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GEFFROY  Christophe

GEFFROY Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

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Grèves : le mauvais combat

Publié dans En France

La grève a bien souvent en France un aspect "mythologique". En effet, héritiers d'une certaine vision de 1793, puis de la révolution bolchevique entretenue chez nous par la présence d'un fort parti communiste aujourd'hui exsangue mais relayé par l'extrême-gauche trotskiste, les meneurs grévistes continuent de vivre dans l'esprit du "grand soir" qui devait mettre à bas le système d'exploitation capitaliste. Résultat ? Les conflits sociaux ont souvent en France une dimension idéologique étrangère aux véritables enjeux et atteignent de ce fait parfois une violence sans rapport avec les revendications salariales.
Paradoxalement, la dureté des conflits résulte aussi de l'extrême faiblesse du syndicalisme français qui ne représente guère plus de 8 % des salariés lesquels ne se reconnaissent pas dans des centrales plus soucieuses de "révolution" politique que de défense réelle et concrète de leurs intérêts légitimes : la méthode forte a toujours été celle des petites minorités qui s'imposent aux majorités trop amorphes ou silencieuses. N'oublions pas non plus le privilège totalement obsolète octroyé aux quatre (puis cinq) syndicats dont les puissants du jour avaient décrété après-guerre qu'ils étaient seuls
"représentatifs" (CGT, FO, CFTC, CGC, CFDT) en raison de leur "attitude patriotique" durant l'Occupation leur conférant ainsi certains monopoles ou facilités, notamment au premier tour des élections professionnelles. Aucun gouvernement, depuis plus de 60 ans, n'a eu le courage d'abolir cette loi absurde qui a contribué à figer le monde syndical et à le rendre aussi peu attrayant que possible.

Climat idéologique marxiste basé sur la lutte des classes, faible représentativité des syndicats, cela explique que le dialogue social fonctionne mal en France. La grève est trop souvent ici le procédé ordinaire pour s'opposer à des mesures quand elle devrait être l'ultime moyen. Pour abandonner cette logique d'affrontement et lui substituer une pratique du dialogue social, il faudrait des syndicats vraiment représentatifs et soucieux avant tout de l'intérêt des salariés et du bien commun.
"La grève, lit-on dans le Catéchisme de l'Église catholique, est moralement légitime quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d'un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu'elle s'accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun" (n. 2435). De ce point de vue, il est difficile de justifier les grèves de novembre qui, loin de viser à une quelconque égalité, revendiquent au contraire le maintien d'un privilège les régimes spéciaux de retraite d'une époque révolue qui n'a objectivement plus aucune raison d'être : ainsi, les syndicats apparaissent-ils comme les défenseurs d'intérêts particuliers minoritaires injustifiables, ce qui ne fait qu'accroître le ras-le-bol des Français, excédés d'être pris en otage par une toute petite minorité de privilégiés.
Cette grève repose une fois de plus la question d'une prestation minimum dans les services publics. En effet, il est intolérable qu'un pays entier soit plus ou moins paralysé ou subisse un tel désagrément en raison d'une grève qui ne le concerne nullement directement. Sans même parler des coûts d'un tel mouvement pour la collectivité, personne n'ose évoquer les dégâts humains qu'il occasionne. "On ne peut jamais oublier que, lorsqu'il s'agit des services essentiels à la vie de la société, ces derniers doivent être toujours assurés, y compris, si c'est nécessaire, par des mesures légales adéquates, enseignait Jean-Paul II. L'abus de la grève peut conduire à la paralysie de toute la vie socio-économique. Or cela est contraire aux exigences du bien commun de la société" (Laborem exercens, n. 20, § 7).
Remarquons qu'il n'y a d'ailleurs nulle "égalité" quant à l'"efficacité" du droit de grève : seuls ceux qui ont un grand pouvoir de nuisance peuvent peser à l'échelon politique, c'est-à-dire précisément tous ceux qui sont au service du public ou qui disposent de moyens pouvant le gêner (les camionneurs par exemple). La notion de bien commun ayant totalement disparu du langage politique, longtemps, quasiment personne parmi nos élites bien-pensantes ne s'est offusqué d'une telle situation. Nicolas Sarkozy avait promis de légiférer sur ce point, mais on n'en a guère entendu parler durant le conflit.
Une grève en appelant toujours une autre - c'est contagieux - les "étudiants", toujours généreux et solidaires des malheureux exploités, ont emboîté le pas pour dénoncer la réforme des universités. Je mets des guillemets, car il est assez clair que les étudiants sont manipulés par les groupuscules trotskistes qui se moquent pas mal de l'avenir des facs. Le vote de la grève à main levée lors
d'"assemblées" caricaturales, les grévistes qui empêchent la majorité de travailler, tout cela est le signe de l'extrême-gauche peu soucieuse de la liberté et la légalité. On attend que le grand nombre des étudiants opposés à cette grève ridicule se fasse entendre un peu plus fort et rejette les perturbateurs le plus souvent étrangers aux facultés : mais n'est-ce pas surtout aux pouvoirs publics de s'en occuper ?

Accrochés à des privilèges d'un autre temps, les syndicats français se sont battus contre des moulins à vent et ont totalement laissé passer le démantèlement de la plupart des services publics imposé par la philosophie néo-libérale de l'Europe. Un tel aveuglement laisse perplexe…
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L'Eglise est écologiste

Publié dans De par le monde

Benoît XVI a parlé à plusieurs reprises en septembre d'écologie, sujet qui n'a pas bonne presse dans les milieux conservateurs, qu'ils soient politiques ou religieux. On l'assimile un peu vite au parti politique des Verts qui ne fait que ressasser la bonne vieille vulgate marxiste revisitée à la mode écologique. Mais au prétexte que les partis écologistes sont aujourd'hui de gauche ou d'extrême gauche, que l'idéologie qui sous-tend une grande partie de leur discours est marxisante, mondialiste et anti-nationale, faut-il en conclure que les problèmes qu'ils soulèvent ne sont que des manipulations ou des fantasmes ? Ou le fait que les Verts apportent de mauvaises solutions (pas toujours) supprime-t-il la réalité des dangers qu'ils dénoncent ?

Derrière ce débat se pose la question de la responsabilité de l'homme dans la détérioration de son environnement : pollution, pénurie de certaines ressources énergétiques, agriculture hyperintensive (les OGM, par ex.), destruction des milieux naturels (déforestation, industrialisation irréfléchie…), ... etc. Qui peut sérieusement nier que l'homme est responsable de ces dérives ? C'est en effet le point central car si l'homme n'est en rien responsable de cette dégradation ou si on la nie tout simplement, alors il n'y a sans doute pas grand-chose à faire pour inverser le mouvement. Et l'on peut en toute bonne conscience continuer à épuiser et enlaidir notre pauvre planète en évitant de remettre en cause nos modes de vie consuméristes, comme si l'augmentation sans fin de la consommation était un but en elle-même.
Depuis le déclin du communisme, aussi peu respectueux de l'environnement que de la dignité humaine, en effet, n'est-ce pas le système libéral planétaire qui est largement à l'origine des problèmes écologiques ? On le voit bien dans des pays comme les États-Unis et la Chine, premiers pollueurs mondiaux, les intérêts industriels s'accordent mal avec les contraintes financières qu'imposerait une approche écologique du développement. Au nom de son idéologie de la "Liberté" celles "sacro-sainte" du Marché, de l'entreprise, du droit de propriété  (toutes choses bonnes en soi si on ne les absolutise pas), le libéralisme est par nature hostile à toute intervention étatique pour imposer un plus grand respect de l'environnement. Mais si un tel respect n'est financièrement pas rentable et il ne peut l'être à court terme, comment espérer que les multinationales s'y engagent spontanément ?

Je conçois que ces questions puissent déranger ou agacer. Aucun catholique, cependant, ne peut les rejeter, car elles font partie intégrante du Magistère de l'Église. Et que l'on ne nous dise pas que lorsque les papes parlent d'environnement, ils n'évoquent que l' "écologie humaine", c'est-à-dire la lutte contre l'avortement, la contraception ou les manipulations génétiques (toutes choses en effet anti-naturelles que les écologistes se gardent bien de dénoncer) ; certes, cela est exact, mais leurs propos vont explicitement au-delà.
Voici deux extraits de textes de Jean-Paul II :
"Principalement durant ce dernier siècle, l'homme a fait des réalités terrestres un usage qui dans beaucoup de cas s'est révélé irresponsable : nombreuses sont les voix désormais qui dénoncent la "crise écologique" qui menace aujourd'hui l'humanité. Il faut apprendre à regarder la nature avec des yeux nouveaux. […] La domination accordée par le Créateur à l'homme n'est pas un pouvoir absolu, et l'on ne peut parler de liberté "d'user et d'abuser", ou de disposer des choses comme on l'entend" (1).
" L'engagement écologique n'est pas seulement une question d'intérêt pour les êtres de la nature et pour l'atmosphère autour d'eux. C'est une question de moralité et, en outre, de responsabilité pour l'homme à l'intérieur des desseins de Dieu" (2).

Benoît XVI, de son côté, a consacré une partie de son remarquable discours à Lorette, le 2 septembre, à l'écologie : " L'un des domaines dans lequel il apparaît urgent d'oeuvrer est sans aucun doute la sauvegarde de la création. L'avenir de la planète, qui présente les signes évidents d'un développement qui n'a pas toujours su protéger les équilibres délicats de la nature, est confié aux nouvelles générations. Avant qu'il ne soit trop tard, il faut faire des choix courageux, qui sachent recréer une solide alliance entre l'homme et la terre. Un oui ferme est nécessaire pour la sauvegarde de la création, ainsi qu'un engagement puissant pour inverser les tendances qui risquent de conduire à des situations de dégradation irréversible".
Et il a insisté à nouveau, les 5 et 17 septembre, sur "l'attention au climat" et pour que se fortifie "l'alliance entre l'humanité et la nature, qui doit être le miroir de l'amour créateur de Dieu, d'où nous venons et vers qui nous allons" .
Enfin, lors de l'Angelus du 23 septembre, il a été plus loin encore : "Le capitalisme ne doit pas être considéré comme l'unique modèle valide d'organisation économique. L'urgence de la faim et l'urgence écologique dénoncent avec une évidence croissante la logique du profit qui, lorsqu'elle prévaut, augmente la disproportion entre riches et pauvres et la ruineuse exploitation de la planète. Lorsque, au contraire, prévaut la logique du partage et de la solidarité, il est possible de corriger la route et de l'orienter vers un développement équitable et durable ".

Benoît XVI, pas plus que Jean-Paul II avant lui, ne succombe à une quelconque mode écologique. Sa défense ardente de l'environnement s'élève jusqu'à une vision philosophique, théologique et mystique de la Création, dans laquelle l'homme doit voir la main de Dieu. Il nous faut certes maîtriser la nature - c'est l'ordre divin de la Genèse, mais aussi la respecter, l'aimer et nous émerveiller de ses beautés. Elle est un chemin qui mène à Dieu.
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(1) Encyclique Sollicitudo Rei socialis du 30 décembre 1987, extrait cité dans Les gémissements de la création. Vingt textes sur l'écologie de Jean-Paul II, présentés par Jean Bastaire et préfacés par le cardinal Barbarin, Parole et Silence, 2006, 128 pages, 14 e, p. 41-42. Excellente introduction à l' "écologie chrétienne".
(2) Discours à l'Académie pontificale des Sciences du 18 mai 1990, cité dans Ibid., p. 60.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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