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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

URL du site internet:

L'avortement : le retournement ?

Publié dans A tout un chacun

Du 18 au 27 janvier, le Planning Familial a lancé en Ile-de-France, en partenariat avec le Conseil régional, une campagne publicitaire sur le thème "Sexualité, contraception, avortement : un droit, mon choix, notre liberté", campagne justifiée par le fait que "les lois sur la contraception et l'avortement relèvent aujourd'hui moins du droit que de la tolérance.
Elles ne sont pas correctement appliquées et les libertés que l'on croyait hier acquises sont de moins en moins reconnues", peut-on lire sur le site du Planning Familial. On connaît la dialectique de ces mouvements qui hurlent à la "liberté" en péril afin d'aller toujours plus loin dans la culture de mort. Il n'empêche que des signes montrent que le vent est peut-être en train de tourner. Certes, ce n'est pas le communiqué des évêques d'Ile-de-France du 22 janvier qui en est le symbole le plus probant : "Promouvoir l'avortement, c'est renoncer à nos responsabilités". Disons que ce communiqué a un grand mérite, celui d'exister et de marquer une opposition.
Mais le principal est ailleurs. De plus en plus de médecins refusent de pratiquer des avortements et le tabou sur le traumatisme qui touche les femmes qui y ont eu recours commence peu à peu à sauter. Certes, de tels témoignages, bouleversants, effrayants, ne passent pas dans les grands médias  - du moins en France -, mais ils vont inévitablement faire leur chemin, lentement mais sûrement : ils détruisent à eux seuls le mythe de l'avortement comme étant objet d'un "choix", d'une "liberté". Et puis l'on constate chez nos voisins espagnols et italiens une véritable mobilisation de l'opinion catholique, entraînée par des épiscopats qui n'hésitent plus à monter en première ligne avec pugnacité pour défendre la Vie. Deux millions de manifestants à Madrid le 30 décembre dernier défilant à l'appel de leurs évêques - avec ceux de Madrid, Tolède et Valence en tête - avec comme slogan : "Pour la famille chrétienne". Et en Italie, l'idée d'un moratoire mondial sur l'avortement a rencontré un large succès et provoqué un débat national de très grande ampleur. Il y a encore la Croatie, où les avortements ont chuté de près de 90 % depuis 1989 grâce à une politique d'éducation et de formation menée conjointement par l'État et l'Église.
Ces exemples montrent que le courant peut être renversé, que la victoire de la "culture de mort" n'a rien d'inéluctable.

En France, la quatrième Marche pour la Vie a eu lieu le 20 janvier : elle rassemble chaque année un peu plus de monde. Certes, 10 ou 20 000 personnes c'est peu en comparaison des foules madrilènes. Mais honneur aux courageux militants qui maintiennent bien seuls, dans le silence et une grande indifférence, le flambeau de la résistance publique contre la banalisation du "crime abominable" (concile Vatican II). Cette année, six évêques ont apporté leur soutien à la marche, dont le slogan était "L'avortement en tue 1 sur 4" : Mgr Aubry, Mgr Bagnard, Mgr Cattenoz, Mgr Centène, Mgr Fort et Mgr Rey. L'an prochain, ou plus tôt si l'actualité l'exige, pourquoi l'piscopat dans son ensemble ne soutiendrait-il pas une grande manifestation en faveur de la "culture de vie" avec de nombreux évêques à sa tête (rien ne vaut l'exemple) ? À force de publier des banalités sur de multiples sujets étrangers à leur vocation, nos évêques en sont arrivés à sous-estimer le poids d'une parole forte dans un domaine qui relève sans ambages de leur compétence. Pour défendre la Vie, ils pourraient, avec un peu d'organisation et d'intelligence, rassembler des foules significatives.

Car enfin, il y a un autre facteur qui joue en notre faveur, on l'oublie trop souvent : c'est la force de la vérité et de la logique. L'avortement ne peut être ni un "choix", ni un "droit" ou une "liberté", c'est un crime. Chacun comprend que l'on n'a ni le "choix", ni le "droit", ni la "liberté" de tuer son prochain. Mais ce n'est pas une personne, objectera le partisan de l'avortement. En vérité, il n'en sait rien et ne peut le prouver et c'est bien à lui et à lui seul qu'incombe la charge de la preuve. Pour que l'avortement soit moralement légitime, en effet, il ne suffit pas qu'on ne puisse pas prouver que l'enfant à naître est une personne, il faut démontrer qu'il n'en est pas une avec certitude (1). Or, la biologie montre au contraire combien le petit d'homme est déjà tout entier dans l'oeuf qui vient de se former. S'il n'est pas déjà une personne, quand le devient-il ? Aucune réponse incontestable n'a été donnée, montrant bien qu'il existe au pire un doute qui ne peut jouer qu'en faveur de la victime, l'enfant à naître, rendant ainsi l'avortement insupportable et injustifiable.

La "culture de mort" est encore toute puissante dans les médias et les institutions. Elle le devient un peu moins dans les esprits. La résistance s'organise. Ne soyons pas en France les derniers à rejoindre le mouvement qui, un jour ou l'autre, balaiera toutes ces horreurs, marques de ce temps d'indignité où l'on tue 200 000 enfants à naître chaque année …

La Nef 

(1) Henri Hude a bien développé cette argumentation dans Éthique et politique, Éditions Universitaires, 1992, p. 266-273.

Dérives d'un monde sans Dieu

Publié dans Au delà

.................... que par les totalitarismes qui ravagèrent le XXème siècle : communisme et nazisme institutionnalisèrent le crime de masse avec un mépris inégalé de la personne. Les points communs entre ces deux systèmes ne sont plus à démontrer. Il en est un, cependant, peu mis en avant : c'est leur même rejet et même haine de Dieu. Couper l'homme de Dieu, c'est inévitablement enlever toute limite à l'action humaine, cela conduit tôt ou tard à l'abolition de toute norme morale objective qui s'impose à tous : l'homme se faisant Dieu, croit ainsi être le maître de tout jusqu'à pouvoir par son génie procurer le "bonheur" à ses semblables. On a vu les résultats.…

Dans ce contexte, le concile Vatican II a particulièrement insisté sur la place centrale de l'homme dans la Création, "seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (1), et sur sa dignité ontologique en tant que seul être à avoir été créé "à l'image de Dieu" (Gn 1, 27), justifiant ainsi "le droit à la liberté religieuse [qui] a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même" (2). Il faut rendre grâce à Dieu pour cet enseignement de l'Église sur la personne humaine qui, plus que jamais, est aujourd'hui le seul rempart sérieux et cohérent à l'anthropologie archi-dominante qui ramène l'homme au rang de vulgaire animal. C'est en s'appuyant sur cette vérité que Jean-Paul II a contribué à renverser le communisme en Europe de l'Est , un communisme qui n'est cependant nullement éradiqué de nos horizons politiques.

La principale menace contre la dignité de la personne humaine provient aujourd'hui du relativisme et de l'anthropologie qui l'accompagne. Prenant prétexte de la "science" et notamment du néo-darwinisme, elle tend à estomper la différence fondamentale entre l'animal et l'homme, lequel serait né simplement au détour d'un heureux hasard. La personne est ainsi "chosifiée", ce qui banalise tous les attentats actuels contre la vie et la dignité de l'homme : avortement, euthanasie, recherche sur l'embryon humain, pornographie, publicité. Le paradoxe de la modernité est que cette vision dégradante de la personne se conjugue avec un appel incantatoire aux "droits de l'homme", à un individualisme forcené et même à un véritable nombrilisme, mais qui n'empêchent aucune de ces dérives, qui les favorisent même ne réclame-t-on pas que l'avortement soit un "droit de l'homme" ? tout simplement en raison d'une anthropologie fondamentalement erronée : une vision de l'homme, sans référence au péché originel ni même à la notion de péché, sans transcendance dans un univers sans Créateur et dénué de sens. Cela montre combien il est vain de prétendre défendre l'homme en le détachant de Dieu. Jean-Paul II nous a prévenu que le relativisme conduit la démocratie vers le totalitarisme : le danger d'un tel régime tient au fait qu’il exerce sa tyrannie sans violence apparente pour ceux qui n'en sont pas les victimes et, surtout, il connaît une adhésion réelle auprès de ceux qui croient encore qu'il défend la "liberté", "liberté" de faire ce qui nous plaît, sans référence à une loi morale normative qui est au-dessus de nous.

Dans une approche spirituelle, Benoît XVI a indirectement abordé ces questions dans sa magnifique encyclique Spe Salvi. Toute sa démonstration tient dans cette évidence déjà rappelée par saint Paul : 
"Un monde sans Dieu est un monde sans espérance" (n. 44). Contre l'idéologie du Progrès qui croit que la Science apportera le bonheur à l'humanité, le pape rappelle "qu'un progrès qui se peut additionné n'est possible que dans le domaine matériel". En effet, poursuit-il, "la condition droite des choses humaines, le bien-être moral du monde, ne peuvent jamais être garantis simplement par des structures, quelle que soit leur validité. […] Puisque l'homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n'existera jamais en ce monde"  (n. 24).

Dans un autre texte remarquable, le message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2008, Benoît XVI revient sur la nécessité d'une morale commune, la loi naturelle : "Pour qu'il y ait paix, il faut une loi commune, qui permette à la liberté d'être vraiment elle-même, et non pas un arbitraire aveugle, et qui protège le faible des abus du plus fort" (n. 11). Mais, entend-on, la loi naturelle étant devenue un concept incompréhensible pour nos contemporains, elle est inopérante. La belle affaire ! Ne faudrait-il donc se battre que pour ce qui est compris et accepté de tous ? Pourquoi donc alors dépenser de l'énergie contre l'avortement ou contre les unions homosexuelles ? "Il est indispensable, nous dit le pape, de revenir à cette loi fondamentale et de consacrer à cette recherche le meilleur de nos énergies intellectuelles, sans se laisser décourager par les équivoques ou les sous-entendus" (n. 13). Et s'il est un sujet accessible à la droite raison, c'est bien le concept de loi naturelle qui plonge ses racines dans l'Ancien Testament avec le Décalogue qui en est la première expression.


La loi naturelle n'est pas une option, rien ne peut la remplacer. Contre les dérives anthropologiques ici évoquées, elle est le principe minimum sur lequel les hommes doivent s'accorder pour conduire dignement leur vie en société. À temps et à contre-temps, il nous faut l'expliquer sans oublier la nécessité de l'évangélisation pour remettre Dieu à sa juste place, tant l'expérience nous montre, pour paraphraser Chesterton, que lorsque l'on chasse le surnaturel, c'est le naturel lui-même qui est vite attaqué.
www.lanef.net

(1) Gaudium et spes n. 24, 3.
(2) Dignitatis humanae n. 2.

Grèves : le mauvais combat

Publié dans En France

La grève a bien souvent en France un aspect "mythologique". En effet, héritiers d'une certaine vision de 1793, puis de la révolution bolchevique entretenue chez nous par la présence d'un fort parti communiste aujourd'hui exsangue mais relayé par l'extrême-gauche trotskiste, les meneurs grévistes continuent de vivre dans l'esprit du "grand soir" qui devait mettre à bas le système d'exploitation capitaliste. Résultat ? Les conflits sociaux ont souvent en France une dimension idéologique étrangère aux véritables enjeux et atteignent de ce fait parfois une violence sans rapport avec les revendications salariales.
Paradoxalement, la dureté des conflits résulte aussi de l'extrême faiblesse du syndicalisme français qui ne représente guère plus de 8 % des salariés lesquels ne se reconnaissent pas dans des centrales plus soucieuses de "révolution" politique que de défense réelle et concrète de leurs intérêts légitimes : la méthode forte a toujours été celle des petites minorités qui s'imposent aux majorités trop amorphes ou silencieuses. N'oublions pas non plus le privilège totalement obsolète octroyé aux quatre (puis cinq) syndicats dont les puissants du jour avaient décrété après-guerre qu'ils étaient seuls
"représentatifs" (CGT, FO, CFTC, CGC, CFDT) en raison de leur "attitude patriotique" durant l'Occupation leur conférant ainsi certains monopoles ou facilités, notamment au premier tour des élections professionnelles. Aucun gouvernement, depuis plus de 60 ans, n'a eu le courage d'abolir cette loi absurde qui a contribué à figer le monde syndical et à le rendre aussi peu attrayant que possible.

Climat idéologique marxiste basé sur la lutte des classes, faible représentativité des syndicats, cela explique que le dialogue social fonctionne mal en France. La grève est trop souvent ici le procédé ordinaire pour s'opposer à des mesures quand elle devrait être l'ultime moyen. Pour abandonner cette logique d'affrontement et lui substituer une pratique du dialogue social, il faudrait des syndicats vraiment représentatifs et soucieux avant tout de l'intérêt des salariés et du bien commun.
"La grève, lit-on dans le Catéchisme de l'Église catholique, est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun" (n. 2435). De ce point de vue, il est difficile de justifier les grèves de novembre qui, loin de viser à une quelconque égalité, revendiquent au contraire le maintien d'un privilège les régimes spéciaux de retraite d'une époque révolue qui n'a objectivement plus aucune raison d'être : ainsi, les syndicats apparaissent-ils comme les défenseurs d'intérêts particuliers minoritaires injustifiables, ce qui ne fait qu'accroître le ras-le-bol des Français, excédés d'être pris en otage par une toute petite minorité de privilégiés.
Cette grève repose une fois de plus la question d'une prestation minimum dans les services publics. En effet, il est intolérable qu'un pays entier soit plus ou moins paralysé ou subisse un tel désagrément en raison d'une grève qui ne le concerne nullement directement. Sans même parler des coûts d'un tel mouvement pour la collectivité, personne n'ose évoquer les dégâts humains qu'il occasionne. "On ne peut jamais oublier que, lorsqu'il s'agit des services essentiels à la vie de la société, ces derniers doivent être toujours assurés, y compris, si c'est nécessaire, par des mesures légales adéquates, enseignait Jean-Paul II. L'abus de la grève peut conduire à la paralysie de toute la vie socio-économique. Or cela est contraire aux exigences du bien commun de la société" (Laborem exercens, n. 20, § 7).
Remarquons qu'il n'y a d'ailleurs nulle "égalité" quant à l'"efficacité" du droit de grève : seuls ceux qui ont un grand pouvoir de nuisance peuvent peser à l'échelon politique, c'est-à-dire précisément tous ceux qui sont au service du public ou qui disposent de moyens pouvant le gêner (les camionneurs par exemple). La notion de bien commun ayant totalement disparu du langage politique, longtemps, quasiment personne parmi nos élites bien-pensantes ne s'est offusqué d'une telle situation. Nicolas Sarkozy avait promis de légiférer sur ce point, mais on n'en a guère entendu parler durant le conflit.
Une grève en appelant toujours une autre - c'est contagieux - les "étudiants", toujours généreux et solidaires des malheureux exploités, ont emboîté le pas pour dénoncer la réforme des universités. Je mets des guillemets, car il est assez clair que les étudiants sont manipulés par les groupuscules trotskistes qui se moquent pas mal de l'avenir des facs. Le vote de la grève à main levée lors
d'"assemblées" caricaturales, les grévistes qui empêchent la majorité de travailler, tout cela est le signe de l'extrême-gauche peu soucieuse de la liberté et la légalité. On attend que le grand nombre des étudiants opposés à cette grève ridicule se fasse entendre un peu plus fort et rejette les perturbateurs le plus souvent étrangers aux facultés : mais n'est-ce pas surtout aux pouvoirs publics de s'en occuper ?

Accrochés à des privilèges d'un autre temps, les syndicats français se sont battus contre des moulins à vent et ont totalement laissé passer le démantèlement de la plupart des services publics imposé par la philosophie néo-libérale de l'Europe. Un tel aveuglement laisse perplexe…
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Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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