Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

ZEMMOUR Eric

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

URL du site internet:

L’écosse sonne...

Publié dans Avec l'Europe
L’écosse sonne le réveil des anciennes nations
 
Les référendums s’empilent les uns dans les autres comme des poupées russes. Le Brexit britannique a exaspéré les Ecossais qui ont voté majoritairement contre. Ce désaccord majeur a réveillé les velléités indépendantistes des Ecossais qui organisent un nouveau référendum à ce sujet. Ce ne sera pas le premier. Mais cela pourrait être le dernier si les Ecossais décident cette fois d’abandonner les Anglais. De fermer une parenthèse vieille de trois siècles, puisque l’acte de naissance du Royaume-Uni date de 1707. Les partisans de l’Europe rient sous cape. La victoire du Brexit affaiblit l’Europe, mais elle risque de désintégrer la Grande-Bretagne. Comme une punition céleste !
La vindicte est mauvaise conseillère. Le Brexit est un prétexte. Mais ce mouvement vient de loin. Il n’est pas limité à la Grande-Bretagne. Et l’Europe n’est pas du tout innocente.
C’est l’Europe qui, depuis des décennies, encourage les Régions à affirmer leur personnalité et leur autonomie. C’est l’Europe qui les arrose de subventions. C’est l’Europe qui a encouragé les Etats-nations, même les plus unitaires comme la France, à créer des institutions régionales, quitte à complexifier à l’excès son système de collectivités territoriales. C’est l’Europe qui leur a donné une représentation à Bruxelles et une dignité quasi étatique. C’est l’Europe, enfin et surtout, qui donne un gigantesque marché économique à des entre­prises locales qui autrefois avaient besoin pour vivre du marché national. Partout, en Europe, les anciennes nations se sont ­réveillées : l’Ecosse, mais aussi la Catalogne, la Flandre, l’Italie du Nord, ou même la Corse ou la Bretagne.
Toutes les antiques nations vaincues par l’édification des Etats-nations à l’ère moderne ont relevé la tête, assurées d’avoir un toit européen.
La Catalogne prépare son référendum d’indépendance ; la Flandre s’est peu à peu détachée de la Wallonie ; l’Italie du Nord n’a pas renoncé ; les indépendantistes corses, enfin, ont pris le pouvoir à la Région. Et le font savoir.
On peut même constater que ce mouvement ne s’arrête pas à l’Europe : le Yémen s’est divisé en deux ; la Yougoslavie a été découpée en morceaux ; l’Irak et la Syrie, et la Libye ne sont plus en réalité des Etats unitaires. Même aux Etats-Unis, l’élection de Trump pousse certains en Californie à réclamer que leur Etat si riche, et si dépendant de son immigration massive venue du Mexique, fasse sécession.
En 1945, il y avait 50 Etats à la naissance de l’ONU. Il y en a aujourd’hui plus de 150. Les indépendances coloniales sont passées par là. Mais on est désormais au-delà. On a détruit le monde de 1945 avec la chute du mur de Berlin. Le monde de 1919 a suivi avec la fin de la Yougoslavie et de la Tchécoslovaquie. Restent les plus vieux Etats-nations édifiés au cours des siècles qui tremblent sur leurs bases. Comme si la conjonction de la technologie (internet), de la mondialisation (grand marché sans frontières) donnait l’élan décisif à un fractionnement sans fin. Un retour à la féodalité à l’échelle de la planète.
Paru dans Le Figaro Magazine, 31 mars 2017

Une drôle de campagne

Publié dans En France
Une drôle de campagne ou une campagne pour rien ?
 
Bien sûr, il y a Penelope. Le travail de Penelope, les salaires de Penelope, les enfants de Penelope. Et puis les costumes de Fillon. Et demain ? Les voitures de Fillon ? Les cigares de Fillon ? Les maîtresses de Fillon ? Mais il y a aussi Marine Le Pen ! Les emplois fictifs de Marine Le Pen. Et demain, il y aura le patrimoine de Marine Le Pen. Et celui de son père. Et de toute la famille. Et l’on parle désormais d’une plainte de l’association Anticor contre la déclaration de patrimoine d’Emmanuel Macron.
L’élection présidentielle avait été conçue par de Gaulle comme la rencontre d’un homme et d’un peuple ; elle tourne à la rencontre d’un homme et d’un juge. La présidentielle a été conçue comme le sommet de notre vie politique ; elle devient le sommet d’une vie morale. On croyait être dans le monde de Machiavel et l’on se retrouve dans celui de Savonarole. On croyait voter pour le plus utile, ou au pire, pour le plus habile ; on est sommé de choisir le plus vertueux. On ignorait que l’Elysée était l’antichambre d’un monastère où l’on devait, pour y entrer, faire vœu de probité ou de chasteté.
 
Les juges, aidés par les médias, ont détourné et vidé de son sens la campagne présidentielle. Un véritable putsch. Du coup, on ne parle ni de chômage, ni d’immigration, ni de sécurité, ni d’islam, ni de terrorisme, ni de laïcité, ni de banlieues, ni d’industrie, ni d’Europe, ni de libre-échange, ni d’euro, ni de dettes. Rien. Déjà, lors des primaires, on avait remarqué que certains sujets étaient occultés. Jacques Julliard avait ainsi relevé avec ironie que "l’islam (était) le passager clandestin de l’élection présidentielle".
Les candidats font de la résistance : Hamon parle de son revenu universel ; Mélenchon chiffre son plan de relance keynésien ; Marine Le Pen défend les PME et condamne l’euro ; Macron supprime la taxe d’habitation ; Fillon continue de supprimer les 35 heures et 500 000 emplois de fonctionnaires. On lit dans les journaux de grandes tirades cata­strophiques en cas de sortie de l’euro ; on avait lu les mêmes avant le Brexit. Les arguments sont sur la table, mais il n’y a pas de véritable débat. On n’argumente pas, on fait peur. On n’accuse pas, on fait la morale. On ne sait si cela est voulu ou pas. Si le "système" médiatico-politique fait tout pour ne pas aborder les sujets qui fâchent ? Ou si les Français sont complices.
Ils étaient jusqu’alors cyniques en politique. Ils avaient eu Mazarin et Talleyrand ; ils estimaient que la valeur morale passait derrière la capacité d’un homme d’Etat à préserver les intérêts, voire la survie de la nation. Ils auraient changé ? Ou ils jugeraient que les politiques d’aujourd’hui ne rempliraient plus leur mission de protection de la nation ? S’ils ne servent à rien, qu’ils soient honnêtes ! Ou les Français ne parviendraient pas à se faire entendre dans le brouhaha judiciaro-médiatique, comme une partie d’entre eux l’a montré au Trocadéro en sauvant la mise de Fillon ? Quand la campagne présidentielle commencera-t-elle vraiment ?
Paru dans Le Figaro Magazine, 17 mars 2017

Trump, ... tous contre un !

Publié dans Du côté des élites
Trump : un contre tous, tous contre un !
 
Le "système" existe, Donald Trump l’a rencontré ! Ce fameux "système" n’était pas seulement une élucubration paranoïaque et "complotiste" de populiste en manque d’ennemi. Les premiers pas chaotiques du Président américain révèlent des forces de résistance multiples et puissantes qui font bien "système" pour résister à tout changement voulu par l’élu du peuple. Les mêmes qui nous serinaient depuis des années la nécessité impérieuse de "réforme" sont soudain passés dans le camp du statu quo. Les mêmes qui, en France, n’ont pas de mots assez durs pour tancer le "conservatisme" indécrottable des Français louent et admirent ceux qui, en Amérique, "conservent" tout ce qu’ils peuvent.
 
La bataille américaine est édifiante et révélatrice. Face à Trump se sont levés successivement les médias, les juges, les défenseurs des minorités ethniques et sexuelles. Les politiciens démocrates mais aussi républicains. Au sein de l’Administration elle-même, des hauts fonctionnaires n’hésitent pas à saboter les ordres reçus en les faisant "fuiter" dans la presse. On retrouve les pratiques du temps de Nixon, qui fut le dernier Président à oser affronter l’idéologie des campus des années 60 au nom de "la majorité silencieuse". Il est amusant de lire sous la plume de journalistes de gauche que la CIA tant honnie lorsqu’elle renversait Allende et les gouvernements progressistes d’Amérique latine est devenue désormais la noble "communauté du renseignement". La CIA et l’establishment de Washington refusent en effet la réconciliation avec la Russie de Poutine, comme ils protègent une OTAN qui pourtant n’a plus lieu d’être depuis la disparition de l’Union soviétique.
 
L’autre pôle de résistance est constitué par les multinationales qui se sont enrichies comme jamais avec la mondialisation. Toute remise en cause du libre-échange déstabiliserait leurs chaînes de production et réduirait leurs profits colossaux. Ils ont reçu dans la bataille le soutien de la Chine, dont la classe moyenne est sortie de la misère grâce aux délocalisations des grands groupes occidentaux. Le prix Nobel d’économie Paul Krugman, homme de gauche, avait défini la mondialisation comme l’alliance des dirigeants du Parti communiste chinois et des actionnaires de Walmart (Carrefour puissance cent !). Le pacte fonctionne toujours.
 
L’immigration est l’autre versant du système. En Californie, cette immigration massive (37 % de la population de l’Etat !) a permis à la fois de drainer les cerveaux du monde entier, de la France aux pays d’Asie, et de disposer d’une vaste domesticité corvéable à merci. Les seigneurs de notre époque, les fameux Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon), ne sont pas prêts à renoncer à leur statut. Ils se battent eux aussi pour défendre leurs privilèges. Comme les médias, comme les juges, comme la haute administration, comme les sénateurs corrompus de Washington, ils le font au nom de l’Etat de droit, des droits de l’homme, de la prospérité.
Depuis le mot de Madame Roland montant à l’échafaud, sous la Terreur, on connaît la chanson : "Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !"

Paru dans Le Figaro Magazine, 24 février 2017

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version