Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

URL du site internet:

Le danger des inégalités

Publié dans Au delà
Le danger des inégalités

Comme chaque année en même période, le gratin du monde économique et financier se retrouvait à Davos (Suisse), du 22 au 25 janvier. M. Moscovici était présent parmi nombre d’autres ministres étrangers, banquiers, patrons de multinationales, économistes … Cette année, signe des temps, ce Forum a été confronté à la question devenue incontournable des inégalités qui progressent de façon inquiétante dans quasiment toutes les économies du monde, et tout particulièrement dans les pays les plus développés. En Europe, près du quart de la population (24,8 % exactement) était en 2012 "au seuil de la pauvreté et de l’exclusion sociale" (1) – soit 125 millions de personnes !

À l’occasion de ce 44e Forum économique mondial de Davos, l’ONG internationale Oxfam a publié un rapport qui s’intitule "En finir avec les inégalités extrêmes" (2). Il reconnaît que les inégalités économiques sont nécessaires et inévitables, notamment pour rétribuer l’esprit d’initiative, d’innovation, bref le talent et le travail. Mais les inégalités extrêmes qui sont devenues les nôtres et qui ne cessent de s’aggraver deviennent non seulement inacceptables d’un point de vue moral, mais aussi dangereuses pour le pacte social de nos sociétés et même pour le bon fonctionnement de l’économie. Pour Oxfam, cette concentration de richesses aux mains d’un nombre toujours plus restreint de personnes s’explique notamment par la déréglementation financière et est aggravée par la crise, la fraude fiscale, les politiques d’austérité … Pour bien marquer les esprits, ce rapport cite quelques chiffres qui font frémir :
– Les 85 personnes les plus riches du monde ont un patrimoine égal aux 4 milliards d’hommes les moins riches de la planète, soit la moitié de la population mondiale.
– 1 % de la population détient la moitié de la richesse mondiale.
– Aux États-Unis, les 1 % les plus riches ont confisqué 95 % de la croissance depuis 2009, tandis que les 90 % les moins riches se sont appauvris.
– Sept personnes sur dix vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté ces trente dernières années.

Le plus grave est le fait que les écarts, loin de se résorber, se creusent : alors qu’une toute petite minorité de privilégiés voit ses revenus continuer à croître, ceux de l’immense majorité de nos populations stagnent ou même baissent. La classe moyenne, en particulier, moteur de toute économie, se paupérise. Dans ce contexte, les salaires mirobolants des PDG de multinationales (ainsi que ceux du showbiz ou du sport), pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de millions d’euros par an, sont d’une indécence scandaleuse. Surtout lorsque ces entreprises, pour délocaliser, licencient sans vergogne des centaines d’employés que le salaire du seul patron suffirait à payer ! Mais le pire est peut-être le fait que cela ne choque plus guère ; en tout cas, ces patrons-là, semble-t-il, vivant dans un autre monde, une autre réalité que celle du commun des mortels, n’ont guère d’état d’âme à recevoir de tels pactoles – y compris en quittant des entreprises qu’ils laissent parfois en grande difficulté – et estiment justifié que l’on puisse gagner autant quand certains de leurs salariés reçoivent mille fois moins qu’eux, autrement dit gagnent durant toute leur vie professionnelle moins que leur patron en un mois !

Le problème, aujourd’hui, est que le politique est bien mal armé pour combattre cette dérive dramatique. En effet, il s’agirait là de s’opposer à l’oligarchie financière mondiale, mais le monde politique, de droite comme de gauche, est lui-même lié à cette oligarchie ! C’est l’intérêt de l’enquête de Sophie Coignard et Romain Gubert de le montrer : dans La caste cannibale (3), les auteurs nous racontent, à travers de multiples cas particuliers (une partie de la classe politique française y passe), comment le capitalisme est devenu fou, leur principal responsable étant l’économiste américain Milton Friedman dont l’école de pensée a largement contribué à établir l’hégémonie du néo-libéralisme au sein de l’oligarchie financière mondiale. "Le capitalisme hystérique tient le bras de l’État immoral (et vice versa !), écrivent nos deux auteurs. D’un côté une pression fiscale à la limite du supportable, une docilité face aux groupes de pression qui empêchent de réduire les déficits publics. De l’autre, des gouvernements qui se couchent devant les banquiers, après avoir annoncé qu’ils allaient mettre la finance au pas… tout en subventionnant la spéculation."

On le voit, s’il nous faut absolument sortir de ce libéralisme fou, devenu hégémonique depuis la chute du communisme, qui concentre la richesse et accroît les inégalités au risque de provoquer l’explosion sociale, ce n’est pas pour nous tourner vers le socialisme dont l’impéritie n’est plus à prouver, on ne le sait que trop en France. Ne serait-il pas temps d’explorer enfin du côté de la doctrine sociale de l’Église ? C’est bien ce que le pape François a sous-entendu dans son subtil message au Forum de Davos où, citant Benoît XVI, il a insisté sur la nécessité d’avoir " “une vision transcendante de la personne”, car “sans perspective d’une vie éternelle, le progrès humain demeure en ce monde privé de souffle” » (4).
Paru dans La Nef N° 256 février 2014 - http://www.lanef.net


(1) Chiffres Eurostat, cité par Michel Santi, Site Marianne, 6/01/2014.
(2) Rapport que l’on peut télécharger sur : www.oxfam.org/fr
(3) Sophie Coignard et Romain Gubert, La caste cannibale. Quand le capitalisme devient fou, Albin Michel, 2014, 330 pages, 20 e. Si l’analyse est quelque peu systématique, voire critiquable, la force de l’argument tient aux exemples très concrets difficilement contestables qui rendent aisée la lecture de cette enquête.
(4) Message du 17 janvier 2014, Zenit du 22 janvier 2014.

Un million le 13 janvier

Publié dans En France

Les manifestations contre le projet de "mariage" homosexuel, le 17 novembre à Paris et en province, ont rencontré un succès, il faut le dire, inattendu ! La France profonde s’est assez spontanément mobilisée contre ce projet : elle perçoit, sans doute confusément, qu’il est beaucoup plus qu’une simple réforme et qu’il relève d’une volonté prométhéenne de bouleverser un soubassement essentiel de toute société – la nécessité pour un enfant d’avoir un père et une mère ! Une telle mobilisation peut surprendre ceux pour qui le mariage, depuis longtemps, n’a plus aucun sens, sinon celui d’un simple contrat que l’on peut dénoncer aussi vite qu’on l’a signé ! Mais c’est précisément parce que cette institution est menacée de toute part, qu’il faut continuer à se mobiliser massivement pour la défendre. Car, que l’on ne s’y trompe pas, notre civilisation judéo-chrétienne repose sur la famille, qui est la cellule de base de la société – et non pas l’individu isolé, sans lien aucun ni racine –, et démanteler le mariage progressivement comme s’y attellent nos gouvernements successifs, de droite comme de gauche, lui ôter son sens profond, c’est attenter à la famille même et donc aux fondements d’une civilisation digne de ce nom. C’est bien à ce niveau qu’il faut situer l’enjeu du "mariage" homosexuel.
Ce succès, il me semble qu’on le doit aussi à nos évêques et il convient de leur rendre hommage pour leur combativité dans cette affaire : ils se sont clairement engagés contre le projet du gouvernement socialiste, beaucoup appelant à manifester le 17, nombre d’entre eux proposant, à l’instar du cardinal André Vingt-Trois, des argumentaires bien construits de nature à éclairer les esprits dubitatifs. Si tous soutiennent la grande manifestation du dimanche 13 janvier – et y participent, comme le cardinal Barbarin l’a fait à Lyon –, il devient envisageable de mettre un million de personnes dans la rue, comme pour la défense de l’école libre en 1984.
Dès lors, il est désormais possible d’empêcher cette folle résolution, qui semblait hier encore inéluctable, non pour soutenir un intérêt catégoriel – c’est précisément la faute des socialistes d’imposer la volonté d’une infime minorité au nom d’une notion dévoyée de l’égalité, comme si des situations différentes exigeaient un même traitement – mais pour défendre la justice, la dignité de la personne, l’enfant otage du désir d’adultes irresponsables, bref le bien commun.
À cet égard, il faut aussi rendre hommage à Frigide Barjot et à ses amis d’avoir pris l’initiative des manifestations du 17 novembre, pour ne pas laisser Civitas être le seul porte-drapeau des opposants. En effet, cet institut, par sa proximité affichée avec la Fraternité Saint-Pie X, n’a pas la capacité à rassembler au-delà des milieux traditionalistes. Il est donc essentiel, pour le succès d’un tel défilé – dont, ne l’oublions pas, dépend l’objectif qui est le retrait du projet de loi – que les organisateurs soient le plus consensuel possible et ne visent pas que le monde catholique.

Le mois dernier, j’insistais sur la notion de "bien", l’Église ayant en la matière une voix prophétique à faire entendre qu’elle ne peut mettre sous le boisseau – le monde attend et a besoin de ce témoignage qu’elle seule peut encore apporter. Mais il y a un temps pour tout, et celui d’aujourd’hui est au rassemblement de tous ceux, croyants ou non, de droite ou de gauche, qui veulent éviter à la France une dérive dramatique. Et cela est possible, car il y a encore assez de Français qui ont conservé un minimum de bon sens pour s’y opposer et aller le dire dans la rue. Sans doute beaucoup de ceux-là ne se réfèrent guère à la loi divine, ni même à la loi naturelle qu’ils ne connaissent pas, pas plus qu’ils n’appréhendent l’existence d’une nature humaine qui conditionne notre être profond. Tout cela est devenu inaudible par ignorance, nos contemporains ayant été "décérébrés" par un système éducatif et médiatique abrutissant. Certes, il faut inlassablement essayer de travailler en amont et convaincre les esprits de la validité de ces vérités, de leur bienfait pour l’homme, de leur nécessité pour le bon fonctionnement de la société, mais avec ce projet de loi imminent, nous sommes au pied du mur face à une mesure absurde dont beaucoup ne sont plus armés pour en percevoir la perversité. Pour l’immense majorité des jeunes, l’union homosexuelle ne pose aucun problème de principe : où le verraient-ils quand ils ont baigné dans un monde (famille, école, travail, médias, politique…) où tout leur dit que cela est normal, "naturel", bien même (voire mieux) ? Il n’y a plus guère que les chrétiens, les juifs et les musulmans qui, même s’ils sont eux aussi peu formés, ont au moins une religion pour leur enseigner que l’homosexualité ne peut être un bien – là-dessus, la Bible et le Coran sont sans appel.
À très court terme, donc, la priorité est au rassemblement non confessionnel en axant l’argumentation sur ce que tout le monde peut comprendre aisément, en commençant par le bien de l’enfant à protéger, chacun concevant facilement qu’il a besoin d’un père et d’une mère, qu’il ne peut être un simple objet de désir et que son intérêt fondamental prime celui de ces futurs "parents" adoptifs – encore une fois, l’adoption a pour but de donner des parents (un père et une mère) à un enfant qui n’en a plus, et non l’inverse.
Empêcher le "mariage" homosexuel est désormais possible. Cela dépend de chacun de nous. Soyons tous le 13 janvier à Paris et commençons dès maintenant à convaincre nos proches d’y être aussi. Nous pouvons – nous devons – être un million !

Paru dans La Nef, décembre 2012

Et la question du bien ?

Publié dans A tout un chacun

Le gouvernement socialiste semble décidé à légiférer en faveur du "mariage" homosexuel. Celui-ci, toutefois, suscite une opposition plus forte que prévue, notamment en raison de la possibilité d’adoption qui est inscrite dans le projet de loi. La contestation est forte en particulier dans les milieux concernés de près ou de loin par le développement et le bien des enfants. Les psychologues – comme tout être ayant conservé le sens commun – savent bien qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour se structurer et se développer harmonieusement.
La question de l’enfant est au demeurant symptomatique dans cette affaire. Elle révèle les mentalités effroyablement égoïstes de l’époque, qui ne s’intéresse qu’au désir des individus, en l’occurrence celui des adultes d’avoir un enfant dont le statut passe de sujet à objet – comme s’il y avait un "droit à l’enfant" –, alors que personne ne semble plus se soucier d’abord de ce qui est bon pour lui ! Plutôt qu’un droit à l’enfant, il serait bon de songer au droit de l’enfant, le but de l’adoption étant avant tout de donner un père et une mère à un enfant qui n’en a plus.

La mobilisation contre le projet gouvernemental est donc assez forte et l’on ne peut que s’en réjouir (1). Chacun sent bien qu’une telle loi, au-delà du symbole, marquerait une rupture anthropologique majeure. Gilles Bernheim, par exemple, grand rabbin de France, a été très clair dans un petit essai incisif publié sur internet le 18 octobre : "Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses : 1) les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité, 2) le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit, 3) les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences" (2).


Si cette mobilisation permettait d’empêcher l’adoption d’une loi aussi contraire au bien commun, ce serait pour la première fois une victoire importante contre la "culture de mort" archi-dominante. On mesure néanmoins l’emprise du "politiquement correct" par le fait que beaucoup d’arguments entendus ici ou là combattent le "mariage" gay et l’adoption tout en s’empressant d’affirmer la pleine légitimité des unions homosexuelles, lesquelles ont d’ailleurs déjà un statut tout à fait légal avec le Pacs. La grande question évacuée dans ce genre de débat est celle, pourtant centrale, du bien, c’est-à-dire de la légitimité, pour l’État, de reconnaître de telles unions.


Il est évidemment essentiel, comme l’Église nous y invite, d’ "accueillir avec respect, compassion, délicatesse" les personnes "ayant des tendances homosexuelles", de les aimer sans les juger comme pour chacun de nos frères. C’est assurément un progrès qu’il n’y ait plus de discrimination injuste à leur encontre. Mais, par aveuglement ou lâcheté, cela ne peut se faire au détriment de la vérité sur l’homme et du bien qui est toujours à rechercher. En cette circonstance, je ne peux qu’inviter à relire et méditer les Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles publiées par la Congrégation pour la Doctrine de la foi le 3 juin 2003. Tout est dit avec charité et clarté (3) : "La conscience morale exige d’être, en chaque occasion, témoin de la vérité morale intégrale à laquelle sont contraires aussi bien l’approbation des relations homosexuelles que la discrimination injuste vis-à-vis des personnes homosexuelles." Il est nécessaire d’ "affirmer clairement le caractère immoral de ce type d’union ; rappeler à l’État la nécessité de contenir le phénomène dans des limites qui ne mettent pas en danger le tissu de la moralité publique et surtout de ne pas exposer les jeunes générations à une conception erronée de la sexualité et du mariage qui les priverait des défenses nécessaires et qui contribuerait, en outre, à la diffusion du phénomène lui-même" (n. 5). À plusieurs reprises, ce texte romain qualifie l’homosexualité de "comportement déviant", "immoral", "objectivement désordonné"…


Un État digne de ce nom ne peut adopter une attitude de neutralité et mettre sur le même plan des pratiques sexuelles qui concourent de façon aussi inégale au bien commun. Non, bien sûr, qu’il ait à entrer dans la vie privée de chacun – libre de faire ce que bon lui semble dans son intimité –, mais il est de sa responsabilité de protéger la famille stable qui, seule, assure la pérennité de la société et permet au petit d’homme de s’épanouir. Si l’on refuse de considérer objectivement la notion de "bien" en ne s’attachant qu’au désir et à la volonté de certains, à la "sincérité" de leur amour, alors rien n’empêchera demain le "mariage" à trois, quatre… l’inceste, la zoophilie… dès lors qu’une majorité l’acceptera.

Le "mariage" gay est revendiqué au nom de l’ "égalité" et de la lutte contre les "discriminations" (4). Mais c’est sa légalisation qui serait une injustice profonde, elle établirait une discrimination inacceptable entre les enfants en privant délibérément certains d’un père et d’une mère, créant ainsi une inégalité de départ insupportable.

(1) Les évêques français ont été nombreux à réagir avec force et clarté, des pétitions ont été organisées ainsi que l’envoi de lettres aux élus…

(2) Gilles Bernheim, Mariage homosexuel : homoparentalité et adoption. Ce que l’on oublie souvent de dire (www.grandrabbindefrance.com), p. 24.
(3) Cf. aussi CEC n. 2357-2359.
(4) Discrimination et égalité sont deux notions perverties : il y a discrimination injuste quand on traite de façon inégale des personnes dans la même condition. Mais quand ce n’est pas le cas, il est juste de les traiter différemment, l’égalité vraie le requiert.

Paru dans La Nef, novembre 2012

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version