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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Une leçon de démocratie

Publié dans Avec l'Europe
Une leçon de démocratie
 
En politique, les bonnes nouvelles sont suffisamment rares pour que nous ne boudions pas notre plaisir après le vote britannique favorable au Brexit le 23 juin dernier. Il s’agit d’un événement d’une immense portée, puisque c’est la première fois qu’un véritable coup d’arrêt est porté à la "construction européenne" qui s’élabore depuis trente ans contre les peuples du vieux continent. Certes, il y avait eu le référendum de Maastricht sur la monnaie unique en 1992 qui était passé d’extrême justesse et qui aurait dû alerter nos eurocrates ; il y a surtout eu le rejet clair et net de la Constitution européenne en 2005 (en France et aux Pays-Bas) qui aurait dû stopper la machine mais que nos politiques ont superbement méprisé et finalement ignoré.

Cette fois-ci, le résultat est incontournable et crée un précédent historique : il est possible de sortir de cette Europe-là et l’on verra que, malgré les menaces et discours catastrophistes ressassés à l’envi avec une démagogie aussi absurde qu’enfantine par les partisans du Remain, le retrait britannique ne conduira à rien de tel, il montrera au contraire, qu’à l’instar de la Suisse ou de la Norvège, il y a aujourd’hui plus d’avantages que d’inconvénients à être en-dehors de cette Union européenne, moloch bureaucratique ouvert à tous les vents qui confisque la démocratie et sape les nations.

Un avertissement assez clair
De ce vote outre-Manche, il y a des leçons à tirer que nos politiques feraient bien d’intégrer s’ils en sont encore capables, tant l’idéologie européiste les aveugle.
Dès l’origine, l’Europe s’est élaborée sur une ambiguïté. Jean Monnet était clairement fédéraliste et les pères fondateurs chrétiens – Schuman, Adenauer, De Gasperi – assez peu clairs, tandis que le général de Gaulle, arrivé au pouvoir après la création de la Communauté économique européenne (CEE) en 1957, affirmait nettement la primauté nationale contre toute évolution fédéraliste : par le "compromis de Luxembourg", il avait réussi à imposer un droit de veto qui sauvegardait la souveraineté des nations.
Mais cet acquis fut peu à peu défait par ses successeurs et l’Europe prit à nouveau une direction supranationale avec l’Acte unique (1986) et ses suites… Le problème est que jamais, et nulle part, les peuples ne furent réellement informés et consultés des orientations "fédéralistes" prises par une toute petite élite politico-bureaucratique qui savait bien mieux que le peuple ce qu’il voulait et où était son bien. Pire, les signes étaient assez évidents depuis longtemps que les peuples ne voulaient pas s’engager dans cette voie, qu’ils demeuraient attachés à une certaine souveraineté de leurs nations, mais cette "élite", aveuglée par son orgueil technocratique, n’en a tenu aucun compte, les opposants à un si beau dessein ne pouvant être que d’horribles xénophobes racistes qu’il fallait rééduquer et qui finiraient bien par comprendre qu’ils avaient tort !

L’échec de l'Europe
L’échec fondamental de l’Europe est là et le Brexit en est une conséquence. Le vice rédhibitoire de cette Europe est d’être coupée des peuples, d’agir contre leur sentiment profond et leur besoin d’enracinement, d’être foncièrement anti-démocratique, aux mains d’une classe apatride non élue et inconnue du grand public. Ajoutons à cela le monstre bureaucratique ubuesque que sont devenues les institutions bruxelloises avec leur pléthore de fonctionnaires qui se mêlent de tout et de rien, et l’on comprendra le rejet qu’inspire aujourd’hui le "projet européen" ! Lequel n’a jamais eu de dimension exaltante et transcendante, mais, en plus, il n’apporte même plus d’avantages là où il prétendait en donner : en économie, où l’austérité est devenue la règle d’or. Et pour les nations du Sud soumises au carcan de l’euro, c’est pire encore et sans espoir de solutions satisfaisantes.
Au reste, est-ce vraiment "l’Europe" qui a apporté la paix et la prospérité ? On peut penser avec Marcel Gauchet que c’est plutôt l’Europe qui s’est bâtie grâce à la paix assurée par la Guerre froide, alors que la prospérité a été générale dans le monde occidental d’après-guerre (1).

L’autre leçon du Brexit est que le scrutin s’est joué principalement sur les thèmes de l’identité et des frontières dans un contexte d’immigration massive. Or, s’il est des domaines où l’Europe ne nous protège en rien, c’est bien ceux-là : elle est, par idéologie libérale, quasiment la seule zone au monde qui applique naïvement le libre-échange et qui ne cherche pas à protéger son marché intérieur ni ses frontières de l’immigration : celle-ci est même recherchée pour combler la chute démographique du vieux continent, dont tout le monde se moque ! Ainsi, au lieu de promouvoir des politiques natalistes là où les peuples vieillissants ne font plus d’enfants, édifie-t-on une société multiculturelle à forte prédominance musulmane incompatible avec nos valeurs fondamentales et dont on prend conscience qu’elle risque de mener à la guerre civile.

Les enseignements du Brexit devraient être un enjeu majeur de la présidentielle de 2017 : si l’on veut vraiment sauver l’Europe, il faut radicalement tourner le dos à la logique fédérale actuelle et rebâtir à frais nouveaux une Europe des nations avec des structures infiniment plus légères qui associeraient enfin les peuples par référendum à toutes les grandes décisions. Et rien n’empêche de commencer dès maintenant par suivre l’exemple britannique avec un référendum dans chacun des pays de l’Union. Au lieu de cela, il est fort à craindre que Mme Merkel et M. Hollande trouveront la solution dans… "encore plus d’Europe", de celle pourtant dont les peuples ne veulent plus !
(1) Marcel Gauchet, Comprendre le malheur français, Stock, 2016, p. 162. 

Paru sur www.lanef.net, éditorial, juillet-août 2016

Un régime à bout de souffle

Publié dans En France
Un régime à bout de souffle
 
Le mouvement Nuit debout qui est né de l’opposition, à gauche, à la loi El Khomri "et à son monde" a donné lieu à de multiples commentaires et analyses. La plupart, assez attendus : la presse de gauche y voyant une sympathique réaction populaire face à un gouvernement socialiste qui exaspère sa base, prémices, espère-t-elle, d’un Podemos à la française ; celle de droite, surtout après l’exclusion musclée d’Alain Finkielkraut, n’y discernant rien d’autre que l’extrême gauche révolutionnaire, sectaire et même violente qui rêve toujours du "grand soir".

Le contact, place de la République, laisse une impression curieuse avec beaucoup de petites gens qui cherchent à s’accrocher à quelque chose de tangible, une solidarité visible avec de la nourriture récupérée d’invendus, mais aussi ici ou là un discours méchamment anti-policier, anti-système et les inévitables "commissions" : "féministes radicales", LGBT, "Palestine libre", antispéciste…
Tout cela ne recoupe guère les idées que nous défendons ici, mais je crois que l’on aurait tort d’évacuer Nuit debout comme un simple épiphénomène sans intérêt de l’extrême gauche et de ne pas essayer de comprendre ce que ce mouvement révèle de la crise profonde de notre système démocratique représentatif. Car si ces personnes essaient ainsi de retrouver une capacité d’initiative politique, de réinvestir la chose publique en disant que la politique est l’affaire de tous, c’est bien qu’elles ne se sentent plus du tout représentées par la classe politique, le gouvernement, les députés ou au niveau des différentes instances locales. Et n’oublions pas que c’est ce même sentiment d’être ignoré et méprisé par leurs dirigeants qui avait poussé des millions de Français à manifester avec LMPT des mois durant contre le "mariage pour tous".

Bref, le symptôme est assez simple à comprendre et il est fort inquiétant : de plus en plus de Français ne se sentent plus représentés, la démocratie a été vidée de sa substance pour n’être plus qu’un système qui tourne en rond et dont vit une petite minorité de professionnels – politiques, journalistes qui apparaissent tous plus ou moins liés aux puissances d’argent qui possèdent les grands médias et financent les partis. C’est donc bien le fonctionnement même de notre démocratie qui est visé ici, question dont on admettra sans peine qu’elle n’est pas sans importance.

Parmi des discours abracadabrants, on peut aussi entendre à Nuit debout des propos qui pointent de vrais problèmes : la remise en cause du traité TAFTA entre l’UE et les États-Unis, la critique du mondialisme libéral avec son cortège de délocalisations, et même la vision technocratique de l’Europe… Ils ne sont pas les seuls à avoir compris que, malgré le rouleau compresseur de la propagande, l’UE, telle qu’elle se construit depuis trois décennies, n’était pas la solution mais bien l’un de nos problèmes. Qui croit encore, comme l’affirment nos principaux politiques, que nos remèdes résident dans toujours plus d’intégration européenne, quand l’UE, entité ouverte aux quatre vents, apparaît incapable de défendre ses peuples qui se sentent dépossédés de toute souveraineté, le pouvoir européen étant lointain et anonyme, bref tout sauf démocratique ?

Le problème du multiculturalisme
Il est cependant un point sur lequel Nuit debout demeure prisonnier de l’idéologie de l’extrême gauche, c’est celui du multiculturalisme. Sa critique du mondialisme libéral ou de l’UE se heurte à un véritable tabou à gauche, Mathieu Bock-Côté l’explique dans un essai aussi vif que pertinent : "critiquer le multiculturalisme en l’accusant de déconstruire le substrat culturel et identitaire d’une nation ne semble pas toléré dans un espace politique reformaté à partir de la gauche idéologique" (1). Nuit debout ne se distingue guère ici de toute la gauche qui en est toujours à croire à un égalitarisme qui fait de tous les hommes des êtres interchangeables, les notions de culture, d’histoire, de mémoire n’étant pour elle que des aspects secondaires de la personne, des aspects qu’il faut même combattre au prétexte qu’ils entraveraient la liberté de l’homme, alors qu’un individu ainsi désincarné est livré nu et désarmé dans un monde qui lui est étranger ; cette haine de soi se double d’un attrait inconditionnel de l’Autre pourvu de toutes les vertus. Aussi cette gauche milite-t-elle pour une immigration sans limite – l’islam n’est pas un problème – et, en dédaignant ce qui constitue l’humain dans son enracinement national et culturel, est-elle en pointe dans le mouvement de destruction des nations : mais ni la gauche ni même la plupart à droite n’ont réalisé que la destruction des nations – l’atteinte à leur souveraineté et leur identité – brisait le seul cadre empiriquement connu d’un juste fonctionnement de la démocratie. Celle-ci a besoin de s’incarner dans des réalités charnelles, celle de la patrie d’abord, mais aussi, en descendant par cercles concentriques, à de plus petites échelles pour être au niveau de la vie concrète des gens.

Si notre classe politico-médiatique n’était pas aussi aveuglée par sa propre idéologie, elle pourrait s’interroger sur ce qui devrait être l’un des grands défis politiques de l’avenir : recréer une véritable démocratie participative à l’échelle nationale, instaurer une démocratie directe laissée à l’initiative populaire, avec un ré-enracinement local plus poussé, réinventer des circuits économiques courts favorisant les régions… Les Français ne manqueraient pas d’idées, encore faudrait-il vouloir les écouter et pouvoir en débattre…

(1) Mathieu Bock-Côté, Le multiculturalisme comme religion politique, Cerf, 2016, 368 pages, 24 €, p. 307

Editorial paru sur www.lanef.net, mai 2016

Un accord absurde !

Publié dans Avec l'Europe
Un accord absurde !
 
Après les attentats de Paris du 13 novembre, c’est Bruxelles qui a vécu l’horreur de la terreur islamiste le 22 mars dernier. Ce drame a éclipsé l’accord hallucinant passé entre l’Union européenne (UE) et la Turquie quelques jours plus tôt, le 18 mars. Hallucinant car à l’heure où l’Europe tangue sous la violence criminelle et aveugle des islamistes, c’est à la Turquie, dirigée par un "islamiste modéré", ainsi que le nomment pudiquement nos médias, qu’elle abandonne bien légèrement une part importante du contrôle de ses frontières, alors même que ce pays est depuis longtemps un "maillon faible" face au terrorisme islamiste ! Si Madame Merkel est ravie de cet accord, le premier ministre turc, M. Davutoglu, l’est plus encore. Et il a raison, car, ainsi que l’écrivait Renaud Girard dans Le Figaro du 22 mars, c’est "un marché de dupes" qui révèle, s’il en était encore besoin, combien l’UE est devenue une structure ubuesque dirigée par des hommes étrangers à l’histoire et aux intérêts fondamentaux des peuples et des nations qui la composent.
 
Que stipule cet accord, en effet ?
L’aide de l’UE à la Turquie pour accueillir les migrants est portée à 6 milliards d’euros et cette dernière a obtenu pour ses 80 millions d’habitants (musulmans) l’ouverture sans conditions de l’espace Schengen, ainsi qu’une relance des discussions d’adhésion à l’UE. En échange, la Turquie accepte de reprendre chez elle tous les migrants partis de ses côtes qui ont débarqué illégalement en Grèce, les Européens s’engageant à donner un droit d’installation sur leur territoire à autant de demandeurs d’asile présents dans les camps turcs. Autrement dit, l’accord ne cherche même pas à limiter le flux des migrants – l’appel d’air n’a donc aucune raison de s’arrêter –, seulement à rendre leur itinéraire encore plus compliqué selon un mécanisme qui ne pouvait être inventé que par des technocrates déracinés et déconnectés du réel qui ne nous ont pas expliqué qui aura la responsabilité de ramener en Turquie les migrants clandestins… Et comble d’ironie et de déshonneur, nos eurocrates droits-de-l’hommiste ont réussi le tour de force de renvoyer des exilés dans un pays, la Turquie, qui ne reconnaît pas le statut de réfugiés aux demandeurs d’asile originaires du Proche-Orient !
 
Mais le plus scandaleux est que cet accord n’évoque pas l’effroyable exploitation des migrants, véritable trafic d’êtres humains qui est organisé à partir des côtes turques et que le gouvernement d’Ankara laisse faire, alors qu’il pourrait facilement le stopper s’il en avait la volonté, ce qui aurait été plus simple que l’accord absurde conclu le 18 mars !
Autre aspect que personne ne souligne : ce sont les États-Unis qui sont à l’origine du chaos en Irak, nullement l’Europe, qui n’est pour rien également dans la guerre civile syrienne, et c’est pourtant elle qui, non seulement en subit les conséquences en termes de migrations, mais encore est la seule à payer pour aider la Turquie à faire face à ce vaste mouvement migratoire : ne serait-il pas juste d’inviter les États-Unis à prendre leur part du fardeau ?
 
Enfin, pourquoi les migrants, qui sont à plus de 95 % musulmans, cherchent-ils absolument à quitter la Turquie, grand pays frère qui a une économie assez prospère ? Pourquoi n’essaient-ils pas de rejoindre les richissimes monarchies pétrolières du Golfe qui sont loin d’être surpeuplées et dont la responsabilité est fortement engagée dans la déstabilisation de la Syrie ? Et pourquoi ces pays ne manifestent-ils aucune solidarité avec leurs coreligionnaires ? Ces questions n’effleurent visiblement pas nos dirigeants européens, faibles, lâches, sans vision politique et toujours prompts à l’auto-culpabilisation.
 
L’UE ne défend pas ses peuples
C’est là le drame : l’UE, engluée dans son idéologie multiculturaliste, est incapable de défendre les intérêts fondamentaux de ses membres. L’enracinement, l’identité des peuples, la souveraineté des nations sont des notions qu’elle ne comprend plus, qu’elle combat même, et l’immigration est l’un des moyens de ce combat en même temps qu’une façon – neutre, pense-t-elle, puisque tous les hommes, de quelque origine, seraient interchangeables – de compenser la chute démographique du vieux continent, qu’elle n’essaie même plus de redresser – pensez donc, cela obligerait à défendre la famille traditionnelle tant honnie ! Ce faisant, l’UE apparaît de plus en plus clairement comme une technocratie foncièrement et viscéralement anti-démocratique, l’avis des peuples étant méprisé et le véritable pouvoir semblant toujours plus lointain et anonyme, concentré en une caste sans légitimité politique.
La belle idée européenne est, depuis l’Acte unique de 1986, menacée par une folle union qui écrase les peuples et les nations. Si l’on veut sauver l’Europe, il est temps de la construire sur d’autres bases.

Editorial, La Nef, avril 2016

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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