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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Revenir au rôle de l'école

Publié dans En France
Revenir au rôle de l'école
 
Le ministre de l’Éducation nationale, Mme Najat Vallaud-Belkacem, propose à son tour une réforme du collège qui ne laisse rien augurer de bon ! Et le plus agaçant est cette pratique sans scrupule du mensonge qui consiste à affirmer très sérieusement que cette réforme donnera plus de place aux humanités (latin, grec, français, histoire, allemand) quand il est évident, concrètement, qu’elle les réduira à la portion congrue.
Le système éducatif français est en échec, mais nos ministres sont tellement intelligents que, s’appuyant toujours sur les mêmes "experts", ils ne consultent pas ceux qui sortent de leurs schémas mentaux et, surtout, se gardent bien d’analyser ce qui fonctionne bien à l’étranger, comme si nous n’avions de leçons à recevoir de personne ! Résultat ? Nous fonçons avec une constance invraisemblable dans toutes les impasses qui ont déjà largement prouvé leur méfait : l’idéologie égalitaire qui, au prétexte que la culture serait discriminante, en arrive, non pas à essayer d’élever les jeunes élèves, mais à rabaisser tout le monde en supprimant la culture ; et le "pédagogisme" imbécile qui, mettant l’élève au centre du système, prétend que c’est à lui de construire son propre parcours d’apprentissage. N’importe que cela ne marche pas, que cela conduise à près de 20 % d’illettrés en fin de parcours, les idéologues pensent toujours que la réalité va se plier à leurs désirs…

En France, chaque ministre de l’Éducation nationale y va de "sa" petite réforme, si bien que tout est sans cesse bouleversé, il n’y a plus aucune visibilité à long terme, sinon que l’on s’enfonce toujours vers plus d’absurdité, de déconstruction des savoirs. Mme Vallaud-Belkacem n’est qu’un petit maillon d’une chaîne qui remonte loin en arrière et elle ne fait que poursuivre une logique à l’œuvre depuis longtemps, quels que soient les gouvernements, de gauche comme de droite.
Or, le fond du problème est pourtant bien identifié : de plus en plus d’élèves ne parviennent plus à la maîtrise des fondamentaux – la langue française, l’arithmétique, l’histoire… –, car la mission essentielle de l’école a été oubliée : transmettre des connaissances. Pour y remédier, il faudrait revenir à des pratiques éprouvées : méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, importance de la grammaire et de la littérature, enseignement chronologique de l’histoire, nécessité de la discipline, restauration de l’autorité des maîtres… autant de mesures qui se heurtent au lobby tout puissant de l’Éducation nationale qui empêche tout réel changement.

Le plus dramatique est que toutes ces réformes successives qui, depuis une quarantaine d’années, ont contribué à briser la chaîne de transmission des connaissances, ne font qu’accentuer les inégalités que l’on prétend pourtant combattre, les jeunes issus de milieux défavorisés n’ayant aujourd’hui plus aucun recours pour s’élever, puisque l’excellence qui en est le moyen est méprisée et vilipendée.
On se demande notamment comment retisser un lien social qui se délite en constatant la haine que nos réformateurs portent à l’histoire longue de la France. En sabordant notre culture, notre littérature, l’être historique de la France pour ne retenir d’une façon caricaturale que les aspects les moins sympathiques (colonialisme, traites négrières, Vichy…), on ne peut que former des jeunes sans racines, sans mémoire et méprisant leur propre patrie.

Ainsi, la boucle est-elle bouclée avec la vision des Français que colporte un esprit brillant comme Emmanuel Todd dans son dernier essai, Qui est Charlie ? (Seuil). Certes, l’ouvrage n’est pas sans intérêt ni dénué d’analyses justes (à propos de l’unanimisme de l’esprit du 11 janvier, par exemple), mais son explication des "catholiques zombies" ne peut que concourir à la haine de soi tout en minimisant les dangers de l’islamisme, les musulmans n’étant en France qu’un "groupe faible et discriminé" victime de l’islamophobie. Ces "catholiques zombies", en effet, qui ne sont plus ni pratiquants ni même croyants – bref plus catholiques –, qui viennent des régions traditionnellement les plus chrétiennes, forment une classe privilégiée, égoïste, viscéralement réactionnaire, rebelle à l’esprit égalitaire de la Révolution, aux relents de xénophobie, autoritaire, tentée par l’entre-soi, bref c’est cette France-là qui aurait manifesté le 11 janvier, une France hier anti-dreyfusarde et pétainiste, et aujourd’hui islamophobe.

Quand donc cessera-t-on de se référer en toute occasion à Vichy pour discréditer ceux dont on parle ? Mais ce qui est instructif chez Todd, c’est d’une part la façon dont un intellectuel athée voit la religion à travers son prisme idéologique : forcément comme un cadavre ! C’est d’autre part la force de la prégnance marxiste qui, par esprit de système, pousse un tel auteur, qui sait pourtant être libre et à contre-courant, vers un déterminisme plus enfermant encore que la lutte des classes, en "essentialisant" une identité catholique sans rien comprendre à ce qu’est le christianisme ! N’est-ce pas au reste le problème de la gauche française que d’être demeurée viscéralement marxiste, la politique se résumant à un conflit de gentils oppressés contre de méchants oppresseurs – après l’émancipation du prolétariat, il y a eu les nouveaux combats contre le racisme, pour le féminisme, le genre… ? N’ayant pas surmonté son marxisme, cette gauche n’a jamais su remettre en cause son injustifiable soutien passé au communisme et ne parvient pas à se départir de sa position morale de donneur de leçons.

En réalité, le 11 janvier ne manifeste-t-il pas plutôt la réaction d’un peuple en mal de nation ? L’amour de sa patrie et de sa culture est chose naturelle, nécessaire à la bonne santé d’un pays, c’est cela qui manque tout aussi bien aux Français en général qu’aux plus jeunes élèves en particulier que l’on frustre d’un extraordinaire patrimoine culturel dont ils sont pourtant les héritiers légitimes. 

www.lanef.net

"Tu ne tueras pas" ?

Publié dans A tout un chacun
"Tu ne tueras pas" ?

Nous l’avons souvent dit ici et comment ne pas le répéter à l’occasion du vote de la loi sur "la fin de vie", tout se passe comme si les lois les plus transgressives devaient inéluctablement être adoptées par étapes. L’euthanasie est donc bien la visée ultime du législateur qui, au demeurant, ne s’en cache pas, puisqu’aussi bien Mme Touraine que M. Valls ont reconnu que c’était là sans doute une loi transitoire en attendant d’aller plus loin lorsque "l’opinion" –bien "travaillée"– sera prête à franchir un pas supplémentaire !
Même si cette nouvelle loi maintient encore de fragiles barrières, elle ouvre assurément la voie à l’euthanasie (…).
De toutes les transgressions que l’on nous impose au fil des ans –de l’avortement au "mariage pour tous" en passant par la PMA et la GPA, etc.-, l’euthanasie est sans doute celle dont il est le plus difficile d’expliquer le danger et l’illégitimité. Les raisons en sont multiples.

La première tient sans doute aux progrès foudroyants de la médecine qui permettent de prolonger la durée de la vie alors même que l’on peut être par ailleurs diminué, ce qui est fréquent avec le grand âge ; là où jadis un vieillard vivait ses dernières années au milieu des siens avec une fin généralement assez brève, aujourd’hui ce même vieillard se retrouve souvent seul avec des traitements qui permettent de le maintenir en vie des années. On comprend que cette perspective puisse faire peur à beaucoup, surtout que l’on redoute en plus l’acharnement thérapeutique que personne, en fait, ne défend –et certainement pas l’Église–, mais qui demeure un épouvantail précisément pour justifier l’euthanasie.
Il y a là un déficit coupable d’information, car l’on sait bien que la demande d’un grand malade à mourir est dans l’immense majorité des cas un appel de détresse pour être soulagé et écouté en tant que personne humaine. La solution n’est donc nullement l’euthanasie, mais l’extension des soins palliatifs, point totalement ignoré par la nouvelle loi, alors que la France manque cruellement de tels centres (un malade en fin de vie sur quatre ou cinq seulement peut y prétendre).

La seconde raison est liée à l’exploitation médiatique de quelques cas extrêmes qui semblent montrer l’absurdité de maintenir en vie une personne dont "on" estime qu’elle préférerait mourir. Outre qu’il serait démagogique de légiférer à partir de situations très spécifiques comme on nous y invite pourtant, la réalité est généralement bien plus complexe – on se souvient de Vincent Humbert, tétraplégique aveugle et muet à la suite d’un accident de la route et euthanasié par sa mère avec l’aide d’un médecin en 2003, dont les médias n’ont cessé de relayer son appel à mourir, alors qu’il y a maintenant un doute très sérieux sur sa volonté d’en finir avec la vie. La difficulté de certaines situations médicales nous invite à l’humilité, à renoncer à vouloir tout régler par la loi et à faire confiance aux équipes soignantes sur le terrain, dès lors qu’est sauvegardé dans son principe et son intention l’interdit de tuer. La vie conserve heureusement une part de mystère, il faut accepter de n’être pas maître de tout et certainement pas du moment de notre mort.

L’argumentation développée autour de ces cas extrêmes révèle une vision de la dignité de la personne singulièrement réductrice car basée sur une conception purement utilitariste de la vie humaine !
La dignité est ainsi corrélée avec l’utilité d’un être dans une approche totalement matérialiste : dès lors où celui-ci "ne sert plus à rien", n’est plus capable d’agir par lui-même, il devient un poids pour son entourage et il deviendrait donc juste (et tellement plus économique) de le supprimer ! Quelle qu’en soit la raison invoquée, compassion, refus de la souffrance et de la dépendance, etc., où se situe le seuil de souffrance ou de dépendance à partir duquel la vie deviendrait insupportable ? On voit bien qu’un tel seuil est impossible à appréhender d’une façon objective et universelle et que ce sont là de fausses raisons pour transgresser l’interdit le plus fondamental de toute société digne de ce nom : "Tu ne tueras pas" !

La dignité de la personne est intrinsèque, liée ontologiquement à sa nature humaine, elle ne dépend en aucune façon de critères extérieurs comme son autonomie – comme si nous n’étions pas tous dépendants des autres de la naissance à la mort ! Cette dignité est attachée à l’amour, à notre capacité de le donner et de le recevoir, laquelle est le propre de l’homme et demeure présente jusqu’à son dernier souffle.
Il est vrai toutefois qu’une société déchristianisée et matérialiste est devenue incapable d’entrevoir le sens de la souffrance inhérente à notre condition humaine et qui, pour les chrétiens, prend sa source dans la Croix du Christ ; on peut donc comprendre la frayeur qu’inspirent la douleur et l’épreuve quand elles sont vécues sans la foi, particulièrement sans la foi en l’aide de la grâce de Dieu toujours présente.

Si ces aspects pourtant essentiels ne sont pas aisés à faire intervenir dans un débat, il demeure que la peur des malades d’être "éliminés" contre leur gré est une autre réalité dont on ne parle guère.
Et comment lutter contre la banalisation du suicide des jeunes en situation de détresse et légaliser dans le même temps le suicide assisté d’autres personnes également dans la détresse ?
Qui, finalement, jugera des vies qui ne valent plus la peine d’être vécues ?

Paru dans La Nef, avril 2015

Fanatisme religieux ?

Publié dans En France
Fanatisme religieux ?
 
Les attentats islamistes des 7 et 9 janvier avaient suscité une réaction spontanée saine, avec une parole enfin libérée d’un carcan étouffant qui empêche toute pensée libre de se déployer. Pas pour longtemps, au moins dans certains médias où s’exprime l’intelligentsia de ce pays qui ne cesse d’entretenir une culpabilité historique qui alimente la haine de soi, la détestation de tout ce que nous sommes en tant que nous le devons à un passé honni ! Ainsi, ces événements dramatiques de janvier seraient-ils la preuve du danger des religions en général et du catholicisme en particulier ! Il est bien connu que les chrétiens ne sont pas les principales victimes des persécutions modernes et, qu’au contraire, le "fanatisme" catholique, celui des affreux "intégristes", tue à tout va et menace la société autant que l’islamisme !

Peut-être pensez-vous que je me moque, mais sachez qu’il est des esprits suffisamment entichés de la haine de l’Église pour le croire vraiment.
Le Monde du 29 janvier publie une pleine page intitulée "Le fanatisme religieux monte sur scène" qui relate une pièce "d’une intelligence redoutable" de Marius von Mayenburg – Martyr – dont la trame est ainsi expliquée : "Comment un jeune homme ordinaire, “normal”, devient-il un fanatique religieux, prêt à tuer pour ses idées ?" Et tout ce qui suit est la description d’un parfait djihadiste, mais rassurez-vous, ce n’est qu’un… intégriste catholique, ouf !
Libération n’est pas en reste qui propose coup sur coup deux billets d’une rare aigreur ; le premier, signé de Luc Le Vaillant (26 janvier), affirme "que les religions sont nocives, que les monothéismes ont un souci avec la démocratie" et se déclare "religiophobe" en mettant christianisme et islam dans le même sac ; le second, de la plume d’Olivier Adam (30 janvier), se plaint de voir la religion omniprésente partout dans les médias (l’aviez-vous remarqué ?) alors qu’il s’en croyait délivré à jamais, et là il se lâche, il faut le citer, tant ce passage révèle combien est effrayante une certaine vision pervertie de la laïcité, véritable ordre athée, obligatoire et universel : "La laïcité était un principe intangible, et l’athéisme n’était pas une croyance parmi d’autres mais un idéal universel. On voulait bien admettre qu’il y avait encore quelques volontaires pour s’aveugler, on voulait bien apprendre à les tolérer, pourvu que ça reste dans le silence des églises, des synagogues et des mosquées. Que la religion demeure une occupation privée et vaguement honteuse. Un genre d’hygiène personnelle. Comme le yoga en plus sectaire. Ou les arts martiaux, en moins physique."

Est-ce là ce qui reste de "l’esprit du 11 janvier" ? Ajoutons avec Éric Conan que "l’effet Charlie a produit chez les cultureux plus de régressions que de progrès" (Marianne, 11 février) : il montre comment le monde de la culture en est arrivé à s’auto-censurer pour ne pas provoquer l’islamisme et ne pas apparaître "islamophobe" ! Un exemple significatif en est le retrait des rares salles où il passait du beau film L’Apôtre, de Cheyenne Caron, car ce film racontant la conversion d’un musulman au catholicisme serait, selon la Sécurité intérieure, une "provocation pour la communauté musulmane" ! Notre aveuglement et notre lâcheté ne donnent-ils pas raison aux terroristes islamistes et au chantage de la violence ?

Cette haine du religieux en tant que tel qui ressort ces temps-ci est inquiétante, car elle trahit une inculture abyssale de la réalité du christianisme au nom d’un aveuglement idéologique poussé à un point extrême, et elle conduit à défendre une conception de la laïcité – en réalité d’un laïcisme exacerbé – qui en devient une tyrannie matérialiste et athée qui ne peut que faire horreur aux musulmans les plus modérés soucieux d’intégration. Bref, ce laïcisme, loin d’être la solution face à l’islam comme l’affirment les sots, ne peut que pousser davantage les musulmans vers le radicalisme.

Nos laïcistes, s’ils n’étaient pas égarés par leur aversion de la religion, sauraient que les principes qui fondent nos sociétés viennent du christianisme, à commencer par la laïcité dont ils se réclament, mais aussi la liberté. Laïcité qui est distinction des pouvoirs – et non leur hostilité ou indifférence – et qui n’existe que dans la sphère civilisationnelle judéo-chrétienne ; et liberté – fondamentale mais non illimitée – qui ne se conçoit que dans une certaine vision de la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu.

Quand cessera-t-on de dénigrer le passé de l’Église et de l’Europe au prétexte qu’il faudrait conserver la balance égale entre toutes les religions et toutes les civilisations ? Qu’il y eut de vilaines choses dans notre histoire est un fait indubitable, mais la grande différence est que nous seuls savons le reconnaître et en demander pardon –comme Jean-Paul II l’a admirablement fait lors du grand Jubilé de l’an 2000– et que la violence est dans le christianisme un accident, une trahison de l’Évangile unanimement reconnue pour telle. Et il faudrait cesser de nous ressortir sans discernement l’Inquisition et les Croisades, sur lesquels il y aurait certes des critiques à formuler, mais qui sont loin de la caricature qu’en font les incultes qui ne savent juger le passé qu’à travers les grilles de leur anachronisme imbécile.

La violence dans le christianisme est donc le fait du péché des hommes, comme il en existe hélas en tout temps et en tout lieu. Dans l’islam, au contraire, elle est malheureusement inhérente au Coran lui-même et à l’exemple de Mahomet qui ne fut pas seulement un fondateur de religion, mais aussi un politique et un guerrier accompli qui n’a pas hésité à éliminer ses opposants ; et l’islam ne s’est jamais répandu que par la force du glaive. Nous n’avons donc pas à avoir honte de notre histoire, et tout en reconnaissant ses zones d’ombres, nous pouvons en être fiers ! Retrouver la juste et humble fierté de ce que nous sommes serait le premier pas du renouveau…

Paru dans La Nef, mars 2015

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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