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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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La France "d'en haut"

Publié dans En France
La France "d'en haut"
 
Lorsque nous avions publié notre enquête Faut-il se libérer du libéralisme ? (1), un lecteur nous avait reproché de nous polariser sur cette question et ainsi d’en oublier le problème, bien plus grave à ses yeux, de l’islam en France. Curieuse réaction, comme s’il n’y avait qu’un seul sujet préoccupant, comme si une société comme la nôtre ne pouvait pas être menacée de multiples façons !
J’évoque cette réaction, car la lecture du dernier essai de Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut (2), montre indirectement que ces deux problèmes sont liés à maints égards ; indirectement, car l’auteur aborde peu le problème de l’islam, mais il est omniprésent en filigrane, notamment à travers sa dénonciation du multiculturalisme. L’islam, en effet, ne s’est développé en France et en Europe que par l’arrivée massive d’immigrés musulmans depuis quarante ans environ ; et l’immigration, main-d’œuvre bon marché, est elle-même la conséquence d’une politique délibérée souhaitée par le patronat et rendue possible à grande échelle par la prégnance de l’idéologie libérale qui anime le grand mouvement de mondialisation qui s’est développé dans le même temps.

Que dit Christophe Guilluy ? "Le modèle mondialisé accouche d’une société banalement multiculturelle. Une société travaillée par ses tensions et ses paranoïas identitaires, ses logiques séparatistes, ses ségrégations spatiales, parfois ses émeutes ethniques, en quelque sorte une société “américaine” comme les autres. Mais pouvait-il en être autrement ? Le rouleau compresseur de la mondialisation, les abandons successifs de souveraineté et le choix de l’immigration par le grand patronat ont mis fin au modèle assimilationniste républicain."
La mondialisation accompagnée d’une idéologie de l’ "ouverture" et du sans-frontière profite à ce que Christophe Guilluy appelle "la France d’en haut", essentiellement les habitants les mieux formés des grandes métropoles, les perdants étant la "France périphérique", près de 60 % de la population qui se concentre dans le rural et les villes petites et moyennes (le périurbain). Cette "France d’en haut" qui détient tous les pouvoirs – politique, médiatique, économique – ne cesse de vanter les bienfaits de la mondialisation et de la société multiculturelle, tout en pratiquant elle-même un "grégarisme social" qui érige en fait des frontières invisibles. Ainsi est-elle protégée de cette évolution qui aligne la France sur les normes libérales et inégalitaires des sociétés anglo-saxonnes : en termes de territoires (par sa concentration dans les grandes métropoles économiquement dynamiques), de logements (phénomène de la "gentrification"), d’emplois, de scolarité…

L’imposture tient au fait que ce "grand basculement" n’est pas assumé par les élites qui occultent "l’émergence des nouvelles catégories populaires précarisées" qui forment les gros bataillons de la "France périphérique". En effet, toute contestation de cette représentation sociale d’une mondialisation "heureuse" est vite marginalisée et ostracisée en étant "réduite à la question du racisme". Ainsi, "le “populaire” se résume donc aux minorités", ce qui permet "d’évacuer la question sociale au profit d’une question ethno-culturelle" : les classes populaires "blanches" sont devenues invisibles, confortant la représentation erronée d’une société appuyée sur une classe moyenne majoritaire qui ne l’est plus en réalité, les catégories supérieures – également subtilement intégrées dans la "classe moyenne" – imposant leurs orientations comme si celles-ci bénéficiaient d’un très large consensus.

Ce qui ressort de cet essai décapant est le décalage croissant entre les élites et une large majorité de la population, hostile à la mondialisation (3) et à l’immigration sans contrôle, consciente de l’écart trop important entre les revenus (4), alors que "la classe politique surjoue les postures républicaines et égalitaires mais signe tous les traités de libre-échange, en acceptant les abandons de souveraineté". Bref, tout est fait pour accentuer ce mouvement largement rejeté par les Français, ceux qui s’y opposent étant traités de "populistes" et de "racistes", évitant ainsi tout débat de fond. Les peuples comprennent cependant de plus en plus que la défense de leur identité est le seul rempart, aussi bien contre la domination infernale de la marchandise mondialisée et du "tout marché", que contre l’islamisation de la société (5).
Sauf "conversion" soudaine de nos dirigeants ou victoire aux élections d’un candidat "populiste", ce décalage n’est pas près de se réduire, ce qui conduira, selon notre auteur, "les classes dominantes et supérieures" vers "un totalitarisme soft" pour maintenir leur pouvoir…

Paru dans La Nef, octobre 2016

(1) Chez Pierre-Guillaume de Roux en décembre 2015.
(2) Christophe Guilluy, Le crépuscule de la France d’en haut, Flammarion, 2016, 256 pages, 16 €. Ouvrage qui complète ses deux essais précédents, Fractures françaises (2010) et La France périphérique (2014).
(3) 60 % des Français considèrent la mondialisation comme "une menace" quand 62 % des cadres "y voient une opportunité".
(4) 91 % des Français, mais aussi 90 % des Chinois, 73 % des Suédois et même 65 % des Américains "sont d’accord pour dire que les différences de revenus sont trop importantes".
(5) L’enquête de l’Institut Montaigne qui montrerait "la bonne intégration de la population musulmane" est au contraire fort inquiétante : elle révèle que 28 % des musulmans en France "ont un profil autoritaire". Certains vivent en rupture avec les valeurs républicaines, plébiscitent le port du niqab ou de la burka et la polygamie. Ils semblent surreprésentés parmi les jeunes" (site du JDD du 18 sept. 2016).

Une leçon de démocratie

Publié dans Avec l'Europe
Une leçon de démocratie
 
En politique, les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour que nous ne boudions pas notre plaisir après le vote britannique favorable au Brexit le 23 juin dernier. Il s’agit d’un événement d’une immense portée, puisque c’est la première fois qu’un véritable coup d’arrêt est porté à la "construction européenne" qui s’élabore depuis trente ans contre les peuples du vieux continent. Certes, il y avait eu le référendum de Maastricht sur la monnaie unique en 1992 qui était passé d’extrême justesse et qui aurait dû alerter nos eurocrates ; il y a surtout eu le rejet clair et net de la Constitution européenne en 2005 (en France et aux Pays-Bas) qui aurait dû stopper la machine mais que nos politiques ont superbement méprisé et finalement ignoré.

Cette fois-ci, le résultat est incontournable et crée un précédent historique : il est possible de sortir de cette Europe-là et l’on verra que, malgré les menaces et discours catastrophistes ressassés à l’envi avec une démagogie aussi absurde qu’enfantine par les partisans du Remain, le retrait britannique ne conduira à rien de tel, il montrera au contraire, qu’à l’instar de la Suisse ou de la Norvège, il y a aujourd’hui plus d’avantages que d’inconvénients à être en-dehors de cette Union européenne, moloch bureaucratique ouvert à tous les vents qui confisque la démocratie et sape les nations.

Un avertissement assez clair
De ce vote outre-Manche, il y a des leçons à tirer que nos politiques feraient bien d’intégrer s’ils en sont encore capables, tant l’idéologie européiste les aveugle.
Dès l’origine, l’Europe s’est élaborée sur une ambiguïté. Jean Monnet était clairement fédéraliste et les pères fondateurs chrétiens – Schuman, Adenauer, De Gasperi – assez peu clairs, tandis que le général de Gaulle, arrivé au pouvoir après la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, affirmait nettement la primauté nationale contre toute évolution fédéraliste : par le "compromis de Luxembourg", il avait réussi à imposer un droit de veto qui sauvegardait la souveraineté des nations.
Mais cet acquis fut peu à peu défait par ses successeurs et l’Europe prit à nouveau une direction supranationale avec l’Acte unique (1986) et ses suites… Le problème est que jamais, et nulle part, les peuples ne furent réellement informés et consultés des orientations "fédéralistes" prises par une toute petite élite politico-bureaucratique qui savait bien mieux que le peuple ce qu’il voulait et où était son bien. Pire, les signes étaient assez évidents depuis longtemps que les peuples ne voulaient pas s’engager dans cette voie, qu’ils demeuraient attachés à une certaine souveraineté de leurs nations, mais cette "élite", aveuglée par son orgueil technocratique, n’en a tenu aucun compte, les opposants à un si beau dessein ne pouvant être que d’horribles xénophobes racistes qu’il fallait rééduquer et qui finiraient bien par comprendre qu’ils avaient tort !

L’échec de l'Europe
L’échec fondamental de l’Europe est là et le Brexit en est une conséquence. Le vice rédhibitoire de cette Europe est d’être coupée des peuples, d’agir contre leur sentiment profond et leur besoin d’enracinement, d’être foncièrement anti-démocratique, aux mains d’une classe apatride non élue et inconnue du grand public. Ajoutons à cela le monstre bureaucratique ubuesque que sont devenues les institutions bruxelloises avec leur pléthore de fonctionnaires qui se mêlent de tout et de rien, et l’on comprendra le rejet qu’inspire aujourd’hui le "projet européen" ! Lequel n’a jamais eu de dimension exaltante et transcendante, mais, en plus, il n’apporte même plus d’avantages là où il prétendait en donner : en économie, où l’austérité est devenue la règle d’or. Et pour les nations du Sud soumises au carcan de l’euro, c’est pire encore et sans espoir de solutions satisfaisantes.
Au reste, est-ce vraiment "l’Europe" qui a apporté la paix et la prospérité ? On peut penser avec Marcel Gauchet que c’est plutôt l’Europe qui s’est bâtie grâce à la paix assurée par la Guerre froide, alors que la prospérité a été générale dans le monde occidental d’après-guerre (1).

L’autre leçon du Brexit est que le scrutin s’est joué principalement sur les thèmes de l’identité et des frontières dans un contexte d’immigration massive. Or, s’il est des domaines où l’Europe ne nous protège en rien, c’est bien ceux-là : elle est, par idéologie libérale, quasiment la seule zone au monde qui applique naïvement le libre-échange et qui ne cherche pas à protéger son marché intérieur ni ses frontières de l’immigration : celle-ci est même recherchée pour combler la chute démographique du vieux continent, dont tout le monde se moque ! Ainsi, au lieu de promouvoir des politiques natalistes là où les peuples vieillissants ne font plus d’enfants, édifie-t-on une société multiculturelle à forte prédominance musulmane incompatible avec nos valeurs fondamentales et dont on prend conscience qu’elle risque de mener à la guerre civile.

Les enseignements du Brexit devraient être un enjeu majeur de la présidentielle de 2017 : si l’on veut vraiment sauver l’Europe, il faut radicalement tourner le dos à la logique fédérale actuelle et rebâtir à frais nouveaux une Europe des nations avec des structures infiniment plus légères qui associeraient enfin les peuples par référendum à toutes les grandes décisions. Et rien n’empêche de commencer dès maintenant par suivre l’exemple britannique avec un référendum dans chacun des pays de l’Union. Au lieu de cela, il est fort à craindre que Mme Merkel et M. Hollande trouveront la solution dans… "encore plus d’Europe", de celle pourtant dont les peuples ne veulent plus !
(1) Marcel Gauchet, Comprendre le malheur français, Stock, 2016, p. 162. 

Paru sur www.lanef.net, éditorial, juillet-août 2016

Un régime à bout de souffle

Publié dans En France
Un régime à bout de souffle
 
Le mouvement Nuit debout qui est né de l’opposition, à gauche, à la loi El Khomri "et à son monde" a donné lieu à de multiples commentaires et analyses. La plupart, assez attendus : la presse de gauche y voyant une sympathique réaction populaire face à un gouvernement socialiste qui exaspère sa base, prémices, espère-t-elle, d’un Podemos à la française ; celle de droite, surtout après l’exclusion musclée d’Alain Finkielkraut, n’y discernant rien d’autre que l’extrême gauche révolutionnaire, sectaire et même violente qui rêve toujours du "grand soir".

Le contact, place de la République, laisse une impression curieuse avec beaucoup de petites gens qui cherchent à s’accrocher à quelque chose de tangible, une solidarité visible avec de la nourriture récupérée d’invendus, mais aussi ici ou là un discours méchamment anti-policier, anti-système et les inévitables "commissions" : "féministes radicales", LGBT, "Palestine libre", antispéciste…
Tout cela ne recoupe guère les idées que nous défendons ici, mais je crois que l’on aurait tort d’évacuer Nuit debout comme un simple épiphénomène sans intérêt de l’extrême gauche et de ne pas essayer de comprendre ce que ce mouvement révèle de la crise profonde de notre système démocratique représentatif. Car si ces personnes essaient ainsi de retrouver une capacité d’initiative politique, de réinvestir la chose publique en disant que la politique est l’affaire de tous, c’est bien qu’elles ne se sentent plus du tout représentées par la classe politique, le gouvernement, les députés ou au niveau des différentes instances locales. Et n’oublions pas que c’est ce même sentiment d’être ignoré et méprisé par leurs dirigeants qui avait poussé des millions de Français à manifester avec LMPT des mois durant contre le "mariage pour tous".

Bref, le symptôme est assez simple à comprendre et il est fort inquiétant : de plus en plus de Français ne se sentent plus représentés, la démocratie a été vidée de sa substance pour n’être plus qu’un système qui tourne en rond et dont vit une petite minorité de professionnels – politiques, journalistes qui apparaissent tous plus ou moins liés aux puissances d’argent qui possèdent les grands médias et financent les partis. C’est donc bien le fonctionnement même de notre démocratie qui est visé ici, question dont on admettra sans peine qu’elle n’est pas sans importance.

Parmi des discours abracadabrants, on peut aussi entendre à Nuit debout des propos qui pointent de vrais problèmes : la remise en cause du traité TAFTA entre l’UE et les États-Unis, la critique du mondialisme libéral avec son cortège de délocalisations, et même la vision technocratique de l’Europe… Ils ne sont pas les seuls à avoir compris que, malgré le rouleau compresseur de la propagande, l’UE, telle qu’elle se construit depuis trois décennies, n’était pas la solution mais bien l’un de nos problèmes. Qui croit encore, comme l’affirment nos principaux politiques, que nos remèdes résident dans toujours plus d’intégration européenne, quand l’UE, entité ouverte aux quatre vents, apparaît incapable de défendre ses peuples qui se sentent dépossédés de toute souveraineté, le pouvoir européen étant lointain et anonyme, bref tout sauf démocratique ?

Le problème du multiculturalisme
Il est cependant un point sur lequel Nuit debout demeure prisonnier de l’idéologie de l’extrême gauche, c’est celui du multiculturalisme. Sa critique du mondialisme libéral ou de l’UE se heurte à un véritable tabou à gauche, Mathieu Bock-Côté l’explique dans un essai aussi vif que pertinent : "critiquer le multiculturalisme en l’accusant de déconstruire le substrat culturel et identitaire d’une nation ne semble pas toléré dans un espace politique reformaté à partir de la gauche idéologique" (1). Nuit debout ne se distingue guère ici de toute la gauche qui en est toujours à croire à un égalitarisme qui fait de tous les hommes des êtres interchangeables, les notions de culture, d’histoire, de mémoire n’étant pour elle que des aspects secondaires de la personne, des aspects qu’il faut même combattre au prétexte qu’ils entraveraient la liberté de l’homme, alors qu’un individu ainsi désincarné est livré nu et désarmé dans un monde qui lui est étranger ; cette haine de soi se double d’un attrait inconditionnel de l’Autre pourvu de toutes les vertus. Aussi cette gauche milite-t-elle pour une immigration sans limite – l’islam n’est pas un problème – et, en dédaignant ce qui constitue l’humain dans son enracinement national et culturel, est-elle en pointe dans le mouvement de destruction des nations : mais ni la gauche ni même la plupart à droite n’ont réalisé que la destruction des nations – l’atteinte à leur souveraineté et leur identité – brisait le seul cadre empiriquement connu d’un juste fonctionnement de la démocratie. Celle-ci a besoin de s’incarner dans des réalités charnelles, celle de la patrie d’abord, mais aussi, en descendant par cercles concentriques, à de plus petites échelles pour être au niveau de la vie concrète des gens.

Si notre classe politico-médiatique n’était pas aussi aveuglée par sa propre idéologie, elle pourrait s’interroger sur ce qui devrait être l’un des grands défis politiques de l’avenir : recréer une véritable démocratie participative à l’échelle nationale, instaurer une démocratie directe laissée à l’initiative populaire, avec un ré-enracinement local plus poussé, réinventer des circuits économiques courts favorisant les régions… Les Français ne manqueraient pas d’idées, encore faudrait-il vouloir les écouter et pouvoir en débattre…

(1) Mathieu Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique, Cerf, 2016, 368 pages, 24 €, p. 307

Editorial paru sur www.lanef.net, mai 2016

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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