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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Retour sur la question du voile

Publié dans A tout un chacun
Retour sur la question du voile
 
Des mères voilées accompagnant des enfants lors de sorties scolaires, un gouvernement divisé sur la manière de réagir, un élu RN demandant la sortie d’une femme voilée présente au conseil régional de Bourgogne, et voici la question du voile à nouveau sur le devant de la scène. Et à nouveau, notre impuissance à endiguer la visibilité de plus en plus étendue et revendicative de l’islam en France est patente.
C’est une vieille affaire puisqu’elle remonte à trente ans, à l’automne 1989 précisément, avec l’exclusion du collège de Creil de deux élèves musulmanes qui avaient refusé d’enlever leur voile. Il faudra attendre 2004 pour que l’État légifère et interdise à l’école publique tout signe manifestant ostensiblement une appartenance religieuse, visant donc aussi bien le christianisme et le judaïsme (pourtant l’un et l’autre étrangers à tout problème) que l’islam. Il y a eu ensuite la loi anti-burqa de 2010… mais tout cet arsenal semble finalement peu efficace (1).
Certes, il faut reconnaître que le juste traitement de l’islam dans un pays de tradition chrétienne et démocratique, dès lors où il atteint certaines proportions, est tout sauf simple. Mais peut-être éviterait-on au moins les échecs les plus cuisants si nous commencions par prendre la mesure de ce qu’est réellement l’islam, sans nullement chercher à le diaboliser, mais sans l’irénisme non plus qui caractérise la vision de ceux qui légifèrent à côté de la plaque depuis trente ans et plus.
 
Connaître l’islam
Fondamentalement, l’islam n’est pas une "religion" au sens où nous l’entendons pour le christianisme (2) : il est plus que cela, ne connaît pas la distinction du temporel et du spirituel ("Rendez à César… ") et, par la charia, englobe tous les aspects de la vie des musulmans (culturels, sociaux, moraux…). Minoritaires dans une société aux valeurs affirmées, ils se plient aux lois, respectent la fermeté appuyée sur une force juste. Mais lorsque leur nombre augmente, au point de devenir majoritaires dans certains quartiers, et que le tissu d’accueil est lui-même en déliquescence, incapable de proposer une alternative à leur communautarisme, alors ils revendiquent toujours plus ce que commande la charia. L’islam s’étend d’abord par la pratique des mœurs qu’il impose.
C’est dans ce contexte qu’il faut appréhender la question du voile. Évidemment, pour beaucoup de celles qui le portent, il est plus qu’un vêtement, le signe bien visible et revendiqué de l’appartenance à l’Oumma. Et pour nombre d’entre elles, sans doute l’ont-elles choisi ou accepté librement. Mais, dans ce milieu communautariste fermé, quelle liberté pour celles qui ne veulent pas le porter ? De même, plus généralement et plus gravement encore, quelle liberté pour les musulmans qui veulent s’émanciper de l’islam, le quitter, se convertir au christianisme ?
 
L’interprétation du Coran
Là est le vrai problème qui a sa source dans le Coran lui-même : c’est le Coran qui contient des versets appelant à la violence contre les juifs et les chrétiens, qui leur impose le statut de dhimmi, qui relègue la femme à un statut inférieur… Le voile est ici certes très symbolique mais somme toute secondaire, il agit comme un effet d’une situation non maîtrisée, mais il n’en est pas la cause. Il est au demeurant paradoxal que l’État veuille, d’un côté, empêcher les femmes de se voiler et, d’un autre, permette qu’elles se dénudent sous nos yeux dans des campagnes publicitaires qui la ramènent au rang de vulgaire objet de plaisir.
Il est enfin absurde, en raison du problème spécifique que pose l’islam, de mettre toutes les religions sur le même plan, d’ignorer le rôle historique du christianisme en Europe et d’avoir une vision quelque peu sectaire de la laïcité en interdisant tout signe religieux dans l’espace public, comme si les religions, a priori suspectes, n’avaient aucune dimension sociale. Faudra-t-il interdire demain aux religieuses de sortir dans la rue en habit ?
L’islam est confronté à un problème qui exige des musulmans le courage de voir la réalité en face, sans esquive, et d’affronter la question fondamentale de l’interprétation du Coran, seule façon de réformer leur religion et de lui permettre d’être "intégrable" dans nos sociétés occidentales. Nier les difficultés intrinsèques à l’islam empêche cette réforme nécessaire et n’aide pas les musulmans courageux qui y travaillent.
Mais cela n’est pas suffisant si nous-mêmes ne nous réformons pas aussi : si nous n’avons à offrir aux musulmans qu’une société matérialiste, consumériste et sans Dieu, reniant ses propres racines, sa culture et déconstruisant un à un tous les repères anthropologiques les plus attestés, alors pourquoi feraient-ils l’effort de se réformer eux-mêmes ?

(1) En France, la loi réglait le cas de la burqa ou du voile intégral avant même la loi de 2010, puisqu’il est interdit d’avoir le visage masqué dans l’espace public, il suffisait de faire respecter cette loi.
(2) Cf. Annie Laurent, L’islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), Artège, 2017.

Paru dans La Nef, éditorial, novembre 2019

PMA et déréglementation

Publié dans A tout un chacun
PMA et déréglementation
 
La loi bioéthique qui se profile à l’horizon laisse augurer le pire, non seulement en autorisant la "PMA pour toutes", mais aussi en ce qui touche la précarité de l’embryon. La façon dont on n’a tenu aucun compte des états généraux de la bioéthique et la mascarade que furent les auditions parlementaires montrent que le pouvoir n’avait aucun souci réel d’un véritable débat, mais était d’emblée acquis à toutes les nouvelles transgressions. Il s’agit là, plus encore que pour le "mariage pour tous", d’un enjeu de civilisation primordial, bien plus essentiel que les habituels sujets politiques.
Certes, sans doute peu de nos concitoyens ont conscience de l’aspect crucial de ces enjeux – com­ment le pourraient-ils quand l’immense majorité de la classe politique tient ces questions pour secondaires et ne relevant que de l’appréciation personnelle ? Mais cela ne nous donne que plus de responsabilités, à nous chrétiens et hommes de bonne volonté, de dire haut et fort notre ferme et totale opposition à cette loi délétère, et de le manifester légalement de toutes les façons possibles. Et comme le disait justement Mgr Aupetit, même si cela n’empêche pas l’adoption de la loi, nous travaillons ainsi pour l’avenir, en montrant que tous n’ont pas avalisé cette triste dérive et en fournissant les arguments qui, tôt ou tard, feront prendre conscience des graves erreurs commises, contre l’enfant et contre la vie notamment.
 
Le principe de précaution bafoué
Il est au demeurant absurde de constater combien le "principe de précaution", mis en avant aujourd’hui à tout propos, est ici totalement ignoré. Admettons que le besoin d’un père et d’une mère pour un enfant ne soit pas une certitude de bon sens ; ce qui est certain, en revanche, c’est que la proposition inverse, à savoir qu’un enfant peut sans conséquence dommageable se passer de père (ou de mère), et donc avoir deux mères ou deux pères, n’a jamais été corroborée : le principe de précaution devrait donc jouer ici en faveur de la protection de l’enfant, à savoir tout faire pour lui préserver une mère et un père. Mais, en l’occurrence, nos législateurs et ceux qui les soutiennent se moquent totalement de ce risque, seul importe la volonté d’adultes qui doivent pouvoir satisfaire leur désir d’enfant quoi qu’il en coûte, même au détriment de l’enfant lui-même – comme s’il y avait un "droit à l’enfant" qui supplante ici le "droit de l’enfant" !
Cette affaire est révélatrice de l’égoïsme foncier qui habite ce système qui place le désir des adultes (ayant une influence électorale) avant l’intérêt fondamental de l’enfant (qui n’a aucune possibilité de s’exprimer et de se défendre) – encore une fois, même si cet intérêt peut prêter à discussion, le principe de précaution joue sans aucun doute possible en faveur de la structure familiale basée sur le père et la mère.
 
L’influence de l’idéologie libérale
Il serait temps de comprendre que cet état d’esprit égoïste, aujourd’hui fortement répandu, est la conséquence de l’emprise du libéralisme sur tous les pans de la société et finalement sur toutes les dimensions de la vie. Depuis les années 1980, la tendance dominante est à la déréglementation, laquelle s’est d’abord manifestée en économie sous l’égide de l’école libérale néoclassique. À une époque où l’État-providence et le socialisme rampant prenaient une dimension quelque peu ubuesque, sans doute était-il légitime de vouloir libérer les énergies créatrices d’un réel carcan bureaucratique. Le problème est que la chute du communisme a supprimé le principal adversaire du libéralisme qui, un temps dégagé d’une puissante opposition, a laissé son hubris naturelle suivre sa pente et toucher tous les domaines. Ainsi la déréglementation s’est-elle progressivement généralisée, favorisée par la mondialisation (et son obsession de la concurrence) qui a connu dans le même temps une rapide expansion.
Partie de l’économie, l’idéologie de la déréglementation a fini par toucher tous les secteurs de la société, depuis le social jusqu’à ce que l’on nomme les "questions sociétales". Et ce au nom d’une liberté abstraite ayant toujours de nouveaux bastions à conquérir et d’une égalité à étendre indéfiniment, le vecteur inépuisable de cette double revendication étant les "droits de l’homme" en vertigineuse augmentation et ainsi vidés de toute substance. Le politique, mis sous tutelle par l’économie, tombé en déliquescence, sans plus aucune notion du bien commun et même du bien tout court, n’avait plus les moyens de s’opposer à ce mouvement intronisant le business – l’argent ! – à tous les niveaux de l’activité humaine.
Rétablir la primauté du politique – et donc lui redonner le pouvoir réel (alors qu’il réside aujourd’hui dans les hautes et opaques sphères économiques) – est nécessaire pour redonner vie et sens à la démocratie. Sans doute en sommes-nous encore loin aujourd’hui. On peut toutefois y contribuer en manifestant massivement notre opposition à cette loi bioéthique mortifère, en étant tous à Paris le 6 octobre avec le collectif "Marchons enfants !".

Paru dans La Nef, octobre 2019

Le retour de l’ordre moral

Publié dans A tout un chacun
Le retour de l’ordre moral
 
S’il est une chose du passé honnie c’est bien la notion d’ "ordre moral", ordre moral qui a certes eu ses incontestables travers sous la domination bourgeoise du XIXe siècle, mais qui n’a pas non plus été la caricature que l’on en a faite a posteriori, comme pour mieux se persuader qu’aujourd’hui est forcément toujours mieux qu’hier ! Ce qui est risible, c’est que nos bien-pensants si réfractaires à l’ "ordre moral" sont parvenus, sous couvert de "progrès" et d’ "ouverture", à imposer un nouvel ordre moral plus étouffant encore que celui qu’ils dénoncent avec fougue et sans doute sincérité.
Un moralisme envahissant sévit désormais partout, il pourchasse, stigmatise et élimine avec une impitoyable rigueur toute pensée déviante selon une vision manichéenne du bien et du mal. Le dogme sacré de cette morale est l’égalité et son corollaire, la lutte contre toutes les discriminations, sans distinction de celles qui pourraient être légitimes, nécessaires ou naturelles. Et tous les opposants au dogme nouveau sont forcément des malades victimes d’une "phobie", avec lesquels on ne discute pas et que l’on "criminalise" avec des lois ad hoc.
 
La "PMA pour toutes" : un cas d’école
Nous en avons eu un cas d’école cet été avec le projet du gouvernement d’instituer la "PMA pour toutes" : il n’y a pas de débat possible ; on a beau rappeler que la médecine n’a pas pour fin d’établir l’égalité, mais de guérir et soulager des malades, rien n’y fait, s’y opposer relève nécessairement de l’homophobie. Ce moralisme prend aussi parfois un tour amusant et ridicule lorsque les néo-féministes en viennent à réclamer la fin des hôtesses sur les podiums du Tour de France en tant que "tradition sexiste".
D’une façon plus générale, le contenu de la nouvelle morale est simple et tourne autour de quelques sujets obsessionnels :
– Les "avancées" sociétales comme autant de nouveaux droits de l’homme : reconnaissance de la théorie du genre (et donc de la liberté de décider de son genre), du "mariage" entre personnes de même sexe, de la PMA et GPA pour tous (avec l’eugénisme et la marchandisation de l’enfant qui les accompagnent), de l’euthanasie, sans parler d’"acquis" plus anciens comme l’avortement, plus intouchable à mesure qu’il s’étend.
– Le multiculturalisme avec l’effacement des frontières et des nations, l’immigration massive, avec l’islam qu’il importe, étant regardé comme un bienfait, ainsi que la mondialisation qui s’opère sous l’égide d’un libéralisme débridé (financier notamment) qui ne supporte aucune limite (cf. le CETA).
– Ajoutons la religion du climat (étrangère à l’écologie véritable contraire au modèle consumériste actuel) qui a trouvé en Greta Thunberg, l’ado déguisée en fillette, sa nouvelle prophétesse devant laquelle les grands de ce monde s’inclinent ridiculement ! Son message culpabilisant répand la peur, sentiment habituellement fustigé comme le signe d’un esprit fermé, mais qui devient soudainement raisonnable lorsqu’il s’agit du climat.
Sur ces thèmes, la police de la pensée – le camp du bien – impose un politiquement correct d’une extrême virulence qui verrouille tout débat, toute prise de position contraire à ses dogmes – le camp du mal – étant immédiatement taxée d’homophobie, de machisme, de racisme, d’islamophobie, de populisme… discréditant les récalcitrants et les rejetant en dehors du débat public.
 
Un ordre moral inversé
C’est bien un retour à un "ordre moral" auquel nous assistons, sauf que cet ordre-là a été comme inversé : on relativise désormais ce qui n’était pas discutable (Dieu, la vie, la nature, le bien commun et même la culture) et l’on absolutise ce qui relève de la pure volonté et de choix contingents. En effet, la nouvelle morale est celle de la volonté toute-puissante qui décide souverainement du bien et du mal en fonction du désir de petites minorités qui font l’opinion. C’est une morale par définition instable, mouvante et potentiellement tyrannique, puisque c’est l’homme qui décrète subjectivement de son contenu (ou une majorité parlementaire de circonstance) quand la morale traditionnelle s’inscrivait dans la nature des choses et nous était donc donnée sans possibilité de la façonner à notre gré. Une morale qui s’appuie sur le divin ou la nature impose une limite au pouvoir de l’homme, elle est une protection indispensable pour éviter le dérapage totalitaire de la démocratie, d’où la nécessité de travailler à réhabiliter la loi morale naturelle.
Certes, on en est loin, mais nos sociétés sont tombées à un tel degré de déliquescence politique, sociale et morale, qu’il suffirait de peu de choses pour faire basculer les esprits, beaucoup étant las de voir combien on les trompe depuis trop longtemps. Et n’oublions pas que les fameuses avancées sociétales ne sont "populaires" qu’en raison d’une propagande effrénée digne d’un régime dictatorial, une véritable liberté dans les médias pourrait donc retourner l’opinion plus vite qu’on ne le croit.

Editorial paru dans La Nef, septembre 2019

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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