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GAVE Charles

GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

URL du site internet:

Guerre commerciale Chine/USA

Publié dans De par le monde
Guerre Commerciale Chine/ Etats-Unis
 
Si je devais résumer les articles que j’ai lu depuis que la "guerre commerciale" a commencé entre les Etats-Unis et la Chine, il me faudrait utiliser la célèbre formule que d’aucuns ont attribué au Maréchal de Mc Mahon : "Hier, nous étions au bord du gouffre, aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant".
A lire tous ces braves plumitifs dont l’incompétence ne le dispute qu’à la suffisance, nous serions au bord de la catastrophe, l’économie Chinoise va s’effondrer, le retour de la grande dépression est imminent et d’ici peu, il va falloir se balader en bicyclette et en robes de bure, chaussées de brodequins de chrétiens de gauche et claquant des dents sous la bise glaciale qui ne va pas manquer de se lever. Nous serons à la fois pauvres et laids. Curieusement, ce sont les mêmes qui nous disent depuis des lustres que la surpopulation entrainera la pénurie et que nous allons devoir nous promener à bicyclette etc… si nous ne sacrifions pas immédiatement à la déesse Gaia. J’imagine que dans le premier cas, ils pensent qu’eux aussi devront circuler à vélo à la place de se balader dans le second cas en voiture officielle bien chauffée, mais je suis peut-être injuste en pensant que ce qui les affole serait de se retrouver avec les gens du peuple, dont ils parlent beaucoup mais qu’ils n’ont jamais rencontré. Il est étrange de constater que ceux qui adorent l’Humanité détestent le peuple.
 
A mon humble avis, ces bienfaiteurs de l’humanité sous estiment gravement la capacité des Chinois à se préparer à ce qui leur apparaissait comme inévitable, c’est-à-dire un mouvement vers le protectionnisme de la part des Américains. Car en fait, les autorités de l’Empire du Milieu se préparent depuis dix ans au moins à cette éventualité et sont tout sauf surpris, car depuis 2008 au moins, ils organisent avec beaucoup de soin ce que j’ai appelé dans nombre d’articles "la dédollarisation de l’Asie"
Je m’explique.
 
Pourquoi 2008 ? Parce que c’est le moment ou les Chinois se sont rendus compte que nos banquiers centraux étaient des plaisantins dont le seul but était de demander au bourreau "encore cinq minutes" puisqu’ils n’hésitaient pas à foutre en l’air leur monnaie plutôt que de forcer les politiciens à s’attaquer aux réformes de fond. Inutile de dire que la crise de l’Euro de 2012 et les "solutions apportées", qui consistaient à ruiner les épargnants pour permettre le financement à fonds perdus des Etats sociaux-démocrates les a renforcés dans cette conviction. Leur impression très nette fût que nous étions devenus incapables de "boire la soupe amère" (que l’on boit après une cuite) pour utiliser leur expression ce qui veut dire que nous serions devenus incapables de nous imposer la moindre contrainte, aussi temporaire et légère serait-elle.
 
Car qu’ont-ils vu en 2008 ? Alors que tout le commerce inter-asiatique se passait exclusivement en dollar, d’un seul coup, après la faillite de Lehmann-Brothers, il devint impossible de trouver le moindre dollar sur le marché des changes et importations et exportations asiatiques s’écroulèrent pour la simple raison que le numéraire (le dollar) n’était pas disponible. Et pourquoi ? Parce que les grandes banques françaises financent ce commerce international, ce qu’elles font en empruntant de l’argent à New-York pour le prêter en Asie. Et pendant quelques mois, le banques françaises et étrangères ne purent plus emprunter du tout à NY.
Et depuis, les autorités chinoises se baladent partout en demandant aux Coréens, Taiwanais et autres, pourquoi diable facturez-vous vos clients étrangers en dollar ? Ce à quoi lesdits Taiwanais et Coréens répondent que la volatilité de leurs monnaies était trop forte, les mouvements de change trop importants, ce qui leur faisait courir des risques qu’ils ne pouvaient prendre. Qu’à cela ne tienne, répondirent les Chinois, que chacun s’occupe de la volatilité de sa propre monnaie vis-à-vis du Yuan et nous nous occuperons du reste !  Après tout si chacun maintient sa monnaie vis-à-vis du Yuan dans des limites étroites, tout le monde sera stable.
Et ce que l’on voit apparaitre après 10 ans, c’est un très joli serpent monétaire du style de celui que l’on avait en Europe avant l’introduction du détestable Euro. Et du coup, tout le monde peut faire du commerce dans sa monnaie nationale, celui qui serait en déficit pouvant se faire financer sans difficultés par la banque centrale Chinoise ou par les nouvelles institutions internationales créées par les autorités chinoises dont je vais parler maintenant.
 
Car les autorités chinoises ont créés  il y a quelques temps un nouveau FMI et une nouvelle banque mondiale dont ils offrirent une part du capital à tous les pays qui le voulaient bien, non seulement en Asie,  mais partout ailleurs, ce que la Grande-Bretagne s’empressa d’accepter, mais pas le Japon… Et du coup, si un pays a un problème, le nouveau FMI s’en occupera et si un autre a besoin de capitaux a long terme, la nouvelle banque mondiale sera très heureuse de fournir des prêts à long terme, en Yuan …
 
Continuons
Pour prévenir un ralentissement à craindre si les USA devenaient protectionnistes, quoi de plus normal que de préparer des listes de grands travaux à effectuer dans tous les pays d’Asie dans le cadre des nouvelles "routes de la soie" qui relieront tous ces pays à … la Chine, tant il est vrai qu’il n’existe pas d’empire sans que toutes les routes ne mènent à Rome.
Hélas, la Chine reste très dépendante et du pétrole et du dollar, puisqu’il lui faut payer ce pétrole en dollars…
 
Qu’à cela ne tienne, Xi et Poutine ont passé des accords selon lesquels la Russie fournira de plus en plus de pétrole et de gaz à la Chine, la Chine finançant les pipelines, et ce pétrole sera payable en yuan et non plus en dollars, ce qui change tout. Il devient en effet beaucoup moins indispensable pour la Chine de gagner des dollars puisqu’elle peut acheter tout ou partie de son énergie en yuan…
Oui mais voilà, du coup la Russie va se retrouver avec plein de yuan, dont elle ne saura pas trop quoi faire…
Aucun problème, la Chine a ouvert au début de cette année un marché àterme du pétrole, non pas en dollar comme tous les autres marchés à terme de l’or noir, mais en Yuan, ce qui permettra à tous ceux qui passeraient des contrats à long-terme avec la Chine de se couvrir sans difficultés, sans passer à aucun moment par le dollar et sans risque donc de tomber sous le joug des lois américaines, qui ont une fâcheuse tendance à s’appliquer de plus en plus aux non-américains.
Et si la Russie a encore trop de Yuans après s’être couverte, la Chine semble prête à convertir ces yuans en …or et pour ce faire stabilise sans doute le cours de l’or en Yuan qui a été extraordinairement stable depuis deux ans. Chaque fois que l’once d’or passe en dessous de 8200 yuans par once "quelqu’un" achète de l’or et ce quelqu’un est très probablement la banque centrale Chinoise. Tout se passe comme si la Chine garantissait que le prix de l’or ne sera pas autorisé à baisser en dessous de 8200 y, ce qui donne une garantie de stabilité à tous les détenteurs de yuans.
Bien entendu, tout cela pourrait être le fruit du hasard, mais je n’en crois pas un mot.
Les Chinois savaient depuis longtemps qu’un conflit commercial était inévitable avec les USA et ils ont soigneusement préparé le terrain.
 
Qu’est que tout cela veut dire en termes de placements ?
Voilà qui est simple.
La plupart des observateurs scrutent le cours du yuan vis-à-vis du dollar tous les jours et en tirent toutes sortes de conclusions qui n’ont aucun intérêt. La seule chose qui compte pour la Chine est la stabilité des monnaies asiatiques vis-à-vis du yuan. En aucun cas, il ne faut que la monnaie chinoise dévalue contre les autres monnaies asiatiques, puisque cela les rendrait moins compétitifs et les affaiblirait. La Chine a sans aucun doute décidé de passer par pertes et profits ses excédents avec USA, qui ont sans doute duré plus longtemps qu’ils ne l’espéraient et vont s’attacher à organiser LEUR zone.
Et comme tous ces pays vendent plus à la Chine qu’aux USA (dans un rapport de 3 à 1) et que le taux de croissance des exportations asiatiques vers la Chine est le double du taux de croissance des exportations asiatiques vers les USA, le lecteur comprendra sans peine pourquoi ces pays savent de quel côté leur tartine est beurrée… et écoutent avec beaucoup de soin ce que leur dit l’oncle Xi.
Qui plus est, dans le passé, quand le dollar montait, comme tous les emprunts locaux avaient été effectués en dollar, la région s’appauvrissait et les bourses locales baissaient. Et quand le dollar baissait, tout montait.
Et comme le dollar est monté cette année, tout le monde a vendu avec abandon l’Asie, ce qui était sans doute une erreur en raison des préparatifs de la Chine dont peu de gens ont perçu l’importance.
Et donc, à mon avis, cette baisse récente constitue une occasion d’achat, non pas simplement sur la bourse chinoise (qui n’est pas chère) mais aussi sur toutes les autres bourses asiatiques qui pèteront à la hausse le jour où les marchés se rendront compte que l’Asie est devenue indépendante du dollar.
 
Quand cela se produira-t-il ? Aucune idée. Je n’ai jamais eu le moindre sens du "timing" et, en plus de quarante ans de carrière je n’ai jamais acheté le jour du plus bas ni vendu le jour du plus haut. Mais 10 ans après, cela n’avait plus aucune importance.
Aussi, je pense en toute honnêteté que le meilleur portefeuille pour les années qui viennent sera constitué par des positions qui seront 50 % en obligations longues de l’état Chinois et 50 % d’actions dans la zone Asie Ex Japon.
Et demander à quelqu’un comme la HSBC de vous le constituer ne doit pas être au-dessus des capacités d’une banque dont le siège est à Hong-Kong/Londres (après avoir été à Shanghai).
Et je signale immédiatement aux râleurs de services (si, si, il y en a parmi les lecteurs de l’IDL) que je ne toucherai aucune commission de cette vieille institution dont l’origine remonte au trafic de l’opium au XIX -ème siècle, ce qui rassurera tout un chacun sur sa solidité financière, et qu’en tout état de cause, comme tout un chacun, je peux me tromper et que les fonds propres de l’IDL seront insuffisants pour compenser leurs pertes.
Parr contre, ils peuvent être certains que s’ils perdent, je perdrais sans aucun doute autant qu’eux.

Paru sur institutdeslibertes.org, octobre 2018

Vers un monde de ruptures

Publié dans De par le monde
Vers un monde de ruptures
 
Je suis bien embêté et le responsable est monsieur Trump.
Je m’explique.
Theodore Roosevelt, le Président US qui me rappelle le plus Donald Trump avait coutume de dire que la diplomatie était chose facile : il fallait parler doucement et se balader avec une grosse massue. Monsieur Trump, quant à lui parle très fort et distribue des coups de massue à droite et à gauche avec beaucoup d’abandon. A l’évidence, il veut foutre en l’air le cauchemar globaliste de Georges Soros et chacun peut voir qu’il y prend un grand plaisir.
Nous sommes en effet en train de changer de monde : jusqu’à monsieur Trump, nous vivions sur la croyance que les USA était une sorte de gentil "Hégémon" dont le rôle principal était de maintenir leur prééminence "diplomatique et culturelle" en acceptant de passer et de respecter des accords de coopération économique qui pouvaient parfois leur être défavorables mais le mythe restait que ce qui était bon pour la globalisation était bon "in fine" pour les USA.Avec le nouveau Président, tout cela est fini. Ses slogans "America first" ou "Make America great again" l’annoncent crûment. Le but de la nouvelle administration est de transformer l’ordre mondial pour qu’à nouveau, il soit d’abord favorable à l’économie américaine et donc aux entreprises quiproduisent aux USA, car il n’a guère de sympathie pour les "multinationales". Et il a décidé à l’évidence de se servir de toutes les armes dont les USA disposent, à l’exception peut-être des forces armées, ce qui est déjà un gros progrès sur ses prédécesseurs. Que le lecteur en juge en gardant en mémoire que le Président Trump a un but et un seul : faire monter la rentabilité des entreprises produisant sur le sol américain.
 
Par exemple :
- Le fameux Traité de Paris (qui n’en était pas un puisqu’il n’avait pas été entériné par le Sénat des Etats-Unis) imposait des obligations gigantesques aux Etats-Unis mais aucune à la Chine et à l’Inde, il en sort. Monsieur Erdogan met en prison un pasteur américain et ne veut pas le libérer ? Fort bien, la Turquie n’aura plus accès au dollar et du coup s’effondre économiquement. Le Président Obama avait signé un accord complètement idiot avec l’Iran ? Il l’annule et fait savoir que tous ceux qui commerceront avec ce pays ne commerceront plus avec les USA, et l’Europe de se coucher, en glapissant beaucoup cependant. Le principe est toujours le même : ou vous obéissez, ou le marché américain et l’accès au dollar vous sont fermés. Si quelqu’un a besoin de l’aide de USA, il doit donc venir la casquette à la main faire allégeance publique au suzerain et son cas sera-peut-être examiné avec bienveillance.
 
- Dans cet esprit, l’accès au dollar est rendu de plus en plus en plus difficile et des garanties juridiques doivent être donnée par tous ceux qui se servent du dollar telles qu’une acceptation totale de la prééminence du droit américain sur tout autre droit dès que le dollar est utilisé. Ainsi, les accords de paiement internationaux qui passent tous par Swift (le système de paiement international de droit belge) est forcé de suivre les diktats de Washington puisqu’une grosse partie des paiements ont lieu en dollar. Et donc, ou vous obéissez, ou vous ne faites plus de commerce international, voilà qui est simple.
 
- La protection militaire que les USA offraient à titre gratuit à nombre de pays, en particulier en Europe va soit cesser, soit devenir payante. Pour la protection de l’Europe, monsieur Trump aurait demandé à la chancelière allemande environ $ 300 milliards par an de "tribut" … elle aurait répondu que l’on ne discutait pas d’argent entre amis, ce à quoi le Président US aurait rétorqué qu’elle n’était pas son amie… Ambiance …
 
- Depuis des lustres, les USA vivent au-dessus de leurs moyens grâce au fameux privilège impérial qui leur permettait de payer leurs importations en donnant des billets verts plutôt qu’en donnant des marchandises, ce qui permettait à toute une série de pays du type de l’Allemagne de rester mercantilistes, en vivant en dessous de leurs moyens. Ce qui contribuait à la désindustrialisation des Etats-Unis. Trump leur fait savoir que s’ils ont besoin d’une demande pour acheter leurs produits, ils n’ont qu’à la créer eux-mêmes et qu’à partir de maintenant la demande américaine sera servie par des sociétés produisant aux USA, et voilà tout. Ce qui veut dire que les pays mercantilistes du style de l’Allemagne sont mal partis et vont devoir faire face à une forte baisse de la rentabilité de leurs sociétés, sauf bien entendu s’ils bâtissent à toute allure des usines aux USA.
 
Comme le lecteur peut s’en rendre compte, tout cela n’a rien à voir avec la "globalisation heureuse" de ce cher Attali. Le "parrain" est de retour et impose sa loi, sans considération aucune pour les états d’âme de ses vassaux. On est passé de tout ce qui est bon pour la globalisation est bon pour les Etats-Unis à : les USA vont mettre en œuvre ce qui est bon pour les USA et tant pis pour le reste du monde. Voilà qui a le mérite d’être clair.vJe ne dis pas : "c’est bien ou c’est mal". Je dis simplement "telle est la nouvelle réalité". Inutile de dire que les hommes de Davos sont ivres de rage… Mais du coup, cela rappelle à tout un nombre de pays qu’il existe une réalité essentielle en sciences politiques qui s’appelle la "souveraineté". (C’est la notion que le Président Macron déteste entre toutes. Ceux qui la soutiennent, d’après lui, sont atteints de "la lèpre" et "veulent la guerre".  Pauvre homme qui a l’évidence est totalement dépassé).
 
"Les Nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts" disait de Gaulle. Et du coup, un certain nombre de dirigeants qui ont cru aux promesses des Oints du Seigneur se retrouvent sans armée, sans indépendance financière, monétaire ou économique, ayant vendu leur droit d’aînesse pour un plat de lentilles.
Et donc le monde va se scinder en trois parties dont les formes se dessinent déjà
1 - L’Hégémon et ses vassaux.
2 - Les pays qui ont préservé une certaine souveraineté et qui vont s’organiser entre eux, Chine, Russie, Asie du Nord et du Sud Est.
3 - L’Europe de l’euro qui n’a plus ni armée ni indépendance économique et financière ni même une volonté d’exister et qui ne peut pas répondre au nouveau défi, empêtrée qu’elle est dans l’euro (Je m’explique plus bas).
 
Commençons par les USA :
je n’ai pas le moindre doute que si les Républicains l’emportent aux élections de Novembre, alors le durcissement américain augmentera de façon très forte et très violente.
 
Venons-en à l’Asie.
Pour moi, il est évident que la Chine a vu le coup arriver et s’est préparée en conséquence. Ce que va faire la Chine est assez simple : elle va laisser fluctuer sa monnaie vis-à-vis du dollar tout en la faisant monter vis-à-vis des autres monnaies asiatiques. Le but de cette manœuvre est tout simple : elle dit aux pays d’Asie : "ça va devenir difficile de vendre aux USA, et donc venez vendre chez moi".
En même temps elle va dire à l’Australie (charbon) à la Russie et à l’Iran (pétrole) : cessez de vendre vos matières premières en dollars, qui peuvent être bloqués par les Etats-Unis à tout moment si vous leur déplaisez et vendez-les-moi en Yuan, la monnaie chinoise. Et si du coup vous avez trop de Yuan, je vous les change contre de l’or par l’intermédiaire des marchés de Hong-Kong que j’ai organisé pour cela. Et d’ailleurs, si vous avez besoin de prêts pour développer vos infrastructures, il vous suffira de demander et on s’occupera de tout. Déjà, les monnaies asiatiques suivent comme leurs ombres la monnaie chinoise, et ce depuis 2009, et le marché obligataire chinois a été ouvert aux étrangers, ce qui permettra d’investir les excédents d’épargne de ces pays tout en se constituant des réserves de change dans la monnaie du pays dominant dans leur zone.
 
Passons à l’Europe.
Logiquement, c’est le moment ou les allemands devraient massivement re-évaluer leur monnaie (ils ont des excédents de leur commerce extérieur équivalents à 9 % de leur PIB ce qui est insensé). Ce faisant, ils rendraient à nouveau compétitifs les appareils industriels français, italiens, belges ou espagnols tout en favorisant leurs propres consommateurs, ce qui permettrait à ces pays de redevenir indépendants et souverains vis-à-vis des USA et donc de contrer monsieur Trump. Bien entendu, rien de tout cela ne peut se produire puisque nous avons l’euro et donc l’Allemagne ne peut réévaluer.
Mais alors, peut-être l’euro dans son ensemble devrait-il dévaluer pour sauver les économies du Sud ? Impossible, puisque cela serait une vraie déclaration de guerre de la part de l’Allemagne aux USA, que les entreprises allemandes sont dépendantes de Swift et que l’armée allemande n’existe plus. La bonne nouvelle est qu’un certain de pays en Europe ne sont pas dans l’euro et ont gardé leur souveraineté monétaire, je veux parler de la Grande- Bretagne, de la Suisse et de la Suède. Ces pays se sont déjà autorisés à dévaluer leurs monnaies, préservant ainsi leur compétitivité industrielle, ce qui ne fera qu’accélérer la chute des pays du Sud et l’effondrement de leurs économies, puisqu'en plus d’être non compétitives vis-à-vis de l’Allemagne et des pays asiatiques, ces pays vont se retrouver non compétitifs également contre la Suède, la Suisse et la Grande-Bretagne. …
Et encore bravo aux concepteurs de l’euro.
 
Terminons avec les perspectives financières qui ne seront que le résultat de ces mouvements qui semblent inarrêtables, sauf si le Président US souffrait d’une défaite importante lors des élections de Novembre de la part des mondialistes, ce que je crois peu probable.
Voici les grandes lignes autour desquelles pourraient s’organiser un portefeuille
 
- Les risques de rupture en Europe sont en train de s’aggraver de façon évidentes (Cf. Turquie et Italie), ce qui veut dire qu’il ne faut avoir aucune obligation dans la zone euro qui sera le centre du maelstrom. Cette part obligataire doit être remplacée par du cash en dollars, en Yen, en livre sterling et en couronne suédoise. Elle devrait représenter environ 1/3 du portefeuille, ce qui fournira le capital nécessaire lorsqu’il faudra racheter en Europe après ou pendant la crise.
Cinquante pour cent des positions devraient être en Asie, une moitié en obligations du gouvernement Chinois et l’autre moitié dans un indice représentant les actions en Asie et cet indice devra comprendre le Japon.
Le reste sera en cash en dollar ou en obligations très courtes du gouvernement US.
 
Il s’agit-là d’un portefeuille extraordinairement défensif, sans doute aucun le plus défensif que j’ai recommandé depuis le début de ces chroniques.
 
Pour conclure : pour être parfaitement honnête, les actions du Président Trump m’ont surprises par leur violence et il me semble évident qu’il est déterminé à rétablir un ordre mondial qui soit beaucoup moins favorable à Wall-Street et beaucoup plus favorable aux petites gens aux USA. Si les élections lui sont favorables en novembre, les pressions vont s’accentuer Cela ne peut pas ne pas engendre une casse considérable et le coup est parti.
Aux abris donc… Trump veut se payer les hommes de Davos et ça va faire mal.

Paru sur institutdeslibertes.org, 3 septembre 2018

Le grand retour ...

Publié dans Avec l'Europe
Le grand retour du peuple et de la nation souveraine
 
Revenons en arrière.
Le mur de Berlin vient de tomber et deux thèses s’affrontent assez rapidement.
Celle de la "fin de l’Histoire", portée par Francis Fukuyama et celle du "choc des civilisations", soutenue par Samuel Huttington.
Le premier avançait que le futur appartenait à la démocratie occidentale et au système de marché libre et que l’Histoire au sens Hégélien du terme était finie. Cette idée fut reprise par tous les Trissotins français du type de notre trio infernal, Minc, Attali et BHL, qui d’ailleurs la soutiennent toujours contre vents et marée.
Le deuxième, Huttington montrait que l’opposition entre l’Union Soviétique et les USA s’était produite à l’intérieur de la même civilisation - la nôtre - et que les conflits du futur allaient opposer non pas des pays ou des systèmes à l’intérieur de la même civilisation mais des civilisations entre elles, et en particulier que nous allions tout droit vers un conflit entre la civilisation musulmane et les autres civilisations-dont la nôtre.
Dans un autre livre, publié peu avant sa mort, "Qui sommes-nous ?", il analysait notre civilisation et précisait que nos sociétés étaient en train de se scinder entre ceux qui étaient bien partout (ceux que j’ai appelé les hommes des bateaux) et ceux qui étaient bien chez eux (les hommes des arbres), et que ce conflit portait en germe de graves dislocations. Et donc notre civilisation, alors même qu’elle était agressée par une autre civilisation était elle-même profondément divisée entre un peuple - toujours local - et des élites-internationalistes ou globalistes, que le sort des peuples laissaient totalement indifférents.
Inutile de préciser que bien entendu c’était Huttington qui avait raison et que Fukuyama avait tort, ce que ce dernier a d’ailleurs reconnu, à la différence de nos Trissotin.
 
Il n’en reste pas moins que ceux qui ont été au pouvoir depuis 1990 jusqu’au Brexit ont été dans la quasi-totalité de nos démocraties les partisans de la première thèse et qu’ils ont emmené à marche forcée nos systèmes politiques nationaux vers des systèmes de moins en moins favorables aux locaux et de plus en plus aux internationaux.
Et ce mouvement impliquait bien sûr d’empêcher le peuple de se défendre et donc de remettre en cause un concept essentiel à chaque pays, celui de la Souveraineté Nationale.
Or ce mouvement de détricotage des nations est en train d’échouer partout, comme il avait échoué en URSS, et pour les mêmes raisons.
Pour comprendre les raisons de cet échec, il nous va falloir rappeler à nouveau ce qu’est une nation et ensuite ce qu’est la souveraineté.
 
La nation, dans sa définition française et comme le disait Renan, est avant tout "une volonté de vivre ensemble et de partager une légende historique commune. Est Français, celui qui veut l’être…  ‘’ Je n’ai pas une goutte de sang français, disait Romain Garry, mais la France coule dans mon sang".
La Souveraineté (dérivée de "souverain", du latin médiéval superus, de super, "dessus", fin XII e siècle) désigne la supériorité du pouvoir sur une zone géographique ou sur un groupe de peuples vivant en communauté. Dans une démocratie, elle est détenue par le peuple, qui de ce fait est le Souverain (comme le disent les Suisses). Mais bien sûr, par pour les gens de Bruxelles.
 
Et donc une nation souveraine est constituée d’un peuple voulant vivre ensemble et exerçant son pouvoir sur une zone géographique (ou un groupe de peuples) par l’intermédiaire d’une élite élue pour le représenter, au mieux des intérêts du peuple et non pas au mieux des intérêts des élites.
Hélas, la réalité depuis 1990 a été que cette élite a accepté sur le territoire national des millions de gens qui n’ont pas du tout envie d’être français, tout en abandonnant toute prétention à exercer le pouvoir souverain qui leur avait été confié sur le territoire national puisqu’ils ont abandonné d’abord la monnaie, puis le contrôle des lois avant que de supprimer les frontières, ces cicatrices de l’histoire, perdus qu’ils étaient dans leur rêve internationaliste.
Et cela ne s’est pas passé qu’en France mais dans presque toutes les démocraties, à l’exception de la Suisse et de la Norvège peut-être.
Et du coup, nos internationalistes sont en train d’assister à la révolte des peuples qui entendent bien récupérer leur souveraineté, en virant les élites. C’est ce que ces élites appellent le "populisme" alors que ce n’est que l’exercice de son pouvoir par le Souverain.
Et il s’agit là d’un mouvement très puissant et qui ne fait que commencer.
Ce tsunami, car il s’agit d’un tsunami, ne fait que commencer et va avoir des conséquences économiques et financières extraordinairement importantes dont il me faut parler maintenant.
 
Conséquences financières.
Commençons par l’Europe puisque c’est là que l’effort de destruction de la nation a été le plus ancien et le plus constant.  On doit la construction européenne d’aujourd’hui à Jean Monnet qui haïssait à la fois la nation (cause de toutes les guerres) et la démocratie (source de faiblesse politique), ce qui en soi était à la fois idiot et faux historiquement puisqu’après tout, il n’y a jamais eu de guerre entre deux démocraties.
Et donc les disciples de Jean Monnet, tous hauts fonctionnaires, tous non élus (Belges,Hollandais Allemands mais surtout Français,) ont créé au travers du temps deux étages d’abandons de souveraineté.
Dans un premier temps, chacun des pays de la communauté a abandonné des pans entiers de sa souveraineté à des institutions européennes non démocratiques, banque centrale, cour de justice, commission, cour des droits de l’homme et que sais-je encore.
Et puis, une fois ces pouvoirs arrachés à chaque nation, on les transféra encore plus haut à des organisations "mondiales" du style ONU.,WTO, OMS ou vers des traités visant à "sauver la planète" (accords de Paris) qui empêchent les entreprises européennes ou américaines de faire concurrence à leurs consœurs Indiennes ou Chinoises autorisées à polluer autant qu’elles le désirent.
Premières et seules victimes, les peuples, les locaux.
Seuls gagnants, les hommes de Davos et le capitalisme de connivence.
La révolution des peuples en Europe va donc devoir détruire non pas un niveau mais deux d’organisations internationales superfétatoires.
Pour faire bref, pour sauver les peuples européens de la misère et de l’esclavage auxquels ils sont promis, il faut sortir Bruxelles de l’Europe (appelons cela le Bruxit), c’est-à-dire détruire l’appareil politique supra national érigé à Bruxelles depuis 1990 et qui n’a aucune légitimité démocratique, faire disparaitre le monstre financier qu’est l’Euro et renvoyer à leurs chères études les Barnier de ce monde.
L’ayant détruit, il faudra sortir ensuite des organisations mondiales, ce qui n’ira pas sans mal…
"Vaste programme, monsieur, vaste programme" comme l’avait dit le Général à un homme qui lui avait dit "Mort aux cons, mon général"
Si nous n’y arrivons pas, il est tout à fait certain que dans la guerre des civilisations si bien entrevue par Huttington, nous allons être les perdants tant il est vrai que si peu de gens sont prêts aujourd’hui à mourir pour la France, personne et je dis bien personne n’est prêt à mourir pour l’Europe de Juncker.
Il ne faut pas que le lecteur se désespère, les peuples se réveillent : déjà nous avons eu le Brexit, suivi de la renaissance de l’empire Austro-Hongrois, les élections italiennes, avec l’Italie qui apparait à la veille de basculer en dehors de l’Euro, retrouvant de ce fait sa liberté et sa prospérité en récupérant sa souveraineté monétaire.
Rien n’est perdu, mais rien n’est gagné non plus.
Pour les placements, il ne faut encore une fois rien avoir qui dépende des états européens (obligations, banques compagnies d’assurance etc…) et n’avoir des actions que dans le secteur capitaliste du style Air Liquide ou l’Oréal.
 
Venons-en aux USA
Monsieur Trump a décidé très clairement d’être le Président des Américains et non pas des hommes de Davos (ils lui en veulent d’ailleurs beaucoup, ce qui semble le laisser totalement indiffèrent) et nous venons de le voir une fois encore lors de la réunion du G7 où il a envoyé paître notre cher Président ainsi que la chancelière allemande. Un G7 sans les Américains comme le voudrait monsieur a un nom et c’est la Commission Européenne à laquelle j’aimerais rappeler la phrase de Bismarck : "La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments".
Il faudrait que quelqu’un rappelle à monsieur Lemaire et à madame Merkel que la défense militaire de l’Europe est assurée par les USA et par eux seuls. Notons au passage que le Président US a demandé la réintégration de la Russie dans le G7, ce qui semble indiquer que le procureur Muller n’a pas grand-chose dans son dossier d’accusation contre le Président Trump et que les élections à venir en Novembre 2018 vont être bien difficiles pour les démocrates.
Acheter des obligations Russes, si vous le pouvez et aussi vite que vous le pouvez.
Conservez vos dollars et vos positions aux USA.
Achetez une résidence secondaire à Miami ou à Sébastopol.
 
Reste l’Asie
Les pays en Asie sont en train d’acquérir leur souveraineté financière, après cinquante ans de servage sous le joug du dollar (voir mes articles précédents sur le sujet), ce qui veut dire que leur croissance va rester très forte mais surtout que cette croissance ne sera pas interrompue par des crises financières chaque fois que le dollar monte.
On le voit très bien en ce moment où la Turquie, l’Argentine, le Brésil, l’Afrique du Sud etc… sont en train de se casser la figure alors que les pays d’Asie restent peu ou prou impavides.
Bourrez-vous d’Asie, obligations et actions tant il est vrai que ce qui baisse le moins dans une crise est ce qui montera le plus dans la reprise.
Et je n’ai aucune inquiétude à recommander l’Asie vis-à-vis de l’Europe.
Depuis le début de l’Euro, les bourses asiatiques ex Japon ont progressé dividendes et taux de changes pris en compte de 433 % alors que l’Europe est montée de 188 %
La vitesse de croisière de l’Asie est donc d’environ 7 % par an en performance annuelle moyenne, soit un doublement de votre capital tous les 10 ans.
La vitesse de l’Europe est un très poussif doublement tous les vingt ans soit 3,5 % par an.
Il faut être un peu demeuré pour préférer 3,5 % à 7 %, alors même que le risque géopolitique en Europe est immense et très faible en Asie.
Pourquoi cette différence de performance ?
C’est tout simple : nos gouvernements ne cessent de limiter non seulement nos seulement la vitesse sur les routes mais aussi nos capacités d’actions dans tous les domaines. Et donc la rentabilité du capital investi est beaucoup plus faible dans la zone Euro que partout ailleurs.
Et certains des lecteurs trouvent peut-être tout cela très bien.
Pas moi, quand il s’agit de gérer mon épargne.
Paru sur institutdeslibertes.org, 11 juin 2018

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