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DUGOIS Marc

DUGOIS Marc

Né en juin 1944





Avocat


Diplômé d'HEC 
Avocat spécialisé dans le redressement d'entreprises en difficultés 
Conseiller au cabinet de Jean Louis Borloo
S'est retiré du barreau le 31 décembre 2004 pour être consultant.

 

 

Ouvrages
Voter utile est inutile, Petit manuel de sagesse pour un monde en crise (2006)
L'inéluctable révolution (2012)


Sites
http://www.ecosophie.com/
http://www.surlasociete.com/

URL du site internet:

Monnaie - Propriété

Publié dans A tout un chacun
La monnaie - La propriété
 
La monnaie
Depuis plus de deux siècles les économistes discutent sans arriver à un accord pour savoir si la monnaie est un signe ou une marchandise.
Quand un groupe se constitue quelle qu’en soit la raison il y a deux façons extrêmement différentes d’observer le début de son fonctionnement.
On peut avoir une approche exclusivement matérialiste et dire comme la science économique qu’ "au début était le troc" avec sa suite formatée "et un jour c’est devenu trop compliqué et on a inventé la monnaie". Peu importe qu’aucun archéologue n’ait jamais trouvé trace d’une économie de troc, peu importe que chacun puisse constater que lorsqu’on lance une association, les membres ne se précipitent pas pour savoir ce qu’ils peuvent échanger entre eux contre leur stylo ou leurs chaussures, peu importe que dans une famille papa ne conduise pas les enfants à l’école uniquement après avoir vérifié qu’ils avaient bien aidé maman, la vision matérialiste du groupe est que tout commence par le troc et que la monnaie en est le substitut.
La vision de ce commencement est l’échange des avoirs et toutes les écoles économiques sont fondées sur ce choix qui affadit toutes leurs disputes car toutes considèrent la monnaie comme un avoir.
Une autre approche est possible, une approche fondée sur l’échange des êtres et non sur l’échange des avoirs.
Un groupe se constitue parce qu’il a un but, que ce soit voyager, se défendre, se reproduire, se nourrir, attaquer, promouvoir ou abattre. Aucun groupe ne se crée pour attendre. A l’intérieur de ce groupe chacun est prié de donner le meilleur de lui-même pour la réussite du but commun. Le don de soi et l’accueil de l’autre sont les bases sur lesquelles se construit un groupe, et le lien social en détermine le but et la limite. Mais dans tout groupe la tendance au farniente et au laisser travailler les autres s’insinue dès que le groupe devient important. Le groupe commence alors par rappeler à l’ordre les récalcitrants puis de guerre lasse impose la contrainte ou … génère la monnaie.
Le mot monnaie comme le mot monument vient du verbe latin moneo qui veut dire "faire souvenir". L’idée est aussi géniale que l’invention de la roue et elle a germé sur tous les continents. On prend une matière recherchée, rare, pérenne, divisible et transportable. On donne à chacun, en souvenir de ce qu’il a déjà apporté au groupe, la quantité de cette matière qui lui revient et l’on chiffre les biens et les services. La monnaie génère alors par sa circulation une apparence de troc et si un paresseux continue à être inutile, son stock de monnaie fond et n’est pas réapprovisionné.
 
Au début de cette vision est l’échange des êtres, ce qui donne une vision totalement différente de la monnaie. La monnaie devient un stockage d’énergie humaine, de travail reconnu par le groupe et dans cette vision, la quantité de monnaie ne peut croître que par la procréation car si on la multiplie autrement, elle se dévalue automatiquement comme le 20ème siècle l’a montré en dévaluant le franc de 99,95 % entre le franc Poincaré de 1914 et le franc du passage à l’euro de 2002 alors qu’il n’avait subi aucune dévaluation entre le franc germinal de 1802 (appelé aussi Napoléon) et le franc Poincaré plus d’un siècle plus tard. Le professeur Jean-Charles Asselain le rappelait en février 2002 dans une conférence au Ministère des Finances en précisant que la pièce de vingt francs or de 1914 était devenue la pièce de même taille et de couleur vaguement du même jaune, de vingt centimes de franc de décembre 2001. On a eu beau multiplier par 6,55957 la valeur de la pièce de vingt centimes pour qu’elle soit "d’euro" et non plus "de franc" il reste que la pièce de vingt francs or du début du XXème siècle est devenue 3 centimes d’euro par le simple fait que la valeur de la quantité de monnaie ne peut croître autrement que par la procréation humaine et que toute autre moyen de la créer, la dévalue.
Imaginons d’ailleurs un monde sans contact avec l’extérieur, vivant en autarcie et ayant sa monnaie. Si un malveillant parachute un container de billets de banque doublant la quantité de monnaie de cette collectivité, cela entraînera d’abord un chaos avec des nouveaux riches non reconnus et haïs avec toutes les conséquences de ce choc puis avec le temps le calme reviendra mais avec le doublement de tous les prix.
 
La monnaie, si elle permet de forcer tous les membres du groupe au travail, entraîne aussi deux dangers que le groupe devrait maîtriser.
Le premier on l’a vu est la création de monnaie qui ne doit être faite qu’en remplacement d’une monnaie détruite ou qu’en constat de l’augmentation de la population active. Elle peut aussi être faite sciemment par la direction du groupe pour une politique économique donnée, ce qui entraîne bien sûr une dévaluation comme dans l’histoire du container, donc une hausse des prix mais cette création est alors un impôt qui peut être justifié. Ce qui n’est pas acceptable dans cette vision de la monnaie c’est ce qui se passe depuis une cinquantaine d’années. On n’ébouillante plus les faux monnayeurs comme au moyen-âge, on ne les envoie plus aux travaux forcés à perpétuité comme c’était imprimé sur tous les billets il y a encore 50 ans, car nous sommes tous devenus des faux monnayeurs.
Jusqu’en 1971 la création monétaire était freinée par les accords de Bretton Woods qui liaient toutes les monnaies au dollar, lui-même lié à l’or. On avait déjà oublié que la monnaie était une énergie humaine stockée mais le fait qu’elle soit liée à l’or en freinait la multiplication. On avait bien constaté au XVIème siècle combien l’arrivée massive d’or des galions espagnols avait entraîné une hausse des prix dramatique mais l’or étant devenu rare et sa production fortuitement comparable à l’augmentation démographique, la convertibilité du dollar en or était un frein efficace à la multiplication des monnaies. Le 15 août 1971 le président Nixon en faisant sauter cette convertibilité, a fait sauter les digues qui nous protégeaient de l’argent apparemment facile. Tout le monde s’est mis à fabriquer de la monnaie : les états avec leurs budgets déficitaires curieusement et bêtement sanctifiés à 3 % par le traité de Maastricht, les particuliers avec leurs cartes de crédit à débit différé, les entreprises avec leurs délais de paiements et surtout évidemment les banques avec la double écriture. Toute cette monnaie créée n’étant pas de l’énergie humaine stockée est donc de la fausse monnaie. La hausse faramineuse des prix que cette folie devrait entraîner est bloquée par la concurrence et la recherche effrénée de compétitivité pour survivre et par la création exponentielle de fausse monnaie sous forme de dettes et de crédits. Alors que le bon sens de la charte de La Havane et du programme du Conseil National de la Résistance prônait la coopération et non la concurrence, tout est espéré de nouveaux produits, de nouveaux marchés et de nouveaux financements. Nous nous mettons, en rêvant, la tête dans le sable en attendant le choc. Les économistes déboussolés cherchent désespérément, dans tous les sens et sans succès, à relier cette réalité à leur théorie de la monnaie qui pourrait se multiplier si on échangeait davantage. Certains imaginent même une distribution gratuite d’argent à chaque individu pour faire tourner la machine !
L’autre danger inhérent à la monnaie est la fixation des prix car il ne faut pas oublier que la monnaie n’est là au départ que pour coincer les paresseux et que la solidité du groupe reste fondée sur le don de soi et l’accueil de l’autre comme dans une tribu où l’enrichissement individuel n’est pas envisageable.
La monnaie permet heureusement l’enrichissement individuel par appauvrissement de l’autre mais le pouvoir doit veiller à ce que cet appauvrissement soit volontaire et non imposé. Le prix n’est donc pas un simple accord entre acheteur et vendeur. Dès l’instant où il se chiffre en monnaie, l’accord doit être tripartite, vendeur, acheteur, groupe. Mais il faut pour cela que le groupe ne soit pas totalement désorienté et que le bon sens l’habite. Ce n’est donc malheureusement pas le sujet du moment. On a pourtant le droit d’y réfléchir.

La propriété
De Proudhon qui disait que "La propriété c’est le vol" à Bastiat qui soutenait dans Propriété et loi que "L’homme naît propriétaire parce qu’il naît avec des besoins (et) avec des facultés dont l’exercice est indispensable à la satisfaction de ces besoins. Les facultés ne sont que le prolongement de la personne; la propriété n’est que le prolongement des facultés" en passant par Montaigne et Pascal qui voyaient la propriété comme un droit coutumier, propriété est un mot que nous utilisons beaucoup sans qu’il soit forcément très clair dans nos têtes. Entre le vol, le prolongement de nos facultés, et un droit coutumier, qu’est-ce que la propriété ?
 
En fait la propriété est un accord entre l’individu et le groupe. Le groupe reconnait que tel objet, telle terre, telle maison, telle idée, voire même telle personne, appartient à tel individu. C’est cette reconnaissance établie par un titre ou par l’usage (possession vaut titre pour la plupart des objets) qui génère la propriété qui n’existe donc que par sa reconnaissance par le groupe. Du droit romain nous vient aussi un triple niveau de propriété, l’usus qui en autorise l’usage, le fructus qui en donne le fruit et l’abusus qui permet de s’en séparer, l’usufruit étant la somme des deux premiers à l’exclusion du troisième. On ne peut ni céder ni détruire si l’on ne détient pas l’abusus.
 
La direction du groupe est un problème crucial car c’est elle qui définit les lois de reconnaissance de la propriété, les lois de nationalisations ou de privatisations, les lois de confiscation ou celles de ponction sur la possession des biens et sur leur transmission que ce soit par vente ou par héritage. C’est aussi la direction du groupe qui définit dans le groupe l’usus, le fructus et l’abusus. C’est dire si le mode de détermination de la direction du groupe est déterminant pour connaître la solidité de la propriété.
Habituellement le groupe se confie à des représentants qu’il choisit le moins mal qu’il peut ou à son dieu qui sacralise un roi, un empereur ou un calife. Il peut aussi tout mélanger comme actuellement en Occident où des potentats d’inspiration non divine s’accrochent à leur siège sacralisé, sous prétexte que le peuple leur a fait confiance un certain jour, il y a un certain temps sur des promesses fallacieuses. Le groupe peut enfin être gouverné par la force même si la force se dissimule sous une apparence d’écoute du peuple comme dans une grande partie du monde actuellement.
On voit combien la propriété dépend intimement de la direction du groupe auquel le propriétaire est supposé appartenir. C’est dire combien il serait irresponsable à quiconque voudrait être propriétaire de son bien, de ne pas s’intéresser de près à deux questions fondamentales :
A quel groupe est-ce que j’appartiens ? Mon peuple est-il régional, national, continental ou mondial ? Mon groupe ne doit-il pas être suffisamment grand pour avoir une monnaie et suffisamment petit pour que le bon sens y reste un filtre efficace ?
 
Qui dirige le groupe auquel j’appartiens et pourquoi ? Acheter l’affect du peuple par des campagnes électorales extrêmement coûteuses avec de l’argent d’origine aussi variée que douteuse, est-il vraiment le nec plus ultra ?

Valeur ajoutée ou retranchée

Publié dans A tout un chacun
La valeur retranchée
 
Toute notre économie semble fondée sur la valeur ajoutée des entreprises dont on appelle la somme, le Produit Intérieur Brut, et l’augmentation, la croissance. C’est de lui (le PIB) que toute notre élite attend le salut, c’est sur elle (la croissance) que nous comptons pour rembourser nos emprunts et sauver les banques de leur inéluctable destin.
Faut-il rappeler que la valeur ajoutée est la différence entre l’argent qui rentre dans l’entreprise par son chiffre d’affaire et l’argent qui en sort pour payer à l’extérieur les biens et les services dont elle a besoin pour son activité ? Cette trésorerie sert à payer les salaires des salariés, les dividendes des actionnaires et les impôts, charges sociales et taxes de la collectivité.
 
Mais ce qui est complètement délaissé par toute la "science économique", qu’elle soit keynésienne, néo-classique ou autrichienne, c’est que cette valeur ajoutée n’existe que si les biens ou les services trouvent acheteurs. C’est-à-dire si des clients acceptent de retrancher de leur portefeuille une valeur supérieure à la valeur ajoutée de l’entreprise puisque c’est de la totalité du chiffre d’affaires de l’entreprise que ses clients doivent s’appauvrir.
Chacun comprend bien que le client qui vient acheter son pain, paie plus que la valeur ajoutée par le boulanger. Il paie en plus la farine, la levure, l’eau et le comptable qui ne sont pas compris dans la valeur ajoutée puisqu’ils ne sont pas l’œuvre du boulanger mais achetés à l’extérieur. Le vrai problème n’est pas la valeur ajoutée par le boulanger mais la reconstitution du portefeuille de l’acheteur autrement que par un prêt à rembourser ou par un don dont on n’étudierait pas quelle source il appauvrirait.
Si personne n’achète il n’y a pas de valeur ajoutée car il n’y a pas de chiffre d’affaires. Il n’y a alors que production d’invendus ou de rebuts. Ce sont les valeurs retranchées aux portefeuilles des clients qui génèrent une valeur ajoutée inférieure aux valeurs retranchées puisqu’elle ne tient pas compte de ce que l’entreprise a acheté à l’extérieur alors que la valeur retranchée aux clients l’inclut.
 
Il est urgent de parler économie pour comprendre le crépuscule du capitalisme et envisager calmement son remplacement mais il est impossible d’en parler sans avoir préalablement compris l’origine de l’argent dont il faut retrancher la valeur pour que les entreprises en récupèrent une partie sous forme de valeur ajoutée.
La réalité actuelle d’un système bancaire qui, pour survivre, prête à tout va sur création de richesses futures, cache mal la réalité d’un système où l’on détruit deux fois ce que nous ne créons qu’une fois, ce qui fait monter la haine et le mépris entre les Etats, les entreprises et les peuples car le système n’a qu’un but : rembourser les prêteurs en appauvrissant n’importe qui. La pantalonnade des politiques européens avec la Grèce en est l’exemple actuel le plus ridicule. Plus sérieusement la ruse des particuliers pour tout payer moins cher et surtout pas d’impôts, l’inventivité des entreprises pour atteindre demain sans espoir d’après-demain, la créativité des politiques pour faire payer le peuple en faisant croire que la croissance va payer, toutes ces intelligences dévoyées ne font que refuser d’affronter un problème qu’elles ne comprennent pas.
 
La France, lieu d’invasions permanentes depuis des siècles, a créé une culture unique au monde, creuset de beaucoup d’autres. Elle est sans doute le lieu où il sera le moins difficile d’affronter le problème et de lui trouver une solution. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas la culture anglo-saxonne qui nous apportera des solutions puisqu’elle se contente de se replier sur elle-même et de voir partout des camaïeux de cultures. La fuite de nos cerveaux vers Londres, les USA et le capitalisme allemand montre simplement la dégradation de notre éducation.
Nous sommes en attente d’un personnel politique qui comprenne ce qui se passe sans s’appuyer sur des "experts" qui ne comprennent plus rien depuis longtemps. Ce personnel n’éclora que chez un peuple capable de comprendre qu’on ne peut dépenser deux fois ce qu’on ne gagne qu’une fois. Les Français peuvent être ce peuple s’ils acceptent d’ouvrir les yeux.

L’arbre malade

Publié dans A tout un chacun
L’arbre malade
 
Un problème sans solution est un problème mal posé (Albert Einstein)
 
Une société ressemble à un arbre.
Un arbre est enraciné en un lieu donné et ses racines sont multiples. Le temps a construit à partir de ces racines un tronc vertical, colonne nourricière qui croit en volume et en solidité au fur et à mesure que ses différentes branches se développent et se diversifient. Au bout des branches poussent les feuilles qui par la photosynthèse permettent à l’énergie solaire de dynamiser l’ensemble et de le faire croitre en lui faisant aspirer par les racines et transporter par la sève, le carbone, l’azote et l’eau qui lui sont nécessaires. Il rejette l’oxygène qui servira à d’autres. L’ensemble est cohérent, solide, stable et de belle apparence. C’est d’ailleurs parce qu’il est cohérent, solide et stable que nous le trouvons de belle apparence. Si l’apparence décline, si le feuillage jaunit ou se raréfie, c’est l’automne qui annonce soit le sommeil de l’hiver soit la mort de l’arbre.
 
On retrouve à peu près les mêmes éléments dans une société. Elle est enracinée en un lieu donné et ses racines sont toute son histoire qui a façonné son identité.
Comme un arbre, son tronc, sa gouvernance unifie la richesse de son passé et l’énergie de son présent pour fortifier ses trois branches : l’économie, la politique et l’éducation. L’économie prend en charge l’activité des membres de la société, la politique s’occupe de leur organisation et l’éducation prépare les nouveaux membres à leurs futurs individuels et au futur collectif.
Economie, politique et éducation sont étroitement liés comme les branches d’un même arbre. Les membres de la société sont comme les feuilles. Ils sont le résultat du travail des racines, du tronc et des branches mais ils sont aussi les apports d’énergie par leur travail propre, essentiel à la société.
Très peu d’entre nous jugent de la santé d’un arbre autrement que par son apparence parce que, lorsque nous voyons un arbre, notre cerveau a été programmé pour imaginer son tronc et sa ramure même si tout est caché par le feuillage. Nous avons même appris à distinguer par le feuillage le type d’arbre dont il s’agit. C’est par la forme globale de son feuillage que nous reconnaissons un chêne d’un peuplier. Dans la plupart des cas nous ne voyons pas la structure de l’arbre mais nous savons qu’elle est là et que l’arbre est équilibré.
 
Mais si le mot équilibre a encore un sens, nous ne sommes plus tellement conscients de la différence fondamentale qu’il y a entre un équilibre stable et un équilibre instable que nous vérifions pourtant quotidiennement sans y prêter attention.
Un équilibre stable se reconstitue de lui-même s’il est dérangé alors qu’un équilibre instable s’effondre d’un coup à la moindre bousculade. Le vêtement sur le porte-manteau est un équilibre stable qui revient s’il est dérangé. Le château de cartes est un équilibre instable qui s’effondre au moindre souffle. Le funambule sur son fil est en équilibre instable mais la pomme qui murit sur son arbre est en équilibre stable. Faisons trembler la terre. Le funambule et le château de cartes sont emportés et se retrouvent chacun en un équilibre stable nouveau et non voulu : les cartes sont en tas sur la table et le funambule est suspendu à son câble de sécurité ou avalé par son filet de protection. La pomme et le vêtement qui étaient déjà en équilibres stables ont retrouvé naturellement et sans laisser de traces la place qu’ils avaient avant la secousse.
Sur la Terre la plupart des équilibres stables utilisent la gravitation et ne consomment donc pas d’énergie. En revanche les équilibres instables dévorent une énergie considérable pour apparaitre comme stables et tenir dans le temps. Pour faire tenir un château de cartes il faudra beaucoup de temps, un minimum de colle et des protections contre les courants d’air. Si l’on veut faire tenir un bateau sur sa quille afin de le réparer, il faudra des cales, des étais, bref toute une installation et donc beaucoup de temps et beaucoup d’énergie. La règle tenue en équilibre vertical instable au bout du doigt nécessite une attention de tous les instants et une dextérité sans laquelle elle retrouvera très vite son équilibre stable naturel…. par terre.
 
L’équilibre stable est harmonieux mais il est inerte. L’équilibre instable est dynamique mais il est fragile.
Le mouvement et l’harmonie sont indispensables à la vie mais l’excès de l’un comme de l’autre conduit à la mort. C’est d’ailleurs la mort elle-même qui est excès d’harmonie quand le tumulte, lui, est excès de mouvement. La difficulté est de combiner les équilibres stables et les équilibres instables sans les opposer, comme nous le faisons en marchant et comme le fait l’arbre.
Nous le faisons naturellement sauf en politique où, si nous nous croyons de droite, nous survalorisons l’harmonie, l’équilibre stable, au risque de tout simplifier en ne bougeant plus et d’être mort. Si nous nous croyons de gauche nous survalorisons le mouvement, l’équilibre instable, au risque de tout simplifier par une agitation dont nous ne percevons qu’ultérieurement la stérilité.
 
L’arbre est pourtant un exemple de cet équilibre qui dure alors qu’il s’oppose à la gravitation ; il monte, il grimpe, il croît. Il est même devenu naturel de croire qu’un arbre est un équilibre stable alors que seule la verticale soleil-terre lui donne cette apparence. C’est cette verticale qui lui donne au fur et à mesure de sa croissance, l’assise de ses racines, la solidité de son tronc et la richesse de ses branchages et de ses feuilles. Nous n’avons toujours pas compris son fonctionnement dans le détail mais nous constatons que les chênes ne démarrent pas l’année en même temps que les saules et les noisetiers mais que tous les arbres d’une même espèce évoluent ensemble au même moment. On reconnait les pruneliers dans les haies au fait qu’ils ont tous leurs fleurs blanches au même moment du printemps. Mais ce moment n’est pas le même que l’année dernière et probablement pas le même que celui de l’an prochain. C’est la verticale qui en décide, cette verticale que les hommes ont toujours appelé le sacré et auquel ils se sont toujours soumis sans le comprendre sauf au XXème siècle en Occident où les idéologies nous ont fait le ridiculiser. Il n’existerait pas pour la seule raison que nous ne le comprenons pas. Il n’est pour les idéologies que superstition et obscurantisme alors qu’il est humilité ; humilité de ne pas savoir distinguer clairement le bien du mal dans le vent, le fleuve ou le volcan. Le sacré lui distingue le lieu sacré du sacré lieu, le temps sacré du sacré temps. Nous l’avons oublié.
Les arbres semblent ne pas l’avoir oublié et sont des équilibres instables stabilisés par beaucoup d’énergie venant à la fois du sol et de la lumière. Sacrés arbres ou arbres sacrés ? Une tempête ou une attaque d’insectes ou de champignons abattra pourtant les plus faibles pour que les plus forts renforcent la durabilité de l’espèce. Dans la nature la chaîne de la vie a besoin de la mort qu’elle accueille naturellement.
 
Malheureusement par orgueil la société occidentale a voulu depuis deux siècles sortir d’une organisation naturelle, rationnelle et humble pour lui préférer des organisations raisonnées qui ne sont que des idéologies qui oublient l’harmonie au profit de l’agitation. Fondée sur l’explosion généreuse de sa pensée au siècle des lumières, elle a créé trois rêves impossibles qui ont tous les trois tenté de dominer le monde au XXème siècle qui est devenu, de fait, le siècle des ténèbres. Par trois fois la pensée occidentale s’est crue plus forte que la nature et elle a voulu imposer à toute l’humanité le pléonasme d’une idéologie idéale qui ne supportait pas la contradiction. Elle s’est décrétée capable de tout résoudre en appelant même la Terre "la" planète sans réaliser qu’en louchant, elle perdait toute vue d’ensemble.
 
Au lieu de chercher ce qui avait rendu notre arbre malade, au lieu d’analyser les problèmes de nos racines, de notre tronc et de nos branches principales pour comprendre, soigner et redonner un souffle à notre société, nous avons fait le choix de nous contenter de l’apparence, de tout miser sur trois idoles qui sont la démocratie, la croissance et l’éducation. Et en attendant que les idoles fassent le travail en profondeur que nous avons renoncé à faire et qu’elles ne feront évidemment jamais, nous essayons de sauver les apparences en repeignant notre arbre en vert sans y croire un seul instant.
L’histoire de l’humanité montre que les civilisations meurent et qu’elles meurent toujours de l’incapacité des puissants à comprendre leur problème tellement cela les dérange et de la lâcheté des peuples qui renoncent au bonheur au profit du plaisir et de l’immédiateté.
Notre civilisation est malade d’un mal profond mais il n’y a aucune raison de la laisser mourir. La vanité des puissants les empêchent de voir qu’ils sont nus mais nous pouvons nous réveiller de notre lâcheté à ne pas dire que nous ne comprenons pas comment notre problème pourrait être résolu par la démocratie qui n’est aujourd’hui que l’avis majoritaire de la foule, la croissance qui est le rêve benêt de la manne divine et l’éducation qui n’est plus qu’un formatage décérébrant.
 
Comprendre, convaincre et réagir, voilà l’ordre de nos devoirs. Et pour comprendre il faut d’abord ressentir puis questionner. C’est sur notre sensibilité, notre curiosité et notre humilité que nous reconstruirons demain.

Paru sur www.surlasociete.com

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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