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WALTER Xavier

WALTER Xavier

Né le 29 juin 1945
Marié –  enfants
 
Ecrivain


Études de lettres classiques à la Sorbonne
Collaborateur du ministre Alain Peyrefitte (1979 à 1999)
     aux plans politique, journalistique et éditorial, dont
     communication, à Chengde, lors du bicentenaire de l’ambassade anglaise (1993)
     communication au Forum du xxie siècle, à Pékin (1996)  
     communication au Colloque international de sinologie, Paris (1998)
 
Professeur retraité de littérature française.
Ancien chroniqueur au Figaro,
Collaborateurs de diverses revues,
Animateur d’émission à Radio-Courtoisie
 
Ouvrages
     Collaboration aux ouvrages d’Alain Peyrefitte
          
          Sur la Chine des Qing
L’Empire immobile
     Récit de l’ambassade Macartney à Pékin en 1793 (1986-1989)
La Vision des Chinois (1991) 
Le Regard des Anglais - l’ambassade Macartney (1998)
          Sur la Chine moderne
Elaboration et mise en forme de La Tragédie chinoise (1990)
Mise en forme de La Chine s’est éveillée… (2 éditions, 1996 & 1997)

      Travaux personnels sur la Chine
John Barrow, Un Anglais en Chine au xviiie siècle (1994)
     Edition critique annotée de l’ouvrage de Barrow (1804) à l’origine du mépris
     des "longs nez" pour le monde chinois 
Relations internationales en Asie Pacifique (1998)
     Collaboration à l’ouvrage collectif, Bésanger et Schulders,
     (contributions personnelles : 1. Introduction - 2. "Perspectives d’Asie",
     3. "Chine-Russie, le tournant ?")
Le Voyage de l’Hippopotame jusqu’en Chine sous le règne de Louis XVI, chronique (2001)
     Reconstitution, à partir de textes du temps, du voyage d’un navire de commerce français,
     l’Hippopotame, de Bordeaux à Canton
Monsieur Liu - roman à la manière de la Chine (2003)
Pékin Terminus, En chemin de fer jusqu’en Chine à la veille de 1914, chronique (2004)
     Reconstitution, à partir de textes du temps, d’un voyage en transsibérien au printemps 1911 
Chronique de France, de Chine et d’ailleurs (2005)  
     Mes souvenirs de collaboration avec Alain Peyrefitte
Petite histoire de la Chine (2007)
La Troisième mort des missions de Chine, 1773-1838 (2008)
Confucius attendait-il Jésus-Christ ?
     Essai sur confucéisme et christianisme, en collaboration avec
     Pierre Perrier, Thomas fonde l’Église en Chine (65-68)
     (Débuts de preuve de la venue de l’apôtre Thomas en Chine, sous Mingdi, des Han).
 
Chine rouge, t. 1, "Édifier un socialisme à la chinoise", Chronique, àparaître, février 2010
Chine rouge, t.2, "Un pays vieux et jeune à la fois", Chronique, àparaître automne 2010
 
     Autres ouvrages
Avant les grandes découvertes, Une image du monde au xive siècle, le Voyage de Mandeville  
Conversations avec Henri comte de Paris (1999) 
     Publication d’entretiens politiques et sociaux avec le chef de la Maison de France (1908/1940)
 Un roi pour la France, Henri comte de Paris -  Biographie politique (2002)
Actualité du doute, actualité de la foi (2007)
Paysan militant, Jacques Le Roy Ladurie
     Biographie politique du leader syndical paysan avant la Seconde guerre mondiale

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La Chine et la paix, hier et aujourd'hui

Publié dans De par le monde

Cette réalité doit s'imposer à qui cherche à comprendre sa politique. Elle fait voir Mao, non comme un émule de Lénine, mais comme un des nombreux chefs messianiques qui, au fil des siècles et souvent avec le concours de lettrés sans emploi, soulevèrent, victorieusement ou non, le peuple contre le Fils du Ciel, en vagues de jacqueries toujours formidablement meurtrières. La Chine est comme l'empire d'Auguste qui aurait surmonté les épreuves des siècles et serait demeuré soi-même, tout en évoluant sans cesse - fût-ce entre les xveet xixe siècles, quand les Chinois s'ingénièrent, pour cultiver leur harmonie, à vivre à l'écart du monde. Une différence fondamentale toutefois : si l'empire romain alliait les cultures sous l'autorité politique et morale de la fides à la Ville, sans se soucier de les homogénéiser, les peuples auxquels les Chinois se heurtèrent furent bientôt assimilés à leur culture, s'ils ne l'étaient pas avant de fondre sur eux. Il n'y a pas deux exemples dans l'histoire de l'humanité de la réalité chinoise : les Chinois sont des hommes, oui ; leur histoire les différencie de nous : la diversité humaine doit s'en féliciter !

Que la paix et la tranquillité règnent partout
Au fil des deux mille ans de notre ère, les Chinois n'ont jamais été des conquérants, leur empire se fût-il étendu à la Mongolie, au Qinghai, au Tibet, puis à la Mandchourie… Ils doivent ces extensions à leurs envahisseurs. Mongolie, Qinghai et Tibet ont été conquis par les Gengiskhanides, Monka et Qubilai, qui devinrent empereurs de Chine, le premier, au nord, en 1238, le second sur tout l'Empire en 1279. Dès lors, les Chinois estiment que Mongolie, Qinghai et Tibet font partie intégrante du monde chinois. Les Mandchous se sont emparés de la Chine en 1644 ; partant, la Mandchourie y est entrée à son tour. La plus récente des "acquisitions" territoriales chinoises est Formose (dans les années 1680), nid de pirates et dernier point de résistance des partisans des Ming à la mainmise mandchoue sur l'Empire - annexion du fait de l'envahisseur mandchou. La Chine n'a pas ignoré les guerres agressives : sous Wu des Han (140-87 avant notre ère), elle s'en est pris aux Coréens, aux Annamites et aux différents peuples tribaux qui, au nord-ouest de la Chine Intérieure, menaçaient le paix de l'Empire : Yuezhi (connus plus tard, plus à l'ouest sous le nom de Kouchans), Xiongnu (ou Huns) et pillards descendus du Tibet. Wu a bien conquis leXinjiang - les "Nouveaux Territoires" - qui, pacifié, permit des rapports fructueux avec l'Asie centrale. Si avec les Annamites et les Coréens, les revers furent rapides, les autorités chinoises ont (tant qu'elles le purent) toujours tout fait pour entretenir la libre circulation par le Xinjiang. Paradoxalement, c'est en Corée et en Annam où les armes chinoises n'ont guère été glorieuses, que l'influence culturelle chinoise a joué un rôle essentiel ; ce qui est moins évident au Xinjiang - pour ne rien dire de la longue, brutale et complexe relation avec le monde tibétain stratégiquement menaçant et de population peu nombreuse, mais si particulière.
Li Peng, Premier ministre de Chine, déclarait en 1996 : "La Chine est le pays le plus peuplé du monde. (…) La Chine a toujours poursuivi une politique de paix ; une longue tradition l'anime de relations de bon voisinage. (…) Opposée à toute hégémonie, elle ne saurait la poursuivre pour elle-même. Elle se dévouera sans relâche à la cause de la paix" (1). Ce texte est une ritournelle chinoise sur la paix et la guerre, dont l'histoire extraordinairement violente de cet immense pays justife le fond. À quelques notables exceptions près toujours calamiteuses - expéditions contre la Corée, sous les Sui (viie siècle), contre l'Annam, sous les Qing (xviiie siècle), passée l'ultime période de sa formation (iiie - ier siècle avant notre ère), la guerre signifie, en Chine, guerre civile et/ou invasion. Depuis plus de deux mille ans, quand elle s'est vu agrandir de nouveaux espaces,ceux-ci lui ont été adjoints par des conquérants qui lui imposaient leur pouvoir et se sinisaient vite, s'ils n'étaient sinisés avant la conquête : Jin, au xiie siècle, Mongols, au xive, Mandchous au xviie (pour n'évoquer que les principaux envahisseurs du second millénaire) - tous "Tartares".

Au début du xviie siècle, Matteo Ricci, faisait une observation judicieuse qui vaut pour toute l'ère chrétienne. "Les Chinois sont différents des Européens. En premier lieu cela peut sembler admirable : quoique ce royaume ait de très amples étendues et qu'il regorge de nombre d'habitants et d'abondance de provisions et de toute matière propre à faire navires et autres armes et appareil de guerre, avec l'aide desquels ils pourraient aisément ajouter les peuples voisins à leur empire, ni le roi ni ses sujets ne se soucient de cela. (…) Se contentant du leur, ils ne désirent seulement pas celui de l'autrui. En quoi ils me semblent être fort éloignés de l'humeur des nations d'Europe" (2). Qianlong, en 1793, écrivait au roi d'Angleterre : "Le système de gouvernement de l'empire chinois tient tout entier en ceci : que paix et tranquillité règnent partout et soient sauvegardées". Le rappelait Wen Jiabao à Cambridge, en février 2009, "la tradition culturelle chinoise qui place la paix au sommet des valeurs précieuses, continue à nourrir le fond de notre mentalité".

La guerre, pour les Chinois ? On disait de Confucius (-551/-479) : "Les affaires que le Maître traitait avec la plus grande prudence : le jeûne, la guerre, la maladie". (3) La guerre ressortit à la restriction volontaire à des fins que l'on peut dire spirituelles : la survie du peuple par excellence comme la conservation des principes et des biens ancestraux, et aux épreuves qu'impose la nature. La finalité de tout combat, c'est Confucius encore qui l'a cernée : "Zilu demanda : - Si vous aviez le commandement des armées, qui choisiriez-vous comme lieutenant ?- Le Maître répondit : - (…) Il me faudrait quelqu'un qui n'accepte cette charge qu'avec appréhension, et qui mise avant tout sur la stratégie pour atteindre son objectif". (4) On retrouvera l'idée chez Sun Zi (ive siècle avant notre ère) : "Ne cherchez pas à dompter vos ennemis au prix des combats et des victoires ; car, il y a des cas où ce qui est au-dessus du bon n'est pas bon lui-même. (…) Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille : ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'excellent" (5). Le mot zhan et le mot zheng, qui entrent dans la composition de zhanzheng, "la guerre", comportent l'un et l'autre l'idée de "lutte", de "rivalité", de "combat", le premier signifiant aussi : "trembler, craindre, avoir peur" ; le second, "réprouver, adresser des remontrances" . L'ambition chinoise d'atteindre à l'harmonie, le nom même de l'Empire la rappelle : Zhongguo : l'Empire du Milieu, notion morale plus que géographique. Le confirme une autre appellation de l'Empire : Zhonghua, que l'on peut traduire par "l'Éclat constant". "Quand l'équilibre et l'harmonie atteignent leur plus haut degré, chaque chose est à sa place dans le ciel et sur la terre ; tous les êtres se propagent et se développent heureusement", dit L'Invariable Milieu, un des Quatre Livres confucéens. Cette règle fondamentale est règle politique et sociale, comme règle personnelle à cultiver par chacun.

"La Chine s'est éveillée"
Où en est-on en ce début de xxie siècle ? "La Chine s'est éveillée ", écrivait, en 1996, Alain Peyrefitte. Le réveil date de décembre 1978, quand DengXiaoping - Mao mort, les gauchistes liquidés - fait faire à son pays un tête-à-queue idéologique et invite les Chinois à changer de mentalité… On connaît la fable de la grande marmite collective à laquelle on avait pris la mauvaise habitude de puiser, et de la petite marmite que chacun doit remplir pour sa famille. Deng rompait avec le "communisme scientifique", propre seulement à étouffer l'initiative par quoi le Chinois n'a cessé de surprendre son monde. Il rompait aussi avec une tradition invétérée : ses compatriotes devaient comprendre que l'étranger n'était pas un "barbare". Cette révolution mentale va marquer la fin du xxe siècle. En vingt ans, les progrès sont considérables ; malgré la "crise asiatique" (6), de 1997-1998, ils sont même, ici et là, fulgurants. "Nous ne sommes plus des débutants ignorants des méthodes du monde extérieur", pouvaient déclarer, toujours plus sûrs d'eux, les dirigeants chinois qui savaient désormais combien les lois du marché requéraient de modifications dans la manière de penser et d'agir. Les y aident le sens chinois de l'observation à quoi l'écriture n'est pas étrangère, et le goût de l'initiative, paralysée sous Mao et contrariée, plus traditionnellement, par la minutie tatillonne de trop de mandarins. Le changement n'est pas radical : sous la libéralisation économique subsiste le carcan politique. "Marxisme-léninisme", disent les uns ; d'autres : "Tradition mandarinale". La situation le commande et la tradition la sert.
Les progrès de la Chine ont des revers inquiétants. Ils ont créé des distorsions qui menacent l'unité du pays : entre riches et pauvres, entre provinces côtières et régions de l'intérieur. C'est une raison suffisante pour que le système de commandement, traditionnellement autoritaire, demeure entre les mains d'une oligarchie puissante. Le monde chinois est naturellement centrifuge, or les provinces maritimes ont connu, des années durant, une expansion de 20, 30 %, alors que Yunnan, Mongolie, Xinjiang, Tibet atteignaient tout au plus à 2 ou 3 % de croissance. Qu'adviendrait-il, si les régions riches, face à la récession de la croissance (liée à la "crise asiatique" de 1997-1998 comme à celle de 2009), venaient à refuser de payer pour les pauvres ? On pouvait écrire en 1999 que "dans certaines campagnes le chômage croissant accuse un état de révolte endémique". Menaces d'hier et d'aujourd'hui, de demain encore sans doute.

En 2009, si la Chine sait qu'elle ne peut plus vivre en dehors des normes internationales, elle ne cédera pas sur ses exigences de sécurité et d'indépendance. "Gouverner, c'est comme planter un arbre : quand le tronc et les racines ne bougent pas, les banches et les feuilles sont abondantes", disait-on sous les Tang (618-907). En les dernières années du xxe siècle, elle étend son emprise sinon encore sur l'hémisphère Pacifique, du moins sur l'Extrême-Orient. Son refus de dévaluer le yuan, au moment de la "crise asiatique" y trouvait un motif : il en allait de son crédit moral de demeurer impassible sous la tempête. Au prix d'une politique cohérente et résolue, elle le pouvait (7), elle l'a fait. On peut toujours traiter avec la Chine : ses conditions restent rudes, impliquent notamment des transferts de technologie, mais elles sont respectées. Le risque est de la voir construire demain réseaux de télécommunications, avions, centrales nucléaires concurrents des nôtres. Menace réelle ! Le puissant essor auquel elle n'entend pas renoncer, répond-il à un désir de revanche ? Les Chinois, c'est notoire, n'ont pas oublié les humiliations qui, un siècle durant, firent suite à la guerre de l'Opium (1840-1842). N'empêche ! Dans son discours à Cambridge en février 2009, Wen Jiabao soutiendra qu'entre Chine et Grande-Bretagne, il n'y a pas "de problèmes saillants hérités de l'histoire" ! "L'honnête homme développe ce qu'il y a de beau chez les gens, pas ce qu'ils ont de mauvais". (8)

Pas de veto à l'ONU
Depuis les années 1990, la diplomatie chinoise est toujours plus active. Elle prend part aux négociations du traité général d'interdiction des essais nucléaires, participe au sommet de Paris sur la Palestine et, quand l'OTAN réclame l'aval du Conseil de sécurité pour intervenir en Bosnie, elle s'abstient d'utiliser son droit de veto à l'ONU. Elle respecte l'ONU, non comme garant d'une quelconque charte de portée universelle, comme un possible organe de conciliation face aux conflits internationaux. Elle en use avec prudence, soucieuse d'éviter que l'organe international (où elle compte beaucoup d' "amis") ne statue un jour contre elle, lui opposant un précédent dont elle fût l'auteur ! Elle entend devenir membre de l'Organisation Mondiale du Commerce, ne peut y accéder en 1995, en raison de difficultés récurrentes dans les domaines financier et douanier ; elle l'intègre en 2001. À intervalles plus ou moins fréquents, la partie de bras de fer se poursuit avec les États-Unis à propos des droits de l'homme, de Taiwan, du Tibet, malgré le renouvellement, en 1996, de la clause de la nation la plus favorisée ; de façon plus feutrée, avec le Japon qui a sanctionné les derniers essais nucléaires chinois. La Chine n'a pas oublié les ambitions coloniales du Japon, son comportement barbare lors de l'occupation de la Chine entre 1937 et 1945. Pékin exige la reconnaissance de ses exactions : crise… larvée (économie oblige !) avec Tokyo. La contrepartie, c'est la recherche (plutôt molle) par la Chine d'ouvertures vers l'Europe et le renouveau (actif, lui !) de ses relations avec la Russie. Nouvelle règle, une entente de bon voisinage, caractérisée par un développement des échanges, des ventes d'armes et le regain de l'immigration chinoise dans l'Extrême-Orient russe. Le dialogue politique a abouti à des accords sur les frontières, sur la souveraineté chinoise : à Taiwan et au Tibet, bien sûr ! à des prises de position communes à l'ONU. Les deux empires continentaux asiatiques entendent contrer l'hégémonie des États-Unis, en Asie au moins. En dépit de quoi, à l'orée du xxie siècle, les interlocuteurs privilégiés de Pékin sont, dans l'ordre, Tokyo, Moscou, Washington. Comment les Chinois voient-ils l'Union européenne ? Ses membres sont plus considérés indépendamment les uns des autres que comme éléments d'une "Union". En 2003, le gouvernement chinois publie "un document relatif à sa politique à l'égard de l'Union européenne, déclarant que la Chine (…) entend oeuvrer à l'établissement d'un partenariat global sino-européen stable à long terme" (9). Ce sont des généralités, sans date ni précision d'aucune nature, sur la paix, la culture, le commerce.

Dans les années 1990, la Chine ne montre plus de préoccupation majeure à l'endroit du Tiers-monde dont Mao, à certains moments et contre toute tradition chinoise, s'était voulu le défenseur naturel ; mais des ministres se sont rendus en Afrique. Début 1996, le ministre des Affaires étrangères Qian Qicheny fait une tournée. Les agents de la Chine sont bientôt sur tous les continents. Si l'Amérique latine n'est pas négligée, l'Afrique constitue pour les Chinois un "réservoir de matières premières" ; le commerce sino-africain qui tourne autour de 10 milliards de dollars en 2000, atteint 73 milliards en 2007. "En l'échange de l'octroi de concessions pétrolières ou de permis de prospection, Pékin accorde des prêts à des conditions préférentielles et construit des infrastructures de génie civil avec des techniques largement éprouvées et à des tarifs très compétitifs. (…) L'Afrique assure un quart des importations en pétrole de Pékin" (9). La Chine est un monde à soi seule dont l'universitaire singapourien WangKung-wu rappelle quelques traits déterminant ses rapports avec autrui : "De leur histoire les Chinois ont hérité une conception des rapports entre États qui fait la part belle à l'harmonie culturelle. (…) Quant aux normes modernes dans les relations internationales (…) qui ont été imposées par l'Occident (…), la Chine comprend et accepte ce système dans la mesure où celui-ci lui permet de protéger sa souveraineté et son intégrité nationale" (10). À l'endroit d'un environnement toujours plus large, elle n'en a pas renoncé pour autant à un rôle de "grand frère" - à la mesure de ses intérêts.

La Chine et ses voisins
La Chine est active à l'endroit de ses voisins : à l'est, le Japon, au sud-est,l'ASEAN (11), à l'ouest, l'OCS (Organisation de Coopération de Shanghai). Les tractations en vue d'établir des liens privilégiés avec l'ASEAN ont commencé en 1991 ; elles s'achèvent en juin 2003, avec le Traité d'amitié et de coopération en Asie du Sud-Est. S'il demeure des sujets de frictions, telle la revendication par la Chine de sa souveraineté sur toute la mer de Chine qui s'est traduite, en 1995, par l'occupation des îles Spratly dont Manille revendique certains îlots, il n'y a pas au sein de l'ASEAN ne fût-ce que l'esquisse d'un front opposable à l'influence croissante du géant chinois. Toutefois, dès la fin de 1995, la Chine a accepté de convenir d'un "code de conduite" relatif aux Spratly tant avec les Philippines qu'avec le Vietnam qui s'est "amicalement" entremis. En 1996, le Comité permanent de l'ASEAN "promeut son partenaire consultatif, la Chine, au statut de partenaire à part entière". En 1997, la Chine est présente au "premier sommet informel dit de l'ASEAN+3" : sont adjoints aux dirigeants de l'ASEAN ceux de Chine, du Japon et de Corée du Sud. Le président Jiang Zemin prononce un discours intitulé Coopérons et, la main dans la main, bâtissons notre avenir. Au "premier sommet informel ASEAN-Chine, ou ASEAN+1" qui suit, il en appelle à "un partenariat de bon voisinage et de confiance mutuelle". Fin 1998, deuxième sommet ASEAN+1 : y participe le vice-président chinois Hu Jintao. On s'y accorde pour "renforcer le partenariat et traiter les différends de manière appropriée : médiation, conciliation". La machine est lancée. En2002, la Chine change d'équipe dirigeante, la politique en Asie-Pacifique ne varie pas. À l' "ASEAN+1" de 2004, Wen Jiabao a la satisfaction de voir "les dirigeants de l'ASEAN se féliciter du rôle toujours plus important que tient la Chine dans les négociations sur le problème nucléaire nord-coréen, et dire leur espoir de la voir continuer à faire valoir son rôle dans la solution pacifique du problème" (12). En 2006, le "10+1" réuni au Guangxiad opte une déclaration visant à "renforcer la coopération dans quatre domaines : politique et sécurité, économie, culture et société, coopération régionale et internationale" ; est évoquée la mise en place du China-ASEAN Free Trade Agreement, marché commun qui revêt "en raison de sa masse démographique, une signification géopolitique qui ne doit pas être sous-estimée" - dispositions confirmées en janvier 2007.

Que penser de ce jeu politique ? Discours paisibles dissimulant des réalités conflictuelles ? Le Pr Wang, de Singapour, qui tient aux "10" comme au "1", disait, en 1997 : "La Chine a une vision pratique et souple de ses relations avec ses voisins. Aujourd'hui, toute sa politique étrangère dans la région consiste à s'y faire des amis et à s'y trouver de vrais alliés. (…) La subtilité de la méthode employée pour éviter les tensions et conflits révèle deux choses : 1. la Chine a un sens aigu de ce qui met en danger ses frontières et sa sécurité ; 2. elle a le souci de n'avancer qu'avec une extrême circonspection dans la recherche des solutions pacifiques à long terme aux problèmes difficiles. (…) La Chine sera toujours grande et, au moins potentiellement, riche et puissante. S'ensuit que ses voisins devront construire, pour s'assurer du respect mutuel, tout un système de bons offices et de contrôles. Ils ont compris que le meilleur moyen de le mettre en place est d'engager toujours plus la Chine à participer à un large éventail d'activités régionales. (…) S'ils réussissent, ils l'encourageront (…) à jouer un rôle toujours plus positif dans les affaires du monde" (13). Le propos, en 2009, n'a pas pris une ride.

L'Organisation de Coopération de Shanghai
Ce que la Chine a engagé à l'est avec l'ASEAN, elle en bâtit le pendant occidental avec la Russie. En 2001 l'"accord de Coopération de Shanghai" crée l'Organisation de Coopération de Shanghai - une entente sino-russe à laquelle sont associées Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan, anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale. L'OCS vise à l'indépendance de la politique asiatique des puissances russe et chinoise et entend "promouvoir la coopération entre ses pays membres, maintenir paix, sécurité et stabilité dans la région comme dans le reste du monde. (…) Le commandent les changements incessants de la situation internationale, ou régionale". Les principes régissant les rapports entre les pays membres seront : "confiance mutuelle, avantages réciproques, égalité, respect de la diversité des civilisations et développement, en commun". Le document fait obligation aux signataires d'observer la Charte des Nations Unies, stipule un respect mutuel de leur indépendance nationale, de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale ; proscrit toute menace de recours à la force et toute recherche unilatérale de supériorité militaire dans les régions frontalières. L'OCS appliquera les principes de non-alignement, de non-agression et d'ouverture sur l'extérieur, tiendra un sommet annuel des chefs d'État et organisera des rendez-vous réguliers entre chefs de gouvernement sous la présidence tournante des pays membres. En juin 2002, l'OCS se réunit à Saint-Pétersbourg. Le président Jiang déclare : "L' "esprit de Shanghai" en appelle au respect des différentes civilisations et à l'égalité pour tous les pays en dépit de leur taille. Le plus important pour les pays du monde est d'agir réciproquement selon le principe d'égalité et des avantages réciproques au moment où la mondialisation économique déferle" (14). Rien de bien nouveau.

En 2003, à Moscou, Hu Jintao, nouveau chef de l'État chinois, assure que "la Chine ne cessera de plaider pour l'établissement d'un nouvel ordre politique et économique international, plus juste, plus équitable, avec la sécurité mutuelle comme principe, le développement équilibré comme base, les règles légales universellement reconnues comme garantie". Les six chefs d'État qui évaluent ses premiers résultats, se disent convaincus que l'OCS est appelée à jouer un rôle toujours plus important dans le maintien de la stabilité régionale, comme dans le développement de la paix mondiale. Ils signent trois documents arrêtant les objectifs du développement de l'OCS et instituant les moyens de la coopération en son sein : 1. Charte de l'OCS, 2. Accord sur une agence anti-terrorisme dans la région, 3. Déclaration des présidents. La Charte institue un secrétariat permanent siégeant à Pékin, trois organes de décision : sommet des chefs d'État, Conseil des Premiers ministres, conférence des ministres Affaires étrangères - et des organes de travail. La fréquence des rencontres relatives à la lutte anti-terroriste aboutit, de fait, à la création d'une agence antiterroriste. La Déclaration des présidents témoigne de leurs communes positions de principe face aux problèmes internationaux et régionaux. (15). La machine est lancée, sous l'autorité de l'entente sino-russe, la Chine y pesant un poids toujours plus lourd. En 2006, Hu Jintao se félicite de "l'entrée de l'OCS dans une nouvelle phase" : 127 projets sont officialisés, couvrant "les domaines du commerce, des investissements, des douanes et des taxes, des transports, de l'énergie, de l'agriculture, des télécommunications, de l'environnement, de la santé et de l'éducation" ; l'OCS vise, "à l'horizon 2020, la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des technologies entre ses six membres" (16). Autre domaine d'action privilégié, la lutte contre les "trois forces du mal" : drogue, blanchiment d'argent, contrebande d'armes. Dix documents sont signés dans ce sens ; un ultime communiqué déclare cette lutte« priorité absolue de l'OCS ». En 2007, suit un autre traité visant "à intensifier la coopération pour le maintien de la paix et de la stabilité dans la région". En mars 2008, Hu Jintao félicite Dmitri Medvedev pour sa victoire à l'élection présidentielle russe : "Grâce à leurs efforts conjoints, Chine et Russie ont vu leur partenariat stratégique de coordination se développer en profondeur." (17). Le Russe répond sur le même ton. En août, au Tadjikistan, alors que la Russie soutient la volonté d'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie, l'OCS déclare que "la solution des conflits locaux doit ressortir à des accords généraux (…), lesquels doivent tenir compte des intérêts de toutes les parties concernées sans exception". (18). Soutien du Chinois au Russe condamné par les Occidentaux dans l'affaire géorgienne !

Iran, Inde, Mongolie et Pakistan ont statut d'observateur à l'OCS ; l'Iran souhaiterait en être membre à part entière, Pékin fait attendre. La position de la Chine sur la possible accession de Téhéran au feu nucléaire qu'elle se refuse à condamner radicalement pour des motifs tant diplomatiques qu'énergétiques, l'oppose aux Occidentaux. Diplomatie mondiale, diplomatie asiatique n'obéissent pas aux mêmes impératifs. Le mot-clé de la diplomatie chinoise est "développement pacifique". Elle répète inlassablement que "la globalisation économique a abouti à l'interdépendance des processus de développement", mais qu'elle entend contribuer "au redressement économique régional" et "à l'oeuvre de paix et de développement de toute l'humanité" par une "politique d'indépendance et d'autonomie". (19) Elle finance au Pakistan, à Gwadar, à une centaine de kilomètres à l'est de la frontière iranienne, un port en eau profonde. À quelques milliers de milles sans détours de l'Afrique orientale, il sera la porte de l'Asie centrale sur les mers chaudes - aux mains des Chinois. Fait significatif, fin 2008, Pékin envoie trois navires de guerre dans le golfe d'Aden : les pirates somaliens, au cours de l'année, ont attaqué sept de leurs navires. "Pour la première fois depuis le xve siècle la marine chinoise part en opération loin de ses côtes" ; c'est vrai. (20) Pékin, puissance politique, est sorti du domaine de sa suzeraineté culturelle traditionnelle. (21)

La Chine entend être perçue comme le naturel protecteur d'une kyrielle de petits États. Innovation ? Oui et non : la Chine de Qianlong, au xviiie siècle, comptait une cinquantaine d' "États vassaux"… de petits voisins qui ne lui apportaient qu'une allégeance symbolique et profitaient du marché chinois. Ces petits États (répartis désormais de par le monde) sont aujourd'hui pour elle une clientèle - politique et économique - à laquelle elle tient un discours rudimentaire, toujours le même et qui peut être efficace. Pour elle, "tout pays, quelles que soient sa puissance, sa taille et sa richesse, est un membre à part entière de la communauté internationale. (…) Les différends entre États doivent être réglés par la négociation et tout autre moyen pacifique, à l'exclusion de la menace et de l'emploi de la force armée". Elle "condamne toute ingérence dans les affaires d'un autre État, (…) ne cherche en aucun cas à imposer son système social et son idéologie à d'autres États" et "ne peut tolérer qu'un État quel qu'il soit cherche à lui imposer son modèle de société et sa vision du monde" (22). La diplomatie chinoise recherche les ententes qui lui permettent de conforter, d'accélérer son développement et d'accéder dans l'économie mondiale à la place qu'elle ambitionne, la première. Pour les armes, c'est autre chose : même si l'Armée Populaire de Libération est maîtresse d'un empire industriel (plutôt hétéroclite), le gouvernement de Pékin ne peut consacrer à ses dépenses militaires qu'un peu plus de 5% de ce qu'investissent les Américains dans les leurs, lesquelles représentent 45% des dépenses militaires de la planète : Chine, 24,1 milliards de dollars, en 2004, USA, 401,7 milliards. Si l'on double ces 24,1 milliards investis par le gouvernement du fruit de l'empire industriel de l'APL, les Chinois dépensent pour leur défense à peu près 10% de ce que dépensent les États-Unis.

De ces considérations, quelle leçon ?
En 1993, Alain Peyrefitte faisait mine, dans Le Figaro,de s'interroger : pourquoi la Chine admet-elle des États-Unis ce qu'elle n'admet pas de la Grande-Bretagne, de la France ? Les remontrances sur le non-respect des droits de l'homme, sur le Tibet, sur Taiwan sont rejetées avec brutalité quand elles viennent de puissances moyennes. On fait mine de ne pas les entendre, quand elles émanent de Washington. Logique raisonnable du Chinois qui règle sans sourciller leur compte aux Français et aux Anglais, et s'abstient de réclamer aux Américains ce qu'il n'est pas en son pouvoir de leur faire payer….

Pourtant, Peyrefitte (qui est mort il y a bientôt dix ans) en était sûr (23) : les États-Unis avaient saisi que la Chine était appelée à être au xxie siècle la première puissance du monde… Aujourd'hui, un observateur sincère ne peut que le constater : superpuissance réelle et superpuissance virtuelle sont fascinées l'une par l'autre, et sembler considérer chacun que l'autre est désormais le seul interlocuteur qui compte. Nouveau Yalta, en perspective ? Rien à voir ! Le Chinois ne concède rien, convaincu que chaque pays a ses moeurs et son mode d'organisation politique et sociale. Les partenaires n'ont pas à se mêler des affaires intérieures de l'autre ; qu'ils se contentent de s'accorder sur les questions d'intérêt commun !L'an dernier, mon ami Zheng Ruolin correspondant à Paris du Wenhuibao, de Shanghai,me disait : "Les rapports sino-américains n'ont plus rien à voir avec les données géostratégiques du xxe siècle ! En 2005, Robert Zoellich, sous-secrétaire d'État américain aux questions asiatiques, a fait une "proposition" à Pékin : que la Chine devienne un "stakeholder" - "partie prenante" - dans toute une série d'intérêts qu'elle partage avec les États-Unis. Les États-Unis changeaient radicalement leurs positions envers la Chine. De rivale stratégique à "partie prenante" des mêmes intérêts, on abandonnait les positions théoriques, on accédait aux impératifs de la réalité…" À peine nommée secrétaire d'État d'Obama, Mme Clinton est à Pékin et déclare : "Nous avons toutes les raisons de penser que les États-Unis et la Chine sortiront de la crise, et qu'ensemble nous aiderons le monde à en faire autant". À quoi Hu Jintao répond : "Il importe plus que jamais d'approfondir et de développer les relations entre la Chine et les Etats-Unis". (24)


De toutes ces considérations, quelle leçon ? Que le monde a intérêt à ce que se poursuive le développement rapide de la Chine, bien sûr. Quelle assurance a-t-il de la sincérité de ses déclarations ? Regardez l'histoire, la Chine s'y révèle "pacifique", ce qui ne signifie pas "pacifiste", mais, à l'origine (25) au moins, "qui ne peut être troublé dans sa possession". S'ensuivent une politique de non-ingérence hors de son aire culturelle, sinon de son aire politique qui s'étend, et la volonté de se défendre de toute ingérence autant que sa puissance le lui permet. En cas contraire, elle fait mine d'accepter n'importe quoi avec la ferme intention de résister et de se dédire dès que les circonstances le lui permettront. Les jugements de ses voisins asiatiques sur son développement indiquaient, il y a quelques années déjà, qu'ils étaient tentés de lui faire confiance. Le disait un Pakistanais, au Forum du xxie siècle réuni à Pékin en 1996 : "C'est peut-être le lot de la Chine que de remplir ce rôle, vital pour notre monde, de le libérer de la guerre et des conflits en l'affranchissant de cette référence occidentale paralysante d'un inévitable affrontement des civilisations - une ruse intellectuelle pour alimenter les crises et pêcher en eau trouble. (…) La mission de la Chine pourrait être de transformer les confrontations en arrangements, et de promouvoir, comme nouvelle référence, une culture de coopération. Leur long héritage culturel le montre, s'il doit y avoir un leadership chinois, il sera subtil, complexe et dépourvu de contrainte et volonté d'expansion". (26) À quoi un Thaïlandais ajoutait : "Je suis choqué par la théorie qui se répand, selon laquelle la Chine présente une menace pour ses voisins. Cette façon de voir est une injure à la Chine. Cela revient à dire - la Chine est un type dangereux ; si on lui tient la bride, on en fera un bon type -. Or, parmi les actuelles grandes puissances d'aujourd'hui, laquelle a un passé aussi net que la Chine ? (27)

(1) Pékin, Forum du xxie siècle, 5 et 6 septembre 1996. Alain Peyrefitte de qui je tiens les minutes de cette manifestation y assistait.
(2) Ricci/Trigault, Histoire de l'expédition chrétienne au royaume de Chine, DDB, 1987, pp. 119-120.
(3) Lunyu, vii, 13.
(4) Lunyu, vii, 11.
(5) Sun Zi, L'Art de la guerre, iii, 2. Traduction du P. Joseph Amiot, 1772.
(6) Crise d'origine monétaire qui débute à l'automne 1997 et frappe tout l'Extrême-Orient, mais à laquelle la Chine échappe partiellement, notamment pour avoir dévalué sa monnaie par deux fois dans les années précédentes
(7) Le montant de ses réserves en devises - quelque 220 milliards de dollars - représentait alors (déjà !) plus d'une année de couverture de ses importations. Le solde des opérations courantes demeurait positif, l'épargne forte, en dépit d'une baisse de deux points, en 1998, du taux de croissance du PIB (7,8%) ; il serait, pour 1999 et 2000, respectivement de 7,1% et de 8%. À la veille de la crise de 2009, ses réserves en devises sont dix fois plus importantes et son taux de croissance annuel qui a bientôt passé les 10%, culmine à 11,7% en 2007
(8) Lunyu, xii, 16.
(9) Ibid.
(10) Bésanger & Schulders, Relations internationales en Asie-Pacifique, Alban, 1998, p. 28.
(11) L'Association of South-East Asian Nations, fondée, en 1967, par les Philippines, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande. Le Brunei l'a rejointe en 1984, le Vietnam en 1995, le Laos et la Birmanie en 1997, le Cambodge en 1999. Sa vocation est de promouvoir le développement de ses membres dans les domaines économiques, sociaux et culturels, et la paix dans la région. L'ASEAN n'a aucune vocation militaire. Avant la crise dite "crise asiatique" de 1997/1998, les pays riches voient en l'ASEAN de sérieux partenaires commerciaux. Avec la crise, la Chine lui ravira ce partenariat privilégié.
[1] Et citations suivantes, Agence Xinhua, aux dates concernées
(12) Et citations suivantes, Agence Xinhua, aux dates concernées.
(13) Cf. Bésanger et Schulders, op. cit., p. 78.
(14) Xinhua, 13/06/2002.
(15) Cf. Le Quotidien du Peuple, 30/05/2003.
(16) Xinhua, 16/06/2006.
(17) Le Quotidien du Peuple, 04/03/2008.
(18) Cf. China Daily, 28/08/2008.
(19) Cf. Que sais-je de la Chine, "La diplomatie chinoise", pp. 55-56.
(20) Allusion aux 7 voyages effectués par Zhenghe de 1405 à 1433 qui n'étaient pas des opérations militaires.
(21) En 2006, avec 424 bâtiments de combat pour 788 870 tonnes, la Marine chinoise est la troisième du monde, après l'US Navy et la flotte russe. La Royal Navy jauge 470 000 tonnes, la marine française, 307 000. Les experts insistent sur la "vocation régionale" de la MAPL, rappelant toutefois qu'il y a dix ans, cette vocation n'était que "locale". La Chine aide des États de l'océan Indien - Pakistan, Maldives, Bangladesh - à bâtir des bases navales où naturellement relâcheront ses propres bâtiments. Sa vocation océanique se vérifie avec la mise en service de ses quatrième et cinquième pétroliers ravitailleurs, des unités de 23 000 tonnes. Sa flotte sous-marine se modernise.
(22) Cf. Que sais-je de la Chine, "La diplomatie chinoise", pp. 56-57.
(23) Cf. Xavier Walter, Chronique de France, de Chine et d'ailleurs, François-Xavier de Guibert, 2005.
(24) Id., 23/02/2009.
(25) C'en est le sens au xive siècle.
(26) Général Mirza Aslam Beg, minutes du Forum du xxie siècle.
(27) Khien Theeravit, Université de Chulalongkorn, Thaïlande, id.

Pékin, 1er Octobre 2009

Publié dans De par le monde

Pékin fêtait le 1re octobre 2009, les soixante ans de Zhonghua Renmin Gongheguo - l'"État populaire de l'harmonie commune de la Chine", cette dernière étant saisie comme : Zhonghua - l'"Éclat constant" ! Le nom officiel de la Chine populaire, la justification de ces soixante ans ? La presse occidentale n'en parle pas, négligeant plus innocemment et par inculture que par souci de dénigrer "l'Empire", ce que les Chinois entendent sous ces mots et face à cette manifestation. Soixante ans ? Un cycle, un siècle, au sens du latin saeculum, une génération humaine (1). Quand Deng Xiaoping disait dans les années 1980 : "Il nous faudra soixante ans pour atteindre à un développement de puissance moyenne", il disait "une pleine génération", et ses compatriotes comprenaient : "Nos enfants et petits-enfants mesureront le prix de nos efforts". Cette fête sexagésimale revient à montrer au monde que c'est la Chine de toujours qui fête son "siècle" d'indépendance retrouvée, laquelle lui a permis - "pays vieux et jeune à la fois", comme le disait, en février dernier, We Jiabao, à Cambridge - de renouer avec sa longue histoire - quatre à cinq millénaires, voire Dix-Mille Ans, soit un temps infini dans un cosmos (yuzhou) de conception cyclique - tout en marchant vers l'avenir, un "avenir rouge" - hung -, non pas "socialiste", mais "heureux", "populaire", "sujet à la réussite" ! Le rouge, en Chine si sensible psychiquement à la puissance des symboles, est couleur de joie et de bonheur… de réussite donc, au prix, bien sûr, du travail si inhérent à la nature des Chinois. La Chine qui fête ces soixante ans a renoué non seulement avec son histoire, mais avec la réalité planétaire dont son Empereur et ses sages avaient prétendu se retirer, à la fin du xve siècle, pour cultiver "sans effort inutile et tout naturellement" (2) son éclat et sa grandeur - et ce, quelques dizaines d'années après que le navigateur Zhenghe eut fait, au cours d'une demi-douzaine de voyages, des Philippines aux côtes occidentales de l'Afrique, une solennelle ostension de la Chine et de sa grandeur, menant des dizaines de navires tous plus grands et magnifiques les uns que les autres !
En Occident, la "révolution chinoise" de ces soixante dernières années semble n'avoir été perçue que de façon abstraite, au travers d' "absolus", marxistes d'abord, "droits-de-l'hommistes" ensuite, et pour n'y rien comprendre. On n'y a jamais considéré le peuple chinois, milliardaire en hommes, et ses usages et valeurs millénaires. Or, la Chine est une réalité humaine à la personnalité formidablement typée ! On ne saurait s'intéresser à son sort et au nôtre, en cela qu'elle est devenue un interlocuteur incontournable, sans avoir une idée, sommaire au moins, de son identité. Le peuple chinois aurait à subir les ordres d'un "gouvernement totalitaire" ? Faux, il répond, à son gré, aux exigences d'un gouvernement autoritaire et paternaliste. Sa liberté ? Il y a 2 500 ans qu'il en connaît les limites politiciennes : "Quand le gouvernement a des principes, parlez droit et agissez droit ; quand il est sans principe, agissez droit, mais parlez prudemment" (Lunyu, xiv,3). C'est à l'aune de cette formule qu'il convient de juger la "conversion", hier, de la majeure partie des Chinois à la "pensée mao-zedong ", sa conversion aujourd'hui à "l'économie socialiste de marché" ! Une citation shakespearienne pourrait répondre à ce que le Chinois de base pense du discours officiel de Pékin : "Words, words, words " !
Comment la Chine conçoit-elle cette fête ? J'étais encore là-bas, il y a quatre jours. À Pékin, préparation formidable, dont celle d'armements de facture nationale qui concourent à la fierté, donc à la cohésion nationale : un "dragon" propre à terrifier "fantômes et démons en quête d'un mauvais coup" ! Dans toutes les villes petites et moyennes du pays, des fleurs jaune et rouge dans tous les massifs, à tous les carrefours… Exception de première grandeur, Shanghai ! On y prépare l'Expo universelle de 2010, la réalité et ses contraintes semblent l'y emporter sur le symbole et l'intérêt sur la solidarité des coeurs (3) ! Images et festivités ne sauraient vous détourner de l'essentiel : voyez Confucius, Lunyu, xii, 7. "Zi Gong interrogea Confucius sur l'art de gouverner. Le Maître répondit : "Celui qui gouverne doit avoir soin que les vivres ne manquent pas, que les forces militaires soient suffisantes, que le peuple lui donne sa confiance". Zi Gong dit encore : "S'il était absolument nécessaire de négliger une de ces trois choses, laquelle conviendrait-il de négliger ? - Les forces militaires", répondit Confucius. "Et s'il était absolument nécessaire d'en négliger encore une seconde, dit Zi Gong, quelle serait-elle ? - Les vivres, répondit Confucius, car de tout temps les hommes ont été sujets à la mort, mais si le peuple n'a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c'en est fait de lui". Les armes sont là, les vivres se multiplient. La confiance ? Autre réponse confucéenne, en Lunyu, viii, 14 : "Qui n'occupe pas de place au gouvernement n'en discute pas la politique" ! La Chine, "jeune et vieille à la fois", a bien renoué avec son histoire, et demeure elle-même ; elle peut fêter l'événement !


(1) Ce cycle sexagésimal chinois offre des dates combinant les 5 éléments terrestres : feu, eau, bois, terre, métaux, et les douze signes célestes  des mois astrologiques : rat, buffle, tigre, lièvre, etc. Il n'y a durant ce cycle qu'un mois rat/feu, buffle/eau, tigre/bois, lièvre/terre… etc.
(2) An an, répétition de l'idéogramme an = paix, l'équivalent de notre "tranquille tranquille" familier…
(3) Je n'en ai pas moins fait à Shanghai une conférence sur confucéisme et christianisme qui a rassemblé plus de deux cents personnes à l'attention soutenue et aux questions intelligente…

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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