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GAVE Charles

GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

URL du site internet:

Les Etats-Unis deviennent...

Publié dans De par le monde
Les Etats-Unis deviennent isolationnistes
 
Une fois de plus, nous allons devoir réfléchir tous ensemble tant je suis loin d’être certain de bien comprendre les conséquences de ce que je suis en train d’écrire.
Le Président Trump vient de dire qu’il allait sortir de Syrie les 20 000 hommes de troupe américains qui s’y trouvent. Il parle aussi de faire revenir au pays au moins la moitié du contingent américain d’Afghanistan, ce qui déclenche une grosse panique chez les chauds partisans du complexe militaro industriel aux USA qui vont tout faire pour l’en empêcher. Mais ceci est une autre affaire.
Ce qui explique peut-être cette décision est l’annonce par les Russes qu’ils auraient mis au point des missiles naviguant à mach 10 et donc complètement 'inarrétables', ce qui veut dire en termes simples que tous les porte-avions américains sont maintenant susceptibles d’être détruits par les Russes en quelques minutes, ce qui ferait mauvais effet.
Et les Chinois qui testent le même genre d’armement ne seraient pas loin derrière.
 
La réalité est donc toute simple ; dans la course aux armements, les Etats-Unis, empêtrés dans des guerres territoriales où ils n’avaient rien à faire et où ils auraient dépensé environ 15 000 milliards de dollars sur les 15 dernières années (excusez du peu), ont laissé tomber la recherche sur les nouveaux armements et donc ne produisent plus les meilleures armes au monde, pour la première fois depuis 1941.
Ce qui fout en l’air toute la stratégie militaire des Etats-Unis qui a toujours été fondée sur une projection de force le plus loin possible des Etats-Unis par l’intermédiaire de ses flottes, toujours organisées autour d’un ou deux porte-avions entourés de bateaux qui les protègent et capables d’abattre tous les missiles qui se dirigeraient vers le porte-avion. Cette stratégie est obsolète, puisqu’aucun missile d’interception américain n’est capable d’arrêter les nouveaux engins Russes.
Conceptuellement, les Russes sont donc maintenant capables de lancer une attaque éclair de "première frappe" qui ne serait pas automatiquement nucléaire mais qui feraient disparaitre tous les points de représailles possibles, sauf les sous-marins, ce qui forcerait les Etats-Unis à faire monter le conflit aux extrêmes, comme le craignait René Girard dans son livre sur Clausewitz et serait un suicide collectif.
 
Devant ce qui est une nouvelle réalité, les autorités américaines ont le choix soit d’essayer d’établir des bases militaires sur le sol même des pays qu’elles veulent contrôler, ce qui est la recommandation des néo-conservateurs américains, soit de se replier le plus vite possible sur le territoire américain en abandonnant toute prétention à un empire, laissant le reste du monde se débrouiller tout seul et donc se défendre tout seul, ce qui semble bien être l’idée de monsieur Trump.
Et puisque la grande idée du Président US est de forcer les entreprises à produire aux Etats- Unis si elles veulent vendre aux Etats- Unis, plutôt que partout ailleurs, il ne voit pas très bien pourquoi il devrait protéger militairement les voies de communications qui permettent aux gens qui produisent ailleurs de vendre aux USA moins cher en bénéficiant de la protection de la flotte US dont ils ne payent pas les coûts. D’une certaine façon, protéger les voies de communication, c’est protéger les concurrents des Etats-Unis sans leur faire payer le cout de cette protection. Une idée que monsieur Trump a toujours trouvé bizarre. Et on ne peut pas lui en vouloir….
 
Si le lecteur accepte cette réalité, qu’est que cela veut dire pour nous, Européens ou Français ?
Essayons de comprendre, ce qui ne va pas être chose aisée.
Commençons par la Méditerranée qui était devenue un lac américain, avec la VIème flotte, basée à Naples, d’où l’on contrôle l’Est, l’Ouest et le Sud de la mare nostrum (Un porte- avions, le Truman, 40 bateaux, 175 avions embarqués, 20 000 hommes), des bases importantes en Turquie, une base anglaise à Chypre, des bases en Iraq et une en Syrie, en Territoire Kurde …). La protection de la flotte américaine aujourd’hui ne vaut plus tripette, la base en Syrie a fermé, les troupes américaines quittent ce pays, ce qui est une défaite incroyable pour leurs alliés Saoudiens et une victoire tout aussi étonnante pour les Russes, les autorités locales en Turquie font toutes sortes de difficultés quand les USA utilisent leurs bases dans ce pays. Reste l’Iraq, qui est bien loin et pas bien sûr. Quant à Israël, voilà un pays qui a d’autres chats à fouetter et où les USA n’ont pas de présence militaire.
Pour être réaliste, le Moyen-Orient est donc passé de fait sous le contrôle des Russes, à partir de Tartous et de Vladivostok en raison de la révolution technologique dans les armements à laquelle la Russie vient de parvenir.
Inutile de dire que monsieur Erdogan a compris de quel côté sa tartine était beurrée et qu’une nouvelle alliance Turco-Russe pour contrôler l’Iran et l’Europe se dessine à l’horizon, ce qui serait un peu le mariage de la carpe et du lapin et ressemblerait fâcheusement au pacte Ribbentrop -Molotov de sinistre mémoire.
 
Il me semble que l’on peut dire aujourd’hui que l’idée de l’ex Président Sarkozy que la France rejoigne le commandement militaire de l’Otan pendant son mandat sans rien obtenir en échange est de la même qualité que sa décision de ne pas respecter le vote des français et de nous imposer la Constitution Européenne rédigée par cet autre grand désastreux monsieur Giscard sous le nom de traité de Lisbonne.
La bonne nouvelle est que les marines nationales italiennes et françaises vont sans doute pouvoir faire la police au large de la Lybie sans avoir à en demander la permission aux USA, et donc contrôler les flux migratoires, ce qui leur était interdit par les US depuis longtemps, mais va peut-être être autorisé, aux Italiens en tout cas.
Hélas, l’Espagne gérée par le Mélenchon local reste grande ouverte, quoique Vox soit en train de monter en force.
Mais imaginer le Président Français donner cet ordre à la marine française implique un changement dans la compréhension du monde de monsieur Macron, ce qui n’est pas gagné d’avance compte tenu de la remarquable capacité du personnage à ne rien comprendre au monde réel. On pourrait dire de monsieur Macron ce que Raymond Aron disait de Giscard : "Un homme brillant (?), qui ne sait pas que l’Histoire est tragique"
 
Venons-en au Nord de l’Europe, beaucoup plus important.
Ayant perdu la maitrise des mers qui était la leur jusqu’il y a peu, les USA ont immédiatement dénoncé le traitement de limitations des armes nucléaires qui les liaient à la Russie et il ne pouvait pas en être autrement, puisqu’il leur faut rétablir des sites de missiles nucléaires mobiles sur terre et non plus sur mer.
Mais les autorités allemandes en la personne du ministre des affaires étrangères ne l’entendent pas de cette oreille et ont fait savoir que c’était hors de question. Donc, non seulement les allemands ne veulent pas payer pour leur défense mais ils ne veulent pas que cette défense soit organisée à partir de leur territoire et on les comprend. Et en plus, le gaz qui permet à leur industrie de tourner vient de … Russie.
Quant aux Anglais, ils ont pris la décision de quitter ce bateau qui coulait il y a déjà deux ans et voilà qui ne va pas les inciter à revenir.
Bref, la nouvelle donne stratégique va couper l’Europe en deux, entre ceux qui vont se dire autant être protégée par les Russes (les Allemands) et ceux qui voudront continuer à être protégés par les USA du style du groupe de Visegrad.
Et c’est peut-être à ce moment-là qu’il nous faut nous souvenir du mot de Lord Palmerston, le premier ministre Conservateur en Grande-Bretagne au XIX ème siècle : "Les Nations n’ont ni amis permanents, ni alliés permanents. Elles n’ont que des intérêts permanents qu’il appartient au gouvernement de défendre".
 
Jusqu’à maintenant, je n’ai fait qu’un état des lieux.
A partir de maintenant je vais faire des hypothèses et donc je vais passer des faits a des conjectures, ce qui veut dire que j’ai de bonnes chances de me tromper.
Si mon analyse est la bonne, quel est l’intérêt des USA aujourd’hui ? Avant tout, et dans la vieille tradition de la diplomatie britannique empêcher une alliance russo-germanique qui dominerait sans difficultés l’Europe. Comment empêcher ce qui semble inévitable à tout observateur de bon sens ? La réponse est : en se rapprochant à toute allure du groupe de Visegrad, résurrection moderne de l’empire austro-hongrois dont on oublie trop souvent qu’il comprenait l’Italie du Nord pendant très longtemps, et lui offrir la protection militaire dont les Allemands ne veulent plus. C’est ce que monsieur Trump a annoncé lors de son voyage en Pologne dans le discours qu’il a prononcé à Varsovie.
Et pour casser le libre passage de l’Allemagne au travers du groupe de Visegrad, le plus simple serait de casser l’euro, en se servant de l’Italie comme Cheval de Troie.
 
Pour faire bref, l’euro était utile aux Américains tant que les Allemands acceptaient les missiles américains sur leur territoire. Comme ils refusent de payer les USA pour leur défense, qu’ils refusent que l’on mette les nouveaux missiles sur leur territoire et qu’ils continuent à acheter le gaz russe, on peut vraiment se dire qu’aux yeux des hommes qui décident aux USA, l’Allemagne est en train de devenir un danger car l’alliance de l’Allemagne avec la Russie serait une vraie catastrophe qui forcerait les USA à quitter l’Europe aussi vite qu’ils vont quitter le Moyen-Orient.
Comme l’a écrit Kissinger dans son grand ouvrage, parfaitement rasoir d’ailleurs sur la diplomatie, "Pauvre Allemagne, trop petite pour le monde, et trop grande pour l’Europe". Pour les USA, il est sans doute nécessaire aujourd’hui de rappeler à l’Allemagne qu’elle est ‘trop petite pour le monde' une fois encore. Si donc l’Allemagne continue à refuser les conseils "amicaux" des États-Unis, la meilleure façon de la (re)mettre au tapis, c’est tout simplement de la ruiner, ce qui limiterait l’intérêt des Russes, en demandant aux Italiens de faire le sale boulot en sortant de l’euro, tout en collant les missiles en Pologne ou en Tchéquie de façon à casser le continuum territorial entre l’Allemagne et la Russie, au cas où….
 
Et où tout cela laisse t’il la diplomatie française, si tant est qu’une telle chose existât encore ?
Bonne question du lecteur qui y aurait pensé et à laquelle je n’ai pas de réponse. Jamais, et je dis bien, jamais, la diplomatie française n’a poursuivi avec tant de constance des chimères dont tout le monde -sauf elle- voit bien qu’elles sont complétement inadaptées à la situation actuelle de l’Europe et du monde. Reparler d’une communauté européenne de la défense (CED) qui a échoué ignominieusement en 1954, après un refus du parlement français, c’est vraiment du grand n’importe quoi…
Mais comment voulez-vous qu’un pays qui ne contrôle ni sa monnaie, ni son taux de change, ni son budget, ni ses frontières ni l’immigration qu’elle subit et qui est en état de cessation de paiement si la BCE cesse d’acheter des obligations françaises ait une diplomatie indépendante ? La diplomatie française est à peu près aussi crédible que celle du Venezuela ou du Zaïre.

Comme je ne cesse de l’écrire depuis trois ans, nous sommes en train de rentrer à toute allure dans des temps révolutionnaires et un proconsul nommé par la Commission Européenne est au pouvoir en France. Dans cette optique, les gilets jaunes sont peut-être le début de la révolte qui permettra à la France de retrouver son indépendance et donc à terme une diplomatie, une vraie. Le chemin sera long et difficile, mais nous en avons vu d’autres.
"Allez la France, allez", comme on dit au Rugby, sport que monsieur Macron n’a jamais pratiqué.
La France est aujourd’hui sur les ronds-points et nulle part ailleurs, comme elle était à Londres en 1940.

Paru sur institutdeslibertes.org, 7 janvier 2019

Une colère populaire logique

Publié dans Du côté des élites
Gilets Jaunes : les raisons d’une colère populaire parfaitement logique
 
Je suis toujours complétement abasourdi par l’aveuglement de ceux qui prétendent nous diriger. Il m’arrive de penser que dans le fond, ils n’ont aucune compréhension des notions économiques de base qui devraient guider leurs actions et pour en faire la démonstration, je vais prendre l’exemple de la révolte des gilets jaunes qui semble se propager un peu comme les feux de tourbe autrefois, disparaissant ici pour réapparaitre un peu plus loin et ainsi de suite.
 
Je vais commencer par la notion de valeur qui est centrale à toute compréhension économique.
Je choisis souvent l’exemple de l’aigue-marine que ma mère portait sur sa main gauche. Cette aigue-marine n’avait pas grande valeur "marchande" mais pour moi elle avait une valeur infinie et donc elle n’avait pas de prix. La valeur est ainsi une notion purement subjective.
Ce qui m’amène à ma deuxième notion le passage de la valeur subjective à un prix objectif.
D’ici quelques dizaines d’année plus aucune personne vivante n’aura connu ma mère et cette bague, à la faveur d’un héritage ou d’un partage retrouvera un prix et changera de main, si j’ose dire. Et à cette occasion, prix et valeur seront équivalents pendant un très court instant, avant que de se séparer à nouveau, si cette bague orne une autre main qui sera vénérée par un autre fils.
Mais la chose importante dont il faut se souvenir, c’est qu’il y a des infinités de valeur qui se baladent dans le monde des hommes et qu’un objet ou un service peut changer de main soit par un troc soit par un échange d’argent contre objet et c’est cette deuxième transaction qui détermine le prix. Et, la chose phénoménale, est que de la fixation de ce prix si elle est libre nait une intense satisfaction pour les deux parties. Ce n’est pas la transaction qui crée de la valeur, c’est le fait que les deux parties soient libres. En fait un échange consenti librement entre deux parties accroit le bonheur général.
 
Milton Friedman disait toujours que la seule différence entre l’homme et l’animal était que l’homme était la seule créature à pratiquer l’échange volontaire et que c’était de ces échanges consentis librement que venait la civilisation. J’aimerai rajouter quelque chose à cette brillante idée : la recherche de l’échange gagnant-gagnant semble être une caractéristique plus féminine que masculine.
Laissez quelques petites filles dans une pièce et revenez quelques temps après, elles seront sans doute en train de jouer à la marchande alors que des garçons seront en train de se taper dessus. Il semble bien donc que la prise en compte de "valeurs" précédant la recherche d’un "prix" soit une caractéristique plus féminine que masculine et j’y reviendrai un peu plus bas.
 
Si donc, il est vrai qu’un nombre très important de femmes aient été présentes parmi les gilets jaunes, cela semble indiquer que la politique de monsieur Macron et de son gouvernement heurte beaucoup plus de valeurs "féminines" que la plupart des autres politiques débiles suivies par les gouvernements précédents et qui semblaient laisser les femmes de marbre.
Il va me falloir expliquer cette émergence de la colère féminine, et pour cela je vais en revenir encore une fois à des notions que tout un chacun devrait connaitre mais que nos élites semblent ignorer complétement.
 
Prenons une transaction de base monétaire argent contre service ou argent contre bien, qui permet la détermination d’un prix.
Si je suis celui qui achète, la question devient : comment se procurer l’argent qui va me permettre d’acquérir ce dont j’ai envie ? La réponse pour 95 % des gens au moins est : par mon travail d’aujourd’hui ou par mon travail du passé (mon épargne).  J’exclus le vol à ce point du raisonnement.
Ce qui me permet d’en venir à une seconde notion, celle de revenu qui limite mes dépenses dans le temps. Et tout un chacun sait que, et les revenus du travail et les revenus de l’épargne (taux d’intérêts zéro) ont baissé depuis une quinzaine d’années et que ce fut le résultat d’une politique menée aussi bien par la gauche que par la droite dans les pays du sud pour défendre le saugrenu Euro.
Or tous les économistes savent ou devraient savoir que ce qui compte pour la satisfaction des gens, ce n’est pas leur niveau de revenu relatif ou absolu mais que leur revenu à chacun d’entre eux croisse au travers du temps.
S’il il y a une hausse du revenu tout va bien, stagnation, la grogne s’installe, baisse la fureur gronde.
Depuis des années, le niveau stagnait.
Depuis l’arrivée de monsieur Macron au pouvoir, il baisse puisque toutes les mesures prises par le nouveau Président sont basées sur la conviction qu’il faut que le revenu moyen du français de base, baisse…  Et, c’est ce que le groupe de bobos qui l’entoure appellent "réformer". Réformer serait suivre une politique qui permette au revenu moyen de monter, mais pour cela il faut avoir du courage puisqu’il faut s’opposer aux puissants et non pas taper sur les faibles.
Qui sème le vent récolte la tempête… Même la sagesse populaire connait cette réalité
 
Poussons plus loin notre analyse du revenu.
Quiconque a des revenus limités sait qu’une grande partie de l’argent qu’il gagne devra être consacré à des tas de choses qui n’amusent personne et surtout pas celui qui paye : citons au hasard loyer, assurance, impôts, dépenses de nourriture, écoles des enfants, remboursement des emprunts…
Tant et si bien que les économistes calculent quelque chose qui s’appelle "revenu après dépenses obligatoires".
Et pour la plupart des gens, c’est l’évolution de ce revenu-là qui compte et pour une raison très simple que j’ai expliquée dans la première partie : c’est de l’échange de ce revenu-là contre des biens et des services acquis auprès de tierces personnes que vont venir les satisfactions.
Et donc, si le revenu général stagne, toute augmentation des dépenses obligatoires (qui ne procurent aucune satisfaction) amènera à une baisse des dépenses amusantes. Si en plus le revenu baisse, se déclenchera une considérable et bien compréhensible fureur de la victime.
Prenons un exemple : un travailleur qui gagnerait 1500 Euros par mois et qui devrait consacrer 80 % de ses dépenses à des achats forcés, dont 10 % pour le chauffage de sa maison et le prix de son carburant pour se rendre à son travail.
Tout compte fait, il lui reste 300 Euros par mois pour faire des dépenses qui l’amusent (aller voir jouer le BO à Aguilera, par exemple), ce qui n’est pas beaucoup surtout si l’on sait qu’il “coute” en fait 3 000 Euros à son employeur en frais réels.
Imaginons qu’un gouvernement de comptables décide de faire monter le prix de l’énergie de 50 % en quelques années pour des raisons de nature magique, comme le fait que la terre serait en train de rentrer dans une ère glaciaire….
A la place d’avoir 300 Euros pour enfin dépenser son argent comme cela lui plait, notre employé n’en a plus que 250 ce qui veut dire un effondrement de 16.66 % de son niveau de satisfaction, ce qui est gigantesque.
 
Et du coup, il passe un gilet jaune et j’en ferai autant et voici pourquoi : autrefois, le serf se définissait comme celui qui n’avait pas le droit de bouger, il était attaché à sa terre. Ne pas pouvoir bouger, c’est donc être un serf.
Augmenter le prix de l’énergie c’est donc ramener au servage des millions de gens (le grand rêve des écolos). Or Jacques Bonhomme n’a pas du tout envie de redevenir serf. Et que fait Jacques Bonhomme quand il n’est pas content ? Une bonne Jacquerie.
En fait, nous sommes donc en train de connaitre la première grande Jacquerie contre la pensée dominante écologique qui comme chacun le voit entrainera inéluctablement la réapparition du servage en France aboli pourtant depuis des siècles.
 
Mais venons en à la présence des femmes dans ce gigantesque happening
Et ici, je vais utiliser la pensée d’un homme prodigieux qui est apparu sur la scène médiatique il y a environ trois ans, un Canadien du nom de Jordan Peterson, professeur de psychologie à l’Université de Toronto et dont les vidéos sur You Tube ont été vues par des dizaines de millions de personnes.
Pour ceux qui comprennent
l’anglais, précipitez-vous et écoutez, c’est incroyable de qualité.
Que dit-il des différences entre homme et femme ? qu’elles sont réelles et profondes.
A ce sujet, il cite souvent l’exemple de la Suède, le pays qui depuis un siècle a le plus fait pour qu’il n’y ait aucune différence dans l’éducation entre les garçons et les filles, ce qu’il trouve très bien.
Et pourtant c’est le pays ou les choix de profession entre les deux groupes sont les plus fortement différenciés en fonction de deux sexes. Pour faire simple, les filles vont dans l’éducation et la médecine, les garçons dans l’informatique ou deviennent ingénieurs, ce qui est complétement contraire aux attentes des féministes.
Son explication ?
 
Les femmes s’intéressent aux gens, les hommes aux choses, et c’est une réalité qui est visible dans toutes les batteries de tests qui ont été mises au point dans les cinquante dernières années, au point que l’on peut considérer qu’il s’agit-là d’une vérité scientifique. Rendre les femmes plus libres les amène à choisir ce qu’elles préfèrent et encore une fois en tant que libéral, je ne peux qu’approuver des choix faits librement.
Et du coup, les femmes dans la réalité peuplent les associations caritatives et seront volontaires pour s’occuper des crèches, des plus anciens, des handicapés, de faire le catéchisme, d’aider dans les refuges d’animaux etc… et encore une fois cela est démontrable statistiquement par les grands nombres, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de femme ingénieur ou programmeur ou d’homme infirmier.
Revenons à mon individu qui gagne 1500 Euros par mois et supposons cette fois ci qu’il s’agisse d’une femme.
Si le prix de l’énergie monte, cela n’aura aucune influence sur la billetterie du BO puisque de toutes façons, elle n’allait pas au match, mais cela l’empêchera d’aller visiter une prison ou de s’occuper d’enfants autistes. Or, c’est de là qu’elle tirait toute sa satisfaction. Elle ne redevient pas serve : elle doit abandonner en fait ce qui donne un sens à sa vie et qui fait que notre société est moins dure pour les plus faibles.
 
Ce dévouement au secteur non marchand d’une part importante de la population est ce qui rend nos sociétés viables. Et ces actions nécessitent que toutes ces personnes de bonnes volontés bougent pour aller à la rencontre de tous ces malheurs individuels.
Augmenter le prix de l’énergie, c’est forcer les femmes à abandonner des gens qui sont déjà complètement seuls.
Peut-on imaginer une pire saloperie de la part des autorités ? Et tout cela parce que ces activités ne sont visibles nulle part dans les calculs du PIB !  Mais on s’en fout du PIB à la fin ! Combien de gens sont morts pour défendre un PIB ? En fait, et comme je l’ai écrit dans le passé en citant Shakespeare "Il y a beaucoup plus de chose dans le monde, mon cher Iago, que ne l’imagine ta philosophie".
 
Nos gouvernements ne connaissent que ce qui peut être mesuré. Nous sommes gouvernés par des gens qui confondent un plan comptable avec la Bible et les 10 commandements avec les Ukases de la Commission de Bruxelles.
Et j’ai envie de citer la phrase de Fouché commentant l’exécution du Duc d’Enghien à propos de l’augmentation du prix de l’énergie "Cela est pire qu’un crime, c’est une faute".

Paru sur institutdeslibertes.org, 25 novembre 2018

Guerre commerciale Chine/USA

Publié dans De par le monde
Guerre Commerciale Chine/ Etats-Unis
 
Si je devais résumer les articles que j’ai lu depuis que la "guerre commerciale" a commencé entre les Etats-Unis et la Chine, il me faudrait utiliser la célèbre formule que d’aucuns ont attribué au Maréchal de Mc Mahon : "Hier, nous étions au bord du gouffre, aujourd’hui nous avons fait un grand pas en avant".
A lire tous ces braves plumitifs dont l’incompétence ne le dispute qu’à la suffisance, nous serions au bord de la catastrophe, l’économie Chinoise va s’effondrer, le retour de la grande dépression est imminent et d’ici peu, il va falloir se balader en bicyclette et en robes de bure, chaussées de brodequins de chrétiens de gauche et claquant des dents sous la bise glaciale qui ne va pas manquer de se lever. Nous serons à la fois pauvres et laids. Curieusement, ce sont les mêmes qui nous disent depuis des lustres que la surpopulation entrainera la pénurie et que nous allons devoir nous promener à bicyclette etc… si nous ne sacrifions pas immédiatement à la déesse Gaia. J’imagine que dans le premier cas, ils pensent qu’eux aussi devront circuler à vélo à la place de se balader dans le second cas en voiture officielle bien chauffée, mais je suis peut-être injuste en pensant que ce qui les affole serait de se retrouver avec les gens du peuple, dont ils parlent beaucoup mais qu’ils n’ont jamais rencontré. Il est étrange de constater que ceux qui adorent l’Humanité détestent le peuple.
 
A mon humble avis, ces bienfaiteurs de l’humanité sous estiment gravement la capacité des Chinois à se préparer à ce qui leur apparaissait comme inévitable, c’est-à-dire un mouvement vers le protectionnisme de la part des Américains. Car en fait, les autorités de l’Empire du Milieu se préparent depuis dix ans au moins à cette éventualité et sont tout sauf surpris, car depuis 2008 au moins, ils organisent avec beaucoup de soin ce que j’ai appelé dans nombre d’articles "la dédollarisation de l’Asie"
Je m’explique.
 
Pourquoi 2008 ? Parce que c’est le moment ou les Chinois se sont rendus compte que nos banquiers centraux étaient des plaisantins dont le seul but était de demander au bourreau "encore cinq minutes" puisqu’ils n’hésitaient pas à foutre en l’air leur monnaie plutôt que de forcer les politiciens à s’attaquer aux réformes de fond. Inutile de dire que la crise de l’Euro de 2012 et les "solutions apportées", qui consistaient à ruiner les épargnants pour permettre le financement à fonds perdus des Etats sociaux-démocrates les a renforcés dans cette conviction. Leur impression très nette fût que nous étions devenus incapables de "boire la soupe amère" (que l’on boit après une cuite) pour utiliser leur expression ce qui veut dire que nous serions devenus incapables de nous imposer la moindre contrainte, aussi temporaire et légère serait-elle.
 
Car qu’ont-ils vu en 2008 ? Alors que tout le commerce inter-asiatique se passait exclusivement en dollar, d’un seul coup, après la faillite de Lehmann-Brothers, il devint impossible de trouver le moindre dollar sur le marché des changes et importations et exportations asiatiques s’écroulèrent pour la simple raison que le numéraire (le dollar) n’était pas disponible. Et pourquoi ? Parce que les grandes banques françaises financent ce commerce international, ce qu’elles font en empruntant de l’argent à New-York pour le prêter en Asie. Et pendant quelques mois, le banques françaises et étrangères ne purent plus emprunter du tout à NY.
Et depuis, les autorités chinoises se baladent partout en demandant aux Coréens, Taiwanais et autres, pourquoi diable facturez-vous vos clients étrangers en dollar ? Ce à quoi lesdits Taiwanais et Coréens répondent que la volatilité de leurs monnaies était trop forte, les mouvements de change trop importants, ce qui leur faisait courir des risques qu’ils ne pouvaient prendre. Qu’à cela ne tienne, répondirent les Chinois, que chacun s’occupe de la volatilité de sa propre monnaie vis-à-vis du Yuan et nous nous occuperons du reste !  Après tout si chacun maintient sa monnaie vis-à-vis du Yuan dans des limites étroites, tout le monde sera stable.
Et ce que l’on voit apparaitre après 10 ans, c’est un très joli serpent monétaire du style de celui que l’on avait en Europe avant l’introduction du détestable Euro. Et du coup, tout le monde peut faire du commerce dans sa monnaie nationale, celui qui serait en déficit pouvant se faire financer sans difficultés par la banque centrale Chinoise ou par les nouvelles institutions internationales créées par les autorités chinoises dont je vais parler maintenant.
 
Car les autorités chinoises ont créés  il y a quelques temps un nouveau FMI et une nouvelle banque mondiale dont ils offrirent une part du capital à tous les pays qui le voulaient bien, non seulement en Asie,  mais partout ailleurs, ce que la Grande-Bretagne s’empressa d’accepter, mais pas le Japon… Et du coup, si un pays a un problème, le nouveau FMI s’en occupera et si un autre a besoin de capitaux a long terme, la nouvelle banque mondiale sera très heureuse de fournir des prêts à long terme, en Yuan …
 
Continuons
Pour prévenir un ralentissement à craindre si les USA devenaient protectionnistes, quoi de plus normal que de préparer des listes de grands travaux à effectuer dans tous les pays d’Asie dans le cadre des nouvelles "routes de la soie" qui relieront tous ces pays à … la Chine, tant il est vrai qu’il n’existe pas d’empire sans que toutes les routes ne mènent à Rome.
Hélas, la Chine reste très dépendante et du pétrole et du dollar, puisqu’il lui faut payer ce pétrole en dollars…
 
Qu’à cela ne tienne, Xi et Poutine ont passé des accords selon lesquels la Russie fournira de plus en plus de pétrole et de gaz à la Chine, la Chine finançant les pipelines, et ce pétrole sera payable en yuan et non plus en dollars, ce qui change tout. Il devient en effet beaucoup moins indispensable pour la Chine de gagner des dollars puisqu’elle peut acheter tout ou partie de son énergie en yuan…
Oui mais voilà, du coup la Russie va se retrouver avec plein de yuan, dont elle ne saura pas trop quoi faire…
Aucun problème, la Chine a ouvert au début de cette année un marché àterme du pétrole, non pas en dollar comme tous les autres marchés à terme de l’or noir, mais en Yuan, ce qui permettra à tous ceux qui passeraient des contrats à long-terme avec la Chine de se couvrir sans difficultés, sans passer à aucun moment par le dollar et sans risque donc de tomber sous le joug des lois américaines, qui ont une fâcheuse tendance à s’appliquer de plus en plus aux non-américains.
Et si la Russie a encore trop de Yuans après s’être couverte, la Chine semble prête à convertir ces yuans en …or et pour ce faire stabilise sans doute le cours de l’or en Yuan qui a été extraordinairement stable depuis deux ans. Chaque fois que l’once d’or passe en dessous de 8200 yuans par once "quelqu’un" achète de l’or et ce quelqu’un est très probablement la banque centrale Chinoise. Tout se passe comme si la Chine garantissait que le prix de l’or ne sera pas autorisé à baisser en dessous de 8200 y, ce qui donne une garantie de stabilité à tous les détenteurs de yuans.
Bien entendu, tout cela pourrait être le fruit du hasard, mais je n’en crois pas un mot.
Les Chinois savaient depuis longtemps qu’un conflit commercial était inévitable avec les USA et ils ont soigneusement préparé le terrain.
 
Qu’est que tout cela veut dire en termes de placements ?
Voilà qui est simple.
La plupart des observateurs scrutent le cours du yuan vis-à-vis du dollar tous les jours et en tirent toutes sortes de conclusions qui n’ont aucun intérêt. La seule chose qui compte pour la Chine est la stabilité des monnaies asiatiques vis-à-vis du yuan. En aucun cas, il ne faut que la monnaie chinoise dévalue contre les autres monnaies asiatiques, puisque cela les rendrait moins compétitifs et les affaiblirait. La Chine a sans aucun doute décidé de passer par pertes et profits ses excédents avec USA, qui ont sans doute duré plus longtemps qu’ils ne l’espéraient et vont s’attacher à organiser LEUR zone.
Et comme tous ces pays vendent plus à la Chine qu’aux USA (dans un rapport de 3 à 1) et que le taux de croissance des exportations asiatiques vers la Chine est le double du taux de croissance des exportations asiatiques vers les USA, le lecteur comprendra sans peine pourquoi ces pays savent de quel côté leur tartine est beurrée… et écoutent avec beaucoup de soin ce que leur dit l’oncle Xi.
Qui plus est, dans le passé, quand le dollar montait, comme tous les emprunts locaux avaient été effectués en dollar, la région s’appauvrissait et les bourses locales baissaient. Et quand le dollar baissait, tout montait.
Et comme le dollar est monté cette année, tout le monde a vendu avec abandon l’Asie, ce qui était sans doute une erreur en raison des préparatifs de la Chine dont peu de gens ont perçu l’importance.
Et donc, à mon avis, cette baisse récente constitue une occasion d’achat, non pas simplement sur la bourse chinoise (qui n’est pas chère) mais aussi sur toutes les autres bourses asiatiques qui pèteront à la hausse le jour où les marchés se rendront compte que l’Asie est devenue indépendante du dollar.
 
Quand cela se produira-t-il ? Aucune idée. Je n’ai jamais eu le moindre sens du "timing" et, en plus de quarante ans de carrière je n’ai jamais acheté le jour du plus bas ni vendu le jour du plus haut. Mais 10 ans après, cela n’avait plus aucune importance.
Aussi, je pense en toute honnêteté que le meilleur portefeuille pour les années qui viennent sera constitué par des positions qui seront 50 % en obligations longues de l’état Chinois et 50 % d’actions dans la zone Asie Ex Japon.
Et demander à quelqu’un comme la HSBC de vous le constituer ne doit pas être au-dessus des capacités d’une banque dont le siège est à Hong-Kong/Londres (après avoir été à Shanghai).
Et je signale immédiatement aux râleurs de services (si, si, il y en a parmi les lecteurs de l’IDL) que je ne toucherai aucune commission de cette vieille institution dont l’origine remonte au trafic de l’opium au XIX -ème siècle, ce qui rassurera tout un chacun sur sa solidité financière, et qu’en tout état de cause, comme tout un chacun, je peux me tromper et que les fonds propres de l’IDL seront insuffisants pour compenser leurs pertes.
Parr contre, ils peuvent être certains que s’ils perdent, je perdrais sans aucun doute autant qu’eux.

Paru sur institutdeslibertes.org, octobre 2018

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