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DUGOIS Marc

DUGOIS Marc

Né en juin 1944





Avocat


Diplômé d'HEC 
Avocat spécialisé dans le redressement d'entreprises en difficultés 
Conseiller au cabinet de Jean Louis Borloo
S'est retiré du barreau le 31 décembre 2004 pour être consultant.

 

 

Ouvrages
Voter utile est inutile, Petit manuel de sagesse pour un monde en crise (2006)
L'inéluctable révolution (2012)


Sites
http://www.ecosophie.com/
http://www.surlasociete.com/

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L’absurdité des ...

Publié dans A tout un chacun
L’absurdité des raisonnements économiques
 
Les yeux bandés personne ne voit rien et personne ne s’en étonne. En économie personne ne comprend, y compris ceux qui l’enseignent ou qui l’apprennent et tout le monde feint de savoir ou de s’en étonner ou de jouer à la fausse humilité.
La raison en est pourtant très simple : on a changé le sens du PIB, le produit intérieur brut, en laissant croire que c’est encore un produit alors qu’au départ ce n’est qu’un échange dont un des termes est la monnaie. C’est un achat pour l’acheteur, une vente pour le vendeur. L’achat peut être désiré comme c’est habituellement le cas. Il peut aussi être imposé comme l’assurance de sa voiture ou les frais du compte bancaire obligatoire. Il peut enfin être subi comme les soins ou les réparations après un accident. Dans tous les cas il est comptabilisé dans le PIB que l’INSEE calcule de trois façons différentes : la somme de tout l’argent qui a été dépensé, la somme de tous les biens et services qui ont été vendus en les calculant au mieux, et la somme de toutes les transactions, les trois modes de calculs donnant évidemment la même chose si on ne s’est pas trompé.
Cela avait un sens tant que l’argent dépensé était le fruit d’un travail déjà effectué car si le PIB a toujours été la somme de toutes les dépenses publiques et privées, il était aussi au départ, lorsqu’il a été imaginé après la deuxième guerre mondiale, la somme de tout ce qu’un peuple était capable de produire d’intéressant. L’intérêt était prouvé par une dépense d’argent préalablement gagné.
Cela est resté vrai tant que les prêts étaient des prêts sur gage, réservés à ceux qui avaient obtenu préalablement le gage qu’ils apportaient en garantie.
 
Mais tout a explosé quand les banques se sont mises par la double écriture (créance à l’actif identique à la dette au passif) à prêter de l’argent qu’elles n’avaient pas. Ne leur coûtant rien, elles se sont mises à prêter non plus sur gage préexistant mais sur richesse future à créer. La fabrication de fausse monnaie légale était enclenchée et s’est emballée à partir du 15 août 1971, lorsque Nixon a déconnecté le dollar de l’or alors que les accords de Bretton Woods liaient toutes les monnaies au dollar.
On a continué à calculer le PIB de la même manière sans rien différencier et le PIB est bien évidemment resté la somme de toutes les dépenses publiques et privées. Mais il a cessé d’être la somme des productions utiles. Par le biais de l’argent emprunté on a additionné aux productions utiles, les productions futures que l’on a toutes supposées utiles. On a additionné la réalité et l’imaginaire pour en faire une fausse réalité. Ce décrochage de la dépense et de la production utile n’a jamais été pris en compte par l’économie. Si la réalité et le calcul du PIB sont bien restés la somme de toutes les dépenses publiques et privées, financées de plus en plus majoritairement par l’emprunt, le discours économique, politique et médiatique a continué à considérer le PIB comme un produit et comme une création de richesse.
 
Le grand écart entre la réalité du PIB, somme de toutes les dépenses, et son interprétation par les économistes comme une création de richesse a sapé à la base l’Union européenne en 1992 avec le traité de Maastricht qui impose un déficit public inférieur à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 60 % du PIB. Cela avait un sens quand le PIB était une création annuelle de richesse reconnue. Cela n’en a plus aucun depuis que le PIB n’est plus que la somme de toutes nos dépenses. Il suffit de dépenser plus en empruntant pour avoir le droit de dépenser encore plus et d’emprunter encore davantage. Qui osera éclater de rire d’abord et se scandaliser ensuite ?
On a atteint des sommets en appelant croissance économique et carrément croissance tout court, l’augmentation du PIB, c’est à dire l’augmentation des dépenses. Pas un politique ne nous épargne le rabâchage que seule la croissance nous fera sortir du tunnel. Faut-il être énarque pour comprendre que si l’on règle apparemment en effet beaucoup de problèmes en dépensant de l’argent que l’on n’a pas, cela ne fait que reporter les problèmes en les aggravant. Mais si l’on dit que la dépense est création de richesse, tout devient possible, il n’y a qu’à emprunter. C’est ce que nous faisons sur toute la Terre. Les gouvernements par prudence augmentent tout de même tous (sauf le nôtre) leur budget militaire car l’issue est connue de tous même s’il faut endormir les peuples.
A titre d’exemple intéressons-nous à Jean-Claude Trichet pour ne pas avoir à ressusciter ce pauvre Michel Camdessus.
 
Jean-Claude Trichet est sans doute actuellement l’expert des experts. Énarque bien sûr, socialiste à 20 ans comme eux tous, conseiller de Giscard à l’Elysée, directeur de cabinet de Balladur au ministère des Finances, directeur du Trésor, gouverneur de la Banque de France, président de la Banque centrale européenne, il a écrit fin 2018 un article étonnant : 
Un succès historique : l’euro dans lequel il affirme entre autres "La zone euro est un succès en termes de croissance d’ensemble de l’économie réelle, mesurée depuis sa création jusqu’à aujourd’hui". Il y expose son raisonnement :
Pour que la comparaison entre les États-Unis et la zone euro soit aussi sûre que possible, je m’en tiendrai aux chiffres du Fonds monétaire international. Selon le FMI, le produit intérieur brut par tête de la zone euro était, en 1999, de 22 310 dollars comparé à 34 600 dollars aux États-Unis. Selon les prévisions actuelles, les produits intérieurs bruts par tête en 2018 devraient être respectivement de 42 070 dollars et 62 150 dollars. Les dollars sont les dollars courants sur la période. Ces calculs du FMI suggèrent une multiplication du PIB par tête en dollars courants de 1,89 dans la zone euro et de 1,80 aux États-Unis. La différence, à l’avantage de la zone euro, est modeste et ne suggère pas un avantage significatif, mais cette différence ne confirme évidemment pas l’échec économique souvent mis en avant.
 
Comme tous les partisans de l’euro, il parle en dollars mais que quelqu’un de réputé intelligent se réjouisse qu’un Européen augmente plus rapidement ses dépenses qu’un Américain laisse pantois et ne s’explique que par la religion imbécile du PIB qui serait encore création de richesses alors qu’il n’est fabriqué que par la montée des emprunts tant publics que privés. Et en effet les Européens tirent encore plus sur la corde que les Américains. J.C. Trichet a-t-il raison de s’en réjouir ?
 
Il est aussi cocasse d’entendre les économistes libéraux s’offusquer de voir l’État dépenser 47 % de la richesse produite alors qu’il ne fait que dépenser 47 % de la dépense globale, les autres 53 % étant dépensé par le privé, toutes les dépenses étant de plus en plus financées par l’emprunt qui monte, qui monte, qui monte…
Comprendre que le PIB n’est plus un produit en dépit de son nom et que la croissance n’est que l’augmentation des dépenses financée par la dette, devient le premier devoir de ceux qui s’intéressent au sauvetage de notre civilisation car tout le reste en découle.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 12 mai 2019

Le dogme et la conviction

Publié dans A tout un chacun
Le dogme et la conviction
 
La conviction est un essentiel qui vient de l’intérieur, le dogme est un essentiel qui vient de l’extérieur. La conviction motive, le dogme rassure, justifie et crée le lien social. Le but de toute éducation est d’apprendre à se forger des convictions, d’assumer sa liberté et de comprendre les dogmes. Le but de tout pouvoir est de faire confondre ses dogmes avec la vérité et s’ils sont faux, le pouvoir mène son peuple à sa perte car les convictions se heurtent aux dogmes.
 
L’éducation nationale est aujourd’hui un oxymore, une obscure clarté, une intelligence bornée, un apprentissage de fausses vérités. Quand l’éducation nationale ne réussit pas à instiller les dogmes, le politique fait des lois mémorielles qui les imposent sous peine de sanctions pénales. La conviction n’a plus droit de cité, l’homme n’a plus le droit d’être debout, la liberté d’expression n’est plus qu’un étendard que l’on courtise en le poignardant.
 
En économie les faux dogmes génèrent des techniques de paupérisation de plus en plus sophistiquées pour le plus grand profit de ceux qui les imaginent, qui n’existent que par leur inventivité et qui coûtent fort cher. Ces techniques ne prospèrent que parce que l’on a convaincu le peuple qu’il était incompétent en économie, que son bon sens ne valait pas intelligence et que les dogmes actuels de l’économie étaient vrais alors qu’ils sont faux.
 
Le premier faux dogme est que l’échange enrichit durablement alors qu’il n’est que double contentement, enrichissement mental de l’instant. Vénérer le libre-échange, c’est prendre l’instant pour le durable et faire payer son erreur par le peuple. Pour faire croire à la solidité du dogme, on a inventé le PIB, somme de toutes les dépenses que l’on a le culot d’appeler produit pour le présenter à tous ceux qui ne comprennent rien, comme une création de richesse à se partager, ce que font avec zèle tous les médias. Le libre-échange coûte en réalité extrêmement cher. Il coûte d’abord cher en argent avec des coûts de transport faramineux, avec le chômage qu’il crée et que l’on rémunère, et avec les baisses de salaire. Il coûte aussi cher en diminution de la biodiversité. Il est d’ailleurs regrettable que les médias ne nous parlent que de la diminution de la biodiversité animale et végétale sans jamais parler de la biodiversité humaine tout aussi en danger et pourtant tout aussi nécessaire. Et comme il faut bien payer ces dépenses du libre-échange, la paupérisation du peuple est une nécessité. Il grogne sans comprendre car on lui a dit que nous étions un pays riche puisque nous dépensions beaucoup. On l’a même convaincu, en en faisant un seuil, que la vraie pauvreté, c’était de ne pas dépenser.
 
Le deuxième faux dogme est que seules les entreprises peuvent demander à chacun le meilleur de lui-même et que lorsque l’État le fait, soit il déguise en fonction publique une sinécure permanente de moins en moins supportable par ceux qui n’en bénéficient pas, soit il tue dans l’œuf ses propres créations comme successivement, les ateliers de charité, les ateliers nationaux, les ateliers sociaux et les ateliers de travail et de charité permanents. On en arrive à tuer les entreprises en leur faisant supporter l’entretien de millions de chômeurs que l’on trouve normal de payer à être inutiles tout en entendant Macron redire qu’il faut "demander à chacun le meilleur de lui-même". Et quand l’entreprise meure, elle laisse ses dettes à la charge de la collectivité. On paupérise partout par la surtaxation des entreprises, par l’entretien de chômeurs involontaires et d’une masse incroyable d’inutiles subventionnés. La nouvelle coqueluche de l’auto-entreprenariat permet de reculer pour mieux sauter.
 
Le troisième faux dogme est la croyance que l’on peut créer de la monnaie avant de créer de la richesse, qu’il suffit d’investir comme ils disent. On semble avoir complètement oublié que la monnaie ne doit pouvoir être créée que pour équilibrer le constat d’un peuple qu’il a préalablement créé de la richesse à ses propres yeux. C’est ce troisième faux dogme dramatique qui rend présentables et apparemment crédibles depuis au moins un demi-siècle, grâce aux banques, les deux premiers faux dogmes, tout en ouvrant malheureusement la porte au quatrième.
 
Le quatrième faux dogme est que l’artificiel remplace facilement le naturel et que l’équilibre instable du funambule peut remplacer avantageusement l’équilibre stable du porte-manteau. La machine pourrait produire et l’intelligence artificielle concevoir, en laissant l’homme simplement consommer, dormir, se distraire et courtiser ses élites autoproclamées. On en arrive même à faire croire que la machine et l’intelligence artificielle sont moins coûteuses que l’homme, tant dans sa fabrication que dans son usage. Le dogme prétendant que l’homme demanderait plus d’énergie que la machine pour être conçu, nourri et réparé, est évidemment faux mais il fait ses ravages dans la recherche médicale et dans l’industrie dite "de pointe" qui, pour nous faire lutter contre la mort et pour nous laisser nous croire enfin des dieux, dépensent une énergie monétaire considérable à augmenter la population mondiale, la soumettre à notre façon de vivre et en déduire qu’il faut en changer tellement le résultat est catastrophique.
 
La somme de ces quatre faux dogmes laisse croire qu’il suffit pour se croire riches de fabriquer de l’argent pour acheter des machines, et encore fabriquer de l’argent pour acheter leurs productions. Comme cela ne marche évidemment pas, il faut absolument faire payer les autres peuples et donc être une "puissance", ce mot mi-sexuel mi-guerrier dont tous les Politiques s’habillent comme leur seule raison d’être. La "puissance" chiffrée par le PIB et générant même un prétendu "PIB mondial" n’est que la somme de toutes les dépenses payées par la création monétaire ex nihilo des banques. Ce pack bien ficelé est fourgué aux peuples que l’on a formatés à tout gober, comme une création de richesses dont ils ne voient évidemment jamais la couleur s’ils n’endettent pas leur descendance. On a inventé pour cela l’expression "développement économique" dont la racine latine veut dire soulever le voile, ce qui se dit en grec apocalypse. Le voile une fois soulevé, ce développement, cette apocalypse nous permettent de voir de mieux en mieux l’impasse dans laquelle on nous pousse tant que nous accepterons d’en être nous-mêmes par facilité les complices.
 
Les faux dogmes ne détruisent pas que l’économie. Le libéral crée le libertaire. Les mots deviennent creux. La république se réduit à l’oligarchie, la loi du petit nombre. Ce petit nombre peut même n’être qu’un seul comme le dit Mélenchon avec son "La république c’est moi" ou comme le vit Macron, ce jeune monarque improvisé que la réalité ne dérange même plus.
Les faux dogmes défient aussi la réalité en niant la faiblesse physique de la femme comme son monopole absolu dans les maternités et comme la nécessité d’un homme et d’une femme dans la conception et l’éducation des enfants. Simplement dire ces évidences devient un crime de lèse-dogme à mépriser avec d’autant plus d’ardeur que ce crime n’est que simple observation. Nier une vérité ne trouve sa force que dans l’idolâtrie du dogme.
 
Les faux dogmes détruisent encore le lien social en considérant la sexualité comme une orientation sans jamais s’aventurer à se demander, de peur de s’entredéchirer, si sa boussole se trouve dans les gènes ou dans l’éducation. Le dogme impose l’homosexualité comme un état alors que les Grecs la voyaient comme un passage utile et organisé entre l’autosexualité et l’hétérosexualité, passage dont il fallait savoir sortir. A-t-on encore le droit d’avoir des convictions sur ce sujet sans être embastillé pour homophobie ? Peut-on encore suggérer que l’homme a autant besoin de la femme que la femme de l’homme et que l’un sans l’autre ne peut être un équilibre à lui tout seul ?

Tous les faux dogmes actuels ont besoin de dérivatifs pour occuper les esprits d’une jeunesse généreuse de son énergie mais que tous ces faux dogmes empêchent d’être utile. Ils ont généré des nouvelles religions pour étrangler la spiritualité collective qui donne trop de place au bon sens et qu’ils abandonnent à l’islam. Ils ont d’abord sorti de leur chapeau la laïcité qui décrète que la spiritualité n’est qu’individuelle alors qu’elle ne l’est que pour une infime minorité d’ermites. Comme la laïcité patine, on a inventé une autre religion qui, sous le prétexte de bienveillance et à l’inverse de la démocratie, survalorise les minorités pour un égalitarisme dogmatique qui n’est toujours que dans un seul sens. C’est la religion de la "discrimination positive" que l’on appelait autrefois la distinction, c’est la religion du "celles et ceux" tellement entendu et de la parité qui exclut la femme de la représentation de "ceux", mais qui ne bronche pas quand la parité se perd dans la magistrature et bientôt dans la médecine et dans les médias. Cette religion suicidaire culpabilise toute majorité, ne pousse pas les faibles à devenir forts mais imposent aux forts d’être faibles tout en prônant la compétition et en dédaignant la collaboration. Comme cette religion n’est pas fondée sur une générosité mais sur une obligation dogmatique, elle patauge aussi et n’enflamme personne. On a enfin inventé une religion qui peut enflammer la jeunesse. C’est le réchauffement climatique dont l’origine serait humaine. Personne ne commence par expliquer pourquoi la Terre a été glaciale et brûlante à différentes époques bien avant l’arrivée de l’homme. Or, sans avoir compris le pourquoi de ce large éventail de températures dont l’homme ne porte aucune responsabilité, est-il sérieux d’imputer à l’homme, par simple affirmation d’un GIEC composé de gens très divers qui y ont tous intérêt, la responsabilité du petit réchauffement actuel que l’on retrouve plusieurs fois dans les siècles passés. La religion du réchauffement climatique a en plus, pour l’élite autoproclamée, le gros avantage de prendre en charge le déclin bien réel de la biodiversité en en absolvant le vrai coupable, le libre échange. Et n’est-elle pas aussi une façon efficace de détourner l’énergie de la jeunesse de là où elle pourrait être utile donc vraiment dérangeante ?

Envoyé par l'auteur, paru sur www.surlasociete.com, 1er mai 2019

Le retour des assignats

Publié dans A tout un chacun
Le retour des assignats
 
Eternel débat sur la monnaie pour savoir si elle est une marchandise, un signe, une institution ou un symbole. Elle n’a été définie pendant des siècles en Occident que par les trois utilisations qu’Aristote lui voyait : instrument de mesure, intermédiaire d’échanges et stockage de valeur.
Mais pour mesurer, échanger ou stocker quoi ? La richesse ne se mesure pas puisqu’elle dépend du regard de chacun. Un échange ne nécessite-t-il pas deux entités à définir clairement ? Et pour stocker une valeur, ne faut-il pas que la valeur existe avant d’être stockée ?
Tant que la monnaie était en elle-même une valeur comme l’or ou l’argent, elle pouvait sans problèmes remplir les trois fonctions qu’Aristote lui trouvait. Quand on abandonnait son or, c’était toute l’histoire de cet or qui valorisait ce que l’on obtenait en échange. Et si on le stockait, il ressortait toujours inoxydé à première demande.
L’approche de la monnaie se complique quand elle devient fiduciaire (monnaie fondée sur la foi en l’émetteur). Elle est toujours au départ de la fiducie fondée sur l’équivalence avec un actif reconnu. Le système de Law en 1716 était fondé sur la richesse de la Louisiane alors française et recouvrant à l’époque plus de la moitié des actuels États-Unis. Les assignats en 1789 étaient fondés sur les biens confisqués d’abord au clergé puis à la noblesse émigrée. Les billets de banque étaient valorisés par leur équivalence en or. Cela a été pour la dernière fois affirmé en juillet 1944 dans les accords de Bretton Woods où les monnaies ont toutes été évaluées en dollar, lui-même échangeable contre de l’or.
 
Mais la nature humaine sait admirablement utiliser l’évidence que le papier est plus facile à imprimer que le travail à faire, l’or à être extrait, la Louisiane à rapporter ou les biens des puissants à être une source inépuisable. Le phénomène est toujours le même. On commence par en imprimer en toute bonne foi un tout petit peu plus que la richesse déjà reconnue en fondant la monnaie sur le rêve si agréable de la richesse qui sera créée grâce à la monnaie créée. Et une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limite. On fabrique à la chaîne de la monnaie qui n’a plus comme valeur que celle que l’on accorde à leur imprimeur, et cette confiance ne dure évidemment jamais. Dans tous les cas arrive un moment ou le papier-monnaie cesse d’être monnaie pour redevenir simple papier, ce que Mirabeau avait pressenti en disant "qu’il faut bannir de la langue cet infâme mot de papier-monnaie". Si ceux qui les impriment trahissent la confiance de leur peuple, le désastre n’est jamais loin. Pour le système de Law il a fallu 4 ans pour que Law fuie à Venise en 1720 après que le Régent ait payé les dettes de Louis XIV en monnaie de singe. Pour les assignats il a fallu 8 ans pour qu’ils ne vaillent plus rien en 1797 après que la bourgeoisie ait récupéré à bas prix les biens de la noblesse et du clergé et mis en place le Directoire ouvrant la porte au Consulat et à l’Empire.
 
Depuis près de 50 ans, depuis que Nixon a arrêté le 15 août 1971 la convertibilité du dollar en or, les monnaies ne valent objectivement plus rien et attendent la reconnaissance de leur non-valeur qui peut arriver à tout instant.
Ce qu’il faut observer avec intérêt ce sont les multiples méthodes d’enfumage utilisées par ceux qui s’enrichissent sur le peuple pour faire tenir le système de fausse monnaie. Ils le font artificiellement et pour qu’il dure le plus longtemps possible tellement il leur est agréable.
Il faut déjà remarquer que la pénalisation de la fausse monnaie s’allège régulièrement avec le temps. Si dès le début de la monnaie-papier la sanction est inscrite sur tous les billets, elle est la mort au début du XIXe siècle, puis les travaux forcés à perpétuité, puis la réclusion criminelle à perpétuité. Sur le billet de 20 francs de 1997 type Debussy il est encore écrit en toutes lettres : "La contrefaçon ou la falsification des billets de banque et la mise en circulation des billets contrefaits et falsifiés sont punis par les articles 442-1 et 442-2 du code pénal de peines pouvant aller jusqu’à trente ans de réclusion criminelle et trois millions de francs d’amende".
Techniquement l’arrivée de la monnaie dématérialisée permet d’un seul clic à n’importe quelle banque de créer toute la monnaie désirée. Plus personne n’est responsable de la quantité de monnaie en circulation que l’on affuble des appellations absconses de masses monétaires M0 M1 M2 M3 M4… que les universitaires auscultent dans l’indifférence générale.

Mais c’est surtout intellectuellement que le travail est fait pour que personne ne comprenne plus rien à la monnaie qui est et qui restera une reconnaissance de dette d’un peuple sur lui-même.
On a changé le sens de l’inflation qui était il y a 50 ans l’augmentation de la masse monétaire et qui est devenue la conséquence de son augmentation incontrôlée à savoir la hausse des prix.
On a eu l’idée géniale d’inventer le PIB, somme de toutes les dépenses publiques et privées, en l’appelant Produit pour faire croire qu’il suffisait de dépenser pour s’enrichir. Cela permet de croire s’enrichir en s’endettant. On a appelé cette stupidité, investir (mettre un vêtement) ou financer (mener à bonne fin) et cela ne fait rire personne.
On a inventé le gagnant-gagnant en transformant le double contentement d’un moment en un double enrichissement durable. On a fait de la richesse un fait objectif alors qu’elle n’est qu’un regard.
On a transformé l’emprunt qui de toute éternité avait toujours été un emprunt sur gage réservé aux riches. On en a fait un emprunt sur richesse future pour justifier la création de fausse monnaie, faire monter tous les prix et fabriquer à la pelle des faux milliardaires que l’on peut envier ou détester et qui dépensent tous de la fausse monnaie que les banques leur prêtent. Faux milliardaires car leurs fortunes ne consistent qu’en immobilier, en actions et en œuvres d’art qui ne valent cher que parce qu’ils se les rachètent entre eux à des prix faux et hallucinants payés avec des emprunts. Les riches sont ceux qui peuvent s’endetter en faisant croire qu’ils créent des richesses. Le vrai prix de l’immobilier est celui qui serait obtenu si tout devait être payé cash dans un monde sans fausse monnaie. Si l’immobilier devait être payé comptant en or, de combien de dizaines de fois moins cher serait-il et ne serait-ce pas son vrai prix ?
Bien sûr, les banques créant en continu de la monnaie pour survivre, les dettes explosent. La dette publique française est d’environ 100 % du PIB et la dette privée française de l’ordre de 130 % du même PIB que l’on prétend être notre fabrication annuelle de richesses alors qu’il n’est que notre dépense annuelle, ce que les médias ne veulent pas entendre. Ne parlons pas des dettes de la Chine, des États-Unis, de l’Angleterre ou de l’Allemagne !
Mais le pire est la justification intellectuelle de la création d’argent pour créer de la richesse, justification martelée dans les grandes écoles et à l’université par des professeurs malheureusement souvent de bonne foi.

Certains professent en effet qu’il est intelligent de créer de la monnaie pour financer la fabrication, la construction ou l’achat de quelque chose qui sera reconnu comme une richesse. C’est en effet techniquement possible puisque toutes les banques le font en expliquant que la monnaie artificiellement créée sera détruite lorsque l’emprunteur la remboursera. Mais c’est économiquement dramatique car si la monnaie créée disparait effectivement des comptes de la banque quand elle est remboursée, elle ne disparait pas pour autant car personne ne la détruit. Cette fausse monnaie va circuler ou être épargnée et se confondre avec la bonne monnaie et donc la dévaloriser. La bonne monnaie est créée postérieurement à la création de richesses alors que la fausse monnaie est créée pour créer une richesse sans être jamais détruite.
Si l’on emprunte pour construire un viaduc que tout le monde appréciera ou une voiture dont quelqu’un a besoin, la banque oubliera tout dès qu’elle sera remboursée mais la collectivité en macroéconomie se retrouvera en possession d’un cumul. Elle aura  le viaduc ou la voiture mais elle aura aussi l’argent qui a servi à les obtenir et qui a été disséminé sans être détruit. Comme il a fallu rembourser la banque, l’argent nécessaire n’a pu être trouvé que par un appauvrissement des citoyens pris individuellement ou collectivement. Depuis 50 ans, depuis que les monnaies ne sont plus que des assignats, nous ne remboursons les banques qu’en nous appauvrissant. Ne pas vouloir le comprendre c’est ne pas vouloir comprendre pourquoi un seul salaire suffisait il y a 50 ans dans toutes les classes sociales pour qu’une famille vive correctement avec au moins trois enfants alors qu’aujourd’hui dans toutes les classes sociales le niveau de vie diminue et l’on a même peur de faire des enfants, même avec deux salaires.
 
Quel parti politique aura le courage de prendre vraiment le parti du peuple en le remettant au travail de vraie production ou dans des emplois de vrais services à cette production pour qu’il soit à nouveau payé correctement sur ce qu’il est capable de faire sans être déformé ou formaté à Dieu sait quoi ? Mais l’immense cohorte des emplois actuels ne sert qu’à donner des soins palliatifs au système tout en prétendant l’améliorer. Cette cohorte est malheureusement majoritaire et elle nous donne la classe politique assez déboussolée que nous avons et qui ridiculise la démocratie.
 
Les élections européennes vont permette d’exprimer la défense du système avec l’Union européenne ou le réveil des peuples dans toutes leurs sensibilités. D’un côté des Européistes sans enfants nous parleront puissance économique, compétition, innovation, investissement, financement et populisme de ceux qui ne les admirent pas. De l’autre une multitude d’approches complémentaires cherchent à comprendre mais savent toutes que la vraie puissance est la cohérence d’une nation et que la nôtre a malheureusement aujourd’hui par notre faute des dirigeants qui ne la comprenne plus.

Envoyé par l'auteur, 26 mars 2019

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