu’il ne pouvait pas prendre part à la cérémonie, les affaires de son diocèse l’appelant à Kunming. La veille, il déclarait qu’une des tâches de la Conférence des évêques aujourd’hui dirigée par des prélats de la jeune génération était, entre autres, de "choisir les candidats à l’épiscopat de manière prudente et sérieuse selon la tradition de l’Église et les règlements de la Conférence des évêques catholiques de Chine". Opportunisme, ces déclarations ? Double langage ? Le 1er juin, rapportait Ucanews, le P. Joseph Shen Guo’an allait être sacré évêque "officiel" du diocèse de Wuhan (23), Son accession à l’épiscopat prévue pour le 9 juin, manifestement voulue par les autorités chinoises, n’avait pas été approuvée par le Saint-Siège. Affrontement en vue ? Le même jour, ÉDA publiait cet avis d’un observateur éprouvé – Anthony Lam Suiki, chercheur au Centre d’études du Saint-Esprit à Hongkong. Il disait : "Le sacre du P. Shen, s’il a lieu, ne peut que créer de graves difficultés ; toutes les parties en présence y perdront", et expliquait : "Le gouvernement ne gagnera rien à semer la division au sein de l’Église ; le nouvel évêque se trouvera dans une situation intenable, menacé des sanctions que prévoit le Code de droit canonique de l’Église catholique et en but à la désapprobation des fidèles de Wuhan et de l’Église en Chine vis-à-vis d’un des leurs qui aura trahi l’Église… Selon le témoignage de catholiques de Wuhan, le P. Shen, outre le fait qu’il n’est pas le candidat idoine au siège épiscopal et qu’il ne dispose pas du mandat pontifical, ne souhaiterait pas lui-même devenir évêque". On apprenait, le 8, que "le sacre de l’évêque de Wuhan était reporté sine die par Pékin". Le 10, l’archevêque Hon Taifai expliquait : "Les fidèles de Hankou ont réagi et, code de droit canonique en main, ont demandé au gouvernement et à l’Association patriotique de ne pas faire ce geste et d’éviter ce sacre. Il semble que le P. Shen lui-même ne veuille pas non plus être sacré. (…) Certains évêques et prêtres se soumettent, parce que, s’ils ne le font pas, ils perdent les subventions de l’État pour le diocèse, rencontrent des obstacles dans leur travail pastoral quotidien, n’obtiennent pas d’autorisations de se rendre à l’étranger ou de voyager à l’intérieur du pays, sont contraints de subir des cours de rééducation. Autre punition grave, l’isolement forcé par rapport aux autres évêques, aux prêtres et aux fidèles. L’évêque de Cangzhou qui a refusé de participer à la VIIIe Assemblée en décembre dernier, subit des séances de rééducation. Son exemple le montre, il est possible de refuser de se soumettre… Les autorités chinoises savent choisir leurs candidats parmi les plus fragiles, les plus disposés au compromis. Or, aujourd’hui plusieurs des candidats à l'épiscopat résistent, ne veulent pas être sacrés sans les garanties canoniques et sans l’approbation du Pape. Face à certains candidats qui n’ont pas accepté d’être sacrés par des évêques illégitimes ou avant que l’approbation du pape ne soit arrivée, le gouvernement n’a rien pu faire".

Prière du Saint-Père à la Vierge de Sheshan, pressions des chrétiens du Hubei, tiédeur du P. Shen, ont-elles suffi à faire plier Pékin ? J’en doute, Mgr Hon le sait mieux que moi, il ne pouvait ignorer que L’Osservatore Romano allait publier, le 11 juin, une déclaration du Conseil pontifical pour les textes législatifs sur les sacres épiscopaux illicites, le Vatican y rappelant les sanctions prévues en la matière par le Droit canon, mais prenant soin d’éviter d’y désigner la Chine. Daté du 6 juin, trois jours avant le report sine die du sacre du P. Shen, le document n’a fait l’objet d’aucune traduction officielle (en et-il besoin aujourd’hui si Catholic Online, par exemple, en prend l’initiative ?), mais donne à penser que le Saint-Siège, en réaction contre le sacre illicite annoncé, durcissait sa position. Cela a-t-il impressionné Pékin ? J’en doute. Les catholiques chinois, sûrement. Pour Kwun Ping-hung qui de Hongkong suit les affaires de l’Église en Chine, Rome a voulu mettre les choses au clair face à la dizaine de sacres épiscopaux en préparation et rappeler que le droit canon existe, tout en maintenant ouvertes les voies d’un éventuel dialogue avec Pékin. "Compris ainsi, dit Kwun, le principal objet de cette déclaration est d’inviter poliment mais fermement les catholiques chinois, clercs ou laïcs, à boycotter les éventuelles ordinations épiscopales menées sans mandat pontifical."

Faut-il voir dans les objections formulées par les autorités chinoises contre le sacre, prévu pour le 29 juin dans le diocèse de Handan (Hebei), du P. Joseph Sun Jigen (24), futur coadjuteur de l’évêque "officiel", Mgr Stephen Yang Xiangtai, âgé de 89 ans, le souci de s’imposer dans un cadre qui paraît leur échapper ? Elles veulent faire reporter la cérémonie, trop proche du 1er juillet, date à laquelle sera célébré le 90e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois, et rappellent que ce sont elles, non le diocèse, qui fixent le jour des cérémonies. "Dans le contexte tendu qui prévaut actuellement, les autorités cherchent à éviter toute initiative intempestive qui viendrait de la société civile et, dans ce cadre, estiment que l’Église n’a pas à se manifester à une date si proche du 90e anniversaire du PCC. D’un point de vue politique, que le diocèse choisisse pour le sacre du P. Sun une solennité du calendrier liturgique particulièrement liée au Saint-Siège est perçu comme une affirmation de loyauté du diocèse à l’endroit du Vatican". (25) "Sujet sensible", dit Ucanews pour qui "il ne fait pas de doute que ces mêmes autorités chinoises cherchent à imposer la présence de Mgr Joseph Guo Jincai – l’évêque "officiel" du diocèse de Chengde non reconnu par Rome – lors de la messe du sacre". Selon la même source, les responsables du diocèse de Handan estiment que le sacre de leur futur évêque est une affaire interne à l’Église : "les autorités locales ont certes à en être informées", mais ils n’ont pas à attendre de "recevoir leur assentiment" ! Compte tenu du contexte social actuel difficile, les responsables du diocèse de Handan ont pris des précautions : le P. Sun – en "retraite spirituelle" – est injoignable et Mgr Yang a été placé dans "un endroit sûr", d’où il ne sortira que pour venir présider la cérémonie du sacre. "Ce qui se passe ces jours-ci représente un enjeu important pour le P. Sun. S’il cède aux pressions des autorités, le diocèse s’en trouvera divisé, les fidèles et les prêtres refusant que celui qui a reçu sa nomination du pape se laisse dominer par les autorités patriotiques", précise Ucanews. Affaires à suivre… Le diocèse de Handan n’est pas seul à tenir la vedette, en cette fin juin 2011 : au Sichuan, le 23, le sacre du P. Paul Lei Shiyin, personnage puissant au sein de l’Église régionale, fixé au 29, restait en préparation faisant dire à des prêtres, sous anonymat, que "le Saint-Siège ne devait plus hésiter à dire clairement que les prêtres ne doivent plus concélébrer la messe aux côtés d’évêques illégitimes, les fidèles ne plus assister aux eucharisties célébrées par ces prélats. (…) Trop d’évêques et de prêtres cherchent à la fois à plaire au gouvernement chinois et au Saint-Siège. S’ils savaient le prix à payer, l’excommunication, ils y réfléchiraient à deux fois". (26)

Pékin ne redoute pas de mécontenter Rome
L’observateur doit le savoir : le jeu ne se joue pas à parties égales. Pékin ne redoute pas de mécontenter Rome, Pékin redoute l’effet du mécontentement de Rome sur les quelques millions de catholiques chinois – souvent de milieux aisés et regardés par les autorités comme une fratrie plus puissante qu’il n’y paraît ! Le 26 juin, le P. Joseph Sun, sa retraite achevée, s’est vu inviter à monter à bord d’une voiture de la Sécurité publique qui l’a emmené à Shijiazhuang, capitale du Hebei où il reste en résidence surveillée. D’ailleurs, la Conférence des évêques "officiels" n’a pas publié l’autorisation nécessaire à son sacre, lequel se trouve reportée sine die. En revanche, la Conférence a confirmé l’imminence du sacre du P. Paul Lei, futur évêque de Leshan pour, le 29 juin. Les évêques officiants sont désormais connus : tous sont reconnus par Rome, mais notoirement sensibles aux pressions que les autorités peuvent exercer sur eux. Selon un prêtre du diocèse, "le P. Lei va devenir l’évêque légitime de Leshan au regard du gouvernement et des institutions chinoises. Nous espérons que le Saint-Siège approuvera son sacre. Quoi qu’il en soit, la cérémonie se déroulera selon les usages et conditions qui prévalent dans le pays". (27) Quelques jours plus tôt, le chef de l’Administration d’État des Affaires religieuses, Wang Zuo’an, avait insisté publiquement sur la nécessité pour l’Église de Chine de nommer et sacrer elle-même ses évêques. Le P. Yang Yu, porte-parole des structures "officielles", expliquait que "tant la pastorale que l’évangélisation imposait de placer au plus vite des évêques à la tête des 40 sièges épiscopaux vacants, leurs sacres devant répondre aux conditions nationales et aux impératifs pastoraux". Nulle mention d’un éventuel aval pontifical. Ainsi, Pékin interdit le sacre épiscopal d’un prêtre qui a reçu l’aval romain, et soutient celui d’un autre qui "pour des motifs connus des autorités et de ses coreligionnaires" (28) ne saurait le recevoir. Étonnant ? Chinois ! Le P. Sun se réclame d’une autorité extérieure, le P. Lei concourt à he, l’harmonie intérieure, dont les dirigeants ont reçu mandat du Ciel (29) ! Donnée archaïque, périmée ? Parvenir à he – "l’harmonie" –, la préserver, devoir du Fils du Ciel, quelle que soit son "idéologie" : légisme (autoritarisme absolu), confucianisme d'État (paternalisme rigide) ou "maoïsme" revu et corrigé par Deng et ses successeurs – "nouvelle version de la vieille “bureaucratie céleste” – omniprésente et morale", dit si justement François Jullien.

La Chine reste la Chine. Ce 29 juin, "sept évêques légitimes ont participé au sacre épiscopal sans aval pontifical du P. Paul Lei Shiyin, tandis que le sacre licite qui devait avoir lieu à Handan (Hebei) a été interdit par la police. Le nouvel évêque "illégitime" de Leshan se réclame de l’importance de l’évangélisation de son pays. Mais de nombreux fidèles se disent "peinés" de l’événement. (…) La cérémonie a été présidée par Mgr. Fang Xinyao, de Linyi, au Shandong. (…) Mgr. Fang est le président national de l’Association patriotique. Mgr. Lei que seul le gouvernement a reconnu, a déclaré qu’il espérait renforcer le diocèse de Leshan par une œuvre d’évangélisation à laquelle l’époque lui semblait favorable. Le diocèse compte 70 000 fidèles. Un prêtre a assuré qu’un millier de personnes assistait au sacre, dont des officiels. La cérémonie a eu lieu dans l’église d’Emeishan, dans le sud du Sichuan, qui dispose de plus de places que la cathédrale de Leshan. (…) Après la messe une fête a suivi, organisée par les catholiques locaux. Un prêtre "clandestin" d’une province voisine a dit qu’il s’était vu enjoindre par la sécurité publique se tenir loin de Leshan durant les jours précédents le sacre. Un catholique de Wuhan s’est dit "triste" que ce sacre illicite ait eu lieu, ajoutant : "À Wuhan, nous avons eu la chance que la cérémonie ait été annulée…" Enfin, une personnalité de l’Église a affirmé que ce sacre illicite portait tort à la communion de l’Église en Chine avec l’Église universelle". (30) Je doute que Pékin s’en soucie et la Chine poursuivra les manœuvres qui lui conviendront, dès lors que son "harmonie" sociale n’aura pas à en souffrir…

En l’an 3000, les JMJ auront lieu à Pékin
En 2009, j’ai rendu visite à Mgr Aloysius Jin, l’évêque nonagénaire de Shanghai. Nous avons passé ensemble une petite heure, échangeant nos avis sur la situation de la Chine effervescente – "si pleine encore de misères et où tant de gens ne vivent encore que de la charité des autres" – et sur le regard que les Occidentaux portent sur elle – « quand ils parlent de la Chine, je ne reconnais pas mon pays" ! Mgr Jin me donna un album, Catholic Shanghai Diocese dont les photographies témoignaient de la foi de ses diocésains. Dans l’introduction, de son pinceau, on lisait : "Le temps passe, les choses changent. Depuis 400 ans, l’Église en Chine en descend le fleuve, tel un petit navire, sous les tempêtes et les nuages, témoignant de sa foi tout au long de son itinéraire… " "Comment, demandai-je, en dépit de sa méfiance millénaire pour toute autorité extérieure à la sienne, comment pourrait-on, à Pékin, ignorer les paroles du Pape, pour qui "l'Église a particulièrement à cœur des valeurs et des objectifs qui sont d'une importance primordiale pour la Chine moderne : solidarité, paix, justice sociale, développement intelligent au sein de la mondialisation" ? "Mgr Jin n’est pas sûr que Pékin en ait conscience : "Trop de gouvernants chinois se font une image erronée du monde extérieur". Ce très vieux jésuite porté par l’Espérance en la Volonté du Ciel est un témoin exemplaire de "l’inculturation de la foi" évoquée par le P. Vermander. Les pressions politiques et culturelles peuvent-elles, dans la tradition chinoise, pousser cette inculturation jusqu’à l’établissement d’une Église autocéphale ? Ainsi de la communauté nestorienne, sous les Tang, libre de toute attache avec l’extérieur ? C’était l’intention des fondateurs de l’Association patriotique, à la fin des années 1950 ; je ne jurerais pas que cet objectif est caduc… En février dernier, le P. Heyndrickx achevait son message sur la puissance de la prière à en entretenir le souffle. Revenant de Chine en 1997, le P. Bro, o.p., me disait : "En l’an 3000, les JMJ auront lieu à Pékin". Un millénaire, c’est long à l’échelle humaine, beaucoup moins à celle de la Chine, moins encore à celle de l’Église romaine.

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Dernières minutes (31) :
* Le 30 juin, Mgr Joseph Zhu Baoyu, 90 ans, a été installé  évêque "officiel" du diocèse de Nanyang, dans le Henan. La singularité de cette installation ? Jusqu’ici évêque "clandestin", Mgr Zhu est devenu évêque "officiel", alors que, l’an dernier et pour raison d’âge, il avait présenté sa démission à Rome qui l’avait acceptée. Mgr Zhu dit avoir accepté cette installation officielle,  afin de favoriser le retour au diocèse de propriétés confisquées durant la Révolution culturelle. Si un prêtre qui le soutient, assure que l’évêque sera désormais en meilleure position pour négocier le retour de ces biens dans le giron du diocèse et que cela "bénéficiera au travail d’évangélisation", sa décision ne fait pas l’unanimité, la composante "clandestine" du diocèse y étant majoritaire. Son coadjuteur, un "clandestin", estimerait "toute l’affaire manigancée par les autorités".
* Le 4 juillet, le Saint-Siège a rendu publique une déclaration pontificale faisant état de l’excommunication du P. Lei Shiyin, sacré illicitement évêque de Leshan, le 29 juin. Quant aux sept évêques qui, tous reconnus par Rome, ont pris part à la cérémonie, ils se sont exposés d’eux-mêmes, précise la déclaration romaine, aux "graves sanctions" prévues par le droit canon en une telle circonstance.
* Le 7 juillet, les autorités chinoises préparent le sacre de l’évêque de Shantou, ville importante du Guangdong, au statut de ZEP (zone économique spéciale). La cérémonie doit avoir lieu le 14 juillet prochain. Le futur prélat, le P. Joseph Huang Bingzhang, n’a pas reçu de mandat du Saint-Père et se prépare donc à être sacré de manière illicite.
Partie de bras de fer en vue ? Les desseins du Seigneur sont impénétrables !

Paru dans La Nouvelle Revue Universelle

(1) Toute citation du P. Heyndrickx, Églises d’Asie, revue des Missions étrangères de Paris, 01/04/ 2011.
(2) Dans le n°24, une relecture un peu rapide des noms de lieu m’a fait confondre Chengde (Hebei, préfecture à 250 kilomètres au nord-est de Pékin) avec Chengdu, capitale du Sichuan. Veuillez m’en excuser, merci.
(3) Créée en 1957, l’APCC, seul mouvement catholique reconnu par le gouvernement, assure pour l'État chinois la surveillance des catholiques. Elle compte 9 vice-présidents dont Mgr Joseph Guo Jincai, l’évêque de Chengde, 1 laïc, Liu Yuanlong, en assume le secrétariat général.
(4) Food and Agriculture Organization of the Uno, Organisation de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture.
(5) Fin xixe siècle, le peuple chinois appelait 'faux diables étrangers' leurs compatriotes convertis au christianisme.
(6) Aucune des "Puissances" coupables de la mise en coupe réglée de l’Empire, Royaume-Uni, France, Russie, Allemagne, Japon, États-Unis, Autriche-Hongrie et Italie, n’a jamais accompli tel geste.
(7) ÉDA n° 549, 15/04/2011.
(8) Benoît Vermander, Les Mandariniers de la rivière Huai, Paris, DDB, 2002, pp 8 sq.
(9) Né en 1871, interprète de langue française (alors langue diplomatique) à Saint-Pétersbourg pendant 15 ans puis ambassadeur de l’Empire, il y rencontra la fille de l’ambassadeur de Belgique et l’épousa. Elle le mena à se convertir au catholicisme. Veuf, il entra chez les bénédictins, à Gand et devint Dom Pierre-Célestin.
(10) Les missionnaires jésuites l’avaient obtenu du Saint-Siège au début du xviie siècle, le rapporta la "condamnation des Rites chinois" par Rome en 1704.
(11) Propos de 1943, dans la ligne de la "rénovation des méthodes apostoliques" lancée par Benoît XV, et développée par Pie XI, puis Pie XII. Cf. Dom Pierre-Célestin Lou Tseng-Tsiang, Souvenirs et pensées, DDB, 1945, pp 151 sq.
(12) "Race jaune", locution occidentale ! Liens à établir avec toutes les "grandes cultures mondiales non européennes".
(13) Mgr Zen semble condamner (il ne peut l’ignorer) ce trait primordial de la tradition chinoise, la jalousie du pouvoir – PCC aujourd’hui, Empereurs hier, seul garant de zhonghua  – et sa méfiance farouche à l’endroit de toute autorité étrangère qui pût influencer "les hommes aux cheveux noirs".
(14) Savio Hon Tai Fai, 61 ans, est le premier Chinois responsable de haut niveau à la Curie. Théologien salésien, né d’une famille non catholique, baptisé à 11 ans, il a enseigné la théologie à Hongkong en Chine continentale. Cf. L’Avvenire, quotidien de la Conférence des évêques catholiques d’Italie, 01/04/2011.
(15) Cf. François Jullien, Le Monde.fr, 22/07/2008 & François Jullien/Thierry Marchaisse, Penser d’un dehors (la Chine). Entretiens d’Extrême-Orient, Le Seuil, 2000. Infra, cf. ÉDA, n° 549/552 – avril/juin 2011.
(16) He : "concorder, harmoniser, s’accorder, entente, bonne intelligence, harmonie, paix, paisible, confiant", dit le Dictionnaire chinois/français ,de l’Institut Ricci.
(17) Les chiffres ne peuvent qu’inciter le pouvoir chinois à s’en prendre aux "Églises domestiques" : si les statistiques officielles font état de 16 millions de protestants, ces Églises estiment rassembler entre 40 et 80 millions de fidèles.
(18) Paul Valéry, Le cimetière marin.
(19) Ce mouvement qigong, "entraînement de l'énergie vitale", fondé par Li Hongzhi en 1992, compte aujourd’hui quelque 100 millions d’adhérents – ce chiffre suffit à justifier les brimades dont il fait l’objet.
(20) Outre la pénurie d’électricité et ses effets industriels, outre les effets de  la sécheresse qui sévit dans le centre de la Chine, la Chine, important fournisseur du monde, extérieur, souffre de la situation économique mondiale, laquelle provoque un ralentissement de la croissance. La situation "va pousser à la hausse l'indice des prix à la consommation" (China Business News, 18/05/2011), lequel peut créer une vague de mécontentement dans la population. Cela n’empêche pas Pékin de se déclarer en juin prêt à continuer à acheter de la dette souveraine européenne…
(21) À Fengxiang (Shenxi), le futur évêque, le P. Peter Li Huiyuan, a été élu à l’issue d’un processus ouvert et libre à l’initiative de Mgr Lucas Li Jingfeng, 89 ans, auquel il est appelé à succéder. Mgr Li, sacré dans la clandestinité en 1980, a longtemps refusé de rejoindre les structures "officielles". En 2004, sur les conseils de l’évêque "officiel" de Xi’an, il se décide "pour le bien et l’unité de l’Église dans le Shenxi " à "faire surface", obtient du gouvernement qu’il reconnaisse sa qualité épiscopale, malgré son refus d’adhérer à l’Association patriotique et à la Conférence des évêques. Le 18 mai, Mgr Li,  et ses deux vicaires généraux ont surveillé le déroulement des opérations de vote. Seul candidat, le P. Li a bénéficié de la totalité des suffrages. Des représentants des autorités étaient là, Mgr Li les avait invité (sic) afin qu’ils témoignent de la conformité du vote avec la législation en vigueur…
(22) Le sanctuaire marial de Sheshan, situé à proximité de Shanghai
(23) Wuhan n’est pas reconnu comme évêché par Rome, Pékin y a en effet rassemblé sans l’accord romain la direction des diocèses de Hankou, Hanyang et Wuchang.
(24) 44 ans, ordonné prêtre en 1995, chancelier du diocèse en 1997, vicaire général de 2001 à 2005, le P. Sun a été élu évêque coadjuteur en 2010 avec l’aval de Rome. Membre de la branche locale de la Conférence consultative politique du peuple chinois, Nombre d’observateurs voient son sacre comme un test de la capacité de l’Église de Chine à résister aux pressions des autorités dans le domaine, officiellement le sien, des sacres épiscopaux.
(25) ÉDA n°554, 01/07/2011. Infra, Ucanews, 20/06/2011.
(26) Ucanews, 23 //06/2011.
(27) Id., 27/06/2011.
(28) Mais jamais précisés par la presse missionnaire !
(29) Les Chinois ont reçu le bouddhisme du "Grand Véhicule", au iie siècle,  et en ont fait Fojiao, le religion de Fo (pour Foto, Bouddha, en chinois) ; le christianisme nestorien au vii; l’islam qu’embrassèrent des Han du nord-ouest, dits bientôt les Hui, aux ixe et xe siècles. Nulle méfiance, quand ces religions, arrivées par la Route de la Soie, parurent aux mandarins libres de toute autorité extérieure. À l’inverse, les missionnaires catholiques.
(30) AsiaNews, 29/06/2011.
(31) ÉDA, 01/07/ et 04/07/2011.

La mort de Pierre Chaunu

Publié dans A tout un chacun

 

Pierre Chaunu vient de mourir. Il avait quatre-vingt-six ans. Je connaissais alors Pierre Chaunu depuis vingt ans ; nous nous étions rencontrés chez Alain Peyrefitte, au début des années quatre-vingt, quand nous envisagions au sein d'un aréopage de notoriétés dont je n'étais pas, les moyens de lutter contre François Mitterrand et la mainmise du Parti socialiste sur l'État. Pierre Chaunu s'était pris de sympathie pour moi : "Je vous aime bien", répétait-il quand je le remerciais des services qu'il me rendait : m'inviter à Radio-Courtoisie, faire un papier sur mon John Barrow, préfacer mon Mandeville …

Je lui dois d'avoir rencontré des personnalités de grande qualité dont certaines sont devenues de vrais amis. Il était "comme ça", Pierre, le coeur sur la main, parlant de tout avec le plus grand naturel et une capacité de passer, par association d'idées, d'un sujet à un autre qui pouvait désorienter le non-initié.
Peyrefitte avait une formule qui donnera une idée de sa culture. Ignorions-nous, lui et moi, quelque chose, il me disait : "Je demanderai à Chaunu", ou "Appelez donc Chaunu, il sait tout". …
"Né en 1923, le 17 août, à la lisière extrême de la zone des combats, dans une maison fraîchement relevée de ses ruines, au milieu d'un paysage lunaire - ce cadre a pesé sur mon destin et sur cette place que tiennent dans ma carrière d'historien la vie, la mort, la foi - entendez la quête du sens."

Fils de France
Il répétait volontiers comme il était le fils du nord-est de la France et du sud-lorrain et corrézien. "Deux mondes, mais à l'image de la France !" France, en qui, tel De Gaulle, il voyait "une personne" : "La France est une personne et le mystère d'une personnalité collective n'est pas plus épais que celui des personnages que nous formons à partir de notre être biologique… Bien sûr, la France est héritage, mélange de lignées - comme moi, comme vous - lignées biologique et culturelle ! "
Cet héritage, biologique et culturel, Pierre Chaunu aimait à répéter qu'il est indissociable du sacré, lequel, depuis le Berechit, premier mot de la Bible, voue l'homme au "plan divin" dont notre France moderniste, républicaine et libertaire, laïque en même temps qu'autoritaire et totalisante, paraît avoir divorcé ! Lui parliez-vous de la liberté de parole en France, Pierre répondait du tac au tac : "On était bien plus libre sous Louis XV et Louis XVI que sous l'actuelle Ve République !"
Cet homme de bonté portait des jugements sévères, cet apparent optimiste nous voyait un avenir noir.
Ses études démographiques en étaient cause, qui dès les années 1970 étaient devenues son cheval de bataille.
"La vérité en matière démographique, comme en histoire, n'est pas bonne à dire, et en la matière, je n'ai qu'une déception, la plus cruelle : ne pas m'être trompé. Des cataclysmes se préparent, avant le grand cataclysme à l'horizon du XXIIIe ou XXIVe siècles. Voyez les tableaux de mon dernier bouquin, La Femme et Dieu (Fayard, 2001) … Comme disait Sauvy, j'ai cherché à prévoir, pour ne pas voir. Mais je crois que je suis arrivé trop tôt : on n'a jamais raison à contretemps.
Les démographes (pas ceux de l'Insee que paie le gouvernement) - tous les vrais démographes savent, comme moi, que ce que nous vivons est sans précédent, que rien ne permet encore d'entrevoir le bout du tunnel et que ceux qui n'ont pas un boeuf sur la langue s'exposent à de sérieux désagréments.
Il faut feinter pour parler, comme l'a fait Dupâquier, historien et authentique savant ; user d'humour, blaguer sur les certitudes prolétariennes de Lyssenko, pour laisser apparaître, à contre-jour, quelques avertissements ! On ne lit pas l'avenir dans le marc de café, on le lit dans les colonnes de l'état-civil. Répudié l'état-civil ! Trop contraire à la très paisible idéologie libertaire du plaisir (devenue, comme dit Updike : tyrannie du plaisir)… Dieu sait à qui le crime profite !"

Fils de Dieu
Quelle religion, Pierre Chaunu ?
"Baptême catholique, suivi d'une instruction religieuse sérieuse : primaire et secondaire, dans la France civilisée, je veux dire : concordataire, où il était naturel qu'une enfant reçût une éducation religieuse, même à l'école communale. Ma mère avait été très pieuse ; je ne l'ai pas connue. La tante qui m'a élevée l'était sans doute aussi, j'allais au catéchisme, à l'aumônerie du lycée ensuite. Vers quinze ans, j'ai quitté Metz, la France concordataire et l'instruction religieuse. J'ai erré quelques années, sans problèmes de conscience bien graves. Mais cette formation messine m'a été d'un grand secours, un peu plus tard…
Pourquoi le luthéranisme ? Naturellement et dans la ligne de la formation reçue à Metz, quand j'ai rencontré ma femme qui était de famille à la fois catholique et protestante. Vers trente ans, j'ai demandé à entrer dans l'Église réformée. Luther m'était apparu merveilleusement humain, en rupture avec une certaine rigueur que j'avais subie. Il se rattache à la devotio moderna, la lecture personnelle, mais aussi à saint Bernard !"
Ce protestant qui disait couramment "Notre Saint Père le pape", que d'aucuns voyaient plus catholique que bien des évêques, expliquait : " Nous ne devons pas mettre notre espoir en nous, mais en Dieu. C'est uniquement dans les plaies du Christ qu'on peut trouver la sécurité", dit saint Bernard. C'est la contemplation de la Croix, sans la hantise du jugement, avec la certitude qu'elle est pleinement suffisante. Or, ce que dit saint Bernard, un peu en incidente, conduit au point central de la doctrine de Luther, la grande illumination salvatrice formulée en 1515 : "Le chrétien est par la foi toujours simultanément pécheur, juste et pénitent." La formule est au centre des 95 thèses, où elle s'affirme dès les premières lignes : "En disant : Faites pénitence, Notre Seigneur et Maître Jésus Christ a voulu que toute la vie des fidèles soit une pénitence". Tout au long des écrits de Luther, et bientôt sur un pied d'égalité, les trois termes peccator, justus et penitens en marquent clairement la filiation bernardienne ! Domine, non sum dignus, et la Grâce salvatrice intervient. Je suis sauvé ! Et vous… Mais, attention, ce n'est pas une vie de mortifications : rien à voir avec le jansénisme ! L'angoisse du salut a été le moteur de la réforme luthérienne, dont le levier est le sola fide. Par cette "foi seule", entendez la gratuité, la grâce en langage canonique, dans les rapports de l'homme à son Dieu qui se fait connaître au coeur… Sola fide libère de l'angoisse du salut."
Anecdote : en 1992, le cardinal Ratzinger est reçu comme membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Après la réception, il bavarde avec ses pairs, dont Pierre Chaunu. Est abordé le sujet de la Vierge Marie, Pierre tient tête au cardinal qui finit par lui dire :
- Mais, cher professeur, vous êtes plus catholique que moi !
Dieu ait votre âme, cher Pierre.

Universalité de Confucius et de son coeur

Publié dans Au delà

Universalité de Confucius et de son coeur

(...) (site endommagé en 2013)
... qui vise, en 200 pages, à donner aux Français un aperçu de la civilisation chinoise : "Même si la Chine du xxe siècle a souvent cherché à le répudier, Confucius demeure très présent chez les Chinois du xxie. Il prêchait piété filiale et soumission aux rites, car l'une et l'autre concourent à l'harmonie de la société et de l'univers. Mais il ne fige pas pour autant ce peuple industrieux. Grande est la capacité des Chinois d'une évolution dans la continuité". J'ajoutais : "Ce roi sans royaume est un des hommes qui a le plus influé sur le destin de son peuple, celui-ci eût-il le plus souvent ignoré le fond de sa pensée et les ressorts de son éthique : responsabilité et sollicitude fondées sur l'expérience et l'étude". Si les Chinois sont nombreux à suivre la Voie confucéenne sans le savoir, les rares Occidentaux qui, sans l'avoir lu, ont une idée de Confucius, voient en lui le fondateur d'un ordre social conformiste qui donne une rôle dominant et arbitraire au souverain, au père, à l'époux, à l'aîné ; d'un patriarcat qui enferme une multitude d'individus dans une soumission totale à quelques privilégiés du sexe mâle.
Or, Lunyu dit de Confucius qui commence à courir le pays : "Le Ciel va donner au peuple en ce grand homme un héraut de la vérité" (Lunyu iii, 25). Il ouvrira la Voie, dao, dont je retiendrai l'observation qu'en donne le Dictionnaire français de la langue chinois, de l'Institut Ricci, pour son acception cosmique : "La Voie ne peut être appréhendée par l'esprit discursif, est manifeste dans le devenir naturel et s'impose à l'homme en le rendant à lui-même".

Confucius, "héraut de la vérité", va rassembler tout ce que le coeur chinois (siège tant des sentiments que de l'intelligence) a produit de meilleur depuis les origines et en fera la leçon aux générations futures. Fruit des traditions antérieures au Maître, sa doctrine se répendra en Chine selon la volonté du Ciel, contribuant à l'éducation de "l'homme véritable" - le junzi. C'est le temps où la Perse écoute Zoroastre, la Grèce, les présocratiques (Démocrite, Épicure, Empédocle, Héraclite, Anaximène, Pythagore et Thalès de Milet), puis Socrate ; le temps où les Hébreux connaissent les premières relations écrites des prophéties, celui où Rome forme un ordre moral et social qui durera plus de mille ans et a profondément marqué les esprits et les moeurs en Occident. C'est une ère qu'en matière de connaissance de l'Homme nous n'avons pas dépassée.

Le jésuite Matteo Ricci, arrivé en Chine en 1584, autorisé à séjourner à Pékin en 1601, jugeait que les livres de Confucius étaient "de beaux ouvrages de morale" (1). Il en dit : "Au temps de Platon et d'Aristote, florissaient en Chine des livres moraux en forme de maximes, oeuvres de lettrés de bonne vie, et, en tête, Les Quatre Livres, hautement estimables, que je relis jour et nuit" (2). Il écrivit des confucéens authentiques : "S'ils ne croient pas à l'immortalité de l'âme, ils rejettent les superstitions des autres sectes et pratiquent un culte austère du ciel et de la terre" (3).
Comparer Confucius aux Sages de l'Antiquité gréco-romaine permet aisément de lui supposer une métaphysique : selon Sénèque, philosophe stoïcien - païen, bien sûr ! du ier siècle de notre ère, "toute vraie philosophie postule la justice, la piété, la religion, et toutes les autres vertus qui se donnent la main et forment comme une chaîne. C'est elle qui nous apprend à reconnaître la souveraineté divine, à traiter les hommes en frères" (4).
Ricci ne pouvait l'ignorer. Pourquoi, alors, réduire la sagesse de Confucius à une morale ? Pour qu'elle ne portât pas ombrage à la religion chrétienne que Ricci entendait prêcher à la Chine… Mauvais calcul ! Ses successeurs commettront la même erreur, au risque, si souvent vérifié, d'interdire au "coeur" des Chinois une approche naturelle et spontanée du christianisme. Quant au grief de conformisme que l'Occidental contemporain fait à la morale confucéenne, il est dérisoire. Une seule formule du Maître suffit à le détruire : "L'honnête homme cultive l'harmonie et non le conformisme" (Lunyu xiii, 23).

Si le confucéisme est plus qu'une morale, sa portée morale n'en est pas moins immense. Confucius, sait que, pour "l'homme véritable" - ou "l'homme généreux", le "gentilhomme" - la vie est une longue suite de responsabilités à assumer : "L(homme véritable doit être robuste et courageux. Le fardeau est lourd, et le voyage long. Son fardeau, c'est la pratique de la vertu d(humanité ; n(est-ce pas lourd ? Son voyage ne finira qu'après la mort ; n'est-ce pas long ?" (Lunyu viii, 7). La mort est-elle une délivrance ? Confucius le sait-il ? Le sent-il ? Il se garde bien, en tout cas, de l'affirmer : "Zilu interrogea Confucius sur la manière d'honorer les esprits. Le Maître répondit : "Celui qui ne sait pas remplir ses devoirs envers les hommes, comment saura-t-il honorer les esprits ?" Zilu reprit : "Permettez-moi de vous interroger sur la mort" Le Maître répondit : "Celui qui ne sait pas ce qu'est la vie, comment saura-t-il ce qu'est la mort ?" (Lunyu, xi, 11). Socrate, le plus bel esprit grec, ne disait pas autre chose, au ve siècle avant notre ère, quand il affirmait : "Je sais que je ne sais rien".

Le confucéisme, hérité des Dynasties Xia, Yin et Zhou, est bien d'abord une morale individuelle, commandant responsabilité de soi, sollicitude aux faibles, respects aux supérieurs et surtout aux aînés qui, naturellement, ont meilleure expérience - partant : meilleure "prudence", (du latin prudentia, "sagesse") - que leurs cadets. "À quinze ans, je m'appliquais à l'étude. À trente ans, mon opinion était faite. À quarante ans, j'ai surmonté mon incertitude. À cinquante ans, j'ai découvert la volonté du Ciel. À soixante ans, nul propos ne pouvait plus me troubler. À soixante-dix ans, je peux vivre tous les élans de mon coeur, sans jamais sortir du droit chemin" (Lunyu, ii, 4 ).


Le confucéisme et sa morale ont vocation de donner à chacun la possibilité d'assurer son salut au regard du Ciel et de Sa Voie ; il a bien une métaphysique. "Le Maître dit : "Tendez votre volonté vers la Voie ; fondez-vous sur la Vertu ; appuyez-vous sur la bienveillance ; ayez pour délassements les arts" " (Lunyu vii, 6).Quant au Ciel confucéen, comment ne pas le concevoir d'une essence proche du Ciel de la tradition biblique et de son "Dieu tout puissant" ? Pour Confucius, le Ciel a une volonté absolue : "Si c'est la volonté du Ciel, la vérité prévaudra. Si c'est la volonté du Ciel, la vérité sera étouffée" (Lunyu xiv, 36). Confucius quête le Vrai, le Bien, le Bon sous l'autorité absolue du Ciel qu'il convient de redouter, étant entendu qu'elle est "sacrée", c'est-à-dire "vénérable" et "redoutable" à la fois.
Nous n'en sommes pas aux commandements de Jésus qui a dit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit: voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même" (5).
En revanche, on ne peut que songer au Dieu biblique : "Dieu redoutable au conseil des saints, grand et terrible à tout son entourage" - que chante le Psaume 89.

La parenté entre confucéisme et tradition biblique voire chrétienne, me l'a confirmée le constat saisissant que dressa l'ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères de Chine, mort moine bénédictin de l'abbaye de Saint-André à Bruges, Lu Zhengxiang (6) ; il voyait dans le dao chinois le possible équivalent du verbum, dont saint Jean a écrit : "Au début était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu" (7). Lu a écrit : "Le confucéisme dont les normes de vie morale sont si profondes et si bienfaisantes, trouve dans la révélation chrétienne la justification la plus éclatante de tout ce qu'il possède d'humain et d'immortel et il trouve, en même temps, le complément de lumière et de puissance morale qui résout les problèmes devant lesquels nos sages ont eu l'humilité de s'arrêter, comprenant qu'il ne revient pas à l'homme de trancher le mystère du Ciel" (8).
Présenter le confucéisme comme une Voie propre à préparer le confucéen à la Révélation chrétienne, c'est, pour le catholique de culture latine si curieux de la Chine que je suis, placer la sagesse du Maître au sommet de l'appréhension humaine du monde. À la réflexion, ce jugement ne saurait étonner. Est-ce que Gou Hongming ne disait pas, au lendemain de la chute de l'Empire - en un temps où Confucius est déprécié : "Confucius croyait en Dieu, bien qu'il ait rarement parlé de lui " ? (9)

Lu et Gou m'ont conduit à approfondir toujours la lecture de Maître Kong, principalement le Lunyu - ces "paroles critiques" sur tous les aspects de la responsabilité de l'individu dans l'harmonie sociale et cosmique. J'ai constaté ce que Yan Ying disait de Confucius : "Plus on le fréquentait, plus on le respectait". (Lunyu v, 17). Son message universel, écoutez-en quelques bribes : "L'homme vulgaire ne connaît pas la volonté du Ciel, et donc il ne la craint pas ; il méprise les grands hommes ; il se moque des paroles des saints" (Lunyuxvi, 8) ; "La vertu d'humanité, c'est élever autrui comme on souhaiterait l'être soi-même ; c'est le faire parvenir là où on le voudrait soi-même. Qui est capable de s'en faire le modèle offre la recette de cette vertu" (Lunyu, vi, 28) ; "L'honnête homme quête la Voie, et non les biens matériels" ; (Lunyu, xv, 31) "Un homme de coeur, au besoin, donnera sa vie pour préserver son humanité"  (Lunyu xv, 9) ; "L'efficacité du milieu juste est suprême, la plupart des gens en ont perdu la notion depuis longtemps" (Lunyu, vi, 29) ; "Celui qui offense le Ciel n'obtiendra son pardon par l'entremise d'aucun esprit » (Lunyu, iii, 13) !
Foi, Espérance et Charité, les vertus théologales, sont là - ne fussent-elles pas nommées. Pourquoi ? Parce que Confucius a d'abord du coeur, lequel, comme chez tout Chinois, est siège de son intelligence des choses. Contemporain des plus fameux philosophes grecs - Socrate est né dix ans après sa mort -, Confucius l'emporte sur eux dans la compréhension du cosmos, de la société humaine, de chaque individu. Au vrai, son affectivité rend sa générosité très proche de la charité. Il aurait pu prononcer cette formule tirée de la dernière encyclique du pape actuel, Benoît XVI : "La cité de l'homme n'est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d'abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion" (10). Le droit, d'ailleurs, n'existe pas dans la tradition chinoise, chacun n'ayant que des devoirs à l'endroit d'autrui, "devoirs" dont le coeur ne saurait qu'incidemment être absent. Est-ce que dans les cinq Vertus la tradition chinoise ne place pas la bonté avant l'équité, le "bon" avant le "juste" ? J'ai fait allusion à ma culture latine, je vois en Rome la mère de l'Occident dont l'ordre millénaire - j'entends préchrétien - est contemporain aussi de Confucius : le Maître avait 42 ans, quand, en 509, Rome renverse ses rois et proclame un État (dit "république", soit l'"affaire de tous") dont la cellule de base est la famille, placée sous l'autorité du père, pater familias, et dont l'âme est fides : la fidélité à la Ville, Urbs, entité naturelle, non géographique, regroupant le peuple romain qui la compose, comme la Chine est partout où sont les Han vivant selon les usages han. Cette fides est à la fois la confiance en son ordre, la loyauté à son endroit. On y vit more majorum, "selon les usages des ancêtres" ; on rend hommage à leurs lares  - "âmes des ancêtres défunts", comme dans tout foyer chinois aux zu. Quel disciple de Confucius ne comprendrait cet ordre latin ?

Modeste avec fierté, confiant en l'histoire et l'expérience, Confucius en empiriste absolu se défend d'avoir rien inventé. "Je transmets, je n'invente rien. Je suis de bonne foi et j'aime l'Antiquité" (Lunyu vii, 1). Il n'est pas nostalgique ou réactionnaire pour autant. On lit dans L'Invariable Milieu :
"Confucius dit : "Un ignorant qui veut suivre son propre jugement, un inférieur qui veut suivre sa propre volonté, un homme de notre siècle qui veut ramener les usages anciens, tous ces hommes s'attirent des malheurs" (Zhongyong, § 28). Le propos renvoie implicitement aux Cinq Relations : empereur/sujet, père/fils, aîné/cadet, époux/épouse, amis, qu'harmonisent les Cinq Vertus : bonté, équité, courtoisie, sagesse, loyauté ; les unes et les autres sont chang - indispensables "constances" . Un surhomme, Confucius ? Non. Un homme (ren) au sens de la plus belle humanité (ren). Un saint ? On le dit shengren ("le saint homme"), voire zhisheng ("parfaitement saint"). Ces locutions lui confèrent une sainteté incontestable, tant au regard de la tradition chinoise que dans toute culture, y compris chrétienne (11). Pleinement homme, il sait que le qi ("le souffle naturel de vie") qu'il lui faut assumer à chaque instant, dépend aussi de la volonté du Ciel. Lisez La Grande Étude : "Ceux qui par leur vertu et leur sage conduite savent se tenir debout et progresser, le Ciel les comble de faveurs. Quant à ceux qui par défaut de vertu penchent d'eux-mêmes et sont près de tomber, le ciel, les renverse et achève leur ruine". (Daxue, § II, ex Liji n. 255)
L'histoire que saisit son regard n'est pas figée, il y constate et des évolution et des constantes, observant du même coup les limites à attendre du progrès des comportements humains, tant individuels que collectifs, partant la répétitivité de l'Histoire dont il appartient au Fils du Ciel de tenter d'éviter le retour des malheurs : "Zi Chang demanda si l'on pouvait savoir d'avance ce que feraient les empereurs des dix dynasties à venir. Le Maître répondit : "La dynastie des Yin a adopté les rites de la dynastie des Xia ; on peut connaître par les Documents ce qu'elle a ajouté ou retranché. La dynastie des Zhou a adopté les rites de la dynastie des Yin ; ce qu'elle a ajouté ou retranché se trouve mentionné dans les Documents. On peut savoir d'avance ce que feront les dynasties à venir, fussent-elles au nombre de cent" (Lunyu, ii, 23). La répétitivité des ères chinoises de splendeur, la répétitivité des périodes atroces de déchirement du Grand Empire sont le plus sûre illustration de ce propos du Maître. Moins que liés à la conception cyclique du temps, les constats du Maître lui sont suggérés par la limite des capacités morales des hommes : à chaque mal, mêmes conséquences au fil des âges !

Étudier Confucius conduit à une réflexion sur la morale chinoise, la sociologie chinoise, l'histoire chinoise et, de façon implicite, sur ce "Ciel" que l'éthique confucéenne commande de "respecter" - un Ciel qui agit. Les révolutionnaires du Quatre-Mai (1919) récusèrent le message confucéen, lui imputant l'immobilisme et l'arbitraire qui leur semblaient avoir frappé la société chinoise depuis des siècles. Lu Xun dénonce "l'emprise de la civilisation où le système hiérarchique des temps anciens a rendu l'homme étranger à l'homme", parle à propos de l'histoire chinoise de "festins de chair humaine" (29/04/1925) !Confucius est associé à cette "emprise", à cette "anthropophagie" : quelle erreur !
"Que l'honnête homme fasse son devoir gravement et sans faillir, qu'il traite autrui avec respect et civilité, et sur cette Terre, tous les hommes seront ses frères" (Lunyuxii, 5). Mao incluait Confucius dans les ruines du "féodalisme" et de son arbitraire. Négligeait-il que si "si on peut priver une armée de son général en chef, on ne saurait priver le dernier des hommes de son libre arbitre" (Lunyuix, 26) ?

Les temps ont changé !
Il y a peu (12), Le Quotidien du Peuple observait : "Si l'étude de Confucius cesse d'être confinée aux bibliothèques, elle offrira un regain de force spirituelle au monde moderne".
À Cambridge, en février 2009, Wen Jiabao prononça un discours confucéen. "Ma patrie bien aimée est un pays vieux et jeune à la fois. Vieux, parce que son histoire compte plusieurs millénaires. C'est avec diligence et sagesse que la nation chinoise a donné le jour à une splendide civilisation et apporté des contributions significatives aux progrès de l'humanité. C'est un pays jeune, parce que la République Populaire de Chine a tout juste soixante ans et que le pays a entamé, il y a trente ans seulement, sa politique - réformes et ouverture -, par quoi le peuple chinois a fondé la Nouvelle Chine". Il faut, poursuit-il, "privilégier l'intérêt du peuple, répondre toujours mieux à ses besoins matériels et culturels en libérant et en développant ses forces de production (…) ; sauvegarder la dignité et la liberté de chacun, en sorte qu'il puisse prétendre au bonheur au prix d'un peu d'ingéniosité et de beaucoup de travail".
"Renouvellement", "travail" - c'est du confucéisme ! On lit dans La Grande Étude : "La baignoire du roi Zheng Tang portait l'inscription : "Renouvelez-vous véritablement et chaque jour, ne cessez pas de vous renouveler". Dans les Avis donnés à Gangshu il est dit : "Encouragez le peuple à se renouveler". (Daxue, §II)
Pour Wen Jiabao, "la culture chinoise est riche, largement répandue, profonde. L'harmonie, valeur suprême et chérie de l'ancienne Chine, demeure au coeur de notre culture" ; c'est encore du confucéisme !
Selon L'Invariable Milieu, "quand l'équilibre et l'harmonie atteignent leur plus haut degré, chaque chose est à sa place dans le ciel et sur la terre ; tous les êtres se propagent et se développent heureusement". (Zhongyong, §I) Wen insiste sur "la perte de toute moralité, cause sous-jacente de la crise présente" celle du monde de 2009 ; pour lui, "dans le corps de chaque homme d'affaires doit couler le sang de la morale". Confucius encore : "L'homme honorable exerce la bienfaisance, sans rien dépenser, fait travailler le peuple sans le mécontenter, a des désirs, sans être cupide" (Lunyu, xx, 2).
Wen comme Maître Kong est un "Grand éducateur". Pour Confucius, dit Marcel Granet, sinologue français qui a consacré l'essentiel de sa brève carrière à la formation de la Chine, "l'enseignement était le premier devoir du sage" - "une mission céleste" (13) !
Granet apporte cette précision sur la perception que Confucius avait du Ciel et de Sa Providence :
"Dans la pensée personnelle de Confucius, l'idée de l'Ordre Universel était à la fois une notion centrale et une notion concrète : elle correspondait à une croyance proprement religieuse. Confucius avait foi dans une Puissance Régulatrice (dont la Vertu princière fournissait l'image) ; il avait des élans de piété vers une Providence céleste dont il croyait tenir sa mission civilisatrice et il se sentait en communion de coeur (14) avec elle" (15).

Granet observe, généralisant peut-être hâtivement, que "les disciples n'héritèrent pas la foi du Maître". Ce seraient ainsi eux qui permettraient à l'Occidental rationaliste de voir en la doctrine confucéenne une morale jugée volontiers passéiste et de pure façade. Or, peut-on ignorer que, pour l'homme en quête du milieu juste, la Voie (dao) permettant d'y atteindre est déterminée par "l'action du Ciel". Observation et étude mènent Confucius à une perception raisonnable du monde ; expérience et humilité lui interdisent d'en user pour élaborer quelque "système" raisonné censé mener à la grandeur, au bonheur. "Toute grandeur n'appartient qu'au Ciel" (Lunyu, viii,19).
De ce « Ciel » qu'il révère, il ne cherche pas non plus à donner une explication, ne le peuple d'aucune mythologie : le monde est peuplé de sheng autant que d'hommes, mais sheng et hommes sont les uns et les autres "sous le Ciel" : y loger les premiers, prétendre que les seconds pourraient en connaître la nature (par quelle expérience ?) : impossible !
Au disciple qui s'inquiète du silence de son maître, il répond : "Est-ce que le Ciel parle ? Les quatre saisons suivent leur cours ; tous les êtres croissent. Est-ce que le Ciel parle jamais ?" (Lunyu xvii, 18)
Je renvoie encore à la chute de L'Invariable Milieu : "L'action du Ciel n'est perçue ni par l'ouïe ni par l'odorat" (Zhongyong, § 33)
Et au philosophe chinois moderne Feng Youlan (16) : "Le Ciel confucéen a une volonté et c'est lui qui domine tout". On ne s'étonnera pas de lire : "Il n'y a pas moyen de faire parler le Maître de la nature des choses ni de la Voie céleste" (Lunyu v, 13).
L'une et l'autre requerraient de Confucius une spéculation intellectuelle que sa morale et son approche de la réalité lui interdisent. Reste que "l'honnête homme" se doit de concourir à l'harmonie universelle. À cette fin, il pratiquera le ren - "vertu d'humanité, bienveillance envers autrui, libérale, universelle et désintéressée, participation de l'homme à la vertu du Ciel".

Simple morale ? Même la Chine contemporaine réputée athée y discerne une "force spirituelle".
Il faut rendre au confucéisme toute sa valeur morale  et spirituelle : morale, elle commande les relations aux autres, spirituelle, les relations au cosmos. La sagesse a retenu Confucius de prétendre à "trancher le mystère du Ciel" (17). Nul doute qu'il pensait, comme Laozi, que "quelque chose d'indéfini et total préexistait au Ciel et à la Terre, lequel peut être regardé comme le père/mère de toute chose" ; qu'il "ignore son nom et lui donne le nom de Voie" (18).
Ses disciples peuvent-ils accepter un message religieux ? Xin, le coeur, siège de l'intelligence chinoise, les aidera-t-il à en percevoir tant la portée morale que l'enseignement téléologique ? Vous dites : impossible ? Mais Confucius n'est-il pas dit justement "celui qui poursuit ce qu'il sait être impossible" (Lunyuxiv, 38) ?

Il faut connaître Confucius pour comprendre ce qui a façonné le meilleur de la civilisation chinoise. Traditionnellement, elle ne connaît pour l'ordonner, que devoirs, solidarité, usages et rites ; elle ignore le droit. Le droit à suivre ressortit à une forme de spéculation que s'interdit le confucéisme : si lois il y a, elles sont fruits des usages, de l'expérience, sont jurisprudence et rites instaurés par les siècles, c'est-à-dire l'expérience. Une expérience elle-même en constante évolution - que celle-ci soit bonne ou fâcheuse : "La dynastie des Yin a adopté les rites de la dynastie des Xia ; on peut connaître par les documents ce qu'elle a ajouté ou retranché. La dynastie des Zhou a adopté les rites de la dynastie des Yin ; ce qu'elle a ajouté ou retranché se trouve mentionné dans les documents. On peut savoir d'avance ce que feront les dynasties à venir, fussent-elles au nombre de cent" (Lunyu, ii, 23).
Leçon de morale ? Leçon de l'histoire ! Voyez (quinze siècles plus tard !) Le Miroir complet pour l'illustration du gouvernement (Zizhi tongjian), de Sima Guang ; c'est dans l'histoire qu'est inscrit l'avenir à bâtir, ou à subir. Reniant son passé, mécontent (on le comprend) de la situation que connaissait la Chine dans les années 1920, Lu Xun écrivait : "La création d'une période d'un troisième type, période que la Chine n'a pas connue, est la tâche qui incombe aux jeunes d'aujourd'hui".
Beaucoup l'ont cru comme lui et jusqu'à récemment.
Le retour de Confucius dans la langue officielle, dans les pensées et sentiments sans doute aussi de maints Chinois, là est la Voie - celle de la Chine fidèle à elle-même - "splendide civilisation", rappelait Wen à Cambridge, qui, au plus fort de son éclat (hua), a "apporté des contributions significatives aux progrès de l'humanité" et qui persistera à en apporter d'autres, dès lors qu'elle aura retrouvé celui qui depuis 2 500 ans l'a guidée sur la Voie, lui conférant sa vraie nature. "Ji Zicheng dit : "L'homme honorable l'est par nature. Qu'a-t-il à faire de la culture ?" Zigong répondit : "Voilà un mot bien regrettable. Culture et nature tiennent l'une de l'autre comme ses rayures tiennent au tigre. Arrachez ses poils à la robe du tigre ou du léopard ; rien ne la distinguera plus de la peau d'un chien ou d'un mouton" (Lunyu, xii, 8). Lunyu dit : "Confucius est comme le soleil et la lune" Lunyu (xix, 24) ; il est la source de l' "éclat" de Zhonghua, par lui seul cet "éclat" peut être "constant" !
Cet "éclat" peut dépasser les bornes de l'Empire : il l'a fait en Corée, en Annam ; il a vocation à éclairer le genre humain : "Le Maître voulait aller vivre au milieu des tribus barbares de l'Est. On lui dit : "Ils sont grossiers ; convient-il de vivre parmi eux ?" Il répondit : "Si un honnête homme demeure au milieu d'eux, resteront-elles barbares ?" (Lunyu, ix, 13).

Souhaitons encore qu'à travers leur audience au sein de la prochaine superpuissance chinoise, les confucéens continuent de recevoir du dehors les apports qu'ils jugent propres à l'enrichissement de leur pays - au plan métaphysique, comme dans les domaines techniques, juridiques et autres - avant de les frapper de leur marque, de les siniser ! La sage universalité de Confucius rend son éthique propre tant à rappeler les hommes du monde entier à la responsabilités et à la dignité - aux antipodes du libertarisme occidental - qu'à recevoir du monde entier les messages les plus riches et à les offrir - bientôt sinisés - aux à leurs frères chinois.
Le christianisme est des dons précieux que les Chinois peuvent recevoir du dehors. Un jésuite contemporain, le P. Benoît Vermander, le dit (19), ce sera difficile. Il y a d'abord la question du nom de Dieu en chinois, vieux problème, posé déjà à Ricci qui avait donné trois réponses : Tianzhu - "Maître du Ciel", Tian - "Ciel" et Changdi - "Souverain Seigneur". L'Église catholique (depuis 1704) n'a retenu que Tianzhu. Ce "Maître du Ciel" qui vient donner une personnalité au "Ciel" impersonnel de Confucius, ne contribue-t-il pas à apporter, comme le dit Lu Zhengxiang , "le complément de lumière qui résout les problèmes devant lesquels les sages chinois ont eu l'humilité de s'arrêter" ?
Les catégories traditionnelles de pensée chinoise influent sur l'approche des questions théologiques. Ainsi, Vermander le montre, "aimer Dieu en chinois n'est pas évident : envers le Ciel, l'attitude exprimée est de révérence et de crainte : wei. Si Dieu se révèle comme père, la relation xiao - piété filiale - s'impose, qui traduit une soumission obéissante".
Toutes les questions ne sont pas arides. Le jésuite dépeint sans mal le "Christ au visage chinois". Animé du qi  - "l'élément le plus subtil qui entre dans la combinaison de tout être" -, il n'est plus le Galiléen, il est "passé" du fleuve Jourdain au Huanghe !
Si Vermander estime que "dans le monde des paraboles évangéliques, on peut retrouver une saveur taoïste : Jésus apprend et enseigne de la nature même des choses - de la gratuité des oiseaux et des fleurs, du mouvement des temps et des saisons, de la force incommensurable de la petite semence", Confucius n'est pas de reste : "Il est des pousses qui ne portent pas de fleur ; il y a des fleurs qui ne portent pas de fruits" (Lunyu ix, 21). Le propos de Jésus : "Je suis le vrai cep et mon père est le vigneron. Tout sarment en moi qui ne porte pas de vie, il le coupe" (20), fait encore dire à Benoît Vermander : "Jésus révèle déjà le secret de la Vie dans le microcosme qu'est son corps et c'est la rectitude de son énergie mentale et physique qui lui permet de guérir ceux qui l'approchent. C'est parce que Jésus est cet Homme qui obéit exactement au mouvement interne de la Vie que tout le prépare à devenir le Christ".

Force est alors de penser à l'Invariable Milieu (Zhongyong, § 27) : "Combien grande est l'influence d'un homme parfaitement sage ! Elle s'étend au‑delà de toute limite, fait surgir et entretient tous les êtres".

(1) Propos de 1594, cité par Jean Sainsaulieu, "Le Confucianisme et les jésuites", Actes du Colloque international de Sinologie, Chantilly, 1974, Les Belles Lettres, 1976. p. 46.
(2) Propos de 1597, ibidem.
(3) Propos de 1584, in Jean Sainsaulieu, op. cit., p. 45.
(4) Lettre à Lucilius, XC. Ricci n'ignore pas l'attachement du philosophe latin au religieux, à la différence de l'homme, même cultivé du xxie siècle qui a le tort de voir en le précepteur de Néron un pur moraliste !
(5) Matthieu, 22, 37-40
(6) Né en 1871 à Shanghai, diplomate en Occident, marié à une Européenne, converti au catholicisme à la quarantaine, ministre des Affaires étrangères de la République de Chine en 1912, puis de 1917 à 1920 ; Premier ministre quelques mois, en 1912, moine bénédictin à la soixantaine, prêtre et mort abbé en 1949.
(7) Jean, 1, 1.
(8) Dom Pierre-Célestin Lou Tseng-Tsiang, Souvenirs et pensées, DDB, Bruges, 1944, pp. 99-100.
(9) (Kou Houng Ming) L'Esprit du peuple chinois, l'aube, poche, 2002, p. 76.
(10) Encyclique Caritas in veritate, 2009
(11) Cf. Shengti, le Saint Sacrement, Shngshen, le Saint-Esprit
(12) Le 28 septembre 2007

(14) Granet écrit "communion de pensée", ce "coeur" que je substitue au mot pensée vise à siniser la remarque, le "coeur" étant siège et de la pensée et des sentiments en Chine.
(15) Marcel Granet, op. cit., p. 100.

(16) Feng Youlan (1895-1990), Histoire de la philosophie chinoise, Shangwu Editions, 1944, t. 1, p. 83.
(17) Cf. Dom Pierre-Célestin Lou Tseng-Tsiang, Souvenirs et pensées, DDB, Bruges, 1944, p. 100
(18) Mgr Aloysius Jin, "Homélie de Noël 2007", in Tripod, revue bilingue publiée par Holy Spirit Study Center, Hong Kong -Tripod, Vol. XXVIII, n° 149,
(19) Benoît Verrmander, Les Mandariniers de la rivière Huai, Paris, DDB, 2002

(20) Jean, 15, 1-2.

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