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DUMONT  Gerard-Francois

DUMONT Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
     plus de 420 publications dans une quinzaine de langues

Principales responsabilités éditoriales
Directeur de la revue Population et Avenir
Membre du Conseil scientifique de la revue Géostratégique.
Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

URL du site internet:

L'opération anti-passeurs

Publié dans Avec l'Europe
La crise des migrants, l'opération anti-passeurs de l'UE et de l'ONU
 
Le 7 octobre 2015, l'Union européenne (UE) a mis en place sa deuxième phase de son plan anti-passeurs. Et le vendredi 9 octobre, l'ONU a donné son aval pour arrêter en haute mer des navires de migrants venant de Libye qui tentent de gagner l'Europe. Il s’agit d’une opération nouvelle et attendue depuis plusieurs mois. Même si la justice italienne avait déjà pris des initiatives, notamment en interrogeant des migrants parvenus en Sicile, c’est la première fois que l’Union européenne engage véritablement une action contre les passeurs, baptisée "Sophia" ou "Sofia", du nom d’une petite fille de migrants née en mer.
Cette nouvelle mission, conduite par des bâtiments de guerre, a pour objectif d’intercepter des bateaux susceptibles de contenir des passeurs et, en cas d’éléments permettant une présomption de trafic illégal de migrants, de les arrêter et de les remettre à la justice italienne, sachant que des officiers de police judiciaire italiens sont présents à bord des navires militaires de l’Union européenne. Puis les bateaux peuvent être rendus inutilisables et détruits.
 
L’appui de l’ONU
Cette opération Sophia, qui a démarré le 7 octobre, a reçu le 9 octobre un appui international avec une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, par 14 voix pour et une abstention (Venezuela). Le Conseil décide "pendant un an à compter de l'adoption de la présente résolution, d'autoriser les États membres qui sont engagés dans la lutte contre le trafic de migrants et la traite d'êtres humains, agissant individuellement ou dans le cadre d'organismes régionaux, à inspecter les bateaux naviguant en haute mer au large des côtes libyennes s'ils ont des motifs raisonnables de soupçonner qu'il sont utilisés pour le trafic de migrants ou la traite d'êtres humains en provenance de Libye".
Cette résolution a été votée car le Conseil a reçu une lettre de soutien au texte des autorités libyennes internationalement reconnues, le gouvernement de Tobrouk. Il est vrai que les bateaux sur lesquels sont entassés les migrants partent de la partie occidentale des côtes libyennes, région qui n’est nullement contrôlée par le gouvernement de Tobrouk mais par le gouvernement à tendance islamiste de Tripoli qui, très certainement, profite financièrement du trafic de migrants.
Autrement dit, cette résolution rend possible l’arraisonnement des bateaux non seulement au large des côtes italiennes, mais aussi dans les eaux internationales.
 
Des résultats improbables ?
Cette action peut-elle réussir ? Il n’est pas impossible qu’elle parvienne à quelques résultats dont l’Union européenne s’honorera. Mais cela risque d’être l’arbre qui cache la forêt. Les passeurs risquent de s’adapter pour abandonner les navires avant les eaux internationales, sachant que les navires de guerre de l’UE ne peuvent intervenir dans les eaux libyennes.
Certes, la résolution du 9 octobre 2015 demande aux États membres "d'aider la Libye, à sa demande, à renforcer les moyens dont elle dispose pour sécuriser ses frontières et prévenir les actes de trafic de migrants et de traite d'êtres humains". Mais comment aider la Libye sans un accord de ce pays pour permettre que l’opération Sophia intervienne au moins sur les côtes libyennes ? De plus, l’efficacité de l’opération nécessiterait au moins de pénétrer dans les eaux syriennes, que les passeurs vont continuer d’utiliser comme un refuge.
Le risque est que les passeurs bénéficient de ce qu’est pour eux le "sanctuaire libyen" et poursuivent en conséquence leurs tâches criminelles, équivalant à de la traite d’êtres humains.
En outre, les passeurs peuvent continuer de promettre aux migrants qu’ils arriveront dans "l’eldorado européen" puisque, comme le précise la résolution, elle ne vise évidemment pas à "porter atteinte aux droits de l'homme des personnes ou à les empêcher d'obtenir une protection en vertu du droit international des droits de l'homme et du droit international des réfugiés".
 
Selon l’Onu, très louable intention, il s’agit de "prévenir la perte de vies humaines". Mais il est à craindre que les bateaux surchargés abandonnés par les passeurs à la frontière entre les eaux libyennes et les eaux internationales ne se traduisent encore par les morts par noyade, alors que l’automne puis l’hiver arrivent. D’autant que ces bateaux seront probablement encore moins fournis en carburant si les passeurs jugent qu’il n’est plus nécessaire d’en donner suffisamment pour leur permettre d’aller jusqu’aux eaux italiennes.
Le vrai problème est de savoir si l’Union européenne veut ou non faire la guerre aux organisations criminelles. L’opération "Sophia" peut être considérée comme une opération militaire, puisqu’elle utilise des navires de guerre. Mais l’impression est qu’il faut plutôt la comparer à une police judiciaire au service de la justice italienne.
Pour que les passeurs ne soient pas informés des détails de leurs actions, ce qui se comprend, les responsables militaires de l’opération ont tenu des déclarations assez générales et, donc, imprécises.
Il y a donc incontestablement un effet d’annonce du côté de l’Union européenne. La résolution de l’ONU donne le droit de "déstabiliser" les passeurs mais il est difficile d’anticiper des résultats concrets.
 
Quid les passeurs de Turquie ?
Tant que les passeurs agissent dans les eaux libyennes, ils sont intouchables. Ils résident dans un espace placé sous la souveraineté de la Lybie, c’est-à-dire d’un pays largement désorganisé. Il faut noter que la résolution de l’ONU ne concerne que des navires inspectés dont les États européens "ont la confirmation qu'ils sont utilisés à des fins de trafic de migrants ou de traite d'êtres humains en provenance de Libye".
La résolution de l’ONU ne concerne donc nullement les passeurs de Turquie et, plus précisément, les mafias turques dont le trafic de migrants semble devenu la première activité, engendrant des recettes considérables en abusant des Syriens ou des Irakiens voulant passer de Turquie aux îles grecques. De facto, le pouvoir turc est complice de ces organisations criminelles puisqu’il les laisse travailler quasiment en plein jour, tout particulièrement à Izmir, actuellement la plaque tournante des migrants en partance pour la Grèce, c’est-à-dire pour l’Union européenne.
 
Une opération maritime semblable à "Sophia" concernant les bateaux de migrants venant de Turquie ne peut être envisagée. D’une part, l’étroitesse de l’espace maritime entre les îles grecques et la Turquie exclut l’existence d’eaux internationales. D’autre part, les bateaux de migrants qui partent de la côte turque ne transportent pas de passeurs : ces derniers amènent des migrants sur les plages, les entassent sur des bateaux et donnent la barre à un migrant à qui ils expliquent plus ou moins comment la tenir. Seule la Turquie, si elle se décidait à le faire, pourrait lutter contre les passeurs qui sévissent dans son pays.

Population et nature

Publié dans De par le monde
Population et nature : antagonisme ou concordance ?

Article suffisamment intéressant pour avoir inspiré un passage de la dernière encyclique du pape François, qui plus est à la veille de la COP 21.
Trop long pour être repris sur Magistro qui vous invite à le lire en usant du lien ci-dessus.

En voici son résumé :
De nombreuses théories présentent un antagonisme inévitable entre la population et la nature. Qu’elles soient anciennes ou contemporaines, il est possible d’en distinguer plusieurs usant de formulations diverses, mais concordantes. Après avoir pris connaissance de ces théories, qui seront résumées dans la première partie de ce texte, le scientifique doit se demander si, au moins jusqu’à ce jour, elles ont été confirmées ou infirmées par les faits. Selon que leur véracité sera établie ou non, il conviendra enfin d’en déduire quelques enseignements.

Un plus grand choc politique

Publié dans De par le monde
La politique de l'électrochoc
Un engagement plus fort des Etats ou bien un plus grand choc politique : ce qu'il faut pour enfin résoudre la crise des migrants
 
La photo de l'enfant syrien Aylan Kurdi diffusée le 4 septembre a provoqué un choc dans l'opinion publique. Faudrait-il une plus grande implication de l'ONU dans la gestion de la crise ou bien la nécessité d'un choc politique encore plus fort pour que les Occidentaux interviennent ? La question des moyens à utiliser pour résoudre la crise des migrants occupe tous les esprits.

Pourquoi ne pas saisir l'ONU afin de consacrer un territoire dédié et décent à l'accueil des migrants en Europe ? Où pourrait-il être situé ? Comment pourrait-on faire en sorte d'y créer une logistique efficace d'examen des demandes d'accueil et des dossiers administratifs ?
Historiquement, il est arrivé à plusieurs reprises que l'on imagine concentrer des populations en situation particulière sur un territoire donné pour les isoler, éventuellement pour leur assurer en même temps une sécurité sur ce territoire réservé.
Parmi les exemples historiques à citer, il y a le fait que les communautés juives en Europe étant considérées à part, comme des "nations", les pouvoirs ont multiplié, au fil des siècles, soit des expulsions tentées ou concrétisées, soit la possibilité pour ces communautés de vivre dans des quartiers urbains spécifiques réservés (et souvent fermés la nuit), comme le ghetto de Venise, lieu d’habitation obligatoire des Vénitiens juifs dès 1516. Au XXè siècle, du temps du communisme soviétique, Moscou a organisé l’administration de façon à concentrer chaque ethnie considérée comme non russe en une vingtaine de territoires ayant le statut de républiques, dont, pour les juifs, la République autonome du Birobidjan juif.
 
Un autre exemple historique concerne des juifs, avec un projet élaboré dans les années 1890 : lorsque Theodor Herzl vient couvrir, en 1894, le déroulement du procès Dreyfus pour le compte de la Neue Freie Zeitung, un journal de Vienne, il est révolté par l’importance de d'antisémitisme dans la patrie des Droits de l'Homme. Le journaliste en tire la conclusion qu'il est illusoire pour les juifs de trouver la paix dans une Europe qu’il juge profondément antisémite et qu'il leur faut donc posséder leur propre État, un État en mesure d'offrir un refuge à tous les juifs risquant d’être persécutés. Le 15 février 1896, il publie un ouvrage intitulé : L'État juif, recherche d'une réponse moderne à la question juive. Et Theodor Herzl entreprend des démarches auprès des chefs d'État pour obtenir un territoire. En 1903, il annonce que "Sa Majesté, le souverain de l'empire britannique, offre un cadeau, l'Ouganda !". Mais, finalement, après les drames de la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, ça sera Israël, devenu membre de l’ONU le 11 mai 1949,  un an après sa déclaration d’indépendance.
 
Depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, la question de l’accueil sur un territoire de populations soumises à des exodes se trouve traitée par l'agence des Nations-Unies pour les réfugiés. Sa mission initiale est de venir en aide aux Européens déplacés par le conflit. Et, le 14 décembre 1950 l'Assemblée générale des Nations-Unies crée l'Office du Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les réfugiés, avec un mandat detrois ans pour accomplir son travail, et qui doit ensuite cesser ses activités. Le 28 juillet 1951, la Convention des Nations-Unies relative au statut des réfugiés est adoptée comme fondement juridique de l'aide aux réfugiés. La question des réfugiés se trouve pérennisée avec le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), au mandat plusieurs fois renouvelé,  dont l’une des premières missions d’urgence majeure des années 1950 concerne les réfugiés de Hongrie de 1956, suite à l’exode issu de l'écrasement de la révolution hongroise par les forces communistes soviétiques. 
Depuis, dans les différentes situations où le HCR a dû intervenir, les territoires accueillant des réfugiés se situent souvent dans des pays limitrophes des zones de conflit, fréquemment sous forme de campements gérés par cette agence de l'Organisation des Nations-Unies qu'est le HCR. Cette proximité géographique tient à ce qu’il s’agit des plus proches territoires où les personnes ont pu se sauver et à l'idée que la solution la plus souhaitable est que les réfugiés puissent retourner dans leur pays après sa stabilisation. Sinon, sont envisagées ou l'intégration sur place ou la réinstallation dans un pays tiers. 
 
Chaque fois que le monde a connu des exodes importants, le HCR a donc organisé des camps ou des modalités d'accueil. Par exemple, le HCR géra, durant la période totalitaire des Khmers rouges, des camps de réfugiés en Thaïlande. En 2015, l’accueil du HCR concerne, en Turquie, principalement des Syriens et des Irakiens, au Pakistan des Afghans, au Liban des Syriens, en Iran des Afghans, en Éthiopie des Somaliens et des Sud-Soudanais, en Jordanie des Syriens et des Irakiens, au Kenya des Somaliens et des Sud-Soudanais, au Tchad des Soudanais et des Centrafricains, en Ouganda des Sud-Soudanais, au Cameroun des Centrafricains, etc. Cet inventaire limité confirme chaque fois que nous avons affaire à un territoire proche de la zone géographique où une crise géopolitique a provoqué un exode. Mais créer un territoire unique dédié aux réfugiés ne semble pas la réponse adaptée, compte tenu, d’abord, des réalités géographiques.
 
Quelle est la gestion actuelle effectuée par l'ONU via le HCR ?
Pour comprendre la dimension de la crise des migrants syriens se dirigeant vers l'Europe, il convient de rappeler qu’en 2011, année où commence le conflit syrien, la population syrienne est de 20,5 millions d’habitants et celle de l’Irak de 31,9 millions. Parmi ces derniers, environ 10 millions habitaient dans les régions aujourd’hui contrôlés par l’organisation État islamique – dont la deuxième ville la plus peuplée d’Irak, Mossoul – ou se trouvant sous sa menace directe. En quatre ans, environ 7 millions de Syriens ont dû fuir le pays, répartis début septembre 2015 entre le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Europe, celle-ci ayant vu arriver environ 1 million de personnes chassées par la crise syro-irakienne.
L’hypothèse de consacrer un territoire dédié aux migrants issus de cette crise supposerait donc un territoire pouvant loger au moins sept millions de personnes. "Au moins", car, malheureusement, la crise n'est pas terminée. Même si des Kurdes ont pu contenir l'État islamique en Syrie, voire reconquérir du territoire (Kobané), l'État islamique a continué de progresser en Syrie, notamment à Palmyre. Certaines de ses troupes se trouvent même au sud de Damas. En mai 2015, les Syriens demeurés dans leur pays ont bien été obligés de constater qu’aucune puissance n'a empêché l'État islamique de diriger ses troupes vers Palmyre alors qu'il aurait été facile de les bombarder durant les centaines de kilomètres de désert qu’elles ont traversés. Nombre de Syriens n’ont pu qu’en tirer la conclusion désespérante suivante : si la communauté internationale a laissé progresser l’État islamique jusqu’à Palmyre, le jour où d’autres villes syriennes, voire Damas, aujourd’hui non conquises par l’État islamique, seront sous la pression militaire de cette organisation qui, il faut le rappeler, utilise des kamikazes, personne ne viendra les secourir. D’où une accélération, depuis mai 2015, soit de l’exode syrien depuis le pays, soit de l’exode de Syriens déjà réfugiés en Turquie, au Liban ou en Jordanie, mais perdant espoir dans la possibilité de retourner chez eux, de trouver un autre pays. Il en résulte que l’exode vers un premier pays, puis vers d’autres pays, qui concernait déjà le tiers de la population de la Syrie, risque de continuer si la donne géopolitique ne change pas.
C’est pourquoi un territoire dédié aux migrants de la crise syro-irakienne devrait pouvoir accueillir 7 millions d’habitants, et peut-être davantage demain. À supposer qu’un tel territoire existe, il faudrait aussi qu’il dispose de toutes les infrastructures minimales nécessaires à ses habitants, avec une gestion efficiente. C’est une des raisons pour lesquelles une telle solution ne semble guère opérationnelle mais il y en a une autre.
En effet, il est préférable que les populations ayant dû fuir la Syrie puissent avoir des conditions facilitant leur installation et leur accueil, notamment en bénéficiant des réseaux de diasporas. Par exemple, des Syriens qui connaissent des compatriotes déjà installés à Londres cherchent à s'y rendre pour profiter de leur aide, de même que des Irakiens ayant des compatriotes installés en Suède cherchent à s'y rendre pour la même raison. Vouloir parquer ou contenir les migrants syriens dans un territoire unique qui leurs serait dédié reviendrait à les priver de leurs réseaux préexistants, utiles à leur insertion dans le pays de refuge.
 
Dans cette crise des migrants syro-irakiens, l'ONU agit, à travers le HCR, surtout sur les conséquences, par un accueil dans les pays limitrophes, mais non sur les causes. Au-delà des pays limitrophes, ou pays de premier asile, les pays de réinstallation possibles auraient, sans doute, dû faire davantage, en liaison avec le HCR, pour l'accueil d'un certain nombre de réfugiés syriens qui se trouvent dans des camps du HCR en Turquie, au Liban ou en Jordanie. Par exemple, lorsqu'il y avait des camps HCR en Thaïlande, entre 1975 et 1979, remplis de Cambodgiens qui avaient fui le totalitarisme des Khmers rouges, la Thaïlande était un pays de premier asile. Les Cambodgiens présents dans ces camps déposaient des demandes d'asile auprès de différents pays occidentaux en fonction de leurs opportunités ; par exemple, certains demandaient la France parce qu'ils connaissaient le français ou avaient déjà de la famille dans l’Hexagone. Les pays concernés examinaient les demandes et, périodiquement, proposaient des réinstallations aux réfugiés. 
L'alternative à la crise des migrants syriens est claire : soit les pays œuvrent pour parvenir progressivement à une solution politique en Syrie, soit, notamment parce que les pays occidentaux ont contribué à la déstabilisation de la Syrie, il se doivent d’accueillir des Syriens soumis à l’exode. 
 
Le 31 août 2015, la chancelière allemande Angela Merkel a exhorté les pays européens à se rassembler dans un front commun pour gérer la crise. Or, les pays de l'Est de l'Europe s'opposent à l'accueil des migrants et à la fixation de quotas. L'échelon de l'ONU ne serait-il pas plus contraignant pour faire accepter et respecter des mesures nécessaires par ces pays ?
L’échelon de l’ONU, si utile soit-il, n’est pas nécessairement le plus efficient. Si l'on considère les interventions militaires sous l’égide de l'ONU, ce ne sont pas des troupes de l'ONU qui interviennent, mais des militaires de tel ou tel pays qui portent le casque bleu. La liste des conflits non résolus par ce moyen est longue, sachant que, parfois, la situation s’en trouve même aggravée.
 
Dans le cas de la crise syro-irakienne et de celle des migrants qui en est la conséquence, l’un des grands sujets d’étonnement est l’incapacité d'anticipation des pays occidentaux et, notamment, des pays européens comme de l’UE. En effet, la crise des migrants syriens était malheureusement prévisible. Pourtant, rien n'a été fait pour la prévenir. Au contraire, comme précisé ci-dessus, cette crise s’est trouvée intensifiée depuis mai 2015 par le fait d'avoir laissé l’État islamique envahir Palmyre, laissant augmenter le niveau de désespérance des Syriens qui se sentent à la fois menacés par l’État islamique ou le conflit civil et abandonnés par la communauté internationale.
Car la conquête de Palmyre a une portée fondamentale, même si les médias traitent surtout de la dimension patrimoniale de Palmyre. Or, il y avait des civils à Palmyre. Certains ont été tués par l’État islamique, parfois dans des conditions abominables comme la décapitation, le 18 août 2015, de l'ancien directeur des Antiquités de Palmyre, Khaled al-Asaad, expert de renommée mondiale du monde antique. Les dirigeants européens devraient avoir mauvaise conscience. C'est à cause d'eux que des crimes ont été perpétrés à Palmyre, et à travers ces crimes, les Syriens peuvent difficilement continuer de croire au discours d'Obama du 20 août 2014 appelant à éradiquer l’État islamique, assimilé à un "cancer", et promettant d’agir de façon "implacable". En effet, dans la période 2014-2015, non seulement l’État islamique n’a pas été combattu de façon "implacable" mais il n'a même pas été contenu. 
 
Comment engager la responsabilité des pays arabes, et notamment du Golfe ? Quelle est la responsabilité prise par ces États actuellement ? On a l'impression qu'ils se soustraient à toute intervention dans la crise. Est-ce réellement le cas ?
Les pays arabes du Golfe semblent ne guère contribuer à chercher une solution politique, et encore moins à accueillir des Irakiens et Syriens, pourtant Arabes soumis à l’exode. D’ailleurs, une partie du financement de l'État islamique est venue de pays arabes du Golfe. Certes, il n'est pas venu des gouvernements même mais d'un certain nombre de personnes de ces pays. Or, rien n'a été et n’est fait pour empêcher le financement de l’État islamique par des sources extérieures. Prenons un exemple : après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont constaté que, parmi les 19 terroristes, il y avait 15 Saoudiens. Les États-Unis ont donc décidé de bloquer les comptes d'un certain nombre de Saoudiens dont ils pensaient qu'ils participaient au financement d'Al-Qaida. Pendant la période 2014-2015, aucune décision européenne n'a été prise pour bloquer les comptes de personnes finançant l'EI. L’enjeu économique que représentent les pays du Golfe semble, pour les pays européens, plus important que la lutte contre le terrorisme islamiste. C'est une politique à courte vue que l’histoire dénommera, peut-être un jour, "munichoise".
 
Comment mieux mobiliser les acteurs étatiques et les doter de moyens et de stratégies politiques adaptés et efficaces ?
Puisque le totalitarisme islamiste leur a déclaré la guerre, la France et les pays européens sont aujourd'hui en guerre. Ils doivent donc se défendre, une défense globale qui comprend également des aspects militaires. Concernant ces derniers, il s'agit de contenir l’État islamique, ce qui, comme rappelé ci-dessus, n’a pas été réalisé depuis que ce groupe s’est dénommé ainsi le 29 juin 2014, se considérant comme le califat, quinze mois après avoir pris le 9 avril 2013, le nom d’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), soit, en arabe, Daech : "D" pour État, "a" pour islamique, "e" pour Irak et "ch" pour Levant. Or, les pays qui peuvent agir efficacement contre l’État islamique, avec des moyens militaires adaptés, ne sont pas nombreux. En Europe, ce sont essentiellement la France et le Royaume-Uni, et encore ont-ils besoin, pour certaines opérations militaires, de l’appui logistique des États-Unis. Mais les autres pays européens peuvent apporter une aide financière ; c'est la proposition implicite de la chancelière allemande Merkel qu’il serait possible de traduire ainsi : "Moi je pilote l'humanitaire, vous le militaire". Demeure une importante question : en Europe, alors que les tensions géopolitiques s’accentuent depuis au moins deux décennies, les budgets militaires ont été considérablement  abaissés.
En fait, nombre d’hommes politiques semblent ne réagir qu’aux événements, sous forme de déclarations conjoncturelles, au lieu de les anticiper. C'est incroyable qu'il ait fallu attendre une photo terrifiante, diffusée dans les médias du monde entier, celle de  l’enfant syrien Aylan Kurdi, mort sur la plage de la station balnéaire de Bodrum en Turquie, pour que le Président français organise, le 3 septembre 2015, une réunion ministérielle sur les migrants à l'Elysée. Cela donne l’impression d'une incapacité politique à prévenir les problèmes géopolitiques et, donc, à déployer des stratégies adaptées aux réalités géopolitiques.
 
Faudrait-il un choc politique encore plus fort ?
On aurait pu imaginer que les attentats meurtriers de Paris et de Montrouge des 7 et 9 janvier 2015 contre Charlie Hebdo puis une alimentation cascher auraient engendré une nouvelle politique. Par exemple, à la suite de ces attentats, l'opinion publique aurait tout à fait compris que le gouvernement français donne l'ordre à ses forces de sécurité de mener des opérations dans des lieux où des armes circulent, par exemple, afin de confisquer des kalachnikovs. Or, depuis ces attentats, donc neuf mois plus tard, aucune action d’ampleur, politique ou tactique, n'a véritablement été prise pour prévenir le terrorisme en France, le vote d’une nouvelle loi sur le renseignement en juin 2015 ne pouvant être considéré comme une action stratégique suffisante et satisfaisante. De même, la prise de Palmyre aurait pu susciter une véritable prise de conscience et la nécessité d’une large révision de la politique étrangère française. Faudra-t-il attendre de nouveaux chocs ?
Paru sur Atlantico, 6 septembre 2015

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