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DREYFUS   Francois-Georges

DREYFUS Francois-Georges

Né le 13 septembre 1928
Marié - 3 enfants

Professeur d'université

Universitaire
Agrégé d'histoire
Docteur ès lettres
Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (depuis 1991).
Chaire d'Histoire et de géopolitique des mondes européens au XX°s.
Membre du Synode régional de l'Eglise luthérienne de Paris.

Lauréat de l’Académie française (1967) (1975)

Ouvrages
Les Forces religieuses dans la société française (1966)
Le Syndicalisme allemand contemporain (1968)
Le Temps des révolutions (1969)
Histoire des Allemagnes (1970)
Histoire es Gauches en France (1975)
Histoire générale de l’Europe (1980)
De Gaulle et le Gaullisme (1982)
Des évêques contre le pape (1985)
Les Allemands entre l’Est et l’Ouest (1987)
Histoire de la démocratie chrétienne en France (1988)
L’Allemagne contemporaine (1991)
L’Unité allemande (1993)
Histoire de la Résistance (1996)
Le IIIè Reich (1998)
1919 – 1939 : l'Engrenage (2000)
Histoire de Vichy (2002)
Une Histoire de la Russie (2005)

Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l’Ordre national du Mérite
Commandeur des Palmes académiques
Commandeur du Mérite de l'Ordre du Saint-Sépulcre
Officier de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne
Officier de l’Ordre de la couronne de Belgique

URL du site internet:

Où va le monde arabe ?

Publié dans De par le monde

Le suicide de Mohamed Bouazizi dans une petite bourgade de l’Est tunisien a été le détonateur de mouvements révolutionnaires dans le monde arabe. Ce drame semble avoir surpris les gouvernants comme les grands médias. Pourtant, la fragilité du monde arabe était évidente : les pays sont pauvres (à l’exception de l’Algérie et de la Libye), le PIB par habitant y est généralement entre le quart et le cinquième du PIB français.
De surcroît, le taux d’analphabètes est, sauf en Libye et en Algérie, supérieur à 22 %. En revanche, il y a un pourcentage relativement important d’étudiants dans les universités. Ces États en voie de développement, sans grande richesse économique, voyaient se constituer une inflation d’étudiants sans débouchés qui tendent à fragiliser davantage la classe moyenne. La crise économique a touché toute cette région et accentué le taux de chômage, tout particulièrement parmi les jeunes. En face de cela, on trouve des classes dirigeantes fortunées et des États autoritaires et corrompus. Il n’est donc pas étonnant que l’étincelle dramatique ait déclenché une véritable révolution en Tunisie, qui va faire tâche d’huile.

En Tunisie comme en Égypte, la classe moyenne vivote difficilement. Mais surtout cette classe moyenne, sauf au Yémen, est suffisamment instruite. Elle est au courant de ce qui se passe dans le monde, par la télévision et internet. Elle est confrontée à une classe dirigeante dont le niveau de vie extraordinaire l’exaspère. On va donc assister à une grande poussée révolutionnaire. Au nom de la démocratie, on veut lutter contre la misère, le chômage et la corruption. En Tunisie, en Égypte et au Yémen, en attendant d’autres pays de l’ensemble arabe comme l’Algérie, le thème qui s’est généralisé est basé sur la volonté de construire des États démocratiques. Mais les oppositions ont été muselées : elles sont faibles, désorganisées et sans véritables leaders, en Algérie, en Tunisie comme en Égypte.

En Tunisie, qui va gouverner le pays après la fuite de Ben Ali ? Les opposants de qualité sont en Europe et sont éloignés de la population et de ses vraies préoccupations locales. Au risque de choquer, plus que la démocratie, les masses qui ont manifesté souhaitent un niveau de vie plus convenable, ce qui explique le rôle déterminant du syndicat UGTT en Tunisie. Leur victoire est peut-être une victoire à la Pyrrhus. Les élections vont avoir lieu dans six mois. Le niveau de vie va probablement diminuer pendant cette période. Cela risque d’entraîner un retournement de la situation. Pour l’instant, le pouvoir passe de Ben Ali à l’armée. Les 300 000 à 400 000 travailleurs tunisiens qui vivent directement ou non du tourisme ne regretteront-ils pas le régime défunt qui entraînait des hôtels pleins, avec tout ce que cela implique ? On risque d’avoir dans certains milieux la nostalgie du régime précédent.
En Égypte, la situation est plus dramatique. Hosni Moubarak a commencé par réprimer durement les manifestations avant de se retirer pour laisser le pouvoir à l’armée. Mais l’opposition est sans chef crédible : Mohamed El Baradei est d’abord un "Onucrate". Il a passé l’essentiel de ses dix dernières années à l’étranger. Il existe, certes, un parti d’opposition fort et organisé : celui des Frères musulmans. Il fait peur car il est proche des intégristes, et veut instaurer la Charia. Ce problème existe aussi en Tunisie. Ben Ali était plus laïque que Moubarak, et a persécuté le monde islamiste à la suite de ce qui s’était passé en Algérie entre le gouvernement et le FIS. La révolution de Jasmin étant faite, quel rôle va jouer le parti islamiste ?
Tout cela explique l’attentisme des États occidentaux. Les médias accusent leurs gouvernants de collusion avec les pouvoirs autoritaires, mais que se passerait-il si le Maghreb et le Machrek basculaient dans le fondamentalisme musulman ?

En fait, ces révolutions populaires inquiètent l’Occident. Vraisemblablement, des élections libres donneraient 20 % à 30 % aux islamistes, et leur influence peut être très rapidement déterminante, entraînant de grosses difficultés économiques. Il y a peu de chance que l’Égypte ferme le canal de Suez, qui lui apporte chaque année plusieurs milliards de dollars. Par contre, les flux touristiques risquent de s’affaiblir nettement aussi bien en Haute Égypte qu’autour de la Mer Rouge. Cela aggravera les difficultés économiques et, devant les troubles qui risquent d’apparaître, le gouvernement égyptien, quel qu’il soit, n’hésitera pas à utiliser la force. C’est pourquoi il est vraisemblable que le vrai vainqueur aussi bien à Tunis qu’au Caire sera l’armée.
Par ailleurs, le peuple égyptien est très nationaliste et n’apprécie peut-être pas autant qu’on le croit les appels occidentaux. La nouvelle Égypte risque de se rapprocher des Palestiniens de la bande de Gaza, du Hezbollah au Liban et peut être même de l’Iran, à moins que le pouvoir sunnite veuille surenchérir lui aussi face aux chiites de Téhéran. De toute manière, les cartes vont être redistribuées dans la région, et cela risque d’entraîner de nouveaux conflits autour de l’État d’Israël, ainsi que, simultanément, le renforcement des menées d’El-Qaïda dans les régions sahariennes et sahéliennes. On le voit, la situation est délicate et au-delà du rétablissement de la démocratie, c’est tout l’équilibre géostratégique de la région qui est remis en cause.
Paru dans La Nef  mars 2011

Le populisme en Europe

Publié dans Avec l'Europe

Toute la presse européenne met en avant le nom de "parti populiste" pour qualifier les mouvements d’extrême droite. On ne comprend pas très bien cela. Si l’on en croit le Grand Robert de la langue française, le populisme est un "mouvement qui accorde de l’importance aux couches populaires de la société". Est-ce à dire que tous les autres partis politiques se désintéressent de ce que pense le peuple ?
Il est certain qu’aujourd’hui, le fait populiste est largement présent en Europe et a surtout un caractère culturel, en réaction à l’immigration, notamment musulmane. En moins de vingt ans, la population immigrée s’est considérablement accrue et est désormais perçue comme une menace des cultures traditionnelles et identitaires européennes. Or, que ce soit en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, ce problème n’a pas été pris en compte. Bien plus, l’Allemagne se lança dans une politique multiculturelle reconnaissant les valeurs des uns et des autres, mais entraînant une fracture profonde dans la population. Il était évident que voir les Turcs coloniser véritablement un quartier de Berlin ne pouvait qu’agacer profondément la population allemande.

Des phénomènes analogues se retrouvent dans les pays scandinaves et aux Pays-Bas. On met en avant des traditions de tolérance et de démocratie de ces États pour s’étonner de leurs réactions xénophobes. Elles sont pourtant naturelles quand on connaît un peu l’histoire de ces États profondément attachés à leur identité nationale et culturelle luthérienne. Jusqu’au début du XXe siècle, les catholiques sont à peine tolérés et il faudra attendre… 2009 pour qu’un monastère soit implanté en Suède. L’identité culturelle des trois pays scandinaves et de la Finlande, fondée sur l’appartenance, théorique, au luthéranisme explique la présence dans les Parlements de ces États de nombreux députés populistes et la participation de l’un de ces partis au gouvernement danois.
Le cas le plus typique est celui de la Suisse. Du fait de l’existence de la démocratie directe, on a vu le peuple suisse souverain imposer par votation au Parlement helvétique une loi sur les minarets et la mise en place d’une double peine à l’encontre des criminels étrangers.

Un sondage récent publié par Le Monde montre qu’aux yeux des Français, 68 % des musulmans ne sont pas intégrés ou mal intégrés, et pour 42 % des Français, la communauté musulmane est une menace pour la France. Ce que l’on reproche à l’islam, c’est son refus des valeurs occidentales. Ce qui est intéressant, c’est de constater que les jeunes de moins de 25 ans ne sont que 35 % à considérer les musulmans comme intégrés, et que politiquement, même à gauche, seuls 40 % des électeurs estiment que l’islam est un facteur d’enrichissement culturel. Au centre, il n’y a plus que 17 % favorables à cette tendance, et chez les sans-parti, 12 %.
Il est significatif que les États européens n’aient pas réagi. Ils ne parlent que d’intégration, c’est-à-dire d’un phénomène socio-économique et non point culturel. Or une véritable politique à l’égard des étrangers, s’ils veulent s’implanter, doit se fonder sur l’assimilation. Ce mot semble banni du vocabulaire politique de la plupart des États européens, à croire que l’on souhaite la permanence de communautés étrangères qui auraient simplement un travail et un logement. En réalité, une telle position est dangereuse ; elle rejoint le multiculturalisme des Allemands, et on constate aujourd’hui que cette politique a échoué dans la mesure où elle est source de conflits ; une politique d’assimilation devrait conduire à la prise de mesures qui sont plus que symboliques. Dans le cas de la France, la politique culturelle et scolaire de la IIIe République doit être remise à l’honneur : interdiction de parler autre chose que le français à l’école, interdiction aux collectivités locales d’organiser des cours de langues étrangères, surveillance médicale des jeunes filles, pour éviter l’excision, lutte drastique contre la polygamie. De même la bi-nationalité devrait être strictement interdite.
Au fond, dans un pays comme le nôtre, il faut affirmer profondément l’identité française et mettre au second plan l’appartenance à l’Europe, puisque les institutions européennes ont été incapables depuis soixante ans d’imaginer une identité européenne. Il faut donc mettre en avant tout ce qui constitue l’identité nationale et le génie propre de notre peuple.
Par contre, il convient de donner aux citoyens français de religion musulmane la possibilité de pratiquer honorablement leur culte, afin de créer un islam de France. Mais pour cela, il faut sortir de la laïcité à la française (qui d’ailleurs n’est que du laïcisme anticlérical) de manière à faciliter la construction de mosquées et la formation de citoyens français. Comme on ne peut pas renvoyer cinq millions de musulmans dans leur patrie d’origine - 15 millions si l’on considère toute l’Europe - il faut incontestablement amener les autorités musulmanes des États européens à proposer une vision moderne de l’islam. Cela seul permettra d’éviter des affrontements de plus en plus difficiles qui favorisent aujourd’hui la croissance des partis populistes européens.

Paru dans La Nef  N°223, février 2011

L'échec de Barack Obama

Publié dans De par le monde
L’échec du président Obama lors des élections de mi-mandat était prévisible depuis son élection. Nous l’avons écrit ici même il y a deux ans : s’il n’y avait pas eu la crise dramatique de 2008, il n’aurait pas été élu. Pendant deux ans, le président américain n’a pas su dominer la crise, et s’est engagé dans un programme généreux de sécurité sociale auquel il attachait infiniment d’importance. Au fur et à mesure que les mois passaient, le projet s’effilochait et le Président était poussé dans ses retranchements.
De même, sa politique étrangère est un énorme échec. Le discours du Caire était un appel à la réconciliation entre le monde musulman et le monde occidental. C’était grand, beau et généreux. Mais cela posait le problème du comportement américain en Israël, en Irak, en Afghanistan et face à l’Iran. Certes le président Obama héritait d’une situation très difficile. La stupide guerre d’Irak engagée par son prédécesseur avait conduit à la déstabilisation totale de l’Irak et du Moyen-Orient tout entier. D’autre part, comme en Afghanistan, les militaires américains ont été dépassés par les événements. L’Irak aujourd’hui, malgré des élections soi-disant démocratiques, n’est toujours pas pacifié, et ne semble pas près de l’être.
En Afghanistan, la lutte contre les talibans a été menée avec une stratégie inconsidérée. Pour contrôler un pays plus grand que la France, il fallait plusieurs centaines de milliers d’hommes. Il y en a moins de deux cent mille. Il est vrai que cela impliquait le rétablissement du service militaire : on s’est contenté de faire appel à des mercenaires. Au temps d’Obama comme au temps de Bush, on fait la guerre avec des avions et des drones, ce qui entraîne de multiples dommages collatéraux. Après tout, Washington et l’Otan auraient pu s’inspirer de la stratégie des Soviétiques, qui ont abandonné l’Afghanistan en 1987, non pour des raisons militaires comme on le dit faussement, mais parce que le Kremlin manquait d’argent…
Là encore, Obama n’a pas su dominer la situation. Il voulait réconcilier le monde arabe et l’Occident, mais il n’a pas compris que la solution du problème passait par Israël. Il a laissé Israël agir à sa guise, se contentant de vagues déclarations qui n’avaient aucun écho à Tel-Aviv.

En fait, quand nous faisons ce bilan, nous mettons l’accent sur les freins qui ont joué contre Obama. Les États-Unis sont un pays qui demeure marqué par la pensée protestante, c’est-à-dire une pensée profondément individualiste. Même si cette communauté est en déclin, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) tiennent toujours le haut du pavé. Il y a 54 % d’Américains protestants pour 25 % de catholiques. Si le poids protestant se réduit chez les "caucasiens" (les judéo-chrétiens blancs selon l’Office américain des statistiques), il augmente sensiblement chez les hispano. Il ne faut pas oublier que les 4/5ème des noirs sont également protestants. Si les fidèles des Églises historiques (luthériens et presbytériens) ont plutôt un comportement libéral, leur poids sociopolitique est en déclin dans la mesure où ces communautés se sont peu à peu engagées dans la postmodernité et ont récusé les valeurs éthiques des Saintes Écritures. Ce qui est plus intéressant et que l’on néglige trop, c’est l’évolution des immigrés venus du monde hispanique. Il y a aujourd’hui 22 % de protestants sur 100 hispanos, et leur nombre croît chaque année.
Les cartes électorales sont significatives. Le nord-est des États-Unis a voté Obama, même si en Pennsylvanie et dans l’État de New York, la moitié des circonscriptions ont été enlevées par des Républicains. À New York même, les Républicains ont emporté plusieurs circonscriptions. Quant au Sud, où les noirs et les hispanos sont nombreux, la reconquête républicaine est sensible. Il est également intéressant de noter que des États démocrates comme l’Arizona, le Nouveau Mexique, le Colorado et les circonscriptions texanes proches du Mexique ont été enlevées par les Républicains. Cela souligne le refus populaire des immigrants sud-américains.

Quel va être le comportement des Républicains ? Feront-ils de l’obstruction systématique ou accepteront-ils de collaborer sur certains problèmes ? Le slogan qui a le plus marqué la campagne républicaine, c’est le changement de la politique. Ce que l’on va demander à Obama, c’est de renoncer au programme de transformation de la société américaine, à cette politique socialisante qu’il semblait vouloir mener. Ce qui est significatif, c’est la montée des Tea Parties menés par Sarah Palin. Les Tea Parties s’appuient sur le mouvement évangélique, dont on ne doit pas oublier qu’il représente 22 % de la population américaine, un tiers d’entre eux étant des fondamentalistes. Ce sont eux qui ont mené le combat contre l’avortement, contre le mariage homosexuel, interdit d’ailleurs dans 28 États sur 50. Ces évangéliques refusent au fond une véritable politique d’ouverture sociale. Ils sont hostiles à l’État-providence ; ils sont d’autre part pro-sionistes, ce qui peut poser des problèmes dans la politique américaine à l’égard de l’islam.
En définitive, ces élections de mi-mandat permettent de rappeler plusieurs choses. D’abord le poids du religieux dans la vie américaine, ensuite l’existence d’une population hostile à une trop grande intervention de l’État et favorable à ce que les États-Unis demeurent le moteur du monde, dont il est "l’Israël moderne". Mais la situation internationale tant économique que géostratégique entraînera incontestablement des difficultés. Cela ne veut pas dire qu’Obama sera automatiquement battu en 2012. S’il joue bien avec les Républicains, il peut à nouveau l’emporter, d’autant que les Républicains n’ont à l’heure actuelle aucun programme politique.

Paru dans La Nef, décembre 2010

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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