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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Pour une autre Europe

Publié dans Avec l'Europe
Les élections européennes du 25 mai seront à nouveau l’occasion de parler de l’Europe. Mais sauf surprise fort peu probable, si l’on se réfère au passé, il ne faut en attendre aucun débat honnête. En effet, l’immense majorité de ceux qui "font l’opinion" – intellectuels, hommes politiques, journalistes, artistes… ayant accès aux grands médias – communient dans une même ferveur européiste et, chez ces bons esprits, l’incantation tient lieu de raisonnement. Et ceux qui ne partagent pas leur foi ne peuvent être que des fous ou de dangereux démagogues irresponsables ! Il n’y a qu’une seule façon de "construire l’Europe" et c’est la leur, celle que l’on nous impose par la force, puisque la voix des peuples n’est jamais prise en compte quand, rarement, ils sont consultés (France et Pays-Bas en 2005, Irlande en 2008).

Qu’importe, donc, que cette Europe se fasse sans les peuples et même contre eux ! Qu’importe qu’elle dérive de plus en plus vers un monstre technocratique qui a confisqué toute véritable démocratie, puisque les peuples sont trop stupides pour ne pas comprendre une orientation dont seule une élite éclairée perçoit les bienfaits ! Qu’importe que nombre de nations s’enfoncent dans des crises longues, puisque c’est le prix à payer pour permettre la persistance de l’euro – symbole d’unité factice devenu une fin en soi (alors que la monnaie est au service de l’économie) et auquel on ne veut toucher à aucun prix malgré les ravages qu’elle engendre. Qu’importe que l’Union, qui devait apporter puissance et prospérité, n’est qu’un nain politique inexistant sur la scène internationale et militairement nulle, esclave à la botte des États-Unis par l’OTAN qu’ils dirigent !

Affirmer de façon aussi péremptoire qu’aucune autre voie n’est possible sur un sujet politique, par essence contingent, donc forcément ouvert à des options différentes, alors même que les résultats sont à ce point négatifs, révèle le caractère idéologique de cette "construction européenne" qui nous mène droit dans le mur. C’est ce caractère idéologique qui empêche nos élites d’envisager toute alternative et qui explique la tendance sectaire consistant à discréditer en vue d’éliminer l’opposition d’esprits pourtant aussi brillants que les leurs.

Peut-on encore dire que nous aimons l’Europe, la civilisation qu’elle a façonnée, et que c’est précisément parce que nous l’aimons et essayons de la défendre que nous voulons arrêter cette Europe-là qui détruit tout ce qu’elle est fondamentalement ? Pour le comprendre, il est un livre remarquable dont je ne saurais trop vous recommander la lecture : La grande séparation, d’Hervé Juvin (1). Son sujet dépasse d’ailleurs de loin la question européenne, mais ce qu’il en dit éclaire ô combien notre propos.

La "grande séparation" dont parle Hervé Juvin est celle de l’homme et de la nature, de l’homme avec lui-même, avec ses racines, sa culture et son histoire, sa nation, et finalement avec l’autre, tous les hommes devant être d’uniformes consommateurs : "Fabrique d’un homme nouveau, l’homme hors-sol, l’homme de rien, sans mémoire et sans foi, l’homme du droit et de ses droits", écrit l’auteur (p. 91). On l’a compris, Hervé Juvin dénonce avec force et lyrisme la mondialisation qui n’est que le mot d’une autre réalité, celle du capitalisme financier apatride qui saccage non seulement la planète par une croissance aveugle et sans frein, mais aussi la diversité des cultures, des peuples, des nations et finalement l’homme lui-même, homo oeconomicus déraciné et jusqu’à coupé de sa propre nature humaine, comme l’attestent les folies du genre, du "mariage pour tous", de l’enfant fabriqué comme un dû (PMA/GPA) … "La grande séparation, écrit Hervé Juvin, substitue l’homme nouveau à tous les hommes de leur terre, de leur histoire et de leur nation. Le droit, le commerce, le développement s’y emploient. Pas là-bas, au loin : ici même. La proclamation d’une ère post-nationale, les agressions organisées contre les nations européennes et les peuples du monde ont le même objectif : assurer à la révolution capitaliste la maîtrise d’un monde unique et d’une société planétaire d’individus à disposition" (p. 188).

Mais quel rapport avec l’Europe ? Précisément, l’Union Européenne est la seule à croire vraiment aux vertus de la mondialisation et elle est donc la seule zone du monde à en jouer le jeu, à ne pas se protéger ; alors qu’on observe partout une affirmation identitaire d’autant plus forte qu’elle est menacée par la mondialisation, l’Europe seule s’acharne à dénigrer son passé et sa culture, à se repentir, à renier le christianisme qui l’a façonnée (2), à ouvrir ses frontières et briser ses nations. Ainsi, écrit Hervé Juvin, se creuse le fossé "entre une Amérique qui vit dans l’histoire, dans son histoire au moins, qui entend bien se doter de tous les moyens de défendre ses intérêts, et une Europe qui n’a plus d’ennemis à force de se raconter l’histoire de l’unité planétaire" (p. 78).

Ne nous laissons pas impressionner : une autre Europe est possible, une Europe respectueuse de ses nations qui demeurent le seul cadre où concrètement peut se vivre une véritable démocratie. Quel malheur faudra-t-il pour que nos élites le comprennent ?

(1) Hervé Juvin, La grande séparation. Pour une écologie des civilisations, Gallimard/Le Débat, 2013, 390 pages, 22,50 e. Ce livre important mérite que nous y revenions le mois prochain : nous le ferons avec une grande interview de l’auteur.
(2) Malgré cela, sur l’Europe, force est de constater que beaucoup d’évêques font preuve de conformisme, ne voyant d’avenir que dans la "construction européenne" qui, si elle fait trop violence aux peuples, ne sera pas éternellement une garantie de paix !
http://www.lanef.net/

Ukraine : vers la partition ?

Publié dans De par le monde
Très peu le mentionnent, mais la crise ukrainienne est avant tout la conséquence de l’effroyable échec du communisme soviétique, c’est une donnée qu’il ne faut pas perdre de vue. D’abord l’URSS créa un grand nombre de "républiques" en son sein, souvent sans vraie justification historique et ethnique, le but étant surtout de "casser" la résistance des peuples notamment en les "mélangeant" ; ensuite le joug communiste fut tel que toutes ces "républiques", même les plus artificielles, ont immédiatement profité de l’explosion de l’ex-Union Soviétique en 1991 pour se soustraire à son autorité. Et le pouvoir d’alors ne sut ni gérer cette transition – le mouvement incontrôlé des "indépendances" conduisit la Russie à se couper de 25 millions de Russes – ni la libéralisation politique et économique qui s’en suivit. Ainsi, pour reprendre les termes de Soljénitsyne, il s’opéra un "incroyable pillage de la richesse nationale livrée à des prédateurs" (1) – ces fameux oligarques qui pèsent toujours d’un si grand poids – tandis qu’une nation comme l’Ukraine s’émancipait avec des frontières "artificiellement tracées par Lénine" et voyait ainsi son territoire multiplié par cinq par rapport "à l’époque où Khmelnitski rattacha l’Ukraine à la Russie" (2) en 1654, avec des régions traditionnellement russes qui n’avaient jamais appartenu à l’Ukraine (comme la Crimée, russe depuis 1774) : toute la crise actuelle est déjà là prédite par Soljenitsyne dès le milieu des années 1990.

Cette crise n’aurait vraisemblablement pas atteint le stade actuel sans un autre élément : la politique des États-Unis et de l’Europe à l’égard de la Russie. Depuis que Vladimir Poutine a pris en main les destinées de son pays en 2000, sa priorité a été de remettre de l’ordre en cassant les oligarques qui lui faisaient de l’ombre, en restaurant le pouvoir et l’image de l’État, afin de redonner son rang à la Russie sur la scène mondiale. Il s’est ainsi acquis une réelle popularité, car il a redonné aux Russes une chose qui fait sourire nos intellectuels de la rive gauche : la fierté nationale. Il est évident que Poutine n’est pas un ange, la démocratie russe n’est certes pas un exemple, mais il faut voir d’où part ce pays laminé par plus de soixante-dix ans de communisme et lui laisser le temps de trouver sa propre voie, une voie largement suivie par la population russe.

Dans ce contexte, les États-Unis, hélas suivis par l’Europe incapable de voir son intérêt dans cette affaire, n’ont jamais cessé de considérer la Russie comme un ennemi, et ce particulièrement depuis l’avènement de Vladimir Poutine. La politique américaine à l’égard de la Russie actuelle est-elle vraiment différente de celle menée contre l’ancienne URSS ? Tout se passe comme si la chute du communisme soviétique n’avait rien changé, il n’est que de lire les analyses des Kissinger et Brzezinski pour s’en rendre compte ! Ainsi, les États-Unis ont-ils essayé d’avancer l’Otan au plus près de la Russie, alors même que le pacte de Varsovie qui avait justifié cette alliance n’existe plus ; ils ont appuyé partout autour de la Russie les mouvements anti-russes ou soutenu des gouvernements corrompus qui leur étaient favorables ; en Ukraine en particulier, ils ont largement manipulé la "révolution orange" de 2004 en essayant de rapprocher le pays de l’Occident en attisant les rivalités entre l’ouest pro-européen et l’est pro-russe. Politique absurde qui niait la réalité historique, géographique et économique : par son commerce et son intégration notamment, l’Ukraine avait à l’évidence partie liée avec la Russie, ce qui n’empêchait pas, bien sûr, de nouer des liens avec l’Europe, mais sans vouloir aller plus vite que la musique et donc sans chercher à l’obliger à choisir entre deux partenaires inégaux.

La responsabilité des États-Unis et de l’Europe est donc lourde, en ce sens qu’ils ont indubitablement poussé de façon bien irresponsable une partie des Ukrainiens à renverser Viktor Ianoukovitch par la force, président sans doute lamentable mais élu démocratiquement, ne l’oublions pas, et ainsi à exacerber les discordes internes au sein d’une jeune nation qu’ils savaient fragile et profondément divisée. On reproche maintenant à Vladimir Poutine d’avoir annexé la Crimée. Mais c’est la Crimée elle-même qui a voulu rejoindre la Russie, sa patrie originelle : comment ceux qui ont fait proclamer l’indépendance du Kosovo par référendum, partie historique de la Serbie bien plus que ne l’était la Crimée pour l’Ukraine, peuvent-ils juger scandaleux une démarche similaire ailleurs ? Et ceux qui s’offusquent du renforcement militaire russe en Crimée oublient la guerre conduite par les États-Unis en Irak en 2003 sans mandat de l’Onu – comme s’il était surprenant que la Russie préserve ses zones d’influence, historiques et stratégiques, ce que font toutes les grandes puissances, États-Unis compris.

Je ne crois pas que Vladimir Poutine recherchait au départ l’annexion de la Crimée : est-elle vraiment une "victoire" pour lui quand elle risque d’aviver le sentiment anti-russe en Ukraine de l’ouest et pousser le pays vers les États-Unis et l’Europe, ce qui va créer une source de tension durable dans la région ? Si le gouvernement ukrainien, soutenu par l’Occident, ne sait pas calmer le jeu, il y a fort à parier que certaines régions de l’Est imitent la Crimée et demandent leur rattachement à la Russie. On arriverait ainsi à ce que tout le monde souhaitait éviter par-dessus tout : la partition du pays ! Qui sème le vent, récolte la tempête…
http://www.lanef.net/ - avril 2014

(1) Alexandre Soljénitsyne, La Russie sous l’avalanche, Fayard, 1998, p. 42.
(2) Ibid., p. 138.

Médias et démocratie

Publié dans A tout un chacun
Médias et démocratie

Notre civilisation a inventé la démocratie, mais chacun perçoit bien que l’idéal du "gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" (Abraham Lincoln) est bien loin de la réalité des pays occidentaux, seule la petite Suisse pouvant prétendre à s’en approcher réellement. Sans doute y aurait-il beaucoup à dire sur les faiblesses des institutions qui nous gouvernent, et c’est là assurément un champ de réflexion pour quiconque est vraiment soucieux du bien commun. Force est néanmoins de constater qu’aucun régime des grandes puissances étrangères n’échappe à ce sentiment que la démocratie n’est plus qu’un leurre, qu’elle a été confisquée par une oligarchie mondialisée qui est la même ici et ailleurs.

Si l’on veut faire avancer cette question, il me semble donc erroné de se polariser uniquement sur l’aspect institutionnel, si important soit-il par ailleurs. En effet, dans notre monde moderne, les médias ont pris une telle importance qu’ils représentent non pas le quatrième pouvoir, comme l’on dit, mais bien le tout premier ! Certes, Internet et les réseaux ont ouvert un espace de liberté nouveau, cela permet de faire quelque peu contrepoids aux grands médias, mais sans leur ôter encore leur influence quant à la désinformation généralisée et au matraquage idéologique subis par l’immense majorité de nos contemporains. En effet, ce sont les grands médias qui contribuent à assurer le pouvoir de l’oligarchie, bien plus efficacement que la propagande totalitaire de Staline ou Goebbels. Pour le comprendre, il faut bien saisir trois niveaux distincts, le premier pouvant laisser croire au pluralisme.

1. Sur les questions politiques courantes, il existe un semblant d’équilibre entre la "droite" et la "gauche", entre l’UMP et le PS ; même si le FN a été marginalisé, ostracisé et continue à l’être plus ou moins, il n’est plus maintenant fondamentalement hors système. La gauche dispose certes d’un sérieux avantage dans les médias (80 % des journalistes de l’audioviosuel voteraient à gauche !), en raison des manipulations de l’histoire qui ont fait croire à l’équation simpliste archi fausse : droite = collaboration ; gauche = résistance ! Situation qui a conduit nos "élites" à être obsédées par la menace "fasciste" toujours et encore résurgente, alors qu’il y a eu une invraisemblable et coupable complaisance à l’égard du communisme – et maintenant du libéralisme beaucoup plus présentable. Bref, à ce niveau, il existe un minimum de pluralisme, même s’il est loin d’être satisfaisant.

2. Sur les questions politiques qui "fâchent" (l’Europe, l’euro, la souveraineté, la mondialisation, l’islam, l’immigration…), là on passe dans un "équilibre" 90-10, c’est-à-dire que les "idées officielles" représentent 90 % des temps d’antenne, de débats, de chroniques… Et les adversaires de ces "idées officielles" sont, selon les cas, ou passés sous silence, ou raillés (le plus souvent), ou parfois pris au sérieux tout en étant systématiquement minoritaires dans les débats (ça arrive, principalement grâce à la présence parmi les opposants de personnalités de gauche comme Emmanuel Todd, Jean-Pierre Chevènement, Jacques Sapir…).

3. Sur les questions éthiques qui engagent l’anthropologie, la vision de l’homme (genre, avortement, "mariage" homo, euthanasie, PMA/GPA…), là on est dans un système totalitaire 99-1 : durant la quasi-totalité du temps d’antenne, on nous sert toujours et toujours la même propagande et les adversaires de ces idées sont systématiquement ignorés, ridiculisés ou criminalisés en étant assimilés à l’extrémisme, au fascisme, aux ennemis du "progrès" (donc à l’obscurantisme), de la "démocratie", quand ils ne sont pas carrément "racistes"… Quand ils sont invités à s’exprimer, c’est toujours en posture difficile et minoritaire, sans jamais pouvoir s’expliquer réellement, ces "1 %" servant juste à justifier le pseudo "pluralisme" des médias ! Éric Zemmour – le plus souvent excellent au demeurant – est le prétexte qui permet de dire que d’autres idées ont droit de cité, mais il est quasiment seul dans son cas !

Compte tenu de l’importance primordiale prise par les grands médias, il est fondamentalement anormal qu’ils ne soient pas régulés démocratiquement et appartiennent de fait au pouvoir de l’Argent, faisant de nos démocraties de véritables ploutocraties ! Tous les grands médias appartiennent à des multinationales ayant une logique financière. Par le poids écrasant, omniprésent, insupportable de la publicité, les médias ne sont pas au service des spectateurs ou des lecteurs, mais des annonceurs.

Un tel système est fondamentalement oligarchique et antidémocratique. Il y a sûrement des solutions pour revenir à l’esprit de la démocratie. En voici une que je suggère comme on jette une bouteille à la mer. L’idée serait d’appliquer aux grands médias le dispositif du chèque scolaire. Ces derniers, conformément au principe de subsidiarité, appartiendraient à des associations de droit public – régulées par l’État mais ne lui appartenant pas – qui seraient subventionnées par le peuple via un "chèque médiatique" : autrement dit, les citoyens auraient un crédit d’impôt qu’ils seraient libres de reverser aux médias de leur choix. Ainsi, ceux-ci appartiendraient-ils aux Français et refléteraient plus ou moins ce qu’ils sont réellement (permettant au passage de réduire drastiquement la publicité), alors qu’il est évident aujourd’hui qu’il y a un décalage patent entre les classes politiques, médiatiques, financières qui nous dirigent et le peuple. N’est-ce pas un préalable pour changer la physionomie politique du pays ?…
http://www.lanef.net/ - mars 2014

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