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DUMONT  Gerard-Francois

DUMONT Gerard-Francois

Né le 20 mai 1948
Marié – 4 enfants
 

Géographe,
Professeur d'université à la Sorbonne


Docteur d’Etat ès sciences économiques
Institut d’études politiques de Paris
Institut d’administration des entreprises

Directeur de banque (1973-1987)
Professeur à l'Université de Paris IV - Sorbonne (1988-1996)
Recteur d’Académie, Chancelier des Universités (1996-1998)
Professeur à l'Université de Paris IV – Sorbonne - Institut de Géographie (depuis 1999)
 
Président de l’Institut de démographie politique (depuis 1980)
Directeur du séminaire d’Alfred SAUVY au Collège de France (1980-1989)
Fondateur de l’Institut de recherches et d’études familiales (1983)
Administrateur de la Fédération des familles de France (1986-1996)
Président de l’Institut de recherche immigration et société (depuis 1987)
Administrateur de la Société de Géographie (depuis 2000)
Président de l’association reconnue d’utilité publique Population & Avenir (depuis 2000)
Membre du conseil national de l’information statistique (2002)
Directeur de séminaire au Collège interarmées de défense (CID) (2003)
Vice-président de l’Association pour la promotion de la langue française
Membre du Comité des experts de l’Observatoire des retraites
Expert après du Comité économique et social européen
 
Ouvrages
La Franceridée (1979) – Prix Renaissance
L’Enjeu démographique (1981)
Démographie politique (1982)
La Tragédiede la France (1983)
La Montéedes déséquilibres démographiques (1984)
Malthus, hier et aujourd’hui (1984)
Pour la liberté familiale (1986) – Prix de l’Académie d’éducation et d’études sociales
Le Festin de Kronos (1991)
Démographie. analyse des populations et démographie économique (1992)
Economie urbaine (1993) – Prix de la Société de géographie
La Retraitedes cadres et l’avenir du système par répartition (1994)
L’aménagement du territoire (1994)
Le monde et les hommes (1995)
Les migrations internationales (1995)
Les spécificités démographiques des régions et l’aménagement du territoire (1996)
L’identité de l’Europe (1997)
L’Arc alpin, Histoire et géopolitique d’un espace européen (1999)
Les racines de l’identité européenne (Préface de José Maria Gil-Robles, Président du Parlement européen) (1999)
Francia y los franceses, Madrid, Acento Editorial (2000)
La population de la France, des régions et des DOM-TOM, (2000)
Géographie de la France (2002)
Les régions et la régionalisation en France (2004)
Les populations du monde (2004)
Les territoires face au vieillissement en France et en Europe (2006)
Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations (2007)

Nombreuses collaborations
     plus de 420 publications dans une quinzaine de langues

Principales responsabilités éditoriales
Directeur de la revue Population et Avenir
Membre du Conseil scientifique de la revue Géostratégique.
Membre du conseil scientifique de la Revue française de géopolitique.
Président du Conseil scientifique de la revue Agir.
Membre de l’Advisory council de la revue Bulletin of geography de l’Université Nicolas Copernic de Torun (Pologne)
Membre du Comité académico de la RevueEstudiossociales contemporáneos (Université Nacional de Cuyo, Argentine)
Membre du Comité de Rédaction de Geopolitical Affairs (Londres)

Distinctions
Chevalier de la Légion d’honneur
Officier dans l'Ordre national du Mérite
Médaille du Mérite Européen.
Grande médaille de vermeil de la ville de Paris.

URL du site internet:

Europe, une démographie contrastée

Publié dans Avec l'Europe
Europe : des disparités considérables dans les évolutions démographiques

Les évolutions démographiques, entre 2001 et 2011 (1), sont extrêmement contrastées selon les pays européens et, à l’intérieur des pays, les dynamiques territoriales sont très différenciées.
 
Quatre types d’évolutions différentes selon les pays européens
Quatre types d’évolutions possibles se distinguent.
D’abord, celui de territoires connaissant une croissance démographique portée à la fois par un accroissement naturel –c’est-à-dire par un excédent des naissances sur les décès– et par un accroissement migratoire – c’est-à-dire par un excédent de l’immigration sur l’émigration. C’est le cas du Royaume-Uni ou de la France, qui se talonnent (2).
Deuxième type d’évolution : des pays dont la croissance démographique est uniquement due à l’accroissement naturel alors que leur solde migratoire est négatif, comme l’Albanie ou le Kosovo.
Troisième type d’évolution : des pays avec un solde naturel négatif mais une croissance démographique positive les années où le solde migratoire est assez élevé pour compenser l’excédent des décès sur les naissances, comme en Italie.
Enfin, le quatrième type concerne des territoires en dépeuplement, avec des soldes naturel et migratoire négatifs, comme la Bulgarie ou la Roumanie.
 
Des fractures au sein des pays
Si nous examinons à présent chaque pays, nombre de contrastes apparaissent en leur sein. Par exemple, le rideau de fer semble toujours partager l’Allemagne, avec une différence d’évolution démographique très nette entre les Länder de l’ancienne Allemagne de l’Ouest et ceux de l’ancienne Allemagne de l’Est. Dans celle-ci, la diminution de la population est générale à l’exception non de Berlin, mais de communes limitrophes de la capitale situées dans le Land de Brandebourg.
 
L’Espagne, hormis la forte croissance de Madrid, connaît également une évolution quasi duale. La moitié occidentale perd globalement des habitants à l’exception de ses villes principales, de l’extrême nord-est (pays Basque) et de l’extrême sud-est. La moitié orientale du pays gagne en moyenne des habitants, tout particulièrement sur les rives méditerranéennes.
Au Royaume-Uni, les territoires anglais connaissent quasiment tous une croissance modérée mais les plus fortes croissances concernent quelques territoires de l’Écosse nord-orientale, comme la région maritime d’Aberdeen, attractive en raison de sa proximité avec les champs d’hydrocarbures de la mer du Nord.
Par contre, l’Irlande insulaire (Eire & Irlande du Nord) se distingue, en Europe, par une croissance démographique relativement élevée et globalement uniforme (à l’exception modeste du Mayo, au centre-ouest de l’Irlande) sur l’ensemble de son territoire.
 
Une recomposition de la géographie de la population de la France
En France, l’urbanisation est quasiment terminée. Sauf exception, il n’y a plus de croissance significative des grandes villes par rapport au reste du territoire, même si quelques accroissements négatifs (3) se constatent, surtout dans des communes du Massif central ou de l’intérieur de la Bretagne. Ces dernières décennies, des personnes ont pu choisir des communes rurales comme domicile, notamment en raison de l’amélioration des réseaux de transports due, en particulier, à la prise en charge par les régions des transports express régionaux (TER), qui se sont considérablement améliorés ces dernières années.
Outre ce facteur, un nombre accru de Français considère que la meilleure qualité de vie ne se trouve pas nécessairement dans les grandes villes.
Paris en est la parfaite illustration. La croissance démographique de son agglomération est surtout due aux apports migratoires internationaux et à leurs effets sur la natalité, alors que le solde migratoire de cette agglomération est fortement négatif. L’émigration de l’agglomération de Paris, qui est donc une émigration urbaine à rebours de l’émigration rurale d’autrefois, est compensée par un solde naturel positif assez élevé dû à la composition par âges jeune de la population et à une fécondité plus élevée sur certains territoires comme la Seine-Saint-Denis.
Toujours en France, il faut aussi noter une attirance certaine éprouvée par nos contemporains pour les territoires littoraux ou sublittoraux. Cela concerne notamment les retraités (Var, Charente-Maritime, Vendée…), une migration qui entraîne des créations d’emplois liés à la satisfaction des besoins spécifiques de ces personnes.
 
Les contrastes les plus nets dans des pays d’Europe orientale
En Europe, les contrastes d’évolution démographique les plus nets se trouvent dans la partie orientale : les villes principales y sont généralement en croissance depuis qu’elles se sont ouvertes, avec la fin du communisme.
Ces croissances démographiques urbaines s’expliquent par l’émigration rurale des habitants du pays et par des migrations internationales entrepreneuriales.
À l’inverse, nombre de territoires ruraux d’Europe orientale connaissent une décroissance démographique s’expliquant par le départ d’actifs vers les principales villes, et un solde naturel négatif avec donc plus de décès que de naissances. C’est par exemple le cas de la Roumanie ou de la Bulgarie. En Pologne, le contraste est moindre grâce à la meilleure dynamique économique du pays depuis la fin du communisme. De son côté, l’Italie demeure presque coupée en deux : le Nord est souvent en croissance démographique grâce aux apports migratoires internes et internationaux tandis que la moitié Sud de l’Italie compte de nombreux territoires en dépeuplement car elle est toujours une région d’émigration vers le Nord.
 
Des changements démographiques aux nombreux effets
Les changements démographiques en Europe préfigurent d’abord une évolution géopolitique significative dans la mesure où le traité de Lisbonne organise, au Conseil européen, un nombre de voix des pays proportionnel à leur population (4), ce qui a de l’importance pour toutes les décisions relevant d’une majorité qualifiée. En conséquence, le nombre de voix de la France, du Royaume-Uni ou de l’Irlande est susceptible d’augmenter au Conseil européen, alors que celui de la Bulgarie, de la Roumanie ou de la Hongrie risque de baisser puisque leur nombre d’habitants diminue.
Les calendriers des migrations internes selon les pays s’avèrent différents. En France, l’émigration rurale est quasiment terminée, ce qui n’est pas le cas de la Roumanie ou de la Bulgarie. Lorsque les populations rurales ne viendront plus s’installer dans les grandes villes de ces pays pour y dynamiser leur démographie, et si la fécondité reste aussi faible, nous risquons de constater ce que l’on trouve déjà dans certaines villes d’Allemagne de l’Est, soit une nette diminution de la population. Ce phénomène, assez nouveau, est donc jusqu’à présent surtout intense en ex-Allemagne de l’Est. Mais, avec une Europe en "hiver démographique", il pourrait se diffuser ailleurs. Or, on ne gère pas de la même manière une ville dont la population augmente et une ville dans laquelle le nombre d’habitants diminue de façon significative.
En France, la dynamique rurale s’accroît, même si elle est inégale selon les territoires ruraux (5). Pourtant, nos dirigeants politiques continuent de raisonner comme si la France connaissait un processus d’urbanisation et de concentration des populations dans les grandes villes selon des logiques radiales. Il s’agit de l’histoire d’hier, pas de la réalité d’aujourd’hui. Ainsi, les dernières lois territoriales sont désuètes et, donc, inadaptées aux dynamiques actuelles (6).
 
Concernant la migration internationale en Europe, elle a un effet démographique majeur dans la mesure où les migrants s’installant sont majoritairement jeunes, donc à l’âge de fécondité, et que, selon la formulation que j’ai proposée, "la migration, heureusement, ne rend pas stérile !" Les immigrants ont donc des enfants sur les territoires où ils résident. Il faut donc, d’un point de vue démographique, considérer les migrants par leur nombre et aussi à travers la descendance qu’ils vont avoir. Ainsi, au milieu des années 2000, l’augmentation de la natalité en Espagne n’était pas due aux Espagnols mais aux immigrants, notamment d’Amérique andine. En France, le premier flux migratoire est toujours le regroupement familial qui contribue à la natalité.
 
Une Europe polycéphale
L’Europe de demain, comme celle d’aujourd’hui, n’aura pas de cœur économique unique. Les fonctions économiques se trouvent distribuées en de nombreux territoires en fonction de leur attractivité et de leur entrepreneuriat. Pour ne citer que les échelons les plus élevés, on peut distinguer Paris comme principale capitale des congrès, Francfort comme principale capitale bancaire, Londres comme principale capitale financière, Bruxelles comme principale capitale politique en matière de réglementation commerciale ou agricole, Rome comme principale capitale du tourisme religieux ou encore Rotterdam et Anvers comme principales capitales portuaires.
Le lien entre dynamique démographique et situation économique est incontestable : une bonne attractivité économique se traduit par une évolution démographique positive. Mais il convient de préciser que l’attractivité économique est largement fonction de la qualité des gouvernances territoriales (7), à l’instar de la comparaison entre Londres et Paris ces deux dernière décennies, la première ville ayant gagné des centres de décision, la seconde en ayant perdu.

Population et avenir, juillet 2015
 
(1) Il s’agit de données désormais disponibles et cartographiées avec précision par un institut allemand de recherche sur l'urbanisme (BBSR), résultat d'une collecte de données à l’échelle des municipalités d'Europe. Regrettons que les organismes publics français qui disposent pourtant d’appréciables moyens ne s’investissent pas dans de tels traitements de données.
(2) Zouari, Ilyes, "France - Royaume-Uni : un match démographique très disputé", Population & Avenir, n° 717, mars-avril 2014.
(3) Rappelons qu’un accroissement peut être positif ou négatif, alors qu’une croissance est, par définition, positive.
(4) Dumont, Gérard-François, Verluise, Pierre, Géopolitique de l’Europe : de l’Atlantique à l’Oural, Paris, PUF,
(5) Cf. Guieysse, Jean-Albert, Rebour, Thierry, "Territoires ruraux : déclin ou renaissance ?" , Population & Avenir, n° 707, 2012 ; Pistre, Pierre, "Les campagnes françaises : un renouveau incontestable, mais très inégal", Population & Avenir, n° 715, novembre-décembre 2013.
(6) Cf. Dumont, Gérard-François, "Territoires : un fonctionnement radial ou réticulaire ?",Population & Avenir, n° 722, mai-juin 2015, p. 3. URL : http://www.population-demographie.org/revue05.htm
(7) Dumont, Gérard-François, Diagnostic et gouvernance des territoires, Paris, Armand Colin, 2012.

Le logement social en France

Publié dans En France
Le logement et le logement social en France : éléments de diagnostic
 
 
Les politiques françaises de logement social menées ces dernières décennies n’ont pas conduit à des résultats probants. Cela tient au paradigme, constant en France, selon lequel la réponse quasiment unique aux besoins de logement des populations (1) serait ce que l’on nomme "le logement social", c’est-à-dire à la fois la construction et la gestion de logements par des organismes bénéficiant de financement publics partiels, directs ou indirects. Il en résulte que les gouvernements favorisent l'implantation du logement social mais oublient qu'il existe d'autres modalités d’offre de logements qu'il faudrait faciliter.
 
Les difficultés du logement social
Or, la formule dite du logement social ne peut résoudre tous les besoins de la France en matière de logement, pour une raison simple : les normes actuelles signifient que les deux tiers de la population des locataires devraient pouvoir accéder à un logement social. Pour parvenir à un tel pourcentage, il faudrait des financements publics considérables auquel aucun gouvernement ne parviendra.
Résoudre les besoins en logement suppose donc d’augmenter l’offre de logement en encourageant l'investissement privé dans ce secteur, ce qui permettrait de satisfaire aussi les catégories sociales inférieures.
Mais cela ne se concrétise pas pour deux raisons : premièrement, parce que les conditions fiscales et réglementaires s’appliquant aux placements dans l'investissement logement restent défavorables, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles les grandes compagnies d'assurances se sont largement retirées du marché du logement ces dernières décennies ; en second lieu l'État, pour faire face à son endettement, a, sans l’avouer, favorisé et favorise des mécanismes orientant l'épargne des Français vers des produits financiers facilitant le comblement des déficits publics plutôt que vers des placements orientés en direction du logement.
 
Désormais, il est probable que le logement social va éprouver de nouvelles difficultés. Ces dernières années, les collectivités territoriales, et notamment nombre de communes, ont largement aidé les organismes HLM : subventions, aux côtés de l’État et d’Action Logement (2), au financement de nouveaux logements sociaux (3) ; prise en charge de la voirie, de réseaux, de l’entretien de terrains, de la réhabilitation de logements, etc. Mais la réduction des dotations de l’État aux collectivités territoriales, entamée en 2015, va probablement réduire ces aides.
Pourtant, comme nous l’avions proposé (4), il faudrait sortir de l’alternative "tous propriétaires" ou "tous en HLM" qui semble gravée dans le marbre de nos lois, ces dernières ne laissant qu’une place résiduelle au parc locatif privé.
 
Géographie et maldonne urbanistique
Comme nous l’avions auparavant montré (5), la grande institution statistique française reconnaît (6), pour la première fois, certes indirectement, que la géographie des besoins de logement est différente de ce qui était affirmé. La géographie de la pauvreté, que l’on répétait auparavant à l’envi, accompagnée de l’idée d’une gentrification systématique en centre-ville, n’est pas la réalité. Il est donc important d'insister sur le fait que la question ne se limite pas seulement à considérer les besoins des populations dans leur ensemble, mais consiste aussi à préciser la géographie des besoins et les lieux où il faut construire.
En effet, dans les aires urbaines, des logements sociaux ont été construits, mais souvent, en vertu de l’idéologie fonctionnaliste de la Charte d’Athènes, selon une rationalité urbanistique guère humaniste et à l’écart de quartiers anciens urbanisés. Résultat : de nouveaux quartiers sans identité ont rendu et rendent difficile, en raison de leur caractère enclavé, la vie des populations. L’accès de leurs habitants à la diversité des emplois sur le marché du travail est rendu pénible par les difficultés de transport. Il faut se rappeler que les émeutes de 2005 ont démarré à Clichy-sous-Bois, dans un territoire extrêmement enclavé et à l’écart des transports en commun, donc à l’écart de la ville.
 
La mixité sociale détériorée
La mixité sociale est un phénomène tout à fait étonnant dans la mesure où il n’en est question que depuis qu'elle n'existe plus guère. En effet, dans l'urbanisme de la fin du XIXe siècle à Paris, la mixité sociale pouvait exister. Les immeubles haussmanniens hébergeaient au sein d'un même immeuble des catégories sociales différentes réparties selon les étages. Or, au cours du dernier demi-siècle, cette mixité a disparu dans la mesure où des politiques d'urbanisation ont conduit  à une segmentation sociodémographique accentuée.
D’abord, il y a eu les encouragements visant à réserver des logements neufs à l'extérieur des centres-villes aux jeunes ménages, empêchant ainsi non seulement la mixité sociale mais aussi la mixité générationnelle. Mais la mixité sociale s'est aussi détériorée parce que l'État n'assure pas l’une de ses tâches régaliennes essentielles : la sécurité sur l’ensemble des territoires français. Or, en matière d'insécurité, les Français constatent des différences en fonction des territoires, et il ne peut y avoir de possibilité de mixité sociale là où il n'y a pas de sécurité, particulièrement dans les zones de non-droit. Ainsi, dans les territoires où l'insécurité est élevée, la mixité sociale se trouve affaiblie par le départ de certains commerçants comme par celui des populations qui ont l’opportunité de les quitter.
 
Évaluer les conséquences des lois pour mieux préparer le futur
En Île-de-France comme dans d’autres zones où le marché du logement est particulièrement tendu (7), les classes moyennes se trouvent confrontées, à la fois, à une quasi-impossibilité d’accéder au logement social et à des difficultés d’accès au logement compte tenu de la faiblesse de l’offre. L’augmentation de l’offre de logement devrait être la réponse impérative.
Or, incontestablement, la loi ALUR (loipour l'accès au logement et un urbanisme rénové) du 26 mars 2014, contrairement à son intitulé, a contribué à accentuer le découragement des investisseurs vers le logement, en prévoyant des mesures telles que le contrôle renforcé des loyers ou la garantie universelle des loyers, mesures perçues comme génératrices de frais, de contentieux ou de tracasseries administratives. Beaucoup de Français savent que, pour acheter même un garage, l’épaisseur des documents à signer chez le notaire est devenue considérable. En outre, la multiplication des normes concourt également à diminuer la fluidité dans le logement.
D’où, souvent, des centres-villes sans mixité, avec une concentration, d’un côté, des classes supérieures et, de l’autre, des catégories les plus pauvres (8). Les classes moyennes ont été largement contraintes de quitter les centres-villes pour trouver un logement correspondant à leurs besoins et à leurs niveaux de vie. Toutefois, certains occupants des logements sociaux n’appartiennent pas aux catégories les plus pauvres ; il y a forcément parmi eux des personnes de catégories intermédiaires puisque, comme précisé ci-dessus, les plafonds de revenus donnent théoriquement accès à environ deux tiers des locataires et que, compte tenu du très fort écart entre loyers sociaux et loyers privés, les occupants du parc social entrés avec des revenus inférieurs aux plafonds ont tout intérêt à y rester (même avec un surloyer) s’ils dépassent les plafonds (d’où un taux de mobilité très faible au sein de ce parc).
 
Depuis la loi Gayssot du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite loi SRU, qui impose un pourcentage minimum de logements sociaux dans chaque commune de plus de 3 500 habitants (1 500 en Île-de-France) des agglomérations urbaines importantes, pourcentage augmenté avec la loi du 18 janvier 2013 (9), les pouvoirs publics expliquent que cela pourra résoudre les problèmes de logement. Pourtant, les résultats sont contraires : plus l’argent public finance le logement social dans les zones les plus tendues, là où il est le plus cher à construire, moins il y a d’argent public disponible pour financer ces logements dans des zones moins chères et, au total, avec une même enveloppe budgétaire, on produit moins de logements sociaux (10). Il serait temps que la France accepte la réévaluation de ses lois pour les corriger plutôt que de les renforcer lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des annonces.
 
Comprendre les difficultés du logement social suppose aussi de s’intéresser aux modalités de son affectation à de futurs locataires. Dans le système français, c'est en partie l'État qui décide d'affecter les logements sociaux, sans tenir nécessairement compte des réalités locales et des besoins des habitants de la commune. Or, certains élus seraient plus favorables à la mise à disposition de terrains pour des logements sociaux s’ils savaient que ces derniers bénéficieraient dans des proportions plus importantes à leurs habitants en attente de logement.
 
(1) Sur "Les causes démographiques de la crise du logement", cf. Dumont, Gérard-François, Informations sociales, n° 183, mai-juin 2014, p. 26-34. http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2014-3-page-26.htm
(2) Programme qui gère la participation des employeurs à l'effort de construction ; cette participation s'élève depuis 1992 à 0,45 % de la masse salariale.
(3) Cf. le rapport "Logement en Île-de-France : donner de la cohérence à l’action publique" de la Cour des compte, 8 avril 2015, pour le cas de cette région.
(4) Dumont, Gérard-François (direction), Populations et territoires de France en 2030, le scénario d’un futur choisi, Paris, L’Harmattan.
(5) Dumont, Gérard-François, Géographie urbaine de l’exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises, Paris, L’Harmattan.
(6) Insee première 1552.
(7) Il y a des zones non tendues où l’offre est excessive par rapport à la demande : taux de vacance relativement important dans le parc social, faibles écarts de loyers entre parc privé et parc social, logements locatifs neufs privés subventionnés ne trouvant pas preneur, etc. De façon plus générale, l’effet des constructions sur la croissance démographique est très inégal : cf. Léger, Jean-François, "Logement et territoire", Population & Avenir, n° 711, janvier-février 2013.
(8) Dumont, Gérard-François, Géographie urbaine de l’exclusion dans les grandes métropoles régionales françaises, op. cit.
(9) Relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement et au renforcement des obligations de production de logement social.
(10) Rapport "Logement en Île-de-France : donner de la cohérence à l’action publique", op.cit., p. 103.  
                  
 

Le Luxembourg dit non ...

Publié dans Avec l'Europe
Le Luxembourg dit non au droit de vote des étrangers

Le Luxembourg vient de se prononcer en écrasante majorité contre le droit de vote des étrangers (résidant depuis plus de 10 ans sur le territoire) aux élections législatives. Pourtant le pays est très ouvert à l'immigration puisque 46% d'étrangers y résident. Est-ce contradictoire ?
Être ouvert à l’immigration et souhaiter que le corps électoral pour les élections législatives soit composé uniquement des nationaux n'a rien de contradictoire. Le Luxembourg est un pays ouvert, et ouvert essentiellement à l'immigration de travail. Ces dernières décennies, le pays a eu une croissance économique remarquable que personne n’avait anticipée, ce qui a entraîné des besoins en main-d'œuvre étrangère compte tenu d’une évolution peu favorable de la population active luxembourgeoise. D’une part, nombre d’actifs ayant un emploi au Luxembourg sont des travailleurs frontaliers habitant en Lorraine, en Sarre ou en Belgique, notamment dans la province belge du Luxembourg (à ne pas confondre avec le Grand-Duché). D’autre part, les autres actifs étrangers qui résident au Luxembourg sont en grande majorité originaires d’Europe, les plus nombreux étant les Portugais. Parallèlement, comme le montre le référendum du 7 juin 2015, ce pays considère qu’il est logique d’opérer une distinction entre les Luxembourgeois et les étrangers en matière de droits politiques. Les quatre cinquièmes des électeurs ont considéré que la souveraineté nationale suppose que ce soit seulement des personnes de nationalité luxembourgeoise qui puissent voter aux élections législatives.
 
Cela ne signifie nullement une fermeture puisque la nationalité luxembourgeoise peut s'acquérir au travers d'un processus de naturalisation et que le Luxembourg admet la double nationalité. C'est ainsi qu’acquièrent le droit de vote aux élections législatives les étrangers qui obtiennent leur naturalisation. La demande de naturalisation peut être effectuée au bout de sept années consécutives de présence au Luxembourg. Elle requiert de réussirune épreuve d’évaluation de la langue luxembourgeoise parlée, épreuve dont sont dispensés tous ceux qui ont accompli au moins 7 années de leur scolarité au Luxembourg. En outre, le candidat à la naturalisation doit présenter un certificat de participation aux cours d’instruction civique (cours gratuits)comprenant deux cours obligatoires (Les droits fondamentaux des citoyens et la vie publique ; Les institutions étatiques luxembourgeoises) et un cours au choix parmi 8 thèmes (L'histoire du Grand-Duché de Luxembourg : la naissance d'un État-Nation au XIXe siècle ; L'histoire du Grand-Duché de Luxembourg : le Luxembourg au XXe siècle ; L'histoire de l'unification européenne : le Luxembourg au sein du processus d'unification de 1945 à 2006 ; Les institutions communales luxembourgeoises…)
 
Si les Luxembourgeois avaient décidé d’accorder le droit de vote aux étrangers, ce droit se serait donc trouvé exercé par des personnes méconnaissant la langue du pays et n’ayant pas eu la possibilité d’être informées de l’identité institutionnelle et citoyenne du pays.
Il apparaît donc clairement que tous les étrangers vivant au Luxembourg, ou les enfants d’étrangers à l’âge de 18 ans et ayant suivi une scolarisation au Luxembourg, peuvent devenir Luxembourgeois, donc que ce pays a un code de la nationalité ouvert. La législation luxembourgeoise fixe d’ailleurs un délai maximum de réponse de 8 mois lors d'une demande d'acquisition de la nationalité.
 
Pourquoi le Luxembourg, très ouvert sur le plan migratoire, affirme-t-il un attachement si fort à l'identité nationale ?
Par ce référendum du 7 juin 2015, les Luxembourgeois affirment effectivement un attachement très fort à leur identité nationale. Pour le comprendre, il ne faut pas oublier les vicissitudes géopolitiques connues par le Luxembourg. Cet État, neutre lors de son indépendance en 1867, s’est trouvé occupé par l’Allemagne de 1914 à 1918 puis de 1940 à 1944, ce qui le conduisit, comme la Norvège, à abandonner sa neutralité et à entrer dans l’OTAN. Son souci de libre souveraineté explique son attachement à une identité propre qui ne signifie nullement un repli sur soi mais, au contraire, une ouverture, comme l’atteste sa volonté d’être plurilingue, les langues allemande et française étant officielles à côté du luxembourgeois, langue locale devenue langue nationale en 1984. La langue luxembourgeoise, systématiquement enseignée dans le pays, que ce soit dans le cadre de l’enseignement public luxembourgeois ou dans celui de l’enseignement privé appliquant les programmes d’enseignement public luxembourgeois,est donc la langue d’intégration.
 
Le Luxembourg s’est toujours voulu ouvert vers l'extérieur et vers le monde. Il a d’ailleurs longtemps refusé d’avoir une université, avant l’ouverture de l’unique université du Grand-Duché en 2003, pour obliger ses jeunes à aller se former dans des universités étrangères, allemandes, belges ou françaises, afin d'y recueillir savoir-faire et connaissances ainsi qu'une dimension internationale. Le Luxembourg a ainsi pu développer son activité économique actuelle en s’inscrivant volontairement dans la  globalisation avec la promotion de la place financière luxembourgeoise.
 
Pourquoi le débat ne parvient-il pas à être posé en ces termes en France ? Pourquoi une telle crispation, un tel amalgame entre identité et nationalisme ?
Le débat en France, concernant le droit de vote des étrangers, est parti des fameuses "110 propositions pour la France" du candidat à la présidence François Mitterrand en 1981. Mais la gauche n’a jamais véritablement cherché à concrétiser cet engagement, tout en en pérennisant la promesse. Donc la France n'a jamais organisé un référendum pour demander l'avis des Français. Périodiquement, des hommes politiques de gauche qui demandent le droit de vote pour les étrangers utilisent plutôt cette proposition à des fins électorales pour influencer les rapports de force entre les autres partis.
 
En réalité, dans la période actuelle, la France, ou plutôt nombre de ses "élites", a du mal à assumer son identité et même à accepter qu’elle en ait une qui lui soit propre. Nous sommes toujours dans la situation illustrée par un dessin de Jacques Faizant, réalisé au début des années 1970 : il montrait des Français qui trouvaient formidable qu'il y eût de valeureux patriotes vietnamiens, chinois ou palestiniens, etc déclamant respectivement "vive le Viêt Nam", "vive la Chine", "vive la Palestine"; à la fin, le dessin présentait  un Français déclamant "vive la France", mais il était considéré comme un "vieux con cocardier, chauvin, xénophobe et présumé facho".
Le 17 mai 2015, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du partie socialiste, a twitté : "Je ne sais pas ce qu'est l'identité française, je connais l'identité de la République". C’est sans doute en raison de cette méconnaissance qu’il a fallu des années pour que l'on comprenne que l'acquisition de la nationalité française supposait un minimum de connaissances de langue française. Ce minimum de connaissances, instauré à la fin des années 2000, a d’ailleurs été réduit par les dernières décisions gouvernementales prises depuis 2012. Autrement dit, le niveau de français demandé pour naturaliser en France est inférieur au niveau de langue allemande demandé pour la naturalisation en Allemagne.
Effectivement, la France semble éprouver de grandes  difficultés à défendre et promouvoir un trait essentiel de son identité, sa langue. Pourtant, le grand historien Fernand Braudel soulignait que la langue française représentait à 80 % l’identité de la France. Rappelons les Jeux Olympiques de Londres de 2012, avec les deux langues officielles historiques : le français et l'anglais. Nos amis Britanniques ont complétement exclu le français de l'ensemble des documents relatifs aux Jeux Olympiques. La France s’est tue. Il a fallu que les Québécois dénoncent le non-respect de la charte olympique pour obliger les Britanniques à publier une partie des documents en langue française, au moins en version numérique.
 
La crispation est enfin liée au fait que donner le droit de vote aux étrangers permettrait de donner le droit de vote à des personnes dont les orientations politiques pourraient être spécifiques. Le cas du Royaume-Uni est instructif : les étrangers originaires du Commonwealth n'ont pas la nationalité britannique mais, comme citoyens du Commonwealth, ils ont le droit de vote aux élections parlementaires. Or, ces citoyens votent majoritairement pour le parti travailliste. En France, ceux qui souhaitent  accorder le droit de vote aux étrangers cachent peut-être une ambition électoraliste et certains calculs politiciens puisqu’existent certaines corrélations entre les choix politiques et les origines géographiques des électeurs ou de leurs ascendants (1).
 
En Europe, les réponses des différents pays sont variées également sur le droit de vote aux élections locales. Celui-ci existe au Luxembourg ou au Danemark pour les étrangers européens ou non-européens. L’Espagne et la Portugal ont choisi une autre voie : pour les non-européens, le droit de vote aux élections locales peut être accordé moyennant une condition de résidence et sous réserve de réciprocité, ce qui suppose un accord bilatéral.
 
Dans quel sens cet exemple, qui souligne que l'attachement à l'identité de son pays n'est pas synonyme de rejet de l'autre, pourrait-il faire évoluer le débat sur ce sujet en France ?
Être ouvert à l'autre, ce n’est pas le regarder comme étant semblable à soi, comme une sorte de clone de soi-même. Bien au contraire, on ne peut s'ouvrir aux autres, entrer véritablement en dialogue, qu’à condition d’avoir une identité propre et une confiance en cette identité. Cette confiance suppose de ressentir son identité et sa propre histoire. Les populations ayant des difficultés à intégrer leur propre histoire sont des populations qui n'acceptent pas l'altérité et sont par définition fermées aux autres. Il existe un lien fondamental entre le fait de témoigner de sa propre identité et celui d'accepter l'altérité.
(1)  Dumont, Gérard-François, Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, Paris, Ellipses
Paru sur Alantico, 15 juin 2015

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