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DUMONT  Gerard-Francois

DUMONT Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
     plus de 420 publications dans une quinzaine de langues

Principales responsabilités éditoriales
Directeur de la revue Population et Avenir
Membre du Conseil scientifique de la revue Géostratégique.
Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

URL du site internet:

La fusion des régions va...

Publié dans En France
... coûter plus cher !

Dans l'un de vos derniers livres, vous avancez que le problème des régions françaises n'est pas leur taille, mais la marge de manœuvre dont elles doivent disposer. Il fallait donc ne rien changer ?
Il n'y avait aucune nécessité de redessiner la carte des régions. En France, elles ont une dimension moyenne supérieure à celle des Länder allemands. On ne peut donc pas leur reprocher d'être trop petites. Même chose pour la démographie. Le Limousin est la région la moins peuplée de France, mais en Allemagne, en Espagne et en Italie on trouve des régions encore moins peuplées, ce qui ne les empêche pas de connaître un taux de chômage largement inférieur. La petite taille et la faible démographie ne sont donc pas forcément des handicaps.

Les fusions sont, selon vous, sans objet ?
En réalité, on parle du sexe des anges. On recherche un optimum, une taille idéale pour que la région soit attractive, alors que le vrai problème est de créer un environnement législatif et réglementaire pour que les régions soient mieux gouvernées. Clarifions, par exemple, la fiscalité, afin que les régions prélèvent plus largement l'impôt plutôt que de dépendre de l'État.

Mais le but de François Hollande, c'est aussi les économies d'échelle. Sa nouvelle carte manque sa cible ?
Il y avait plus simple pour faire des économies : réduire les dotations versées par l'État aux collectivités. En réalité, les fusions vont coûter plus cher. Il faudra aussi fusionner les services, financer des déménagements, aligner les statuts et les conditions salariales entre agents de différentes régions, ce qui se fait toujours sur les plus avantageux, donc les plus coûteux. Ajoutons les coûts indirects, tout ce temps que les élus et les collaborateurs vont consacrer aux fameuses fusions au détriment de l'attractivité de leur région. Je rappelle aussi cette vieille loi de Parkinson, selon laquelle une administration grossit à mesure qu'elle gagne de l'importance !

Qu'est-ce qui aurait dû présider à la simplification ?
Ce qui fait la réussite d'un territoire, c'est l'investissement de ses acteurs, que ce soient les entreprises, les administrations ou les citoyens. Cela suppose qu'ils s'identifient à la région, qu'ils aient envie de mouiller leur maillot pour elle. Ce ne sera pas le cas avec ces brouillons de fusion, additions de choux et de carottes. Ça me rappelle les villes nouvelles, très mal conçues. Regardez qui est arrivé en finale du foot et du rugby cette année : Guingamp et Castres, deux villes peu peuplées, mais dotées d'une forte identité. Cergy-Pontoise n'est jamais arrivée en finale d'une coupe ! L'identité est fondamentale pour créer une dynamique

Le découpage n'a donc pas tenu compte de l'histoire des régions françaises ? Était-ce important ?
Je constate que nos gouvernants ont un niveau de connaissance géographique assez faible ! Nos régions se sont moulées dans les limites des départements, qui ont une histoire ancienne. En 1790, le choix des limites départementales s'est effectué selon les convenances locales. L'Aveyron, c'était le Rouergue, l'Indre-et-Loire, la Touraine, et ainsi de suite. Aujourd'hui, nos régions ont donc une forte identité. L'essentiel, je le répète, est de leur conférer une meilleure gouvernance.

Mais marier deux régions, c'est aussi leur donner plus de force économique, et tant pis pour le passé !
Il faut regarder les choses finement. Prenons le cas de l'Alsace et de la Lorraine. Leurs présidents respectifs semblent d'accord pour fusionner leurs régions, c'est entendu. Mais je ne vois pas la logique historique de cette fusion. Ces deux territoires ont une histoire fondamentalement différente. La Lorraine s'est toujours tournée vers la partie septentrionale de la Lotharingie (Flandre, Champagne, Bourgogne, NDLR), et profite aujourd'hui de la proximité avec la Wallonie, la Sarre, le Luxembourg ou encore une partie de la Rhénanie-Palatinat dans le cadre de ce qui s'appelle la "Grande région" ; l'Alsace, en revanche, regarde vers l'est, vers le pays de Bâle et le Bade-Wurtemberg. Et entre les deux régions, les flux économiques sont très faibles. Il ne s'agit donc pas d'empêcher leur fusion, mais on peut s'interroger sur les projets économiques communs qu'elles pourront développer. Sans compter que, là comme ailleurs, on ouvre une boîte de Pandore qui va attiser des rivalités historiques : quelle sera la capitale de cette grande région Alsace-Lorraine ?
Paru dans Le Point, 4 juin 2014

Réforme territoriale ...

Publié dans Du côté des élites
... Les conditions incontournables de son succès

 
Le 14 mai, le conseil des ministres se penche sur la réforme territoriale, qui vise à réduire de moitié les 22 régions que compte la France aujourd'hui. Au-delà des discours qui dénoncent sans réellement entrer dans le détail le "mille-feuille" français, quelles sont les problématiques auxquelles cette réforme doit réellement faire face ?
Cette réforme annoncée ne répond nullement aux problématiques des territoires français. En effet, la véritable question qui se pose est d’améliorer leur attractivité dans un contexte de globalisation pour développer l’emploi et concourir à mieux résoudre les problèmes sociaux. Or, la  réforme annoncée conduit à centraliser alors que l’avenir est au local.

La réforme peut-elle réduire la masse salariale des collectivités territoriales ? Rappelons que ces dernières comptent 1 912 800 fonctionnaires (chiffres au 31 décembre 2012) y compris les contrats aidés. L’importance de ce nombre tient essentiellement au vaste champ des fonctions assurées, comme l’urbanisme, la construction et le fonctionnement matériel des écoles, des collèges, des lycées, l’aide sociale à l’enfance, l’aide personnalisée à l’autonomie, les transports publics locaux ou régionaux, la gestion des déchets, l’assainissement, les transports scolaires, la voirie...

Toutefois, ce nombre s’explique aussi par diverses décisions de l’État, comme l’imposition de normes contraignantes, l’empilement des législations ou les 35 heures.
En outre, ces dernières années ont vu une hausse anormale dans différents territoires chaque fois que la mise en place de l’intercommunalité, imposée directement ou indirectement par l’État, a été mal faite. Bien entendu, les différences de rapports de la masse salariale par habitant montre qu’il y a des collectivités territoriales très bien gérées et d’autres moins. De son côté, l’État compte, contrats aidés compris, 2 441 800 fonctionnaires, soir un chiffre anormalement élevé compte tenu des multiples transferts de compétences effectué par l’État aux collectivités territoriales ces dernières années. Faute d’avoir diminué ses fonctionnaires, l’État maintien de nombreux doublons, c’est-à-dire des administrations d’État qui se trouvent redondantes par rapport aux collectivités territoriales responsables de telle ou telle fonction. Dernier exemple, l’État vient enfin de transférer aux régions la gestion des fonds européens depuis le 1er janvier 2014, mais on attend encore que tous les fonctionnaires d’État concernés soient également transférés aux régions.

La  réforme annoncée ne peut, en elle-même, réduire la masse salariale des  collectivités territoriales. En voulant créer de grandes régions, on risque plutôt de confirmer la loi de Parkinson selon laquelle tout travail au sein d'une administration augmente jusqu’à occuper entièrement le temps qui lui est affecté. Or de vastes régions supposent des hiérarchies complexifiées, des services de coordination, voire le besoin de déployer d’autres administrations relais pour n’être quand même pas trop éloigné des réalités territoriales.

En même temps, l’intégration de plusieurs territoires en un seul fait perdre un outil essentiel d’amélioration de la gouvernance territoriale : l’émulation entres les collectivités territoriales. C’est bien pourquoi aucun pays au monde ne s’est lancé dans un tel projet. Les Etats-Unis conservent leurs 50 États, y compris ceux qui sont plus petits ou moins peuplés que la région française continentale la moins peuplée, le Limousin ; l’Allemagne conserve ses 16 Länder dont certains sont également  plus petits et moins peuplés que le Limousin ; l’Espagne ses communautés autonomes et la Suisse n’envisage nullement de fusionner ses cantons, et pas même ceux de Bâle-Ville et Bâle-Campagne. L’émulation entre les cantons donne en effet les meilleurs résultats en termes d’attractivité et d’emploi. Seule l’amélioration de la gouvernance territoriale peut permettre d’y parvenir, comme le montrent d’ailleurs les collectivités territoriales les mieux gouvernées.
 
Les propositions jusqu'à présent avancées par le gouvernement permettent-elles de répondre à ces problématiques ?
Le gouvernement pratique jusqu'à présent une fuite en avant. Il entreprend une réforme considérable sans dresser une évaluation des réformes antérieures et sans établir de diagnostic comparatif avec les pays étrangers.
La réforme annoncée apparaît comme une manœuvre de diversion d’un État engoncé qui n’a pas le courage de se réformer et d’avancer sur les vraies réformes territoriales dont la France a besoin. La première consisterait à supprimer au sein de fonction publique de l’État des services qui auraient dû être supprimés au fur et à mesure de la décentralisation. Le deuxième nécessite d’entreprendre une réforme des finances et de la fiscalité locale. La réforme territoriale annoncée sert de paravent au refus de mettre en œuvre une telle réforme de la fiscalité locale. En effet, aujourd’hui, suite aux décisions de recentralisation fiscale de 1999-2000, l’État a supprimé des taxes affectées aux collectivités territoriales sans leur affecter d’autres impôts, et remplacé leur produit par des reversements du budget national. En conséquence, l’État est devenu le premier contribuable local, ne permettant pas aux citoyens de voir sur leur feuille d’impôt les vraies recettes des collectivités, comme l’avait justement noté le rapport Mauroy de 2000. Puisque le citoyen ne sait pas, la décentralisation est devenue un slogan.
Troisièmement, l’important est de clarifier les compétences des collectivités territoriales ; il est absurde que des régions, dont l’un des rôles majeurs concerne les aménagements structurant du territoire régional, se soient déployées dans le domaine social, souvent en abusant du mot "solidarité", alors que les départements et les communes sont beaucoup plus efficaces en raison de leur caractère de proximité.
Enfin, l’état doit faciliter une meilleure gouvernance des collectivités territoriales, ce qui suppose par exemple de supprimer le quasi-monopole de la formation des personnels territoriaux.

Selon André Vallini, secrétaire d'Etat à la réforme territoriale, celle-ci devrait générer entre 12 et 25 milliards d'euros d'économie. Au vu des mesures annoncées, cette fourchette est-elle crédible ?
Cette fourchette est d’autant moins crédible que la réforme annoncée entraînera des dépenses supplémentaires et une efficacité moindre, donc coûteuse. D’une part, toute fusion décidée d’en haut engendre des coûts. La seule économie apparente peut provenir d’une baisse des dotations financières aux régions. Mais cette baisse ne sera qu’un effet d’affichage s’il n’y pas en contrepartie, et à ce titre, un engagement formel de baisse équivalente dans le budget de l’État. La proposition du gouvernement est d’ailleurs ubuesque : toutes les collectivités territoriales présentent chaque année des budgets équilibrés et elles ne participent nullement au surendettement de la France. Et l’État, qui est surendetté, veut donner des leçons de bonne gestion aux collectivités territoriales : mais c’est l’hôpital qui se moque de la charité !

Le pire est la perte d’efficacité qu’engendrerait la réforme annoncée. D’abord, le temps consacré à la mettre en œuvre distraira les élus et leurs collaborateurs de leur tâche essentielle dans le contexte actuel, qui doit consister à œuvrer au développement de l’attractivité de leur territoire. Et pendant ce temps, les autres régions de nos partenaires, non encombrées par des projets de meccanos institutionnels, peuvent se consacrer entièrement au développement local. Encore une fois, on refuse de voir les leçons du passé. Par exemple, faut-il rappeler que la département des Alpes-Maritimes s’est trouvé quasiment gelé dans ses projets d’aménagement du territoire pendant sept ans (1995-2002) par une décision de l’État, la fameuse "directive territoriale d’aménagement", sans effet concret hors d’avoir suspendu tout projet d’envergure pendant les sept années qu’il a fallu attendre avoir qu’elle soit arrêtée.
Le risque de très vastes régions centralisatrices, voire centralisées, dans lesquelles les citoyens ne se reconnaitront pas, ne sont pas la réponse aux besoins de la France et témoigne d’un manque de culture géographique. D’ailleurs, notre histoire récente montre que l’avenir est dans le local, pas dans le centralisé. Les territoires qui marchent sont ceux qui inscrivent leur action dans le local, dans une identité ressentie par les populations prêtes à s’investir, souvent bénévolement, dans des projets : pensons à la réussite du modèle vitréen, en Ille-et-Vilaine, lié au fait que cette ville ne s’est pas laissé aller dans la stratégie conseillé par les technocrates qui était de se laisser adosser à Rennes ; pensons au Futuroscope ; pensons à Carhaix-Plouguer, notamment avec la réussite du festival des vieilles charrues ; pensons à Guingamp, champion de France 2014, et son exceptionnelle réussite footballistique ; pensons à Puy-Guillaume dans le Puy-de-Dôme avec sa réussite commerciale exceptionnelle ; pensons au Puy-du-fou ; pensons encore à Loos-en-Gohelle dans le Pas-de-Calais, à Espelette dans les Pyrénées-Atlantiques, à Saint-Bonnet-le-froid en Haute-Loire ; pensons à Luzenac, commune de 550 habitants, dont l’équipe de  football monte en ligue 2... Aucune capitale régionale lointaine n’aurait pu imaginer, conduire, et tout simplement peut-être croire à ces projets qui ont réussi grâce à une mobilisation locale.

Tout au long de la semaine, de mercredi à vendredi, François Hollande doit rencontrer les différents chefs de groupes et de partis : quelles sont les promesses à éviter impérativement pour ne pas compromettre définitivement l'intérêt d'une modification du système territorial français ?
La première promesse à éviter consisterait à dire que la France est pionnière et que les autres pays suivront son nouveau modèle territorial fondé sur d’immenses régions sans assises historiques et identitaires. En effet, ce type de discours a déjà été tenu lors du passage à la semaine de 35 heures et le résultat est connu. Et n’importe quel responsable de parti qui étudie la question territoriale dans les pays étrangers peut aisément constater que nulle part dans le monde, on croit à un soi-disant optimum régional. Bref, chercher une taille de région qui engendrerait automatiquement du développement, c’est discuter du sexe des anges.
La deuxième promesse à éviter est de dire que la réforme permettrait une avancée démocratique alors que le scrutin de liste régional est mauvais. Déjà aujourd’hui, la superficie des régions éloigne l’élu de son électorat. Ce serait pire si les régions avaient une taille moyenne doublé. Ce scrutin de liste donne aux partis politiques le pouvoir de désignation et conduit à la multiplication des apparatchiks, ces militants politiques permanents, c'est-à-dire qui font carrière dans leur partis, et y prennent des responsabilités leur permettant d'obtenir des investitures et des mandats électoraux. Sans nier les bonnes intentions de ces apparatchiks, leur itinéraire les rend moins proche de l’électorat que des préoccupations de leur parti politique.
La troisième promesse serait de dire que la France va enfin avoir des régions de taille comparable à celles des pays étrangers. Il est en effet aisé de constater que les pays étranges ont un découpage hérité de l’histoire qui les conduit à avoir des régions petites, des régions moyennes et d’autres plus grandes. D’ailleurs, la superficie moyenne actuelle des 21 régions de France continentale est déjà supérieure à la superficie moyenne des 16 Länder de l’Allemagne.
La réforme territoriale envisagée sera pour le développement des territoires français l’équivalent de ce qu’a été les 35 heures pour la compétitivité de la France.

Publié sur Atlantico, le 14 mai 2014

Réforme territoriale

Publié dans En France
Réforme territoriale "accélérée" ou recentralisation ?

Après l’annonce du Président de la République française,François Hollande, d’une réforme territoriale "accélérée" que faut-il en penser ?
 
Atlantico : Le chef de l'Etat a déclaré hier matin qu'il souhaitait "accélérer" la réforme territoriale promise par Manuel Valls. L'objectif serait ainsi d'obtenir "11 ou 12" régions d'ici 2015 en lieu et place des 22 qui existent actuellement. Au-delà des effets d'annonce, quelle peut-être l'efficacité réelle d'une telle réforme ?
Pour étudier l’efficacité d’un tel projet de réforme, il faut s’interroger sur ses justifications qui, à ce jour, sont lacunaires. L’impression est une sorte de fuite en avant par rapport aux annonces précédentes sans réunir d’abord les éléments permettant de réfléchir à une telle réforme. Premièrement, il faudrait évaluer les réformes antérieures. Cela conduirait à mettre en évidence que la fonction publique de l’État aurait dû diminuer ses effectifs puisque l’État a transféré des compétences par exemple aux régions comme les lycées ou les transports ferroviaires régionaux. Or l’État n’ayant pas parallèlement transféré de fonctionnaires, les régions et les départements ont dû embaucher.
En second lieu, la régionalisation en France se trouve en difficulté dans la mesure où les réformes financières de 1999-2001 ont considérablement réduit l’autonomie fiscale des collectivités territoriales en faisant de l’État le premier contribuable de celles-ci. Et, après le rapport Mauroy de 2000 demandant le retour à la libre administration des collectivités territoriales resté lettre morte, d’autres décisions de recentralisation ont été prises.
En troisième lieu, un diagnostic comparatif est nécessaire : est-il vrai que les autres États européens ont systématiquement des régions plus grandes et plus peuplées que celles de la France ? La réponse est négative. Dans tous les pays, les régions, issues de l’histoire et de la géographie, sont de tailles variables (1). De nombreuses régions des autres pays européens sont ou plus petites ou moins peuplées que la moins vaste ou la moins peuplée de la France sans que cela les empêche d’obtenir de bons résultats. En Espagne, les régions à plus faible taux de chômage sont les trois régions à la moindre superficie ; en Italie, les deux régions à plus faible taux de chômage sont également petites et faiblement peuplées. Dès aujourd’hui, la superficie moyenne des 22 régions de France métropolitaine est supérieure à celle de 16 Länder allemands. Aucun de nos principaux partenaires européens n’envisage de réduire ses régions car ils savent qu’il n’existe pas un optimum régional déclenchant automatiquement une amélioration de l’emploi.
Au total, une telle réforme imposée d’en haut serait inefficace pour une simple raison : le temps consacré à mettre en œuvre des fusions imposées par l’État sera un temps perdu pour l’essentiel : parfaire une véritable décentralisation pour développer une meilleure gouvernance des territoires (2) afin d’améliorer leur attractivité et leur emploi. 
 
Sait-on ce qu'un tel projet pourrait nous permettre d'économiser au niveau budgétaire ?
Certains chiffres sont parfois avancés pour justifier une réforme qui permettrait de faire des économies. En réalité, si le passage de 22 à 12 régions s’effectue par le haut, cette réforme aura un coût direct et indirect.
Un coût direct par les frais de fusion de services, de comptabilités, de procédures, de doublons cette fois-ci à l’intérieur des régions, des frais supplémentaires de déplacements, d’agrandissement d’hémicycles…
Le coût indirect, ce que l’on désigne en sciences économiques les externalités négatives, viendrait du risque d’un jacobinisme régional et d’une moindre implication des citoyens dans de vastes régions auxquelles ils auraient du mal à s’identifier.
Imposer un optimum régional, cela revint à discuter du sexe des anges car la pertinence d’un territoire ne se mesure pas au nombre de kilomètres carrés.
 
On évoque la nécessité de mettre fin au "mille-feuille territorial" pour favoriser le développement économique de collectivités entravées par la lourdeur administrative. Cet argument est-il pertinent ?
Il convient d’abord de se demander s’il y a un "mille-feuille territorial" qui existerait en France et serait inconnu à l’étranger. En réalité, dans de très nombreux pays, la gestion des territoires impose des échelles géographiques variées pour apporter des réponses adaptées aux différents niveaux. En Europe, le"mille-feuille territorial" le plus complexe est même celui du Land de Bavière, ce qui ne nuit nullement à la qualité de sa gouvernance : ainsi, la Bavière est le Land le plus attractif d’Allemagne ; son taux de chômage actuel est de 3,1%, inférieur à la moyenne de l’Allemagne (5,3%).
Les collectivités territoriales françaises sont effectivement  entravées par la lourdeur administrative pour trois raisons. D’abord, la complexité de nos réglementations que le Parlement devrait se consacrer à simplifier. Deuxièmement parce que l’État a souvent mis en œuvre ce que j’appelle une "régionalisation centralisée", c’est-à-dire a transféré certaines compétences mais en imposant leur mise en œuvre selon des règles très rigides et complexes. Troisièmement, le maintien de doublons dans la fonction publique d’État alourdit les démarches des régions. Il faut donc d’abord supprimer les doublons, entreprendre une réforme de la fiscalité pour que les citoyens en connaissent le coût direct ; clarifier les compétences et donner des marges de liberté d’administration pour permettre aux collectivités territoriales d’améliorer la gestion publique.
 
Peut-on parler d'une mauvaise conception dès le départ de ce que doit-être un organe de gestion territorial ?
La mauvaise conception n’est pas dans la loi de régionalisation 1982, mais dans une lutte entre les Girondins, favorables à la décentralisation, et les jacobins centralisateurs. Pour battre en 1982 les jacobins, Gaston Deferre avait d’ailleurs mené son action "à la hussarde". Depuis, plusieurs décisions de re-centralisation ont été prisées et d’ailleurs, derrière les discours politiques actuels, on peut se demander s’il n’y a pas une volonté de plus forte re-centralisation.  
 
(1) Gérard-François Dumont, "Régions françaises : petit dictionnaire des idées reçues", Population & Avenir, n° 718, mai-juin 2014 ; "Les régions d’Europe : une extrême diversité institutionnelle", Diploweb.com, 11 janvier 2014.
(2) Gérard-François Dumont,Diagnostic et gouvernance des territoires, Paris, Armand Colin.

Entretien recueilli par Atlantico, 7 mai 2014.

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