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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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La dérive du foot business

Publié dans De par le monde
Sans doute une bonne partie d’entre vous, amis lecteurs, en avez assez du mondial de foot jusqu’à l’overdose que les médias nous servent chaque jour. Comment ne pas voir cette hyper médiatisation, en période de crise, comme un dérivatif aux problèmes de l’heure, un peu comme on distrayait les foules de la Rome antique avec les jeux du cirque ? Le sport a été victime de son succès : sa médiatisation l’a malheureusement conduit à obéir à la même logique que celle des médias : l’audimat et l’argent comme finalité !

C’est d’autant plus triste que le sport est une magnifique école de vie qui apprend la discipline, le sens de l’effort, la maîtrise de soi, le fair-play, l’altruisme… Cela continue sans doute d’être vrai pour nombre de jeunes qui le pratiquent en amateur dans un cadre scolaire ou universitaire, mais le sport professionnel donne de plus en plus une image opposée aux valeurs fondamentales qu’il est censé transmettre et cela fournit un exemple détestable à une jeunesse influencée par les "stars" des jeux, guère à la hauteur de leur responsabilité comme le sont celles du show-biz : souvenons-nous, par exemple, de l’attitude lamentable des footballeurs français, lors de la coupe du monde de 2010 en Afrique du Sud !

Le football est à cet égard particulièrement symptomatique de cette dérive du sport professionnel. Le capitalisme financier, qui s’impose sans guère d’obstacle sur toute la planète, en arrive à plier à ses lois la plupart des activités humaines. Il eut donc été étonnant que le football, en tant que l’un des sports les plus populaires et donc les plus médiatiques, échappe à "ce processus de vampirisation", comme l’écrit Jean-Claude Michéa (1). Il est devenu la première industrie mondiale du divertissement, brassant des sommes colossales : droits télévisés, publicités… c’est l’impératif de la rentabilité qui prédomine désormais et qui oblige au résultat : gagner est devenu une nécessité sous peine de pertes financières importantes (par exemple, arriver quatrième au lieu de troisième au championnat de Ligue 1, c’est perdre 10 millions d’euros en raison de la non-participation à une coupe d’Europe). Cela a totalement changé l’esprit de ce sport dont la dimension de plaisir et de gratuité a largement été estompée.

Mais cette logique de l’argent a aussi modifié le jeu lui-même, ainsi que Jean-Claude Michéa, en amateur éclairé, le démontre dans son merveilleux petit livre qui ravira tous les amateurs de ballon rond : la beauté du jeu offensif a laissé place à des systèmes défensifs jugés plus "réalistes", l’équipe étant désormais organisée de façon à n’encaisser aucun but et à marquer sur contre ou sur coups de pied arrêtés, offrant ainsi un spectacle le plus souvent ennuyeux – les équipes à culture offensive comme le "Barça" (Barcelone) étant devenues l’exception. Cette obligation d’efficacité, au détriment des anciennes conceptions basées sur l’attaque et le fair play, a entraîné d’autres conséquences comme le jeu dur, la simulation (pour obtenir coups francs ou penalties), sans parler du "supportérisme" parfois violent et sectaire contraire à l’esprit originel du sport ; le patriotisme a été partout tellement ridiculisé et brimé, qu’il se manifeste comme un exutoire dans le seul lieu où il est encore toléré et même encouragé par une élite "boboïsée" qui se moque bien du foot mais qui se veut ainsi près du "peuple".

Cette dérive du foot business était-elle inévitable ? Non, et c’est précisément cela qui est intéressant car la leçon dépasse le seul cadre du football. Ce sport a été gangrené par le fric parce que ses dirigeants ont cédé aux règles du libéralisme et à l’appât du gain, en permettant que les clubs deviennent des entreprises capitalistes sans limite financière susceptible de recruter à prix d’or les meilleurs joueurs du monde. Ainsi, les grands clubs sont-ils la propriété de multimilliardaires – comme Paris avec l’émir du Qatar – au lieu d’être régis par des associations à but non lucratif qui devraient dépendre des villes dont ils portent le nom ! De plus, l’arrêt Bosman, imposé en 1995 à l’UEFA (2) par la Cour de justice européenne au nom de la "non-discrimination" (célébré à l’époque comme une victoire de l’ "antiracisme"), a affranchi les clubs de l’obligation d’avoir au moins neuf joueurs sur onze de la nationalité du pays sur le terrain. Ainsi a-t-on vu dans le passé récent de grands clubs européens gagner la Ligue des Champions avec des équipes composées entièrement d’étrangers ou presque ! Ce système conduit à la marchandisation des joueurs – qui se vendent et s’achètent sur un marché comme des objets de luxe – et au 'star système' avec des vedettes qui deviennent "des “people” incontournables, fréquentant des top-modèles, posant dans les publicités et disposant de revenus aussi indécents que ceux des grands prédateurs du marché mondial "(3) ; mais cela appauvrit aussi le football local : l’Angleterre en est un bon exemple, elle dont les clubs sont parmi les plus riches et les plus prestigieux, et dont l’équipe nationale ne parvient à aucun bon résultat depuis des décennies !

Et cette dérive de l’argent ne s’arrête pas là : on le voit actuellement au Brésil, qui a investi des sommes considérables pour ériger de magnifiques stades, alors que ce pays manque d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux… À un point tel que nombre de Brésiliens, conscients de cette disproportion, boudent la "fête du foot". Un comble au pays du roi Pelé !

(1) Jean-Claude Michéa, Le plus beau but était une passe. Écrits sur le football, Climats, 2014, 150 pages, 15 e, p. 17.
(2) Union of European Football Associations.
(3) Jean-Claude Michéa, op. cit., p. 21. 

Paru dans La Nef, juillet 2014

Un chemin de bonheur

Publié dans A tout un chacun
Il est beaucoup question de la famille ces temps-ci. Des millions de personnes se sont mobilisées en France pour la défendre, elle est également au cœur d’une longue réflexion suscitée par l’Église qui nous mènera jusqu’à l’automne 2015, moment où se tiendra le second synode sur ce thème. C’est quand les biens qui nous sont les plus précieux se trouvent menacés que l’on mesure véritablement leur importance vitale. Car enfin, ouvrons les yeux, la famille est fort mal vue depuis un bon moment. J’entends la famille au sens commun qui est celui que donnait encore le Petit Robert dans son édition de 1990 : "Le père, la mère et les enfants". N’oublions pas les idéologies "déconstructivistes" qui, derrière les Foucault et Derrida, n’ont eu de cesse d’attaquer la famille comme un lieu d’oppression dont il fallait s’émanciper, allant jusqu’à défendre la pédophilie – on se souvient du manifeste particulièrement abject en sa faveur, publié dans Le Monde du 26 janvier 1977 et signé par soixante "grandes consciences" de l’époque, les Sartre, Beauvoir, Deleuze, Aragon…
Mai 68 est passé par là : "il est interdit d’interdire" ou "jouir sans entraves", ces slogans ont le mérite de refléter fidèlement l’esprit postmoderne d’un homme qui ne veut aucune limite à sa "liberté", celle-ci n’étant liée qu’au plaisir et non plus à une quelconque notion de vérité et de bien à laquelle elle devrait se soumettre. Cette "philosophie" nouvelle, appelant à toutes les "libérations" – sexuelle, des liens du mariage et de la fidélité, de la femme et de son corps… – s’est développée en complète harmonie avec la société consumériste du libéralisme économique, lequel s’est retrouvé quasiment sans adversaire après la chute du communisme : ainsi libertarisme, mondialisation et capitalisme financier vont de pair, tout se vendant et s’achetant grâce au divin marché (qu’il ne faut surtout pas entraver), aussi bien le sexe ou les enfants, que les voitures ou les ordinateurs, du moment que l’on consomme et que cela alimente la croissance et les profits.

Ainsi, la postmodernité a-t-elle façonné un homme profondément égoïste, incapable d’engagement durable. Le soi-disant féminisme et la soi-disant "libération sexuelle" ont conduit à une marchandisation sans précédent du corps de la femme, l’homosexualité s’est complètement banalisée et l’on en est maintenant à la théorie du genre. Tout cela – rendu possible par la contraception – a eu pour effet de déconnecter totalement sexualité et procréation, et donc très souvent aussi amour et sexualité, véritable révolution copernicienne dont on n’a pas mesuré l’importance.
Le problème est que malgré toutes ces "libérations", malgré les attaques continues que la famille subit pour annihiler peu à peu tous les devoirs qu’elle supposait – ne comptent que les "droits" de l’individu sans souci du bien d’autrui, à commencer par celui des enfants –, l’homme moderne n’est pas plus heureux, bien au contraire. Beaucoup, même – et pas seulement chez les catholiques pratiquants –, rêvent du modèle de la famille traditionnelle et savent combien elle est à la fois une école exigeante de perfection – de sanctification dit-on en langage chrétien – mais aussi un réel chemin d’épanouissement et de bonheur. En effet, c’est en son sein que s’apprennent l’amour, le don de soi, le partage, en son sein aussi que se transmettent la culture et la fine fleur de la civilisation, la délicatesse de la politesse, l’attention à autrui. En faisant voler la famille en éclats, on récolte la violence, la barbarie, des êtres psychologiquement instables et fragiles.

Défendre la famille dans toutes ses dimensions ne relève donc pas d’un caprice idéologique ou d’une vision limitée au seul bonheur individuel de ses membres, mais d’une priorité politique absolue, tant elle concourt de façon éminente au bien commun de la Cité : non seulement parce que la famille, cellule de base de la société, assure seule le renouvellement des générations, mais encore parce qu’une famille heureuse contribue à engendrer des citoyens heureux posant habituellement peu de problèmes à la collectivité. Bien sûr, cela suppose de tourner définitivement la page des dogmes soixante-huitards qui affirment que l’on peut se passer de contraintes, d’efforts et d’ascèse : la véritable liberté à laquelle nous aspirons tous est le fruit d’une longue et patiente discipline qui nous permet de surmonter tant bien que mal nos esclavages de toutes sortes. Le politique n’a certes pas à entrer dans la vie privée des personnes, mais il est de sa responsabilité de favoriser un environnement qui tend à élever l’homme et non à le rabaisser sans cesse comme se plaît à le faire notre société soumise aux impératifs de la publicité qui ne sait que flatter ses plus bas instincts.

Que l’on ne s’y trompe pas. Notre humanité n’est aujourd’hui ni pire ni meilleure qu’hier. Certes, nous avons toujours la tendance naturelle à ne voir que ce qui va mal, et la liste peut être fort longue, nous l’avons déjà commencée ici même à propos de la famille. Ce faisant, nous ne voyons plus les progrès acquis au long de l’histoire par nos ancêtres (la notion de dignité de la personne humaine, l’État de droit, l’école pour tous, la fin des famines et de la mortalité infantile…) et forte est la tentation d’idéaliser le passé ou de se référer à un "âge d’or" qui n’a en réalité jamais existé, car le mal est d’abord dans l’homme lui-même avant de l’être dans les structures – il est bien évidemment légitime de vouloir les réformer lorsqu’elles sont mauvaises.
Aujourd’hui comme hier, le mal est omniprésent et semble devoir toujours l’emporter, mais il y aura toujours quelque chose à faire – et d’abord là où le Seigneur nous a placés et attend que nous agissions – tant que l’on aura la capacité de s’émerveiller devant les beautés de la vie, devant le dévouement d’une mère ou l’extraordinaire charité des saints. Et pour paraphraser Péguy, lui qui voyait déjà notre monde comme irrémédiablement décadent, la famille demeure la plus extraordinaire des aventures des temps modernes.
http://www.lanef.net/ - Editorial de juin 2014

Pour une autre Europe

Publié dans Avec l'Europe
Les élections européennes du 25 mai seront à nouveau l’occasion de parler de l’Europe. Mais sauf surprise fort peu probable, si l’on se réfère au passé, il ne faut en attendre aucun débat honnête. En effet, l’immense majorité de ceux qui "font l’opinion" – intellectuels, hommes politiques, journalistes, artistes… ayant accès aux grands médias – communient dans une même ferveur européiste et, chez ces bons esprits, l’incantation tient lieu de raisonnement. Et ceux qui ne partagent pas leur foi ne peuvent être que des fous ou de dangereux démagogues irresponsables ! Il n’y a qu’une seule façon de "construire l’Europe" et c’est la leur, celle que l’on nous impose par la force, puisque la voix des peuples n’est jamais prise en compte quand, rarement, ils sont consultés (France et Pays-Bas en 2005, Irlande en 2008).

Qu’importe, donc, que cette Europe se fasse sans les peuples et même contre eux ! Qu’importe qu’elle dérive de plus en plus vers un monstre technocratique qui a confisqué toute véritable démocratie, puisque les peuples sont trop stupides pour ne pas comprendre une orientation dont seule une élite éclairée perçoit les bienfaits ! Qu’importe que nombre de nations s’enfoncent dans des crises longues, puisque c’est le prix à payer pour permettre la persistance de l’euro – symbole d’unité factice devenu une fin en soi (alors que la monnaie est au service de l’économie) et auquel on ne veut toucher à aucun prix malgré les ravages qu’elle engendre. Qu’importe que l’Union, qui devait apporter puissance et prospérité, n’est qu’un nain politique inexistant sur la scène internationale et militairement nulle, esclave à la botte des États-Unis par l’OTAN qu’ils dirigent !

Affirmer de façon aussi péremptoire qu’aucune autre voie n’est possible sur un sujet politique, par essence contingent, donc forcément ouvert à des options différentes, alors même que les résultats sont à ce point négatifs, révèle le caractère idéologique de cette "construction européenne" qui nous mène droit dans le mur. C’est ce caractère idéologique qui empêche nos élites d’envisager toute alternative et qui explique la tendance sectaire consistant à discréditer en vue d’éliminer l’opposition d’esprits pourtant aussi brillants que les leurs.

Peut-on encore dire que nous aimons l’Europe, la civilisation qu’elle a façonnée, et que c’est précisément parce que nous l’aimons et essayons de la défendre que nous voulons arrêter cette Europe-là qui détruit tout ce qu’elle est fondamentalement ? Pour le comprendre, il est un livre remarquable dont je ne saurais trop vous recommander la lecture : La grande séparation, d’Hervé Juvin (1). Son sujet dépasse d’ailleurs de loin la question européenne, mais ce qu’il en dit éclaire ô combien notre propos.

La "grande séparation" dont parle Hervé Juvin est celle de l’homme et de la nature, de l’homme avec lui-même, avec ses racines, sa culture et son histoire, sa nation, et finalement avec l’autre, tous les hommes devant être d’uniformes consommateurs : "Fabrique d’un homme nouveau, l’homme hors-sol, l’homme de rien, sans mémoire et sans foi, l’homme du droit et de ses droits", écrit l’auteur (p. 91). On l’a compris, Hervé Juvin dénonce avec force et lyrisme la mondialisation qui n’est que le mot d’une autre réalité, celle du capitalisme financier apatride qui saccage non seulement la planète par une croissance aveugle et sans frein, mais aussi la diversité des cultures, des peuples, des nations et finalement l’homme lui-même, homo oeconomicus déraciné et jusqu’à coupé de sa propre nature humaine, comme l’attestent les folies du genre, du "mariage pour tous", de l’enfant fabriqué comme un dû (PMA/GPA) … "La grande séparation, écrit Hervé Juvin, substitue l’homme nouveau à tous les hommes de leur terre, de leur histoire et de leur nation. Le droit, le commerce, le développement s’y emploient. Pas là-bas, au loin : ici même. La proclamation d’une ère post-nationale, les agressions organisées contre les nations européennes et les peuples du monde ont le même objectif : assurer à la révolution capitaliste la maîtrise d’un monde unique et d’une société planétaire d’individus à disposition" (p. 188).

Mais quel rapport avec l’Europe ? Précisément, l’Union Européenne est la seule à croire vraiment aux vertus de la mondialisation et elle est donc la seule zone du monde à en jouer le jeu, à ne pas se protéger ; alors qu’on observe partout une affirmation identitaire d’autant plus forte qu’elle est menacée par la mondialisation, l’Europe seule s’acharne à dénigrer son passé et sa culture, à se repentir, à renier le christianisme qui l’a façonnée (2), à ouvrir ses frontières et briser ses nations. Ainsi, écrit Hervé Juvin, se creuse le fossé "entre une Amérique qui vit dans l’histoire, dans son histoire au moins, qui entend bien se doter de tous les moyens de défendre ses intérêts, et une Europe qui n’a plus d’ennemis à force de se raconter l’histoire de l’unité planétaire" (p. 78).

Ne nous laissons pas impressionner : une autre Europe est possible, une Europe respectueuse de ses nations qui demeurent le seul cadre où concrètement peut se vivre une véritable démocratie. Quel malheur faudra-t-il pour que nos élites le comprennent ?

(1) Hervé Juvin, La grande séparation. Pour une écologie des civilisations, Gallimard/Le Débat, 2013, 390 pages, 22,50 e. Ce livre important mérite que nous y revenions le mois prochain : nous le ferons avec une grande interview de l’auteur.
(2) Malgré cela, sur l’Europe, force est de constater que beaucoup d’évêques font preuve de conformisme, ne voyant d’avenir que dans la "construction européenne" qui, si elle fait trop violence aux peuples, ne sera pas éternellement une garantie de paix !
http://www.lanef.net/

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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