Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

DUMONT  Gerard-Francois

DUMONT Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
     plus de 420 publications dans une quinzaine de langues

Principales responsabilités éditoriales
Directeur de la revue Population et Avenir
Membre du Conseil scientifique de la revue Géostratégique.
Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

URL du site internet:

Une dynamique des territoires

Publié dans En France
"Pour une meilleure dynamique des territoires"
 
Le recteur Gérard-François Dumont, professeur à la Sorbonne, président de la revue "Population et avenir", auteur notamment de "Diagnostic et gouvernance des territoires" (Paris, Armand Colin), est intervenu le 23 novembre dernier au Sénat, lors de la cérémonie du Prix territoire 2016. Il précise ici son plaidoyer pour une meilleure dynamique des territoires.
 
Les prix Territoria, décernés depuis 1986 à des initiatives innovantes, témoignent de la vitalité de nombre des territoires français.
Mais, pour favoriser davantage encore l’innovation territoriale, il importe, d’une part, que la France inverse ses tendances à la recentralisation et, d’autre part, que la gouvernance territoriale sache appliquer le principe de subsidiarité.

 
Inverser les tendances à la (re)centralisation
La France s’est heureusement décentralisée en 1982, mais la période des "quinze glorieuses de la décentralisation" a été malheureusement suivie par davantage de décisions de recentralisation que de responsabilisation des territoires. Cette recentralisation s’est notamment traduite par la limitation accrue de l’autonomie fiscale des collectivités territoriales (1). Bien entendu, ces recettes "nationalisées" font théoriquement l’objet de compensations par des dotations de l’État, mais les méthodes de calcul et l’évolution de la compensation restent douteuses et aléatoires.
Quant à ce qui a été initialement appelé l’acte II de la décentralisation, il a d’abord fait souffler un vent d’optimisme. En effet, la réforme constitutionnelle de 2003 a complété l’article 1er de notre Constitution, désormais ainsi rédigé : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée "(2).
Mais, pour les collectivités territoriales, l’acte II implique notamment des contraintes réglementaires croissantes pouvant conduire à suspecter la mise en œuvre de ce que j’ai appelé une "décentralisation centralisée".
 
Décentralisation, puisque ce sont bien les élus des collectivités territoriales qui votent un nombre accru de décisions, concernant les personnels transférés de l’éducation nationale, les services départementaux d’incendie et de secours ou des financements au profit des universités, mais centralisée puisque les contraintes nationales légales qui définissent le cadre et pèsent sur ces décisions sont d’une ampleur considérable, énonçant des modalités fort détaillées.
Par exemple, la gestion des personnes transférées de l’Éducation nationale est étroitement corsetée par des textes nationaux empêchant les collectivités territoriales de mettre en œuvre une véritable gestion de leurs ressources humaines ; c’est le préfet qui détermine les besoins des services départementaux d’incendie et de secours, et les universités relèvent toujours de la compétence exclusive de l’État.
Depuis, les lois territoriales (3) se sont multipliées surtout pour imposer aux collectivités territoriales des contraintes coûteuses et chronophages.
Revenir à la décentralisation implique deux impératifs : d’une part, que les lois territoriales se contentent de fixer des objectifs, sans détailler de façon uniforme les moyens de les atteindre et, d’autre part, que des compétences soient transférées efficacement dans les domaines souhaitables, notamment en supprimant les doublons.
 
Une vraie politique d’aménagement du territoire
La politique implicite d’aménagement du territoire repose actuellement sur deux paradigmes erronés qui sont de véritables lubies idéologiques.
Le premier consiste à se figurer que la compétitivité de la France ne peut reposer que sur ses métropoles, que l’État devrait tout particulièrement favoriser. Pourtant, les analyses les plus objectives montrent que, si le processus de métropolisation peut exister, il ne déclenche pas automatiquement d’ "effet métropole" (4).
Le second consiste à continuer de penser selon un modèle centre-périphérie (5) alors qu’aujourd’hui les logiques territoriales sont beaucoup moins radiales que réticulaires, une dimension réticulaire d’ailleurs stimulée par les logiciels géographiques des smartphones.
 
La politique nationale d’aménagement du territoire doit donc reposer sur deux fondements pour donner des chances égales d’innovation à tous les territoires.
Le premier consiste à instaurer l’égalité des territoires dans les supports financiers de l’État et, donc, à réformer la dotation générale de fonctionnement de base pour qu’elle soit égale par habitant, quelle que soit la taille démographique de la collectivité territoriale.
Le second fondement concerne le numérique, outil nécessaire d’attractivité. C’est à l’État de permettre aux territoires de ne pas être pénalisés dans ce domaine car il est mieux placé que n’importe quelle collectivité territoriale pour s’imposer face aux opérateurs, compte tenu du nombre d’abonnés qu’il peut représenter. Il faut donc en finir avec l’implication insuffisante de l’État dans la couverture numérique de notre pays, qui a contraint les collectivités territoriales à être des sortes de supplétifs d’un État défaillant.
 
Des gouvernances territoriales subsidiaires
Avec le déploiement, décidé par les lois, d’intercommunalités plus vastes et plus intégrées, le choix des modalités de gouvernance territoriale (6) est essentiel. Deux sont à écarter.
La première est une gouvernance centralisatrice. D’une part, elle diminue l’esprit de citoyenneté, notamment dans les espaces périphériques des grandes intercommunalités, comme cela a été démontré dans des pays étrangers (7). D’autre part, elle obère l’innovation territoriale en la limitant à l’échelle intercommunale, puisque les communes ne deviennent plus que des supplétifs de l’intercommunalité, voire n’ont plus de représentation à l’intercommunalité comme cela a été décidé par la loi pour la métropole de Lyon à l’horizon 2020.
Le deuxième type de gouvernance intercommunale à écarter est une gouvernance intercommunale seulement consensuelle, donc amorphe. Elle consiste à satisfaire tout le monde en faisant du saupoudrage de moyens, sans adhésion à un projet de territoire qui, d’ailleurs, n’existe pas, ou n’existe que verbalement.
 
La meilleure gouvernance d’une intercommunalité est celle qui applique une logique de subsidiarité, c’est-à-dire ne traite que les questions appelant un niveau de compétences et de décisions à l’échelon de l’ensemble du territoire des communes membres en laissant chacune d’entre elles, y compris par la mise à disposition de moyens par l’intercommunalité, libre de régler les questions qui peuvent l’être à son échelle. Cela est propice à une synergie entre les élus, qui tirent avantage des réalisations communes tout en conservant leur autonomie d’action sur le territoire spécifique qu’ils représentent.
 
En conclusion, toute innovation territoriale (8) ne s’accomplit que lorsque des citoyens éprouvent un attachement à leur territoire. Et comme il n’est pas aisé de tomber amoureux d’une intercommunalité au périmètre décidé d’en haut sans recueillir l’avis des citoyens, tout doit être mis en œuvre pour permettre le déploiement de projets territoriaux à toutes les échelles géographiques, donc également à l’échelle de base qu’est la commune.
 
(1) Avec différentes mesures : suppression des recettes fiscales des collectivités territoriales correspondant à la part salaire de la taxe professionnelle, suppression des recettes des régions correspondant à la part régionale de la taxe d’habitation, suppression de la vignette des véhicules de particuliers, dont les recettes étaient auparavant affectées, depuis 1984, aux départements, etc.
(2) Loi constitutionnelle du 28 mars 2003, "relative à l’organisation décentralisée de la République" et au référendum local.
(3) Cf. par exemple Dumont, Gérard-François, "Les réformes territoriales en France, quel diagnostic ? », Fondation Res Publica, n° 93, 28 septembre 2015 ; Torre, André, Bourdin, Sébastien, « France : Des réformes territoriales qui posent bien des questions », Population & Avenir, n° 727, mars-avril 2016. (www.population-demographie.org/revue03.htm)
(4) Poupard, Gilles, "Développement local et emploi productif : un monopole des métropoles ?", Population & Avenir, n° 725, novembre-décembre 2015 ; Zaninetti, Jean-Marc, "La crise et l’attractivité des villes : Paris en recul", Population & Avenir, n° 730, novembredécembre 2016. (
www.population-demographie.org/revue03.htm)
(5) Dumont, Gérard-François, "Territoires : un fonctionnement radial ou réticulaire ?" Population & Avenir, n° 723, mai-juin 2015. (www.population-demographie.org/revue03.htm)
(6) Dumont, Gérard-François, Diagnostic et gouvernance des territoires, Paris, Armand Colin, 2012.
(7) Dumont, Gérard-François, "La démocratie se construit par le bas", Ensemble, inventons la commune du XXIe siècle, Paris, Association des Maires de France (AMF), 2016.
(8) Dumont, Gérard-François, "La France des marges et l’indispensable attractivité des territoires", dans : Woessner, Raymond, La France des marges, Paris, Atlande, 2016.

Perte de confiance dans ...

Publié dans En France
"Une diminution liée à la perte de confiance des Français dans la politique familiale"
 
Le Recteur Gérard-François Dumont est géographe et démographe, professeur à l’université de Paris-IV Sorbonne.
 
LE FIGARO. - Les coups de rabot du gouvernement dans la politique familiale ont-ils joué un rôle dans cette nouvelle baisse des naissances et de la fécondité ?
Gérard-François DUMONT. - La baisse des naissances et de la fécondité est incontestable. C’est une nouvelle tendance, liée à la perte de confiance des Français dans la politique familiale, rabotée à plusieurs reprises ces dernières années. L’attitude de fécondité des populations est liée au degré de confiance dans la politique familiale et dans sa pérennité. Cette politique a été structurellement remise en cause ces dernières années par la mise sous conditions de ressources des allocations familiales. Elle s’est détériorée à deux niveaux. Le premier, c’est la baisse du pouvoir d’achat des couples qui veulent un premier enfant ou un enfant de plus. Le second, c’est la diminution des aides permettant de concilier vie professionnelle et vie familiale comme la baisse du complément de mode de garde (un ­financement de la CAF pour aider à payer une nounou à domicile, NDLR).

Le nombre de places de crèche a cependant augmenté depuis quatre ans…
Certes, le gouvernement a annoncé une hausse du nombre de places en crèches, mais cela ne suffit pas à répondre aux besoins. Par ailleurs, le métier d’assistante maternelle est moins encouragé et leur nombre a chuté. Il ne faut pas oublier que l’État a ponctionné plus de 11 milliards sur les dotations globales de financement des collectivités locales sur trois ans. Un certain nombre de ­communes ont annulé ou retardé des projets de création de crèches collectives ou de réseaux d’assistantes maternelles.
Tous les démographes ne partagent pas votre analyse sur l’influence à court terme de la politique familiale sur la natalité…
Si l’on regarde l’évolution de l’indice de fécondité depuis les années 1980, on se rend compte qu’il est toujours corrélé aux décisions de politiques familiales. Ce n’est pas un phénomène uniquement français. Les indices de fécondité de nos voisins européens sont également liés à ces décisions. Le seul contre-exemple, c’est l’Allemagne. Sa politique familiale généreuse n’est pas suivie d’effets, car le versement d’allocations dès le premier enfant a une faible efficacité. C’est également un pays où, contrairement à la France, l’enfant est moins bien accepté s’il naît hors mariage et où la conciliation de la vie familiale et professionnelle des femmes est mal acceptée.

Le contexte économique morose et le taux de chômage ont-ils contribué à faire chuter la natalité ?
La crise a commencé en 2008, et elle n’a pas eu d’effet en France sur les naissances dans les premières années, car la politique familiale a joué son rôle protecteur. À l’inverse de l’Espagne, par exemple, où les jeunes couples ne menaient pas à bien un projet d’enfant, car ils ne parvenaient pas à s’installer dans leur propre logement.

La baisse du nombre de femmes en âge de procréer est un autre facteur d’explication…
C’est un élément, mais non la raison principale de cette baisse de la fécondité. On peut noter une légère diminution du nombre de femmes en âge de procréer en 2016. Cet héritage démographique existe, mais il faut aussi prendre en compte la dynamique migratoire. Dans le cadre du regroupement familial, un certain nombre de femmes relativement jeunes et en âge de procréer arrivent aussi en France. Globalement, la baisse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants est donc homéopathique.

La baisse de la fécondité est-elle une tendance réversible ?
Si l’on redonne confiance aux familles en rebâtissant la politique familiale, il me semble que l’indice de fécondité pourra remonter.

Paru dans Le Figaro, 18 janvier 2017

Migrations, géopolitique

Publié dans Avec l'Europe
Migrations, géopolitique
 
L'Europe est depuis plusieurs mois confrontée à un phénomène migratoire d'une ampleur inédite. Comment percevez-vous ces flux ? Comment s'articulent la réalité des faits et leur retranscription dans les débats d'idées ?
De par sa nature, il est clair que le flux migratoire qui arrive en Europe depuis quelques mois est sans précédent historique. Il peut paraître banal en ce sens qu'il est le résultat de conflits ou de régimes liberticides qui poussent des populations à l'exode. Mais en réalité, il est sans précédent historique car les germes de ces exodes sont radicalement différents.
En effet, on observe ici une vaste pluralité d'acteurs, lesquels, en outre, agissent sans être contenus par des frontières, comme c'est le cas en Mésopotamie par exemple, avec en sus l'intervention de grands acteurs régionaux et internationaux. Ces migrations sont aussi la conséquence d'un manque d'anticipation des responsables de l'Union européenne. Or, on sait d'expérience qu'une guerre civile qui perdure déclenche inévitablement des exodes. Exodes renforcés par ce que j'appelle l'effet Palmyre. A savoir que les populations qui s'étaient réfugiées dans les pays limitrophes, voyant l'impuissance de la coalition à frapper l'Etat islamique qui filait conquérir Palmyre, ont décidé d'accentuer leur exode, en l'occurrence vers l'Europe. Voilà pour les faits. Voyons maintenant comment ils sont traités.

En termes de retranscription dialectique, il est vrai que l'on peut être surpris de la terminologie utilisée dans les médias. On parle ainsi de réfugiés pour des personnes qui n'ont pas le statut de réfugiés. On se refuse de même à voir l'utilisation géopolitique de ces migrations par certains pays, au premier rang desquels la Turquie. Ce pays dispose d'une police et d'une armée puissantes. Comment imaginer que la Turquie ignore ce qui se passe à ses frontières et de surcroît, qu'elle ne connaisse pas les bureaux de passeurs qui ont pignon sur rue sur son territoire ?... En réalité, la Turquie utilise sciemment ces flux migratoires issus d'Irak ou de Syrie pour faire pression sur l'Union européenne. De même, en affirmant que l'Allemagne accueillerait tous les réfugiés syriens, Angela Merkel a créé un appel d'air, accentué par la prolifération de faux passeports syriens. Pour aggraver le tout, les pays d'Europe ayant décidé dès 2011 que Bachar El Assad allait être très rapidement éliminé (!), ils n'ont plus d'échanges diplomatiques avec leurs homologues syriens ou avec leurs services, que ce soit en matière d'authentification des documents ou d'échanges d'informations sensibles et de renseignement…
 
Vous êtes l'auteur, avec Pierre Verluise, d'un ouvrage très clair sur la Géopolitique de l'Europe de l'Atlantique à l'Oural (PUF, col. Major, 2015). Considérez-vous que les flux migratoires vont s'amplifier et si oui, quel impact risquent-ils d'avoir sur le devenir de nos sociétés européennes ?
Plusieurs scénarios quantitatifs sont possibles. Soit la communauté internationale parvient à arrêter, au moins sur une partie du territoire, le conflit syrien, et nombre d'exilés choisiront alors de retourner au pays, à condition d'organiser et de sécuriser le retour. Culturellement, les Syriens n'ont pas de fortes traditions migratoires, au contraire par exemple des Sénégalais. Soit nous continuons à faire de mauvais diagnostics et dans ce cas la situation empirera et l'immigration se poursuivra. D'autant qu'il y a encore un potentiel migratoire important en Turquie, en Jordanie, au Liban… De fait, ces flux vont avoir un impact important sur la démographie européenne. Avant 2011, l'Allemagne projetait une forte baisse de sa population active en même temps que l'on observait une dynamique démographique française, à même de rattraper l'Allemagne à l'horizon 2045. Tout a changé. Notons d'ailleurs que, manquant de main d'œuvre, les responsables économiques allemands ont toujours été favorables à ces apports migratoires. Ces flux récents bouleversent donc les rapports de force démographiques au sein de l'Union européenne.
 
En outre, au-delà de l'aspect quantitatif, il y a aussi des aspects qualitatifs. Les événements de Cologne ont mis en évidence le fait que les différences culturelles sont à même de créer de fortes tensions. Enfin, il faut bien comprendre que l'on assiste également à un phénomène de "diasporisation". Les migrants qui viennent s'installer en Europe ne vont pas forcément devenir européens. Ils vont conserver – naturellement – tout ou partie de leur identité d'origine, tendance facilitée par les nouvelles technologies de l'information et de la communication qui permettent de garder des liens constants avec la terre d'origine. C'est là un changement majeur par rapport aux anciennes migrations où les populations qui arrivaient tournaient la page et cherchaient à s'intégrer dans leur nouvelle terre d'accueil.
 
Plus généralement, peut-on encore avoir en Europe un débat serein sur ces questions ? La démographie est une science concrète, qui se trouve confrontée aux défis de la sémantique et la dialectique, et plus généralement à la question de la perception de l'image via le filtre du "politiquement correct". Quel est votre sentiment à ce sujet ?
Effectivement, cela fait des décennies qu'il est difficile de présenter des analyses objectives sur ces questions de migrations, d'autant que s'ajoute souvent le refus d'une réelle et solide connaissance des chiffres. Je pourrais donner de nombreux exemples concrets et à contre-courant en ce qui concerne la France, la Hongrie ou l'Angleterre.
A cet égard, je tiens à rappeler qu'un pays se doit de contrôler ses frontières puisqu'il a pour mission d'assurer la sécurité sur son territoire. On doit aussi souligner la stratégie inappropriée suivie de façon continue par l'Union européenne, consistant à élargir l'espace Schengen sans discernement aucun, en y intégrant des pays qui n'étaient pas en mesure – ne serait-ce que pour d'évidentes questions purement géographiques – de maîtriser les frontières extérieures communes, comme c'est le cas de la Grèce confrontée à des côtes complexes et à des kyrielles d'îles.
Par dogmatisme le plus souvent, on n'a pas voulu tenir compte des impératifs de la géographie. Ce qui fait que l'on ne peut pas dresser les bons diagnostics. Sur un mode humoristique, je dirais que le présupposé idéologique de l'Union européenne s'inspire du film de Jean Yanne, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, en oubliant la dimension géopolitique des réalités !
Dès lors, force est de constater que nombre des élites européennes semblent vivre hors-sol, dans leur monde.
Ce qui pose la question du devenir de l'Union européenne.

Dans Géopolitique de l'Europe que vous évoquez plus haut, j'ai rédigé un dernier chapitre proposant neuf scénarios concernant l'avenir de l'Europe. Nous sommes malheureusement bien obligés de constater que ce sont les scénarios les plus sombres qui sont en train de se dessiner. De fait, il est difficile de savoir ce que veut l'Union européenne aujourd'hui, où elle veut aller et quelle est sa stratégie. Facteur aggravant, nombre de décisions résultent de compromis opaques entre chefs d'Etats ou entre les trois instances que sont le Conseil européen, le Parlement européen et la Commission. Résultat, ce déficit de transparence et de communication fait que les citoyens ne comprennent pas, s'inquiètent et n'ont plus confiance. Il est donc urgent de remettre les choses à plat et de prendre en compte les réalités pour établir de bons diagnostics.

Paru dans Communication & Influence, février 2016 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version